SÈVES de Jean-Paul Chabard alias Patlotch
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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Lun 17 Déc - 19:03


JOURNAL SANS DEBORD

sommaire 17-31 décembre
avec ou sans gilets, LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique

suite de journal 17 novembre-16 décembre
avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

débord : (régional) Action de déborder, crue.
voie de débord : voie établie dans une cour de marchandises à l'écart des voies principales pour le chargement et le déchargement des wagons.

Patlotch a écrit:17 décembre
un bololo transclassiste et transpolitique
1. le compromis dans le conflit qui vient
2. élections piège à compromission (le RIC etc.)
3. anticipations stratégiques et théorie
4. le pas suspendu des tendances d'avant : FI et RN confrontés à la concurrence
5. en VRAC et RIC-RAC
18 décembre
6. RACKET, RIC HARD et autres misfortunes
- généraliser une grève qui n'existe pas ?
- la parole aux vrais révolutionnaires
- "Au secours, où sont nos chefs ?"
- la convergence des marches
- Le Pen/RN : une stratégie électorale payante
19 décembre
7. RIC, RAQUER, RACKET... et PATATRAC ? la dialectique peut-elle casser le RIC ?
- le long des ronds-points pas très clair
- patrons de grands à petits (appétits), populo-nationalistes vs fafs...
et dans tout ça : à quoi sert le "concept" de prolétariat ?
20 décembre
8. d'un fleuve jaune intranquille : on ne met pas deux fois le pas dans le même fleuve
- une révolution seulement politique ?
- « L'État est à bout » mais l'État est tabou
- « le "populisme du peuple" : les gilets jaunes ont déjà gagné » Alain de Benoist
- l'Europe en jaune ?
21 décembre
9. la forme et les formes, des idées mais pour quels contenus ? la martingale de l'idéologie française
le rouge n'a pas encore saisi le jaune, ni le vert
- retour à la case départ ou "passage de la seconde" ? négociation/représentation ou lutte auto-organisée ?
- le mouvement ne touche pas aux usines du capital, à la production de marchandises, ni même à l'État du capital
- philosophie et dialectique de l'implication réciproque entre le mouvement et le pouvoir d'État
- populiste ou non, la démocratie participative enterre le démocratisme radical
22 décembre
10. 22, vla les flics... et l'Éric et les RIC : une dynamique de réciprocité sans dépassement de la médiation politique
- "On veut de la thune en attendant le RIC !"
- l'accumulation de marchandises dans la société des pauvres
- si le grand capital répond à la revendication salariale, quel besoin de faire grève ?
23-24 décembre
11. L'ÉTAT EsT LA RÉSOLUTION
vers la fin du "mouvement des gilets jaunes" comme tel et de son unité sans rupture
25 décembre
12. après la tempête le calme
au fil de mes lectures, ce qu'ils ont sous les yeux et ne veulent pas voir : un mouvement qui ne remet pas en cause l'économie politique, le capital s'en fout
- l'éternel retour de la bêtise antifasciste
- l'ordre (idéologique) règne par la dénonciation de la police aussi : à propos de "dérapages", de motards, et de tête coupée
26-27 décembre
13. gueules de bois, langues de bois
- une vraie discussion, dans Réponse aux commentaires de Patlotch, dndf
formes/contenus, dynamiques/limites, subjectivation collective sans rupture...
- la tragi-comédie jaune : le mouvement épuisé tourne en rond. Point
- le gouvernement tremble, mais pas l'État du capital
en relation : la valse jaune de l'écologie et du capitalisme vert
28 décembre
14. retour sur quelques questions essentielles et clivantes
- l'auto-organisation prise en défaut, pour un contenu épargnant le capital
les réseaux sociaux ou l'internet à hauts débiles ?
- la révolution ne vient pas ! 'Le fruit ne tombe pas loin de la racine de l'arbre'
- la restructuration politique en cours : implication réciproque entre le pouvoir et le mouvement
- divers rackets témoignant de l'explosion politique du mouvement
29-30 décembre
15. de la lune à la terre, on a marché sur la tête : tintin la révolution !
- la réalité n'est pas le contraire de la non-existence : ce qui est irréel n'existe pas
- la main visible du marché... de dupes... d'eux-mêmes : un destin nationaliste ?
- des textes dans la marge : Temps Critiques et Raoul Vaneigem, avec mes commentaires
- suivi de l'Acte 7
- le deuxième appel de Commercy
- en attendant la fin... de l'année
. populaire sans masse ni classe
. "des manifestants plus prompts à obéir qu'à réfléchir"
. sur "l'État policier" et sur le Président comme "Prince" digne de Machiavel
. sur le rôle de la des violences
. persistance des cibles commerciales : circulé, le capital n'en a rien à produire ?
. enlevé le gilet, qu'est-ce qui reste ?
. Macron aussi fort que de Gaulle le 30 mai 68 ?
1er au 4 janvier
16. nouvelle année, nouvelle étape dans la restructuration politique
et l'État s'est dit Cieux
1. les camarades (se) parlent en attendant... Macron !
2. Il a parlé, etc. un discours millimétré, un record d'audience, plus "convaincant" que Hollande en 2013...
3. l'économie politique au quotidien, malaise dans la révolution social-nationaliste
4. Drouet, Rider... et le Comité trop visible... à faire pâlir Julien Coupable
5 et 6 janvier
17. le GJ des tapages ou la conjuration des gogos
1. impressions générales à l'Acte 8
2. remarques au fil des heures, leurres et douleurs : la violence comme moyen de la politique, à propos de "dynamique", les "femmes gilets jaunes"...
7 au 10 janvier
18. dynamique du social-nationalisme, synthèse
1. « une accélération de la fusion en cours entre mouvement social et mouvement national »
1.1. le social-nationalisme : une problématique majeure du conflit passée sous silence ?
1.2. si un mouvement ne naît pas fasciste ou raciste, il peut le devenir
1.3. le mouvement des Gilets Jaunes et sa compréhension de la mondialisation capitaliste
2. remarques pour la route en attendant l'Acte 9, le grand débat...
11 janvier
19. sur les violences et leurs fonctions
1. des "armes de la critique" à la "critique des armes", des questions
2. violences policières : faits et propos

1. le compromis dans le conflit qui vient
2. élections piège à compromission (le RIC etc.)
3. anticipations stratégiques et théorie
4. le pas suspendu des tendances d'avant : FI et RN confrontés à la concurrence
5. en VRAC et RIC-RAC : notes diverses

18:52
5. en VRAC et RIC-RAC : notes diverses
un bololo transclassiste ET transpolitique

- fake news ou propa, va savoir...
Comment les Gilets jaunes ont été empêchés de manifester le 15 décembre et comment ils cherchent la parade Y Chroniques du yéti
Peu à peu, le système policier pour neutraliser le soulèvement des Gilets jaunes apparaît clairement dans toute sa sophistication. Une stratégie à trois niveaux :
- un blocage de la montée des Gilets jaunes vers Paris ;
- un blocage de leur accès sur les lieux prévus de manifestations ;
- un nassage des différents groupes parvenus sur les lieux prévus de manifestations pour les isoler.
[...]
Le fait est que les Gilets jaunes semblent rester mobilisés et que de nouvelles stratégies germent dans les esprits qui pourraient abandonner l’épreuve de force nationale pour une guerre d’usure plus localisée et beaucoup plus difficilement contrôlable.
l'article paraît argumenté, alors qu'aucun ralentissement n'était signalé, et qu'on a fort peu de photos. Dans ce cas je me serais planté
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Acte-VI-nouvelles-strat%C3%A9gies-760x428

- Gilets bleus
des syndicats de policiers (et policières) entrent dans la danse, apparemment pas des plus "progressistes", pour autant que la police puisse l'être
. Le syndicat de police Alliance appelle à bloquer tous les commissariats à partir de mercredi BFM 15:08
. Des policiers "à bout" appellent à un "Acte 1 de la police", d'autres lancent "les gyros bleus" Huffpost
on se dit que le calme les arrangerait, c'est à dire l'ordre, et pour le maintenir par la trouille, un État (encore) plus fort, pas la supposée 'démocratie directe'... Comme un air de Putsch...

- à trappe toute
lu d'Eric Drouet sur la page de La France en colère !

Il va falloir être rapide et vif pour la suite !!!
Bloquer les finances et pas les citoyen !!
Rungis ,plateforme , impôts etc !!

vu de loin, ça pourrait faire pâlir d'envie feux les Communards qui n'avaient pas osé toucher à la Bourse (Marx leur reprocha) et les totos qui cassent distributeurs et vitrines de banques

en fait, le succès de ce groupe, en sus de leaders parmi les initiateurs, vient de tenir tout et son contraire. Tout est bon chez eux, il n'y a rien à jeter : les leader.e.s se complètent dans l'incohérence qui fait leur réussite, incoinçables. Alors que leur propagande à outrance pour le RIC (Chouard introduit par Rider) va plutôt dans le sens d'une démobilisation sur le terrain, particulièrement des actions les plus énergiques, voire de la casse, celle-ci est à l'honneur aujourd'hui dans les discussions, partant du constat, même par les "pacifistes", que les violences ont permis les premiers reculs du pouvoir. Pas à une contradiction près, mais en même temps tenant tous les bouts du mouvement, et les abonnements suivent (~1000 par jour, 265.000 aujourd'hui)

ceci montre, non que tout est possible, mais que le mouvement dit des gilets jaunes, même avec une trêve confiseries, peut repartir à la rentrée. Sans doute aussi pourquoi Macron accélère. Annulant sa participation demain au G7 à Biarritz, il convoque une réunion du gouvernement pour organiser "la grande concertation nationale annoncée"

12:40 maj 13:48
4. le pas suspendu des tendances d'avant
FI et RN confrontés à la concurrence

les deux autres des "trois gilets" du texte Contribution à la rupture en cours sont ainsi décrits :
Une seconde polarité du mouvement est ouvertement négociatrice. Elle s’est exprimée dimanche dernier dans la presse en appelant à des discussions avec le gouvernement et en acceptant, avant rétractation, ses invitations. Une fraction plus ou moins frondeuse des parlementaires et des politiciens de la majorité y répond, avec des représentants de l’opposition, des syndicalistes, des chefs ou des sous-chefs de parti, en appelant à des changements de cap, voire à des transformations en profondeur et à des États généraux, de la fiscalité, de l’écologie, des inégalités et d’autres sujets brûlants. Ce pôle domine les débats en cette troisième semaine mais il reste très contesté à l’intérieur du mouvement qui ne voit pas comment un nouvel accord de Grenelle, a fortiori sans syndicats ni représentants légitimes, et probablement dilué dans le temps, pourrait répondre à la colère. [...]

Le troisième noyau du mouvement est avant tout « dégagiste » et, dans ses marges, insurrectionnaliste, voire révolutionnaire. Il s’exprime le weekend à Paris et dans les préfectures et demande pour l’instant la démission de Macron, sans autre programme. Il a obtenu des résultats sans précédent en France depuis plusieurs décennies en atteignant les quartiers ouest, et riches, de la capitale et en ripostant aux forces de l’ordre avec un enthousiasme inédit malgré la répression policière, les nombreuses victimes de violence, les mains arrachées, les visages tuméfiés. [...]

Le tableau ne serait pas complet sans rappeler que la possibilité néo-fasciste traverse les trois camps du mouvement. L’extrême-droite est présente dans chacun d’entre eux. La crispation identitaire et autoritaire est aussi un scénario possible pour toutes les tendances [...] L’extrême-droite en embuscade ! Les bonnes âmes sont abattues. Cela suffit-il à ternir le mouvement ? L’éventualité néo-fasciste est en réalité inscrite en France dès l’élection de Macron : elle en est le double nécessaire et la conséquence la plus probable.
dans la complexité "protéiforme" politiquement et socialement, on pourrait opter pour d'autres polarisations, question d'approche, d'angle de vue. L'important est de n'en rien oublier et de savoir le situer dans le tout

ainsi ce qu'on distinguait avant le mouvement comme populisme de droite avec le RN (ex FN) en poupe, et autour Dupont-Aignan, Asselineau, Lassale, et populisme de gauche avec la FI de Mélenchon, partie du PCF et satellites (PRCF...) se distribue pratiquement sous les "trois gilets". Par conséquent mon sous-titre FI et RN confrontés à la concurrence s'en tient à la dimension proprement politique du problème dans la période pré-électorale des européennes

on l'a vu, le pouvoir macronien joue à la fois de l'émergence d'un parti des gilets jaunes (celui-ci conduit par Hayk Shahinyan) et de la politisation majoritaire visant le RIC, leur intérêt commun pour lui étant de mordre sur l'électorat du RN et de la FI : Gilets jaunes : Le Pen et Mélenchon se disputent ces électeurs potentiels. Pour l'heure, c'est le RN qui semble encore emporter la mise, puisque selon les sondages il arriverait devant la liste macroniste élargie, mais les listes jaunes ne sont pas encore formalisées, et le pouvoir entend bien les aider (voire déclarations des ministres en 3.)
la drague sans complexe d'un mouvement "qui ne voulait pas des partis"...
La France Insoumise a écrit:Le groupe parlementaire LFI va déposer une proposition de loi constitutionnelle visant à instaurer la possibilité de référendums d’initiative citoyenne (#RIC). Cette proposition, présente dans notre programme, est largement réclamée par les #GiletsJaunes.
sur le site de la FI
je n'ai pas parler de Ruffin, l'homme qui monte entre FI et Chouard, possible leader de ce populisme qui en manquait (l'option "populisme inachevé" de RS/TC), mais ce n'est pas gagné pour ramasser les populistes de droite, et ça peut attendre les présidentielles si Mélenchon et la FI prennent une claque aux prochaines élections. Je sais que tout ça fait un peu tambouille électorale, mais on n'est loin d'en être débarrassé et qui gagnera les élections n'est pas sans importance

à signaler encore, témoignant tout de même de la forte influence des idées anti-immigrations pour ne pas dire racistes, les réactions contre le Pacte de Marrakech, de Gilets jaunes en France, de l'extrême-droite en Belgique, en Allemagne... (voir LUTTES RACISTES et ANTIRACISTES, 16 décembre)

à ce stade dans ce sujet, je m'en tiens aux enjeux proprement politiques de la période, non à d'autres dimensions comme la composition sociale, les rapports de classes, les aspects positifs de la subjectivation collective dans l'auto-organisation, et les velléités insurrectionnelles, qui laissent imaginer la forme que pourrait prendre un contenu de rupture révolutionnaire. Mais on n'en est pas là

PS : info en passant, le groupe facebook La France en colère ! (Ludovsky, Drouet, Rider), partisan du RIC tout en "maintenant la pression", gagne encore ~1000 abonné.e.s par jour, à 265.000, et bien qu'assez sectaire, il n'est pas le seul sur ce créneau, le RIC a son propre groupe, avec pour l'heure 35.000 abonnés. Tout ça sans parler du matraquage médiatique autour du RIC et Chouard, à déchoir sans référendum !

05:29
3. anticipations stratégiques et théorie
mieux vaut se tromper pendant qu'avoir raison après
la théorisation d'anticipation suppose l'empathie avec l'adversaire

ce qui s'est produit hier, dès le lendemain de l'«Acte 5», avec une accélération qui a pu surprendre par sa fulgurance, était inscrit dans les contenus et formes des "deux camps", le pouvoir politique et la première des « trois tendances pratiques et tactiques [qui] semblent diviser actuellement le mouvement et en fixer les devenirs » décrites comme "les trois gilets" par le texte Contribution à la rupture en cours du 7 décembre, avec lequel je me suis senti des accointance malgré mes divergences quant à l'absence de la dimension économique du capitalisme
La première est électoraliste en son cœur, « citoyenniste » dans ses franges. Elle appelle d’ores et déjà à la formation d’un mouvement politique inédit, à la constitution de listes aux prochaines élections européennes et rêve sans doute d’un destin comparable à celui du mouvement Cinq étoiles en Italie, ou bien de Podemos en Espagne ou du Tea Party, aux États-Unis. Il s’agit de peser sur le jeu politique existant avec des représentants dotés des caractéristiques sociales les moins éloignées possible de celles des représentés. Les plus radicaux, dans ce camp, ne se satisfont pas des institutions politiques actuelles et demandent d’abord qu’elles soient transformées en profondeur : ils veulent leur référendum ou bien leur « nuit debout », mais dans des grands stades de football où une nouvelle démocratie délibérative serait alors pratiquée et inventée.
je me pencherai plus loin sur ce qu'il advient des deux autres tendances. Pour l'heure, des trois étroits gilets c'est le plus large qui est au cœur de la dynamique réciproque avec le pouvoir politique

on a vu que la potentialité de cette émergence remonte à loin, dans le programme présidentiel de Macron et ses sources dans à l'après-68 et le mixte de populisme et de démocratisme radical perceptible dans Nuit debout, la gauche de Syirisa en Grèce et celle de Podemos en Espagne. C'est d'ailleurs ce label de "populisme démocratique radical" que j'avais avancé en 2017 pour cerner leur caractère commun en Europe

la mise en œuvre caricaturale de ce 'programme commun' vu en 2. ne doit donc rien au hasard, elle était contenue dans le contenu partagé des objectifs politiques des deux adversaires, même si ceux des Gilets jaunes qui en sont partie prenante ne furent que « les dupes naïves des autres et d'eux-mêmes » (Lénine, 1917), les autres étant l'équipe Macron et leurs leaders objectifs (Ludovsky, Drouet, Rider) à défaut d'être (encore ?) chefs de parti comme dans le populisme classique (on peut s'interroger comme moi sur un "populisme sans leader" ou comme RS/TC sur un "populisme inachevé")

les plus conscients de ce devenir nécessaire furent, et restent, les stratèges et celui de cette tendance des gilets jaunes n'est visiblement pas un des trois de La France en colère, mais Étienne Chouard, lui-même se disant surpris par l'apparition divine de ce dont il rêve depuis 2005 (Chouard, Une mauvaise Constitution, 17 juin 2005), alors que Macron apparaît en face comme le Machiavel de la restructuration politique

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 War

c'est ici que la théorie communiste ne fait qu'anticiper sur ce qu'elle peut par l'intuition saisir de ces stratégies. C'est ce qui a pu donner rétrospectivement l'impression que Guy Debord et l'Internationale situationniste avaient contribué à l'explosion de mai 68, alors qu'ils avaient seulement compris leur époque depuis quelques années, et c'est déjà beaucoup. On sait que Debord était grand lecteur de Sun Tsu, Machiavel et Clausewitz, et qu'il écrivit avec Alice Becker-Ho en 1987 un Traité de stratégie accompagnant Le jeu de la guerre, en écho à L'art de la guerre

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Guerre

la théorisation d'anticipation suppose donc un minimum d'empathie, « volonté et capacité de comprendre l'autre de l'intérieur, tout en sachant qu'on n'y est pas ». Je me pose donc en permanence la question : et maintenant, qu'est-ce que je ferais à la place de Macron, du pouvoir politique ou même des grands patrons du capitalisme français. Avant qu'il n'apparaisse en pointe dans la campagne présidentielle, j'ai dit qu'à leur place je choisirais Macron. De même, j'ai vu dans sa semaine de son retrait et silence avant l'«Acte 4» ce qu'il allait en gros en sortir et qu'il a exprimé le 10 décembre, parce qu'il n'avait pas le choix. Je ne suis donc pas de ceux qui pensent que le gouvernement auraient été si mauvais et désarçonné au point de perdre les pédales, engouffrant leurs illusions qu'on était au bord de la rupture par faiblesse du pouvoir politique ou même "fatigue de la police" au point de dire en substance : « Ne lâchons rien, les flics sont épuisés, c'est le dernier rempart du capital, on les aura à l'usure »

cette façon de théoriser est pour moi plus utile à la lutte que celle qui est produite après coup pour expliquer ce qui n'a pas marché et comment corriger "nos erreurs". Nous ne faisons pas de la théorie pour qu'elle soit jugée après coup la meilleure, ce qui ne signifie pas que nous la considérerions comme "guide de la pratique", puisque nous la tirons de cette pratique, non celle des militants, mais de tous ceux qui participent de part et d'autre à la dynamique réciproque du mouvement et de son adversité. Mieux vaut se tromper pendant en participant qu'avoir raison après en spectateur

dans ce mouvement, cette dynamique n'est pas à la rupture avec le capital, mais à la rupture avec les "pratiques" et "pratiques théoriques" dépassées des luttes comme de la façon de théoriser, ce que signifie le titre RUPTURE EN COURS DANS LA CRITIQUE. En somme, quand Marx écrit
De toute évidence, l'arme de la critique ne peut pas remplacer la critique des armes : la force matérielle doit être renversée par une force matérielle, mais la théorie se change elle aussi en force matérielle, dés qu'elle saisit les masses.
Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel, 1843
nous comprenons le rapport dialectique intrinsèque entre théorie et force matérielle par le fait que la stratégie anticipatrice est immanente aux forces en présence dans leur implication réciproque, ici sur le terrain politique, mais bien évidemment avec en arrière fond, plus discrète, la voix de l'économie politique du capital, comme l'ont montré les rares interventions publiques de Roux de Bézieux, patron des patrons

on ne peut pas penser ce qui se passe dans les seuls termes d'une stratégie dont nous serions les maîtres. À titre d'exemple parmi tant d'autres, le dernier texte en vitrine chez dndf, Réflexions provisoires sur les Gilets jaunes, n'en parle que dans ce passage : « les actions stratégiques menées en commun s’inscrivent de fait dans un nouvel imaginaire... » La stratégie adverse, de l'État et du capital, en est absente. Écrit le 14 décembre, il disposait pourtant de tous les éléments pour saisir la dynamique réciproque de ce moment politique, mais il n'en parle pas, comme si "nous" étions seuls à en décider et qui plus est en répétant qu'« il faudra compter avec ce prolétariat...» dont il attend le tout de "la vraie rupture". Ajoutons que ce titre « Réflexions provisoires... » indique bien qu'il faudra les corriger par des réflexions définitives, comme si le mouvement proprement dit des gilets jaunes n'avait pas accouché de ce qu'il était gros, et qu'il faudrait attendre pour savoir que faire du bébé jaune sorti du bain populiste. C'est de la théorie de spectateur pour spectateur !

n'oublions jamais que l'idéologie dominante est celle de la classe dominante
Marx a écrit:Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. Les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants, elles sont ces rapports matériels dominants saisis sous forme d’idées, donc l’expression des rapports qui font d’une classe la classe dominante; autrement dit, ce sont les idées de sa domination.
L'idéologie allemande, 1845
par conséquent, n'oublions non plus que c'est le pouvoir politique du capital qui mène la danse, et non les "avants-gardes anticapitalistes", ni même les plus en avant dans la dynamique de ce mouvement de non-rupture avec le capital

2. élections piège à compromission
la mise en œuvre réciproque du programme annoncé en 1.

comme en écho
à la page de La France en colère !


LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 48358672_2190096867688081_2558255978046816256_o.jpg?_nc_cat=108&_nc_ht=scontent-cdt1-1
Pour celles et ceux qui ne sont pas encore inscrits, encore 15 jours pour vous inscrire, c'est essentiel. Il faut couper l'herbe sous le pied de la Macronie.
Le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand (LREM) a invité dimanche le mouvement des "gilets jaunes" à "aller aux élections" parce qu'il faut "être à fond dans la démocratie, pas seulement dans la contestation".

"Puisque chaque jour on nous dit +voilà les nouvelles propositions+, eh bien, qu'ils s'organisent, qu'ils fassent une plateforme de propositions et qu'ils aillent aux élections", a déclaré M. Ferrand dans l'émission "Dimanche en Politique" sur France 3.

Interrogé sur une éventuelle liste des "gilets jaunes" aux européennes en mai 2019, il a déclaré: "par exemple puisque c'est la prochaine échéance". Est-ce que ça ferait baisser le score du Rassemblement national de Marine Le Pen? "Ecoutez ça je n'en sais rien, ce n'est pas mon objectif", a ajouté ce proche d'Emmanuel Macron.

Au lendemain d'une mobilisation en net recul, M. Ferrand s'est déclaré prêt à ouvrir le débat en ce qui concerne l'une des revendications phare des manifestants, l'introduction d'un référendum d'initiative citoyenne (RIC).

Mais "à condition que l'on fixe" certaines règles comme par exemple "le taux de participation" pour s'assurer "que l'expression populaire ne soit pas trahie par des minorités".

Il faut aussi vérifier qu'un référendum "soit pertinent" et éviter qu'il demande à "tripler toutes les retraites" pour mettre "l'État en faillite" ou à "révoquer tel ou tel ministre qui prendrait une mauvaise décision".

M. Ferrand a par ailleurs considéré que la réforme constitutionnelle, repoussée après la grande concertation nationale lancée par le gouvernement jusqu'en mars, "doit avoir lieu en 2019".

Elle prévoit notamment une réduction du nombre des parlementaires et l'introduction d'une dose de 15% de proportionnelle, "la bonne jauge" selon lui.
Edouard Philippe confirme et « promet la tenue d'un débat sur le référendum d'initiative citoyenne (RIC), une des principales revendications des "gilets jaunes". » france.info 21:48
"Je ne vois pas comment on peut être contre son principe. Le référendum peut être un bon instrument dans une démocratie, mais pas sur n'importe quel sujet ni dans n'importe quelles conditions. C'est un bon sujet du débat que nous allons organiser partout en France. Comme l'est le vote blanc."
et l'on entend déjà tous les sous-fifres ânonner ces "éléments de langages" :
Marlène Schiappa a écrit:"Il faut arrêter la surenchère et rentrer maintenant dans ce grand débat national... On ne tirera rien d'un débat sur la démocratie et les institutions autour d'un rond-point" LCI, 18h25
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 DuNkdx5WoAA1Zhk
orthographe : le peuple des citoyens rentre chez eux
c'est le citoyennisme populiste

ce matin
1. le compromis dans le conflit qui vient

alors que des Gilets jaunes préparent un Acte 6, je confirme mon analyse de la décrue de ce mouvement en tant que tel, et l'ouverture d'une autre séquence, l'adaptation de la stratégie du pouvoir macroniste jusqu'au élections européennes, avec le maître-mot de concertation évoquant la réaction du pouvoir gaulliste après 1968 (voir à propos de Chaban-Delmas dans 1. le novembre rampant français qui vient : restructuration politique engagée)

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 9c3afa91-0116-11e9-9afa-bd2d5b009c45
plusieurs comptes dont Les Gilets jaunes

cette "concertation" ne passera pas comme une lettre à la poste, même si elle n'est pas en grève. Comment l’Élysée analyse "l'acte 5" de samedi Europe1 12h01
Les annonces présidentielles posent problème. Il y avait comme un petit ouf de soulagement chez les élus En marche. "Un 'acte 5 des gilets jaunes' plus modeste était prévisible selon ce député de l'est. On ne peut pas passer sa vie sur les barrages. Il était temps que la fièvre retombe un peu". Mais point de triomphalisme.

Samedi soir, autour du président de la République, on se montrait satisfait mais prudent. Si la fièvre semble être retombée, la colère reste intacte. Et c’est maintenant que tout commence : Emmanuel Macron doit faire face à un nouveau front, celui de la haute administration, cette fameuse technocratie qui a fait passer le message. Difficile, voire impossible, de mettre en place les mesures annoncées par le président dans le temps imparti. Le discours d'Emmanuel Macron a été pris pour ce qu’il est : une déclaration de guerre aux technocrates. Et le gouvernement cherche à les contourner pour pouvoir verser dès janvier la prime de 100 euros. Peut-être en mettant à contribution les entreprises.


LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Z
image ajoutée

Les "gilets jaunes" prônent le Ricard. Quant aux nombreux appels au dialogue lancés par l'exécutif, les "gilets jaunes" y répondent avec le RICARD - le Référendum d'Initiative Citoyenne Apolitique Républicain et Démocratique. Les militants veulent mettre en place cet outil de contre-pouvoir dans lequel on peut sentir l'influence des partis extrêmes, qui ont infiltré ce mouvement. Mais il ne faut pas oublier le lieu de base de la mobilisation : les ronds-points. Ils sont peu à peu devenus des "zag", des "zones à gilets". Et ce n'est pas pour rien que Christophe Castaner a appelé à les libérer... On peut donc en conclure que pendant le dialogue, le rapport de force continue.
comme Chaban, Macron s'irrite du « fonctionnement souvent défectueux de l'Etat » mais d'un État dont la fonction a changé dans la restructuration mondiale du capital, un «welfare state» perdu que le Premier ministre prétendait pourtant renforcer en répétant depuis des mois : « Nous renforcerons notre Etat-Providence. » (Edouard Philippe annonce que la réforme des institutions reviendra « cet hiver », 5 septembre)

cap gardé donc, avec une feuille de route à laquelle, plutôt que la déchirer, les revendications politiques des Gilets jaunes pourraient apporter des corrections opportunes, comme l'a esquissé Macron dans son discours du 10 septembre :
Je veux que soient posées les questions qui touchent à la représentation ; la possibilité de voir les courants d’opinion mieux entendus dans leur diversité, une loi électorale plus juste, la prise en compte du vote blanc et même que soient admis à participer au débat des citoyens n’appartenant pas à des partis.

Je veux que soit posée la question de l’organisation de l’Etat, de la manière dont il est gouverné et administré depuis Paris, sans doute trop centralisé depuis des décennies. Et la question du service public dans tous nos territoires.
Une seule revendication : le #RIC maintenant ! a écrit:@Civis_Ryais 09:30 - 16 déc.
nous ne revendiquons pas une démocratie uniquement directe mais une démocratie représentative qui intègre une part de directe qui permettra en autre le contrôle de l'action de nos représentants : fin des blanc-seing octroyés pour 5 ans...
pour quelqu'un qui n'écoute pas, Macron se défend pas mal, en revêtant le gilet de Chaban contre l'État « tentaculaire, car, par l'extension indéfinie de ses responsabilités, il a peu à peu mis en tutelle la société française tout entière. Tentaculaire, et en même temps [sic] inefficace... » (discours de politique générale de Jacques Chaban-Delmas, 16 septembre 1969).

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 _yartiChaban44-036ec
L'échec de la Nouvelle société achèvent le basculement du néo-gaullisme à droite. Les gaullistes de gauche se détachent définitivement de la majorité UDR. La Nouvelle société inspire dans une certaine mesure la culture de gouvernement de la Deuxième gauche. Nouvelle société
avec la Deuxième gauche on voit la filiation de Rocard à Macron... mais comme je l'écrivais avant-hier
Patlotch a écrit:c'était 15 mois après mai 68, et si les circonstances économiques sont moins optimistes, la situation créée par les Gilets jaunes est plutôt favorable à des changements significatifs dans les rapports politiques. La restructuration globale, économique, du capital, avec "la crise pétrolière" en 1973, viendra mettre un coup d'arrêt aux intentions les plus progressistes de la "participation", et Giscard autant que Mitterrand seront des monarques présidentiels d'un certain point de vue pires que de Gaulle (affaiblissement du rôle du Premier ministre, renversement du nombre des conseillers entre Élysée et ministères...)

Macron est dans une position à la fois comparable et inversée, politique et économie étant plus interpénétrées qu'il y a 50 ans. Rien n'indique, avant la prochaine crise, un tournant dans la restructuration économique mondiale, mais partout se restructurent les "gouvernances" politiques. Lui est appelé à le faire à la française, comme il l'avait écrit en 2016 dans Révolution
je poursuivais ainsi
Patlotch a écrit:nous sommes aujourd'hui dans un affrontement permanent entre les frondes et le pouvoir, et comme on disait du mai rampant italien, qui dura des années, rentrés dans un novembre rampant français
au-delà du plaisir narcissique de me citer, je veux poser dans quel cadre de compréhension je poursuivrai mon analyse de ce qui vient : plutôt que le "rapport de forces" des gauchistes* scotchés au vocabulaire d'antan, une implication réciproque des intérêts et forces politiques, économiques et sociales en présence

* comme dans lutte de classe, je n'ai jamais compris le singulier de leur rapport de force. Il faut être au moins deux pour danser le tango. Mais il vrai que les gauchistes ont tendance à se penser tout seuls...


Dernière édition par Patlotch le Sam 16 Mar - 15:06, édité 16 fois

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Mar 18 Déc - 21:25

21:22
6. RACKET, RIC HARD
et autres misfortunes

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 48380425_1993330150750670_2491086207115591680_n.jpg?_nc_cat=100&_nc_ht=scontent-cdt1-1

« « Tout ce qui est réel est rationnel, tout ce qui est rationnel est réel. »
Hegel

introduction provisoire
Patlotch a écrit:sans l'idéaliser comme unique contradiction, la dynamique demeure à la réciprocité dialectique entre le mouvement et le pouvoir qui tente de la canaliser institutionnellement : tout le monde peut le constater, ce n'est pas difficile, le dénoncer non plus, mais encore faut-il en saisir la logique idéologique interne, souterraine mais en rien complotiste. Au demeurant personne ne s'en cache plus, Chouard est une vedette, Ruffin un héros du peuple, la FI dépose un projet de loi pour le RIC, le pouvoir y voit « une bonne idée, mais... »

toujours présentes, les autres tendances, « ouvertement négociatrice », « "dégagiste" et, dans ses marges, insurrectionnaliste, voire révolutionnaire », toutes « traversées par la possibilité néo-fasciste » ou du moins fortement imprégnées de nationalisme identitaire de droite, sans doute plus fortement qu'on a pu le dire au début, et encore ici ou là. On ne se débarrassera pas en trois mois de l'idéologie française qui traverse depuis des années tous les courants politiques, et plus profondément la société française

on notera que si mes analyses recoupent sur nombre de points celles des tenant de "la révolution prolétarienne qui viendra", ce n'est pas au nom de cette certitude déterminant le tout de ce qui se passe et dont ils cherchent la trace, dans une démonstration par l'absurde : des prolétaires en sont mais pas encore révolutionnaires, qui le deviendront une fois perdues leur chaînes, en "prolétarisant" de gré ou de force "la classe moyenne contre-révolutionnaire par essence" en compagnie du capital dans sa crise de reproduction. Rien ne le montre et l'on n'en sait rien. Cf LE CONCEPT DE RÉVOLUTION), et MÉSAVENTURIERS DE LA CLASSE PERDUE
- généraliser une grève qui n'existe pas ?
[/i]Des gilets jaunes de Toulouse via lundimatin#170, 17 décembre
Pas la grève générale des directions syndicales, la généralisation de la grève ! Extrait
Si on acceptait de parler de rapports de force au sein de la lutte, on pourrait dire que le RIC marche, en tant que revendication pour canaliser le mouvement et recycler les déchets en victoire politicienne future contre nous. Mais là n’est pas la question, la question est de savoir comment d’un mouvement sur la taxe nous sommes passés à un mouvement contre la vie chère, en constante expansion, où les connexions avec les lycéens étaient évidentes. Et qu’ensuite, on passe à la résorption du mouvement, autour du RIC. Parce que ce qu’il se joue en ce moment, c’est précisément la mort par épuisement. Si un mouvement ne grandit pas, il meurt, il est récupéré, il stagne, l’eau se glace et les calculs politiciens cristallisent l’attention. Les charognards sont là, la mort ne vient pas seule. Si ce n’est pas trop tard, c’est bien de la grève dont il faut parler, seule pratique à faire d’une pierre deux coups : bloquer l’économie et nous libérer du travail ! Pas la grève générale des directions syndicales, la généralisation de la grève !

« La suite est difficile à prévoir : Macron n’a convaincu personne mais il va falloir trouver les moyens de tenir les blocages en semaine tout en continuant à s’attaquer au pouvoir politique samedi prochain. Parions que nous serons encore surpris. »

Nous ne sommes pas des gens de la météo. On ne prévoit rien, on mène une bataille. Si on perd et que la grève ne se déclenche pas, on pourra tous célébrer notre défaite de Noël.

La vie est trop chère pour être vécue ! Bloquons, grévons, émeutons jusqu’à plus soif !
plutôt lucide sur la situation, mais bien optimiste quant à la suite, ou carrément dans l'illusion : la grève déclenchée avant Noël, et l'attaque du pouvoir politique samedi prochain (sic). Le gouvernement et sa police sont apparemment en train de nettoyer les blocages et ronds-points. Ils annoncent d'avance même leur désillusion : « la défaite de Noël », pour faire un jeu de mots dans lundimatin ?

- « le capitalisme vert n'existe pas », et pourtant, il tourne : make our TC never green
Théorie Communiste a écrit:La « révolution Macron » du « capitalisme vert ». C’est de la blague, comme le « capitalisme vert » en général, macronien ou non. Il y a des investissements et des profits à attendre (peut-être) des éoliennes, du solaire, etc., c’est le capitalisme tout court. Et les taxes sur le gazole sont là pour rembourser la dette publique, c’est tout. Le mouvement des Gilets jaunes aurait existé sans « capitalisme vert » dans la mesure où le « capitalisme vert » n’existe pas.
"Gilets jaunes" : le gouvernement renonce à plusieurs mesures annoncées au début du mouvement, dont l'extension du chèque énergie
Matignon assure que le prochain "grand débat national" sera l'occasion à écouter "l'avis des Français sur les dispositifs d'accompagnement à la transition énergétique, pour les améliorer et les rendre plus efficaces".
on attend les gilets jaunes de TC dans l'Amérique de Trump, ou au Brésil de Bolsonaro
Contrairement à ce qui se dit souvent, il y a plusieurs visions de l’écologie. La « transformation écologique et sociale » à la sauce d’Emmanuel Macron et des écologistes qui le soutiennent n’est autre qu’un « capitalisme vert », c’est à dire l’adaptation du capitalisme aux enjeux environnementaux (la « croissance verte »), de façon à ce que « tout change pour que rien ne change », pour reprendre la phrase célèbre du Guépard.
L’écologie d’Emmanuel Macron : verdir le capitalisme pour maintenir le système ! 14 février 2018
oui, c'est l'alternative écolo-citoyenne, mais au niveau des solutions, pas du constat malgré les défauts de l'analyse. Sur ces questions voir mes derniers messages de «chamane» (RS/TC) dans LE MONDE BRÛLE-T-IL ? CAPITALISME et CHANGEMENT CLIMATIQUE
ajout 20:05, Le Monde : Le gouvernement rétablit, les mesures annoncées en novembre aux « gilets jaunes » : « Ces dernières semaines nous ont appris à ne surtout pas laisser s’installer les incompréhensions une fois qu’elles sont décelées. » Ils ne sont pas près de déceler toutes les «incompréhensions»... Quoi qu'il en soit ça ne change rien au fond du problème évoqué plus haut

- un jour, un journal, des journées, des journaux : on trouve tout chez moi, sycophante du milieu Suspect
sur le Blog de Temps Critiques : Journal de bord autour du mouvement des Gilets jaunes
Notes et retours autour et sur le mouvement des Gilets jaunes au jour le jour, ou presque… (sur Lyon et sa région, sauf erreur)

- la parole aux vrais révolutionnaires : ils bougent et je suis mort  What a Face
RIC ou Révolution ? 19h17 15:10
19h17 a écrit:La révolution : si on le prend au sérieux, le mot est vertigineux. Alors, par peur de lui même une partie du mouvement croit trouver dans le RIC une solution pacifique et institutionnelle. C'est une impasse.
Patlotch a écrit:hmm... pas certain que beaucoup se disent « On peut pas faire la révolution, alors on demande le RCI ». Il n'y a pas dans ce mouvement de dépassement possible vers une "unité de rupture" avec le Capital et l'État
19h17 a écrit:Toute la différence entre un cadavre et une personne vivante c'est qu'elle bouge encore : nous verrons bien. Plus tard, si nous perdons, vous pourrez dire : voici ce que ce mouvement contenait, voici aussi les limites. Et vous aurez peut-être raison.
Patlotch a écrit:Je pense qu'on peut le dire dès maintenant, ce qui ne signifie pas ne pas en être. Bon courage !
les rêves de révolution n'engagent que ceux qui y croient. Ceux-là sont d'ailleurs très français : leur révolution dans un seul pays ?

- "Au secours, où sont nos chefs ?"
Francine, La France en colère !, ouvre une discussion :
"et qu'est ce qu'ont fait maintenant j’entends plus ni fly ni Eric plus de live"
mais aussi
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 48388342_2193759197321848_1067050299312570368_o.jpg?_nc_cat=103&_nc_ht=scontent-cdt1-1
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- Macron, Père Noël des policiers ou pompier pyromane ?
Le gouvernement propose une prime de 300 euros pour les 111 000 policiers et militaires mobilisés lors des manifestations des "gilets jaunes" france.info 15:28
Le Président de la République a souhaité que des mesures exceptionnelles puissent être prises "pour saluer les forces de l'ordre qui n’ont compté ni leur temps, ni leurs efforts, devant une situation sans précédent."

Une autre prime pour les agents des préfectures. Dans un second amendement au même projet de loi, le gouvernement propose de verser une prime de 200 euros aux agents des préfectures qui ont également dû être mobilisés "au titre de la conduite et de l’appui aux récentes opérations de sauvegarde et de maintien de l’ordre public", dans le cadre du mouvement des "gilets jaunes".
- la convergence des marches
n'oublions pas que Macron s'adresse aussi à son socle électoral, qui risque de s'effriter. Plusieurs des revendications des Gilets jaunes étaient déjà discutées durant sa campagne, et pour leur répondre, Macron en avait timidement intégrées certaines à son programme. Les ~80% de sondés soutenant les Gilets jaunes comportaient évidemment des électeurs macronistes du premier tour, et l'on rencontre dans les groupes facebook nombre de ces électeurs plus que déçus : son propre "dégagisme", non dénué de populisme en direction des couches moyennes, lui revient en boomerang (cf Maffesoli ici : « c’est ce même « dégagisme » qui a présidé à l’élection d’Emmanuel Macron »)
Macron ouvre avec prudence le débat sur le référendum citoyen Le Figaro 12:12
Le programme de campagne d'Emmanuel Macron ne comportait pas le RIC réclamé par les «gilets jaunes» mais avançait toutefois deux propositions pour développer la participation des citoyens au débat public :

D'abord, mettre en place des «jurys citoyens» pour évaluer le travail parlementaire. Ensuite, encourager les communes à développer les budgets participatifs. Pour l'heure, si l'exécutif a ouvert le débat sur le RIC, il demeure toutefois prudent. Comme l'explique Stanislas Guerini, le nouveau patron du parti majoritaire LaREM, pas question de «se réveiller avec la peine de mort dans notre pays parce qu'on a eu un référendum d'initiative citoyenne». Ce sera tout l'objet du «grand débat national» lancé par Emmanuel Macron que de définir les contours de cet outil de démocratie participative.
dans le programme de Macron, présenté en mars par Le Figaro, Ce que contient la réforme constitutionnelle d'Emmanuel Macron, avant l'exigence du RIC par les gilets jaunes :
Pour faire valider sa réforme, le gouvernement privilégie pour l'instant la voie parlementaire traditionnelle. Mais le volet constitutionnel devra être votée dans les mêmes termes par les deux chambres (Sénat et Assemblée nationale), comme le dispose l'article 89 de la Constitution. Puis l'exécutif convoquera le Parlement en Congrès, où il devra obtenir la majorité des 3/5èmes. Autre solution : passer par la voie du référendum. Une issue envisageable si le conflit se durcissait entre l'exécutif et la majorité de droite au Sénat, déjà vent debout contre certaines mesures emblématiques de la réforme.

Dernière solution, l'article 11 de la Constitution qui autorise le président de la République à soumettre un projet de loi au référendum. Rien ne dit que cette possibilité concerne les textes à valeur constitutionnelle. Mais cela n'a pas empêché le général de Gaulle de l'utiliser en 1962, pour réformer la Constitution en instaurant l'élection du président de la République au suffrage universel. L'Elysée n'exclut pas cette option en cas de blocage du Sénat.
bref, comme l'écrivait Mitterrand en 1964, Le coup d'État permanent

- la diagonale du flou du mouvement en marche
"Gilets jaunes" : comment certains manifestants veulent faire évoluer la mobilisation RTL 11:32
Une marche entre Arles et Paris
José : "On est arrivé à un moment donné où il faut de nouvelles idées que celle de bloquer car on s'épuise et on risque d'avoir l'opinion publique contre nous. Il faut que tous les 'gilets jaunes' et citoyens français partent de chez eux pour nous rejoindre le 19 janvier à Paris pour porter des millions de signatures devant l'Assemblée nationale"
Valérie : "Cette marche citoyenne, c'est pour amener un message fort. C'est ça la volonté du référendum d'initiative citoyenne", dit-elle en espérant récolter plus de 9 millions de signatures lors de ces 750 kilomètres entre la ville du sud de la France et la capitale. Et d'expliquer : "Ce serait plus que le nombre de voix obtenues par Emmanuel Macron lors de son élection. Ce serait un symbole fort".
- au train où va l'économie politique
La SNCF va verser des primes exceptionnelles à près de 100 000 cheminots La Provence, 17 décembre
Guillaume Pepy : "On va jouer le jeu de cette mobilisation nationale pour le pouvoir d'achat puisque, dès le bulletin de paie de décembre, les salariés les plus modestes vont recevoir une prime de fin d'année supplémentaire."
Cette prime atteindra "400 euros pour tous les salariés qui touchent jusqu'à 1,5 fois le Smic", tandis que les cheminots touchant entre 1,5 et 2 Smic vont recevoir une prime de 200 euros, a-t-il ajouté. Elle sera "défiscalisée".
et donc, à quoi bon faire grève ?

- Ruffin, ou Chouard à l'Assemblée : un nouveau Plan Culte !
vidéo en direct via @Une seule revendication: le #RIC maintenant !
« Référendum d’initiative citoyenne : ne vous endormez pas ! Conférence de presse à l’Assemblée »
Étienne Chouard a écrit:Un représentant digne de ce nom, ça détonne…
Est-ce que je rêve ? Non, c’est François Ruffin
Blog du Plan C 15 décembre
- d'un "prolétaire" jaune du Québec libre
Robert Bibeau a écrit:@Patlotch
Oui en effet, dans un mouvement populaire – un mouvement spontané (que pour notre part nous n’appelons pas encore un mouvement prolétarien) différentes forces sociales contaminent le mouvement et y apportent leurs rêves de réformer la société capitaliste débilitante afin de la restaurer et lui offrir une 3e ou 4e chance de survivre à son apocalypse inéluctable.

Le RIC fait partie de ses miroirs aux alouettes que propagent les médias du capital afin de désarmer les combattants en Gilets jaunes et les dépouillés de leurs armes de combat – le blocage économique des profits – l’occupation – la grève – la manifestation violente de colère de ras-le-bol total pour les emmenés quémander au pouvoir bourgeois de daigner les écoutés via les URNES du pouvoir dictatorial rompu aux mascarades électorales et référendaires (N’y a-t-il pas eu un référendum sur Mastrictch ?)

Les Gilets jaunes prolétariens savent tout cela et pour l’instant ils ne disent mot devant cette offensive de liquidation de la lutte de la part des petits-bourgeois insoumis et surtout frustrés de ne pas être aux commandes du paquebot Étatique à la dérive

Laissez japper ces roquets du pouvoir les RIC ne risquent pas de faire déraper le train de l’insurrection

Robert Bibeau en Gilet jaune et fier de l’être.

Gilets jaunes, d’un mouvement spontané vers un mouvement organisé Les7duQuébec
le « mouvement populaire » est « contaminé », rendons-lui sa pureté pour qu'il devienne prolétarien...

- Le Pen/RN : une stratégie électorale payante
« Les cotes de popularité d’Emmanuel Macron (27 %) et d’Édouard Philippe (31 %) chutent de cinq points en un mois, pour atteindre leur plus bas niveau depuis le début du quinquennat ... Principale bénéficiaire de la période, Marine Le Pen gagne six points en un mois avec 29 % d’avis favorables... »
Alix Bebla a écrit:Je pense que la stratégie menée par Marine Le Pen a été assez efficace, c'est à dire celle d'un investissement en retrait, où elle a d'une part réussie avec la complicité de l'ultra-droite et des réseau confusionnistes à imposer certaines thématiques sur les réseaux sociaux (même si elles restent relativement secondaires par rapport à tout le volet social des revendications), elle a réussi à apparaître auprès des GJ qui voulaient bien l'entendre ainsi comme un véritable soutien désintéressé et "non-récupérateur" du mouvement... [comprendre : contrairement à Mélenchon et la FI, qui plongent dans les sondages en cas de liste 'gilets jaunes' aux européennes]
Un « effet gilet jaune » pour Marine Le Pen, chez Alain Corne
- une seule solution, pas d'élection ?

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Gilets_jaunes_crise_regime_v_republique
Les «gilets jaunes» auraient-ils porté un coup fatal à la Ve République ? Gaël Brustier Slate.fr 7h00
« Avec l’irruption des «gilets jaunes», la crise de régime s’aggrave dramatiquement. La défiance envers les institutions progresse, et les élites voient se tarir le stock de solutions possibles.»

- Gilets jaunes canal historique
la « Grande concertation » de Macron, réunion à 18h à l'Élysée
Quatre grands thèmes : transition écologique, fiscalité, organisation de l’État, démocratie et citoyenneté.
Un cinquième : l'immigration dans le cadre de la question sur la démocratie et la citoyenneté.  
Un transverse : le référendum d’initiative citoyenne (RIC). Edouard Philippe favorable mais "pas dans n’importe quelles conditions".
on reste dans cette dynamique de réciprocité entre le mouvement et le pouvoir qui tente de la canaliser institutionnellement

- le petit livre jaune des démocrates

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Gilets_jaunes_couverture
livre électronique de 52 pages, compilation de textes, ~ démocratisme radical
- liste de textes dans et sur le mouvement ici en bas

- FrédéRIC Lordon l'or des ronds, point. De l'attrape-tout à la trappe toute
discussion chez La France en colère !
Notre mouvement,qui se répand,atteint la bourse,les banques...
NE LACHONS RIEN,ON LES TIENT!!!!

Fred Sxm a écrit:LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 48424036_1184447618369327_6979151311438610432_n.jpg?_nc_cat=101&_nc_ht=scontent-cdt1-1
Erick Remy a écrit:Allons enfants du peuple .. ecrasons ceux qui se goinfrent avec notre travail et qui sont incapables d'assurer notre sécurité ! Dehors ces prédateurs de gaulois !
Viviane Lutun Noz a écrit:Et Bercy ? C'est pas bien comme endroit pour faire notre mouvement ?
Tout le monde veut aller à l'Elysée, la place de l'étoile, les champs... Il me semble pourtant que Bercy est la boîte à pognon du gouvernement


Dernière édition par Patlotch le Mer 19 Déc - 8:44, édité 1 fois

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Mer 19 Déc - 20:16

20:14
7. RIC, RAQUER, RACKET... et PATATRAC ?
journal de bord sans débordement, suite
la dialectique peut-elle casser le RIC ?

« Plusieurs faux prophètes s'élèveront, et ils séduiront beaucoup de gens. »
Matthieu 24:11
bah, les 'vrais' prophètes...


LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 48394349_10213416308857355_993907590377242624_n.jpg?_nc_cat=107&_nc_ht=scontent-cdt1-1
blocage d'un rond-point

- un air de déjà vu
Les Identitaires a écrit:@les_ids Les Identitaires. Idées en action depuis 2002 10:05

Pourquoi le mouvement des #GiletsJaunes va continuer - Éditorial de Jérôme Barbet sur http://les-identitaires.com


LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 DuzIHoiXcAA1Zfx
j'ai utilisé cette photo à Lyon le 8 décembre en relation avec la manif des fachos à Bruxelles, dans LUTTES RACISTES et ANTIRACISTES le 16 décembre. Si le journal de bord de Temps Critiques parle des mêmes, ils n'étaient pas des masses et plutôt ridicules, mais peut-être je confonds, à vérifier... Il est d'une façon générale difficile de se faire une idée "juste", si elle est possible, des proportions de tels ou tels courants ou "dérives". Selon ce que chacun investit, il ne voit pas la même chose (cf Robin, le texte Rupture dans la contribution, les témoignages ici ou là, objectivistes et subjectivistes de tous bords...). Pour les "généralités" sur ce mouvement, il va falloir attendre, que ça se décante, que ça déchante... pour l'heure je confirme la dynamique que j'y ai vue

- que de Réponses aux commentaires de Patlotch ! et que demande le peuple prolétarien ?
j'en retiens ce soir une, celle de robin qui ya cinq jours s'en allant disait : « je switche donc sur LundiMatin, à bientôt les amis, j’espère qu’on se retrouvera de mon côté du miroir. » Extrait :
robin a écrit:Je peux pas m’empêcher de penser que ce que j’ai sous les yeux, ce que je vis sur les ronds-points a quelque chose de l’ordre de la communisation. j’ai beau lutter avec un drapeau français sur la cabane que j’occupe, en entendant de temps en temps des propos machos, un peu racistes même parfois, entendre la Marseillaise à chaque manif, ça ne change pas ma perception. en effet, ce qui se vit, si on met un peu de coté les restes d’idéologie crasseusement prolos (machisme, racisme etc.) [je ne vois pas ce que machisme et racisme auraient de spécifiquement prolo, à part la grossièreté, s'il s'agit de cela, et encore... chacun son langage, merde !], c’est :
- un mouvement ou je n’ai jamais vu les blacks et les rebeux et les femmes mis à l’écart de la lutte ou considérés comme autre chose que “des gilets jaunes”,
- un mouvement où les chefs et les prises de pouvoirs sont immédiatement contestés avec pragmatisme,
- un mouvement qui comprend que sa destructuration est sa force
- un mouvement où l’idéologie n’est pas une matrice sur laquelle est évalué chacun
- un mouvement où il n’y a pas de référence commune idéologique à accepter pour être accepté.
- un mouvement qui, dans ses phases ascendantes, n’est que pragmatisme terre a terre sans aucune idéologie
(comment on bloque, comment on fait, etc…) [peut-être que ne se poser que ces questions de forme - stratégie, tactique et organisation - est en soi idéologique, puisque le contenu en serait absent donc vaquant pour être rempli par d'autres]
- un mouvement ou le rapport à la violence est envisagé avec un certain pragmatisme (c’est pas unanime non plus)

pour résumer, un mouvement qui comprend que l’immédiateté sociale de l’individu (synonyme pour moi de communisation) est le moyen par lequel il peut lutter contre le capital efficacement [tsss toujours : quel contenu de rupture ?], et déjà, je me dis que les prolétaires agissant sur les ronds-points n’agissent plus vraiment “en tant que classe” pour défendre leurs intérêts de classe (vivre dignement de son travail) [génial robin ! j'ignore s'il l'a fait exprès, mais celle-là je la retiens, parce qu'elle casse la logique du modèle communisateur selon TC, les prolétaires qui prolétarisent toutes les classes (et les indigènes ajouterait Adé) sauf la classe capitaliste avant de s'auto-abolir comme classe, bref, un récit à dormir debout et qui se prend pour dialectique du "dépassement produit", alors qu'il n'est qu'une resucée schématique de la négation de la négation hégelienne, dite Aufhebung]

enfin bref, cet ensemble de notes est décousu, parcellaire, taillé à l’emporte-pièce, vu d’un œil partial cherchant à lire partout l’espoir, mais je me dis que ça peut pas faire de mal au débat. [c'est en somme une façon de parler de la subjectivation individuelle par la lutte collective, éthique sensible et concrète, que j'ai souligné avoir en commun avec le texte Rupture dans la contribution en cours]
nous reste plus qu'à constituer un groupe de transfert de dndf à lundimatin, sauf qu'on peut pas là-bas palabrer  scratch

- for my lectorate inversée only
RUPTURE DANS LA CONTRIBUTION EN COURS in RUPTURE EN COURS DANS LA CRITIQUE, et suite de CONTRIBUTION À LA RUPTURE EN COURS
de quoi gagner du temps en s'épargnant "les meilleurs articles" quand l'hiver est trop lent pour les lecteurs pressés. Je reviendrai comme pour leur premier texte sur les accords et divergences que j'y vois, peut-être moins dans celui-ci sur le capital. Il est évident qu'ils disposent d'informations davantage que moi, par je ne sais trop quel réseau, ceci peut expliquer leur optimisme, mais sans cela que serait ce mouvement ? Je ne le confondrais pas avec les illusions démocratistes ni avec les fantasmes gauchistes. Il tient en profondeur à l'émergence d'une nouvelle subjectivation des individus en lutte collective, éthique sensible et concrète, et donc au dessin d'un 'sujet' quoi qu'il porte aujourd'hui, car si les mêmes n'étaient pas de "la révolution" de nos désirs, qui le serait ? Sûrement pas le prolétariat prudemment révolutionnaire à l'ombre des télés en pleurs. Quant à 'notre débat' sur le capitalisme et le vivant :
Ce sont d’ailleurs sans aucun doute à travers ces liens déjà existants, intégrés à un milieu connu, accessible, imaginable, que se préciseront peu à peu un jour, dans ce mouvement ou dans un autre, les bases d’une politique écologique véritable, dépassant, en la transformant, la vieille et lancinante question socialiste.
- le long des ronds-points pas très clair, car à la fois le pouvoir les dégage et en même temps les gilets jaunes changent de tactique anti-gendarme, à quelques jours de Noël : Conseil des ministres ce matin france.info 14:15
Les blocages des "gilets jaunes" évacués. Environ 170 points occupés par des "gilets jaunes" ont été "dégagés" depuis samedi dans toute la France, dont 93 mardi, a annoncé mercredi le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Laurent Nuñez, pour qui la mobilisation est "en décroissance".
la décrue se poursuit sur le terrain, mais pas dans les têtes, éprises ou non du RIC. Quand 'la révolution' viendra, Noël sera révolutionnaire, mais on n'en est pas là

- lectures d'hiver et diverses pour "intellectuels de la bibliothèque"
ou lectorate des ronds-points

Groseille a écrit:Un très riche recueil des meilleurs articles sur le mouvement des gilets jaunes. On vous conseille d'aller y jeter un coup d'œil !
Chroniques de la couleur. Parmi ces 80 textes, hormis ceux déjà signalés, je relève les noms de : Sophie Wahnich, Achille Mbembe, Toni Negri, Etienne Balibar, Michèle Riot-Sarcey, Mathieu Rigouste, Jacques Rancière, Femmes en lutte 93, Annie Ernaux, Alain Bertho, Raoul Vaneigem, Danielle Tartakowsky, Édouard Louis, Chantal Mouffe... dont l'intérêt est sans doute, rapportées à leurs "idéologies", des approches théoriques ou documentaires auxquelles nous ne saurions rester indifférents. D'un rapide aperçu, je vois des vedettes de la critique qui vieillissent mal, qu'il serait temps de brûler aussi : Vaneigem, Balibar... et tant de textes ne pissent pas loin. Au risque de n'être jamais publié parmi de supposés "meilleurs articles", ça ne m'empêchera pas de préférer ma manière : faire l'article n'est pas mon truc, et "Patlotch zéro division" restera mon plus grand bonheur
au final à Groseille
Patlotch a écrit:gros bémol sur l'appréciation "meilleurs articles". D'un rapide aperçu, on y trouve des vedettes de la critique qu'il serait temps de brûler, et nombre de textes qui ne pissent pas loin. Je serais tenté de voir là un certain choix, pour ne pas dire une récupération, idéologique
- la dialectique peut casser le RIC
Commune Libre De Tolbiac a écrit:‏@TolbiacLibre
Le RIC est retiré de la liste des revendications des étudiant.e.s mobilisé.e.s de Paris 1 après vote de l'AG
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 La_dialectique_peut_elle_casser_des_briques
détournement marxiste d'un film de kung-fu hongkongais (The Crush - 1972) dans lequel des pratiquants de taekwondo coréens s'opposent à des oppresseurs japonais capitalistes.

- patrons de grands à petits (appétits), populo-nationalistes vs fafs...
et dans tout ça : à quoi sert le "concept" de prolétariat ?
65% des chefs d'entreprises soutiennent les "gilets jaunes" sondage OpinionWay pour Europe 1
en nombre, près de 75% ne sont pas des grandes entreprises (source), la part des "petits patrons" (et des moyens) est donc importante, mais l'enquête ne fait pas le distinguo, alors que c'est ce qui nous intéresse dans le débat engagé (dndf voir plus bas). On se doute bien que le grand patronat n'a guère de problème avec Macron : finira-t-il par être son seul soutien, laissant l'«interclassisme» de la lutte à tous les autres faisant "peuple" ?
Un Macron décrié... Au moment de son élection (en mai 2017), Emmanuel Macron était soutenu par les trois quarts (75%) des patrons, selon les chiffres d'OpinionWay. Dix-huit mois plus tard, la courbe s'est inversée selon cette enquête Europe 1 : 72% des patrons s'estiment mécontents de l'action menée par le président.
en nombre
... et des "gilets jaunes" soutenus. Une impopularité qui se traduit également dans le soutien aux "gilets jaunes". 65% des patrons les approuvent, qu'ils soient dans le secteur de l'industrie (75%), du commerce (77%) ou des services (56%). Ils sont néanmoins 29% à soutenir "tout à fait" le mouvement. Cette position peut s'expliquer par la convergence d'une cause : le ras-le-bol fiscal.

Des conséquences économiques. En revanche, les différentes actions des manifestants ont eu des conséquences sur l'activité des entreprises. Les dirigeants du commerce sont 28% à avoir souffert des nombreux barrages routiers et des fermetures liées aux manifestations. Des conséquents négatives sur la trésorerie (14%), l'approvisionnement (8%) et l'emploi (6%) sont d'ores et déjà mentionnées, détaille l'enquête.

Une confiance en berne. Et cela a également pesé sur le moral des entrepreneurs. Seuls 23% des dirigeants sont confiants dans l'avenir de l'économie française. 47% estiment que la situation tend à se détériorer contre 8% qui pensent qu'elle s'améliore. Par ailleurs, 70% des patrons estiment que le mouvement des "gilets jaunes" aura des conséquences importantes sur l'attractivité des entreprises françaises.

* Étude réalisée par téléphone auprès d'un échantillon de 604 dirigeants d'entreprises entre le 6 et le 12 décembre 2018, soit avant, pendant et après l'"acte 4" de la mobilisation des "gilets jaunes" et avant les annonce du président le 10 décembre.
entre IV et V a écrit:dndf 19/12/2018 à 10:58 #15
1. Je n’ai pas nié la présence des fafs dans les bastons, j’ai dit qu’ils n’ont, et de loin, pas assuré le spectacle. Ce dont rêvent les fafs dans un contexte de ce genre est en fait le contraire d’une émeute :
– ils veulent solidariser avec les flics.
– réaffirmer leur appartenance à la Nation et cela passe typiquement par le respect pour un monument comme l’Arc de Triomphe. Je rappelle que ce monument commémore les victoires des armées française. L’extrême droite ne rigole pas avec ça.
– le fait que ce symbole ait été souillé et saccagé montre précisément la faiblesse numérique des fafs.
– dans le fond l’affrontement qu’ils recherchent n’est pas avec les flics mais avec les gauchistes et les jeunes Français des cités. Mais là non plus ils n’ont pas été en mesure de le provoquer.
2. la sociologie des ronds-points n’est pas ou plus celle que vous croyez. Le mouvement a trouvé son assise chez les ouvriers et les employés, qui autrefois pouvaient habiter dans Paris et les grandes villes et qui en sont partis parfois très loin. Il y a également, c’est vrai, une petite classe moyenne dont le déclassement s’accélère, mais elle n’est pas aussi bien représentée que les chômeurs et les retraités pauvres.
3. Pourquoi l’extrême droite a pu se sentir concernée et embarquée ? Eh bien parce qu’elle n’existe pas seulement chez les petits et grands patrons mais aussi chez les ouvriers, les employés et les chômeurs, que les fins de mois sont difficiles pour eux aussi, et que ce mouvement n’est pas contrôlé par la gauche et les syndicats.
on se doute bien que ceux qui bossent, patrons ou salariés, ne sont sur les ronds-points que par procuration aux chômeurs et retraités, ou en-dehors des heures de boulot. Perso, je distinguerais extrême-droite ("fafs") et nationalisme (identitaire y compris européïste, populiste ou non, ex : Nouvelle-Droite, de Benoist...) parce que cela correspond davantage à ce qui domine à travers tous les populismes et au-delà, traversant tous les courants politiques et apolitiques ou antipolitiques, ce que j'avais montré depuis 2015 dans l'ancien sujet L'idéologie française. La polémique sur "les fafs à l'Arc de Triomphe" ne concerne que l'ultra-droite violente, à laquelle il n'est point besoin d'appartenir pour "protéger la flamme du Soldat inconnu" ou taguer
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Manifestation-des-gilets-jaunes-quel-est-le-bilan-des-degats-sur-l-arc-de-triomphe-20181203-1540-f706d9-0@1x
pas vraiment un "saccage", qui eut lieu à l'intérieur
maintenant, et on l'a vu depuis le début, l'antifascisme est incapable de rendre compte de ce qui se passe et pourquoi. Il focalise sur quelque chose d'« anecdotique dans l’analyse du mouvement » (Pepe) et qu'en plus il ne comprend pas dans la dynamique... blabla Patlotch, moi aussi je rabâche. La grande question est de savoir où peut aller ce mélange détonnant de prolos et de patrons du "Peuple de France", et ici je ne crois pas que le gros concept de "classe moyenne contre-révolutionnaire par essence" nous aide beaucoup tant que les so called prolétaires en sont là. Tout ça fait un peu son « Cherchez l'ouvrier. » comme on disait « Cherchez la femme. » Au fait, comment va Nicolas, alias Bruno Astarian ?

- leur territoire cartes sur tables
Salaires, diplômes, déserts médicaux... quatre cartes qui expliquent le mal-être des «gilets jaunes» Le Figaro 11 décembre. Rappel d'une infographie : les gilets jaunes et le salaire moyen, les gj et le taux de chômage, les gj et le niveau de diplôme, les gj et la part des ouvriers
collage raté, à gauche nbre manifestants/dépt, à droite part ouvriers/nbre d'emplois
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 WEB_201850_france_gilets_jaunes_ouvriers-Desktop
les indispensables enquêtes sociologiques par niveaux de salaires et diplômes ou catégories professionnelles ont cet inconvénient de ne pas recouvrir les classes du marxisme. De plus, Alain Corne : « On ne peut poser la question du conflit de classe dans l'interclassisme en faisant mine de croire que ce sont des camps opposés qui s'y trouvent ensemble embarqués.»

- le point sur les ronds-points
bastions de la première heure, entre évacuation et changement de tactique, toujours dans la dynamique réciproque entre buts lutteurs et culs buttés
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 DuxA05XX4AALdW3

- et la Dame de faire... une jaunisse ? Mais vrai que les Anglais avaient tiré un coup les premiers
Brexit : Theresa May se bat bec et ongles contre un nouveau référendum Le Figaro 09:39
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Il_340x270.1760776675_guw3

- Chouard, l'électeur et le citoyen : tout le monde ne peut pas avoir lu le jeune Marx. L'électeur est toujours déjà le citoyen pour l'État-nation. En fait, Chouard nous vent le populisme citoyenniste et son mixte avec le démocratisme radical, mais il le fait si caricaturalement que pour un peu, on le remercierait d'éclaircir cette idéologie
@Etienne_Chouard a écrit:8:00
Proposition d'ARTICLES instituant un RIC digne de ce nom : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Docs/000_Atelier_RIC_Le_referendum_dans_l_anticonstitution_francaise_de_1958_2p.pdf
Il s'agit d'éviter l'éventuelle appréhension de la page blanche, mais c'est VOTRE travail personnel pour les corriger, LIBREMENT, qui va vous transformer : d'électeur, vous allez devenir citoyen.
- Pepe, les fafs, et de bonnes questions, mais quel rapport avec le capital destructeur du vivant ?
Pepe@dndf a écrit:19/12/2018 à 08:14 #14
Réponse à AD et à “entre IV et V”
Oui oui, “tout le monde déteste la police”, oui, oui, “dès qu’il s’agit de rosser les cognes, tout le monde se réconcilie”.
Mais tout cela est un peu court. Dès que ça sent les lacrymos, dès que les pavés volent, nous serions sommés de nous réjouir du retour de l’émeute*. Même si cela est anecdotique dans l’analyse du mouvement des gilets jaunes, vous ne nous empêcherez pas de poser deux éléments :
– La présence des fafs dans les bastons (il suffit de bien observer les vidéos de ce matin là autour de l’Arc de Triomphe pour être frappé par l’organisation, la détermination, l’équipement, les slogans sur les gilets, les quelques tronches qu’on aperçoit pour se faire une petite idée de la sociologie politique de ces émeutiers là) et de nombre de petits patrons sur les ronds points n’est peut être pas qu’une “pollution” secondaire du mouvement, une scorie qui se fond dans la puissance de la révolte.
– La question qui se pose est la suivante : comment se fait il que dans ce mouvement spécifiquement, par rapport à tout ce qui a bougé depuis cinquante ans, l’extrême droite et les patrons peuvent eux aussi se sentir embarqués ? Qu’est ce qui le permet ? La biocénose, dans ce cas là ressemble surtout à un gros nuage de fumée conceptuelle.
* Patlotch : citons encore Le Moine bleu, 3 décembre : « Jamais vu ça. Jamais vu un truc aussi beau, s'entend.»
questions que je me pose aussi, mais inutile amalgame sur la biocénose : pour évacuer ce débat incontournable ? à lire ici : L'HUMANITÉ CONTRE LE VIVANT ? ET LE CAPITAL ?

- qui "récupère" quoi ?
Le R.I.C. c’est magique ? NON à la RICupération ! 17 décembre 2018, Yves Coleman : « Un tract sympa reçu dans ma boîte mail »
RIC ou pas RIC, il nous faudra toujours lutter contre les dirigeants et les exploiteurs pour arracher de quoi vivre mieux, pour pouvoir mettre à mal le système capitaliste et vivre autrement.

Notre boussole est claire : refusons tout ce qui affaiblit le mouvement. Cette idée est souvent portée par des personnes qui ont des ambitions politiques : monter un « mouvement citoyen gilets-jaunes », se présenter aux européennes... Ce sont
généralement les mêmes qui veulent qu’on arrête les blocages économiques, qu’on « fasse autre chose »...

Ne laissons personne récupérer notre révolte.
Continuons jusqu’à la victoire !
Non à la RICupération !
un comble que ceux qui allaient au départ jusqu'à considérer le mouvement "nauséabond" en viennent, parlant de "notre révolte", à dénoncer une "récupération", au lieu de relever la logique de la dynamique de ce mouvement confronté au pouvoir. Sans eux, les Yves Coleman & Cie ne sont rien, et quant à leur "victoire"... Bref, comme d'hab', Coleman n'a pas compris grand-chose

- un roman d'amour : leaders lourdingues pour peuple sourdingue
Etienne_Chouard a écrit:06:45
Merci François, du fond du cœur, merci. Tu es courageux.
@Francois_Ruffin 21:44 - 18 déc. 2018
Honte à vous les politiciens qui vous goinfrez de petits fours, de salaires à vie, de vaisselle à 500 000 €. Honte à vous qui enrichissez les riches, gâtez les gâtés, supprimez l’ISF, offrez la Flat tax...
- C'est le premier pas qui coûte ou le "ruissellement" contagieux  

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 People-from-the-yellow-vest-dd8f-diaporama
Orange, Publicis, Altice, Iliad, LVMH, Kering, Total... Gilets jaunes : des grands groupes s'engagent à verser la prime défiscalisée de fin d'année Fr24, 12 déc.
après la SNCF, La RATP va verser une prime exceptionnelle de 200 ou 400 euros à plus de 30.000 salariés BFM 17 décembre
Toray Carbon Fibers Europe - Toray Industries, leader mondial japonais dans la fabrication de fibres de carbone - va verser 700€ de prime de fin d'année à ses 450 salariés français (en sus du 13è mois)

- en attendant 'le RIC pas nécessaire et insuffisant' ?
la page tweeter 'Une seule revendication, le #RIC maintenant !' est devenue 'Le #RIC nécessaire mais pas suffisant !'

- des gilets jaunes contre un parti politique, d'autres contre le RIC... : du rififi entre groupes facebook
Phil Tahititatou a écrit:Lettre ouverte à Hayk Shahinyan, leader du groupe "Gilets Jaunes Le Mouvement"qui veut créer un parti politique.
Hayk, ce que tu fais est malhonnête :
- Ta branche du mouvement des GJ est ridiculement minoritaire au sein du mouvement des GJ.
Le groupe « La France en colère - Carte des rassemblements » compte plus de 361.000 membres alors que ta page « Gilets Jaunes le Mouvement » compte à peine 21.000 likes, soit 5,8%.
- Malgré ça tu oses appeler ta branche à moins de 6% « Gilets Jaunes le mouvement » laissant croire aux gens que c’est le mouvement des Gilets Jaunes qui est pour ce projet de parti politique. 94% des GJ est contre. [...]
Kramer McBarret a écrit:Surtout que les européennes c’est une très mauvaise idée qui au final profitera à lrem !!!
Xavier Ghislain Nailsbel Isabel a écrit:réfléchis pour le RIC tu veux bien. qui a tout bonnement fichus ça dans la tête des gens il y a un petit temps? le mouvement ne parlait pas du tout de ça en réalité, il ne réclamait pas du tout ça, c'est depuis que ce petit groupe en a parlé à tout va que le mouvement des GJ veut ce truc, le RIC alors que beaucoup ne comprennent même pas à vrai dire comment il doit se mettre en place, le temps que ça prend, le coût important qu'un RIC peut atteindre....si c'était une espèce de baguette magique qui peut agir sur tout, pourquoi à ton avis les italiens sont autant dans la merde maintenant, eux qui ont le RIC depuis les années 40 [...]
- des gilets jaunes chez Trump, la ligne française un rien sollicitée, mais comment leur en vouloir ?...
Eric Blanc a écrit:We had a huge turnout at last night's event on the Lessons of Yellow Vests movement in France, here's the solidarity photo we took. Working-class internationalism = good.
Énorme participation à l’événement de la nuit dernière sur les leçons du mouvement des gilets jaunes en France. La photo de solidarité, que nous avons prise. L’internationalisme prolétarien, c'est bon.
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- le gouvernement en phases avec le peuple
Concertation nationale: l'Elysée précise le calendrier BFM 18 décembre 21:47
Le chef de l'Etat a été décidé que le débat se déroulerait en deux phases :
- La première, qui a déjà débuté et qui durera jusqu’à la mi-janvier, doit permettre de nourrir la dynamique portée au niveau des maires, qui ont déjà commencé à faire remonter le résultat de leurs échanges avec leurs administrés.
- Une seconde phase sera ensuite conduite pendant deux mois pleins sur les thématiques annoncées par le Premier ministre, autour de questions précises sur lesquelles les Français seront invités à débattre.
des « questions précises » précisément précisées par Macron et ses amis. Inutile de préciser celles qui en seront exclues, et que nous ne leur poserons pas

- à propos du mouvement et du "concept" de révolution, une rencontre aléatoire s'est produite :
incidemment, à l'occasion d'un échange sur tweeter avec '19h17' (RIC ou révolution ?), 'Détruisons l'économie' et @InfoPastiche signalent le texte Sur le « concept » de Révolution - Eduardo Colombo, Paris-Luttes.Info, 17 décembre. Il fait plus d'un écho à mes considérations dans LE CONCEPT DE RÉVOLUTION où je l'importe, avec quelques remarques

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Jeu 20 Déc - 22:33

22:30
8. d'un fleuve jaune intranquille
on ne met pas deux fois le pas dans le même fleuve

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 5bf7aedf09fac285748b4568
Philippe Desmazes /AFP

des nouvelles du front

« Le front est là. Macron le sait.
Ayant cru en finir avec les médiations du « social »,
le voilà donc face à des solidarités réelles,
faibles, érodées, tremblantes mais pas absentes. »

Rupture dans la contribution en cours

- une révolution seulement politique ?
Une majorité de Français favorables à une liste des "gilets jaunes" pour les élections européennes franceinfo 21:15
Selon le dernier sondage Odoxa-Dentsu-Consulting pour franceinfo et Le Figaro publié jeudi 20 décembre, 64% des sympathisants du Rassemblement national, 68% des sympathisants Insoumis, 65% des catégories populaires et 57% des Français habitant en zone rurale veulent une liste "gilets jaunes" aux européennes.
- Près de 8 Français sur 10 (78%) plébiscitent le "référendum d’initiative citoyenne" (RIC), il n’y a que les sympathisants de LREM à être en majorité opposés à cette revendication (58%)
- Près d'un Français sur deux (49%) juge la "grande concertation nationale", cette "opération de com’, inutile
ma question "une révolution politique ?", parce que si je vois bien engagée une restructuration politique, annoncée en 2017 par l'arrivée de Macron explosant gauches et droites, je n'en vois pas très profond le caractère économique, d'autant que ce mouvement est limité à la France. Restructuration politique s'opposait dans mon esprit à restructuration économique au sens de restructuration du capital qui ne saurait être que globale et mondiale, comme celle engagée dans les années 1970. C'est ici que les auteurs de Rupture... me semblent pécher non seulement par optimisme, mais par erreur d'analyse ce qu'est aussi et fondamentalement le capitalisme, un mode de production économique. Alors parlons de révolution pourquoi pas, d'autres moments dans l'histoire ont mérité ce nom sans avoir cette ampleur, mais ne rêvons pas à ce qu'elle produira. Les textes Rupture... sont très bons pour cerner ce qui se passe, pourquoi et comment, moins ce que cela ne peut pas produire en l'état

- hommage et repose en jaune
un neuvième mort donc > ici
Rupture... a écrit:Résultat des courses : le lundi 10 décembre au soir, les téléspectateurs et internautes pouvaient apprendre qu’il fallait désormais détruire en partie Paris, Toulouse, Bordeaux et d’autres villes, sept morts (une mort supplémentaire a été comptabilisée depuis) et près de 1 500 blessés – des pertes humaines sans précédent en métropole depuis la guerre d’Algérie – pour faire annuler une taxe mineure, « obtenir » la mise en œuvre accélérée d’une prime programmée (et non une hausse) du salaire minimum et une baisse du prélèvement sur les retraites ; mais aussi se retrouver flanqués d’un grand débat national avec son lot de questionnements parachutés sur l’identité française et l’immigration.

- quelles grèves dans la crise ? : pas d'appel à la "grève générale" ni de grève généralisée...
CGT : Industeel en grève illimitée depuis lundi soir, au Creusot Le Journal de Saône-et-Loire 19/12/2018
Rupture... a écrit:Au niveau plus moléculaire du militantisme, inutile d’évoquer longuement les trotskystes officiels ou ceux qui ignorent encore qu’ils leur ressemblent : ils appellent toujours, en toutes circonstances, semaine après semaine, à la « convergence des luttes », aux blocages des universités et à la grève générale.
- flash économie politique
« La France émettra 200 milliards d'euros de dette à moyen et long terme en 2019, un record historique. Le plus gros programme d’émission moyen-long terme jamais réalisé par la France alors que le besoin de financement de l’État pour l’an prochain a été révisé à la hausse : 5 milliards de plus que prévu. Le coût des annonces "gilets jaunes" d'Emmanuel Macron serait de 8 à 10 milliards d'euros.» compilation Les Échos, Boursorama... D'après le patron du MEDEF, hier matin, le patronat y serait de 2 milliards de ses poches. Si je compte bien, resteraient 3 milliards à reprendre à ceux qui "bénéficieront" de ce cadeau. Ça marche pas comme ça ? OK, je ne suis pas assez 'intelligent' et 'subtil' : ma calculette est jaune...

- d'un château l'autre : "On rentre dedans"... gratos ?
"Gilets jaunes" : le château de Versailles sera fermé samedi en prévision d'une possible manifestation
Sur les réseaux sociaux, des "gilets jaunes" ont évoqué l'ancien domaine royal comme un lieu de manifestation potentiel pour le sixième samedi de contestation.
Chili « Hier, ils ont brûlé Valparaíso, imaginez ce qui se passera le 31: ce sera pire » via dndf : « En référence aux violentes manifestations d’hier, Báez (secrétaire syndical d’Uniport) a déclaré qu’il ne s’agissait que d’un essai de ce qui va se passer le 31 décembre : « Je fais de nouveau appel aux touristes pour qu'ils ne viennent pas à Valparaiso. Allez à Viña ou restez à Santiago. Hier, ils ont brûlé Valparaíso, imaginez ce qui se passera le 31: ce sera pire. »
"Gilets jaunes" : énorme coup dur pour le tourisme français L'Obs 3 décembre
Rupture... a écrit:En comparution immédiate, à Paris et ailleurs, on trouve des employés intérimaires du bâtiment, des infirmiers, des menuisiers, des caristes, des enfants d’ouvriers, des anciens militaires et même – ce n’est pas rare – des fils de policiers ou de gendarmes. Ils sont venus aux Champs-Élysées souvent pour la première fois. Ils sont venus pour cela, pour voir « les Champs », voir la vie des Parisiens ou des touristes riches qu’ils ne connaissent pas, qu’ils n’envient pas.
2017, année record pour le tourisme en Île-de-France : « Parmi les monuments les plus visités, le musée du Louvre reste sur la 1re marche du podium avec 8,1 millions de visiteurs (+9,5%), devant le château de Versailles (7,7 millions, +15,1%) et la tour Eiffel (6,2 millions, +5,6%). »

- les histoires d'amour, en général... suite Ruffart-Chouin. Celle-ci, en double-messieurs, se poursuit plutôt bien : dans la perspective d'un leader à un populisme qui en manquait ? Vu la tournure actuelle du mouvement, et nonobstant la domination du courant RIC, la persistance de la créativité permanente dans l'auto-organisation, avec le rejet de toute représentation centralisée, pourrait leur compliquer les choses
Quand Ruffin cite Chouard, un hommage fâcheux, Rachid Laïreche, Libération, 19 décembre
Une scène étrange. Mardi matin, dans une petite salle de presse du Palais-Bourbon, La France insoumise (LFI) a organisé une conférence de presse afin de présenter sa proposition de loi visant à instaurer le référendum d’initiative citoyenne, le fameux RIC. Huit députés sur la petite estrade, parmi eux, François Ruffin. Et l’élu de la Somme, jamais avare d’effet de style, ne s’est pas adressé à la petite poignée de journalistes face à lui, mais à la caméra de son collaborateur. Un discours tourné vers l’extérieur sous le regard de ses collègues insoumis les bras croisés, la mine sérieuse. Une gêne mal dissimulée face à l’envolée Ruffin, digne de ses prestations sur les parkings de Goodyear ou Norauto.

Entre les mots et sa rage contre les politiciens qui se «goinfrent» de «petits fours», le député de la Somme a rendu hommage à Etienne Chouard, le chantre du tirage au sort, qui a porté, bien avant la naissance des gilets jaunes, l’idée de référendum d’initiative citoyenne : « Le référendum d’initiative citoyenne a fleuri. Oh, il n’a pas fleuri par hasard. Il a fleuri parce que des hommes de conviction – nommons-les : Etienne Chouard et ses amis – ont semé, ont arrosé, depuis des années. Depuis le traité constitutionnel européen de 2005 (…), depuis la trahison du peuple par les députés, par les sénateurs, par le président, depuis qu’il est évident, depuis qu’il est transparent que le peuple ne saurait plus avoir confiance dans ses représentants. »

Une dédicace qui passe mal. Pour cause : il a été un temps proche d’Alain Soral, qui avait des « positions intéressantes » selon lui, et au passage, il a également répandu quelques théories du complot. François Ruffin connaît la réputation d’Etienne Chouard sur le bout des doigts. En 2013, dans un long papier sur Fakir, il soulignait sa trajectoire à sa manière : « Etienne, tu voles d’émerveillements en indignations. C’est beau, en un sens, ça apporte de la naïveté, de la fraîcheur, de la hardiesse aussi. Mais ça comporte une part d’errance. »

Depuis, plusieurs collègues insoumis tirent la tronche. Notamment Clémentine Autain...
Rupture... a écrit:Du côté du « mouvement des gilets jaunes », les deux dernières semaines ont apporté leur lot de défections, de divisions, d’hésitations, de captations. Parmi les trois tendances que nous avions repérées – électoraliste et « citoyenniste » ; négociatrice ; dégagiste et insurrectionnelle –, une partie de la première semble aujourd’hui prendre la tête avec la revendication du référendum d’initiative citoyenne, diluant dans l’idéalité politique une révolte partie des difficultés financières et de la minorisation éprouvée. Le comble, pour ces démocratistes autoproclamés, réside dans le fait de s’être désigné des représentants en acclamant par clics interposés les candidats à la domination charismatique. Quant aux politiciens opportunistes de tous bords, ils les rejoignent déjà, lorsqu’ils ne les soutiendront ou ne reformuleront pas bientôt la proposition. On a d’ailleurs pu voir ces deux types d’élus chercher ensemble les caméras sur les places parisiennes, le 8 comme le 15 décembre.
- « L'État est à bout » mais l'État est tabou
c'est toute représentation qui est en cause, non encore la fonction étatique même, malgré des poches d'autonomie et l'esprit général à l'auto-organisation des luttes
Plan « gilets jaunes » : l’exécutif gagné par la fébrilité Le Monde 12h18
Castaner a écrit:Quand on en vient à attaquer des œuvres d'art [Sculpture de la Main jaune sur un rond-point à Chatellerault] on oublie la liberté de création, on oublie au fond la liberté tout simplement. Et on l'a vu dans notre propre Histoire. On a vu comment les Talibans* ont attaqué les bouddhas géants de Bâmiyân, c'était en mars 2001.
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 OEcodo979GVzuJpfqGaFxuzbs6w@500x543
détruite par un incendie dans la nuit du 16 décembre
Rupture... a écrit:Mais l’assiégé n’est pas celui que l’on croit. A cette aune-là, il faut surtout comprendre que l’État est à bout ; que le pouvoir est seul, arc-bouté sur son appareil régalien. Acculé dans une situation qui ne peut plus être qualifiée autrement que de guerre contre la population, le voilà qui s’adonne, selon un effet miroir, aux illégalismes qu’il traque et se fait plus comploteur que ceux qu’il dénonce comme tels. Plus de médiation. Tout le dispositif keynésien construit pendant presque un siècle se déploie désormais à la fois en dehors de l’État et du mouvement social, tournant à vide : et les « partenaires sociaux », et les partis, et tous les corps intermédiaires que la Présidence a cherché à ramener à elle pour faire illusion de Providence, d’être voués à prêcher dans le désert. Ce que l’on pressentait depuis quelques décennies – le passage de l’État keynésien, souple, dialectique, médiateur, à un État nietzschéen, tantôt rouleau compresseur affirmatif d’une caste sans alliés de circonstance, tantôt château fort au pont-levis dressé – est officiellement accompli. On aura brûlé les conventions collectives et autres mécanismes de négociation en même temps que l’Ouest parisien...
sur l'État tabou :
RS/TC a écrit:12 décembre
"L’auto-organisation et la démocratie directe" (Patlotch 28 novembre). C’est vrai, l’auto-organisation, il aurait fallu en parler. Qu’aurions-nous dit ? Dénationalisation de l’Etat, déclin des « pouvoirs intermédiaires », effondrement des « organisations représentatives », atomisation liée aux rapports de distribution sur le modèle du fameux « sac rempli de pommes de terre qui ne forment qu’un sac de pommes de terre » (Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte). L’auto-organisation non seulement « par défaut », mais aussi par nécessité de ceux (et celles, ne les oublions pas …) qu’il fallait « rassembler ». Mais attention, parlant du paysan parcellaire et de son ralliement enthousiaste à Louis Bonaparte, Marx ajoute : « Ils ne peuvent se représenter eux-mêmes, ils doivent être représentés » (ibid). « Le 10 décembre 1848, ce fut le jour de l’insurrection paysanne (le sac de pommes de terre, nda). (…) Avec des drapeaux, musique en tête, ils se rendirent aux urnes en criant : “Assez d’impôts, à bas les riches, à bas la République, vive l’empereur !”. Derrière l’empereur se cachait la jacquerie. La République qu’ils balayaient par leur vote, c’était la République des riches (souligné dans le texte) » (Marx, Les luttes de classes en France).
- « faire la révolution samedi ! »

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Jimmy Viatgé a écrit:‎la france en colere !!!
Je vois que tout le monde parle de faire la révolution samedi !!
Je vois aussi des gens qui doutent et d’autres qui ont peur, mais on ressent tous la même chose.
Sachez que samedi il y aura beaucoup d’action coup de poing de la part des gilets jaunes et tout le peuple descendra pour se battre !! Vous ne serez PAS seul...
On sera tous main dans la main unis est soudés jusqu’au bout
Je demande à tout le monde de venir ce samedi à fin de faire plier le gouvernement.
À partager en masse

John Chevrier a écrit:C'est le bon moment je crois pour rappeler un slogan de mai 68 : Soyons réalistes, demandons l'impossible
- « le populisme du peuple : les gilets jaunes ont déjà gagné »
« il y a un avant gilets jaunes et un après gilets jaunes.»


« des événements un peu comparables... la révolution de 1848, voire la Commune de 1871 »
Entretien d'Alain de Benoist avec l'United World International

Rupture... a écrit:Certes, les pratiques d’appui mutuel et de réciprocité restent fragiles, loin de l’accomplissement des sociétés de secours, des associations coopératives, des clubs politiques et autres syndicats d’action directe du dix-neuvième siècle. C’est que le mouvement actuel appelle d’autres formes collectives, mieux adaptées à ce retour de la localité comme élément cardinal de la politique émancipatoire.
- démagogie sans frontière : le pouvoir pique ses idées aux gilets jaunes : bientôt ensemble sur les ronds-points de la "concertation" ?
« Les citoyens ont la parole » : l'organisation du débat national détaillée par Chantal Jouanno : le grand débat national, « c'est le peuple qui fait de la pédagogie aux dirigeants » Le Figaro 10:34
La grande consultation voulue par Emmanuel Macron en réponse aux «gilets jaunes» se déclinera sur Internet et sous la forme de réunions. Associations, syndicats, élus ou comités de quartier pourront organiser les débats, a précisé jeudi Chantal Jouanno, la présidente de la Commission nationale du débat public.

Organisé dans l'urgence en réponse à la crise des «gilets jaunes», le débat national «sans précédent» annoncé par Emmanuel Macron se précise. «  C'est le peuple qui va exprimer ses vraies attentes, ses vrais problèmes», s'est réjoui jeudi sur RTL Chantal Jouanno.

La présidente de la Commission nationale du débat public (CDNP), l'autorité indépendante chargée d'accompagner la consultation, insiste sur sa «neutralité»: « Ce n'est pas organisé par un parti (...) Ce sont les citoyens qui ont la parole ». Dans une note adressée samedi dernier au premier ministre, elle assurait déjà qu'elle «veillera à ce que les réunions» ne soient pas des «meetings politiques». Pour assurer cette «neutralité» et «la légalité de la procédure» sur le terrain, la CDNP dispose d'un «potentiel de 250 “garants”», précise l'ancienne ministre dans Le Parisien.

Réunions, site internet et propositions
Structurée autour de quatre thèmes - transition écologique, fiscalité, services publics, démocratie-citoyenneté -, la consultation se déroulera de mi-janvier au 1er mars, après une première consultation des maires, déjà engagée. Ce débat national se déclinera sous deux formes. D'une part, des réunions ou des stands seront organisés sur le terrain, « par exemple sur un marché » [et pourquoi pas sur un rond-point ?], à l'initiative d'« une association, un syndicat, un maire de village ou encore un comité de quartier où l'on pourra recueillir la parole des citoyens ». « On fournira (...) le matériel», indique Chantal Jouanno, « nous devons juste être des facilitateurs du débat public». D'autre part, une «plateforme numérique permettra aux initiateurs (des débats) de s'inscrire, aux citoyens de connaître les lieux où auront lieu les réunions, mais aussi à tout un chacun de pouvoir déposer des contributions ».

«En parallèle», « dans toutes les régions », sera mise en place « une assemblée délibérante de citoyens ». « L'objectif, c'est de rassembler des citoyens tirés au sort et des acteurs de la société civile pour qu'ils élaborent et votent des propositions », explique la présidente de la Commission nationale du débat public. À l'issue des deux mois de consultation sera publié un « rapport général avec constat, vision de la société exprimée et propositions qui servira de base aux décisions du gouvernement ». Ce «dialogue» doit déboucher « sur des traductions concrètes dans la vie quotidienne de nos compatriotes », avait assuré le premier ministre, Édouard Philippe, le 4 décembre dernier.

Quatre thèmes principaux
Le grand débat national se déroulera du 15 décembre au 1er mars, en deux parties. Jusqu'à la mi-janvier, les maires pourront faire remonter leurs doléances au gouvernement. Ensuite, de la mi-janvier au 1er mars, les Français sont appelés à prendre part à la consultation. Quatre thèmes principaux ont été retenus : transition écologique, fiscalité, services publics, démocratie-citoyenneté.
1- Comment mieux accompagner les Français dans leur vie quotidienne pour se déplacer, se chauffer, isoler leur logement ?
2- Comment faire évoluer le lien entre impôts, dépenses et services publics pour mieux répondre aux besoins des Français ?
3- Comment faire évoluer l'organisation de l'État et des autres collectivités publiques pour les rendre plus proches des Français et plus efficaces ?
4- Que signifie être citoyen aujourd'hui? Comment faire évoluer la pratique de la démocratie et de la citoyenneté ?
- ne cherchez plus la femme, elle est là !
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«Gilets jaunes»: Pourquoi les femmes se sont-elles tant mobilisées dans le mouvement ?
En première ligne sur le coût de la vie
« Les femmes, c’est un peu la population silencieuse, mais là on parle », souffle Pascale, « gilet jaune » montpelliéraine. « Un jour, on n’était que des femmes », raconte-t-elle au sujet de « son » rond-point. Elle y croise une « mamie de 86 ans, qui s’est aperçue grâce au mouvement que prendre un seul repas par jour sans rien dire, c’est pas normal », des « mères dont les enfants n’ont qu’un repas par jour, à la cantine »… « La hausse de la taxe sur le carburant, ça a libéré la parole ». Et fait sortir les femmes dans la rue, à tel point que la sexagénaire a créé un groupe Facebook « pour s’arranger avec les gardes d’enfants quand on est mobilisées, pour s’entraider ».

En discutant avec Pascale, un premier facteur de mobilisation apparaît immédiatement. « Tous les jours, on est confronté aux problèmes, aux courses, c’est nous qui faisons la cuisine, qui gérons le budget, on est toujours en train de jongler, sans jamais se plaindre ». D’où leur implication dans un mouvement qui dénonce la baisse du pouvoir d’achat. Les femmes sont plus touchées par la pauvreté que les hommes, selon l'Insee. Ce sont aussi majoritairement les femmes qui, « dans les familles à faibles revenus, s’occupent de la déclaration d’impôt, ou plutôt de la feuille de non-imposition », a observé Alexis Spire, directeur de recherche CNRS, lors d’une enquête récente.

Les oubliées du gouvernement ?
Or elles n’ont pas été particulièrement ciblées par le gouvernement dans son bouquet de mesures pour le pouvoir d’achat. « Les familles monoparentales qui n’ont pas d’activité professionnelle ne sont pas touchées par les mesures, il n’y a rien pour elles, à part 50 euros complémentaires sur le chèque énergie », a déploré ce mercredi sur France Info Jean-Yves Mano, président de la CLCV, association nationale de défense des consommateurs et usagers

« C’est du pipi de chat », lâche Pascale. « Si au moins ils baissaient les prix des produits de première nécessité… » Depuis quelques années, son état de santé lui a valu un statut de travailleur handicapé, mais, faute d’avoir trouvé un emploi, elle touche une pension de moins de 700 euros. Pour boucler les fins de mois, elle fait des petits boulots. « La prime d’activité, j’y ai pas droit. Le gel des prix de l’énergie, tout le monde va en bénéficier, mais ça va pas me permettre de me chauffer, ça fait quatre hivers que je ne peux plus ». Elle retournera donc sur « son » rond-point. « Je pense qu’ils vont avoir plus de mal à faire rentrer les femmes que les hommes ».
mais ce qui se passe importe peu, l'important c'est LA théorie de "l'abolition du genre", et le subjectivisme adéquat à celle de TC
RS/TC a écrit:Réponse aux critiques de Patlotch
C’est vrai, il n’est pas question des femmes dans les notes publiées. Il aurait fallu le faire. La présence publique des femmes dans un mouvement social est toujours significative du rapport entre public et privé. [...] Cette forme de mobilisation agrège celles qui galèrent et pour qui aucun lieu de travail ne peut être un lieu de mobilisation (situation plus fréquente chez les femmes que chez les hommes) : les mères célibataires, les veuves retraitées. En outre, l’émergence on ne peut plus difficile de représentants et de porte-parole, a pour conséquence de contrecarrer la classique disparition des femmes dès qu’un mouvement s’organise et se dote de représentants.
Cependant, rien dans tout cela (on peut certainement allonger la liste) n’interroge directement le rapport femmes / hommes. Elles sont la partie de la population la plus atteinte par l’injustice des revenus et cela doit être corrigé. Elles sont là sur les ronds-points, très souvent en couple, maris et femmes complémentaires. Et si la division genrée n’est pas contestée, c’est que face à l’incertitude de l’avenir, face au « libéralisme des élites », elle demeure, comme la famille, une sorte de reconnaissance et d’assurance.
c'est cela, Roland, « il aurait fallu... » En attendant tes Réflexions définitives sur les gilets jaunes, et ton abolition du genre avec tes antipotes dans l’insurrection généralisée qui détruira les hommes et les femmes, le mouvement se passera de tes lumières genrées : du mauvais côté de la barricade sexuelle ?

encore plus fort, les "camarades" de Il Lato Cattivo traduisent partie de Réponse aux commentaires de Patlotch, mais pas ces commentaires : à quoi bon, Théorie Communiste répond à tout et de tout, quel besoin même de la réalité puisqu'Une séquence particulière fut "prémonitoire" ?


- un manque d'à propos de la "rupture..." ?
Un Agent Sans Imagination contre Des agents destitués du Parti Imaginaire
Rupture dans la contribution en cours réactions "en attente" chez Indymédia Nantes
Lundimatin 12:39
D'accord, ça vient de lundi.am, mais ça a la mérite de mettre en perspective le mouvement des GJ

pourlecoup 12:46
sauf que
Sauf que pour le coup, tout, mais tout, est imaginé. On n'aura jamais fait autant d'esbrouffe autour d'un minimouvement de rogne de la classe moyenne, qui d'ailleurs est d'ores et déjà terminé. Bon, c'est sûr, on s'emmerde, alors on aime à gloser sur la moindre poubelle brûlée, mais c'est se rendre parfaitement ridicule que de parler aujourd'hui (et un aujourd'hui hélas vaste) d'une quelconque2:50 perspective de sortie (surtout quand l'idéal revendiqué est d'être dedans...)
et que
le gouvernement 12:50
Et que le gouvernement en vienne à communier dans l'illusion qu'il se passe quelque chose, ne signifie en rien qu'il se passe quelque chose. C'est marrant comme les ennemis de l'état, qui ne rêvent qu'à lui jour et nuit au point d'avoir totalement oublié le poids du social, lui font aveuglément confiance d'être "hors du jeu" et dans la connaissance (classique d'ailleurs de la pensée complotiste, "ceux qui savent" ne font pas partie du rapport social)
sauf que... et que...

- révolution à la française, acte 2
« Les élus ont été suspects pendant toute la Révolution française » Patrice Gueniffey, Le Figaro payant 17 déc. 17:29
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 13756-100248788
« De même que le fameux suffrage universel de 1848 était réservé aux “Français en âge viril” (proclamation du 16 mars), l’égalité mise en musique à partir de l’été 1789 ne concernait que les hommes. » Histoire : comment la révolution française prive les femmes de citoyenneté, Éliane Viennot, Marianne, 24/12/2016

- l'Europe en jaune ?
Pour l'Acte 6, des gilets jaunes appellent bloquer les frontières, espérant ainsi pouvoir se rapprocher de leurs homologues étrangers
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- la française des jaunes
54% des Français estiment que le mouvement doit se poursuivre, selon notre sondage BFM. « 70% des Français soutiennent toujours le mouvement ce mercredi »

- banque route
Angoulême : les gilets jaunes bloquent la Banque de France Ouest-France 07:24
"On ne peut plus se réunir sur les ronds-points, on va donc passer à l’étape supérieure, en bloquant les bâtiments administratifs"
Un laveur de carreaux
suspendu au ménage,
saltimbanque muet,
tourne un film, assourdi
des voitures en file
sur l’autoroute

au pied des murs,
la société est générale.
J’essuie sa banqueroute
Patlotch, 18 février 2010, Travailler-poème


- ruissellement ment
« Maman nuage et son petit :
- Fais pluie-pluie !
- Je peux pas...
- Si si, quand on veut, on pleut. »

Castaner revalorise les salaires des policiers après une journée de protestation Ouest-France 03:59
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les cheminots aussi, et tant d'autres, qui ne se sont pas mis en "grève générale", ni même une seule journée, et y ont gagné plus qu'en trente ans de syndicalisme

Rupture... a écrit:On aura brûlé les conventions collectives et autres mécanismes de négociation en même temps que l’Ouest parisien. Dans ce contexte, l’acte de revendiquer prend une portée nouvelle : il ne s’agit plus de déléguer la puissance collective à quelque représentant – du mouvement dans l’État, de l’État dans le mouvement – mais de s’associer horizontalement sur la base de la demande pour porter soi-même le combat...

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Ven 21 Déc - 19:34

19:33
j'ai changé le titre du sujet, auparavant après les gilets jaunes, LES LUTTES EN FRANCE dans la restructuration politique, qui anticipait un devenir que je vois néanmoins toujours inscrit dans les limites de ce mouvement

9. la forme et les formes, des idées mais pour quels contenus ?
dans la martingale de l'idéologie française
le rouge n'a pas encore saisi le jaune, ni le vert

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 20181219163759436-1
Olivier Daurelle, tué hier par un poids-lourd à Agen. Photo DDM

sommaire a écrit:a - retour à la case départ ou "passage de la seconde" ? négociation/représentation ou lutte auto-organisée ?
b - le mouvement ne touche pas aux usines du capital, à la production de marchandises, ni même à l'État du capital
c - philosophie et dialectique de l'implication réciproque entre le mouvement et le pouvoir d'État
: ce qu'il adviendra d'effectif n'en sera pas moins logique, mais pour le savoir, il va falloir attendre, car le réel n'est pas rationnel au point que la raison pourrait le prophétiser
d - populiste ou non, la démocratie participative enterre le démocratisme radical : bonjour les désillusions dans la crise !
je n'ai que peu parlé de ce qui pourrait se passer demain pour le très attendu 'Acte 6'. Demain est un autre jour, certes, mais à part la mise en scène d'une pièce déjà écrite, je ne vois pas ce qui pourrait en ressortir de neuf relativement à mon analyse. Au demeurant, si les mobilisations 'Actées' et numérotées d'un samedi à l'autre ont incontestablement rythmé la succession des événements et influencé leur cours, je pense que les véritables tournants (voir le journal précédent) n'ont pas suivi le même rythme, compte tenu des interventions de Macron, de l'attentat de Strasbourg, de l'émergence du RIC, etc. L'histoire de ces quelques mois, encore pas au bout de leurs résultats, ne s'écrira pas en chapitres hebdomadaires

d- populiste ou non, la démocratie participative enterre le démocratisme radical :
bonjour les désillusions dans la crise !

si l'on ne sait pas encore où va ce mouvement et qu'ouvrira cette séquence, on sait déjà ce qui s'est passé, ce qui a été dépassé, et qui l'a été
Rupture... a écrit:Plus de médiation. Tout le dispositif keynésien construit pendant presque un siècle se déploie désormais à la fois en dehors de l’État et du mouvement social, tournant à vide : et les « partenaires sociaux », et les partis, et tous les corps intermédiaires que la Présidence a cherché à ramener à elle pour faire illusion de Providence, d’être voués à prêcher dans le désert. Ce que l’on pressentait depuis quelques décennies – le passage de l’État keynésien, souple, dialectique, médiateur, à un État nietzschéen, tantôt rouleau compresseur affirmatif d’une caste sans alliés de circonstance, tantôt château fort au pont-levis dressé – est officiellement accompli.
le 'démocratisme radical', alternative de gauche vent en poupe de 1995 à 2007, s'est cassé les dents sur la crise de 2008, aussi bien syndicalement que politiquement. Il a vécu avec les gilets jaunes sa mort idéologique
la démocratie participative qui vient, comme elle s'annonce institutionnalisée, aura ses variantes populo-populistes dans un mixte droite-gauche, et sa variante dure si le Rassemblement national trouve à droite des alliés pour gagner le pouvoir d'État
avant l'émergence de « un RIC, ou rien ! », voilà ce qu'écrivait RS, je souligne, le reste étant traité plus bas dans le même sens :
RS/TC a écrit:14/12/2018 à 12:35 #8
Dans une situation, aussi confuse soit-elle, il peut arriver beaucoup de choses, et même des choses imprévisibles, mais jamais «n’importe quoi», ou alors on se met à croire aux miracles. En l’occurrence, ce qui se produit en France ne produira peut-être rien, peut-être un «tournant social» du quinquennat, peut-être une victoire électorale du Rassemblement National, peut-être la conscience après des décennies de défaites que la lutte peut payer, peut-être un clivage encore plus fort à l’intérieur des «classes populaires», peut-être et surtout une accélération de la fusion en cours entre mouvement social et mouvement national, etc., mais surement pas dans l’état actuel des choses, un mouvement tendant à fusionner les contradictions en une «unité de rupture», c’est-à-dire tendant à abolir les rapports sociaux capitalistes. Dire que «cela n’était pas écrit», c’est croire aux miracles. On ne peut pas à la faveur d’une sorte de «matérialisme aléatoire» venu de nulle part, se noyer dans un supposé infini des possibles.
ajout (BFM 14h35) : le Premier Ministre ne l'a pas "écrit", mais confirmé les décisions de Macron :
Édouard Philippe a écrit:"Afin d’être innovants, nous avons pensé qu’il était sage de procéder à la désignation, la sélection, de conférences qui, dans chacune des régions, pourront réunir une centaine de citoyens français tirés au sort, tirés au hasard, qui seront amenés à discuter des résultats de ce débat et à participer d’une certaine façon à ce débat.
L’idée, c’est de faire en sorte que, là encore, des Français qui ne sont pas forcément les plus impliqués dans la vie publique, dans le débat public, puissent donner leur avis sur le débat et donner leur avis sur les propositions au niveau régional, au niveau local."

[Pour le chef du gouvernement il s’agit donc de faire en sorte que tous les concitoyens s’expriment et débattent de sujets] "qui sont essentiels pour la démocratie et pour l’évolution" du pays. "C’est ce à quoi le gouvernement travaille aujourd’hui: que ce débat soit neutre, innovant, complet et qu’il nous permettre de rebâtir quelque chose tous ensemble"
"Tous ensembleu ! Tous ensembleu !"
vient donc le temps de la démocratie participative, avec un zeste de démocratie directe, puisque Macron annonce la concertation en assemblées avec « une centaine de citoyens tirés au sort », jaunes ou pas. Elle comblera vraisemblablement les Français autant que les Suisses, moins les coffres

c - entre hier et demain :
philosophie et dialectique de l'implication réciproque entre le mouvement et le pouvoir d'État
« Tout ce qui est réel est rationnel, et tout ce qui est rationnel est réel. » Hegel, cité plus haut
c'est à lire : L'effectif est rationnel (Marx hégélien)
Le Moine bleu a écrit:Au reste, cette correspondance hégélienne du réel et du rationnel, tant critiquée et commentée, serait plus aisément comprise comme spontanément subversive, dès lors qu'on substituerait au terme de réel celui d'effectif (en allemand : wirklich. Wirklichkeit : l'effectivité).
un peu de prospective
pour le dire simplement sans Hegel ni Marx, en clair et sans philosophie, rapporté à ce qui s'est passé jusque-là, ce qui était logique qu'il se passât s'est produit : la ligne de front dans la dynamique réciproque gilets jaunes-pouvoir politique l'a réalisé en surmontant les handicaps de part et d'autre. Le RIC l'emporte comme enjeu y compris dans l'opinion sondée. Mais qu'adviendra-t-il de cette 'subtile' et 'intelligente' réflexion 'live' de Maxime Nicolle le 5 décembre ?

Fly Rider a écrit:Si on a plein de revendications, l’Etat va nous en prendre une ou deux et on va se la mettre profond. Par contre, si on demande tous la même chose : que chacun puisse donner sa voix avec un référendum d’initiative citoyenne, comment ils font pour nous dire non ? Quand le peuple dit, 'on veut être entendu et décider de notre destin', comment ils font pour nous la mettre à l’envers ?
une fois en main leur riquiqui RIC là où ils attendaient un RIC hard, que feront les gilets jaunes bernés ? Et sans attendre, comment se déroulera localement la "grande concertation nationale", jugée « opération de com' inutile » par une majorité de soutiens sondagés, alors que déjà des tensions ont eu lieu entre gilets jaunes opposés à toute négociation et ceux qui rencontraient les élus locaux ? La temporalité ne sera plus la même en 2019, entre les rythmes propres du déroulement des opérations gouvernementales, y compris les élections européennes, et de la lutte proprement dite, gilet jaune ou pas, contre le pouvoir politique et sa "récupération" par l'État sur le terrain de ses marges dans ses choix économiques

c'est là à mon avis la grande inconnue du devenir de ce mouvement, selon ce que deviendra sa dynamique, plus profonde ou pas, repoussant ou non ses limites, une fois l'effet RIC féerique retombé comme les guirlandes de Noël et les aiguilles des sapins en pots, et fondus les œufs de Pâques en chocolat
morale philosophique : ce qu'il adviendra d'effectif n'en sera pas moins logique, mais pour le savoir, il va falloir attendre, car le réel n'est pas rationnel au point que la raison pourrait le prophétiser

b - et les usines du grand capital ?
les gilets jaunes portent leurs attaques, symboliques ou musclées, contre les édifices de l'État - l'Élysée, les préfectures, hôtels des impôts -, et la puissance financière - Bourse, banques...-, bloquent la circulation des marchandises, se manifestent devant les supermarchés, dispensent les automobilistes de péage aux autoroutes, mais, ne serait-ce que symboliquement, ne s'en prennent pas, sinon comme finance mondialisée anti-France, au capitalisme comme économie de l'exploitation dans la production de ces marchandises : usines, CAC40, MEDEF...
pour compléter ce tableau, leur cible médiatique favorite est BFMTV, la chaîne qui leur tend 24h/24 ses micros et sur les plateaux de laquelle leurs leaders objectifs se précipitent pour parader dans les lucarnes du Spectacle pour Français assis
tout cela me semble définir les limites de leur critique idéologique du capitalisme comme mode de production économique, faiblesse que l'on retrouve dans les textes Rupture..., ce qui en fait l'adéquation dans ces limites-mêmes, et permettre que Julien Coupat s'y sente aussi à l'aise qu'Alain de Benoist
alors certes, il faudrait "généraliser la grève" (de qui pour quoi ?) plutôt qu'appeler, à défaut de la faire, à la "grève générale". Le mouvement s'est assurément étendu, passant de la revendication sur les taxes à celle sur les salaires, puis à la revendication politique, toujours adressée à l'État, pas véritablement pointé dans sa substance d'"État du capital", ni celui-ci perçu comme l'ennemi principal, sur les lieux matériels de sa production autant que de sa circulation, un défaut constaté des thèses de Joshua Clover affirmant que l'émeute prime et leur trouvant dans le mouvement français un écho
voilà de quoi, même en "anarchiste" impénitent (Ni Dieu, ni Maître !), se vouloir encore indécrottablement "marxiste", les pieds sur terre, en proléterre : on pourrait même ajouter que les prolétaires ouvriers industriels, non seulement n'y sont pas en tant qu'exploités dans les usines, mais quand ils revendiquent, c'est de façon conservatrice contre l'exigence écologique de l'abolition communiste du capital > L'HUMANITÉ CONTRE LE VIVANT ? ET LE CAPITAL ?

a - retour à la case départ ou "passage de la seconde" ?
négociation/représentation ou lutte auto-organisée ?

Pétition sur les carburants, Macron à Ludosky : « Vous avez raison », et en même temps Son Assemblée Présidentielle adopte Ses mesures
. lancée en février 2018, la pétition qui fut à l'origine des "gilets jaunes" initiés mi-octobre par Éric Drouet, a dépassé le million de signatures. Comme pour shunter le mouvement de masse, les mots "gilets jaunes" ne figurent pas plus dans la réponse que dans le discours présidentiel du 10 décembre
. mais ladite Ludosky et ses amis de La France en colère !, Drouet qui voulait "passer la seconde" et Rider perdu sans ses gourous, tiennent les deux fers au feu comme le gentil Macron et le méchant Castaner
Priscillia Ludosky : « Eric m'a envoyé un message sur Facebook, à la mi-octobre. C'est devenu un ami, on peut dire ça. ». Rider : « c'est madame Tout-le-monde et elle n'a pas d'intérêts personnels. Eric, lui, est quelqu'un de terrain. Moi je passe pour quelqu'un de complotiste. On se complète. » source
Drouet crée une page "Acte 6 Paris: Versaille !!!", Priscillia Ludosky sera présente à la frontière espagnole, au péage du Boulou : "La mobilisation aux frontières n'est pas nouvelle. Beaucoup de gens dans les régions sont venus à Paris, cette fois, on leur propose de rejoindre les Gilets jaunes des frontières". Le blocage des camions de marchandises est envisagé dans plusieurs régions, dans le nord (Dunkerque, Tourcoing...), l'est (Strasbourg) ou le sud-est, la frontière espagnole. Concernant les ports, ceux de Brest et Saint-Nazaire pourraient aussi être perturbés.
. Fly Ryder le troisième larron 'live' est toujours coché par Chouard, mis en avant par Ruffin : de Marrakech à l'Assemblée, en passant par les eaux troubles du calcul égoïste, concernant l'immigration entre autres, le mariage est consommable entre populisme de droite ou de gauche, et "populisme du peuple" (Alfio Mastropaolo, 2001, repris par Alain de Benoist qui s'en réjouit, vidéo, ce qui devrait tout de même alerter)
cet embrouillamini d'en-haut pourrait s'éclaircir dans les mobilisations en-bas, mais il est difficile de savoir ce qu'elles porteront
Rupture... a écrit:En deux semaines, la ligne de front la plus vive du conflit a en réalité quitté les centres-villes des capitales régionales et de Paris pour se déplacer au niveau des ronds-points et des communes, au plus près des « gilets jaunes » et de ce qu’ils font quotidiennement. Sur plusieurs lieux d’occupation et de blocage, la délibération et l’assemblée représentent des horizons désirables, à défaut d’autre chose.
avec cette question lancinante : une forme auto-organisée prometteuse porte-t-elle nécessairement un contenu révolutionnaire ? Concernant la subjectivation collective des individus, oui, mais pour quelle rupture avec l'économie du capital ? C'est pour quoi hier soir je voyais dans ce mouvement une révolution seulement politique correspondant à la nécessité d'une restructuration politique vers laquelle je sent irrémédiablement orienté ce mouvement : un désaccord important avec texte Rupture...
Par un paradoxe qui n’est qu’apparent, l’esprit d’une mobilisation, a fortiori lorsqu’elle est inédite, ne se loge jamais dans ses revendications mais dans ses pratiques. Le sens d’une politique ne tient pas à ses idées mais sur ses actes.

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Sam 22 Déc - 21:13

21:13
10. 22, vla les flics... et l'Éric et les RIC
lu, vu, entendu, un samedi comme un autre ?
une dynamique de réciprocité sans dépassement de la médiation politique

s'il était vrai que L’acte 6 de la mobilisation des « gilets jaunes » est peu mobilisateur à la mi-journée, ce samedi…, ce ne serait que logique : comment imaginer qu'il le soit alors que la suite immédiate est inscrite dans la dynamique réciproque pour négocier avec l'État le niveau de la revendication politique et sociale ? Autrement dit la plupart des 'mobilisés' le sont dans cette perspective, et les autres ne peuvent qu'attendre une éventuelle et improbable remise en cause de cette médiation

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la police les attendait à Versailles, ils sont au Sacré-Cœur
600 policiers pour 30 gilets jaunes : chacun 20 !
2 000 à Paris, 38.600 manifestants en France à 18h selon l'Intérieur

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'en marche' ou les mots de 2018 pour le dire
en écho à 'Révolution' de Macron en 2017

- ils sont à l'Ouest
Nantes 3000 (Préfecture 500), Bordeaux 2600, Toulouse 2500, Caen 1500... sources invéri-fiables
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- On veut de la thune en attendant le RIC ! le jaune va-t-il détrôner le Che et Charlie ?

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 648x415
. Marques déposées, produits dérivés... Le business s'empare des «gilets jaunes» 15h44
. Gilets jaunes : un Vauclusien dépose la marque La Provence 19H06
Le 15 novembre dernier, soit deux jours avant la vague jaune qui a envahi le pays, Mohamed A. a été le premier à avoir cette idée, pas si bête : déposer le logo et les deux mots "gilets jaunes" dans les domaines "ustensiles de ménage", "figurine en porcelaine", "vêtement" ou encore "télécommunication". Quarante-huit heures plus tard, premier jour de la mobilisation des citoyens en colère, l'INPI (Institut national de la propriété industrielle) a enregistré deux autres dépôts "gilets jaunes" dans les domaines des "armes à feu, feu d'artifice","imprimerie" ou encore "éducation et publicité". Trois autres dépôts ont suivi dans les domaines de "l'alcool" et des "logiciels de jeu".

Jeu de société, sac ou t-shirt
En peu de temps, certains ont donc compris que la marque "gilets jaunes" pourrait faire vendre. Un jeu de société, une bière, un t-shirt ou encore un sac, pour l'instant la marque n'appartient à personne mais dans quelques mois, pour pouvoir faire du business sur les gilets jaunes, il faudra donc négocier avec celui qui aura déposé la marque. [...]
mais : «Gilets jaunes»: Le commerce voit son chiffre d'affaires baisser de 25% en moyenne

- Place à la Comédie ?


Place de la Comédie, à Montpellier

- l'accumulation de marchandises dans la société des pauvres
« La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste apparaît comme une « immense accumulation de marchandises », dont la marchandise individuelle serait la forme élémentaire. C’est pourquoi notre recherche commence par l’analyse de la marchandise.», Marx, Le Capital
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- « Ah ! qu’en termes galants ces choses-là sont mises », Molière, Oronte dans Le Misanthrope, Acte I, scène 2 : "galant" y a le sens de "raffiné" ou, si l'on préfère, "subtil, intelligent"...
Gilets jaunes : dix morts, le lourd bilan d’un mouvement très accidentogène
ben voyons, ne sont-ce (rond) point là qu'accidents... de la route ?

- Madame la préfète a-t-elle perdu la tête ?
« Cette mise en scène macabre et ces faits portent gravement atteinte tant à la personne qu'à la fonction du président de la République. Je tiens à les dénoncer avec la plus grande fermeté », a déclaré la préfète Marie Lajus", là juste... quand je pense aux "jeux de massacre" d'effigies d'hommes politiques dans les fêtes des partis de gauche depuis toujours. En 1971 j'en fus l'auteur bricolo-artiste pour la fête des Jeunes communistes à Besançon
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Les auteurs de cette mise en scène pourraient être poursuivis.

- Cours, camarade Mélenchon, ton avenir est derrière toi !
sondage : le mouvement politique qui soutient le plus le RIC est… ?
Effrayant pour les élites, le référendum d’initiative citoyenne est plébiscité par le peuple. C’est ce que nous apprend un sondage Odoxa réalisé pour le Figaro et France Info publié le 21 décembre. 78% des personnes interrogées s’y disent « tout à fait favorables » ou « plutôt favorables » au RIC. Seuls 5% des français se déclarent « tout à fait opposés » à cette forme de démocratie directe. Ce large soutien traverse les catégories sociales, nous apprend l’institut.

Les insoumis à la pointe
Le sondage informe aussi sur le soutien par sensibilité politique. Et on y découvre que les sympathisants de la France insoumise sont de loin les plus favorables au RIC. En fait, cette question forme presque un consensus parfait au sein des électeurs du mouvement de Jean-Luc Mélenchon puisqu’ils sont 96% à y être favorables. C’est bien plus que les sympathisants des Républicains (71%), du Parti socialiste (78%) et même du Rassemblement national (93%). À noter que, chez les insoumis, on ne trouve aucun répondant pour déclarer qu’il est « tout à fait opposé » au RIC. Une performance que l’on ne retrouve pas dans les électorats des autres formations politiques.
Mélenchon et ses Insoumis n'engrangent pas ce soutien appuyé, au contraire du RN, si l'on en croit les sondages aux européennes. Quant aux Républicains de Laurent Wauquiez et au PCF post-Laurent... l'or en est épuisé

- Drouet est « rentré dedans »... en garde-à-vue


Eric Drouet arrêté à Paris Le Figaro.fr 15:35
Eric Drouet, l'un des leaders du mouvement "gilets jaunes", a été interpellé aujourd'hui avec 64 autres personnes, lors d'une marche organisée à Paris. Il a été arrêté vers 14h15 rue Vignon, dans le quartier de la Madeleine, au milieu de quelques dizaines de manifestants. D'après franceinfo, il a été placé en garde à vue en début d'après-midi, pour "organisation de manière illicite d'une manifestation sur la voie publique, port d'arme prohibé, et participation à un groupement formé en vue de violences ou de dégradations".
- "ma petite entreprise"...

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Food Truck : « le camion-restaurant est le nouveau roi ! A l’origine, le Food Truck était un camion qui circulait au Texas pour ravitailler les cowboys... » Et les Indiens ?

- vague à « l'âme politique » ?
Les forces de l'ordre ont dispersé les Gilets jaunes à la barrière de péage du Boulou L'Indépendant 14:54
13:00. Priscillia Ludosky, figure du mouvement des Gilets Jaunes, était présente, ce samedi midi, à la barrière de péage du Boulou, près de Perpignan. A la frontière entre la France et l'Espagne, elle a appelé le mouvement des Gilets jaunes à "se structurer" mais à "ne pas aller vers la politique".
scratch  sauf qu'elle est en plein dedans car « l’«âme» du mouvement est politique », cité par Pepe ici en référence à Marx dans Gloses critiques en marge de l’article « Le roi de Prusse et la réforme sociale. Par un prussien. » 1844
Marx a écrit:… autant une « révolution sociale avec une âme politique » est paraphrase ou absurdité, autant est raisonnable une révolution politique avec une âme sociale. La révolution en tant que telle- le renversement du pouvoir établi et la dissolution des conditions anciennes- est un acte politique. Or, sans révolution le socialisme ne peut devenir réalité. Cet acte politique lui est nécessaire dans la mesure où il a besoin de détruire et de dissoudre. Mais là où commence son activité organisatrice, là où se manifeste son propre but, son âme, le socialisme rejette son enveloppe politique.
- la dynamique du RIC de bas en haut
le groupe facebook La France en colère recevait jusque-là ~1000 adhésions par jour, mais 6000 depuis hier, atteignant 275.000 membres porteurs de la "pression" pour obtenir le "RIC toutes matières"

- faut rigoler ? la norme dogmatique n'est pas morte
« Il y a des gens qui sont chauves au dedans de la tête : ce sont ceux qui n'ont pas le sens de l'humour. » Francis Blanche. Et le sens du ridicule ? La disparition du paysage de tous les groupes léninistes...
Le Prolétariat universel a écrit:C'est un fait que tous les donneurs d'ordre léninistes, néo-léninistes et divers anarcho-conseillistes, toujours prêts à donner des conseils en grève radicale ou générale, du NPA au CCI, ont disparu des écrans. Bof.
Une décantation s'est produite en milieu trotskien, semblable à la mienne et à d'autres dans le milieu maximaliste, c'est ainsi que nous voyons apparaître sur le réseaux d'ex-militants du gauchisme se rendre compte de l'originalité du mouvement sans rester dans des œillères marxologiques. [...] On lit par après ceci : « La lutte des classe est le moteur de l’histoire. La nature a horreur du vide. La combinaison de ces deux caractéristiques fait voler en éclat la stratégie d’enlisement de la part des aristobureaucrates des organisations syndicales et de la pseudo-gauche. La dynamique de la lutte de classe fait qu’à la suite d’un enchaînement de circonstances dû à la putréfaction du capitalisme, la classe ouvrière cherchant l’issue submerge le barrage des appareils de plus en plus boiteux car manifestement visible et flagrant. L’audace va gagner la masse ».
Décoiffant.
chauve à l'intérieur de la tête : la lutte de classe, si elle était moteur de cette histoire, ce ne serait que négativement, par l'activité, ou plutôt l'inactivité du prolétariat en tant qu'il serait révolutionnaire

- si le grand capital répond à la revendication salariale, quel besoin de faire grève ? Au coude à coude avec Macron, il cherche à « apaiser les colères catégorielles. »
Prime exceptionnelle : la liste des entreprises qui vont la verser (et combien d'euros)
Cette prime exemptée de cotisations sociales et d'impôts jusqu'à 1.000 euros, facultative pour les entreprises, fait partie des mesures d'urgence annoncées par le gouvernement pour répondre à la crise des "gilets jaunes". Si les fonctionnaires ne décolèrent pas depuis qu'ils ont appris qu'ils ne recevraient aucune prime, un certain nombre de salariés du privé -mais pas tous loin de là- vont pouvoir profiter d'un bonus salutaire en cette fin d'année.
- stratégie de la réciprocité : si ce n'est pas de la "médiation" d'État...
Emmanuel Macron peaufine sa stratégie de sortie de crise : "apaiser les colères catégorielles pour préserver  ses réformes structurelles et reprendre de la hauteur" Le Monde 11h00
Le président a finalement opté pour une stratégie à plusieurs niveaux afin de répondre à la crise. « Le mouvement des “gilets jaunes” est un mouvement à tiroirs, parti d’une grogne sur le prix des carburants pour arriver à des questions institutionnelles. Nous avons donc fait le choix d’une réponse à tiroirs », explique un proche collaborateur. « Les “gilets jaunes” n’appellent pas à l’immobilisme, à nous de savoir rebondir », abonde un parlementaire de la majorité.
il y arrivera ou pas, mais en attendant qui pourrait affirmer que Chirac, Sarkozy ou Hollande auraient été aussi réactifs ?

- racket : "on veut de la thune en attendant d'être révolutionnaires"
Souscription Pour que vive le combat anticapitaliste !
@NPA_officiel a écrit:Les militantEs et idées anticapitalistes ont un rôle essentiel pour une contre-offensive de la jeunesse et du monde du travail. C’est pour cela que nous faisons appel au soutien financier de celles et ceux qui considèrent que nous jouons un rôle utile.
- "l'idéologie de la communisation"
Pepe@dndf a écrit: En relation avec ce “début de débat”, on a trouvé ça :
« Ainsi le mouvement des gilets jaunes aurait « quelque chose de l’ordre de la communisation », bien que ne s’y manifeste à aucun moment l’idée d’une transformation sociale fondamentale, l’idée de relations ne passant pas par l’argent, et donc le salaire, l’économie, l’Etat, etc .. bien qu’à aucun moment il n’y soit envisagé d’abolir les conditions sociales sur la base desquelles le mouvement existe, bien que la question du mode de reproduction des individus ne soit jamais évoquée. [...]

Pour paraphraser la formule « les prolétaires ne veulent plus être prolétaires », les gilets jaunes n’en ont pas assez d’être salariés, chômeurs, retraités; ils en ont assez de payer tel ou tel impôt, de toucher un salaire de tel ou tel montant, de ne pas avoir d’emploi, de recevoir une retraite trop faible, de subir tel ou tel contrôle, de n’avoir aucun contrôle sur le système politique, etc.. c’est de ça qu’il s’agit dans la lutte, non d’une « immédiateté sociale de l’individu » qui est absolument inconcevable actuellement dans un tel mouvement. où il s’agit de peser sur l’Etat, de lui arracher la satisfaction de revendications, certaines bien précises ( celles à l’origine du déclenchement du mouvement ), d’autres plus générales, qui constituent un programme de réformes politiques et économiques sans aucune remise en cause du capitalisme. [...]

Malheureusement, c’est une chose de pointer dans un mouvement sa radicalité organisationnelle, sa pratique d’une démocratie basiste et autonome, s’opposant aux médiations politiques – au moins en son sein, car vers l’extérieur, rapports marchands et Etat sont intangibles – et autre chose d’y projeter ce qui n’est actuellement qu’un fantasme, l’idée d’un processus d’abolition de toutes les médiations. On est bien ici dans l’idéologie de la communisation. »
si l'allusion était au "début de partie" concernant le rôle de l'écologie dans la dynamique des luttes révolutionnaires, il s'agit ici d'autre chose, la médiation de l'État et du Capital jamais mise en cause par ce mouvement, ce qui recoupe complètement mes analyses d'hier au point 9. Robin prend la solidarité sur les ronds-points, qui est celle de toute lutte durable, pour une immédiateté entre individus signifiant l'absence de médiation politique. Dans ce mouvement, cette médiation est partout, inhérente au contenu, même si elle ne passe plus par l'intermédiaire des partis politiques et la représentation...

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Message par Patlotch le Mar 25 Déc - 21:38

du 23 décembre, mis à jour

Patlotch a écrit:12. APRÈS LA TEMPÊTE LE CALME
au fil de mes lectures, ce qu'ils ont sous les yeux et ne veulent pas voir :
un mouvement qui ne remet pas en cause l'économie politique, le capital s'en fout

- pour comprendre le "merdier" qui est là, lis Corne ? lisez TC plutôt que cette littérature communisatrice classieuse
- l'ordre (idéologique) règne par la dénonciation de la police aussi : à propos de "dérapages", de motards, et de tête coupée
- l'éternel retour de la bêtise antifasciste, avec Yves Coleman
- Temps Critiques peut mieux faire, mais...
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Les #GiletsJaunes de Lézat Sur Lèze (Ariège 09)
11. L'ÉTAT EsT LA RÉSOLUTION
vers la fin du "mouvement des gilets jaunes" comme tel et de son unité sans rupture

- pas de restructuration économique, mais des nouvelles de la révolution surréaliste des 'communisateurs'
- "Faut payer le Sahel  !" Macron n'est pas allé à Baden-Baden comme de Gaulle en 68, mais "Que l'ordre règne en France !"
- les derniers feux du démocratisme radical : Jacques Bidet et le « capital de pouvoir à rendre au peuple »
- la tendance générale, parti ou pas, RIC ou pas, est à « entrer dedans »... l'urne son bulletin. On a entendu "Macron démission !", pas "Élections piège à cons !"
- d'un gilet jaune unitaire à son déchirement politique : vers la fin du "mouvement" comme tel
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Macron-police
« derrière l’Etat, en dernière instance, le flic. » RS

12. APRÈS LA TEMPÊTE LE CALME
au fil de mes lectures
ce qu'ils ont sous les yeux et ne veulent pas voir :
un mouvement qui ne remet pas en cause l'économie politique,
le capital s'en fout


LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 48390566_10156879613884812_4774874065343086592_n.jpg?_nc_cat=104&_nc_ht=scontent-cdt1-1
denier cycle de lutte ?

24 décembre
- les vaseux communicants mal barrés pour leurs vœux de Noël
« Gilets jaunes » : Macron et Philippe veulent tourner la page
mais Édouard Philippe dénonce la «radicalisation d'une grande violence»
ceci dit, bonne fête à ma lectorate préférée, aux autres aussi (mais moins)

- lundimatin #171 : « une bonne partie décimée »...
lundimatin a écrit:Chères lectrices, chers lecteurs,
Une bonne partie de notre rédaction ayant été décimée par une épidémie de grippe, l’édition du 24 décembre paraîtra au fil de la semaine et avec un peu de retard... Bonne semaine et bonnes fêtes.
wiktionnaire a écrit:décimer : par ext. Faire disparaître une grande partie d'un ensemble d'individus (et non pas les 10 % du sens original). Il signifie alors « massacrer » ou « tuer ».
qu'est-ce qu'on va devenir ?

- peut mieux faire, mais...
Temps Critiques publie en supplément à son n°19 :
Sur le mouvement des Gilets jaunes, un autre fil historique que celui des luttes de classes 29 novembre
autant je pourrais partager La tarte à la crème de l’interprétation en termes de classes moyennes, en fait dirigée contre les journalistes, et « le conseiller du Prince (en géogra­phie) Christophe Guilluy [qui] a essayé de croi­ser cette ana­lyse en termes de clas­ses (ce qu’il appelle les « clas­ses popu­lai­res ») », autant je suis curieux de voir ce qu'en fera Hic Salta/Communisation dans son ménage à trois de la lutte des classes. Dans la théorie de la communisation et le marxisme environnant, la focalisation sur la classe moyenne et l'interclassisme a surtout pour fonction de mettre en avant le prolétariat, qui bien qu'absent en tant que classe ouvrière productrice, doit absolument devenir révolutionnaire. C'est leur sempiternelle démonstration par l'absurde, le syllogisme du prolétariat
il n'empêche que le rapport antagonique entre classes existe bel et bien dans l'implication réciproque entre ce mouvement et l'État capitaliste. L'affirmer haut et fort ne signifie pas que le prolétariat à lui seul pourrait abolir le capital, mais l'ignorer serait lui dénier toute fonction spécifique essentielle dans l'abolition de l'exploitation et de la production industrielle de biens comme marchandises. Avant de laver les chaussettes ensemble, les hommes et les femmes devront encore les fabriquer, car la communauté humaine ne sera pas que de va-nu-pieds
ce texte est du 29 novembre, et même Temps Critiques peut mieux faire. Néanmoins, si comme tout le monde les deux Jacques ont été surpris par « la soudaineté de l’événement », je ne suis pas certain que leurs présupposés théoriques leur permettent d'en saisir toute la signification

- l'éternel retour de la bêtise antifasciste
Aux Pays-Bas comme dans le reste de l’Europe, l’extrême droite européenne soutient les «Gilets jaunes» ! Yves Coleman, Ni patrie ni frontières, 19/12/2018
c'est vrai, et alors ? la France Insoumise aussi, et toute l'opposition politique à Macron. Qu'on le voit ensemble ou séparément pour l'opposer en comptant à la loupe combien des uns et des autres, cela n'expliquera pas pourquoi c'est le contraire qui eût été étonnant

- l'ordre (idéologique) règne par la dénonciation de la police aussi


Étienne Balibar a écrit:Althusser a eu beau écrire que « l’heure solitaire de la dernière instance ne sonne jamais », il n’a quand même jamais voulu se débarrasser de la dernière instance. Donc l’accent était mis sur « solitaire », c’était « l’heure solitaire de la dernière instance ne sonne jamais ». Ça ne voulait pas dire que l’heure de la dernière instance ne sonne jamais… elle ne sonne jamais d’une façon solitaire.
Althusser et Gramsci : entretien avec Étienne Balibar, Dérapages 7 juillet 2014 via revue Période
j'ajouterais ni à trois flics contre à peine plus de manifestants, gilets jaunes ou pas, réellement impliqués dans l'événement sur les Champs Élysée samedi soir, et dont comme d'un commun accord l'État, les politiques, les médias, BHL... la gauche et ses gauchistes, les antifas et les "mort aux flics !" font des tonnes, comme sur les "dérapages" antisémites, la quenelle dieudonnesque au Sacré-Cœur et la tête à couper qu'on donnerait, de Macron...
Le Prolétariat universel a écrit:LA CHARGE MORALISTE contrariée contre des « gilets jaunes à la dérive »

La soirée eût un aspect surréaliste. Malgré un très petit nombre de personnes vêtues de jaune, les Champs Elysées étaient en émoi, quoique sans casse, avec des poignées de gilets narguant les flics, tapant sur les bagnoles des riches, se faufilant sur les trottoirs entre les touristes riches. Comment était-il possible que l'Etat se laisse autant ridiculiser par cette queue de gilets jaunes ? Comme qui dirait une queue de grève sans fin. [...]

Dans la soirée les médiacrates repasseront en boucle l'agression de deux motards de la police à un coin des Champs, image violente avec une tentative de lynchage des policiers comme il y en a eu tant (et dont je sais que nombre de policiers déplorent que les médiacrates ne le montrent guère). On pouvait alors raisonnablement penser que, avec l'arrestation de Eric Drouet, le ton était donné pour le bilan au lendemain.

Dès le dimanche matin, il n'était plus question que de la faillite des gilets jaunes, définitivement corrompus par trois événements mortels :
- une violence inouïe contre deux ou trois malheureux motards,
- un chant antisémite sur la Butte Montmartre
- une effigie de Macron guillotinée avec du sang de vache pour faire plus mieux.

C'est sur LCI que cette campagne typiquement « complotiste » de l'Etat, dans la fureur et son affolement d'avoir encore perdu la bataille des images la veille, fut refroidi par d'étonnants éditorialistes de gauche et de droite pourtant, mais hommes intelligents et honnêtes.
bof ! Dans la faiblesse en nombre de la participation à l'Acte 6, il faut bien faire ressortir, encore, le plus spectaculaire. Pourtant, dans le genre violences y compris anti-policières, on a vu bien pire aux Actes précédents. C'est donc qu'il faut là plus encore le monter en épingle, et pourquoi ? Macron l'a dit du Tchad en présence des militaires : « C'est maintenant l'ordre qui doit régner, le calme et la concorde. Notre pays a besoin de ça. Il a besoin de concorde, d'unité, d'un engagement sincère pour des causes collectives fortes et il faut apaiser les divisions. »
alors oui, comme dit RS :
dndf 23/12/2018 à 00:53 #27
Il suffit que dans la situation actuelle les flics fassent semblant de faire à peine “grève” une demi journée pour obtenir immédiatement entre 120 et 150 euros de plus par mois. On peut dire ce que l’on veut de l’Etat, mais derrière toutes ses formes et contenus, son extension et sa diffusion, en dernière instance, il y a le flic.
mais "l'heure de la dernière instance" n'a pas sonné samedi soir sur les Champs Élysées, comme un rapport de classes entre individus en jaune et bleu

- pour comprendre le "merdier" qui est là, lis Corne ?
« Sur le fil » : le RIC, la gauche et les Gilets jaunes Alain Corne, carbureblog 23 décembre 2018
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 1*26GYxe_8eSM-KJx8w5teAA
20 jours après son premier texte de synthèse sur les Gilets jaunes, 1er décembre 2018 : porter plus loin le désordre, AC en produit un second qui a l'intérêt de présenter sobrement l'état de la pensée communisatrice sur le sujet. On y retrouve, pratiquement copiées-collées, des remarques de RS/TC, indiquant un rétropédalage d'AC, rentré dans le rang après quelques écarts dans l'enthousiasme des premiers jours du mouvement. En voici le dernier paragraphe, un grand classique de la théorie de la communisation prolétarienne, avec ses perles de modestie :
AC/Carbure a écrit:C’est entre autres la politique, qui de gauche comme de droite ne signifie rien d’autre qu’une gestion ou une autre du capital en crise, qu’il faudra détruire pour éviter le « fascisme » – et tout le reste, et cela est aussi l’objet de la lutte de classe du prolétariat dans son abolition. Mais avant de détruire la politique et de s’abolir comme classe, le prolétariat, qui en est constamment et structurellement exclu, peut aussi vouloir s’y intégrer, pour se défendre, et c’est aussi un aspect de sa lutte en tant que classe qui ne veut – comme classe – qu’exister dans le capital. L’interclassisme n’est rien d’autre que la tentative désespérée du prolétariat d’exister politiquement [hmm...]. C’est bien compliqué, la lutte des classes [un rien condescendant, indiquant qu'AC l'a comprise, lui]. Mais aucune norme, qu’elle soit révolutionnaire ou réformiste [ou communisatrice], ne nous aidera à discerner ce qui se produit, et le chemin que le prolétariat pourra se frayer dans ce merdier – ou pour le dire autrement dans cette situation – où il est embarqué avec toutes les autres classes, dans le brouillard de la lutte des classes à proprement parler, celle dont personne n’est le héros.
fausse sobriété, car tant de raccourcis font que faute d'avoir déjà compris, on ne peut pas comprendre. À tout prendre, je préfère lire RS/TC, qui a le mérite de ne pas shunter ce qui permet de saisir, car d'en suivre le cheminement, le raisonnement dans son mouvement, en profondeur. Cela paraît plus "difficile", mais en théorie de la communisation comme en toute autre, le reste est littérature... de propagande. C'est bien bon pour facebook, où poser parmi ses "ami.e.s", sans faire tapisserie comme sur son blog classieux. Un commentaire très drôle
Sov Strochnis a écrit:Je commente pour me rappeler de débattre en 4 langues sur le sujet quand je l’aurais lu
allusion au cheval de la traduction en anglais, italien, grec, espagnol... des textes du "milieu radical", dans le pâté d'alouette de leur débat  scratch
et un autre parfait pour l'entre-soie classieux avec le khâgnieux Nathan François, d'Agitations

11. L'ÉTAT EsT LA RÉSOLUTION
vers la fin du "mouvement des gilets jaunes" comme tel
et de son unité sans rupture


LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Macron-police
« derrière l’Etat, en dernière instance, le flic. » RS

- d'un gilet jaune unitaire à son déchirement politique : vers la fin du "mouvement" comme tel
les même raisons politiques qui ont fait l'unité sans rupture du mouvement feront son éclatement politique avec ou sans gilets jaunes, avec ou sans RIC, avec ou sans partis existants ou futurs, avec ou sans vote
RS/TC a écrit:dndf 14/12/2018 à 11:35 #8
Quelle que soit la vivacité de ce mouvement, il ne pouvait être cette polarisation (cristallisation) car dans le flou volontaire nécessaire à sa perpétuation et à l’hégémonie de ses initiateurs, il avait rejeté hors de lui-même la possibilité d’être une forme d’existence de cette unité. Il ne lui restait plus qu’à momentanément côtoyer les autres et les autres l’ont momentanément côtoyé comme un effet d’aubaine. [...]
Tous les ronds-points ne sont pas « gérés » de façon identique, il y a parfois de la méfiance et même de l’hostilité de l’un à l’autre, tous n’ont pas globalement la même coloration idéologique, mais tous considèrent que c’est l’ensemble qui fait le mouvement, que cet ensemble se formalise en représentation ou non. Les conflits qui surgissent, portés en fait par la diversité sociale des participants, portent paradoxalement (pour des conflits) sur la façon de préserver l’unité du mouvement, la question de la représentation est en ce sens emblématique. Si préserver l’unité est essentiel (quelque forme que l’on donne à cette unité), c’est que c’est préserver tel quel la raison d’être du mouvement : l’absolutisation des rapports de distribution (et de redistribution).
il y aura encore des gilets jaunes, certain.e.s le quitteront, d'autres se battront entre eux, mais en tant que tel comme mouvement dans son unité sans rupture et sa puissance, il est achevé

- Gillette jaune : un parti libre et modéré !
Jacline Mouraud réfléchit à créer son parti : « Au fond, c'est la seule chose envisageable. » Elle a voté Nicolas Sarkozy en 2007, 2012 et à la primaire de la droite en 2016 « parce que c'est le seul qui a des couilles. » JDD
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 02_ProShieldMan_dt LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Gilets-jaunes-jacline-mouraud-reflechit-a-creer-son-parti_4339794_1000x526
on dira que la tendance générale, parti ou pas, RIC ou pas, est à « entrer dedans »... l'urne son bulletin. On a entendu "Macron démission !", pas "Élections piège à cons !"

- « les réponses les plus sévères seront apportées » : la justice à Macron qui vient
Eric Drouet sera jugé ultérieurement BFM 09h51
Eric Drouet est notamment soupçonné d'organisation illicite d'une manifestation sur la voie publique, de dégradations et de "port d'arme prohibé". Interpellé samedi après-midi en marge d'une nouvelle manifestation des gilets jaunes, Eric Drouet, l'une des principales figures du mouvement, sera jugé ultérieurement et le parquet demande qu'il soit interdit de se présenter d'ici là dans la capitale. Il doit être présenté dimanche matin à un magistrat du parquet de Paris qui "va lui notifier une date de convocation devant le tribunal correctionnel et demander son placement sous contrôle judiciaire d'ici cette audience", explique une source judiciaire. Il sera jugé pour "port d'arme prohibé de catégorie D", après avoir été retrouvé porteur d'une sorte de matraque, et pour "participation à un groupement formé en vue de violences ou de dégradations". Le parquet de Paris va demander aux juges des libertés et de la détention que son contrôle judiciaire comprenne l'interdiction de détenir une arme et de se présenter à Paris.
- "Faut payer le Sahel  !" Il n'est pas allé à Baden-Baden comme de Gaulle en 68, mais...
Au Tchad, Macron réveillonne au son d’une « Marseillaise » militaire, loin des « gilets jaunes » Le Monde 03h08
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 459d212_5945943-01-06
Macron a écrit:« Alors que notre Hexagone et nos outre-mer prennent un temps de repos, je pense à vous, à vos familles », a dit le chef de l’Etat, remerciant les soldats de « protéger la nation contre le règne de l’arbitraire et de la terreur. Partout dans le Sahel nos ennemis sont là et cherchent à faire progresser l’obscurantisme. C’est ce même terrorisme qui a frappé dans notre pays, à Strasbourg. Je compte sur vous et les Français comptent sur vous. C’est maintenant l’ordre, le calme et la concorde qui doivent régner. Il est évident que les réponses les plus sévères seront apportées.»
Faut payer le sel, Fernand Raynaud

- les derniers feux du démocratisme radical
La leçon des gilets jaunes aux gilets rouges, Jacques Bidet, Libération, 22 décembre 09:36
Plutôt que de multiplier les partis et les mouvements, la gauche populaire doit constituer des collectifs locaux, lieux de débats et d'action citoyenne.
Le Gilets jaunes ont montré que l’on peut faire de la politique «autrement» : à l’horizontale. On a vu toute une population, supposée plus ou moins hors-jeu, manifester une conscience et une compétence insoupçonnées, capable de mener à l’échelle du pays une action de longue durée qui laissera des traces dans la culture nationale. Il ne s’agit pas, pour la gauche populaire, de mimer les gilets jaunes. Elle doit simplement comprendre que le «peuple» auquel elle s’adresse ne la prendra pas au sérieux tant qu’elle n’aura pas changé sa pratique politique.

L’idée est simple, et certains la mettent en avant depuis 2012. Ce que ne peuvent ni la forme «parti», ni la forme «mouvement», l’une menacée de sclérose bureaucratique, l’autre de dérive charismatique, seule le peut la forme «collectif».

Que les diverses organisations de la gauche populaire, sans rien abandonner de leur identité ni de leur dynamique propre, appellent à la constitution, en chaque localité ou circonscription, de collectifs dans lesquels se retrouveront toutes les personnes, membres ou non d’un parti, d’un syndicat ou d’une association, prêtes à s’engager sur les grandes orientations communes. Et qu’elles reconnaissent à ces collectifs locaux, où elles seront elles-mêmes présentes et influentes à travers leurs membres, la pleine responsabilité politique à leur niveau : la charge de mener le combat social et citoyen, de proposer des candidats aux élections locales et nationales, etc. Non pas de simples «assemblées générales», souvent utiles mais par essence volatiles, mais des collectifs durables et incontestables par leur forme démocratique d’association. La remontée disciplinée vers le sommet n’est pas très difficile à concevoir, l’essentiel étant que le collectif central soit issu des rangs des collectifs de base et demeure sous leur contrôle, et par là d’autant plus capable d’imagination, d’initiative et de réaction.

Les différents partis et mouvements, présents et à venir, y trouveront leur espace naturel, où ils se développeront selon leur culture propre, à partager comme un bien commun. Mais le pouvoir restera ancré en bas. Cela exigera, bien sûr, quelques principes corrélatifs d’organisation tout simplement démocratiques. En tout premier lieu, la limitation de la réitération des mandats, s’agissant tant des dirigeants que des candidats présentés aux charges électives, les uns et les autres ayant amassé, au terme de leur engagement, un capital de pouvoir qui est à rendre au peuple.

Ce n’est qu’ainsi que pourra naître, aujourd’hui en France, une grande force politique populaire, diverse et cohérente. Et ce peuple d’ouvriers et d’employés, de chômeurs et d’indépendants, ce grand nombre dont les gilets jaunes sont l’image et le symbole, et qui s’est révélé si «politique», pourra peut-être y reconnaître les siens.
pour Jacques Bidet, vieille figure du trotsko-marxisme et auteur en 2000 d'un Que faire du « Capital » ?, celui-ci existe-t-il encore comme économie politique et pas seulement « capital de pouvoir qui est à rendre au peuple » ?

- l'heure des comptes européens
La Banque centrale allemande critique les concessions faites aux gilets jaunes BFM 22 décembre 18h24
"Le président Macron veut continuer son cours des réformes, c'est une bonne nouvelle", mais "dans l'ensemble, cela devrait être conçu de manière à être conforme aux règles budgétaires européennes convenues d'un commun accord"
"Respecter le plafond de 3% de déficit et réduire le déficit structurel de manière appropriée" seraient la bonne voie à prendre surtout que "l'économie française se porte bien" et que "la dette reste très élevée". Jens Weidmann se dit "inquiet de ce que cela signifie pour la future discipline budgétaire dans la zone euro."
"À l'avenir, il sera encore plus difficile pour la Commission et les autres gouvernements d'insister pour que les finances publiques soient saines", prévient-il. Il s'étonne au final qu'il existe encore au sein de la zone euro "des points de vue divergents sur, par exemple, le caractère explosif d'une dette publique élevée et donc le sens des règles budgétaires".
- pas de restructuration économique, mais des nouvelles de la révolution surréaliste
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 La-revolution-surrealiste-1 la communisation qui viendra, du "chamane" RS
un commentaire de RS dndf 23/12/2018 à 00:53 #27
le “populisme” ne porte pas de “réponses économiques” et “ne pourra être le socle sur lequel se bâtit une restructuration”. /  des mouvements comme celui des Gilets jaunes (et bien d’autres actuellement) portent sur la spécificité de la crise : la rupture de la relation entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail. /  la force et la limite, c’est que la spécificité de la crise est “seulement” désignée au niveau même et dans les termes mêmes où elle se présente et apparaît : comme distribution et redistribution. / Ni Macron, ni les Gilets jaunes, ni même leur conflit, ne représentent alors une restructuration à venir. / trois grandes absences : “pauvres de centre-ville” ; prolétaires des cités de banlieues ; ouvriers des entreprises de plus de cent ou deux cent salariés. Comme si nous avions avec les ronds-points une forme de socialisation revendicative de ceux et celles pour qui cette socialisation est impossible dans le cadre du travail même. /  En partant de la distribution en général, en dehors de catégorisations professionnelles, c’est toute la vie quotidienne qui est en jeu et ça c’est fort.

On peut dire ce que l’on veut de l’Etat, mais derrière toutes ses formes et contenus, son extension et sa diffusion, en dernière instance, il y a le flic.
on peut discuter mon terme de "restructuration politique", mais il ne peut avoir, dans le capital, le même sens et le même contenu que restructuration du capital(isme) comme restructuration économique, donc aussi politique, dont parle RS, avec des constats identiques aux miens. Et l'on ne saurait parler de simple recomposition politique qu'on utilise traditionnellement pour une changement de rapports de forces entre les partis. Sont bousculées les formes dans lesquelles s'instaure la médiation politique entre expression de la protestation sociale et l'État, avec en dernier recours la police

à part ça j'avoue un peu de mal, dans la situation ainsi caractérisée, à saisir le rapport restructuration/contre-révolution : quelle révolution ? la révolution surréaliste ? À lire ou relire : LE CONCEPT DE RÉVOLUTION, ou la communisation comme déterminisme théorique, 'structure d'horizon' : ils ne peuvent s'empêcher de voir dans ce qui manque la preuve que ça doit venir

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Jeu 27 Déc - 6:58

mis à jour. Le plus récent en haut

13. gueules de bois, langues de bois
1. une vraie discussion, dans Réponse aux commentaires de Patlotch, dndf
formes/contenus, dynamiques/limites, subjectivation collective sans rupture...
2. la tragi-comédie jaune : le mouvement épuisé tourne en rond. Point
3. le gouvernement tremble, mais pas l'État du capital

en relation : la valse jaune de l'écologie et du capitalisme vert
1er temps : le jaune et le vert. 2e : "l'Affaire du siècle". 3e : l'État contre-attaque
de Rugy : « le succès de cette pétition, réplique aux mouvements des “gilets jaunes” »

3. le gouvernement tremble, mais pas l'État du capital : tout est la faute aux gilets jaunes !?
j'ai pu donner l'impression de sous-estimer les craintes de Macron et la panique du gouvernement. À Robin plus bas : « Tu confonds le gouvernement et l'État, puisque l'immense majorité ne veut que destituer celui-ci pour en mettre un autre à la place.» Ne m'ont échappé ni le matraquage inouï de leur propagande ni son relais médiatique assourdissant. Cela va de « l'ordre doit régner » passant par la police voire l'armée (Macron au Tchad), à la contre-attaque appréciant « la pétition réplique écologiste au gilets jaunes » (de Rugy), en passant par « les dégâts causés à l'économie française » : Les commerçants ont perdu 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires, « jusqu'à -70% pour le petit commerce »... Les «gilets jaunes» ont mis 43.000 personnes au chômage partiel, « En détruisant les radars, les gilets jaunes nous mettent en danger » (Ligue contre la violence routière), etc.
pourtant, ce n'est là selon moi que la continuité de l'implication réciproque entre un pouvoir cherchant un deuxième souffle au quinquennat et un mouvement qui n'existe plus que par l'importance que ce pouvoir lui accorde, jouant de la carotte et du bâton, entre violences policières et judiciaires, et "grande concertation nationale"
tout pouvoir politique, voulant d'abord garder sa place, est prêt à tout pour ça, mais s'il n'est pas apte à défendre l'État, le capital lui trouvera un remplaçant

2. la tragi-comédie jaune : le mouvement épuisé tourne en rond. Point
Éric Drouet pour une fois disert dit bien à quelle condition peut continuer un mouvement qui n'existe plus comme tel : faire comme si
Éric Drouet a écrit:25 décembre 23:30 La France en colère !
Des fois, les gens m'attriste !!

Dans un mouvement aussi grand que le notre des personnes cherche encore la petite erreur de Français, la faute commise en postant un article ( oui, ça, c'est moi ) , le moindre truc pour montrer qu'il existe et son peu être un peu mieux éduquer ou doué en grammaire ? Je ne sais pas !

Aujourd'hui, je pense qu'on doit arrêter de s'attarder sur des choses qui ne nous font pas avancer ! Nous venons de tous d'horizon différent ! Certains diplômer, certains pas , certains ouvrier , certains cadre , certains noir , certains blanc etc etc etc

Ici, nous sommes tous citoyens tous gilets jaunes !! Et c'est la seule chose a prendre en compte !!!
Celui qui n'avance pas dans ce sens n'a pas ça place ici, je pense !!

Je vois beaucoup de personne qui donnerais beaucoup pour leur ami gilet jaune alors qu'il ne se connaissait pas y a encore deux mois et c'est ça notre force !! Une famille voilà ce que nous somme !!!

Si des gens doutent encore de mes intentions c est qu'il ne me connaît pas au quotidien !!
Si je j'ai commencé tout ça, c'est en pensant aux autres avant de penser a moi !! Et je continuerais tant qu'il le faudra !!!

Je vous souhaite a tous une très bon état soirée
de même son amie Priscillia Ludosky, répondant à Macron, répétition ad nauseam
Change.org 26 décembre

Monsieur Le Président,

7 mois après avoir lancé cette pétition, je reçois votre réponse et il est bien dommage qu’après tant de temps, elle soit si peu constructive.

La mienne se constituera de 2 parties :
1- Une relative au questionnement spécifiquement relevé par cette pétition
2- La seconde relative au mouvement des Gilets Jaunes

1- Vous dites : « l’action contre le réchauffement climatique est un combat nécessaire, mais il ne doit pas opposer les problèmes de fin du monde aux problèmes de fins de mois. Le gouvernement a donc annoncé l’annulation de l’augmentation de la taxe sur le carburant et qu’aucune hausse des tarifs de gaz et d’électricité n’interviendrait pendant l’hiver. Voilà une réponse claire à l’objet précis de votre pétition. »

--> Permettez-moi de vous préciser que votre réponse n’est pas aussi claire que vous l’affirmez et ne répond pas à l’ensemble des questions que pose cette pétition.
--> Je suppose que vous disposez d’une équipe rémunérée et censée être qualifiée pour (à minima) procéder à une lecture complète de la pétition et des publications associées puis pour y apporter une réponse argumentée ET documentée.
--> Je vais donc vous énoncer de nouveau certains points restés sans réponse de votre part :

o   La proportion des taxes dans le prix du carburant est beaucoup trop élevée connaissance prise du fait que d’autres acteurs polluants ne sont pas soumis à cette taxation : Kérosène utilisé dans l’aérien non taxé, Fioul maritime non taxé … je ne vous apprends rien... sauver la planète n’est-il pas l’affaire de tous ? Le principe du « pollueur/payeur », n’est-il applicable qu’aux automobilistes ??
§  Il serait donc irresponsable et injuste de ne pas réduire de manière significative la proportion de cette taxe (la taxe flottante n’étant pas à mon sens la solution)
§  Il serait incompréhensible de ne pas taxer les autres pollueurs
§  Il est incompréhensible qu’à cette taxe soit appliquée la tva !

o   Vous justifiez la hausse de cette taxation par le fait qu’il faille financer la transition écologique, or je n’observe pas les mesures mises en place allant dans le sens de la transition... (Le Glyphosate n’est toujours interdit ; vous laissez TOTAL forer du pétrole en Guyane et participer activement à polluer les eaux, vous laissez pourrir les sols des Outre-mer avec le chlordécone ; vous favorisez la mise en place sur le marché de véhicules électriques dont on sait qu’ils ne sont pas moins polluants au regard de tout le processus de leur chaine de production en comparaison avec un véhicule conventionnel ; vous ne mettez pas les moyens nécessaires au développement de moyens de transports dans les régions qui en sont dépourvues et dont les habitants n’ont d’autres choix que d’utiliser leurs véhicules..) ;

o   M. De Rugy avait assuré que nous allions recevoir les justificatifs de dépenses des taxes perçues jusqu'à aujourd'hui sur le carburant -> A ce jour, nous n’avons rien reçu ;

o   Une autre question posée par cette pétition consistait à obtenir la liste des projets de création de bio-carburants financés par le Gouvernement qui démontrerait que vous avez la volonté d’avancer vers une transition en créant des carburants alternatifs pour un délaissement du pétrole -> M. De Rugy s’est engagé à nous transmettre cette liste que nous attendons toujours à ce jour.

2- Vous évoquez une « colère profonde »

-> Oui nous sommes en colère, car oui nous ne cessons de payer des taxes dont nous ne savons pas ce qu’elles financent et ne savons pas dans quelles mesures elles sont justifiées à mesures qu’elles augmentent.
-> Oui nous n’avons pas l’impression que les mesures adoptées au fil des ans aillent dans le sens de l’intérêt général mais dans celui des lobbies et industriels.
-> Oui nous aimerions être beaucoup plus impliqués dans les prises de décisions qui nous concernent tant nous constatons qu’elles donnent lieu à la mise en place de mesures qui répondent uniquement aux besoins d’une partie de la population.

Vous dites « Pour faire plus vite, j’ai décrété l’état d’urgence économique et social. ».

Ces mesures sont insuffisantes et sans réelle volonté d’améliorer le niveau de vie des français. Voici donc ce, qu’en compagnie de nombreux « Gilets Jaunes », nous avons proposé en vue de répondre d’urgence à un besoin de retrouver rapidement du pouvoir d’achat et de résoudre cette crise démocratique que nous traversons :

- une baisse sérieuse de toutes les taxes et impôts sur les produits de première nécessité (énergie, logement, transports, produits alimentaires, vêtements) avec certainement un effort supplémentaire à faire sur les produits bios, sains et fabriqués en France. Cet effort étant proposé par une « gilet jaune » soucieuse tout comme beaucoup d’entre nous de la santé des citoyens. Ce qui mènerait donc aussi à consommer français et plus sains.
- une baisse significative de toutes les rentes, salaires, privilèges et retraites courantes et futures des élus et hauts fonctionnaires. Ceci témoignerait de la solidarité de ces profils envers les profils moins avantagés mais aussi à faire des économies.
-mise en place du Référendum d'Initiative Citoyenne en toutes matières reposant sur quatre points :

* donner au peuple le droit de déclencher un référendum en vue de modifier la Constitution et interdire toute modification de la Constitution sans passer par le référendum ;
* donner au peuple le droit de rédiger ou abroger une loi sur le sujet qu'il choisit ;
* donner au peuple le droit de demander un référendum sur toutes les lois votées par le Parlement ;
* obliger le Président de la République à présenter tous les traités, accords et pactes internationaux au référendum avant ratification.

N’étant que dans un rôle de transmission des besoins exprimés par beaucoup de citoyens « gilets jaunes », c’était en leur compagnie que nous vous avions demandé à Versailles puis à Opéra lors d’une Conférence de Presse, d’organiser un referendum afin de présenter au peuple français un texte visant :
- à modifier la Constitution dans le but d'introduire le Referendum d’Initiative Citoyenne en toutes matières;
- procéder à une baisse significative de toutes les taxes et impôts sur les produits de première nécessité;
- procéder à une baisse significative de toutes les rentes, salaires, privilèges et retraites courantes et futures des élus et hauts fonctionnaires.

Vous êtes le Président et évoquez la démocratie dans un pays qui n’en utilise pas les outils favorisant son application. Personnellement, je n’imagine pas qu’un Président puisse refuser l’organisation d’un referendum.

Aussi à titre personnel, j’ai rencontré 2 types de population extrêmement révoltée qui selon moi ne devraient pas être dans les rues : les retraités et les personnes à mobilité réduite actives ou retraitées.

Un geste immédiat en leur faveur visant à augmenter réellement leur pouvoir d’achat est une nécessité. (Suppression de la hausse de la CSG pour tous les retraités quel que soit le niveau de revenus, Annulation de la fusion des compléments de l’AAH etc...).

Enfin, vous avez invité chacun des signataires de cette pétition à poursuivre le dialogue en complétant un formulaire mis en place à cet effet. J’y ai donc renseigné mes coordonnées.

1. une vraie discussion
dans Réponse aux commentaires de Patlotch dndf
le plus récent en haut

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Organisation_campement_blocages_gilets_jaunes-00_01_17_13-3963545

Patlotch a écrit:alias ânonime 26 décembre 06:54

Lisbeth Salander m'a bien compris et si elle est "rude" dis-toi que c'est maternel  Rolling Eyes  Je ne te trouve pas "malhonnête" mais illusionné, voire illuminé

le sens de mes propos : un mouvement qui ne remet pas en cause l'économie politique, le capital s'en fout. Ce verdict, pas besoin de le porter au nom de la communisation, simplement de ce qu'est le capitalisme et dans le capitalisme la politique, l'État

- quand tu écris : « nombre de participants se fédèrent dans un en commun aussi fort, un en-commun qui en acte n’a de commun que de faire dérailler l’économie et abattre l’Etat », tu confonds le gouvernement et l'État, puisque l'immense majorité ne veut que destituer celui-ci pour en mettre un autre à la place. À part la marge anarchiste, personne n'a rêvé d'abolir l'État, et au mieux d'une 'démocratie directe' pouvant répondre 'oui' ou 'non' à tout et n'importe quoi

- « fasciné de voir comment ce mouvement a évolué pendant cet instant “comme une nuée d’étourneaux” chacun avec sa propre trajectoire » : dans une "nuée d'étourneaux", phénomène d'auto-organisation dit en passant, chacun cale sa trajectoire sur le reste de la nuée, une auto-organisation bien peu consciente d'elle-même. Ici la "trajectoire", au sens de la nécessité inscrite dans le mouvement depuis ses prémisses, est celle de la dynamique du mouvement, d'abord revendicative, puis politique et quasi transparente : RIC de Chouard à Ruffin, populisme se cherchant un leader impossible à trouver pour représenter une unité qui n'avait que son jaune, et dessous, des sous-vêtements de toutes couleurs politiques, avec autant de leaders à trouver pour en faire des drapeaux, existants ou nouveaux. C'est à quoi l'on assiste, jusqu'à la création de partis politiques jaunes +ou- à gauche (Hayk Shahinyan) ou à droite (Jacline Mouraud)

- « quelque-chose s’est passé qui permettait de rêver, et je sais pas si on doit parler d’écart, de prémisses de communisation, de conjoncture ou autre ». Ce serait aux experts de répondre dans leurs termes. Au pied de la lettre, il n'y a eu d'écart qu'à l'intérieur de la limite dans la dynamique, cad jamais au sens de la communisation selon TC, pour "produire son appartenance de classe dans le capital, comme une contrainte extérieure". Une conjoncture ? Oui, forcément, comme conjonction de circonstances sociales, économiques, politiques, idéologiques... se condensant dans cette dynamique-là et pas une autre. "Prémisses de communisation" ? perso, je ne fonctionne pas avec la révolution comme structure d'horizon (voir ici), et tout ce qui s'est passé s'analyse fort bien sans ce rêve-là, dans des termes effectivement proche de la théorie de la communisation, dont je rappelle qu'elle comporte deux versants : l'histoire au présent et l'induction d'une révolution future, la première n'impliquant pas la seconde

- « la suite du mouvement jusqu’ici, à partir de la reprise du contrôle de la situation grâce a une répression policière intense et de la peur qui rechange de camps, et du coup du mouvement qui, stoppé dans son élan, s’arrête et s’embourbe dans les limites du populisme, de l’interclassisme et du RIC ». Il y a eu dès le départ une implication réciproque des "deux camps", qui devient très lisible à partir du discours de Macron le 10 décembre. Il s'empare des revendications pour aménager son programme politique qui en contenait déjà la trace dès sa campagne présidentielle, ce qui explique que nombre de ses électeurs du premier tour, déçus, aient pu endosser un gilet jaune (on a parlé de "couches moyennes" d'entrepreneurs). Cette ligne, le pouvoir la garde au fil des "reculs" successifs avec une réactivité certes paniquée, mais remarquable d'efficacité, qui lui permet d'accélérer le fractionnement du mouvement. Très vite il n'y a plus de "mouvement des gilets jaunes", défait en tant que tel dans son unité sans rupture, et justement parce qu'il n'a pas attaqué l'État. Il n'y a pas eu que de "la peur", mais aussi de la rencontre autour de la valorisation du et par le travail, une véritable histoire d'amour

- « on a pu voir [...] réduit “l’angle mort” de ce que pourrait être la transition entre les luttes actuelles et la communisation, ce serait dommage, je trouve, de ne pas l’explorer. » Là, tu délires carrément, et si tu peux caser le vocabulaire de TC là où il n'a aucune pertinence, c'est parce que tu le vides de son contenu théorique, pour l'appliquer à des situations qui n'ont rien de "révolutionnaires". C'est ainsi que tu peux les investir de ton "rêve", à toi de savoir pourquoi tellement cela ressemble à un aveuglement volontaire, au besoin de rêver, avec une signification quasi freudienne : le fantasme dans le rêve caractérisé par sa fonction d'«accomplir le désir» («Wuncherfüllende Phantasie»). Autrement dit de fuir la réalité, ta réalité sociale entre autres je suppose

- ce que tu as vécu et confondu : la solidarité dans la lutte, qui met fin à des séparations dans la vie quotidienne, comporte une forte dimension de subjectivation collective des individus, avec une part d'auto-transformation de ceux-ci, mais elle n'a pas porté ici sur leur être de classe quelle qu'elle soit. Je pourrais être d'accord avec toi sur le fait que TC sous-estime en général la dimension subjectivante des luttes, l'«utopie concrète», mais en aucun cas sur le contenu révolutionnaire de cette subjectivation

- au total, il ne pouvait y avoir de transcroissance de cette lutte vers un contenu de rupture, sans parler même d'unité de rupture. Aucune fraction du mouvement ne pouvait même en être porteur autrement que dans la phraséologie immédiatiste, au demeurant peu présente si j'en crois les slogans : dommage que Coupat n'ait pas pu utiliser ses bombes de peinture  Shocked

- pour ne pas être complètement négatif, oui, je pense que ce qui s'est passé, du point de vue de la subjectivation collective, dans une sorte d'improvisation collective sans partition ni chef d'orchestre, est riche d'enseignements y compris en termes de "défaisance", mais de quoi, de quelles séparations et d'avec quoi ? Bon, certains se sont mariés, ils ont même trouvé un curé et admiré leur pape en guerre contre le consumérisme, sur leur rond point... d'interrogations en suspension


LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Mariage-gilet-jaune

robin a écrit:25/12/2018 à 17:33 #32
@patloch : Je comprends pas bien ce que tu veux dire, sinon que tu ne partage pas l’enthousiasme qui à été le mien durant la dizaine de jours entourant la grosse émeute des rues du monopoli au point d’oser mettre le mot communisation dessus. En revanche, j’ai l’impression que tu as, comme moi, l’impression qu’il s’est passé un truc durant cette période qui mérite qu’on s’arrête dessus et qu’on le qualifie autrement que “le prolétariat agissant strictement en tant que classe”. Ou peut être que je comprends pas ce que tu veux dire, ce qui serait pas étonnant vu le caractère lacunaire de ta réponse à tirets. hésites pas à éclaircir.

@lisbeth Salander :

sur la forme: (et ça peut aussi s’adresser à d’autres) Si il y a de la malhonnêteté dans mes propos, elle n’est pas consciente, ni dirigée en vu de manipuler quelqu’un d’autre que moi même qu’il y a d’une part de bonnes raisons d’espérer que “les mauvais jours finirons” dans un horizon proche, et d’autre part que le fait d’aller prendre des risque a lutter sur les ronds points et sur les actions peut permettre de voir cet horizon se rapprocher de moi, de nous. J’essaie de comprendre “ce qu’il se passe” avec ce bais, c’est certain que je manque de distance critique, et je fais part de mes impressions et réflexions à la première personne. Je ne crois pas impliquer “La théorie de la communisation”, “TC”, “Les communisateurs” en partageant avec vous tout cela avec vous, du coup j’ai du mal à comprendre le ton rude, voire limite hostile de certaines réponses. Je crois pourtant que nous partageons un “en-commun” suffisamment important pour pouvoir nous livrer à des débats intéressants, suffisamment intéressant pour que certains se donnent la peine de traduire nos échanges, suffisamment intéressants en tout cas pour que je prenne sur moi pour participer au débat malgré ce climat de discussion pas toujours agréable.

Enfin bref, pour continuer à “me mouiller”:
Il me semble que le corpus actuel de la théorie de la communisation permet de bien comprendre ce qu’il s’est joué au début du mouvement,s’il est à meme de bien saisir ce qu’il se passe désormais : un mouvement qui se sclérose dans des enjeu politiques populistes du RIC. Je trouve cependant que ce corpus théorique peine à rendre compte de l’emballement qui s’est produit disons une dixaine de jours autour de la manif du 1er decembre.
Autant quant le 17 novembre j’entends “on ne bloque pas les gens qui vont bosser parce que ca pourrais faire couler des petites entreprise ok, interclassisme-populisme-limite de l’action en tant que classe, tres bien.
D’accord aussi quant j’entends, fin decembre “il faut se structurer, porter le combat sur le terrain politique, obtenir le RIC, arreter de bloquer le petit commerce etc…”. Là encore je considere comme toi que “rien n’est boulversé de manière fondamental”

Pour autant, quant, samedi 1er decembre au soir, les 3-4 jours qui ont précédés, et la semaine qui à suivi, il se passe quelquechose : Mr et madame tout le monde,”la france que je croise qu’au supermarché”, se partagent des vidéos de riot-porn sur les portable avec enthousiasme, se réjouissent de voir les émeutiers victorieux et la police défaite, se gargarisent de faire parti d’un tout qui a mit le feu à toute les rues du monopoli. mes collegues au travail d’habitude si prompt à se soummetre au patron profitent de chaque heures ou il a le dos tourné pour débattre plein d’espoir des suite du mouvement, revoir encore ces vidéos de la police défaite, des étoiles dans les yeux d’un avenir ou tout deviens possible.
Là, je suis désolé, mais je suis pas capable de voir, pour reprendre la formule “une classe qui se tient sage”, une classe qui agit strictement en tant que classe. peut etre que je me goure et que
ce qui se présentait devant moi n’etait que le moment paroxismique du populisme, la liesse d’un “peuple” qui met à genoux un etat qui “nest pas lui”… Pour etre franc, mon etat d’esprit à ce moment là, et l’etat d’esprit dans lequel je suis aujourd’hui meme si mon enthousiasme est très refroidi, c’est de me dire :

“peu importe ce qu’il va advenir après la chute de macron, un putsch militaire, un moment avec de nouvelles élections, ce qui est sur c’est que nous entrons dans une phase où ‘les cartes’ vont être constamment rebattues, un moment où l’état “populiste” ne sera jamais à la hauteur des attentes et sera destitué, redestitué, redestitué, etc, et où les cartes seront rebattues de manière si incessantes qu’a la fin il ne restera plus rien si ce n’est les formes d’organisation de la luttes qui auront su, en s’emparant avec pragmatisme de tout ce qui était nécessaire au combat, en défaisant toutes les médiations contre-productives à la luttes, et ce faisant laissant un monde aux institutions et à l’économie dévastées, mais un monde ou un nouveau mode de production, basé sur le partage, la liberté et la solidarité assure désormais la production sociale de l’existence humaine ”

Enfin bon, La question n’est pas de savoir si la force du jouir s’est emparé de moi, si j’étais dans le rêve et le fantasme, ça c’est certain, d’autre part, je penses que le rêve à été dans une certaine mesure partagé quant je relis le texte d’AC daté du même moment dans le mouvement. La question, c’est plutôt de savoir ce qu’il s’est passé a ce moment là qui nous a permis de rêver avec autant de personnes. le rêve était d’ailleurs pas le même pour tout le monde : pour certains c’était même la perspective d’un putsch militaire qui était souhaité sur les ronds points, pour d’autre que Macron accède a toutes les revendications, etc…
Paradoxalement c’est ça que je trouve très “communisateur” dans ce moment : Le fait que des individus luttant chacun depuis leurs segments de classe tellement atomisés qu’ils en sont presque réduits à leur pure individualité en vue d’objectifs presque aussi variés que le nombre de participants se fédèrent dans un en commun aussi fort, un en-commun qui en acte n’a de commun que de faire dérailler l’économie et abattre l’Etat (l’État tel qu’il est, l’État des élites certes, mais l’État tel qu’il est sera toujours insatisfaisant car le fait de faire unité entre état et peuple est une chimère). Je reste encore fasciné de voir comment ce mouvement à évolué pendant cet instant “comme une nuée d’étourneaux” chacun avec sa propre trajectoire, mais sans heurts, avec une pratique commune aussi cohérente et tactiquement, pratiquement, pragmatiquement,intelligente, avec des conflits internes comme gommés l’espace d’une dizaine de jours.
Enfin bref, quelque-chose s’est passé qui permettais de rêver, et je sais pas si on doit parler d’écart, de prémisses de communisation, de conjoncture ou autre, mais je ne me satisfait pas d’un “rien n’a bougé ailleurs que dans ta tète”.

Après sur la suite du mouvement jusqu’ici, à partir de la reprise du contrôle de la situation grâce a une répression policière intense et de la peur qui rechange de camps, et du coup du mouvement qui, stoppé dans son élan, s’arrête et s’embourbe dans les limites du populisme, de l’interclassisme et du RIC, ok, ya pas de soucis, on est d’accord, mais il me semble que ce qu’on a pu voir avec l’emballement de 10 jours autour du premier décembre réduit “l’angle mort” de ce que pourrait être la transition entre les luttes actuelles et la communisation, ce serait dommage, je trouves, de ne pas l’explorer.

Bon ben ça se rapproche plus du témoignage que de la formalisation théorique, mais j’espère que ça pourra contribuer au débat

- « 'la communisation' à l’ordre du jouir » ? douche froide : la lutte déglace
Lisbeth Salander a écrit:dndf 25/12/2018 à 10:22 #31

Pour aller dans le sens de Patloch (si j’ai bien compris), ce qui met mal à l’aise dans les commentaires de Robin, c’est cet enthousiasme pour la forme, forme qui est présumée pourvoir entraîner quelque chose qui pourrait faire basculer le fond. C’est pourquoi on se retrouve avec ce gros mot… ”la communisation”, à l’ordre du jouir (ça n’est pas une faute de frappe) de ce qui, pour le moment semble être plus un mouvement social, populaire, puissant, novateur, enthousiasmant et tout ce que vous voudrez mais… ”COMMUNISATION”, il faut vraiment toute la force imaginative de Robin pour la produire ici !! (il nous a déjà fait le coup avec les “nuits debout”, souvenez vous… [Robin proposait d'y distribuer des tracts pour la communisation]).

Des mouvements puissants, l’histoire récente en est pleine (printemps arabes, émeutes en Grèce, indignados, podemos et autres…). Des soulèvements contre l’Etat, même très violents, qui mettent le dit Etat devant les responsabilités qu’on lui reconnait (et dont on se fait alors partenaire dans le rapport social) et qu’on l’accuse de ne pas remplir, pareil. Des mouvements qui jettent dans la rue des tas de gens qui, alors, redécouvrent la convivialité perdue des “rapports anciens”, le “lutter ensemble” contre l’ennemi commun, la rupture dans la vie de merde qu’on mène autrement, les amours sur les ronds points, etc, etc, l’histoire humaine en est remplie et pas toujours des sympathiques: supporters de foot en finale, émeutiers de tous ordres, mobilisation spontanée dans une catastrophe quelconque (les inondations à Nîmes il y a quelques années ont provoqué des élans de solidarité incroyables et bien des gens se sont retrouvés tout cons après, quand il s’est agit de retourner bosser), les partisans dans les maquis de la deuxième guerre mondiale qui ont raconté l’éclate à se retrouver à lutter contre l’occupant, etc, etc, etc. Il ne s’agit pas de dénigrer ces moments, ces accidents dans la routine merdique qui viennent nous rappeler que la vie pourrait être bien plus passionnante si…

Reste qu’il nous faut garder la tête froide. Non, s’attaquer à l’Etat, à la répartition des richesses, aux injustices sans mettre JAMAIS en question la production des marchandises, la mécanique de l’exploitation, ne bouleverse rien de fondamental. Et c’est limite malhonnête que de faire croire que, encore une fois, l’étincelle va mettre le feu à la plaine et que ce qu’on a vécu sur les ronds points ou dans les tranchées en 14 pourrait être capitalisé pour le prochain craquement du capital. Si c’est le cas, il faut le produire, l’expliquer. Sinon, c’est de la pédagogie, du genre: ce que les prolétaires ont vécu là ressortira au prochain choc… Car alors, ils n’ont en tout cas pas beaucoup retenu des grands bouleversements (les vrais, la Commune, mai 36, etc) que l’histoire les a contraint à traverser… Comme dirait l’autre, l’expérience est une lampe accrochée dans le dos, elle n’éclaire que le chemin parcouru. Pour le dire autrement, c’est demain qui explique aujourd’hui. L’histoire humaine ressemble malheureusement plus à un palimpseste qu’à de la sédimentation.
Patlotch a écrit:alias ânonime, 24/12/2018 à 16:36 #30

@robin
franchement, robin, depuis que nous nous croisons avec plus ou moins de bonheur, je pense que tu devrais t’ôter ces complexes d’infériorité, car pour moi c’est de ce genre de témoignages que nous manquons le plus, et à l’opposé de textes qui voudraient bien mais ne peuvent pas, arriver ne serait-ce qu’à la cheville de ceux qu’ils critiquent, à savoir TC, tout en y pompant à peu près tout ce qui leur permet de briller, ici ou là

voilà, c’est dit, pas un cadeau de Noël, mais d’un qui, parfois, donnerait bien un coup de pied au culte… de LEUR personnalité

autrement dit, je suis dans cette histoire POPULAIRISTE, comme d’autres à la pétanque

sans quoi, sur le fond, et très court, je trouve que tu as mis le doigt, déjà dans un précédent post https://dndf.org/?p=17431#comment-360687 sur la même question : « les prolétaires agissant sur les ronds-points n’agissent plus vraiment “en tant que classe” pour défendre leurs intérêts de classe »

il y a bien sûr ce qui est “fort”, dit RS, dans ce qui bouscule “la vie quotidienne”, le nom même qu’il donnait à l’idéologie : « L’idéologie c’est la vie quotidienne. »

mais la question lancinante, que posent aussi les deux textes “Rupture…” publiés par lundimatin, c’est la dialectique forme-contenu. Et, de là, ça devrait nous mettre la puce à l’oreille : ces “prolétaires” (vite dit, en quoi ?) sur les ronds-points, en quoi n’agissent-ils plus “en tant que classe” si la dynamique (la logique aspirante) de ce conflit est qu’ils rentrent, par le RIC ou autre, dans la médiation étatique (de l’État toujours “du capital”)

et comment pourrait-il en être aujourd’hui autrement, sauf à croire aux miracles ?

en bref, la solidarité, la “défaisance par les relations immédiates entre individus” dans la lutte, ne défait pas ici la médiation par l’État, les marchandises qui s’y échangent même en troc, etc.

joyeuses fêtes !

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Ven 28 Déc - 1:18


14. retour sur quelques questions essentielles et clivantes
1. l'auto-organisation prise en défaut, pour un contenu épargnant le capital
les réseaux sociaux ou l'internet à hauts débiles ?
2. la révolution ne vient pas !
« Qu’est-ce que vous en savez... sans connaître le point d’arrivée ? » :
'Le fruit ne tombe pas loin de la racine de l'arbre' proverbe bulgare
3. la restructuration politique en cours : implication réciproque entre le pouvoir et le mouvement
4. divers rackets témoignant de l'explosion politique du mouvement

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le billet jaune
et le triomphe de son monde

4. divers rackets témoignant de l'explosion politique du mouvement
il ne s'agit pas à proprement parler de "récupération", puisque les accointances existent réellement, que j'avais nommées « sous-vêtements de toutes couleurs sous les gilets jaunes »
- Florian Philippot, qui a déposé la marque "Les Gilets Jaunes", « pour la protéger de prétadeurs macronistes, comme Alexandre Jardin » (l'écrivain parraine le mouvement pour les européennes)
- Ian Brossat (PCF) : "il y aura des gilets jaunes sur notre liste" aux Européennes
Interrogé par BFMTV jeudi, le chef de file PCF aux élections européennes Ian Brossat a déclaré ouvrir ses listes aux gilets jaunes. Pour lui, "cette France du travail doit être représentée dans nos institutions".
- LFI et RN regardent de près, mais aussi le Parti socialiste et Les Républicains : « Mélenchon prend soin d'afficher sa solidarité avec le mouvement, rappelant dès qu'il le peut que "la plupart de leur revendications" collent avec son programme de 2017. FI peut parler des mouvements sociaux, RN pourra mettre en avant l'immigration et le pacte de Marrakech et le PCF la désindustrialisation.»

3. la restructuration politique en cours : implication réciproque entre le pouvoir et le mouvement
depuis le début de mes considérations le 17 novembre, je n'ai cessé de mettre en évidence cette réciprocité, qui constitue la conjoncture présente. Le 17 décembre (début de ce sujet), nous sommes entrés dans « une autre séquence, l'adaptation de la stratégie du pouvoir macroniste jusqu'au élections européennes ». Je parle de courtes séquences parce que ça va plutôt vite et que je ne vois pas plus loin

les dirigeants capitalistes de l'économie politique, cad du capital et de l'État, ne sont pas des imbéciles. En tant que classe capitaliste constituée et consciente de l'être, la seule, eux ont la mémoire de l'histoire à ses moments de tensions, comme en 1968 avec Pompidou-Chaban, Chirac-Juppé en 1995 (Sécurité Sociale), Chirac-Villepin en 2006 (CPE). Roux de Bézieux, Macron et Sarkozy sont on ne peut plus solidaires...

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j'ai montré depuis la campagne présidentielle de Macron, avec l'effondrement du clivage droite-gauche qui s'annonçait depuis 2015 et avant, dans la nébuleuse transpolitique de l'idéologie française, jusqu'aux derniers développements en cette fin d'année, ce qui indique la mise en œuvre inéluctable de cette restructuration politique programmée et décrite par Macron dans Révolution en 2017, en attendant une éventuelle restructuration économique dans la prochaine crise. La surprise ne peut venir d'un sursaut du mouvement des gilets jaunes sur sa propre base, parce qu'il n'est plus maître de cette dynamique

rien ne dit que cette restructuration économique mondiale et globale s'inscrive dans une crise terminale de reproduction du capital, qui est classiquement pour les marxistes l'ouverture d'une fenêtre pour "faire la révolution". En ce qui concerne la communisation, RS/TC disait récemment n'en plus « parler au présent » : je les comprends

"oui mais..." «Gilets jaunes»: des mobilisations prévues samedi, au nouvel an et en janvier Le Figaro.fr AFP 15h20. Il faudra voir la quantité et la qualité. Je doute que la première se redresse pour les raisons de l'éparpillement produit des objectifs politiques, de la stratégie et des méthodes, et plus encore que la seconde traduise un changement de contenu. Quels seront les effets de la stratégie gouvernementale sur le soutien de l'opinion publique ? Ceux de la "grande concertation nationale" alors engagée, et qui révélera plus encore de clivages et tensions entre gilets jaunes et/ou sans gilets ? Et autres questions dans la période pré-électorale... Plus la police, natürlich

2. la révolution ne vient pas ! 'Le fruit ne tombe pas loin de la racine de l'arbre' proverbe bulgare
« Qu’est-ce que vous en savez... sans connaître le point d’arrivée ? »

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Плодът не пада далеч от корена

remarque préalable : cette discussion, si elle paraît essentielle au "milieu radical", dans leur persuasion que c'est la révolution (mondiale) qui vient à plus ou moins brève échéance, ne l'est pas pour moi, car elle est marginale par rapport aux enjeux réels, la restructuration politique (en France) pourtant en cours mais dont ils ne parlent pas, et sur laquelle je reviendrai en 3.
Docteur No a écrit:dndf 27/12/2018 à 11:41 #31 version longue amendée

@Patlotch “il ne pouvait y avoir de transcroissance de cette lutte vers un contenu de rupture, sans parler même d’unité de rupture. Aucune fraction du mouvement ne pouvait même en être porteur ”

Qu’est-ce que vous en savez ?
Vous dites que vous ne fonctionnez pas avec la révolution “comme structure d’horizon” et pourtant vous ne cessez de prendre en défaut le mouvement GJ, comme s’il vous était donné de connaître d’emblée ses limites. Mais comment cela se pourrait, sauf à connaître le point d’arrivée ? etc.
Patlotch a écrit:je parle des gilets jaunes en tant que "mouvement" dont j'estime qu'il a produit ce qu'il pouvait, ou devait, selon la "trajectoire" nécessaire de son contenu et de sa composition sociale et idéologique. J'en parle comme d'une séquence courte dont j'estime qu'elle est achevée. Ceci pour les raisons que j'expose sur mon forum ces derniers jours. Les dernières nouvelles de leur front, car ce n'est pas le mien, sont mauvaises [renvoi au point 1.]. Leur "point d'arrivée" à ce terme n'est pas la révolution mondiale mais la restructuration politique en France, et pour le connaître nul besoin de la révolution comme structure d'horizon

comme l'écrit plus haut Lisbeth Salender #31 : « Comme dirait l’autre, l’expérience est une lampe accrochée dans le dos, elle n’éclaire que le chemin parcouru. Pour le dire autrement, c’est demain qui explique aujourd’hui. » C'est ainsi que Marx faisait "3. L’étude de l’histoire à rebours" LA DIALECTIQUE MISE EN ŒUVRE : Le processus d’abstraction dans la méthode de Marx" Bertell Ollman PDF p.132

et pourquoi peut-on le dire maintenant ? Nous l'avons déjà exposé, RS ou moi, depuis des semaines, je n'y reviendrai pas ici, inutile d'alourdir

je n'ai rien vu chez eux qui annonce un nouveau tournant, un "désamour du travail" et dans cette lutte très peu l'ont perdu, de même très peu qui n'en ont pas y ont participé. Il faudra encore du temps pour que ce « segment de la classe moyenne [...] glisse brutalement au fond du ravin pour y rejoindre les premiers de cordée… de la déchéance. » Quand vous affirmez « Le travail n’est plus le chemin du rêve, il faudra en imaginer d’autres et cela dans des délais assez brefs », d'où sortez-vous ces "brefs délais", alors que vous listez des étapes qui ne sont pas toutes à brèves échéances : « les remèdes de cheval, le revenu inconditionnel, le protectionnisme, la nationalisation, la préférence nationale, et pour finir la guerre », alors que vous n'y parlez pas de la crise économique qui vient, ni même du probable néo-fascisme qui hante la gauchosphère ?

maintenant, je peux me tromper, on verra, mais notre désaccord est à ce stade irréductible, et pour ma part je ne perdrai pas mon temps en vaines controverses : nos chemins théoriques divergent, et comme écrit dans le texte de non-fides plus bas : « Aucune dialectique ne cassera les briques s’il n’y a pas de dialecticien pour le faire. »

1. l'auto-organisation prise en défaut, pour un contenu épargnant le capital
les réseaux sociaux ou l'internet à hauts débiles ?


« débilement ils vont s'étendre au milieu »
Jules Laforgue, Moralités légendaires, 1887


LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Ill_3511836_c3ac_000_nic6180743
Un essaim d'étourneaux. David Buimovitch/AFP
"L'intelligence des mouvements collectifs" ou le monstre marron ?
N'en déplaise aux spécialistes du management, il n'est pas toujours besoin d'avoir un chef pour conduire une équipe. Sans leader et sans ordre, une foule peut agir, presque, comme un seul homme.
Le Monde 11 novembre 2013
marron : au sens argotique de dupé, berné, déçu

rappel de considérations antérieures
Patlotch a écrit:dans avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale
- 24 novembre : je m'en tiens ici à la forme de cette lutte, le « volontaire ou non » de cette « stratégie » pointe (involontairement) l'absence d'une conscience de l'auto-organisation nécessaire. Pour nombre de participants, elle s'est faite par défaut d'une organisation, d'un représentation, d'où le succès des "leaders émergents"

- 27 novembre : l'auto-organisation révolutionnaire n'est concevable qu'avec un contenu révolutionnaire, il n'en a jamais été question dans ce mouvement, et ce n'est pas son affirmation immédiatiste, comme forme, qui pourrait en changer la nature. L'auto-organisation révolutionnaire ne saurait porter un débouché politique comme celui que nous avons sous les yeux, et c'est ce qui ressort déjà en partie dans les critiques que cette initiative de "délégation" provoquent chez les Gilets jaunes de 'la base'

- 12 décembre, RS de Théorie Communiste, Réponse aux commentaires de Patlotch

L’auto-organisation et la démocratie directe. C’est vrai, l’auto-organisation, il aurait fallu en parler. Qu’aurions-nous dit ? Dénationalisation de l’Etat, déclin des « pouvoirs intermédiaires », effondrement des « organisations représentatives », atomisation liée aux rapports de distribution sur le modèle du fameux « sac rempli de pommes de terre qui ne forment qu’un sac de pommes de terre » (Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte). L’auto-organisation non seulement « par défaut », mais aussi par nécessité de ceux (et celles, ne les oublions pas …) qu’il fallait « rassembler ». Mais attention, parlant du paysan parcellaire et de son ralliement enthousiaste à Louis Bonaparte, Marx ajoute : « Ils ne peuvent se représenter eux-mêmes, ils doivent être représentés » (ibid). « Le 10 décembre 1848, ce fut le jour de l’insurrection paysanne (le sac de pommes de terre, nda). (…) Avec des drapeaux, musique en tête, ils se rendirent aux urnes en criant : “Assez d’impôts, à bas les riches, à bas la République, vive l’empereur !”. Derrière l’empereur se cachait la jacquerie. La République qu’ils balayaient par leur vote, c’était 'la République des riches' (souligné dans le texte) » (Marx, Les luttes de classes en France).

Attendons de voir qui va « représenter » les gilets jaunes. « Populisme sans leader » ? C’est possible : une sorte de populisme inachevé ; mais attendons la suite pour savoir s’il sera toujours sans leader ou même sans leadere. A voir…

- 26 décembre : en réponse à Robin, dndf : « fasciné de voir comment ce mouvement a évolué pendant cet instant “comme une nuée d’étourneaux” chacun avec sa propre trajectoire » : dans une “nuée d’étourneaux”, phénomène d’auto-organisation dit en passant, chacun cale sa trajectoire sur le reste de la nuée, une auto-organisation bien peu consciente d’elle-même. Ici la “trajectoire”, au sens de la nécessité inscrite dans le mouvement depuis ses prémisses, est celle de la dynamique du mouvement, d’abord revendicative, puis politique et quasi transparente : RIC de Chouard à Ruffin, populiste se cherchant un leader impossible à trouver pour représenter une unité qui n’avait que son jaune, et dessous, des sous-vêtements de toutes couleurs politiques, avec autant de leaders à trouver pour en faire des drapeaux, existants ou nouveaux. C’est à quoi l’on assiste, jusqu’à la création de partis politiques jaunes +ou- à gauche (Hayk Shahinyan) ou à droite (Jacline Mouraud)
en définitive, y a-t-il eu, au-delà du local et pour les tâches immédiates, auto-organisation du mouvement ? Les leaders émergents sont devenus des leaders émergés. Ils ont toujours été, et été considérés comme des leaders objectifs par 'la base' massivement, le pouvoir politiquement, et les médias médiatiquement, devenus des chefs charismatiques car légitimés par leurs initiatives du début. Ils ont très vite accepté leur fonction d'encadrement. Les mots d'ordre en quelques lignes de Drouet pour tel Acte, tel lieu tel jour telle heure, ont toujours été approuvés, comme les gourous successifs de Fly Rider , le premier jusqu'à choir, le second Étrenne Chouard. Le même hier annonce cinq heures à l'avance un communiqué de presse dit "officiel" : « Nous, gilets jaunes de la première heure... » Il est plébiscité pendant son 'live'
d'autres sont tout simplement devenus des chefs de partis 'a-politiques' en voie de concourir aux élections. Rider et Drouet ont usé (à l'insu de leur plein gré ?) d'une démagogie sans frontières grammaticales et orthographiques, arborée fièrement comme preuve de leur appartenance au peuple de la France d'en-bas. Auraient-ils eu la conscience de leurs paroles et actes alors que frappent leur incompréhension de leur implication réciproque avec le pouvoir, leur ignorance voire leur rejet des clivages de classes, et qu'émerge ici ou là le parti pris du "petit patron" que pourraient gêner les augmentations de salaires (dixit Rider), celles-ci ne figurant pas parmi le rappel des revendications dans la réponse de Ludosky à Macron (où l'on retrouve la baisse des taxes et des salaires et privilèges des élus et hauts fonctionnaires, la suppression de la hausse de la CSG pour tous les retraités, mais aucune exigence concernant le grand patronat ni même le très symbolique retour à l'ISF de Sarkozy)
comme en écho, écoutons Marion Maréchal (Sputnik-France 26.12.2018)
Pour les Gilets jaunes, l'essentiel en période de Noël n'est donc pas l'abondance du repas ou le nombre de cadeaux mais bien la présence chaleureuse de la famille, communauté de vie, et de la nation, communauté de survie [sic]. Ces communautés naturelles et immatérielles qui donnent corps au troisième pilier de notre devise: la fraternité. [...] Il n'y a plus ni riches, ni pauvres, ni urbains, ni ruraux, il n'y a que la compassion naturelle à l'égard de ceux avec qui nous construisons une histoire commune, que nous partagions ou non leurs difficultés matérielles. Malgré nos doutes, nous découvrons que la nation vit encore. [...] Les gilets jaunes auront durablement marqué notre inconscient national en réveillant ce doux sentiment de fraternité nationale que nous croyions condamné.
cette caricature d'auto-organisation tant vantée par les supporters de la forme contre le contenu était appelée à se remplir de celui de l'idéologie dominante, et ça n'a rien d'un paradoxe contrairement à l'affirmation des 'agents destitués du Parti Imaginaire' (ex-Tiqqun) le 16 décembre ici
Rupture... a écrit:Par un paradoxe qui n’est qu’apparent, l’esprit d’une mobilisation, a fortiori lorsqu’elle est inédite, ne se loge jamais dans ses revendications mais dans ses pratiques. Le sens d’une politique ne tient pas à ses idées mais sur ses actes.
sans faire dans le "classisme" excessif ni le dogme du marxisme prolétariste, cette "auto-organisation" n'était que le premier pas de l'autonomie du peuple contre toute lutte antagoniste au capital
c'est aussi ce que souligne un texte, pas mal pour une fois, publié par non-fides : Le mal de révolution. Quel est exactement le problème avec les Gilets jaunes ?
Robert de Fulminet a écrit:Mais il est tout à fait stupéfiant d’entendre parler d’une auto-organisation quelconque lorsqu’il s’agit des échanges sur les réseaux sociaux ! Ce qui me paraît un préalable indispensable pour n’importe quelle forme d’auto-organisation à grande ou petite échelle, c’est la rencontre, ne serait-ce que celle des idées… Or, la plateforme d’aplatissement que fournissent les réseaux est tout sauf favorable à de telles rencontres, pour des raisons évoquées ci-dessus. L’idée que les réseaux sociaux fournissent une rupture dans les modes de communication appartient au monde des mensonges. Il est donc très malheureux de constater que même les compagnons quelque peu obsédés par la toujours vulnérable surpuissance du « techno-monde » avalent la pilule quand c’est opportun de le faire. [...]

Le plus important à souligner au sujet des réseaux sociaux est le fait que ceux-ci ne font que recycler les formes d’aliénation qui les précèdent. Ils ne fournissent aucune occasion de partager « sans médiation », comme disent certains. C’est pour cela que l’aspect dit non-centralisé et non-hiérarchique de ce mouvement n’est qu’un leurre promu depuis belle lurette par ceux qui sont aujourd’hui ses leaders rivaux.
[...]
En dernier chef je voudrais aborder la fameuse dimension de classe de ce mouvement. Dans certains textes publiés au cours de ce mouvement, des gens se sont demandés si le fait de questionner la dominante réactionnaire des Gilets jaunes ne relevait pas d’un certain « mépris de classe ». Poser la question, c’est y répondre : il faut se sentir en dehors, voir au-dessus des déshérités pour s’interroger de cette manière. C’est la moindre des choses que de se méfier de la pureté révolutionnaire, à commencer par soi-même. Pourtant, il me paraît également vrai qu’une masse des pauvres – bien que cela soit loin d’être le cas de la composition de ce mouvement – ne fait pas un mouvement de classe. Certains compagnons rejettent le terme tout court. Soit. Je ne suis pas particulièrement attaché à une terminologie quelconque. Mais placer l’individu – une notion qui m’est chère – au centre du projet révolutionnaire ne peut pas faire économie du fait que l’exploitation de l’homme par l’homme reste au cœur des rapports sociaux capitalistes.

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Dim 30 Déc - 14:45

exceptionnellement, le point 3. en bas, pour une mise à jour en haut
promis demain un sommaire de ce sujet pour faire suite à celui du 17 novembre au 17 décembre


15. de la lune à la terre
on a marché sur la tête : tintin la révolution !
Patlotch a écrit:1. la réalité n'est pas le contraire de la non-existence : ce qui est irréel n'existe pas
2. la main visible du marché... de dupes... d'eux-mêmes : un destin nationaliste ?
3. des textes dans la marge : Temps Critiques et Raoul Vaneigem, avec mes commentaires
4. suivi de l'Acte 7
5. en attendant la fin... de l'année

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Cranepeint2
'le monde émoi' transfert sur toile  33 x 41 cm
Patlotch, 10 juillet 1993, ici

5. en attendant la fin... de l'année

- c'est à lire : Gilets jaunes, l’overdose, une analyse pas très juste, mais...
Ô saints justes, le malheur est une idée nouvelle en Europe

- un devenir italien ?Italie : le gouvernement populiste a fait adopter son «budget du peuple»
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 9436322_4wqTExN4IzCp04qamrIcND7m
Dans l’hémicycle, les députés du parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia (de droite) ont endossé des gilets bleus proclamant « Stop aux impôts », « Pas touche aux associations », « Pas touche aux retraites ». « A partir de janvier, ces mêmes gilets bleus seront dans les rues de toutes les villes pour continuer la mobilisation contre le gouvernement, au côté de l’autre Italie, l’Italie sérieuse et travailleuse encore une fois pénalisée », a promis M. Berlusconi dans un communiqué.
- un vœu de Patlotch pour 2019 ?
si j'en avais à en formuler un aujourd'hui, certes en vain je le sais, ce serait que tout.e gilet jaune qui se sent un tant soit peu 'de gauche', antifasciste, antinationaliste ou simple démocrate, ultragauchiste, nuitdeboutiste... le quitte, et que tout soit fait pour que cet uniforme ne couvre plus dans son isolement que la dynamique nationaliste inexorable qui me semble désormais la sienne. Mon vœu n'engage que le veuf de son idéal communiste que je suis

- le 'néo-fascisme' qui vient ?
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Égalité & Réconciliation

- populaire sans masse ni classe
Patlotch a écrit:à Pepe dndf 30/12/2018 à 06:51 #39, qui cite Théorie Communiste, “Le Plancher de verre”, 2008

si ce n’est pas “prémonitoire” c’est troublant de ressemblance ;-)

au-delà d’un accord général, je voudrais attirer l’attention sur un point qui ne semble pas faire l’unanimité, sans parler des chiffres de la police, chez ceux qui participent au mouvement soit de plein pied du RIC à Commerce’hic, soit pour “porter plus loin le désordre” (AC/Carbure), comme hier encore : la MOBILISATION RÉELLE : « Malgré toute la sympathie populaire qui a été la sienne, il n’a jamais été un mouvement de masse. »

il s’agit bien de la gonfler, quand hier ‘La France en colère !’ annonce 450.000 manifestants dans toute la France (la police 12.000), avec un subjectivisme délirant dénonçant naturellement “les mensonges des médias”. J’ai toujours été persuadé, on doit s’en souvenir ici, que pour faire CLASSE, il fallait faire MASSE, ou être à la (ra)masse

ce qui me frappe, c’est l’impression que donnent beaucoup de penser et faire comme s’ils n’avaient personne en face, qui va jusqu’à tirer les ficelles de leurs actes. Je trouve ce pouvoir très fort malgré ses faiblesses, et je pense qu’on le mesurera encore avec les vœux de Macron et à l’étape suivante durant tout le mois de janvier

plus encore que le populisme, dans ce populaire sans classe à opposer à celle de l’économie politique, c’est le nationalisme qui me semble inquiétant. J’avoue l’avoir sous-estimé dans les premières semaines
- "des manifestants plus prompts à obéir qu'à réfléchir"
je parlais d'un simulacre d'auto-organisation... De Jean-Louis Roche, en triant
Le Prolétariat universel a écrit:La revendication du RIC cache une obscure « structuration »
Si j'étais méchant je dirais que cette soudaine popularité du RIC est la peur du vide, on se raccroche à une bouée crevée parce qu'on ne voit pas plus loin que le gros bahut d'Eric Drouet. J'avais souligné au début l'absence de démocratie sur les premiers piquets et des comportements de révoltés plus fachos que prolétariens. Cela ne s'est pas amélioré depuis. Prenons les réseaux mis en place par des clans ou potes des « débutants » de la protestation, qui restent à mon avis les plus sincères contrairement au cadre commercial Cauchy et à la parapsychologue Jacline Mouraud. Les réseaux permettent avant tout un histrionisme débridé, on se « met en ligne », on se filme « manifestant », « beuglant contre les CRS », de véritable discussion ? Très peu. Dominent la harangue, l'injonction, l'insulte, les menaces contre la terre entière et Macron en particulier.
Les journalistes, ces pelés ces vendus, n'ont pas cessé de s'inquiéter en faveur d'une structuration du mouvement « protéiforme », ne voyant pas qu'elle existe pratiquement depuis le début via une organisation très pointue des réseaux avec des communications parallèles non accessibles à tous (sauf à la police). Peu disert nos petits chefs gilets jaunes. Drouet a dit que c'est sa maman qui régissait son club de passionnés d’automobile, le «Munster crew family», dont plusieurs autres membres l'ont aidé à « organiser l’événement ». Qui sont ces « munster crew », cette « famille » dont se réclame désormais Drouet ? Ils collectionnent en temps normal les vieilles guimbardes ? Certainement pas des théoriciens du prolétariat ni du peuple, mais pas non plus des gens éclairés pour faire avancer la question sociale, peut-être plus aptes à cultiver la colère et les points de rencontre dans la partie de gendarmes et voleurs qui finit par être ridicule et fait prendre bien des risques inutiles à des manifestants plus prompts à obéir qu'à réfléchir. Drouet s'est gonflé les chevilles à son tour et édicte des ordres du jour comme un caporal chef ; une foule de bénis oui oui lui crie son amour. On apprenait aussi qu'il ne sort jamais sans « ses potes ».

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Ericoo

ce groupe et d'autres me font penser à une secte, dont on dit que c'est une Église qui a réussi. Ils ont leur gourou, Chouard, leur bible, leurs francs mecs cons, et dans la concurrence, en face, la loge macronique

- sur "l'État policier" et sur le Président comme "Prince" digne de Machiavel
esprit de l'escalier : à mon avis, si Macron est allé réveillonner au Tchad en "soutien à nos soldats contre le terrorisme" et prend toujours soin de "notre armée" et de "notre police", ce n'est pas tant pour y avoir recours "en dernière instance" que pour s'assurer qu'elles ne se retourneront pas un jour contre lui. "La dernière instance" n'est d'ailleurs pas chronologique, elle sonne à toute heure car l'économie politique est structurelle du capitalisme. Quant à savoir ce que de Gaulle était allé faire à Baden-Baden le 29 mai 1968, je suppose qu'il ne redoutait pas un tel retournement... Un historien dit que les génies politiques furent souvent des militaires, de Napoléon à de Gaulle. Il aura manqué à Macron d'être soldat. Cela étant, passé de parler trop à pas assez selon les critiques, la leçon a porté, et Macron devint Président, sans quoi l'on aurait pas envie de lui couper la tête. Lire Macron, le président qui ne savait pas être président, Gérard Mamou, Causeur, 27 novembre
Le chef ne s’occupe pas des affaires secondaires
Mais on ressent un véritable malaise, et je dois le dire pour moi, une sorte de compassion, à observer notre président, presque toujours, s’égarer dans des dialogues improbables, inutiles, voire dangereux à bien des titres, avec tels ou tels manifestants ou tels simples contradicteurs, au gré de rencontres plus ou moins aléatoires, et pauvrement signifiantes.

Nos institutions dispensent pratiquement le chef de l’Etat de tout compte à rendre, comme d’ailleurs de toute peine – sauf situation vraiment exceptionnelle. Il est donc bien, à proprement parler, juridiquement quasi « irresponsable », dans le cadre de ses fonctions – ce qui rend d’ailleurs sa tâche encore plus redoutable ! Et il faut l’observer : de Gaulle lui-même, dont l’autorité sur le pays a été immense, appliquait la devise latine « De minimis non curat praetor », le chef ne s’occupe pas des affaires secondaires ; il garde du recul, celui qui impose le respect spontané de la population, et donne à toute décision une dignité et une puissance immanentes.

Si je pouvais ici me permettre de modestement donner un conseil d’ancien au jeune et talentueux président de la France, ce serait de méditer le magnifique compliment que, dans ses Mémoires, Commynes faisait du roi Louis XI : il avait en permanence, écrit-il, « la parole bien à son commandement » – ce qui va évidemment bien au-delà de l’excellence de l’expression. [...] En un sens, Emmanuel Macron paie actuellement dans l’opinion, et devrait encore payer, le prix de ses nombreux propos, largement contre-productifs et clairement inférieurs à sa fonction, et qui ont laissé bien plus de traces et de blessures dans l’esprit public qu’il ne pourrait le penser. Toutefois, 'si je pouvais ici me permettre de modestement donner un conseil d’ancien au jeune et talentueux président de la France', ce serait de faire un petit geste en faveur des retraités comme moi, sur la CSG

Rentre en toi-même, Macron…
Ces changements-là seuls pourraient faire que le malentendu originel qui a fait élire Emmanuel Macron à la présidence de la République entre de fait dans la logique des visées réelles de tous ceux qui l’ont élu à cette fonction. Car cela signifierait qu’il aura saisi, sur le plan humain comme sur le plan politique, quels sont effectivement ses missions et ses devoirs, subordonnés à la nécessaire sacralité du prince, et qu’il veillera avec haute conscience et humilité à les réaliser.
voilà donc Macron rentré en lui-même, et pour mieux ressortir...

- sur le rôle de la des violences
j'avais écrit le 5 décembre 1. réflexions sur le rôle de la violence dans ce mouvement : contribution à son caractère revendicatif. On ne peut pas dire, la dynamique étant passée à la politique et la mobilisation s'effondrant comme le soutien de la population, que les violences des dernières semaines auraient joué le même rôle, ou aient été aussi 'positives'. Le sang qui coule, bien bon à dénoncer les violences policières et aussi condamnables qu'elles soient, ne saurait cacher qu'il est sans gains, et qu'il sera utilisé par le pouvoir pour pousser plus loin le retournement de la situation à son avantage. Il existe parfois un gauchisme qui mérite son appellation léninienne de "maladie infantile"
autrement dit, c'est chaque situation qui indique le rôle de la violence, qu'elle soit au demeurant défensive ou offensive, je n'ai pas de tabou sur la question

- du Commerce'hic
chez 'La France en colère !' : « Un autre moyen de lutter : le pouvoir du consommateur »...
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TC a écrit:Ni la production, ni la circulation du capital ne furent à aucun moment réellement affectées, même le blocage des achats dans les magasins de la rue Ermou (ou dans des centres commerciaux de la périphérie), le dimanche précédant Noël, fut finalement un échec pour la simple raison que les chalands se pressaient pour leurs achats.”
Théorie Communiste, “Le Plancher de verre”, 2008. Cité par Pepe@dndf ici

4. suivi de l'Acte 7


Deuxième Appel des Gilets Jaunes de Commercy
L'assemblée des assemblées !
samedi 26 janvier à Commercy, texte ici
assembléisme local et national, ça va plaire à Vaneigem
et aux agents de la révolution imaginaire


LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 L-evenement-des-messagers-pour-l-acte-7-sur-facebook-f0486f-0@1x
12 000 en France, 800 à Paris selon la Préfecture de police
La France en colère ! indique
"plus de 450 000 personnes dans les rues de France"
Ah ! les comptes de Noël...
les uns multipliant par 5, les autres divisant par 5, le conte est bon

- (à suivre)
on notera des violences accrues et la grande discrétion du gouvernement préparant les vœux de Macron, et pour la suite le calendrier chargé de janvier, avec une remarquable alternance, alors qu'aura commencé "la grande concertation", des "Actes" programmés jusqu'au 12, l'assemblée nationale des gilets jaunes à Commercy le 26 et la marche de soutien à Macron le 27. Ça continuera donc "en demi-teinte" : jaune et rouge... sang

- PCF : "Amnistie en faveur des "gilets jaunes" condamnés... pour des faits non-violents"
j'aurais aimé signaler la bonne tenue du PCF qui par la voix d'André Chassaigne à l'Assemblée demande une loi d'amnistie pour les "gilets jaunes", mais il fallait bien se douter qu'il y avait un loup garé

- "ultragauche" (c'est pas pure commodité que je reprends ce label policier)
si j'en crois le suivi par les 'totos' tweeters, les infos de la presse sur la présence de "casseurs d'ultragauche" ne sont pas douteuses. Nul de doute de leurs bonnes intentions de "pousser plus loin le désordre" (carburation d'Alain biCorne)
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Dvmz7U5WwAcGv0W

- "circulé, le capital n'en a rien à produire" ?
persistances des cibles commerciales : Décathlon à Dinan, Leroy-Merlin et Boulanger à Vannes, Mulliez à Morlaix, zone commerciale à Nantes... Leclerc à Bourg-en-Bresse, Confluence à Lyon, MacDo à Toulouse, à Brest. 750 gilets jaunes en route pour bloquer des magasins, @Détruisons l'économie signale Airbus, Carrefour, Amazon, Vinci... comme preuve du blocage de "grandes entreprises". Ils me grondent pour défectionnisme :
T'as pas du mettre les pieds dans une AG gilets jaunes pour dire ça... La majorité est plutôt en mode défendre le petit commerce contre le grand capital (limite). Les actions en semaine sont contre les grandes entreprises et la casse le weekend cible les banques majoritairement...
Patlotch a écrit:pas besoin d'y mettre les pieds pour le savoir. Où l'arrêt de la production de marchandises, base du capitalisme et pas seulement dans la circulation/distribution ? Et bloquer aux frontières et à Rungis, surtout les camions "étrangers"... Restez donc les derniers à voir là du "communisme"
du coup je les ai envoyés en stage de formation chez dndf

- l'avant-garde destituée du Parti Imaginaire dirige-t-elle les opérations anti-médias ?
c'est à le croire, et même avec 3 semaines d'avance ! Après BFMTC et FRANCE.TV quelques centaines de gilets jaunes "assiègent" Altice Campus, RMC, Libération, L’Express. Si ça coupe, chère lectorate, RV à Rennes de Nice, j'y serai à l'Ouest (avec un slip rouge)
Rupture... a écrit:Le combat ne peut désormais exister qu’en durant, c’est-à-dire aussi en s’attaquant en priorité aux parties les plus faibles des appareils stratégiques du pouvoir en place : médias et police, pour commencer.
Contribution à la rupture en cours 6 décembre
~12h30, BFMhaines  scratch  Priscillia Ludosky informe d'un rassemblement 2 rue du général Alain de Bossieu PARIS 15e à 13h30. C'est le siège de BFM-TV, et ça tombe bien, Macron leur en veut aussi : “Gilets jaunes” : comment Macron compte se venger de BFM TV
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Macron a écrit:Dès le départ, BFM a été le principal organisateur des manifestations. A certains moments, des 'gilets jaunes' y réclamaient ma destitution ou appelaient à l'insurrection, sans jamais être repris par les présentateurs. Il y avait une sorte de connivence malsaine
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 16742085
Claudia Terracina a écrit:12:47 : ils y a la police tout autour du bâtiment mes la manif et déclaré et autorisé
Isa Parm a écrit:15h15 : Les médias annoncent une mobilisation en forte baisse (mensonge bien sur)
- quenelles de veaux
sur facebook, on se déchaîne contre les médias, qui taisent "la forte mobilisation", sauf...
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Rémy Montana a écrit:13:10 : N'oublie pas Eric [Drouet] de faire des quenelles avec Vincent Lapierre, ton nouveau pote !! GJ mais pas naïf.
voir Le journaliste pro-Dieudonné chouchou des gilets jaunes
Drouet affirmait le 21 décembre avoir seulement contacté Brut, site spécialisé dans les vidéos, et Vincent Lapierre pour l'acte VI de la protestation, le 22 décembre.
- enlevé le gilet, qu'est-ce qui reste ?
Bribrou Denise a écrit:Pas de gilet ils sont perdus police et journalistes
le problème c'est que sans gilets, eux aussi

- ça peu pèse : on leur accordera que la période ne favorise pas la mobilisation de leurs foules, mais selon la presse nationale et "de province" les rassemblements sont "clairsemés", les blocages peu nombreux. Les suivis habituels "en direct" font relâche également. On ne peut pas être en même temps comme Macron en vacances et au boulot ou en lutte, ça trop pèse  Evil or Very Mad

- petites mains mais grands ciseaux
ça censure un max les lieux de RV sur les réseaux sociaux, mais semble-t-il autant des administrateurs de groupes que de la police du net, facebook ou flicaille, va savoir... En un quart d'heure ont défilé Versailles, Hôtel de ville, Champ de Mars, Pigalle...

2. la main visible du marché... de dupes... d'eux-mêmes

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Dvg79uiW0AE6_ex
Alençon, via @larueourien1
un signifiant flottant... comme un drapeau français
ils ne sont pas apolitiques, mais de toutes politiques...
la "révolution" ne saurait être que mondiale et antipolitique

- blocages de 'chez nous'
fais-moi penser, chère lectorate, à revenir sur le blocage des camions notamment aux frontières, ou à Rungis les camions "étrangers" plus longtemps que les "français", il n'y a pas là le simple blocage de la circulation/distribution mais une couleur nationaliste qui ne saurait être confondue avec l'idéologie "communisatrice" des blocages (Léon de Mattis, etc.)

- Macron aussi fort que de Gaulle le 30 mai 68 ?  la majorité à la recherche d'un calendrier favorable
la marche de soutien à Emmanuel Macron lancée sur Facebook, initialement prévu le 20 janvier, est reportée au dimanche 27 janvier à Paris. D'abord nommée marche "en soutien à Emmanuel Macron" elle a été rebaptisée "Marche républicaine des libertés". C'est Laurent un ingénieur, sympathisant LaREM, qui en est à l'origine. Voir plus bas "ratisser large"
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 A_30_mai_1968
rappelons que de Gaulle avait démissionné un an plus tard, le 28 avril 1969, au lendemain du non au référendum sur la régionalisation

- dans la Famille Gilets jaunes, cherchez le roi
Philippot Patriotes, Brossat PCF, Ruffin LFI, Dupont Debout la France... ils sont venus ils sont tous là, ya même Macron le vil maudit. Parfaitement dans la ligne de l'Idéologie française avec son accélération en 2015 après les attentats parisiens. > Récupération, nouvelle liste, report de voix… Comment les «gilets jaunes» chamboulent la campagne des européennes
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 49033880_2460877160650697_8301831853686390784_n.jpg?_nc_cat=101&_nc_ht=scontent-cdt1-1
l'objectif des partis politiques serait double, "récupérer" électoralement un mouvement sans parti et dont les revendications se distribuent dans leurs programmes, enrayer leurs pertes si un parti ou plusieurs se présentent sous l'étiquette 'gilets jaunes'. Pour l'heure, vu leur éparpillement, cela ne semble nuire que marginalement à Macron en termes de rang dans la course et bénéficier au RN. C'est à comprendre aussi dans le changement de perspective qu'offre aux partis nationalistes leur montée en Europe avec l'espoir d'obtenir une majorité institutionnelle : Drieu nous voilà ! À lire aussi : L’enthousiasme identitaire gagne la Flandre
Ce que les débats institutionnels n’ont jamais réussi à faire, le thème de l’immigration l’a fait : la grande union des droites flamandes. Car, toujours selon Jurgen Ceder : « Il a toujours été question des Flamands, de leur langue, de leur culture, de leur individualité, de leur passé et de leurs traditions, de leur territoire et de leurs frontières, de leur mot à dire dans leur propre pays. ». Bref, il a toujours été question de leur identité. Et lorsque le rédacteur en chef d’un grand journal belge écrit : « L’enthousiasme identitaire, qui gagne toute l’Europe, submerge la rue de la Loi (siège du gouvernement) », nous ne saurions que lui donner raison : nous sommes enthousiastes pour l’avenir.
après, c'est de chacun selon son fromage...

- « Tous ensembleu ! tous ensembleu ! »
Réveillon des Gilets Jaunes sur les Champs Elysées BFM
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Étonnamment, l'événement le plus populaire n'a pas été créé par l'un des leaders du mouvement, comme Éric Drouet ou Priscillia Ludovsky, mais par une dizaine de pages indépendantes dont celle de "Nuit debout" ou de la "Coordination des luttes"...
selon la page facebook : Cerveaux non disponibles, Génération Ingouvernable, Luttesinvisibles, Comité d'initiative IDF, Coordination des Luttes, Sabordons le G20, Banlieues Debout, Rouen dans la rue, Plateforme d'Enquêtes Militantes, Nuit Debout, Cheminots de l'Intergare

-« sortir de ce «moment du peuple» et retrouver les chemins de la lutte des classes. » ?
Ce que Marx dirait des gilets jaunes, Didier Lapeyronnie, Sociologue, Libération 27 décembre 2018
signalé parce que rares y font référence, hormis RS/TC citant les passages évoqués dans l'article. Quant à la chute, « retrouver les chemins de la lutte des classes » passe par « la démocratie représentative », sans commentaire. Les gilets jaunes semblent ignorer l'existence du capital. Un texte d'Endnotes disait « la conscience de classe, c'est la conscience du capital », et les capitalistes sont les seuls à constituer une classe consciente d'elle-même. En face, aucune ne l'est, et l'on sait maintenant qu'elle ne saurait être constituée par le seul prolétariat, dont la définition est assez flottante pour en faire le sujet révolutionnaire qui viendrait : tautologie. "Peuple" n'est pas ici "à la place de prolétariat", mais à celle de rien qui vient
Les gilets jaunes s’inscrivent dans la longue tradition des mouvements populaires, tels qu’on les connaît depuis le People Party ou les Narodniki au XIXe siècle jusqu’au Tea Party. Ils en sont un avatar presque ordinaire. Ils diffèrent sur une dimension : ces mouvements ont été teintés d’une forte xénophobie, parfois de racisme, mêlés à l’hostilité aux pauvres qui bénéficient d’aides sociales. Ces thèmes ont été présents, mais ils sont restés mineurs.

La crise de la représentation
Marx a fait l’analyse la plus solide de ces mouvements, les expliquant par l’association des changements économiques, des difficultés sociales et de la crise de la représentation. Il n’y a presque rien à changer à son analyse. En 1848, les paysans parcellaires étaient confrontés à de profonds changements économiques mettant en cause leur existence. Comme les gilets jaunes manifestant dans Paris en petits groupes dispersés, leur isolement ne leur permettait pas de se constituer comme une catégorie unie apte à se défendre. Leurs intérêts les opposaient aux autres groupes sociaux, mais les conditions de leur existence les séparaient les uns des autres. Il n’existait pas de liens entre eux, aucune organisation, aucune identité. Incapables de se représenter, ils devaient être représentés, écrit Marx, et ils attendaient des représentants et de l’État qu’ils les protègent contre les autres classes et surtout contre les changements, afin de leur redonner leur «splendeur d’antan». Leur influence trouvait son expression dans la «subordination de la société au pouvoir exécutif», au politique. Marx était violemment hostile à ce type de mouvement, rejetant son économie morale et la volonté de «retour en arrière» comme l’appel au peuple et la philosophie de la misère.

Il y voyait le vecteur de la prise de pouvoir de Bonaparte, le principal soutien d’un régime autoritaire et fort et une forme de révolte «primitive», marquant la fin d’un monde tout en faisant obstacle à une nouvelle lutte de classes. Comme les paysans parcellaires, les gilets jaunes sont le produit de la désintégration sociale et de l’injustice brutale produites par des changements économiques qui les laissent à l’écart et du vide dans lequel l’effondrement du système politique les a placés, en particulier la disparition de la Gauche dont il ne subsiste plus que des fragments caricaturaux. Ils sont le produit d’un «moment», moment du «peuple», inauguré lors de la dernière élection présidentielle, et qui peut durer de longues décennies comme nous le rappellent les paysans parcellaires dont la participation au plébiscite a précipité l’effondrement de la démocratie: il a fallu attendre près d’un demi-siècle pour que les luttes des classes s’affirment par la construction d’un mouvement ouvrier et d’une Gauche politique. Les gilets jaunes n’annoncent rien mais leur mouvement populaire exacerbe l’urgence qu’il y a aujourd’hui de sortir de ce «moment du peuple» en refondant la démocratie représentative en retrouvant les chemins de la lutte des classes.
pschtt : me font toujours sourire ceux qui prétendent savoir ce que Marx dirait aujourd'hui, et je doute qu'il l'écrirait dans Libération

- ratisser large : bleu blanc rouge jaune... "en soutien à Emmanuel Macron"
Une marche pour dire «stop aux violences» et en soutien à Emmanuel Macron 20minutes 13:44
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 48426671_313730172580070_7254249550204895232_o.jpg?_nc_cat=1&_nc_ht=scontent-cdt1-1 Événement facebook
Face à l’acte 7 des « gilets jaunes » prévu samedi, un appel à une marche pour « défendre les libertés et dire stop aux violences » commises par certains membres du mouvement a été lancé, rapporte ce vendredi Europe 1. Selon la radio, un événement baptisé « Marche républicaine des libertés », a été créé sur Facebook. La marche doit avoir lieu le dimanche 20 janvier à Paris.

L'organisateur, un ingénieur toulousain prénommé Laurent, est un soutien La République en marche (LREM). Il organise cet événement avec son collectif «Stop. Maintenant, ça suffit», qui dénonce les «blocages et dégradations» commises durant les mobilisations des Gilets jaunes. Sa démarche est soutenue par les «Foulards rouges», un groupe fondé le 26 novembre dans le Vaucluse, dont l'ambition est de «débloquer les routes et [de] participer au débat national pour sortir de cette crise».

« Quand j’entends "le président des riches", qu’il est à la solde des banquiers, d’un nouvel ordre mondial complotiste, ça me choque et je trouve ça injuste », témoigne auprès d’Europe 1 Laurent, ingénieur toulousain à l’initiative de l’événement.

Pas d’opposition aux « gilets jaunes »
« C’est quand même quelqu’un (le chef de l’Etat) qui fait bouger les choses », juge ce sympathisant de la République en marche. Ce dernier regrette également qu’il y ait eu « trop de violence, trop d’insultes » au fil des week-ends de mobilisation.
Ce vendredi midi, un peu plus de 3.000 personnes indiquaient vouloir participer à l’événement sur le réseau social, tandis que 10.000 autres étaient « intéressées ». « Tous ceux à qui ça parle et qui ont envie de dire à tous les Français "arrêtons de nous opposer de manière stérile" », peuvent participer, lance Laurent, soulignant qu’il ne s’agit « pas (d') une opposition aux "gilets jaunes" mais (d’une marche) avant tout pour la fin des blocages, la fin des violences, un retour au calme et qu’on fasse la place au dialogue ».
- de l'autruche au dindon
cf 1. d'une certaine façon, un même déni de la réalité qu'est l'adversaire s'est emparé des gilets jaunes canal historique, alias La France en colère ! de Ludosky-Drouet-Rider
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 48988566_350363379115519_175811153367138304_n.jpg?_nc_cat=1&_nc_ht=scontent-cdt1-1
ils avaient déjà fait le même coup pour le discours de Macron le 10 décembre, néanmoins regardé par 23 millions de Français.e.s, et qui marqua un tournant stratégique avec la reprise en main de la dynamique par le pouvoir, alors que Rider intrônisait Chouard et son RIC en grandes pompes le 7 décembre, un "sacré sac de nœud idéologique", écrivais-je alors. Ils n'avaient pas saisi qu'ainsi faisant, ils donnaient le bâton pour se faire battre à celui dont ils exigeaient la démission
qu'une poignée d'irréductibles Gaulois ne l'écoutent pas, ça lui fera une belle jambe, et à eux encore une longueur de retard pour capter de quoi ils s'agitent dans leur petit commerce virtuel, qui intéressera de moins en moins de monde et obtiendra moins de soutien au fur et à mesure que s'approcheront les échéances électorales
(à suivre)

27 et 28 décembre
1. la réalité n'est pas le contraire de la non-existence : ce qui est irréel n'existe pas

Introduction au discours sur le peu de réalité, André Breton, 1927
Nous aimer, ne resterait-il que quelques jours, nous aimer parce que nous sommes seuls à la suite de ce fameux tremblement de terre, et qu'on ne parviendra jamais à nous dégager en raison du trop grand amoncellement de décombres, il ne reste que cette ressource : nous aimer.
j'écrivais hier que le débat sur les potentialités révolutionnaires de ce mouvement sont marginaux, et sans intérêt quant aux enjeux réels. Ce qui se passe, pourquoi et comment, ne s'analyse pas au regard de ce qui pourrait se passer, surtout quand ça n'a aucun fondement. Ainsi Lisbeth Salender répond-elle à Robin à raison :
dndf 28/12/2018 à 06:37 #38
Il ne manque rien à ce mouvement et il n’y a pas de perspective communisatrice, point. Personne n’a prétendu définir ce qu’il faudrait faire pour aller de ce mouvement à la Révolution… à part toi ! La communisation n’est pas à l’ordre du jour.
Les seuls commentaires critiques en question que je lis ici posent que tant qu’on ne touche pas à la production des marchandises, le Capital n’a pas à se faire de souci… On pourrait même parodier en disant que ce qui ne tue pas le Capital le rend plus fort !
en vérité il n'est pas seul à l'avoir fait, puisqu'on trouve également l'expert en "théorie interne au milieu communisateur", Alain Corne de Carbure.blog pour avoir écrit dans 1er décembre 2018 : porter plus loin le désordre »
le contenu révolutionnaire de la période actuelle a commencé à apparaître sous la croûte des discours et des idéologies [...] Ce mouvement porte tout ce que peut être aujourd’hui une révolution communiste, ses limites, ses dangers, son caractère imprévisible.
redescendons sur terre, peuplée de 7,5 milliards d'être humains, dont 67 millions sont français (moins de 1%), dont 500.000 furent gilets jaunes actifs (moins de 1%), dont quelques centaines rêvèrent d'en faire LA révolution (moins de 1/1000). Résultat : 0,000000001 rêvolutionnaires du monde occuperaient la moitié de nos débats ? Et je serais moi aussi tombé sur la tête ?!

avant de revenir aux choses sérieuses, encore une douche froide : Témoignage à propos du « blocage » de Rungis : Les huîtres rient jaune..., non-fides, 25 décembre 2018
André Dréan a écrit:Comme vous le savez sans doute, le site des Halles de Rungis est, depuis plusieurs semaines, l’objet de barrages filtrants au niveau de la porte d’accès principale, la porte de Thias. Prenant mon courage à deux mains, bravant la pluie et le vent, je me suis donc levé à 4 heures du matin, j’ai pris le métro, puis le bus, et, après plus de 1 heure de voyage déprimant dans les zones industrielles du sud de Paris, je me suis donc retrouvé face aux quelques dizaines de Gilets jaunes qui filtrent l’entrée, histoire de prendre la température dudit « blocage » par moi-même.

J’avais déjà quelques soupçons, vu les interviews réalisés, sur la teneur et l’objectif de ces brillantes « actions directes » (dixit « Paris lutte info »). Mais j’avoue, en toute modestie, que l’ambiance a dépassé toutes mes espérances. Je me suis retrouvé face à des bandes de vulgaires bourrins nationalistes, des deux sexes, dont l’un d’entre eux était antillais et fort accepté puisqu’il « était français lui aussi » : « On n’est pas raciste », m’affirma ainsi fièrement la cheftaine du groupe, qui ressemblait à Madame Bidochon en plus jeune (Cf. l’excellente BD de Binet des années 1980).


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Ils étaient là, à leurs dires, « pour sauver les paysans et les commerçants français » de la « concurrence déloyale » « organisée par l’Europe des banques représentée par Macron ». Après quelques tentatives d’approches balourdes et quelques tentatives de me faire passer le célèbre uniforme jaune, ce que je refusais avec beaucoup de courtoisie (par peur de me faire peut-être casser la gueule), je posais de façon innocente la question : « De quelle banque Macron est-il le représentant ? ». Ce a quoi il me fut répondu par la cheftaine, avec force clins d’œil de ses acolytes : « Ben, la banque Rothschild, bien sûr ». J’étais donc fixé sur la nature éminemment révolutionnaire de leur opposition au capital financier qui, c’est bien connu, est entre les mains des rabbins depuis des temps immémoriaux.

Histoire d’élargir quelque peu le champ de cette communication qui commençait si bien, j’évoquais timidement le rôle du brillant second de Macron, le dénommé Philippe qui, lui, ne vient pas de la banque mais du nucléaire, Areva en l’occurrence. Ce à quoi la cheftaine répondit qu’elle s’en foutait et que d’ailleurs elle était partisane du nucléaire français et hostile à tous « ces écologistes bobos parisiens qui veulent nous priver d’électricité ». Position si typiquement populaire partagée aussi par ses groupies.

Je commençais à me sentir quelque peu seul et tentais de conclure, avant de déguerpir, sur les modes « d’action directe » si intéressants dont on m’avait rabattu les oreilles du côté de « Paris lutte info ». Là aussi, je ne fus pas déçu : ces remarquables saboteurs du « commerce européen » avaient commencé par filtrer d’abord exclusivement les camions étrangers 30 minutes, puis très récemment, par soucis de justice sans doute, les camions français 15 minutes et les camions étrangers 45 minutes. Ils ne leur étaient même pas venu à l’esprit que, accord européen oblige, des camions français peuvent transporter des marchandises étrangères et vice versa. La veille de mon passage, leur dernier exploit avait donc consisté à retarder presque trois heures l’un des camions espagnols, en menaçant le conducteur, qui transportait d’Oleron à Rungis des huîtres de la presque île, mollusques tricolores s’il en fut. Ce qui amena le grossiste de Rungis à les balancer à la poubelle. Sans commentaire.

Joyeux Noël !

29 décembre
3. des textes dans la marge

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Dvku6O2WkAE2-Ib
le rouge ne sera jamais la couleur des Gilets Jaunes
bon d'accord, eux c'est pas le Pernod c'est le RIC hard...

- Une tenue jaune qui fait communauté, Temps critiques supplément #3 au numéro 19
« Le mou­ve­ment des Gilets jaunes semble confir­mer une rup­ture du fil his­to­ri­que des luttes de clas­ses... » Extraits :
Une lutte, certes, mais une lutte sans classe plutôt qu’une lutte de clas­ses. Il ne sert donc à rien d’y recher­cher ce qui serait son aile pro­lé­ta­rienne pour lui donner une trans­crois­sance qu’elle n’a mani­fes­te­ment pas l’inten­tion de mani­fes­ter. [cela fait au moins une chose clairement partagée entre nous,'communisateurs' compris, sauf Alain Corne de Carbure, qui s'est perdu à Saint-Lazare sous le charme de la belle Assa, et le petit Robin communisateur nuit-débouté]

5 D’ailleurs, si les Gilets jaunes sont mépri­sés par le pou­voir en place, ce n’est pas parce qu’ils sont des « pro­lé­tai­res » au sens his­to­ri­que du terme (Macron ne méprise pas ouver­te­ment les ouvriers pro­fes­sion­nels élevés dans les règles de l’art de l’éducation syn­di­cale et léga­liste), mais plutôt parce qu’ils ne sont, pour lui, que des riens du tout (« des gens qui ne sont rien » a-t-il dit), des sortes de sous-pro­lé­tai­res moder­nes, des cas sociaux, des sau­va­ges ayant oublié toutes les règles de civi­lité, des gens qui ne savent ni parler ni pro­duire des res­pon­sa­bles. [j'ai quelque doute sur la perception de la composition sociologique du mouvement, pas vraiment lumpenprolo...]

Quid de l’organisation ?
7 Si nous sommes d’accord pour dire que les Gilets jaunes ont déve­loppé un mou­ve­ment auto­nome, nous n’irons pas jusqu’à dire qu’ils s’auto-orga­ni­sent au sens idéo­lo­gi­que de l’auto-orga­ni­sa­tion telle que peu­vent la conce­voir les conseillis­tes his­to­ri­ques ou des liber­tai­res. Il s’agit d’une auto-orga­ni­sa­tion immé­diate qui ne débou­che sur rien d’autre que sa propre pra­ti­que tout aussi immé­diate. [j'ai avancé une idée comparable hier en 14.1. l'auto-organisation prise en défaut, pour un contenu épargnant le capital]

De la négation à l’institutionnalisation ?
9 Est-ce que nous sommes passés à une seconde phase, plus affir­ma­tive, celle du RIC que la pre­mière qui était plus néga­tive (Macron-démis­sion, Nous ne lâche­rons rien, etc.) ? Ou alors le mou­ve­ment peut-il conti­nuer en absor­bant cette nou­velle pro­po­si­tion électoraliste qui semble pour­tant une porte de sortie pour ceux qui, parmi les Gilets jaunes, ont pris acte que Macron ne démis­sion­nera pas ?

10 Si le RIC détruit la dyna­mi­que immé­diate du mou­ve­ment, c’est parce que sa base actuelle, celle des ronds-points et des mani­fes­ta­tions du samedi, ne porte pas de dyna­mi­que his­to­ri­que claire, d’autant que la pra­ti­que des assem­blées comme l’idée de délé­ga­tion trou­vent peu d’écho ou alors créent des divi­sions au sein du mou­ve­ment. C’est parce qu’il est jus­te­ment inca­pa­ble de rendre his­to­ri­que sa dyna­mi­que sur une base assem­bléiste, qu’il peut se réfu­gier dans le RIC. Un réfé­ren­dum, pour cer­tains un exem­ple de démo­cra­tie directe, mais pour nous le risque d’un début d’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion du mou­ve­ment — ou pire la nais­sance d’un mou­ve­ment type Cinq étoiles comme en Italie. [sur la dynamique et son évolution, ce constat peut se rapprocher du mien, mais je crois plus à l'éparpillement politique qu'à la constitution d'un mouvement comparable à Cinq étoiles]

C’est la lutte sans classe d’une « mul­ti­tude » com­prise dans le sens où elle n’est pas celle des 99 % de gen­tils exploi­tés contre les 1 % de méchants exploi­teurs et pro­fi­teurs, à l’heure où les hié­rar­chies de posi­tions socia­les ou au tra­vail se sont à la fois démul­ti­pliées et affi­nées et sont pro­dui­tes et repro­dui­tes sans trop d’états d’âme par les indi­vi­dus, à chaque niveau qu’ils occu­pent. Une lutte sans classe au sens de l’absence d’un sujet his­to­ri­que. [...] Mais dans les ronds-points et autres lieux d’expres­sion du mou­ve­ment actuel sourd, quand même, une ten­sion vers la com­mu­nauté, non pas une ten­sion abs­traite vers la com­mu­nauté humaine, mais une ten­sion à la fois concrète (elle est dans l’affect) et géné­rale parce que le mou­ve­ment embrasse et ques­tionne l’ensem­ble des rap­ports sociaux. Ce n’est plus le « Tous ensem­ble » de 1995 contre un projet précis, mais une sorte d’indis­so­cia­ble mise à plat/mise en cause de la tota­lité capi­ta­liste à partir de points de vue ou d’angles de tirs en soi par­tiels. [j'ai formulé hier cette idée de lutte sans classe constituée face au capital, qui lui l'est comme classe de l'économie politique. Le point à questionner serait la possibilité ultérieure d'une constitution en classe révolutionnaire au-delà du prolétariat, mais pour l'heure, elle n'est pas plus annonçable qu'une révolution communiste]
des constats phénoménologiques partagés mais bien optimistes, les Frères Jacques, et sans doute un peu décalés par rapport à une orientation qui ressort de plus en plus clairement comme nationaliste. Pas grand chose sur la non-remise en cause du capital, rien sur la réciprocité du mouvement et du pouvoir qui laisse envisager une sortie possible dans une restructuration politique avec Macron autant que le passage qui suivrait à un pouvoir néo-fasciste

- comme dirait l'autre, encore un humaniste, mais cette fois, étant écrit il y a 20 jours (avant le RIC et la reprise en main par le pouvoir de la dynamique), il ne s'en tire pas mal, fumée blanche dans l'enfumage général des grenades policières et des feux jaunes insurgés. Le vitalisme est toujours bien venu quand il s'agit de ne pas négliger la subjectivation collective indispensable à toute lutte pour viser plus loin que le bout de la semaine, mais le subjectivisme délirant qui s'est emparé du mouvement jusque chez ses 'agents de la révolution imaginaire' ne fera jamais que « tout est possible » contre la nécessité inscrite dans la conjoncture présente, et ce n'est pas l'assembléisme en version Commercy, avec ses étages locaux et son 'sénacle' national qui me fera changer d'avis, qu'on l'écrive en belles lettres belges ou qu'on le récite démocratiquement à cinq ou sept, avec un contenu de rupture aussi pauvre
Tout est possible, même les assemblées d’autogestion au milieu des carrefours,
dans les villages, dans les quartiers

Raoul Vaneigem pour Le Nouveau Magazine littéraire 11 décembre 2018
1. Dans Contribution à l’émergence de territoires libérés de l’emprise étatique et marchande, vous écrivez que « préférer le mal d’aujourd’hui à ce qui demain sera pire nous empêche de nous lever ». Pourtant les gilets jaunes se sont levés, et justement pour préserver leur place dans cette civilisation du consumérisme, et de la voiture reine, que vous condamnez.

Il n’a pas dû vous échapper que le propos de mon livre est principalement de secouer la résignation, l’indifférence et l’apathie qui jusqu’à ce jour ont toléré que la désertification de la terre et de la vie soit froidement programmée et imposée, avec un cynisme croissant, aux dépens des populations du Globe. Qu’une grande explosion de colère éclate soudain, inopinément, avec les mobiles dont l’apparence seule est futile, me procure donc une grande satisfaction. Ils se sont levés pour préserver leur place, dites-vous ? Quelle place ? Ils n’ont pas de place dans ce beau monde affairiste qui les exploite comme consommateurs télécommandés, comme producteurs de biens qu’ils doivent payer, comme fournisseurs, bureaucratiquement contrôlés, de taxes et d’impôts qui vont renflouer les malversations bancaires. Certes, le grand cri du « ¡ya basta ! », du « il y en a marre ! », peut retomber, tourner court. La servitude volontaire a maintes fois connu des révoltes sans lendemain. Mais même si la colère des gilets jaunes stagne et reflue, une grande vague véritablement populaire — et non pas populiste — s’est élevée et a prouvé que rien ne résiste aux élans de la vie.

2. Les gilets jaunes sont-ils le nouveau nom de cette classe soumise à « une harassante corvée dont la rétribution salariale sert principalement à investir dans l’achat de marchandise » ?

Ce n’est pas une classe, c’est un mouvement hétéroclite, une nébuleuse où des politisés de toutes les couleurs se mêlent à celles et à ceux qui ont banni la politique de leurs préoccupations. Le caractère global de la colère empêche les traditionnels tribuns du peuple de récupérer et de manipuler le troupeau. Car ici, il n’y a pas, comme d’habitude, un troupeau qui bêle en suivant son boucher. Il y a des individus qui réfléchissent sur les conditions de plus en plus précaires de leur existence quotidienne. Il y a une intelligence des êtres et un refus du sort indigne qui leur est fait. La lucidité se cherche à tâtons, frayant sa voie dans les incertitudes. Que le pouvoir et ses larbins médiatiques prennent les insurgés pour des imbéciles, voilà qui va démontrer à quel point est débile et vulnérable ce capitalisme dont on ne cesse de nous répéter qu’il est inéluctable et invincible.

3. À l’idée que, « abrutis par un luxe de pacotille, les futurs naufragés s’ébattent sur le pont tandis que le bateau coule », ils rétorquent « vous vous préoccupez de la fin du monde, nous nous inquiétons de la fin du mois ». Que leur répondre ?

En s’inquiétant de la fin du mois, il n’est personne, en dehors des affairistes qui nous gouvernent, qui ne se soucie du même coup non de la fin du monde mais de la fin d’un monde dont nous ne voulons plus ; qui ne se soucie du sort que nous réserve à nous et aux enfants un monde livré à la barbarie du « calcul égoïste ». Et ça ce n’est pas une pensée métaphysique, c’est une pensée qui se formule entre les taxes à acquitter, le travail à prester, les contraintes administratives, les mensonges de l’information et « l’abrutissement par un luxe de pacotille » sciemment entretenu par les fabricants d’opinions qui crétinisent les gens. Un sursaut d’intelligence arrive aujourd’hui comme un souffle d’air frais dans l’air confiné des égouts, où la dictature de l’argent nous entraîne à chaque instant.

4. Les gilets jaunes sont-ils un exemple de ce prolétariat qui « a régressé à son ancien statut de plèbe » ? Victime d’un capitalisme financier qui a dégradé « sa conscience humaine et sa conscience de classe » elle ne fait plus la révolution elle se révolte.

Oui, c’est l’illustration même de cette régression. Mais, comme je l’ai écrit, la conscience prolétarienne qui a jadis arraché ses acquis sociaux à l’État n’a été qu’une forme historique de la conscience humaine. Celle-ci renaît sous nos yeux, ranimant la solidarité, la générosité, l’hospitalité, la beauté, la poésie, toutes ces valeurs aujourd’hui étouffées par l’efficacité rentable.

5. Peut-on encore, lorsqu’on appartient aux classes moyennes inférieures excentrées (travail peu rémunérateur, obligation d’utiliser sa voiture pour tous ses déplacements, pavillons à rembourser ou loyer à payer…), reconquérir « l’autogestion du quotidien » ?

Cessez de rabaisser les revendications au niveau du panier de la ménagère ! Vous voyez bien qu’elles sont globales, ces revendications. Elles viennent de partout, des retraités, des lycéens, des agriculteurs, des conducteurs dont la voiture sert plus à aller au boulot qu’à partir se dorer sur un yacht, de toutes ces femmes et de tous ces hommes, de ces anonymes qui s’aperçoivent qu’ils existent, qu’ils veulent vivre et qui en ont assez d’être méprisés par une République du chiffre d’affaires.

6. Vous évoquez un État « réduit à sa simple fonction répressive ». Est-ce celui dont on voit le visage en France aujourd’hui ?

Ce n’est pas un problème national mais international. Je ne sais quel est le visage de la France ni si la France a un visage, mais la réalité que recouvre cette représentation fictive est celle d’hommes et de femmes corvéables à merci, de millions de personnes inféodées à une démocratie totalitaire qui les traite comme des marchandises.

7. La lutte des gilets jaunes et celle des forces que vous saluez dans votre livre (zadistes, féministes, militants écologistes…) peuvent-elle converger ? Ou s’opposent-elles par essence ?

Elles ne s’opposent ni ne convergent. Nous sommes entrés dans une période critique où la moindre contestation particulière s’articule sur un ensemble de revendications globales. Le plant de tomates est plus important que les bottes militaires et étatistes qui viennent l’écraser — comme à Notre-Dame-des-Landes. Les dirigeants politiques et ceux qui se poussent au portillon pour les remplacer pensent le contraire, comme ils pensent que taxer le carburant de ceux à qui l’on a rendu indispensable l’usage de la voiture et de l’essence dispense de toucher aux bénéfices pharamineux de Total et consorts. Les zones à défendre (ZAD) ne se bornent pas à combattre les nuisances que les multinationales implantent au mépris des habitants de la Terre ; elles sont le lieu où l’expérience de nouvelles formes de société fait ses premiers pas. « Tout est possible ! » tel est aussi le message des gilets jaunes.

Tout est possible, même les assemblées d’autogestion au milieu des carrefours, dans les villages, dans les quartiers.

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Ven 4 Jan - 20:48

sommaire complet du sujet depuis le 17 novembre

16. nouvelle année, nouvelle étape dans la restructuration politique

et l'État s'est dit Cieux

remarque : je parle de restructuration politique dans la restructuration économique mondiale qui se poursuit, voulant dire qu'elle n'a pas changé de contenu, qu'il n'y en a pas de nouvelle, en attendant la crise...
Patlotch a écrit:1. les camarades (se) parlent en attendant... Macron !
2. Il a parlé, etc. un discours millimétré, un record d'audience, plus "convaincant" que Hollande en 2013...
3. l'économie politique au quotidien, malaise dans la révolution social-nationaliste
4. Drouet, Rider... et le Comité trop visible... à faire pâlir Julien Coupable

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 BBRJ9PD
Eric Drouet interpellé 2 janvier
a confirmé avoir prémédité son interpellation...
« Eric est devenu un martyre »

4 janvier
4. Drouet, Rider... et le Comité trop visible... à faire pâlir Julien Coupable

- Marine a oublié d'être bête et confirme la visée du RN et de ses amis : le pouvoir en Europe
Marine Le Pen inverse les couleurs du drapeau européen
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 DwAHIsyX0Ac9Loo
Marine Le Pen a écrit:@MLP_officiel 3 janv.
« Foules haineuses », arrestations arbitraires d’opposants, démocratie confisquée : les mondialistes écrasent les citoyens ! L’Europe des peuples a maintenant son étendard. MLP
- mieux vaut entendre ça qu'être sourd
Martinez (CGT) aux gilets jaunes : "La mobilisation aux ronds-points, c’est bien, dans les entreprises, c’est mieux"
on aurait tort de se réjouir du rejet des syndicats, quand il vient de patrons petits ou grands, et que certains manifestants appartiennent à des courants politiques prêts à les interdire. Rappelons que la hausse des salaires n'est pas une revendication des Gilets jaunes

- 'à malin, malin et demi' : de la carotte au bâton, mouvement et pouvoir affaiblis, gagner l'opinion publique, un bras de fer appelé à durer
Griveaux : Le mouvement est «devenu le fait d'agitateurs» voulant «renverser le gouvernement. ». Drouet a réussi son coup, piéger le pouvoir : ainsi l'entend sa bande à haut débiles. Rira bien qui rira le dernier : l'herbe coupée sur les ronds points sous les pieds d'une base mise à l'amende et rentrée chez son automobile, finie la belle auto-organisation et l'auto-orgasmisation gauchiste. Tout revient dans la politique, avec un timing qui étale les échéances et rend d'autant plus difficile un retour à la case départ, quand la masse des gilets jaunes pouvait croire constituer une unité...
Griveaux joue sur du velours, car ce n'est pas faux, le mouvement tient son "Macron dégage !" d'avant le RIC, d'avec le RIC, ou sans les urnes et pour certains dit-on par les armes : dans ce pays de chasseurs, je suis étonné qu'on n'ait pas encore sorti les fusils. Demain une marche est prévue de l'Hôtel de Ville (du BHV si l'on préfère) à la Concorde vers l'Assemblée nationale

- 'La France en colère !' demande une médiation... "respectable"
Les "gilets jaunes" demandent enfin à Emmanuel Macron de trouver "une personnalité respectable qui n'ait pas été visée par des enquêtes judiciaires" afin de pouvoir "commencer les discussions avec cette personnalité autour de la reprise de la souveraineté du peuple de France".
ce groupe des initiateurs Ludosky-Drouet-Rider, devenus leaders aux yeux de tous, et jusque-là garant de la non 'récupération politique', est divisé sur la stratégie. Il tente de contourner à la fois la grande concertation de Macron, et des appels à la 'démocratie directe' tels que celui de Commercy, auquel il serait hasardeux de prédire le succès quoi qu'en prétendent, invérifiable, extrême- et ultragauche : Pour un acte VIII massif sur Paris, Paris-Luttes.Info 3 janvier 2019. Il est vrai que l'affaiblissement de la mobilisation leur ouvre une fenêtre pour apparaître dans le cortège de tête des illusions à perdre, où l'on retrouvera des caractères des conflits précédents (Loi Travail, SNCF...)

je ne sais pas si c'est la grippe ou la fièvre jaune, j'ai la nausée, et j'irais bien cracher sur leurs gilets. Et dire que je n'ai pas chez moi le moindre petit drapeau français à brûler ! (voir l'instructif Outrage aux symboles nationaux en France)

3 janvier
@PLudosky a écrit:à 19h :
Allocution qui sera lue samedi 05.01 à 14h Paris Hôtel de ville en réponse aux vœux du Président #GiletsJaunes #Acte8 #LaFranceEnColere #Page1
- Le Maire homérique : Référendum d'initiative citoyenne... "le courage de donner la parole au peuple"

- « Aux armes, citoyens ! »
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Fly Rider a écrit:Beaucoup de gens dans ce mouvement sont prêts à perdre la vie pour que notre futur soit meilleur. Des gens préparent un soulèvement national avec des armes. Manu, il y a des gens qui ne lâcheront pas, ils ne veulent plus être pacifistes car ils ont vu que tu as envoyé des flics taper leurs gosses, leurs grands-mères, leurs grands-pères, leurs frères, leurs sœurs… des flics qui ont tué des gens. Oui, il y a des gens qui préparent actuellement un soulèvement national, et faire un appel aux armes puisque dans notre Marseillaise il y a « Aux armes citoyens/Formez vos bataillons »...
- Rapport sur la construction d'une "situation"
Drouet arrêté = mise en scène réussie ce soir avec qq dizaines de GJ, avocats sur place et presse convoquée dans l'aprem : « Ce soir, on va pas faire une grosse action mais on veut choquer l'opinion publique. Je sais pas s'il y en aura qui seront avec nous sur les Champs (...) On va tous y aller sans gilets » Il annonçait fièrement en 'live', suivi par la police, que ça se passerait mal, "j'en suis sûr", mais qu'il ne craignait pas la GAV... Il s'agissait de faire la preuve de la "dictature", le mot qui abreuve leurs sillons virtuels depuis l'arrestation...
moins ils seront et plus ils feront des "coups médiatiques"... avec en face Macron « sans complaisance », et à côté le racolage électoral :
@JLMelenchon a écrit:De nouveau Éric Drouet interpellé. Pourquoi ? Abus de pouvoir. Une Police politique cible et harcèle désormais les animateurs du mouvement gilet jaune. #GiletsJaunes
9:33 PM - Jan 2, 2019
comme on dit en art, ça sent le fabriqué, autrement dit une situation produite artificiellement par défaut d'une vraie

@wdesaintjust a écrit:Trésorier du RC, il y a 1 heure
Cette vidéo de l’interpellation ce soir d’@EricDrouetGJ montre que le pouvoir perd les pédales. Elle ne peut qu’alimenter une indignation bien justifiée.
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23h : 16 femmes en GAV pour vérification d'identité au commissariat du 13eme arrondissement de Paris. Leur crime ? Se promener avec un gilet jaune !
- chômage : extension du domaine de la lutte ?
Des gilets jaunes appellent les chômeurs à les rejoindre face au durcissement des sanctions
"Chomeurs ! Macron durcit vos droits. Vous êtes 6 millions. Où êtes vous???"
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- info : Drouet dément avoir voté Le Pen aux présidentielles
‎Eric Drouet a écrit:‎15h57 : Pour être claire !! Déjà personnes ne sais pour qui j'ai voté !! On s'en fou complet !! Et non je n'est pas voter FN et même si je l'aurais fait c'est pas la question du jour !! On est tous d'horizon différent et c'est bien notre force !! Melenchon m'a adresser un texte d'accord merci maintenant je n'est pas relevé car ce n'est pas le combat d'aujourd'hui !!
- L’émergence d’un international-nationalisme ? Bd Voltaire 27 décembre

2 janvier
3. l'économie politique au quotidien, malaise dans la révolution social-nationaliste
références appuyées à la Révolution française, capitalisme absent de la critique... le "Peuple français" a oublié deux siècles de son histoire comme celle de la lutte des classes. L'auteur du Capital, critique de l'économie politique, peut se retourner dans sa tombe. Cette régression n'atteint pas seulement les soutiers du mouvement des ronds-points, elle s'étend à l'intelligentsia y compris partie des anarchistes... et des 'marxistes'. Nous aurons au moins eu la preuve à l'envers qu'aucun processus révolutionnaire ne saurait être à base nationale, ni même internationale, mais antinationale. Pour ça on ne sort pas les drapeaux, on ne bloque pas les étrangers aux frontières, on ne négocie rien avec l'État-nation

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La fièvre nationaliste s’étend de part et d’autre de l’Europe, et ce, avec ou sans gilets jaunes : du Portugal à la Hongrie en passant par la France et la Belgique. Par exemple, la majorité de centre droit au Danemark a décidé, récemment, de mettre en place des mesures drastiques en matière d’immigration, celles-ci visant principalement la communauté musulmane (baisse des allocations pour les réfugiés, peines de prison doublées, éviction des caïds de cité et crèche obligatoire). À cela s’ajoutent l’élection de Trump aux États-Unis (en 2016) et celle, plus récente, de Bolsonaro au Brésil.

Assurément, une lame de fond frontiériste traverse le monde occidental. La crise du libre-échangisme est en train d’éclater au grand jour. Le monde de la « flexisécurité », du « bonus-malus », du « microcrédit », du « contrat gagnant-gagnant » et du « migrant » n’arrive plus à convaincre les masses submergées par l’hyperconsumérisme prédéterminé.

La crise de l’Occident n’est plus un fantasme pour des pessimistes patentés, mais clairement une réalité. Le nomadisme forcené, inhérent à un creusement assumé des inégalités, ne peut plus fonctionner à long terme ; si ce n’est à marche forcée. À partir de la révolution humaniste du XVIIIe siècle, l’ordre libéral-libertaire avait amorcé la libre-circulation exponentielle des biens, des marchandises, des capitaux, des actions ainsi que des familles et des individus. Mais aujourd’hui, la machine technologique s’est emballée à un niveau tel que les peuples finissent par comprendre que le nomadisme ne leur est point réservé. Ainsi, des irréductibles préfèrent leur terre à la Terre. [...]
- 'touchez pas au grisbi !'
« Dans la crise des “gilets jaunes”, il n’y a que rarement de stigmatisation spécifique du riche en patron »
« On pourrait aller devant le Medef, c’est juste à côté », suggère un manifestant, samedi 24 novembre à Niort. Réponse de son voisin de cortège : « C’est quoi, le Medef ? » Il suffit de balayer les appels des « gilets jaunes » depuis un mois pour voir que les chefs d’entreprise, les entreprises et encore moins les organisations patronales, ne sont qu’incidemment mises en cause, et la plupart du temps ignorées.

Cela a été corroboré le 12 décembre par le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, lorsqu’il a relevé que « le siège du Medef, avenue Bosquet à Paris, souvent la cible des manifestations de travailleurs, a été totalement épargné par les “gilets jaunes” et par les violences au cours des samedis successifs d’événements parisiens. »

Pas de dénonciation des salaires des patrons
Dans la crise des « gilets jaunes », rien de tel. Il y a bien une multitude de revendications, parfois contradictoires, qui sont exprimées. Elles stigmatisent d’abord le mépris social de classe, qui sert d’amplificateur à la propagation d’un sentiment d’injustice, focalisé sur des mesures qui touchent très directement le quotidien des intéressés. Elles prennent pour cible Emmanuel Macron en tant que « président des riches », les hommes politiques en général, les sénateurs, et aussi les riches – notamment au travers de la revendication d’une justice fiscale. La suite est réservée aux abonnés.
- produire et acheter français
Automobile : carton plein pour Renault et PSA en France Les Échos
« La part de marché des constructeurs tricolores est en nette progression sur le marché français, où ils trustent les dix meilleures ventes de modèles. »

- RIC : le tabac augmente
"Gilets jaunes" : 80% des Français favorables au RIC pour proposer une loi
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il y a 25 ans déjà...
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La République dans un miroir
Patlotch, 16 janvier 1993
pigments et transfert sur toile 30 x 30 cm


« De tous les dangers, le plus grand est de sous-estimer son ennemi.»
Pearl Buck, Impératrice de Chine, 1956

1er janvier
2. Il a parlé etc.
un discours millimétré, un record d'audience, plus "convaincant" que Hollande en 2013...

1er janvier
- Macron : pousser au travail, punir le chômage, et bénir la patrie France en Europe
dès avant l'Acte 1 le 17 novembre, le travail est un enjeu central du mouvement : Les «gilets jaunes» ou le monde du travail abandonné, Denis Maillard Slate.fr 13 novembre 2018. Enjeu central et déjà réciproque, ce qui se confirme dans les termes de classe de l'économie politique :
. Assurance-chômage : le patronat suggère un plan d'économies drastique BFM 25/12/2018
. Contrôle des chômeurs : les pouvoirs de Pôle emploi renforcés Les Échos 13:49
selon l'application Le Poids des mots de Paris Match à propos des vœux du Président, l'occurrence de "travail" est de 7,8% (14,5% en 2017), celle de "pays" 10% (17,7%), "France" 7,8% (7,3%) "compatriotes" 4,4% (2,4%), "européens" 5,6% (2,4%) : le cap est infléchi compte tenu des échéances électorales, en tentant d'intégrer le caractère national du mouvement, sur le terrain privilégié et avec le langage des populistes de gauche et droite : "la France, notre pays", "(com)patriotes"...
. réciproquement, ce n'est pas un secret, les gilets jaunes n'ont pas fait du chômage, ou de l'emploi, une voiture à cheval de bataille
« Ce qui est frappant dans le mouvement des Gilets jaunes, c’est que l’on ne parle pas du tout d’emploi. Pourtant c’est le premier problème de la France, économique mais aussi social. Le taux de chômage avoisine 9 % et le taux d’emploi est de 10 points plus faible qu’en Allemagne... En 2019, Emmanuel Macron pourrait profiter du grand débat national pour reposer ces sujets sur la table. » Pierre Cahuc: « Emmanuel Macron devrait reposer le sujet clef du chômage.»
le sujet n'est pas l'ordre du jour de la 'grande concertation nationale'. Il n'a fait l'objet d'aucune revendication des gilets jaunes, dont les 'prolétaires chômeurs' étaient absents...

- Macron : un record d'audience. Sans chamanisme, je m'y attendais
« 11 millions de personnes ont suivi l'allocution d'Emmanuel Macron, soit 500.000 de plus que l'an dernier. Il s'agit du record d'audience de ce type d'exercice depuis sept ans. » RTL, 18:58

- Macron mieux que Hollande fin 2013, pas ce qu'on dit généralement...
60% des sondés n'ont donc pas trouvé l'allocution du chef de l'État convaincante. 40% des Français interrogés ont jugé convaincant, dont 14% très convaincant. Opinion Way pour  LCI
71% des Français assurent ne pas avoir été convaincus par François Hollande lors de ses vœux présidentiels du 31 décembre 2013. 25% l'ont trouvé convaincant, dont 5% très convaincant. BVA pour Le Parisien
- roulez jaune !
Automobile : une bonne année 2018, entre «gilets jaunes» et déclin du diesel, Le figaro.fr 11:59

- Macron : "le capitalisme ultra-libéral va vers sa fin"
reste plus qu'à attendre le capitalisme ultra pas libéral. Relevons que par cette "critique", Macron reprend celle de la terminologie démocrate radicale du "capitalisme libéral", et non du capitalisme tout court

- la violence légitime
dans la phase revendicative du moins, la violence des manifestants fut reconnue comme un facteur du recul gouvernemental
«Gilets jaunes» : violence, la fin du tabou, Michel Wieviorka The Conversation 30 décembre 2018
Pendant une quarantaine d’années, la violence est devenue un tabou, le mal absolu, dénoncé et rejeté, y compris dans des milieux qui avaient auparavant fait preuve de compréhension, voire d’empathie à son égard. Avec une exception notable : celle du « Che », icône christique dont l’image positive demeure forte.

Une période historique s’achève, où la violence a ainsi été refusée massivement. Nous entrons dans une nouvelle ère, que le mouvement des « gilets jaunes » rend particulièrement visible. Peut-être peut-on tenir la violence, comme la lance d’Achille, peut cicatriser les blessures qu’elle a faites Deux logiques ici sont en jeu, pour contester à nouveau à l’Etat son « monopole de la violence physique légitime », selon la formule célèbre de Max Weber tirée d’une conférence sur « le métier et la vocation d’homme politique »...
Ainsi s’ébauche, politiquement et socialement, la fin d’un tabou. Avec une implication majeure : le discours et la pratique pour prévenir la violence, ou en sortir, perdent aussi une partie de leur légitimité.
- qu'en sondez-vous ?
"60% des sondés ont trouvé le président pas convaincant, 50% des sondés veulent désormais que les Gilets jaunes s’arrêtent même si le soutien au mouvement est encore important" LCI 10:26

- Mélenchon "fasciné" par Drouet facebook 31 décembre à 17:00
JLM a écrit:MERCI MONSIEUR DROUET
[...]
La révolution citoyenne des gilets jaunes est une des meilleurs choses qui nous soit arrivée depuis si longtemps. L’histoire de France a pris un tournant qui a déjà ses répliques dans nombre de pays. Quel bonheur c’est là. Je m’amuse des ironies de l’histoire. Il y en a tant ! La plus suave c’est de voir l’action de monsieur Éric Drouet. Je ne le connais pas. Je l’écoute, je le lis et je vois en lui la même sage et totale détermination que chez madame Priscilla Ludosky. Je les vois se tenir à distance des pièges grossiers qui leur sont tendus à intervalles réguliers par les terribles adversaires qu’ils affrontent à mains nues. Leur surgissement, leur incroyable aptitude au combat sidèrent ceux qui regardent le peuple de haut. La France est pleine de ces personnages qui marquent son histoire comme autant de cailloux blancs. C’est pourquoi je regarde Éric Drouet avec tant de fascination. Comment est-ce possible ? Drouet ? Il porte le nom d’un personnage dont Napoléon a dit « sans vous l’histoire de France aurait été toute différente ». [en lui remettant la Légion d'honneur]. Car il y a déjà eu un Drouet décisif dans l’histoire révolutionnaire de la France. Drouet, c’est cet homme qui a observé attentivement cette diligence bizarre sur la route de Varennes en juin 1791. Il a reconnu le passager. C’était le roi Louis XVI fuyant Paris, le peuple et la révolution. Son sang n’a fait qu’un tour ! Il alerte un copain et les voilà qui chevauchent à travers bois pour atteindre Varennes avant le fuyard. A la sortie de la bourgade, au-delà d’un pont, attendaient des troupes qui devaient accompagner le roi dans sa fuite. Drouet y arrive pendant que le roi fait halte chez le premier adjoint au maire de Varennes, l’épicier monsieur Sauce (ça ne s’invente pas). Drouet s’active. Il mobilise les gens qui étaient à l’auberge du village pour construire une barricade. Elle barre bientôt le pont et coupe la route au roi. Ce Drouet-là est un vrai modèle dans ce qu’est une révolution populaire : on n’attend pas les consignes pour agir ! Le peuple qui accourut pour ramener le roi à Paris, les soldats qui refusèrent de passer en force sur le pont, tous ont pour point de départ la situation créée par Drouet. Sa vie ensuite restera à l’image de ce moment. Il sera présent dans nombre des épisodes décisifs de la grande révolution de 1789. Sur le seul tableau à l’Assemblée nationale montrant un épisode de cette Révolution française, on le voit, lui Drouet, un pistolet à la main, menaçant le président de séance un jour où les sans-culottes parisiens avaient envahi l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Les sans-culottes exigeaient l’arrestation des députés qui servaient la soupe à un gouvernement protecteur des riches, fermé aux demandes populaires, inerte devant l’envahisseur après avoir provoqué la guerre.

Naturellement, ce revolver et toute la violence de la scène ont été peints pour déprécier le mouvement populaire et stigmatiser sa « violence ». Et ce tableau n’est d’ailleurs exposé que pour cela encore aujourd’hui. Pourtant, pour ma part, chaque fois qu’un groupe de visiteurs passe par là et que je m’y trouve, je lui commente le tableau. Et je lui parle de ce Drouet comme d’un modèle de citoyen qui sait aller à l’action révolutionnaire sans tortiller, pour faire vivre la République. « Ce n’est pas légal » hurlaient les réactionnaires de l’époque. « Et alors ? » demande Robespierre. La chute de la Bastille non plus, réplique-t-il, la proclamation de la fin de la royauté pas davantage ! De nos jours nous pourrions argumenter à l’inverse : « l’esclavage c’était légal, le droit de vote réservé aux hommes c’était légal, la monarchie présidentielle c’est légal, les privilèges fiscaux c’est légal, la suppression de l’ISF c’est légal, l’usage du glyphosate c’est légal ». S’est-on jamais débarrassé de la cruauté d’un ordre légal autrement que par la lutte ? Et les puissants ont-ils jamais fait autre chose que de dénoncer la violence de ceux qui leur résistaient ?

J’en finis avec mon clin d’œil historique. Le Drouet de Varennes est resté un révolutionnaire républicain jusqu’à son dernier souffle, dans une vie pleine de rebondissements. La religion républicaine, la passion pour le programme que contient sa devise « liberté, égalité, fraternité », disent un message universel. La langue républicaine des Français fracasse les bastilles des puissants. Elle comble les gouffres du temps avec des ponts de mots brulants et d’espérances invaincues.

Monsieur Drouet, on vous retrouve avec plaisir. Puisse cette année être la vôtre, et celle du peuple redevenu souverain. Puisse-t-elle être celle de la fin de la monarchie présidentielle, et du début de la nouvelle république. Sur le seuil de ce début d’année prometteur, pour saluer tous les gilets jaunes et l’histoire dont ils sont les dignes héritiers, je vous dis « merci, monsieur Drouet »
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Drouet
en fait, il ne s'agit pas seulement de draguer Drouet, mais de ne pas être grillé en la matière par Ruffin, dont le journal Fakir de février-avril publiait un hommage à J-B Drouet, Un homme du peuple sous la Révolution, livre de Roger Vaillant (1947) que Ruffin avait offert à tous les présents à la première réunion du groupe de la France insoumise

- Chouard rêve d'un putsch constituant
@Etienne_Chouard a écrit:il y a 1 heure
Nous n'avons pas de constitution (digne de ce nom). Les #GiletsJaunesConstituants (et tous les #CitoyensConstituants) devraient réfléchir et s'entraîner à instituer eux-mêmes l'organisation de la police et le contrôle populaire de toutes les forces armées.
31 décembre
- avec ou sans...
200.000 personnes ont fêté sur les Champs-Elysées, dont 200 Gilets jaunes selon la Préfecture

- Ministre de l'Intérieur, vu de l'extérieur
@CaCastaner a écrit:22h30
Sur la plus belle avenue du monde, comme dans chacun de nos hameaux, ils veilleront sur nous dès la première seconde de 2019. Respectez-les comme vous respectez la France.
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Dvxl2PsWsAAECyz
#BonneAnnée2019
- j'aune leur ai pas obéi, mais en attendant d'y revenir, place à la fête sans trêve des confiseurs !
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 DvxMpPxW0AA0OKU
- a-t-il été écouté plus ou moins que l'an dernier (11,2 millions le 31 déc 17, 23 millions le 10 déc 18) ?
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1. les camarades (se) parlent en attendant... Macron !
suite du débat chez dndf, Adé me répondant, ainsi qu'à Salender Lisbeth. Ma réaction en version longue
Patlotch a écrit:alias ânonime

la citation sur la Grèce est de TC 2008, et « Ni la production, ni la circulation du capital ne furent à aucun moment réellement affectées, même le blocage des achats dans les magasins de la rue Ermou (ou dans des centres commerciaux de la périphérie), le dimanche précédant Noël, fut finalement un échec pour la simple raison que les chalands se pressaient pour leurs achats. »

concernant les Gilets jaunes, je crois que TC comme moi avons plutôt insisté sur le manque d'attaque de la "production". Et quant à la "circulation", "des pertes considérables pour le commerce", certes mais bien grossies, il se rattrapera... mais a-t-on vu des magasins vides ? a-t-on manqué de produits de première ou dernière nécessité ? J'ai établi une veille sur les commerces bloqués, et ça ressemble fort à ce qu'écrivait TC. Résultat : les GJ ont rendu effectif et visible ce qu'ils visaient, et le pouvoir l'a mis en exergue, violences comprises, c'est la 'phénoménologie' de la dynamique, l'implication réciproque dans la restructuration politique, en attendant la crise

sur la Grèce, à l'époque pas de drapeaux, mais on a vu depuis concernant la Macédoine
"Le retour de la question macédonienne dans la politique grecque" OCL 26 décembre
vrai aussi qu'en Grèce le mouvement anarchiste est considérablement plus nombreux, plus puissant et organisé qu'en France (moins folklorique aussi...)

à propos de "prémonitoire" : ce qui se passe se produit et reproduit dans une période du capitalisme qui a des caractères s'étalant sur ~ une à deux décennies à ce jour, ce que TC a nommé "une séquence particulière". On peut discuter de la définition qu'il en a mais pas du fait que la dynamique générale aboutit à une prévisibilité, dans les limites d'une conjoncture tant qu'elle ne changera pas. Rien de chamanique, et tous les théoriciens communistes ont travaillé comme ça depuis Marx, avec des pronostics confirmés ou non. Ici, je maintiens les miens

Adé@Lisbeth Salander :
”ce qui ne tue pas le Capital le rend plus fort !” La lutte des classes ?
@Lisbeth Salander : Ben oui… une restructuration du capital suppose une défaite du prolétariat, non ?

une restructuration du capital entérine les luttes contradictoires (au capital ou entre elles), mais ça ne fait pas qu'elle aient été produites par une "classe", prolétariat ou autre (Marx : « la classe ouvrière est révolutionnaire ou elle n'est rien » : elle n'est rien si elle n'est pas constituée en classe révolutionnaire)

alors "défaite du prolétariat", certes, mais que vaut et à quoi sert de la conceptualiser comme ça ? C'est toujours ce "syllogisme du prolétariat" critiqué par Charrier, lire dans le présent les deux pôles de l'implication réciproque capital-prolétariat, alors que celui-ci ne se manifeste pas en tant que classe, et si lutte de classe (au singulier, prolétarienne) il y a, c'est défensive, revendicative, voire rétrograde comme au sein des gilets jaunes

si la lutte de classe est motrice de l'histoire, c'est celle de la lutte des capitalistes constitués en classe de l'économie politique, toujours, et de plus en plus contre tous les autres, d'où aussi cette montée idéologique du populisme des "99% du peuple contre le 1% des plus riches"

en face, existe-t-il une ou des classes en tant qu'elle seraient constituées, conscientes d'être ce qu'elles sont dans les rapports sociaux, conscientes de l'être face au capital (Endnotes : "la conscience de classe, c'est la conscience du capital") ? Je réponds NON comme le mouvement des GJ, sans masse ni classe, nous dit NON

autre chose est que cette histoire soit aussi celle de la baisse tendancielle du taux de profits, donc de la concurrence entre capitalistes, comme entre autres aspects sur la question écologique entre capitalisme 'fossile' et capitalisme 'vert'

en tous cas, les capitalistes, dans cette lutte, ne sont pas poussés au cul par les prolos, et jamais au-delà de rester des prolos pour le capital, un peu moins mal payés. Bref pas d'écarts...

des écarts, vous pouvez en faire cette nuit, en attendant la fin, que je vous souhaite bonne à toussétoutes

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Mar 8 Jan - 20:32

sommaire complet du sujet depuis le 17 novembre

17. le GJ des tapages
ou

la conjuration des gogos

ce qui caractérise le GiletJaunisme, c'est le déni de la réalité de la crise de l'économie politique, et partant l'absence de sa critique comme celle du capital et de l'État, l'absence de cible de la classe capitaliste de l'économie politique. La "solution" qui sortira, d'où qu'elle vienne, fascisation du macronisme ou son éviction par un pouvoir social-nationaliste identitaire français ou européen, est contenue dans cet appel du vide à faire le plein dans les urnes, Macron et Le Pen même combat

1. impressions générales à l'Acte 8
2. remarques au fil des heures, leurres et douleurs : la violence comme moyen de la politique, à propos de "dynamique", les "femmes gilets jaunes", jaunisme pas opportunité...
3. l'Ordre nouveau qui vient à régner
La Conjuration des Égaux (1796) est une tentative de renversement du Directoire menée par Gracchus Babeuf avec ses camarades (les Égaux), dans un contexte d'exaspération sociale due à la vie chère.
La Conjuration des imbéciles est un roman de John Kennedy Toole, 1980


LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Le_Genie_des_Alpages__couleur__by_edhelas
F'Murr, Le Génie des alpages

« Tout semble jaune à celui qui a la jaunisse. »
proverbe chinois

3. l'Ordre nouveau qui vient à régner

- selon un sondage en ligne (78.000 votants) 60% soutiendraient l'adoption d'une loi "anticasseurs", 35% non, 3% ne se prononcent pas (ici). On pourrait la proposer au RIC "toutes matières", avec la peine de mort, non ? Qu'en pense le nouveau chef démocratique du PCF ?

- que demande le peuple ?
Les entreprises tricolores de plus en plus disposées à acheter du "Made in France"
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Made-in-france-france
L'approvisionnement auprès de fournisseurs proposant une production française plutôt qu'étrangère est désormais considéré dans l'attribution des contrats par une majorité de professionnels des achats et 53% des acheteurs interrogés tiennent compte du critère "Made in France" (ou achat local), révèle l'étude annuelle d'AgileBuyer et du Conseil national des achats publiée ce mardi. « Non seulement ce pourcentage passe pour la première fois au-dessus de la barre des 50% depuis qu'il est mesuré, mais il progresse également de manière constante : uniquement 31% en 2017 et 43% en 2018 », précise Olivier Wajnsztok, directeur associé de AgileBuyer. Pour expliquer cette évolution, l'étude invoque "un certain changement de mentalité" chez les acheteurs. « Totalement incongrue il y a peine quelques années, l'idée d'avoir des critères d'attribution du business en rapport avec le "Made in France" a fait son chemin », souligne l'enquête, ajoutant qu'il ne faut pas y voir "un patriotisme exacerbé".
ah bon ! Nous voilà rassurés...

- PCF, l'humain d'abord : Fabien Roussel en faveur d'un référendum ouvert à "tous les sujets", y compris la peine de mort BFM 12h11
"Il n'y a rien de mieux que d'interroger le peuple sur des sujets importants, estime-t-il. Il devrait même être possible que nos concitoyens puissent demander un référendum sur un sujet". Même sur le mariage pour tous ? "Mais pourquoi pas! Sur tous les sujets, n’ayons pas peur de débattre." Et sur la peine de mort? "Mais bien sûr ! Si les Français le veulent. Il ne faut pas avoir peur du débat", avance-t-il. "Je suis un démocrate. Je suis pour que l’on consulte les Français à chaque fois que c’est nécessaire et quand ils le demandent. Innovons."

(à lire un texte qui sort de mon analyse mais... Gilets Jaunes, violence et anomie, Antonin Grégoire Chroniques du déni 12 décembre 2018)

- prévention, répression punition : le pouvoir encadre le droit et la forme des manifestations pour éteindre l'incendie revendicatif et les risques de débordements politiques durant les longs mois d'un débat pendant lequel rien n'est censé être lâché. En même temps travailler l'opinion publique pour qu'elle bascule en faveur de l'ordre. Castaner :
une nouvelle loi d’orientation et de programmation pour la sécurité, qui « ne se limitera pas à la police et la gendarmerie nationale, mais intégrera notre vision globale du continuum de sécurité ». « A l’ultra-violence nous opposerons l’ultra-fermeté », a lancé le ministre lors de ses vœux aux forces de l’ordre à Paris.

Estimant que « la mobilisation et la contestation ont changé de visage », que les « modes d’expression se radicalisent » et se « caractérisent maintenant par une violence exacerbée, organisée, souhaitée », le ministre estime qu’il faut désormais « repenser notre doctrine de maintien de l’ordre, la moderniser, la renforcer » pour « plus de souplesse, de flexibilité ».
la flexi-sécurité, en somme, avec les bidules  scratch

- Edouard Philippe fera des annonces «d'ordre public» au 20H de TF1
comme annoncé par la violence devenue moyen de la politique, la restructuration politique menée tambour battant par l'équipe Macron se poursuit, maniant carotte du "Grand débat national" et bâton de "l'ordre républicain". Le "mouvement" masquant son bric-à-brac anti-Macron sous la fausse unité du gilet jaune se trouve embarqué bon gré mal gré dans la participation active à cette restructuration politique

- qui se ressemble...
Le gouvernement italien affirme son soutien aux «gilets jaunes» Le Figaro.fr avec AFP
Le gouvernement populiste italien a spectaculairement affirmé ce lundi son soutien aux «gilets jaunes» en France, un de ses principaux ministres les invitant à ne «pas faiblir» dans leur combat qu'il veut aussi aider. «Gilets jaunes, ne faiblissez pas !», écrit le vice-Premier ministre Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antistème), sur le blog du parti. «Je soutiens les citoyens honnêtes qui protestent contre un président gouvernant contre son peuple», a affirmé l'autre vice-Premier ministre, Matteo Salvini, patron de la Ligue (extrême droite), ajoutant toutefois condamner avec une «totale fermeté» la violence des dernières manifestations.
- signalé : une interprétation "Nouvelle-Droite" de ce qui se passe
Thibault Isabel “2019 : La grande recomposition des clivages ?” l'Inactuelle, 2 janvier
Thibault Isabel est historien des civilisations et rédacteur en chef de Krisis (Alain de Benoist...). Ce milieu théorique est sans doute un de ceux qui comprend le mieux ce qui se passe, et, dévoilant ce qu'il en attend, nous incite à tempérer certains enthousiasmes du milieu radical post-ultragauche qui n'épargnent pas d'infatués théoriciens amateurs de la communisation, en fait idéologues de la communisation. Avec Thibault Isabel, nous nous "suivons" réciproquement sur tweeter. Ici, il me faut insister sur la différence entre recomposition et restructuration politique, celle-ci comme son nom l'indique étant plus profonde qu'une réorganisation du paysage politique au niveau des partis. Isabel pressent l'implication réciproque entre mouvement des GJ et pouvoir politique, mais ne disposant pas des outils conceptuels hérités du marxisme, l'État et le capital (ses maîtres à penser sont Nieztsche et Proudhon), son point de vue est ici en retrait par rapport à celui d'Alain de Benoist

2. remarques au fil des heures, leurres et douleurs
7 janvier
- habillages et babillages
après l'Acte 8 se poursuit la structuration politique de tendances du "mouvement", et s'étend le jaunisme par opportunité de secteurs pensant trouver sous le gilet une nouvelle visibilité. Quant aux infos émanant des blogs radicaux, l'expérience nous a appris à distancier leur importance : qui ? combien ? quel rôle de militants ? Quelle luttes réelles ? Quand ça commence par une "assemblée" on sait déjà ce qu'en est l'auto-organisation
- Assemblée populaire Gilets jaunes 18e Paris-Luttes.Info
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 47207829_697792983935808_5560023172570415104_o-52777-68d06
Il est important pour nous, habitants et travailleurs du 18e arrondissement, de nous réunir, de nous inscrire dans le mouvement national des gilets jaunes et de porter nos revendications. Retrouvons-nous le mardi 8 janvier à 19h à la sortie du métro Château Rouge pour s’organiser, pour discuter et pour se rencontrer autour problèmes communs.
- alors qu'à Marseille samedi chez Tapie, Christophe Chalençon, Ingrid Levavasseur et Hayk Shahinyan créaient "Gilets jaunes, le mouvement", Jacline Mouraud annonce la création de son parti politique baptisé Les Émergents
Cette formation, dont les statuts sont en train d'être rédigés grâce à "l'aide de personnes compétentes" – "avocats, anciens parlementaires..." –, devrait notamment demander "une grande réforme de la fiscalité" et "remettre le social sur la table".
Prendra-t-elle la tête de ce nouveau mouvement politique ? "Je ne revendique aucun titre, j'essaie de créer le parti, c'est pas mal. Ensuite, comme dans n'importe quel parti, il y aura des votes. Que ça soit moi ou pas, je m'en fous, ce n'est pas ça qui est important. C'est de le faire exister, c'est de rassembler les personnes contre la violence et pour le respect de nos institutions", explique Jacline Mouraud, qui "ne sait pas encore quand les statuts seront déposés".
- du "Génie français"
il existe pour sûr, d'abord dans la connerie de se croire meilleurs que les autres, et la lumière du monde depuis justement la Révolution française. Cette tare se répand depuis deux siècles dans tous les isthmes français, la France ayant aussi les gauchistes, les anarchistes et les communistes les plus ridicules du monde. Je me souviens de la fierté de Georges Marchais quand il eût "inventé" avec « son ami Berlinguer », l'Eurocommunisme, on allait voir ce qu'on verrait. On a vu quelques temps après « le bilan globalement positif. » Le Génie du mouvement Gilets jaunes est indubitable, on le verra de même à son résultat. L'histoire serait ingrate de ne pas rendre à ses arts ce qui lui appartint. Les historiens qui auront été 'pour' viendront nous expliquer la bifurcation, le RIC du métier d'historien du présent, ou la rencontre aléatoire du gilet avec le mauvais œil. Pour le reste, les ennemis de mes ennemis ne sont pas forcément mes amis

6 janvier
- « Il faut une révolution citoyenne » : de qui est-ce ?
fastoche, de Méluche, bien sûr, mais aujourd'hui, de Philippot aussi : CNews 06/01/2019 à 16:37
- Mélenchon en rajoute une couche sur son blog L'Ère du peuple, le 4 janvier : Drouet et le nouvel âge citoyen des révolutions
le même jour le dessinateur Alex publiait ce dessin, qui lui valut menace de mort
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mais quel "mépris de classe", ce dessinateur élitiste oligarchique et antipopulaire ! En passant, c'est à peu près la seule acception du terme de classe dans le vocabulaire giletjaunique chez les réseaux sous cieux à hauts débiles, et s'il en est pour avoir des scrupules à critiquer les pauvres de corps et d'esprit parce qu'ils se battent contre les injustices, qu'ils aillent se refaire faire par leur maman marxienne. Pendant plus d'un siècle, nos ancêtres qui n'avaient que le Certificat d'études primaires mettaient un point d'honneur à écrire le français sans fautes. Mais aujourd'hui, ça prend de la valeur... aux yeux de qui ? Aux yeux de qui ?

- fin de la créativité giletjaunesque ?
alors qu'il fut lancé hors du syndicalisme et parfois contre lui, le mouvement se trouve des tendances au rapprochement avec les organisations syndicales : Appel aux syndicats adopté par l’assemblée régionale de gilets jaunes de Lille du 4 janvier, à Martigues "Gilets jaunes" : tract commun avec la CGT
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 49171338_2065657807058589_3602046787478618112_n.jpg?_nc_cat=106&_nc_ht=scontent-cdt1-1 des revendications communes et timides
encore un signe indubitable d'épuisement de l'inventivité auto-organisée. Plus rien désormais n'est improvisé, tout rentre dans le rang, normal pour un mouvement qui trouvait que c'était mieux avant. Heureusement que Macron est là pour les pousser au cul !

- Acte 8 et demi : femmes gilets jaunes, aux armes, etc.
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 000_1c02fy-4025451 vous ne leur trouvez pas un côté fellinien ?
je ne vais pas me plaindre que des femmes en gilets jaunes en soient venues à considérer nécessaire leur expression en tant que telles, en quelque sorte "non mixte". À bien y regarder toutefois, le groupe facebook d'où est partie l'idée des manifestations qui font aujourd'hui la une, Femmes "gilets jaunes", a été créé il y a trois semaines. Une de ses fondatrices, Karen, infirmière de 42 ans venue de Marseille, affirme : « Cette manifestation n'est pas féministe mais destinée à donner une image inédite au mouvement ». Définition du groupe :
Nous aussi les femmes nous sommes le peuple nous devons défendre nos droits nos valeurs et l'avenir de nos enfants ce groupe n'est dédié que aux femmes ! Nous pouvons nous faire entendre.
groupe au demeurant intéressant par les engueulades qu'on a pu y lire, et l'on voit que sa définition n'est pas particulièrement "critique du genre". Cela correspond aussi au moment où le mouvement, au sommet de sa popularité, a pu être investi de toutes parts avec des revendications spécifiques ; à quand des gilets jaunes racisés, des gilets jaunes homosexuels ou LGBT ? Ce n'est pas que je tienne tant à l'unité du peuple que recouvre ce déguisement, mais que, par opportunisme (puisque ça marche soyons-en), on y refourgue tout et son contraire ne lui donnera pas davantage un contenu de rupture, et l'on voit au demeurant que ce qui ressort est bien souvent le plus réac'

- à propos de la "dynamique" dans le mouvement dialectique des contradictions, une mise au point métathéorique

- la vérité sort de la bouche de...
Marlène Schiappa a écrit:Le constat qui est fait par les Gilets jaunes, c'est le même qu'on faisait au début de la création d'En marche  !, quand on disait qu'on était dans une société de rentes de situations, une société où il y a des assignations à résidence, une société où il faut plus d'émancipation. On portait aussi un message de renouvellement, à la fois des institutions et du personnel politique. Les Gilets jaunes sont un peu parfois les jusqu'au-boutistes d'En marche !...
Le Point.fr 09:17
la virulence "haineuse" de nombreux gilets jaunes tient au fait qu'ils ont élu Macron...

- bonne année pour le grand patronat français ?
Clôture Paris : le CAC 40 s'envole de 2,7% ! Bon d'accord ça durera ce que durent les roses...
comment, marxiste ou anarchiste, peut-on soutenir un mouvement qui ne remet en cause ni le Capital ni l'État ? Cela reste pour moi l'énigme de ces avants-gardistes les plus 'surréalistes' du monde :
- mets ta théorie : écoute réveillée d'une critique bienveillante

- "soyons subversifs !"
@Etienne_Chouard a écrit:François Asselineau, le meilleur signe qu'il est extraordinairement subversif, c'est qu'il ne passe absolument pas à la télé et dans les journaux. Ils sont tellement incapables de lui résister. [...] C'est incroyable quand même qu'il n'y ait pas de tribune donnée à François Asselineau, il connaît les dossiers comme sa poche et on ne lui donne rien ! Pas une minute de temps de parole !

5 janvier, 22h30
- la violence venue comme moyen de la politique
Griveaux évacué d'urgence de son ministère !. Le ministre porte-parole a reçu la monnaie de sa pièce pour ses propos d'hier : « le mouvement dit des «gilets jaunes», pour ceux qui restent encore mobilisés, est devenu le fait d'agitateurs qui veulent l'insurrection et au fond renverser le gouvernement », et, rendant compte du Conseil des Ministres « Nous devons aller plus loin dans le changement, être plus radicaux dans nos méthodes. »
encore une remarquable réciprocité entre le mouvement et le pouvoir, qui nous indique que dans la restructuration politique engagée, la violence sera intégrée comme moyen de la politique plus qu'auparavant, puisque depuis la Guerre d'Algérie, ce n'était plus nécessaire. Le mouvement des GJ aura réveillé en France cette vieille nécessité historique toujours en vigueur à un degré incomparable dans d'autres pays
@EmmanuelMacron a écrit:8:52 PM - Jan 5, 2019
Une fois encore, une extrême violence est venue attaquer la République - ses gardiens, ses représentants, ses symboles. Ceux qui commettent ces actes oublient le cœur de notre pacte civique. Justice sera faite. Chacun doit se ressaisir pour faire advenir le débat et le dialogue.
Il va pouvoir créer le MOI : Ministère de l'Ordre Intérieur

de 17h00, mis à jour
1. impressions générales à l'Acte 8

l'Acte 8 se devait d'être « massif » pour démentir l'essoufflement du mouvement, et l'on relevait l'« importance particulière de la manifestation parisienne » (Paris-Luttes.Info). Au vu des chiffres annoncés à Paris (quelques milliers) et dans les moyennes et grandes villes, le "test" semble réussi, avec un peu plus de monde qu'aux derniers 'Actes' de 2018. Mais tout reste très relatif, car même en prenant les estimations les plus gonflées (~300.000), moins de 1% de la population est dans la rue (selon Castaner à 19h40 : 50.000 = 1 pour 1000)

côté contenu, on demeure sur une ligne politique se disant "a-politique" alors qu'elle est plutôt transpolitique, accueillant les soutiens plus ou moins appuyés de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, et symbolisée par le slogan "Macron démission". Le RIC demeure la revendication des revendications, puisqu'il est supposé faire gagner toutes les autres. Comme dit la "tête pensante" Éric Drouet le 2 janvier, cité par Marianne
Avec le RIC on pourra mettre n'importe quel président, droite, gauche, extrême droite. Il pourra nous rendre des comptes.
il pourra... les routiers sont sympas, lui aussi, en plus d'être un gros malin, à qui convient le régime présidentiel. On comprend mieux qu'il fascine Mélenchon

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Kak-le_mystere_drouet_web

côté formes des manifestations, répression oblige, beaucoup ont finalement été déposées en préfectures, dont les cortèges parisiens qui ressembleraient de plus en plus à des défilés syndicaux, s'ils ne devaient pas s'éparpiller face aux barrages policiers. Le déploiement gendarmesque est bien moindre qu'aux épisodes précédents, et pour l'heure les violences contenues

mon impression est qu'il pourrait y avoir une extension de la composition sociologique des manifestants, allant de pair avec la perte de la base stratégique des ronds-points, et l'entrée dans la danse d'à peu près tout ce que la France comporte de partis, de groupes politiques et de personnalités opposés à ce gouvernement, y allant de leurs rackets et alimentant des tensions appelées à se réveiller : c'est ainsi que Bernard Tapie peut retrouver une dernière jeunesse provençale en soutenant 'GiletsJaunes, Le Mouvement', en même temps que Paris-Luttes.Info, pas regardant, oublier les Cortèges de tête des dernières années parisiennes. Comme déjà noté, il n'est plus question d'auto-organisation ni de la moindre spontanéité, tout est parfaitement préparé et encadré. Hier 'La France en colère !' était en quête d'« un service d'ordre, individus ou société ». Variante féminine :

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au total le maintien d'une unité de façade traduisant la permanence d'un "mouvement des gilets jaunes" repose sur cette unité creuse que continue d'habiller un gilet que n'importe qui peut endosser sans avoir à justifier de ses idées politiques, mais de préférence en les mettant de côté. Rappelons-nous Robin, dndf 19 décembre
- un mouvement où l’idéologie n’est pas une matrice sur laquelle est évalué chacun
- un mouvement ou il n’y a pas de référence commune idéologique à accepter pour être accepté.

on peut même, pendant la farce en attendant la tragédie, choisir la couleur de son béret

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Photo Denis Allard pour Libération

Julien Monin a écrit:Et un para des troupes de marine de plus, comme on dit chez nous : « Au nom de dieu, vive la coloniale » et « par saint Michel, vive les paras » manque plus que nos camarades de la L.E [Légion étrangère, bérets verts] pour chanter « Camerone »
sujet La France en colère !

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Message par Patlotch le Ven 11 Jan - 10:12

pour casser le rythme et la présentation, et sans perdre ma ligne générale, je vais revenir de façon plus synthétique sur certaines problématiques majeures du conflit, relevées dans les débats ou au contraire passées sous silence quand ça n'allait pas dans le sens souhaité

18. dynamique du social-nationalisme, synthèse
1. « une accélération de la fusion en cours entre mouvement social et mouvement national »
1.1. le social-nationalisme : une problématique majeure du conflit passée sous silence ?
1.2. si un mouvement ne naît pas fasciste ou raciste, il peut le devenir
1.3. le mouvement des Gilets Jaunes et sa compréhension de la mondialisation capitaliste. Complété
interlude : "Jaune n°1, "un journal révolutionnaire au sein des Gilets Jaunes"
2.  remarques pour la route en attendant l'Acte 9, le grand débat...

2. Remarques pour la route en attendant l'Acte 9, le grand débat...
quelques infos et commentaires hors de cette 'synthèse'

10 janvier
- boycotter le "grand débat"
Grand débat : la CGT n'ira pas à Matignon demain (Martinez) Le Figaro
M. Martinez s'est dit ouvert à "des débats citoyens" dans les départements et les localités pour mettre "noir sur blanc des revendications (...) en matière de services publics, de mobilité, de salaires". Mais il n'appelle pas à rejoindre le mouvement des "gilets jaunes", alors que fin décembre, il avait donné des signaux de rapprochement. "Ce mouvement n'a pas de coordination nationale. Quel interlocuteur on a au niveau national pour discuter ? Aucun, d'ailleurs ils n'en veulent pas", a-t-il dit. La CGT "ne peut pas se rallier à des individus qui réclament la suppression des cotisations sociales (qui) sont notre sécurité sociale", a ajouté M. Martinez, qui considère toutefois ce mouvement comme étant "social" par d'autres revendications, comme celles portant sur la justice fiscale et l'augmentation des salaires.
l'un dans l'autre, et même s'il craint pour sa boutique, ce vieux renard aura mieux tenu la route que pas mal de gauchistes...

- en attendant le film de Ruffin, relâche

en attendant, sa fille se frotte les mains avec son OPA "immigration" sur l'électorat de Mélenchon

9 janvier
- toute ma vie communiste, et voir ça : "la répartition des richesses" !? Tout est à eux, comme dit l'autre, même ce slogan. Et l'on dit que ça se "radicalise"... Mon cul !
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 DwfhkXrX0AAETVw

- Solidaires appelle à l'Acte 9 et aux suivants
Solidaires a appelé aujourd'hui à manifester sur l'ensemble du territoire ce samedi 12 janvier lors de l'acte 9 des "gilets jaunes", de même que les samedis suivants, pour réclamer une justice sociale, fiscale et une égalité des droits. source
- Eric Drouet et les Gilets jaunes vont-ils utiliser la plateforme du Mouvement 5 étoiles italien ? JDD 17h07
Des Gilets jaunes, dont Eric Drouet, se sont dits prêts mercredi à rencontrer Luigi Di Maio, le vice-Premier ministre italien populiste qui a proposé aux manifestants français d'utiliser les outils de son parti pour mieux s'organiser.
"Gilets jaunes, ne faiblissez pas", avait lancé lundi midi Luigi Di Maio sur son blog, avant de proposer de mettre à leur disposition la plateforme "Rousseau", pour "organiser des événements sur le territoire" ou encore "choisir des candidats" et "définir le programme électoral" via son système de vote. Elle permet aussi d'organiser des levées de fonds dédiés aux campagnes électorales.
- le pouvoir marque des points sur la violence, le soutien s'effrite
Sondage BFMTV : 60% des Français approuvent encore les gilets jaunes, mais le soutien est en baisse de 10 points en 3 semaines
60% des Français interrogés approuvent encore les gilets jaunes, un terme qui recouvre le "soutien" et la "sympathie", et qui essuie une baisse de 10 points par rapport au mois de décembre. Dans le détail, le "soutien" est en forte baisse (31%, -10), et la "sympathie" est stable (29%). A l'inverse, ils sont 31% (+9 points) à désapprouver la mobilisation, dont 15% (+4 points) à s’y opposer et 16% (+5 points) à y être hostiles.
Dans ce climat de tensions, des violences policières sur des manifestants ont également éclaté. L’IGPN a notamment été saisie pour enquêter sur un commandant de police accusé d’avoir frappé deux hommes lors de la dernière manifestation à Toulon. 78% des Français interrogés condamnent ces débordements (en baisse de 4 points par rapport à la mobilisation du 1er décembre) et 49% des sondés pensent même que ce mouvement doit prendre fin. Le sondage souligne que 52% des personnes se définissant comme gilets jaunes condamnent ces violences, 47% ne les condamnent pas.
moins la mobilisation est nombreuse, et plus les violences sont présentes (ou médiatisées), plus l'importance de l'opinion publique, passive, est importante, car c'est elle qui traduit le retournement espéré par le pouvoir. Le fait est là comme signalé hier : son appel à l'ordre fonctionne

1. « une accélération de la fusion en cours entre mouvement social et mouvement national »
1.1. le social-nationalisme : une problématique majeure du conflit passée sous silence ?
1.2. si un mouvement ne naît pas fasciste ou raciste, il peut le devenir
1.3. le mouvement des Gilets Jaunes et sa compréhension de la mondialisation capitaliste. Complété

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Petit Rudy Kytto‎, pour l'Acte 9

1.3. le mouvement des Gilets Jaunes et sa compréhension de la mondialisation capitaliste
troisième volet : le lien entre la compréhension interne par le mouvement des GJ de la mondialisation capitaliste, et l'explication de son surgissement en France dans l'économie politique du capital
RS/TC a écrit:dndf 14/12/2018 à 12:35 #8
Des mouvements comme celui des Gilets jaunes (et bien d’autres actuellement) portent sur la spécificité de la crise : la rupture de la relation entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail (ce qui n’est qu’une façon de désigner la mondialisation). Ce qui ne veut pas dire ces mouvements présentent une “solution”. L’important, la force et la limite, c’est que la spécificité de la crise est “seulement” désignée au niveau même et dans les termes mêmes où elle se présente et apparaît : comme distribution et redistribution (ce qui n’est pas sans relation avec la composition sociologique du mouvement). Ni Macron, ni les Gilets jaunes, ni même leur conflit, ne représentent alors une restructuration à venir. Pour l’instant, ce conflit est concrètement, “pragmatiquement”, l’existence manifeste et en actes de la contradiction à résoudre, c’est déjà très important, mais c’est tout.
même remarque que dans tout ce sujet, distinguer la restructuration du capital, économique et politique, mondiale et globale, dont par le Théorie Communiste, et la restructuration politique du macronisme en France en attendant la crise...

on comprend aisément qu'un mouvement qui ne s'en prend pas au capital, mais à la finance internationale, ni à l'État mais à ce gouvernement soit prisonnier de sa nature social-nationaliste à l'échelle française ou européenne, d'où le blocage de la circulation des marchandises aux frontières notamment. Il n'y a pas (encore) de véritable xénophobie ni de racisme dominant, et c'est pourquoi l'Antillaise Priscillia Ludosky a pu être tranquillement leadere depuis le début, tout en affichant sa présence au blocage frontalier du Boulou. L'idéologie sous-jacente rejoint particulièrement le populisme de droite, dans ses différences avec le populisme de gauche de LFI, ce que rappelle Marine Le Pen aujourd'hui : "Gilets jaunes" : Marine Le Pen reconnaît "certaines convergences" entre le Rassemblement national et la France insoumise
MLP a écrit:M. Mélenchon est assez intelligent pour s'être posé la question de l'immigration. La tentation de rompre avec cette idéologie immigrationniste ultraradicale lui a traversé l'esprit, mais il est coincé. Des gauchistes, des communautaristes et des indigénistes constituent l'ossature de son mouvement, plus que de son électorat. En mettant à la porte la partie de la France insoumise qui représente le souverainisme et qui était critique à l'égard de la submersion migratoire, il (M. Mélenchon) s'est livré, pieds et poings, aux indigénistes (...) qui sont représentants d'une extrême gauche communautariste et immigrationniste.
le déni par les gilets jaunes de ces réalités n'a d'équivalent que leur fantasme d'apolitisme, comme sont vouées à l'échec les tentatives de la gauche, radicale ou pas, de trier le bon grain de l'ivraie. Faute de comprendre la nature du mouvement, sa dynamique, son unité idéologique derrière sa diversité et ses contradictions, c'est eux qui se laissent entraîner dans l'aveuglement volontaire typique de militants subjectivistes et objectivistes, portés à (se) mentir sur leur influence réelle, qui décline en même temps que leur crédibilité (NPA, AL, groupuscules, blogs activistes...)

(à suivre)

1.2. si un mouvement ne naît pas fasciste ou raciste, il peut le devenir
je m'intéresse dans ce deuxième volet à l'autre hypothèse avancée par RS/TC le 14 décembre : « Ce qui se produit en France ne produira peut-être [...] une victoire électorale du Rassemblement National », ou quelque chose qui y ressemblerait. C'est celle qu'avaient retenu d'emblée les anarchistes et marxistes qui avaient condamné en bloc le mouvement des Gilets jaunes comme « nauséabond » ou s'étaient abstenus d'y participer pour cette raison. D'autres y sont allés pour voir, comme André Dréan, dont j'ai signalé le texte Témoignage à propos du « blocage » de Rungis : Les huîtres rient jaune... 25 décembre :
André Dréan a écrit:Je me suis retrouvé face à des bandes de vulgaires bourrins nationalistes, des deux sexes, dont l’un d’entre eux était antillais et fort accepté puisqu’il « était français lui aussi » : « On n’est pas raciste », m’affirma ainsi fièrement la cheftaine du groupe, qui ressemblait à Madame Bidochon en plus jeune. Ils étaient là, à leurs dires, « pour sauver les paysans et les commerçants français » de la « concurrence déloyale » « organisée par l’Europe des banques représentée par Macron »
ou celui d'Antonin Grégoire pour Chroniques du déni, du 12 décembre Gilets Jaunes, violence et anomie
Les Gilets Jaunes sont l’anti-barrage au fascisme. Le slogan « Macron démission » permet d’unir ceux qui n’ont aucun horizon politique et ceux qui ont pour horizon de rejouer le second tour ou d’abolir la république. C’est en cela que ce mouvement est un mouvement fasciste, car c’est un mouvement qui peut convaincre des gens de se tourner vers le fascisme.
Le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie deviennent des imperfections et des impuretés qui, une fois esthétisées, rendent la chose encore plus belle, encore plus authentique. Et celui qui esthétise ces “impuretés” se sent encore plus courageux d’affronter le réel pas noir ou blanc mais gris. Décrire le racisme des jaunes comme le noir sur la joue du prolétaire qui sort de la mine c’est se sentir Zola.
j'avais moi-même souligné dans le fil METS TA THÉORIE le 6 janvier
Patlotch a écrit:le racisme, le fascisme, etc. ne sont pas des épiphénomènes venus se greffer sur un mouvement splendidement vierge dans la sainteté de ses fautes d'orthographe, comme le laisse croire la transcription en langage Paris-Luttes.Info du giletjaunisme antifas

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Tract_antiracisme_gj-fbdb7-cf4f2

et surtout rappelé en 2. la "dynamique" dans le mouvement dialectique des contradictions les conditions d'une analyse théorique :
ce qui se vulgarise finit par perdre sa substance théorique : ce qui est considéré comme "dynamique" et "limites" dans la théorisation marxiste renvoie toujours à la dialectique marxienne comme étude des contradictions en mouvement et celles de leurs dépassements (de leurs limites) comme changements de quantité et qualité. Ce sens se perd quand il ne considère plus les choses comme rapports contradictoires en mouvement mais succession d'états marqués par des tournants qui affecteraient la structure de ces contradictions
après quoi je concluais :
on ne peut pas comprendre les "reculs" du pouvoir sans y voir l'implication réciproque qui le pousse et l'autorise à accélérer sa restructuration politique, et qu'elle comporte inévitablement, par l'intégration de la violence comme moyen de la politique, une dimension néo-fascisante avec ou sans une issue d'extrême-droite au gouvernement. Cela fait 30 ans que les pouvoirs successifs intègrent, à la suite de Mitterrand, les solutions à la Le Pen dans leurs programmes ; un pas nouveau est franchi, un ordre nouveau va arriver
le texte Gilets Jaunes, violence et anomie sent plutôt bien cette dynamique générale mais va vite en besogne en affirmant « ce mouvement est un mouvement fasciste ». Toutes les références populaires ou populistes à la France ne sont pas "fascistes" par essence, ni "racistes" comme l'indique Dréan avec son « Antillais bien accepté »... parce que « français.». C'est pourquoi je préfère parler de nationalisme ou d'un néologisme plus précis d'État-nationisme avec son caractère identitaire qui n'est plus de couleur de peau mais d'appartenance à la communauté nationale, voire au niveau européen à l'identité européenne, que l'on retrouve dans le différence entre Philippot et ses Patriotes et Le Pen avec sa nouvelle stratégie européenne, dont la théorie pourrait être celle de La Nouvelle Droite (Alain de Benoist, Thibault Isabel, l'ex-communisateur Max Lamenasse du blog In Limine, Pour un socialisme révolutionnaire-conservateur européen, Francis Cousin, Rébellion SRE Socialisme révolutionnaire européen... bref tous ceux que j'avais épinglés depuis 2015 dans le long sujet de l'Idéologie française sans nécessairement les analyser comme "Rouges-Bruns", label bien dépassé par la profondeur du problème depuis les mariages idéologiques bolcho-fascistes des années 80-90)

la question a pu se poser aussi autour de la présence de l'ultra-droite notamment sur les Champs Élysées (discussion dndf), mais ce milieu, présenté comme le symétriques des Black Blocs dits d'ultragauche dans la terminologie policière, ne compte que quelques 300 individus en France et ce n'est pas lui qui détermine une dynamique du mouvement dans ce qui serait sa composante fasciste-raciste. Cette idéologie n'est fondamentalement pas le produit d'une propagande, elle émane directement du "vécu quotidien" des rapports sociaux particulièrement de travail

l'essentiel et le plus profond est donc selon moi l'empire du nationalisme ou de l'État-nationisme sur l'ensemble du mouvement, y compris dans ses composantes populistes de gauche (Mélenchon LFI, Ruffin-Chouard-RIC à vocation de sortie de l'Europe...), voire démocrates de gauche (PCF...). En tous les cas et plusieurs l'ont relevé, ce qui est tranchant, c'est le rapport aux frontières, et par celui-ci, aux migrants... le tout repris par Macron dans son grand débat avec les questions de la laïcité, des "Musulmans de France", et de la politique migratoire (Marrakech...)

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Maxresdefault
Des gilets jaunes livrent des migrants aux gendarmes dans la Somme
21 novembre 2018


@GJaunes a écrit:9 janvier, 17:45
grand débat national : interdit de parler
- Ni question immigration
- Ni question Islam
- Ni question sécurité & terrorisme
- Ni question peine de mort
- Ni question upgrade institutions 5ème république.
Quel intérêt #GrandDebatNational sans sujets vitaux pour les français ?

1.1. le social-nationalisme : une problématique majeure du conflit passée sous silence ?

RS/TC a écrit:dndf 14/12/2018 à 12:35 #8
Dans une situation, aussi confuse soit-elle, il peut arriver beaucoup de choses, et même des choses imprévisibles, mais jamais «n’importe quoi», ou alors on se met à croire aux miracles. En l’occurrence, ce qui se produit en France ne produira peut-être rien, peut-être un «tournant social» du quinquennat, peut-être une victoire électorale du Rassemblement National, peut-être la conscience après des décennies de défaites que la lutte peut payer, peut-être un clivage encore plus fort à l’intérieur des «classes populaires», peut-être et surtout une accélération de la fusion en cours entre mouvement social et mouvement national, etc., mais surement pas dans l’état actuel des choses, un mouvement tendant à fusionner les contradictions en une «unité de rupture», c’est-à-dire tendant à abolir les rapports sociaux capitalistes. Dire que «cela n’était pas écrit», c’est croire aux miracles. On ne peut pas à la faveur d’une sorte de «matérialisme aléatoire» venu de nulle part, se noyer dans un supposé infini des possibles.
cette hypothèse à haute probabilité semble s'être confirmée depuis quatre semaines. Si l'on a pu constater, dans le registre de "la lutte contre la vie chère", une intégration aux listes à la Prévert de revendications, celles plus typiquement salariales telle l'augmentation du SMIC, c'est sans qu'elles s'expriment depuis les entreprises en tant que revendications portées par les syndicats ; dans de rares cas, elles ont faire l'objet de textes communs entre gilets jaunes et syndicalistes. Avec la CGT à Martigues, et passons sur la caractère d'utopie démocrate radicale du contenu :

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 49171338_2065657807058589_3602046787478618112_n.jpg?_nc_cat=106&_nc_ht=scontent-cdt1-1

d'autre part il est très rare que ces revendications ne s'accompagnent pas de la référence à la France, à son peuple en tant qu'il est populaire et national, "ceux d'en-bas" mais ceux d'en-bas "de chez nous". Ceux ou celles : quand des femmes particularisent leurs gilets pour manifester le dimanche 6 janvier, ce sont certes pour beaucoup des précaires, petits salaires, 'mères célibataires', retraitées... portées à la solidarité inter-féminine, mais toujours en rappelant cette dimension :
Femmes Gilets Jaunes a écrit:Nous aussi les femmes nous sommes le peuple nous devons défendre nos droits nos valeurs et l'avenir de nos enfants, ce groupe n'est dédié que aux femmes ! [et donc en tant que mères...] Nous pouvons nous faire entendre.
ce groupe est fort peu nombreux (6 700 membres), comme au demeurant les manifestations de ce dimanche, quelques centaines, 500 à Paris, à rapporter à des groupes de plusieurs centaines de milliers ou au mouvement en général où les femmes sont de l'ordre de la moitié. Notons au passage que la greffe féministe militante n'a pas prise et d'autant moins qu'elle porte une exigence anti-genre

le 'communisateur' Alain Corne a partagé le 7 janvier sur facebook la vidéo NTV68 des délégués GJ de Santheim présentant leurs revendications lors de la visite de Muriel Pénicaud, ministre du Travail, à l'entreprise automobile Dangel
Des Gilets Jaunes sont venus accueillir M. Penicaud à Sentheim (Haut-Rhin) et ont dit ce qu'ils voulaient : des emplois et des salaires corrects, une augmentation du Smic, le paiement des heures sups aux anciens tarifs, ne pas devoir perdre sa vie à la gagner, de ne pas travailler toute sa vie pour finir dans l'endettement ou la misère, de tout juste avoir de quoi finir les fins de mois, le respect des invalides et handicapés comme des personnes âgées dans des EHPAD moins coûteux, la fin des privilèges pour ceux du dessus, le contrôle des hommes politiques, la démission de Macron.
j'ai relevé avec minutie ce passage (à 2:00), contrairement à sa citation tronquée :
Il y a des gens aujourd'hui qui travaillent et qui pour subsister doivent dealer du shit... C'est quoi ce pays !?... Les gens ils travaillent et pour finir leur mois ils doivent dealer du shit... Incroyable, hein [gestes et ton, doigt levé... sont importants] : en France ! En France !
autrement dit, c'est choquant, immoral, injuste non seulement parce que ça se passe, mais parce que ça se passe en France... On pourra également observer, au début de la vidéo, un gilet jaune arborer le drapeau régional alsacien "dont les six couronnes jaunes symbolisent les aspirations de la dynastie des Habsbourg originaire d'Alsace" (Wikipédia). Ce n'est pas un drapeau séparatiste mais le drapeau régional officiel, le même que sur les voitures de la police, entre autres

dans l'ambiance délétère où elle était rejetée parce que nuisant aux petits patrons (dixit Fly Rider, La France en colère, et cf la liste "Pudosky", interlocutrice épistolaire privilégiée de Macron), on ne va naturellement pas bouder cette intégration de la revendication salariale, et l'on conçoit que le NPA ou Alternative Libertaire y voient les prémisses d'une possible "convergence des luttes",

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 DwaUdU1W0AAJREQ

mais disons que la revendication salariale comme telle n'est généralement pas un grand pas franchi pour les partisans de la communisation, comme le rappelle récemment un texte de présentation par Agitations Autonomes : Révolution : programme ou communisation ? 6 janvier 2019
L’union n’est pas un moyen rendant la lutte revendicative plus efficace, elle ne peut exister qu’en dépassant la lutte revendicative, l’union a pour contenu que les prolétaires s’emploient à ne plus l’être, c’est la remise en cause par le prolétariat de sa propre existence comme classe : la communisation des rapports entre les individus.
pourquoi ces remarques taquines ? Par souci de clarification. J'apprécie toute information de première ou seconde main sur les faits, mais je préfère qu'on en fasse ressortir le sens en cohérence avec l'analyse qu'on est censé porter, non comme un événement aléatoire laissé à l'appréciation des passants ou destiné plus tard à "la théorie interne de la communisation", entre happy fews. La situation st bien assez compliquée pour que les clivages théoriques s'expriment clairement pour ce qu'ils sont, et si je n'ai aucun "mépris de classe" à l'encontre des pauvres bougres embarqués dans cette aventure à hauts risques, je ne me sens en rien solidaire de ce genre de combat dans le flou opportuniste du bon gilet jaune un peu rouge contre d'autres qui ne le sont pas. Cela précisé, je poursuivrai par d'autres exemples indépendamment de leur lecture "communisatrice" ou pas


Dernière édition par Patlotch le Sam 12 Jan - 5:15, édité 1 fois

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Dim 13 Jan - 16:06


dernier épisode, advienne que pourra : sans moi le déluge

mes ultimes explications sont à lire dans METS TA THÉORIE, les clowns de l'avant-garde, L'ACHRONIQUE À CÔTÉ, et pour l'honneur des poètes, avec Rimbaud qui parmi les couleurs de Voyelles écrit en 1871 ou 1872 après La Commune de Paris, n'utilise pas le jaune, dans MOTS LESTÉS

l'honneur des poètes

pas un poète n'est en jaune
pas un mot chez Rimbaud
dévoyé des voyelles

envoyez vos plurielles
à la lune, ribauds
des bleus béjaunes

les temps sont à la boxe
et j'ai jeté mon gant
à la face d'un bouc
au profil arrogant

brûlé le facebook
débile où gerbe l'hoax
et beugle le slogan
du bigleux suffragant

Fosobo 10 janvier 2019 10:51


19. sur les violences et leurs fonctions
Acte 9 et considérations générales
1. des "armes de la critique" à la "critique des armes", des questions
2. violences policières : faits et propos
3. Acte 9, diverses interventions, et conclusion
3. Acte 9, diverses interventions, et conclusion

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 DvP41wLS-v6K13Bl?format=jpg&name=small
je l'ai et j'en ai assez fait depuis chaque jour deux mois
ma vie sera ailleurs, comme d'hab'

- un bilan de la journée ? NON ! Un point final à ce journal de bord
c'est toujours aussi clair, les mots d'ordre politico-revendicatifs n'évoluent pas vraiment depuis plusieurs semaines, davantage ralliés sous étiquettes politiques plus ou moins revêtues du gilet jaune qui fait l'unité du mouvement avec un seul objectif commun : la démission de Macron. Samedi prochain ? On retrouvera les mêmes, leurs espoirs, leurs haines, leurs violences "faut les comprendre", leurs projections politiques et/ou idéologiques : abstentionnistes, communisateurs, ultragauches, Insoumis, PCF, gauches diverses, droites diverses, anti-Macron, extrême-droite, ultradroites et identitaires (comme dans le SO des GJ) et des leaders charismatiques qui se disent apolitiques et trimbalent la plupart des tares populistes le plus souvent de droite sans même savoir qu'elles en viennent ou y retourneront : point

toujours pas,- c'était annoncé, prévu, par moi ou d'autres - d'attaque concrète du capital ni de l'État (de l'économie politique, pas du gouvernement ou des commerces dans leurs symboles). Paraît que c'est le moment actuel de la "lutte des classes" (TC) avec le gilet jaune "qui fait communauté" (Temps Critiques) : voilà le niveau actuel de la théorie révolutionnaire, on dit qu'elle n'est pas "en avance". C'est vrai

bien le bonjour chez vos églises à toussétoutes

s'il vous reste 1 euro pour les victimes de violences policières, c'est . 115.000 en 4 jours c'est moins que pour le héros boxeur en 2 jours, et pas plus de 1€ par manifestant revendiqué, une communauté de pauvres soutenue par 40 millions de Français, faut les comprendre, avec les taxes...

- mobilisation, sociologie... lutte des classes ?
84.000 manifestants aux chasubles ont été recensés partout en France au plus fort de la journée, selon une source policière à BFMTV [chiffre devenu officiel]. C'est beaucoup plus que les 50.000 comptabilisés il y a une semaine pile, et bien supérieur aux 32.000 dénombrés entre Noël et le nouvel an. / Toujours selon la même source, la principale mobilisation s'est déroulée à Paris avec 8000 personnes. 6700 manifestants ont également été décomptées à Bourges, 5500 à Toulouse, 4500 à Bordeaux, 3000 à Caen et 2700 à Marseille. La place Beauvau a précisé que 244 personnes ont été interpellées.
. enfin des policiers patriotes qui ne sous-estiment pas la mobilisation
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Gilets-jaunes-acte-9-participation-chiffres-police source Syndicat France Police – Policiers en colère, via Priscillia Ludosky

apparemment, les menaces de Castaner n'ont pas été suivies d'effets concernant la mobilisation, et pour les arrestations il ne semble pas non plus (à vérifier/comparer)

un point important à vérifier serait une recomposition sociologique des manifestants, un mixte se rapprochant de celle de Nuit Debout dans certaines villes et s'écartant de celle du début sur les ronds points. Pour l'heure c'est partie vérifiable, partie pifomètre au vu des banderoles et slogans, mais perceptible aussi au contenu des textes théorico-militants qui circulent : c'est le caractère "théorisant" (TC) de cette lutte, elle "théorise" ce qu'elle fait, ni plus ni moins. Si ça plaît d'appeler ça "lutte des classes", pourquoi pas, ça mange pas de pain puisqu'aucune n'est constituée en classe révolutionnaire, et seuls les capitalistes sont conscients d'être constitués en classe... pour empêcher toute révolution, non pas par une « restructuration--contre-révolution », parce que non seulement il n'y a pas de nouvelle restructuration en cours, mais pas de révolution du tout. Cette expression de "contre-révolution", mise à toutes les sauces depuis que le cycle des révolutions ouvrières est achevé, n'a au fond pas d'autre sens que d'entretenir le mythe révolutionnaire, et sa structure d'horizon (voir LE CONCEPT DE RÉVOLUTION). Les "révolutionnaires" n'aiment pas les anti-mythes

quant aux "violences" aujourd'hui, elles m'ont l'air de se développer surtout depuis la fin d'après-midi, ce qui serait différent des Actes précédents. À signaler dans ce qui se rapproche des manifestations traditionnelles : A Paris, les gilets jaunes se sont dotés pour la première fois d'un service d'ordre BFMTV 16h50
Pour la première fois depuis le début de la mobilisation, les gilets jaunes ont mis en place, ce samedi, un service d'ordre pour encadrer la manifestation organisée à Paris. Dans leur prise de contact avec la Préfecture de police, les organisateurs avaient en effet précisé, selon nos informations, qu’il y aurait un service d’ordre prêt à travailler en lien avec les forces de l'ordre. Reconnaissables à leurs brassards blancs, ils étaient chargés de faire respecter l’itinéraire prédéfini de la manifestation et d'éviter les débordements.
- Yellow Vests London
Le mouvement des "gilets jaunes" s'étend à Londres AFP 16h40
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 5c3a0a477b50a60724aba76f
Des centaines de personnes, beaucoup revêtues d'un gilet jaune, ont défilé samedi à Londres pour dénoncer l'austérité et réclamer des élections générales anticipées, reprenant le symbole utilisé dans les manifestations secouant la France depuis deux mois
- vidéo en direct sur les Champs Élysées, David Dufresne. Même source, d'autres suivent de "manifs sauvages" (certaines le sont très peu, mais c'est le terme consacré)

- 15h56 selon Paris-Lutte.Info, 14h12 recoupé ailleurs qu'à Paris,  « forte présence de la gauche organisée et syndicale », ce qui semble assez logique vu leurs soutiens, la concentration dans les villes et l'abandon des bases "ronds-points" dans les "périphéries". C'est aussi l'impression que donne la tonalité des cortèges, il est donc logique d'y retrouver les vieilles habitudes de "la tête", les "débordements et "cortèges sauvages" dans le grand style cow-boys et indiens à la française
15h56 : Petit départ en sauvage, flics partout gaffe à vous !
Début de manif sauvage dans les rues adjacentes à la place de l’Etoile. 53 interpellations à Paris pour le moment. Beaucoup de flics mobiles dans le quartier. Tensions place de l’Etoile, plusieurs blessés et des interpellations. Tentative de sauvage avenue Friedland en direction de saint-Augustin, ça gaze, les flics suivent pas loin, police montée boulevard Haussmann, BAC mobile en voiture, voltigeurs avec LBD sortis. Il reste du monde dans la nasse à Etoile.
- 32.000 manifestants partout en France, selon la police
La mobilisation des gilets jaunes lors de cet acte 9 est en hausse par rapport à la semaine précédente. 32 000 manifestants partout en France, d'après le ministère de l'Intérieur, 8.000 personnes à Paris, 5 000 à Bordeaux et Bourges, 3 000 à Caen et Nantes. La semaine dernière à la même heure, ils étaient 26.000 dans toute la France et 2.000 seulement à Paris à 13h. Une centaine d'interpellations sur tout le territoire.
depuis le début, un mouvement historiquement moins nombreux que les mobilisations syndicales en 2016 et 2017
à titre de comparaison nationale : la première manifestation contre la loi El-Khomri, le 9 mars 2016, avait rassemblé entre 220.000 et 500.000 personnes, les 12 septembre et 10 octobre 2017, le mouvement contre les ordonnances avait réuni entre 220.000 et 400.000 manifestants. Le premier acte des Gilets jaunes, le 17 novembre, avoisinait les 300.000. Depuis, il décroît en nombre, toujours inférieur à 1% de la population

- 14h15 France Bleu
Selon un nouveau décompte de la préfecture, 4 700 gilets jaunes défilent sur l'itinéraire officiel et un groupe de 500 personnes est entré dans le centre ville.
- Bourges en direct, reçu de Priscillia Ludosky, 13:48


- complotisme radical
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Dwtb1OEXcAAGf2j
des dizaines et dizaines d'intervenants sur les réseaux sociaux des GJ attribuent à Macron l'explosion au gaz dans une boulangerie parisienne. De façon assez systématique, tout ce qui ne leur convient pas relève du complot. Il faut suivre ces groupes depuis le début pour mesurer le niveau de conneries qu'ils trimbalent, alors qu'ils sont dits modérés et administrés par des personnes elles-mêmes portées aux théories du complot. Oui oui, je sais, "la lutte de classe n'est pas pure"...
RS/TC a écrit:dndf 12/01/2019 à 01:34 #2
C’est la lutte de classe bête, violente, et qui embarque avec elle toutes les tares de cette société, c’est normal, elles sont là et nous les partageons, les prolétaires ne passent pas par des formations de politiquement correct avant de lutter.
désolé, ces "tares de la société", je ne les partage pas, je les conchie, point barre

- Près de 1.200 manifestants à Bourges, selon la préfecture. Rappelons qu'il s'agit d'un rassemblement national annoncé depuis plusieurs semaines par La France en colère ! (Ludosky-Fly Rider) et que Bourges compte 68.000 habitants. Naturellement, la police ment, les médias mentent, et Patlotch minimise, comme le prouvent les photos des foules de manifestants. Il n'est que midi, mais on pourrait multiplier par 100 (120.000) que ce serait peu pour une manifestation nationale
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vrai aussi que nombreux sont rester manifestés près de chez eux : Lyon, Rouen, Nîmes, Pau, Dijon, Besançon... mais pour l'heure (réseaux sociaux et presse de province) je ne vois que des rassemblements de quelques dizaines, rarement quelques centaines de personnes

- ce qui fait plaisir, c'est que les Français affirment leur dégoût de la politique, et que ça enrage les politiciens : Catherine Nay : "Ce qui fait peur, c'est que les Français affirment leur dégoût envers la politique". Le sondage est
Mais au fait, les "gilets jaunes", ils sont combien ?
Dans les plus grosses manifs, on en a compté 280.000, chiffre maximum qui décroit de week-end en week-end. Ça n'est pas rien mais même la CGT n'en ferait pas ses choux gras. Ils sont minoritaires et ont pour l'instant le soutien des Français. Mais une lassitude s'installe parce que les gens ont peur. Le boxeur qui frappe à terre un gendarme les a révulsés. Ils ne veulent plus de Macron c'est vrai, mais où est la solution alternative ? Personne ne canalise cette colère.

On se gargarise avec Marine Le Pen. Mais hier, dans le Figaro, enquête du CEVIPOF : 62% des Français disent n'avoir jamais eu confiance en elle. Même chose pour Laurent Wauquiez. Mélenchon, avec 61%, fait juste un peu mieux. Mais ce qui fait peur, c'est que les Français affirment leur défiance et même leur dégoût envers la politique. Et vous voyez, on n'est pas sorti de l'auberge.
- RS retrouve ses repères théoriques rassurants : le débat de dndf peut rentrer dans ses clous, pauvre Lisbeth...
RS/TC a écrit:dndf 12/01/2019 à 01:34 #2
Mais, maintenant il faudrait enfin (perso je suis resté longtemps dans l’expectative), tout simplement, voir la lutte de classe dans ce qu’il se passe. La lutte de classe est quelque chose de très simple, c’est d’abord et avant tout une réaction et une lutte contre l’injustice et les inégalités sans présupposer la révolution et le communisme. Là, maintenant, le grand truc, dans ce mouvement, c’est que toute les inégalités sont connectées, sans revendications formellement explicitées et sans formes (pour l’instant) de négociations. C’est la lutte de classe bête, violente (je ne parle pas des boxeurs) et qui embarque avec elle toutes les tares de cette société, c’est normal, elles sont là et nous les partageons, les prolétaires ne passent pas par des formations de politiquement correct avant de lutter. De ce point de vue l’absence de discours anti-assistés (sauf très marginalement*) est remarquable, ainsi que le flop de la volonté de Macron d’introduire dans le “Grand Débat” les questions de l’immigration et de l’identité.

* je suis dubitatif quant aux rapports du mouvement aux migrants, vus le plus souvent comme de futurs "assistés", mais il est vrai que la question est plutôt sous-jacente, de par leur absence aussi, et leur abandon par le discours médiatique depuis qu'ils se noient en Manche. RS dit au demeurant : « Bien sûr il n’y a pas “toute la classe”, il y a même de grands absents. » En sont absents d'une part, en tant que tels, les salariés des grosses boîtes (pas de grèves...), et les plus pauvres, cad ceux victimes des plus grandes "injustices" et "inégalités" : ça fait beaucoup de gros trous dans le gruyère du prolétariat

Ce mouvement interroge toutes les déterminations de la restructuration du mode de production capitaliste, il agit comme un analyseur global, social : déconnexion; mise en abîmes des territoires, illégitimité de la revendication ; dénationalisation de l’Etat, effondrement du mouvement ouvrier organisé, identité ouvrière, représentation politique… les Gilets jaunes ne préfigurent aucune “solutions” aux questions de la communisation, ils préfigurent seulement les problèmes.

là-dessus je suis d'accord, c'est ce qui fait ce mouvement passionnant sur le plan théorique. Tout y est, en grandeur nature. De là à considérer que les "problèmes que préfigurent les gilets jaunes" seraient ceux de "la communisation", c'est le grand retour d'"en parler au présent" : quand rien ne l'annonce que la foi du croyant ? Quel 'chamane', ce RS  clown

Il s’agit bien de rapports de distribution, de vie quotidienne, d’idéologie. Mais comment cela se passe, qu’est-ce que cela désigne ? Avec cet “interclassisme”, cette prédominance de la distribution et de l’injustice fiscale (il faut tout de même reconnaître là-dessus la lucidité du mouvement : violence contre violence, mépris et insultes contre mépris et insultes), la volonté d’existence politique, tout cela c’est de façon inattendue le fait de lutter en tant que classe comme limite de la lutte de classe ; cette dialectique peut nous surprendre.

Où ça va ? Est-ce que nous devons reconnaître comme lutte de classe que ce qui incarne le sens prédéterminé de l’Histoire ? Ces considérations ne rendent pas caduques mes interventions précédentes, ni le texte de TC de novembre (si ce n’est – ce qui n’est pas rien – sur la question de l’hégémonie à l’intérieur du mouvement) elles les ORIENTENT.
"la question de l'hégémonie" : si par là il faut entendre la dynamique générale, je trouve RS bien optimiste. Cela dit effectivement et comme par définition, l'histoire avance, on peut même dire par "séquences", et si celle-là est un passage obligé, pourquoi pas espérer qu'il en sorte une dynamique plus positivement révolutionnaire ? En attendant la fin, c'est pas demain la veille, après la guerre économique et sociale, la crise, la guerre tout court, à moins de croire à la sérénité mondiale de « l'Europe des nations » de Marine Le Pen

2. violences policières : faits et propos


- discussion avec Adé, ajout 12 janvier, mail d'hier
Adé a écrit:
Patlotch a écrit:... j'avoue avoir un peu de mal à saisir que ceux qui ont recours à la violence comme modalité offensive, parfois prétendue contre l'État et le capital, se contentent ensuite de dénoncer une "justice de classe", comme s'il allait de soi qu'elle pourrait être différente, de même que la police autre chose que violente. J'y vois un mixte de critique radicale et d'utopie démocrate radicale qui fait l'impasse sur cette question : la situation se prête-t-elle à l'usage volontaire de la violence quand les armes de la critique sont si peu aiguisées que le passage à la critique des armes relève d'une utopie révolutionnaire sans fondements dans le moment actuel ?


« que ceux qui ont recours à la violence... se contentent ensuite de dénoncer une "justice de classe"...»

Dans le mouvement GJ, il n'y a pas de dénonciation d'une justice de classe, ceux qui la dénoncent en ces termes sont des orgas gauchistes, antifa, etc..., la violence dans le mouvement GJ n'est pas massivement le fait des orgas militantes, type B.B., cortèges de têtes, etc.

D'autre part, ceux qui dénoncent les violences policières ne peuvent que jouer la carte institutionnelle, quoi d'autre ? Puis, les violences policières actuelles, et les mesures de police ayant pour but de décourager les manifestations sont exceptionnelles : ce genre de situation crée une dynamique de vengeance auprès des personnes concernées, d'autant plus que le nombre des GJ blessés gravement au cours des actes précédents est lui aussi très élevé. Recensement provisoire des blessés des manifestations du mois de novembre-décembre 2018 – Désarmons-les

Tu te demandes si "la situation se prête à l'usage volontaire de la violence...?", cependant le déroulement des manifestations ne laisse pas le choix, car la violence de la part des forces de l'ordre y est systématique, dès lors quel choix ?
Lorsqu'un ami, ou une connaissance de manif, une collègue, ou parent se fait matraquer jusqu'au coma, éborgner, ou mutiler, on peut comprendre que toutes ces considérations au sujet de la "situation" passent au second plan... ou à la trappe.

Si les "armes de la critique" ne sont manifestement (hmm) pas très aiguisées, c'est en faisant face à cette situation qu'elles peuvent trouver un bon rémouleur, et non par un apport extérieur émanant de personnes ou d'orgas étrangères au mouvement.
j'ai conscience que mes questions ne sont pas très bien formulées et plus encore d'être une « personne étrangère au mouvement », mais pas de celles qui envoient, par internet interposé, les autres au casse-pipe, c'est plutôt celles-ci que je vise. Quoi qu'il en soit, je maintiens ma question, le choix de la violence corrélé à son esthétisation (le "Riot Porn"), qui n'est pas nouveau dans le milieu, et a trouvé une nouvelle justification théorique dans les considérations du "poète" californien Joshua Clover, Riot-Strike-Riot. Je doute même que les "armes de la critique" s'aiguisent dans ce mouvement-là, parce que la plupart s'en foutent et que le bon ton est au simplisme, au binaire, et à la démagogie. En tous cas perso, je n'ai vu aucune évolution de ce point de vue, peut-être même puisque ça dure une régression critique

David Dufresne : "La police s’est enfermée dans une logique d’escalade et d'affrontement" L'Obs
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 16707840 Paris, 5 janvier, Zakaria Abdelkafi, AFP
En France, politique et maintien de l'ordre sont intimement liés. Dans le maintien de l'ordre, une arme ne sort que sur autorisation du commandement préfectoral qui prend ses ordres à Beauvau, qui les prend à Matignon, qui éventuellement les prend à l'Elysée. Les 250 cas que je soulève sont autant de cas politiques.
- hors sujet, confidence pour confidence : Macron prémonitoire ?
Le pouvoir, Sarkozy, Hollande... Macron se confie dans un livre
Les auteurs citent à la fin de l'ouvrage une confidence d'Emmanuel Macron faite à Thierry Solère, l'ex-LR passé à En Marche! : « Si ça se passe mal, je terminerai plus bas que François Hollande, si je termine mon mandat. »
les entretiens datent d'avant la "crise des gilets jaunes", mais j'ai peut-être été un peu optimiste (pour lui) en pensant qu'il s'en sortait pas trop mal. Avec les cafouillages sur 'le grand débat', les annonces sécuritaires délirantes, et les coups portés à son cœur d'électorat, l'isolement menace toute la bande

- hors sujet, un texte complètement creux
Appel des Gilets Jaunes de Montreuil en réponse à l’appel des Gilets Jaunes de Commercy

- Castaner anticipe hors la loi
« Ceux qui appellent aux manifestations demain savent qu'il y aura de la violence, et donc ils ont leur part de responsabilité. [...] Demain, ceux qui viennent manifester dans des villes où de la casse est annoncée savent qu'ils seront complices de ces manifestations. » vidéo Rémy Buisine

- Les textes officiels encadrant le maintien de l’ordre Reporterre 5 mai 2016

- Gilets jaunes : on a soumis 8 vidéos (et photos) de violences policières présumées France Inter 13h19 « Nous avons soumis ces huit séquences à deux avocats, l'un proche de la police, l'autre proche des "gilets jaunes".»
Les manifestations de "gilets jaunes" ont donné lieu à de nombreuses scènes de violences partout en France depuis le 17 novembre. Des violences contre les forces de l'ordre et par les forces de l'ordre. Ces dernières estiment qu’il y a eu 1 000 blessés dans leurs rangs. De l'autre côté, plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de "gilets jaunes" ont été blessés par des Flash-Ball ou des grenades. Le défenseur des droits a lui-même alerté à plusieurs reprises, notamment sur la dangerosité des lanceurs de balles de défense. Au total, 78 enquêtes ont été ouvertes par l’IGPN et 200 signalements ont été transmis. Mais, pour l'instant, aucun policier n'a été suspendu.
- DES GILETS JAUNES FACE A LA JUSTICE… DE CLASSE, suite : de l’intérêt de refuser la comparution immédiate L'envolée 9 janvier
De fait, les quelques nuances que nous introduisons ici, ne doivent pas masquer l’essentiel, à savoir la continuité de la violence d’Etat : violence policière dans la rue, rigueur des condamnations devant les tribunaux. Les rouages de l’appareil répressif tournent à plein régime pour qu’il y ait de moins en moins de monde dans la rue. Depuis janvier plus qu’en décembre encore, le gouvernement assume : il veut blesser, abîmer, terroriser les participants et tente par tous les moyens de retourner la population contre le mouvement. Jusqu’ici, malgré un travail assidu notamment des tribunaux  il n’est pas parvenu à trier le bon grain de l’ivraie -ce qui est déjà exceptionnel-, il s’agit donc de continuer à l’en empêcher.
- le patron de la police s'exprime...
«Gilets jaunes» : L'IGPN saisie de 67 dossiers de violences policières, Le Figaro
L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a reçu près de 200 signalements pour violences policières présumés et a été saisi de 67 dossiers par l'autorité judiciaire, a déclaré aujourd'hui, Eric Morvan, le directeur général de la police nationale (DGPN). Onze dossiers ont été confiés à la "police des polices" dans le cadre du mouvement lycéen de décembre. Elle a également fait l'objet d'une saisine administrative sur le cas du commandant de police filmé en train de frapper plusieurs personnes à Toulon.

Eric Morvan a précisé à France Inter qu'aucun policier n'avait été suspendu pour l'instant dans le cadre de ces dossiers mais a assuré qu'il n'y aurait aucune complaisance à l'égard de tels actes s'ils étaient avérés. "Il n'y a pas de mois où je ne sois amené à signer des sanctions extrêmement fortes contre des policiers. Donc l'idée selon laquelle il y aurait une permissivité vis-à-vis des forces de police est totalement fausse", a-t-il déclaré. Il a également rejeté l'idée qu'on puisse mettre sur le même plan des manifestants violents et des policiers chargés du maintien ou du rétablissement de l'ordre.

"Le maintien de l'ordre public, voire son rétablissement, ça ne se fait pas sans moyens. Rétablir l'ordre public c'est utiliser (...) des armes intermédiaires qui peuvent provoquer des blessures." Eric Morvan a toutefois souligné que les "flash balls" dénoncés par des manifestants n'étaient plus utilisés. "On utilise ce qu'on appelle des lanceurs de balles de défense, qui ont une visée, et donc il y a moins d'accidents qu'avec les flash balls, qui n'en disposaient pas", a expliqué le patron de la police nationale. Il est convenu que cela pouvait tout de même occasionner des blessures involontaires.

« La police n'a pas besoin de cagnotte »
Eric Morvan a aussi estimé que la police n'avait pas "besoin de cagnotte" comme celle lancée par Renaud Muselier en faveur des forces de l'ordre blessés lors de manifestations de "gilets jaunes" et qui a dépassé le million d'euros. "Cette fracture (...) qui se manifeste à coups de cagnottes peut à certains égards friser l'indécence. S'il y a de la générosité dans ce pays, manifestons-là à la recherche médicale ou à l'enfance en danger mais les policiers n'ont pas besoin de cagnotte"...
- Pont-à-Mousson, 6 h du matin : le RAID défonce la porte d’un gilet jaune


1. des "armes de la critique" à la "critique des armes", des questions
11 janvier
il est assurément difficile de parler des violences sans commencer par dénoncer "les violences policières", c'est un peu montrer patte blanche pour avoir son mot à dire, du moins est-ce ainsi que je le constate à la multiplication des dénonciations et révélations qui n'en sont que pour qui ferme les yeux, y compris sur les "médias" qui mettraient leur mouchoir dessus. Il est clair que le gouvernement a retourné la situation à son avantage par ses appels au calme et à l'ordre, la mise en avant des "violences" des gilets jaunes et "casseurs" qui l'autorise à accroître (légitimement aux yeux de l'opinion publique ?) la prévention, la répression et la punition judiciaire. J'avais engagé une réflexion :
- le 5 décembre : 1. réflexions sur le rôle de la violence dans ce mouvement : contribution à son caractère revendicatif
- le 6 janvier : 2. la violence comme moyen de la politique
il me semble impossible d'en rester à cette dénonciation des violences policières, un rien manichéenne au demeurant, sans poser la question de la légitimité du recours à la violence par les manifestants, rapportée non à une condamnation a priori, mais assumée comme nécessaire, défensivement bien sûr, mais offensivement et dans ce cas rapportée à un objectif, des cibles, des moyens... qui n'aboutissent pas systématiquement à envoyer les autres, mal armés et inexpérimentés, au casse-pipe suicidaire via internet et les réseaux sociaux
Marx a écrit:De toute évidence, l’arme de la critique ne peut pas remplacer la critique des armes : la force matérielle doit être renversée par une force matérielle, mais la théorie, elle aussi, se change en force matérielle dès qu’elle saisit les masses.
Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel
j'avoue avoir un peu de mal à saisir que ceux qui ont recours à la violence comme modalité offensive, parfois prétendue contre l'État et le capital, se contentent ensuite de dénoncer une "justice de classe", comme s'il allait de soi qu'elle pourrait être différente, de même que la police autre chose que violente. J'y vois un mixte de critique radicale et d'utopie démocrate radicale qui fait l'impasse sur cette question : la situation se prête-t-elle à l'usage volontaire de la violence quand les armes de la critique sont si peu aiguisées que le passage à la critique des armes relève d'une utopie révolutionnaire sans fondements dans le moment actuel ?

- un texte qui rompt avec le gauchisme... habituel par un réalisme inscrit dans une critique de l'économie politique, mais dont la chute est pour le moins décalée
Crise qui vient, souffle et gilets jaunes : où va-t-on ? Paris-Luttes.Info
- La crise qui vient
. Remarques générales
. La situation
. la restructuration impossible
- Les Gilets jaunes comme signe
- Où ce mouvement va-t-il aller ?
- Petite suggestion stratégique...
à tout prendre, je préfère quand Théorie Communiste (BL) nous dit « pas de stratégie » plutôt que cette retombée dans des suggestions pratiques dont on se demande la pertinence face à la répression formidablement accrue dans laquelle s'est engagé le pouvoir, ce qui devrait nous conduire à revenir sur la/les fonctions des violences dans ce conflit, selon d'où elles viennent, pourquoi, comment, et quand elles sont offensives de la part des gilets jaunes ou autres, à quoi mènent-elles : peut-on parler d'une estimation quelque peu optimiste du "rapport de forces" ?
quant à la "restructuration impossible", je ne saisis pas comment elle le resterait dans la crise annoncée, ce qui quoi qu'il en soit rendrait inopérant toutes velléités stratégiques à l'avance

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Mer 16 Jan - 16:24


reprise de ce fil pour simplifier la présentation. On trouvera désormais ici le plus théorique, complété par METS TA THÉORIE. Le plus vivant est passé dans Infos et commentaires 'GILETS JAUNES' et mon "live" à moi dans LE GRAND DÉBAT, roman

j'ajoute en haut des critiques qui me semblent (enfin) pertinentes, celles de ce texte sur le mur facebook d'Alain Corne/Carbure. ce texte me fait penser à un autre sur-évaluant le rôle de l'État, le dernier de Temps Critiques pour qui le Capital a déjà fait sa révolution : Ce qui dure dans la lutte des Gilets jaunes, foncièrement anticlassiste au point de faire disparaître la classe capitaliste !


jeter le bébé Marx avec la boue des Gilets jaunes ?
remarques à partir du texte
Gilets Jaunes, revenu et rapport à l’État.
Notes sur le mouvement des Gilets Jaunes

lacanaille@riseup.net, fin décembre, via dndf "nos débats continuent…"

- Prada Meinhof : "l’existence d’une sous-catégorie de travailleurs (les « immigrés ») [est] une cause du maintien de bas salaires" Ça reste à prouver (et même les "économistes" ne sont pas tous d'accord là-dessus)... Le marché du travail n'est pas un et homogène, mettant au prise l'ensemble des travailleurs pour l'accès à l'ensemble des emplois, il est au contraire segmenté et hiérarchisé. La racialisation, quant à elle, n'est pas l'équivalent terme à terme de cette segmentation (comme dans la théorie du reflet), il y a de l'idéologie et donc du "jeu". À trop vouloir dénicher le secret de l'idéologie raciste dans la pure et simple mécanique des rapports de production, et seulement là, on risque de "rationaliser" ce racisme. [ça, la façon dont TC, soit relie toute "la totalité" aux rapports de production, soit ne parle pas de ce qu'il n'arrive pas à relier, c'est son gruyère théorique : la domination masculine jusqu'aux années 2000, l'écologie et les rapports nature-capital-humanité depuis 40 ans... c'est plus que du structuralisme prolétarien, mais un discours du refoulé : de qui ? ce serait entrer dans des considérations personnelles que je m'autoriserai plus, tellement elles sont pathétiques]

- Alain Corne : Absolument OK avec ça. La racialisation n'est pas réductible à une segmentation raciale de la classe, c'est tout le problème avec TC26. [ce qui correspond à une critique que j'avais faite de TC26]

- Prada Meinhof : "De plus en plus, l’État se place comme exploiteur direct ou indirect d’une partie de la population, indépendamment du statut formel..." : Là, par contre, j'ai l'impression de nager en plein délire : quel secteur de l'économie n'est pas subventionné par l'État (notamment du côté des TPE et PME, dans le tourisme, la restauration, etc.) ? quelle entreprise capitaliste (donc prise dans la validation sociale du marché, la contrainte à la productivité et à la hausse de sa composition organique, le risque de ne pas réaliser la valeur contenu dans les marchandises produites) "décide" de la nature de sa production, de la forme de son procès de travail ou du prix des marchandises ? quel moyen de production n'a pas été acquis à crédit ou loué à une firme tierce ? On nous refait le coup de l'"exploitation secondaire" (ici par l'État en lieu et place du capital fictif) ? C'est sûr que ça simplifie pas mal la tâche pour penser l'interclassisme ("les gens" vs. les "authentiques" bourgeois ; on se demande qui sont les "inauthentiques" du coup)...

plus bas : je dirais plutôt que l'État se présente comme grand administrateur, un faciliteur de l'exploitation par la redistribution du salaire général prélevé sur la valeur produite. Vu la quasi fin du capitalisme d'État (nationalisations), il est difficile de le faire passer pour un exploiteur capitaliste au-dessus des autres. Maintenant, qu'il soit perçu ainsi par le mouvement, c'est bien son incompréhension/inversion du rapport politique/économie dans le capitalisme
de même à propos de « La reproduction des travailleurs est de moins en moins entre les mains des capitalistes et de plus en plus entre celles de l’État  » : mais ce n'est que la surface, la reproduction (du capital et du prolétariat) est inhérente au capitalisme comme mode de production-reproduction, dont l'État n'est qu'un médiateur. Il ne faut pas prendre ce que croit le mouvement des GJ pour la réalité de ce processus fondé sur l'exploitation "du travail" et y retournant


- Alain Corne : Et du coup on se demande à quoi ça sert de parler d'interclassisme en effet, s'il n'y a plus que des "gens". Il va encore falloir être dogmatique : soit il y a un "magma interclassiste" où les rapports de classe deviennent indistincts, soit il y a un ensembe interclassiste et là il faut préciser la nature des rapports que désigne le préfixe "inter".

voir plus bas : "j'ai dit mes réticences avec ce concept d'interclassisme, qui laisse entendre des classes constituées (moyenne haute et basse, prolétariat). À tout prendre, quand le capital n'est pas remis en cause ni la classe capitaliste attaquée comme telle, je préfère la vieille terminologie de réformisme voire de collaboration de classes."

alors effectivement : « que désigne le préfixe "inter" » ? Il désigne ce qui se passe entre des classes considérées comme constituées (pour soi) : mission théorique impossible tant qu'on se refuse à différencier classes existantes (comment, en dehors de la classe capitaliste : une existence sociologique en termes de "composition" ?) et classes constituées : c'est le fondement classiste de la théorie de la communisation qui est en crise !
je donne l'intro, le plan avec des extraits significatifs, et la conclusion avec mes remarques incluses, en rappelant que j'avais posé le problème du rapport entre salaire et revenu dès le début, en référence à l'ancien débat sur "la légitimité de la revendication salariale" (TC) : peut-être que, le capital se payant à crédit directement sur les salaires (dette des ménages...), l'augmentation depuis décennies du pourcentage des taxes et impôts pour les ménages équivaut-elle à une diminution de salaire général (direct ou indirect) ?
Patlotch a écrit:- 17 novembre : prolétariat, es-tu là ? une lutte massive sur le salaire dans une forme inédite : une "lutte sur le salaire", c'est pour les marxistes une lutte sur le pouvoir d'achat, y compris le salaire indirect déduit des impôts et taxes novembre
- 20 nov : une revendication "sur le salaire" n'est pas nécessairement une demande d'augmentation de salaire direct (passant généralement par les syndicats et ayant montré son inefficacité), mais de non-diminution du pouvoir d'achat, affaire de niveau de vie si l'on veut. Ici cela renvoie au début de mon intervention, sur la part du coût des carburants selon la classe sociale
- 24 nov : légitimité revendicative mais sombres perspectives ?
- 26 nov : au-delà de revendicative, la nature syndicale du mouvement
etc. avant la politisation de la revendication jusqu'à celle centrale du RIC censée porter toutes les autres
NB : ces notes ont été écrites fin décembre ; depuis, le mouvement a déjà en partie changé d’allure, et ce texte est à certains égards obsolète. Cependant je le propose à dndf tel quel, afin de susciter d’éventuelles discussions.
La question centrale du mouvement, c’est je crois, celle de sa composition, plutôt que celle de son idéologie (facho, pas facho), celle-ci découlant au demeurant de celle-là. En l’analysant, cette composition, on doit analyser l’État et la forme qu’il a pris, en France, en s’introduisant partout, jusque dans les derniers recoins des rapports sociaux, en étant l’intermédiaire absolu de tout, et particulièrement en tant que pourvoyeur de revenu (direct ou indirect). Au fond si les gens s’en prennent à l’État c’est bien parce qu’il médie tous les rapports, et en particulier la répartition du surproduit social. On ne s’en prend pas à son patron (quand on en a un) parce qu’on se sent plus ou moins comme une sorte de « salarié » de l’État, comme sous sa dépendance.

je comprends la remarque, mais l'idéologie, dans ce mouvement ou tout autre, ce n'est pas que "facho/pas facho", c'est ce qui fait le cœur de sa dynamique comme rapport social dans l'économie politique, ce qui apparaîtra de plus en plus clairement malgré la politisation et l'intervention de la gauche et de l'extrême-gauche. S'en prendre à l'État plutôt qu'à son patron, parce qu'il serait "l’intermédiaire absolu de tout" doit se rapporter au rapport salaire/revenu (voir plus haut), mais ne peut faire oublier les grands absents : le prolétariat ouvrier des grandes entreprises, les chômeurs en masse, etc. ni l'absence de la revendication salariale au sens strict de la feuille de paye

En apparence, on ne parle guère du travail. Mais ça n’est qu’une apparence. Que « la condition commune c’est le revenu » c’est déjà un indice. « Ras-le-bol de bosser pour faire le plein pour aller bosser » (entendu sur un rond-point) est un autre indice, sérieux celui-là, que derrière les revendications sur le salaire global est sans doute masqué le rejet du travail lui-même, qui n’est jamais très loin. Au demeurant chacun a été surpris de la disjonction entre des revendications en apparence mesurées (SMIC à 1 300 euros alors même que la CGT en exige 2 000) et des formes d’actions extrêmement radicales et immédiates.

Que dire alors du fameux « capitaliste collectif en idée » (Engels) que serait l’État ? Cette définition (si c’en est une) serait-elle caduque ? En tous cas l’État semble à présent un monstre peut-être encore plus hideux, ce qui d’ailleurs ne veut en aucune façon dire qu’il n’est pas au service des capitalistes (il l’est). Mais les rapports État / capital se complexifient sans cesse, et dans cette complexification l’État devient une sorte d’intermédiaire entre les capitalistes et les travailleurs / acheteurs de marchandises. La question est alors la suivante : l’État fait-il écran entre les prolos et les capitalistes, en détournant sur lui-même la colère des premiers ? [On peut penser que nous ne sommes guère autre chose que des intermédiaires entre des marchandises, de simples étapes dans le cycle de la valorisation du capital : si « on » pouvait se passer de nous, « on » le ferait sans doute volontiers… c’est la contradiction basique du capitalisme. À cet égard il faut observer que la valorisation s’autonomise de l’activité humaine – mais pas totalement, et d’ailleurs comment le ferait-elle ?]

que l'État fasse « écran entre les prolos et les capitalistes, en détournant sur lui-même la colère des premiers », l'idée est intéressante, mais est-ce bien nouveau et n'est-ce pas sa fonction politique même dans la démocratie représentative (de la "société civile", cf Marx le jeune) ?

Donc, la composition du mouvement.

1 – l’interclassisme
j'ai dit mes réticences avec ce concept, qui laisse entendre des classes constituées (moyenne haute et basse, prolétariat). À tout prendre, quand le capital n'est pas remis en cause ni la classe capitaliste attaquée comme telle, je préfère la vieille terminologie de réformisme voire de collaboration de classes
2 – les revendications
[certaines] revendications portent la marque de l’extrême-droite nationaliste
que le combat est entre l’État et les gens : oui mais l'État comme gouvernement, mauvais et méchant administrateur économique et politique, pas dans son principe
3 – le rejet des instances représentatives
il convient de retracer la genèse du mouvement, le passage d'une auto-organisation par défaut (Temps Critiques dit que « le mou­ve­ment n’était pas anti-orga­ni­sa­tion mais a-orga­ni­sa­tion »), et de leader émergents à émergés devenus chefs objectifs (Drouet, Ludosky, Rider, Mouraud, Cauchy, Chalençon, Shahinyan, l'avocat François Boulo...). Le "rejet des instances représentatives" est conforme à l'exigence du RIC, une démocratie directe fantasmée de "pouvoir du peuple par et pour le peuple"
4 – un mouvement de pauvres
j'aime assez cette caractérisation, vu la focalisation pauvres-riches plus qu'en termes de classes, avec ce pb théorique actuel de chercher le prolétariat sous les pauvres, typique ds analyses autour de la population en surplus, d'ailleurs absente du conflit, que ce soit dans la figure du migrant ou des inexploitables
5 – le revenu et la pauvreté
6 – les « revenus de transfert »
Il n’est dès lors que fort logique qu’une communauté de vécu s’établissent autour de cette dépendance aux revenus étatiques, et contre l’État : oui mais alors pourquoi une forte partie dont les revenus ne dépendent que de l'État ne sont pas dans le mouvement ? On voit bien que le monde du travail (plus que du chômage) reste central dans le mouvement, ceci en symétrie de sa centralité dans le discours et les réformes de Macron
7 – l’impôt
8 – l’État et la gestion de la reproduction des prolétaires
De plus en plus, l’État se place comme exploiteur direct ou indirect d’une partie de la population, indépendamment du statut formel : voire, je dirais que l'État se présente plutôt comme grand administrateur de l'exploitation par la redistribution du salaire général prélevé sur la valeur produite. Vu la quasi fin du capitalisme d'État (nationalisations), il est difficile de le faire passer pour un exploiteur capitaliste au-dessus des autres. Maintenant, qu'il soit perçu ainsi par le mouvement, c'est bien son incompréhension/inversion du rapport politique/économie dans le capitalisme
La reproduction des travailleurs est de moins en moins entre les mains des capitalistes et de plus en plus entre celles de l’État : mais ce n'est que la surface, la reproduction (du capital et du prolétariat) est inhérente au capitalisme comme mode de production-reproduction, dont l'État n'est qu'un médiateur. Il ne faut pas prendre ce que croit le mouvement des GJ pour la réalité de ce processus fondé sur l'exploitation "du travail" et y retournant
9 – les gens et l’État
la fusion de l’État et du capital est intuitivement saisie par les gens : même chose, "les gens" se doute certes confusément de ce lien mais ne le comprend pas, sans quoi le mouvement aurait atteint « la conscience du capital » (Endnotes) qui est la seule base sur laquelle "le peuple" peu se constituer en classe, et ceci au delà du prolétariat ouvrier qui est néanmoins en tant que tel le grand absent de ce conflit

conclusion provisoire
Les gens de Théorie Communiste [sic pour "les gens", m'enfin, ce sont des "camarades" !], dans TC25, « Une séquence particulière », nous disent que la conception selon quoi tout est question de revenus est, au fond, quelque chose qui masque la réalité des rapports de production, à commencer par le fait que le salaire s’oppose aux autres formes de revenus, rente, intérêt, profit. D’accord, et plutôt deux fois qu’une, mais c’est faire peu de cas des « revenus de transfert » : en effet leur importance objective dans les revenus des « gens » est grande (sans rapport mécanique avec la place dans les rapports de production) et croissante. On ne peut pas tenir ces revenus de transfert comme simple redistribution par l’État du surproduit (ce qui est certes le cas) : il faut aussi voir ce qu’ils sont dans le cadre de la reproduction de la force de travail (« au niveau des prolétaires ») : ils permettent de ne pas augmenter les salaires, en fait de les baisser (en terme de salaires réels) ; donc on est tout de même bien ici dans la sphère de la production (de l’autre côté de la « paroi de verre », disons), et en tous cas dans la contradiction centrale du capitalisme : l’échange de force de travail à un certain prix et l’extraction de plus-value.

je ne saisis pas bien pourquoi l'auteur se dit « d’accord, et plutôt deux fois qu’une » avec TC « la conception selon quoi "tout est question de revenus"... masque la réalité des rapports de production » alors que nombre de passages de son texte me semblent plutôt affirmer le contraire

On est donc face à un mouvement dans lequel un magma interclassiste s’auto-définit et affronte l’État (et non le capitalisme) [non, il n'affronte pas non plus l'État dans son rapport au Capital, sans quoi justement il affronterait le capital : ici c'est l'auteur qui bascule dans la vision des gauchistes, style "analyse de classe" du NPA]. Ce faisant, il s’auto-valide et valide l’État comme interlocuteur-adversaire. L’État, face à ça, aurait en quelque sorte le choix entre valider cet interlocuteur-adversaire informe et interclassiste, au risque d’un conflit durable et compliqué, avec des enjeux sans cesse mouvants ; ou bien l’invalider en en dévoilant les contradictions, au risque d’avoir face à lui un prolétariat « clarifié » (au sens du beurre clarifié), auto-conscient, et menaçant de s’en prendre à son « vrai » adversaire : les capitalistes. Dans l’un et l’autre cas il est vraisemblable que les forces répressives ont un rôle à jouer qui fait les cheveux se dresser sur la tête. Mais il ne faut pas oublier que ce sont les gens eux-mêmes qui font l’histoire.
des notes intéressantes, mais une analyse que je trouve confuse dans sa compréhension du rapport État-Capital, donc sa critique de l'économie politique. Assez paradoxalement, je me retrouverais davantage que cette critique 'communisatrice' (pour autant qu'elle s'en réclame ce que je crois comprendre) dans un point de vue classiquement et classistement marxien, sous réserve naturellement de voir la classe capitaliste comme la seule constituée et dans une lutte de classe en tant que telle. C'est pour moi la seule cohérence à trouver dans une filiation théorique à Marx expurgé de son programmatisme : le Capital, critique de l'économie politique !, donc de l'État dialectiquement dans cette "merde", pas comme hors de ce merde ou au centre formel de cette merde

quand l'auteur affirme « depuis, le mouvement a déjà en partie changé d’allure, et ce texte est à certains égards obsolète », je me demande si ses présupposés (théoriques ?) sont de nature à pouvoir faire changer son analyse, parce que fin décembre, on avait déjà tous les ingrédients d'une conjoncture dont les enjeux n'ont pas changé dans la réciprocité mouvement-pouvoir. La grande absence de cette analyse c'est au fond ce qui se passe en terme de restructuration politique, qui est l'enjeu du bras-de-fer continué par le Grand débat, et qui va déterminer l'issue d'étape de cette séquence sur le plan politique électoral avec les Européennes, avec ou sans référendum, et par la suite avec ou sans Macron dans une configuration de plus en plus fascisée où « les forces répressives ont un rôle à jouer qui fait les cheveux se dresser sur la tête »

pour être un peu vache, il y a quelque chose hors-sol dans cette analyse

PS : merci à Pepe@dndf comme réceptacle de ce texte et d'autres, que son blog est incapable de transformer en débat. Je préfère le continuer chez moi vu le sort qui m'a été réservé après la "trêve", et la complaisance pour les fumisteries durables et répétitives de Robin, dont le disque est rayé depuis qu'il se mêle de communisation. Il n'est véritablement pas acceptable d'envoyer un commentaire en se demandant s'il sera ou non publié, et sans comprendre la raison du choix. Ce blog a été fui, au fil des années, par tous ceux qui ont fini par admettre qu'il n'était possible que d'y avoir des débats truqués par Pepe et ses soutiers. Résultat : ils ont ceux qu'ils méritent

sur le sérieux théorique de certains "textes" : on a dans ce milieu un ensemble de "gens" qui ne connaissent Marx que par l'intermédiaire de la théorie de la communisation mal comprise, un Marx mal digéré malgré les nombreux extraits que TC en donne, et qui pourraient pourtant constituer un guide de lecture de ses œuvres, quand on veut connaître les fondements de cette théorie ou la critiquer d'un point de vue marxien. Autrement dit leur connaissance de Marx et du marxisme est sur pilotis, ce qui finit par poser un gros problème : leur amateurisme



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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Ven 18 Jan - 16:12

je poursuis la reprise de textes produits ailleurs mais rarement pris en compte pour discuter réellement. C'est une absence déplorable de mise en commun et de "travail collaboratif", de reconnaissance de problèmes, accords et divergences sur fond de sectarismes et petites censures et 'exclusions' typiques du "milieu radical", un véritable gâchis intellectuel et théorique, qui tranche singulièrement avec ce qu'on entend dire ici ou là des discussions "sur le terrain". Bref, l'esprit détestable du militantisme, et de chacun sa merde, qu'il prend pour de l'or, dans les tuyaux. C'est pourquoi, en confrontant ces textes, en les faisant jouer entre eux et avec mon point de vue, je continue de continuer le débat

débats continués
1. Alain de Benoist : la droite nationaliste franco-européiste théorise son adéquation au mouvement des gilets jaunes
2. Joseph Kacem : une appréciation locale optimiste intéressante mais a-théorique
3. Gilets jaunes : des hérétiques de la politique établie, Anne Steiner
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Punk%20GJ
empruntée à Joseph Kacem

3. Gilets jaunes : des hérétiques de la politique établie, Anne Steiner via Temps Critiques, 14 janvier

mes commentaires dessous

On lira ci-dessous l’entretien d’Anne Steiner et d’un journaliste du site Le Media presse paru lundi 14 janvier. Les analogies et les différences établies par Anne Steiner entre le mouvement des Gilets jaunes et les soulèvements ouvriers ou populaires du début du XXe siècle sont fructueuses. Elles permettent notamment de saisir en quoi l’actuel mouvement se situe dans la continuité des luttes du mouvement ouvrier révolutionnaire historique mais aussi, et surtout, en quoi il s’en écarte ; en quoi les Gilets jaunes s’affirment comme des hérétiques vis à vis des dogmes sur la lutte des classes encore en vigueur chez de nombreux militants de gauche aujourd’hui.
1/ Les Gilets jaunes ont commencé par des blocages sur des ronds-points et des ouvertures de péages. Depuis, le mouvement a évolué vers d’autres formes, avec en plus des rassemblements en grandes villes, qui sont souvent le théâtre d’affrontements musclés avec les forces de l’ordre. Sommes-nous passés des manifestations à l’émeute ?

Toute manifestation est susceptible de se transformer en émeute dès lors qu’elle n’est pas efficacement encadrée par un service d’ordre. Le modèle de la manifestation « raisonnable » avec autorisation préalable et trajet négocié s’est mis en place assez tardivement en France. Le premier exemple en a été la manifestation organisée à Paris, le 17 octobre 1909, pour protester contre l’exécution du pédagogue libertaire catalan Francisco Ferrer après qu’une première manifestation spontanée, le 13 octobre, ait tourné à l’émeute avec barricades, tramways et kiosques brûlés, rues dépavées, conduites de gaz mises à nu et enflammées, policiers revolvérisés… Mais c’est seulement après la première guerre mondiale que s’impose le modèle de la manifestation autorisée et contrôlée par les organisateurs eux-mêmes, un modèle qui, nonobstant quelques débordements en marge des cortèges, est resté dominant pendant plusieurs décennies.

On a pu voir durant la mobilisation contre la réforme du code du travail en 2016 que ce modèle vacillait et que les organisations syndicales n’avaient plus la force, ni peut-être la volonté, de s’opposer à la tentation émeutière portée par des éléments de plus en plus nombreux et déterminés. Mais il y a une grande différence entre la violence des cortèges de tête, esthétisée, codée, ritualisée même, et sous tendue par une théorie insurrectionaliste, et la violence des Gilets jaunes, beaucoup plus spontanée, non élitiste, au sens où tout un chacun, quelque soit son âge et sa vision du monde, peut s’y retrouver, y prendre part. Cette violence évoque, bien plus que celle portée par le cortège de tête, celle des cortèges indisciplinés de la Belle Époque « livrés au hasard des inspirations individuelles » que Jaurès, dans un plaidoyer en faveur du droit de manifester, opposait aux grands rassemblements de rue organisés sous le contrôle et la responsabilité du prolétariat lui-même.

Il y a chez les  Gilets jaunes un refus ou du moins une désinvolture par rapport aux règles établies depuis 1935 soumettant le droit de manifester à une déclaration préalable et à un itinéraire établi. Dès lors, leurs rassemblements peuvent être considérés comme séditieux et se voient exposés à une répression brutale des forces de l’ordre, ce qui suscite en retour une montée de la violence des manifestants, y compris de la part de ceux et celles qui n’avaient nullement l’intention d’en découdre avec les policiers et gendarmes. Le basculement de la manifestation à l’émeute advient d’autant plus abruptement qu’il n’y a pas d’intention préalable de commettre des violences, qu’il ne s’agit pas de détruire quelque misérable Mac Donald comme le premier mai 2018 pour se disperser ensuite, mais de livrer un combat à mains nues et à visage découvert jusqu’à l’épuisement d’une colère que rien ne peut venir apaiser. L’émeute survient quand la peur déserte les corps et les esprits, quand on ne craint plus les coups, les mutilations, les arrestations, les condamnations, quand la rage s’empare d’une foule sans leaders, ni organisation, sans « catéchisme révolutionnaire », quand elle s’empare de toutes et tous, sans aucune détermination préalable de genre, d’âge, de condition physique…

2/ Refus de toute représentation, de couleurs politiques et action directe : les Gilets jaunes ressemblent-ils à la CGT anarcho-syndicaliste ?

On ne peut pas comparer les Gilets jaunes, mouvement de masse protéiforme, à une organisation comme la CGT syndicaliste révolutionnaire qui, si elle refusait toute main mise des partis sur les syndicats, avait une vision claire des buts à atteindre et des moyens à utiliser. Il s’agissait de faire advenir une société sans classe ni état par l’action directe et par la grève générale.

En revanche, il est tout à fait possible de faire des analogies entre les grèves de la période syndicaliste révolutionnaire (1000 à 1500 grèves par an sur l’ensemble du territoire et dans tous les secteurs d’activité ente 1906 et 1912), et la mobilisation des gilets jaunes. Car ces mouvements surgissent souvent au sein de populations faiblement politisées, peu syndiquées, vivant dans des petites villes ou même des villages comme les serruriers de Picardie, les boutonniers de l’Oise, les chaussonniers de Raon l’Étape (je parle au masculin mais la part de la main d’œuvre féminine y est très importante). Le niveau de violence de ces conflits est souvent très élevé avec demeures patronales incendiées ou dynamitées, contremaîtres et patrons brûlés ou pendus en effigie, usines sabotées, bâtiments administratifs attaqués, et rudes affrontements avec la troupe.

Et l’on voit les victimes de ces exactions, découvrant comme au sortir d’un songe, la haine qu’ils suscitent dans le cœur de ces ouvriers et ouvrières qu’ils pensaient pouvoir continuer à opprimer, en toute impunité, à coups de règlements toujours plus draconiens, d’exigence de productivité accrue, de baisses de salaire. Exactement comme les classes dominantes sont prises d’effroi en voyant entrer brutalement en éruption ce peuple de « gilets jaunes » qu’elles croyaient apathique et à jamais vaincu, ce peuple qui a encaissé pendant plusieurs décennies les délocalisations, l’asphyxie des petites villes et des villages dans lesquels ils se trouvent relégués, la suppression des services publics, la perte de tout pouvoir de décision politique, la multiplication des taxes, et le mépris de moins en moins dissimulé des gouvernants.

Autre point commun, on observe dans les mouvements sociaux de la période syndicaliste révolutionnaire, une remise en question de la démocratie représentative, une méfiance par rapport aux partis politiques et par rapport aux députés qu’on appelle ironiquement les quinze mille ou les QM depuis que leur indemnité parlementaire est passée de 9000 à 15 000 francs annuel Pour améliorer leur condition, les acteurs de ces mobilisations croient davantage à la grève et à l’épreuve de force avec le pouvoir qu’à l’action parlementaire. Ils ne sont pas réformistes. Il y a un véritable désenchantement par rapport à la République qu’ils ont pourtant chérie.

3/ Contrairement aux émeutes anarcho-syndicalistes, tout se passe le week-end et il n’y a pas de manifestations en semaine. Comment l’expliquez-vous ? Les syndicats traditionnels sont-ils responsables de cet état de fait ?

Les mouvements émeutiers de la Belle Époque adviennent pour la plupart dans un contexte de grèves longues et dures. Et dans un tel cadre, la mobilisation est bien sûr quotidienne. Mais en revanche, la grande révolte des viticulteurs du midi en 1907 a un mode de mobilisation comparable à celui des gilets jaunes avec des rendez-vous hebdomadaires chaque dimanche, seul jour chômé de la semaine. Ils se retrouvent à 15 000 à Capestang le 21 avril 1907, 80 000 à Narbonne le 5 mai, 150 000 à Béziers le 12 mai, 250 000 à Carcassonne le 26 mai, 800 000 à Montpellier le 9 juin. On voit toute une population qui vit de la monoculture de la vigne se soulever contre la paupérisation qui la frappe. Comme les gilets jaunes, les viticulteurs du Languedoc, se disaient apolitiques et n’avaient comme interlocuteur que le gouvernement auquel ils demandaient une législation contre la fraude. À ceux qui s’interrogeaient sur leur appartenance de classe et leurs préférences politiques ou qui les accusaient d’être réactionnaires, ils répondaient : «Qui sommes nous ? Nous sommes ceux qui doivent partout : au boulanger, à l’épicier, au percepteur et au cordonnier, ceux que poursuivent les créanciers, ceux que relancent les huissiers, ceux que traquent les collecteurs d’impôts. Nous sommes ceux qui aiment la République, ceux qui la détestent et ceux qui s’en foutent »

Le mouvement des gilets jaunes ne démarre pas à partir d’une grève. Leur seul interlocuteur est l’État. Ils lui demandent une fiscalité plus juste et une hausse du salaire minimum puisque c’est à l’État qu’il revient de fixer ce montant. C’est une lutte de classes puisqu’elle pose le problème de la répartition des richesses et du pouvoir, mais elle n’a pas l’entreprise comme terrain. Aussi les syndicats sont ils hors-jeu. Et la seule réaction syndicale à la hauteur des événements serait un appel à la grève générale illimitée qui n’aurait bien sûr aucune chance d’aboutir. Certains salariés pourraient peut-être, profitant de l’affaiblissement de l’exécutif, se lancer dans un mouvement de revendication et utiliser l’arme de la grève. Mais quoiqu’il en soit, le principe des manifestations le samedi me semble très pertinent car il permet à tous, grévistes ou non grévistes d’y participer. Durant la mobilisation contre la réforme du code du travail, si les effectifs des manifestations, qui avaient toujours lieu en semaine, ont décru au fil du temps, c’est en partie parce qu’il était impossible à beaucoup de salariés de poser de nouvelles journées de grève.

4/ La question du rapport des forces de l’ordre reste ouverte. Le mouvement doit-il chercher à attirer une partie d’entre-elles ?

Au début du mouvement, il y a eu plusieurs tentatives de fraternisation avec les forces de l’ordre, notamment sur les ronds points. Et bien entendu, policiers et gendarmes auraient pu se retrouver dans les revendications des Gilets jaunes puisqu’ils partagent les mêmes conditions de vie, salaires modestes, et souvent habitat péri-urbain. Mais dès les premières manifestations en ville, les Gilets jaunes ont fait l’expérience de la répression, ils ont été tour à tour nassés, bloqués, aspergés de gaz lacrymogènes, soumis à des tirs de LBD ou de grenades offensives, matraqués. Cela a détruit toute illusion d’un possible passage à la sédition des forces chargées de maintenir l’ordre. Seul rempart du gouvernement contre la colère du peuple, celles-ci ont obtenu la compensation financière qu’elles réclamaient et, selon toute vraisemblance, elles tiendront bon.

Pour beaucoup de Gilets jaunes, qui n’avaient jamais manifesté, et qui, dans leur ensemble, ne nourrissaient aucun sentiment d’hostilité à l’égard de la police, cette brutale confrontation avec la répression a constitué un véritable choc. Elle a fait naître une haine incommensurable et une volonté d’en découdre, suscitant en retour un accroissement des brutalités policières. Le nombre de blessés graves est impressionnant. Une femme, qui ne manifestait même pas, a été tuée à Marseille sans qu’on entende le ministre de l’intérieur ou le chef du gouvernement s’excuser. Si la victime collatérale de ce tir de grenade avait été une habitante des beaux quartiers de la Capitale, gageons qu’elle aurait eu droit à davantage d’égards ! Il est, de même, tout à fait inédit d’entendre un ancien ministre, de l’Éducation nationale qui plus est, regretter que les forces de l’ordre ne puissent tirer, à balles réelles, sur les manifestants. On peut se demander d’ailleurs, si en l’absence de toute réponse politique, cela ne va pas finir par arriver.

5/ Des Gilets jaunes ont tenté, en décembre, de bloquer le marché de Rungis, qui alimente Paris et sa région. Lors d’une précédente interview, vous expliquiez : « Aujourd’hui, il faut faire la grève générale de la consommation, c’est le seul levier sur lequel nous pouvons agir. C’est-à-dire qu’il faut réduire de façon drastique sa consommation de biens industriels, se détourner au maximum des circuits marchands, et produire autrement ce que nous considérons comme nécessaire à notre bien-être. Le capitalisme ne survivrait pas à une désertion en masse de la consommation. » Les Gilets jaunes peuvent-ils se diriger vers cela ?

Les Gilets jaunes ont bloqué également des centres commerciaux et des dépôts de marchandises. Et leurs manifestations hebdomadaires en centre ville ont eu comme résultat de faire drastiquement chuté les achats au moment crucial des fêtes de fin d’année. Ces fêtes, qui auraient pu sonner le glas du mouvement, n’ont pas entamé le moins du monde la détermination des protestataires. Et c’est là que peut résider l’espoir de voir le mouvement évoluer vers une remise en cause des pratiques habituelles de consommation. Nombre de gilets jaunes ont affirmé qu’ils ne ripailleraient pas comme le veut la tradition et qu’ils préféraient passer le moment du réveillon dans les cabanes édifiées sur les rond points, ces micro ZAD. Ils ont expérimenté le goût de la commensalité, comme dans les soupes communistes des grèves d’antan, où l’on collectait des aliments que l’on préparait et mangeait ensemble. De ces expériences inédites, de nouvelles pratiques de consommation peuvent naître. Elle peuvent amener à se détourner de la nourriture industrielle nocive et finalement coûteuse pour produire, échanger et partager de quoi manger. Mais aussi à fabriquer ou à recycler vêtements et objets divers, à mutualiser certains biens comme les véhicules. Au niveau local, sans passer par les applications qui transforment tout ce qui relevait du don, du prêt, du partage, en marchandise.

Actuellement de nombreux Gilets jaunes sont décroissants par obligation et sous-consommateurs par nécessité, ils peuvent très bien le devenir par choix s’ils perçoivent la charge subversive de tels comportements. Cela n’adviendra pas en quelques semaines, il faudra du temps, mais quelle que soit son dénouement, cette lutte ne laissera pas indemnes ceux qui l’ont menée et il se peut bien qu’elle les conduise sur ces chemins là.
texte intéressant bien que pas dans mes cordes théoriques :
. j'y retrouve l'idée un peu paradoxale que le mouvement des gilets jaunes, du moins au début par son caractère revendicatif non encore politique, avait quelque chose de syndical sans syndicat, 26 novembre : 2. au-delà de revendicative, la nature syndicale du mouvement, que creuse l'auteure dans sa comparaison avec l'anarcho-syndicalisme
. les faits comparés, du point de vue "armé" sont quand même très sollicités
. généraliser la « transformation susceptible de la manifestation en émeute » me semble outrancier du fait que celle-ci, et le terme est discutable, n'a jamais engagé qu'une faible partie des manifestants, si l'on compare avec les émeutes de novembre 2005 ou celles aux États-Unis
. affirmer « C’est une lutte de classes puisqu’elle pose le problème de la répartition des richesses et du pouvoir, mais elle n’a pas l’entreprise comme terrain » est quasi contradictoire dans les termes pour un marxiste, puisque la lutte de classes, au-delà de la revendication, est justement un refus du partage des richesses et du pouvoir
. une bonne question, puisqu'on sait, par le Canard enchaîné, que l'option "tir à balles réelles" a été envisagée :
Il est, de même, tout à fait inédit d’entendre un ancien ministre, de l’Éducation nationale qui plus est, regretter que les forces de l’ordre ne puissent tirer, à balles réelles, sur les manifestants. On peut se demander d’ailleurs, si en l’absence de toute réponse politique, cela ne va pas finir par arriver.
. quant à la conclusion, pour les raisons déjà répétées, nous voilà radicalement divergents, non dans ce qui pourrait arriver, mais dans l'espoir que ça vienne
Actuellement de nombreux Gilets jaunes sont décroissants par obligation et sous-consommateurs par nécessité, ils peuvent très bien le devenir par choix s’ils perçoivent la charge subversive de tels comportements. Cela n’adviendra pas en quelques semaines, il faudra du temps, mais quelle que soit son dénouement, cette lutte ne laissera pas indemnes ceux qui l’ont menée et il se peut bien qu’elle les conduise sur ces chemins là.

2. une appréciation locale optimiste intéressante mais a-théorique


pour moi, un texte de théorisation de la lutte implique une connaissance de situations particulières concrètes, - c'est le cas ici d'une situation vécue, mais généralisée -, une vision générale de la dynamique du mouvement, - ce texte n'en parle pas, et ne l'a pas -, et un minimum de moyens théoriques, l'auteur reconnaît là ses limites et passe la main : « je n'ai ni les capacités ni la maîtrise des outils théoriques nécessaires à  une analyse plus profonde et je délègue bien volontiers ce travail à des personnes plus compétentes. » C'est toujours mieux que du Robin...

je ne me sens pas "compétent" pour théoriser quelque chose d'aussi partiel, et si peu de faits : combien sont-ils par exemple ? Par ailleurs, ils semble que les lieux de blocage, ronds-points, assemblées... se soient regroupés par tendance, si bien que les unes ne voient plus les autres, ici, il n'y a pas de "FI, gauchistes..." et là, pas de "beauf-réacs-fachos", on montre à l'envi des vidéos où l'on a chassé les "fachos", les dieudonnistes", etc. mais est-ce que si dynamique populiste-nationaliste il y a, elle est à chercher dans ces affrontements ?

je me garderai donc de commentaires sur cette situation que je ne connais pas, ferai des réserves sur l'utilisation de catégories et concepts pas forcément adéquats, et retiendrai ce témoignage comme n'allant pas dans le sens de ce que je vois et comprends du mouvement dans sa dynamique. Je lui conseillerais, pour être plus utile, de donner davantage de faits et propos, et d'éviter de les généraliser d'emblée

Quelle place les ouvriers ubérisés ont-ils dans la conflictualité de classe ?

- Au vu du nombre de ces ouvriers ubérisés que nous rencontrons sur les rassemblements de Gilets Jaunes en Cévennes, la question mérite d'être posée et ne peut être balayée du revers de la main pour les ranger dans le tiroir des commerçants artisans dont nous ne connaissons que trop bien les positions.

Pour commencer, qu'est-ce qu'un ouvrier ubérisé ?

- Strictement parlant, localement, c'est un salarié dont le CDD n'est pas renouvelé et que son ex-employeur réembauche comme sous-traitant en l'incitant à prendre le statut d'auto-entrepreneur.

Les collectivités territoriales, le commerce et les sociétés du BTP sont en tête des secteurs ubérisant leurs propres ouvriers, vendeurs et techniciens.

L'ouvrier ainsi ubérisé croit gagner en autonomie, mais les sirènes de l'entrepreneuriat se taisent assez vite. Et voilà notre bonhomme qui perd en pouvoir d'achat (généralement une perte de 30% pour une augmentation du temps de travail difficile à
quantifier), en capacité de négociation avec son employeur principal (il est seul, donc aucune action collective ne semble possible) et qui, en plus, se tape tout le boulot administratif (déclarations sociales, etc) puisqu'il n'est plus salarié mais entrepreneur sous-traitant.

- Si on élargit un tant soit peu cette notion d'ubérisation à l'ensemble du champ de la main-d’œuvre productive, la population ubérisée explose. Du chômeur invité à créer son entreprise "multi-services" (petits travaux, jardinage, etc) en passant par les
régisseurs de résidence secondaire (dont l'activité consiste à faire les lits, les jardins ou aérer les maisons avant que les colons débarquent pour les vacances), ce sont autant de secteurs autrefois constitués de sociétés salariantes qui ont disparu au profit
d'une atomisation de la classe. Pour le même travail, le travailleur est moins payé (autant du point de vue tarifaire qu'avec le recours aux chèques emploi-service), plus zélé pour conserver sa part de marché et largement plus docile (car isolé, sans collègue avec qui discuter d'une condition commune).

- Enfin, si on élargit jusqu'au fin fond de la condition même de créateur de plus-value (bénéfices brut d'activité) devant limiter sa valeur ajoutée (son salaire) pour offrir services et produits concurrentiels, nous découvrons une myriade d'autoentrepreneurs sortie des statistiques du chômage, ne disposant que très rarement de leurs propres outils de travail (reste à rembourser les crédits dans les 3/4 des cas).

Ceux-là vendent tout et n'importe quoi, sont parfois dans la restauration rapide. Beaucoup de cette catégorie-ci sont des petits paysans ; et même si le statut agricole n'est pas celui de l'auto-entrepreneuriat, cela revient au même, car la pression à fournir un produit ou un service toujours moins cher conduit invariablement à maintenir le niveau de vie de la seule classe moyenne tout en conduisant les petits  "entrepreneurs" ou les paysans à une ruine certaine - faute de rémunération, car c'est sur la rémunération que ça gratte pour vendre moins cher. Peu importe si la durée de vie de ces activités est courte : les chômeurs prêts à prendre le relais sont légions.

Ces auto`-entrepreneurs ruinés, ou en passe de l'être, sont très présents dans le mouvement des Gilets Jaunes en Cévennes. Ils furent, en de nombreuses localités, les premiers à rentrer en conflit avec les commerçants et artisans installés, notabilités du tiroir-caisse ou de la bétonnière qui sont fréquemment ceux qui leur achète leurs services.

Si certain furent réceptifs au discours poujadiste qui voulait les aliéner à la lutte contre le régime social et les charges qu'il implique, beaucoup en sont revenus.

A cette heure, le prolétariat en tant que classe "d'hommes libres ne disposant que de leur force de travail pour assurer leurs survie" est en cours de reconstitution [la formulation est gênante, cette situation, l'exploitation, existe, dire que l'on passe à la reconstitution de classe, voire...]. La conscience d’appartenir à la fraction démographique qui est exploitée, pressurisée et sur le dos de laquelle la notabilité, la bourgeoisie et les infrastructures du régime d'oppression s’appuient - cette conscience d'être de la viande à profit pour les autres s’épanouit comme un champignon atomique, et nos travailleurs ubérisés s'inscrivent absolument dans cette dynamique de la reconstitution de la classe. [je me demande en quoi tous les ouvriers, d'usine entre autres, ne sont pas conscients d'être exploités, est-ce que cela suffit à aller vers une (re)constitution en classe (révolutionnaire), avec quel contenu, c'est une autre paire de manche...]

Pour toutes ces raisons, la notion inter-classiste de « peuple » n'a plus aucun sens (sauf peut-être pour les illuminés de service) car, à force de confrontations et d'échanges, l'idée de « peuple » s'efface peu à peu des critiques produites au profit des notions plus justes de « paysans » et de « prolétaires » [je suis assez sensible, on l'imagine, à ces notions, surtout quand les "paysans" sont des "prolétaires. Rappelons toutefois que "peuple" a deux acceptions au moins, une nationale/ethnique et une populaire, les gens d'en-bas, dans l'un et l'autre elle a un sens et n'est pas qu'un mythe. Ici les deux sens participent de la dynamique générale, fortement populaire et populiste-nationaliste]. L'ouvrier ubérisé,, comme le chômeur ou le paysan, se reconstituent en effet en classes conscientes et soucieuses de leur unité en affrontant les mêmes adversaires, en subissant les mêmes sanctions imposées par le régime de la propriété capitaliste. Ce phénomène est précisément ce qui semble donner un second souffle au mouvement des Gilets Jaunes dans les Hautes Vallées (et mon sentiment, c'est que dans de nombreux autres secteursgéographiques, il se passe la même chose). [remarque intéressante, sous réserve d'étayer ce "sentiment" par des situations le montrant]

Les classes [?] en question n'ont peut-être pas le bagage théorique pour réaliser ou formuler les choses ainsi, mais elles ne sont pas idiotes [en gros ce que disait Althusser présentant Le Capital : les ouvriers ont l'expérience de classe immédiate, les intellos, il leur faut passer par la théorie]. Ce sont elles qui, les premières, sont confrontées et limitées par la classe qui les emploie et les rançonne en loyer. Les classes en question n'ont pas le mot « révolution » qui se pointe toutes les deux phrases [c'est déjà ça], mais ce sont bien elles qui envoient se faire foutre les chefs autoproclamés des Gilets Jaunes qui les bassinent avec le RIC et autres projets de sortie de « crise ». [le RIC est-il toujours porté majoritairement dans le mouvement, avec l'appui massif de la population selon les sondages : oui, ou non ?]

Prolétaires et paysans [le marteau et la faucille ?  scratch ] sont bien dans la « crise » et d'ailleurs, leur première victoire c'est de rester unis, ensemble et combatifs, car les voilà fiers de leur révolte, heureux de leur solidarité. Et ça, ils s'en sont emparés. Personne ne le leur a cédé.

Il est de plus en plus clair et net que le conflit des Gilets Jaunes est celui d'un prolétariat-paysannerie se reconstituant contre une bourgeoise locale, nationale et mondiale qui ne lui offre que misère, épuisement et isolement. La formulation en ces termes n'est qu'une question de temps, au final. [cette généralisation enthousiaste n'engage que l'auteur]

Pour ma part, je n'ai ni les capacités ni la maîtrise des outils théoriques nécessaires à  une analyse plus profonde et je délègue bien volontiers ce travail à des personnes plus compétentes. Toutefois, je tenais à préciser et à partager avec vous ces premières observations et analyses sur ce début d'année 2019.

C'est chose faite.
quand je lis en haut du blog "Vite, vite, suivez Joseph Kacem, vous ne savez pas jusqu'où il vous mènera, et c'est ça qui est bon." (Serge Quadruppani, écrivain), ça ne m'empêchera pas de le lire, mais sûrement pas de le suivre avec Quadruppani (ce serait son frère-ennemi Guillon, anarchiste de maisons d'éditions, que ce serait pareil). Ce Kacem me semble mériter mieux, mais c'est son affaire

1. la droite nationaliste franco-européiste théorise son adéquation au mouvement des gilets jaunes
il n'y a pas que chez les 'communisateurs que « nos débats continuent…» (dndf). Dans les termes où les posent la Nouvelle-Droite, elle me semble davantage en phase avec ce qui se passe... et ce qui vient. Sa vision théorique est de plein pied avec le nationalisme franco-européen des variantes populistes de droite de Le Pen, Philippot, Asselineau, Lassalle, Identitaires d'ultradroite, Francis Cousin... avec leurs accords et divergences, naturellement. On baigne dans la partie droite de l'Idéologie française qui trouve aussi des échos dans la Lettre aux Français de Macron


BREIZH-INFO : Le grand débat national pourrait faire pschitt avant même d’avoir commencé. Les Gilets jaunes eux, poursuivent leurs actions, en bénéficiant d’un soutien de l’opinion. En ce début d’année 2019, alors que la France traverse une crise majeure, nous avons fait le point sur ce sujet avec Alain de Benoist, tout en évoquant également le Président Bolsonaro ou encore l’arrestation du terroriste Cesare Battisti.

BREIZH-INFO. Tout d’abord en France, le mouvement des Gilets jaunes se poursuit, tandis que s’annonce un grand débat national qui semble n’intéresser personne. Où va-ton ?

ALAIN DE BENOIST : Que le mouvement des Gilets jaunes se poursuive encore et que plus de la moitié des Français souhaitent voir ce mouvement se poursuivre est déjà un événement extraordinaire. Je m’en réjouis, bien sûr. Après une période d’inquiétude, les médias se plaignent maintenant d’avoir fait l’objet de « violences » sans se s’interroger un seul instant sur les raisons de leur discrédit. Le chef de l’État écrit des lettres et organise un « grand débat » dont on sait d’avance qu’il ne répondra pas aux attentes essentielles des Gilets jaunes. Tout cela serait risible, si cela ne relevait pas d’un mépris de classe qui s’avère apparemment indéracinable. Cela dit, il est vain de se demander sur quoi le mouvement peut déboucher.

Il a déjà débouché sur ce qui faisait sa raison d’être : rendre visible la partie la plus française de la France. Pour le reste, les causes n’ayant pas changé, il faut s’attendre à un nouvel épisode dans l’ordre des conséquences. C’est la raison pour laquelle j’ai parlé de « répétition générale ».

BREIZH-INFO. La question cruciale de l’immigration est reléguée au second plan, y compris par les meneurs des Gilets jaunes (alors que sur certains ronds-points, elle est très présente). N’est-ce pas pourtant la préoccupation principale ?

ALAIN DE BENOIST : C’est en effet une préoccupation dont on sait très bien qu’elle est présente à l’esprit des Gilets jaunes (et c’est un euphémisme). Mon hypothèse est qu’ils ont très bien compris qu’en mettant ce problème en avant, ils auraient donné des raisons supplémentaires de les diffamer à ceux qui les détestent, ce qui aurait permis de faire l’impasse sur leurs autres revendications. N’oubliez pas que, lorsque des Gilets jaunes ont découvert des migrants clandestins dans un camion qu’ils contrôlaient, et qu’ils les ont remis à la police, cela a suffi à déclencher contre eux une plainte de la CGT des Douanes (!). L’explication vaut ce qu’elle vaut, mais on ne peut oublier qu’il n’y a populisme que lorsque l’insécurité culturelle (l’immigration) s’ajoute à l’insécurité sociale (le pouvoir d’achat).

Or, ce sont les classes populaires et la fraction inférieure des classes moyennes qui sont le plus victimes de cette double insécurité Si le référendum d’initiative populaire (ou « citoyenne ») était adopté, les choses pourraient devenir beaucoup plus claires, mais on sait bien qu’il y a toutes chances pour que les pouvoirs publics s’arrangent pour exclure l’immigration des questions qu’il serait possible de poser.

BREIZH-INFO. Vous avez vivement critiqué le programme de Jair Bolsonaro au Brésil. Pourquoi ?

ALAIN DE BENOIST : Indépendamment du fait que l’homme m’est profondément antipathique, la réponse est simple : j’ai critiqué le programme de Jaïr Bolsonaro parce que c’est un programme libéral (et même ultralibéral) et que je suis un adversaire du libéralisme.

BREIZH-INFO. Par ailleurs, un mot sur l’arrestation de Battisti ?

ALAIN DE BENOIST : Je vais sans doute encore choquer quelques bons esprits, mais je ne suis pas de ceux qui se réjouissent de l’arrestation de Cesare Battisti. Les faits qui lui sont reprochés sont vieux de quarante ans et s’inscrivent dans le cadre d’un contexte politique (les « années de plomb ») qui est aujourd’hui révolu. En pareil cas, je suis partisan de l’amnistie. Carl Schmitt, qui a écrit de très belles pages sur ce sujet, a maintes fois rappelé que, par opposition à la loi du talion qui ne veut jamais rien oublier, l’amnistie est l’une des formes les plus civilisées de la pensée et de la pratique judiciaires en Europe. C’est aussi mon avis.

Propos recueillis par Yann Vallerie
tout s'emboîte à merveille, n'est-il pas ? Avis, donc, aux irréductibles gauchistes qui voudraient encore changer la dynamique inéluctable du mouvement des Gilets jaunes dans son rapport de réciprocité au pouvoir et aux perspectives de la restructuration politique

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Dim 20 Jan - 13:23

complété, car Paris lutte ! affraid
un Acte X sans inconnue ?

je reprendrai ces débats continués quand sortiront des textes dignes d'intérêt théorique. Pour l'heure, quelques remarques en lien avec le suivi de l'Acte X auquel je renvoie pour les détails de l'histoire, mais d'abord A Small Conversation with Rebel Workers @rebel_workers, des camarades de la gauche autonome ayant l'avantage d'être trilingues et, si c'en est un, non européens : ils sont je crois Guyanais, ce qui peut expliquer davantage de distanciation de l'événement qui emballe la gauchosphère
@IcingSugar4 a écrit:Des partisans de Dieudonné qui sécurisent et s'interposent entre flics et manifestants, très problématique en effet pour ceux qui nous les vendent comme des nazis fascistes à moitié loup Garou.
@rebel_workers a écrit:Donc des nazis qui sécurisent une manif c'est plus des nazis parce qu'ils sécurisent une manif ? Ou comment faire un tweet-dialectique à 2 balles. Si vous croyez qu'un nazi en 2019 c'est un antisémite négationniste bah non en fait c'est pas ça. La magie de tweeter en gros.
Patlotch a écrit:toute la "dialectique" de cette merde, c'est la dynamique inéluctable de ce "mouvement" : nationaliste franco-européenne, Macron et les #GiletsJaunes en réciprocité, Le Pen en arbitre. Les gauchistes en tous genres ont de la merde dans les yeux
exemple de gauchisme en version "libertaire anarchiste"
ou le subjectivisme gauchard dans toute sa splendeur
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 DxV211fX0AAl7Aj
Aternative Libertaire officiel a écrit:AL officiel @alternativelib 10h
#GiletsJaunes - Rien n'est fini, tout commence : construisons la #grèvegénérale ! Généralisons la #colère, construisons la #grève. Et que celle-ci soit aussi déterminée et incontrôlable que la mobilisation des gilets jaunes !
petit ajout en direct de Paris-Luttes.Info
Jaunes de rage pour toujours ? - Alternative Libertaire
Comment évolue le mouvement des gilets jaunes ? Quelle place peuvent avoir des revendications sociales dans les événements parisiens ? Analyses, perspectives, ce sera notre apéro débat mensuel de janvier.

Si l’on écoute les médias dominants, le mouvement se radicalise et penche du côté de l’extrême droite [j'ai l'honneur d'être "un média"]… Si l’on entend ce que nous racontent les camarades qui sont sur les ronds-points [quels ronds-points ?], on n’a pas la même chanson !

Quelle place peuvent avoir des revendications sociales dans les événements parisiens ? [la place de revendications d'abord, et voir lesquelles ensuite...] Deux jours après « la grande assemblée des assemblées », le rassemblement de gilets jaunes qui a été appelé par le groupe de Commercy, nous vous invitons à venir échanger avis, analyses, perspectives…

Ce sera l’apéro-débat mensuel de janvier du groupe local Grand Paris Sud d’Alternative Libertaire, le lundi 28 janvier à partir de 19h30, au Kaf Conç (114, rue de Tolbiac, Paris 13e, M° Tolbiac ou Olympiades).
l'abus d'alcool est dangereux...

pour le reste :
- ça rentre dans le rang
confirmation de mon intuition dès le 22 novembre : 2. au-delà de revendicative, la nature syndicale du mouvement, cette évolution accompagne, logiquement, "les urnes descendues dans la rue". Cela ne fait pas tout le mouvement, mais correspond dans la forme à sa dynamique de fond. "Syndical" ne s'entend pas ici comme encadré par les Confédération, mais davantage dans une comparaison avec l'anarcho-syndicalisme (voir plus haut le texte d'Anne Steiner publié par Temps Critiques, et mes commentaires : "des hérétiques de la politique établie" pas si hétérodoxes que ça...)
A Paris, un « acte X » des « gilets jaunes » aux allures de cortège syndical Le Monde 06h36

- les sondages moins fiables que nos désirs et impressions ? Ce qui devait arriver arriva
quand ils sont dans la logique de ce qui se passe, non
La cote de popularité d’Emmanuel Macron remonte de quatre points en un mois, à 27 %

le reste de mes constats sur l'Acte X étaye en gros ces considérations, y voir néanmoins des infos intéressantes

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Jeu 24 Jan - 19:17

il faut absolument lire le texte d'Henri Simon, j'y ai ajouté quelques commentaires, d'autres suivront

deux textes pour les débats continués
1. un mouvement écologiste ? Les Gilets jaunes sont le premier mouvement social écologiste de masse, Patrick Farbiaz
2. l'ultragauche traditionnelle a écrit : Gilets jaunes ? et après ? Henri Simon, Échanges
3. en guise de mise en bouche

3. en guise de mise en bouche

de la revue d'Alain de Benoist
Eléments n°10 : le laboratoire du populisme, des Gilets Jaunes à l’Italie

[size=1e]signalée, non visionnée, voir textes plus haut[/size]

misère du subjectivisme et de l'objectivisme gauchiste
en version institutionnelle/NPA/Comité Central de Syrisa (Unité populaire), par le franco-grec Stathis Kouvélakis, "professeur en théorie politique à King’s College (Londres)" : Gilets Jaunes, l’urgence de l’acte Contretemps 19 janvier, texte auquel est associée l'historienne Ludivine Bantigny, "spécialiste de l'histoire de Mai 68"

Ne le cachons pas, l’issue est encore ouverte mais les risques sont majeurs, à la hauteur de l’enjeu. Une lutte est en cours pour déterminer dans quel sens se dirigera la colère populaire et l’aspiration diffuse à la justice et à la démocratie dont elle est porteuse. Une chose est toutefois certaine : s’abstenir d’agir est la garantie certaine de la catastrophe.
Yves Coleman veille... Pour une fois ses références "de classe" ne tombent pas à plat
Facebook sert l’extrême droite. Et l’extrême droite pilote les Gilets jaunes depuis Facebook Yves Coleman, Ni patrie ni frontières 20 janvier
une fois n'est pas coutume, sur ce coup je pense que YC a au moins flairé la dynamique et l'issue la plus probable. Il a raison aussi d'inviter à parcourir les réseaux facebook des Gilets jaunes, c'est long et fastidieux, mais oh combien instructif
Facebook est un outil politique qui a servi à faire élire Bolsonaro au Brésil et Trump aux Etats-Unis. L’extrême droite française l’a compris et ce n’est pas un hasard si les "messagers" (en réalité les dirigeants non élus) les plus médiatisés des Gilets jaunes ont effacé leur historique sur Facebook pour dissimuler leurs amitiés d’extrême droite... ou mélenchonistes. [on peut admettre qu'ils ont compris s'être fait récupérer, mais bon, le résultat est que l'extrême-droite avance masquée, discrètement, dans un milieu ignare politiquement]

Face aux giletophiles gauchistes et anarchistes qui ne comprennent rien à la façon dont les groupes Facebook façonnent les idées et les comportements d’une grande partie des Gilets jaunes qui se nourrissent uniquement de Facebook, il est vital de diffuser ce texte.

Cela fera peut-être réfléchir quelques-unes des autruches anarchistes, trotskistes, autonomes ou ultragauches qui non seulement sont incapables de changer l’orientation idéologique de ce mouvement (dont on verra rapidement la traduction réactionnaire dans les urnes au moment des élections européennes) mais qui en plus réussissent à réaliser le Front unique avec la base sociale de l’extrême droite dans les rues et sur les ronds-points, et à faire croire que ce mouvement pourrait prendre une tonalité anticapitaliste grâce à leur participation groupusculaire.

Nous voilà revenus au bon vieux temps de la ligne Schlageter du Parti communiste allemand. Ligne prônée aujourd’hui par des nostalgiques comme par de virulents critiques du stalinisme... S’il est vrai que l’histoire ne se répète jamais, il est aussi vrai que certains n’apprennent jamais rien de leurs erreurs passées, ou des erreurs similaires commises par d’autres.

2. Gilets jaunes ? et après ?
Henri Simon Echanges n° 165 (automne 2018)

les pieds sur terre et ne prenant pas ses désirs pour des réalités, Henri Simon rejoint par beaucoup mes constats et analyses (je le souligne en gras dans son texte), à ceci près que nos présupposés pour la suite peuvent être différents. Il parle d'« échec programmé » mais sans cerner, sauf d'un mot à la fin, la dynamique réciproque entre le mouvement et le pouvoir, si bien que selon d'où l'on parle, cette échec pourrait être autant une victoire de ce qu'on nommait jadis "la collaboration de classe". J'y reviendrai
Henri Simon a écrit:Le propre d’un mouvement qui s’affirme dans ses revendications et dans le temps est d’être en mouvement. Il naît dans un milieu défini comme consé­quence d’un ensemble de circonstances et il évolue inexorablement comme tout organisme social vivant : s’il se développe ou seulement prend de l’ampleur par sa seule durée, ses objectifs se modifient, passant du particulier au général ; d’autres participants viennent s’y agglutiner, contribuant à la modification des stratégies et des objectifs. Cependant, s’il stagne ou s’il rétrécit, des divergences masquées dans la dynamique du mouvement apparaissent au grand jour, accélérant sa dislocation. De toutes façons, sauf à s’étendre à une dimension telle qu’il mette en cause dans un territoire de plus en plus étendu les fondements mêmes du système capitaliste, il doit affronter nationalement ce système qui, à un degré ou un autre, va chercher à le contrôler et à y mettre un terme par un mélange de répression, de concessions partielles, d’intégration ou tout simplement atermoyer pour le laisser mourir de sa belle mort.

Le mouvement des « gilets jaunes » n’échappe pas à cette logique de l’évolution de tout mouvement social et n’y échappera pas s’il reste dans l’état actuel. Ceci quels que soient les soubresauts qui peuvent matraquer les désespérances devant un échec programmé.

Les « gilets jaunes » sont nés d’une révolte qui unifie dans une protestation multiforme certaines catégories sociales (non définissables globalement en termes de classe) à la fois contre un système (forcément individualisé) qui rend difficile leur vie et vains leurs espoirs d’une situation meilleure. Si « une goutte de diesel a fait déborder, comme on l’a entendu partout, le vase » déjà plein de frustrations quotidiennes diverses et donné voix à leur détresse auparavant inaudible pour les dirigeants de toutes sortes, il est évident que cette situation s’est construite peu à peu au fil des décennies précédentes et qu’aucune réponse n’y a été apportée par les gouvernements successifs. Cela a entraîné une désaffection et une distanciation avec la politique en général, les partis traditionnels et les syndicats : finalement le mouvement des « gilets jaunes » n’est que l’aboutissement actif de ce qui était intériorisé auparavant. Cette situation fait boule de neige : la surdité des « corps constitués » et des « médiations habituelles » entraîne cette désaffection, et celle-ci entraîne une impuissance encore plus grande à tempérer ces problèmes croissants du quotidien. Peut-être le fait que Macron avait quelque peu bousculé toutes ces médiations traditionnelles abandonnées (la cause de son succès) l’a-t-il rendu porteur, à son insu, d’espoirs « d’être entendus », espoirs qu’il ne pouvait que décevoir, emprisonné dans sa volonté de réformes radicales – qui de plus ont créé des mécontentements divers des évincés des structures réformées (des reportages ont signalé que nombre de ceux qui avaient voté Front national espéraient en secret voir Macron accomplir une partie de ce qu’ils souhaitaient).

UN ASSEMBLAGE DE RÉVOLTES
Cette défiance généralisée de la politique et des politiciens, ce refus de la représentativité, maillon essentiel du système parlementaire, peuvent-ils déboucher sur une contestation globale du système capitaliste lui-même ? De même, ces propositions d’une « démocratie de base » peuvent-elles conduire à une telle orientation ? Au stade actuel, et malgré quelques déclarations isolées, nul ne peut le prévoir.

Comme le mécontentement et la méfiance de toute représentation touchent toutes les classes sociales, sauf bien sûr les capitalistes et les hauts revenus, on retrouve dans ce mouvement un assemblage hétéroclite de participants actifs unis seulement par cette « révolte » (pas une insurrection, encore moins une révolution, tout au moins pour le moment, y compris dans les perspectives générales) avançant un ensemble de revendications que devrait satisfaire un système politique qu’il conteste par ailleurs (un évident paradoxe) ; qu’il s’agisse de revendications matérielles immédiates mais aussi d’une réforme politique vers des structures nouvelles dans lesquelles ils « seraient entendus » c’est-à-dire où ils pourraient s’exprimer et émettre plus que des vœux. Mais sur ce point de se voir dévolu un certain pouvoir, sauf la question d’un référendum, tout reste flou et très imprécis.
Cette seule unité d’une révolte sur des situations matérielles et une nouvelle organisation politique dans laquelle ils puissent donner de la voix (et peut-être décider) fait que l’on trouve dans ces « gilets jaunes » aussi bien des artisans, commerçants et patrons de PME que des précaires de toutes sortes : salariés aux faibles revenus (vu leurs conditions de travail, intérim, CDD, temps partiel, etc.), chômeurs ou bénéficiaires du RSA, retraités aux faibles pensions.

Si le mouvement touche plus particulièrement la France profonde, la campagne plus que les grandes villes, il s’articule pourtant à la fois sur des blocages (pas vraiment bloquants d’ailleurs, mais présents à un grand nombre de carrefours routiers, les fameux ronds-points dont le nombre a été multiplié providentiellement dans les années écoulées) et sur des manifestations du samedi qui se répètent depuis plusieurs semaines dans les villes proches. Ces manifestations prendront un tout autre caractère que les blocages routiers en polarisant d’autres oppositions politiques.

Le fait que l’on trouve ce localisme partiel du mouvement des « gilets jaunes » et qu’il regroupe ainsi, pourrait-on dire, l’ensemble de la population locale toutes classes confondues, tient à une désertification des campagnes ­remontant aux années 1950 qui virent des mouvements de défense des classes moyennes laminées prendre un caractère politique (mouvement Poujade en 1956, CID-Unati de Gérard Nicoud en 1969-1980). La mécanisation de l’agriculture liée au remembrement avait entraîné un exode important des ouvriers agricoles vers l’industrie des villes : l’extinction du petit commerce et de l’artisanat est venu directement du tarissement de la clientèle du petit commerce rural. L’implantation des super et hypermarchés a réduit le peu qui subsistait de cette classe, et plus récemment le commerce en ligne a accentué encore cette réduction de la place du petit commerce, y compris la supérette du coin.

Avec cette mutation, la voiture a pris bien plus d’importance vitale que dans les villes : les survivants du petit commerce et de l’artisanat ont dû par des tournées élargir leur champ d’action. Les sédentaires survivants, retraités, salariés des nombreuses usines moyennes subsistant dans les campagnes ou des hypermarchés, doivent obligatoirement utiliser la voiture devant la ­carence des transports publics (d’autant plus que pour des raisons d’économie de nombreuses lignes de chemin de fer secondaires ou des gares non rentables ont été supprimées). On ne peut négliger cette composante des survivants de ceux qui étaient les classes moyennes traditionnelles, mais leur participation aux « gilets jaunes » ne donne pas à ce mouvement le caractère unifié et cohérent de défense d’une classe qu’avaient ces « petits artisans et commerçants » dans les années 1950 et 1960. Contrairement aux populations des villes grandes ou moyennes bénéficiant d’un réseau de transports publics local, les habitants des villages, bourgs et petites villes doivent, quels qu’ils soient, pour leur approvisionnement et pour leur activité professionnelle, avoir recours à la voiture qui est devenue un des postes importants de la dépense quotidienne, d’où la sensibilité au prix du litre de carburant. Pour le diesel, la frustration devant une hausse qui touche toute la population des campagnes, à des degrés divers, se double du fait que dans les années écoulées, l’achat d’une voiture diesel a été largement encouragée et subventionnée et qu’un retournement politique en fait, outre le prix du carburant, un des responsables des pollutions qu’il faut à tout prix éradiquer.

D’une certaine façon, on pourrait dire que dans les villes ayant un réseau de transport public, le problème pour ces couches populaires impliquées dans le mouvement des « gilets jaunes » n’est pas dans la voiture mais dans d’autres préoccupations : le logement par exemple. Un « bénéficiaire » du RSA peut s’en tirer à la campagne avec un jardin et les solidarités locales, malgré les dépenses de la voiture, alors qu’à la ville, le même se trouvera dans une galère totalement différente.

HÉTÉROGÉNÉITÉ DE SITUATIONS ET DE REVENDICATIONS
A cette hétérogénéité de situations correspond une hétérogénéité de revendications et l’apparition de références du vocabulaire avec des mots particulièrement vagues en termes de classe : peuple, citoyens, etc. Un tel vocabulaire masque mal les différenciations existantes. Le « peuple » et les « citoyens » s’adressent, pour résoudre tous leurs problèmes indifférenciés, au pouvoir politique, en l’occurrence personnalisé par le seul président Macron. Pourtant, pour une bonne partie de ces revendications, Macron, en tant que président, n’a guère de pouvoir. En matière de salaires, ce sont les entreprises qui fixent les conditions de travail et les salaires, éventuellement dans des accords contractuels. Le pouvoir politique, dans la situation présente, fixe le cadre de discussion sur l’ensemble des conditions de travail, le salaire dépendant d’un minimum, le SMIC horaire et mensuel sur la base des 35 heures hebdomadaires. Ce salaire n’est qu’un plancher et le salaire réel qui dépend essentiellement de la durée du travail et de la place dans la hiérarchie des salaires dépend entièrement du rapport de forces dans l’entreprise et finalement de l’accord des dirigeants de l’entreprise. Ce qui fait qu’avec des modalités (CDD, temps partiel, intérim, etc.) qui dépendent aussi de la direction de l’entreprise le salaire réel peut varier considérablement. Et sur tout ceci, le pouvoir politique n’a dans ce domaine aucun pouvoir de décision – il ne peut, comme cela se produit dans les présumées « concessions » récentes, que formuler des demandes exprès aux décideurs patronaux, rien de plus.

Il est bien évident que du fait que les actes de résistance se déroulent hors du champ des relations de classe capital-travail et le rapport de forces dans l’entreprise (aucun débrayage notable n’est venu appuyer l’action des « gilets jaunes »), il fallait trouver un autre champ d’intervention que la grève (bien que certains salariés qualifient de « grève » leur présence sur les barrages) pour que le mouvement « existe ». D’où le recours à des moyens extérieurs au monde des entreprises : le blocage des outils de la logistique et la manifestation dont le but deviendra l’assaut contre les bâtiments du pouvoir de l’Etat et contre les commerces.
Les travailleurs qui s’associent au mouvement « gilet jaune » le font à titre individuel, sauf cas exceptionnel de sections syndicales locales ou régionales, comme à un moment les routiers bretons. Même le blocage des entrées d’hypermarchés, de dépôts pétroliers ou de raffineries voire d’entreprises locales participent à ce mouvement général de blocage des moyens de la logistique.

QUELQUES DIZAINES DE MILLIERS
Force est de constater que l’ensemble du mouvement – blocages et manifestations hebdomadaires – ne rassemblent pas des foules. On pourrait même en conclure que le blocage routier (curieusement pas ferroviaire du tout) et les tentatives d’assauts contre les sièges du pouvoir à Paris et dans certaines villes de province, sont une des marques de la faiblesse d’un mouvement qui reste très minoritaire, ne tirant sa force que dans sa détermination et l’écho sympathique qu’il trouve parmi une grosse majorité de la population. Si, comme en Corée du Sud ou ailleurs, des centaines de milliers de personnes d’un même mélange mal défini en termes de classe manifestaient quotidiennement ou même en fin de semaine pendant des semaines voire des mois pour un objectif précis, nul besoin de violence. Le 20 octobre, au moment où quelques dizaines de milliers de « gilets jaunes » tentent de marcher sur l’Elysée en partant des Champs-Elysées, 700 000 Britanniques manifestent à Londres contre le Brexit. On est bien loin des quelque 300 000 alors recensés pour toute la France.

Même si l’on peut avoir quelques doutes sur ces évaluations, il est manifeste que l’on ne se trouve pas devant un mouvement de masse : en regard de ces 200 000 ou 300 000 ma­nifestants on doit dire que les catégories sociales hétérogènes que l’on retrouve sur les barrages et/ou dans les défilés se comptent en plusieurs dizaines de millions dans toute la France. On parle alors de lutte de catégorie par procuration, ce qui explique le soutien populaire purement verbal ou écrit – mais pas du tout actif. Ce qui explique aussi les méthodes de lutte, tant dans les barrages que dans les manifs, mais surtout la détermination de cette sorte d’avant-garde combattante. Mais tout cela ne peut masquer la faiblesse de fait des « gilets jaunes » et finalement l’incidence réduite sur le fonctionnement présent du système productif français.

Si on laisse de côté ce soutien « moral » qui est à la fois une force du mouvement en même temps qu’il montre sa faiblesse, le mouvement a suscité d’autres interventions, les unes sur le plan du verbe et des médiatisations, de l’autre par des participations plus ou moins prononcées aux activités des « gilets jaunes ».

SOUTIENS ET SOLIDARITÉS
Il est bien difficile de déterminer l’influence que peut avoir, en termes de soutien (ou de méfiance) et d’encouragement (ou de dénigrement) la logorrhée de textes de toutes sortes qui a déferlé sur tous les médias imaginables. Chacun des penseurs patentés de toutes sortes (dont nous-mêmes, il faut bien le dire) dont certains étaient devenus silencieux quant aux luttes sociales de classe ou pas, se croit devoir approuver ou condamner ou conseiller [j'en suis aussi, mais en disant ce vers quoi cela tendait selon moi, je n'ai donné de conseils à personnes]. Il est difficile de dire quel rôle tout cela joue quant au mouvement lui-même, mais il est certain que par-delà les mots, la diffusion sur l’ensemble des médias sociaux – les officiels et les individuels – pas tant des discours mais des simples images joue un rôle dans le soutien populaire du mouvement et dans les solidarités qui peuvent s’esquisser ici ou là venant d’horizons très divers, y compris dans des événements qui se déroulent en ce moment. [ce qui me frappe, c'est que toutes ces visions militantes regardent leur nombril, comme si le mouvement était déterminé par leur propre activité, quelle qu'en soit l'impuissance par la faiblesse du nombre et la présence clairsemée, l'important étant son écho, aussi bien celui des pétards que dans les médias]

Cette propagande par les réseaux sociaux joue également un rôle impossible à contenir pour les pouvoirs, rôle à la fois de rétablissement de la vérité des faits contre la propagande officielle et d’élaboration d’une réflexion indépendante. Bien sûr ce flot de commentaires et d’informations laisse la place à ce qui devenu les « Fake News », mais si ces dernières peuvent influencer des opinions individuelles, les caractères et orientations du mouvement n’en sont guère affectés. [ils ne le sont que momentanément, comme l'attentat de Strasbourg]

Au stade actuel du mouvement, s’il est évident qu’il trouve des élans importants de solidarité, il est impossible d’en mesurer l’importance et l’impact sur sa durée, son extension, ses revendications et son niveau de violence. Mais le fait est que cette solidarité est multiforme et n’implique pas pour une bonne part une participation directe aux diverses actions. Nous reviendrons sur la solidarité qui s’exprime dans le mouvement lui-même entre participants actifs et les formes qu’elle peut prendre. Par-delà les déclarations verbales qui s’expriment dans les médias, depuis le discours jusqu’au simple message y compris les gestes et les coups de klaxon en passant les barrages, un premier soutien matériel celui-là se concrétise partout dans l’apport de victuailles et autres sur les barrages routiers : s’il exprime une sympathie « active » pour le mouvement il ne va quand même pas certainement pour un tas de raisons personnelles au-delà et on pourrait les appeler « intéressés désintéressés », car il n’est nullement évident qu’ils retirent quoi que ce soit des avantages gagnés par le mouvement ou de toute autre réforme structurelle.

Toute une autre partie des soutiens de solidarité vient de ceux que j’appellerais les « intéressés intéressés ». Qui ne viennent pas comme les précédents seulement pour aider mais pour tenter d’influer sur les perspectives et les orientations du mouvement. C’est inévitable. Dans toute lutte de quelque dimension, quelle qu’elle soit on voit se greffer toutes les « marginalités » possibles pouvant s’illustrer dans la mouvance sociale de cette lutte. Etant donné le caractère hétéroclite interclassiste de participants « gilets jaunes », des soutiens de marginalités locales très diverses peuvent penser y trouver à la fois une possibilité d’action les sortant de leur isolement et inaction relative et éventuellement des possibilités de recrutement. C’est ainsi que l’on peut y voir des soutiens de ce genre, venant tant de groupe politiques nationaux opposés comme la France insoumise de Mélenchon ou le Rassemblement national de Le Pen que des groupes activistes locaux, tant de droite ou d’extrême droite que de l’ultra-gauche. Cette infiltration n’est pas forcément évidente car les membres de ces « marginalités » peuvent participer en tant qu’individus « citoyens » dissimulant ainsi leurs véritables positions et intentions (ils ne sont pas forcément connus dans les piquets proches des villes d’une certaine importance, et encore moins dans les manifestations). Certains groupes locaux peuvent participer d’une manière ouverte et peuvent, une fois admis influer par leur expérience militante lors des débats sur les stratégies et sur les positions politiques.

POSITIONS POLITIQUES ET STRATÉGIES
Bien que ces deux points – positions politiques et stratégie – soient intimement liés, on ne peut que les séparer pour les analyser. Il importe quand même de préciser, qu’indépendamment de toute influence « extérieure » comme celles que nous venons d’évoquer, les « gilets jaunes » d’origine, dans leur hétérogénéité même, n’ont pas forcément eu besoin de cet « apport » pour tenter de définir expression politique et stratégie.

On aurait tort de penser que l’on se trouve dans une situation où toutes les organisations, depuis les Eglises jusqu’aux partis et syndicats, en passant par des médias comme la presse nationale ou locale et la seule radio, étaient les sources d’information d’une majorité de gens peu instruits. Ces temps sont révolus. A la fois, le niveau d’instruction donc de possibilités de réflexion s’est développé, une connaissance approfondie a touché la plupart des gens à travers les brassages sociaux (ne serait-ce que les vacances) mais surtout à travers l’extension exponentielle des médias sociaux, télévision et Internet. « En temps réel », pour employer le jargon technocratique, chacun peut avoir connaissance de ce qui se passe dans le monde entier et, même sans une grande curiosité, peut être amené à une connaissance et à une réflexion sur les hommes dont les dirigeants, les politiques et les réactions à ces politiques. Cette situation très différente de ce qu’elle était il y a à peine une décennie explique en partie le dépérissement des « intermédiaires » de la connaissance quels qu’ils soient (syndicats, partis, journalistes, éditeurs…). En d’autres termes, les « gilets jaunes » ont pu à l’origine, uniquement par leur propre réflexion sur l’incidence des décisions politiques sur leurs intérêts de classe, s’en faire une idée et déterminer ce qui se montrerait le meilleur pour se défendre. Il est évident que cette « connaissance » recoupe ce qu’est à la fois leur condition et leurs problèmes de vie dans leur localisation. Mais cette mutation des canaux de la « connaissance » a eu une contrepartie sérieuse en contribuant à renforcer l’individualisme et l’isolement de chacun dans son cocon domiciliaire, bien plus sensible chez les ruraux que chez les citadins. D’une part la disparition de ces organismes éducatifs liée pour partie au développement des tâches individualisées (à domicile ou ailleurs) a réduit les possibilités de socialisation ; on peut avoir des dizaines d’amis virtuels sur Facebook et n’avoir aucun contact réel avec son voisinage, ce qui est beaucoup plus fréquent dans les campagnes où le commerçant, l’école, le bureau de poste, etc. disparus étaient ces lieux de socialisation.

L’homogénéité du début du mouvement sur le prix du diesel s’est rapidement transformée en hétérogénéité des intérêts dans cet inventaire de revendications à la Prévert, et même les interventions extérieures n’y ont pas remédié, accentuant parfois des contradictions abondamment soulignées : par exemple le Rassemblement national a soutenu implicitement le mouvement impliquant pour partie sa clientèle électorale (partie de ce qui subsiste des classes moyennes traditionnelles) mais s’est, par la voix de Marine Le Pen, opposé à l’augmentation du SMIC pourtant revendiquée ouvertement par les « gilets jaunes » salariés. Mais cette hétérogénéité se trouve aujourd’hui dissimulée par une évolution politique plus profonde qui réintroduit une homogénéisation. Comme dès le début, une des composantes politiques visait non seulement les revendications elles-mêmes mais les procédures pour « se faire entendre ». Et apparaît aujourd’hui cette revendication commune d’un « référendum d’initiative citoyenne » (RIC). Si cela peut être effectivement une porte de sortie du mouvement, il n’est guère nécessaire d’en souligner, avec force exemples historiques dont certains tout récents, tous les avatars possibles de ce qui peut sembler effectivement comme une expression populaire et qui surtout intègre tous les travers de la représentativité – majorité contre minorité (voir le référendum britannique sur le Brexit, et l’usage du référendum en France par des pouvoirs personnels, de Bonaparte à de Gaulle). On ne sait trop comment ce mot d’ordre est venu sur le devant de la scène, soit réflexion des « gilets jaunes » eux-mêmes, soit tentative de certains de dépasser les émiettements, soit interventions extérieures, toujours est-il qu’il semble reléguer dans l’ombre les revendications antérieures plus matérielles la plupart du temps. Les « politiques » du mouvement auraient-ils pris le pas sur les « réalistes » ? [on connaît la réponse, le RIC, nommé ou non ainsi, a émergé sur certains ronds-points début décembre, remonté à Fly Rider par ses réseaux facebook, et concomitamment à Etienne Chouard son idéologue depuis une dizaine d'années, trop content de l'aubaine. Le contact s'est établi rapidement, car ce leader en particulier sentait l'absence d'une revendication unifiante au-delà des quelques 42 de la liste Ludosky. Le gourou niçois qu'avait mis en avant Rider leur avait fortement conseillé de les réduire à quelques-unes. On connaît la suite]

On pourrait aussi penser que cette évolution dans un mot d’ordre politique unique vient à point pour résoudre le problème des stratégies. Car celles-ci se sont transformées de semaine en semaine bien que l’on doive souligner que les mouvement, mis à part les samedis de manifestations centrales, est plutôt resté statique sans diminuer en nombre mais aussi sans s’étendre, tant en nombre qu’inefficacité réelle, ce qui explique en partie l’importance prise par ces dernières manifestations. Il faut revenir à ce sujet aux interventions extérieures dont l’influence fut évidente pas tant sur les blocages routiers que sur les manifestations hebdomadaires. Les blocages routiers stagnant et devant, sous peine d’être délogés par la police, devenir seulement filtrants ou seulement présents sur les ronds-points sans plus, la question dut se poser du comment rendre le mouvement plus audible par le pouvoir et plus efficace. Mais cessant d’être local et devenant centré sur la capitale et les villes importantes, il autorisait, dans un anonymat total, l’intervention de noyaux apportant ce qui manquait à un mouvement trop statique et localisé.

Cette radicalisation rejoignait celle de certains « gilets jaunes » qui ne voyaient pas d’autre issue à un immobilisme évident. [rappelons l'efficacité des premières violences quant aux "reculs" du gouvernement. Beaucoup de Gilets jaunes ont alors pris conscience que le "pacifisme" ne les mèneraient pas très loin. Dès lors il était assuré que la "jonction" avec les "casseurs d'ultra- gauche et droite" se ferait sur le terrain par la nature des actes commis] Mais ce sont les noyaux de tous bords qui ont apporté une violence dans l’espoir de déclencher une extension à d’autres classes sociales. Ils ont été rejoints dans certaines limites par ceux que l’on appelle communément les « casseurs », qui ont vu dans ces troubles l’opportunité de récupération de la marchandise. Mais le but de cette violence dont ces tendances restaient secondaires, a été masqué par le fait que les assauts visaient un peu partout lors du développement des manifestations à atteindre les sièges du pouvoir : l’Elysée à Paris, les préfectures dans les départements. [ces symboles sont davantage ceux du pouvoir gouvernemental que de l'État dans son essence, et moins encore du capital]

INSURGÉS UN JOUR PAR SEMAINE
Cibler les sièges du pouvoir est la vieille stratégie en France, essentiellement des mouvements d’extrême droite. C’est pourquoi on a pu évoquer à ce sujet les émeutes du 6 févriers 1934, qui virent s’affronter place de la Concorde, en vue de prendre d’assaut le Palais-Bourbon, un mélange d’anciens combattants de droite et communistes épaulés par des ligues d’extrême droite, et qui firent près de 40 morts et 2 000 blessés. Il est difficile de savoir qui fut à l’origine de ces « actes » (il y a eu un peu de théâtre dans ce mouvement [sic : beaucoup]) du samedi dont la propagation se fit par les réseaux sociaux. Et qui rencontra un évident succès tant la stagnation du mouvement de blocage routier devait peser aux participants locaux : monter d’un degré dans l’affirmation contre le pouvoir pouvait être porteur d’un espoir de gagner la partie.

Cette extension n’avait rien d’une insurrection et ne déclencha rien d’autre que sa propre violence étendue seulement pour un soir et une nuit. Et chacun retourna dans son chez-soi, aux barrages ou dans son isolement personnel, ou dans son boulot jusqu’au samedi suivant. On n’est jamais insurgé dans la rue un seul jour par semaine [Anne Steiner dans le texte relayé par Temps Critiques soutient un peu le contraire, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard]. Une véritable insurrection ne comporte pas la limite d’un jour et le retour aux habitudes. Il y avait dans cette extension hebdomadaire l’espoir qu’il y avait eu quelques avancées locales avec la participation de certaines catégories professionnelles (routiers, raffineries notamment) de voir le mouvement ouvrier prendre le relais comme cela s’était produit avec le mouvement étudiant en Mai 68.

LA MACHINE A CONTINUÉ DE TOURNER
Cet espoir n’était peut-être pas aussi fallacieux car des lycées et des universités étaient bloqués par des mouvements parfois également violents. Mais c’était oublier dans cette illusion que si des « mal payés » et précaires étaient « gilets jaunes », la confusion de l’interclassisme des participants et des revendications n’était guère unificateur et que depuis deux années, tous les mouvements de lutte ouvrière lancés par les syndicats avaient tous échoués en fait par manque de participants et de persistance de ces luttes. Certains syndicats tentèrent, les uns des médiations, les autres des manifestations plus ou moins sporadiques indirectement de soutien, mais il n’y eut chez l’ensemble des travailleurs aucun courant collectif de soutien, seulement des participations individuelles même pas au nom d’une organisation quelconque. En fait, la machine de production capitaliste a continué de tourner à peu près normalement et même le secteur logistique, pourtant le but stratégique du mouvement n’a guère été affecté. On peut penser que l’affaiblissement du mouvement et son échec programmé est dû essentiellement à ces espoirs déçus d’une extension au monde du travail qui en fait n’avait guère de chances, vu le contexte global, de se produire.

Finalement, le pouvoir – et Macron en particulier – auront réussi à surmonter la situation et à franchir le cap le plus dangereux, sans avoir à céder réellement sur le point qui avait déclenché le mouvement : le prix du diesel. Certes la levée des taxes sur ce carburant et diverses mesures ont apporté à certains précaires un peu d’argent frais, mais pas de hausse généralisée des salaires autour d’une augmentation revendiquée du SMIC. Cependant, ce pouvoir aurait tort de pavoiser : non seulement les mesures annoncées bien que modestes grèvent un peu l’économie, réintroduisant le débat avec l’Union européenne sur la dette publique, mais aucun pouvoir ne sort indemne d’une telle crise, qui secoue quelque peu tout le système économique, social et politique et modifie sensiblement la relation entre le pouvoir et l’ensemble de la population. Là aussi on peut trouver des références historiques.

Il est difficile de dire si les liens qui ont pu se tisser dans le mouvement, notamment sur les nombreux lieux de blocages, auront laissé une trace dont on verra les effets dans un rapport à la politique dans ses termes traditionnels, politique qui était déjà fortement contestée par la montée de l’abstention dans les consultations électorales.

Il est certain que des relations qui n’existaient pas auparavant ont pu se tisser, créer des solidarités, mais résisteront-elles, une fois le mouvement terminé, à la défense des intérêts de classe ? [bonne question, comparée à la réponse assurée des gauchistes, voire "communisateurs"] Sans doute a-t-on pu voir ici ou là des suggestions d’un autre « ordre démocratique » mais ces suggestions sont restées dans leur localisation et n’ont pas été reprises d’une manière globale, même sur les réseaux sociaux. De plus, et c’est un point essentiel, au-delà de cette forme communautaire d’organisation sur les barrages dont on ne sait quel prolongement elle pourrait avoir pour cette communauté hétérogène, temporaire, dont les objectifs étaient passés de formulations matérielles de détail à une certaine généralisation politique.

La montée du mouvement, même ainsi limitée à un jour par semaine, vers les centres de pouvoir, a correspondu à la substitution de revendications politiques générales aux revendications premières [oui, passage du revendicatif "syndical" au politique]. Elle a négligé ce que les barrages pouvaient avoir apporté dans les relations entre les participants. De toute évidence entre ces participants d’origine sociale diverse, il s’est tissé une sorte de communauté de vie. Qu’en subsistera-t-il après la fin du mouvement ? Pas tant dans la formation de cellules d’un parti nouveau comme certains peuvent y penser mais dans des actions communes positives face à ce que les barrages peuvent avoir de négatif. Créer au lieu de s’opposer. On peut rêver.

LIBERTÉ DE PAROLE

Difficile de dire ce qui subsistera, une fois le mouvement terminé dans la levée des barrages et la fin des manifestations, de ce qui est peut-être le plus important produit de ce mouvement : la liberté de parole qui matérialise la rupture avec pour beaucoup dans la France profonde, l’isolement du quotidien pour une foule de raisons faciles à découvrir, le chez-soi face à son chat ou son chien et aucune possibilité pour ces mêmes raisons de tout rapport social. Sans doute, cette liberté de paroles qui autorisait non seulement des récriminations mais des confidences jamais faites se limitait aux ronds-points et à quelque assemblée locale, et s’entendait peut-être aussi dans les manifestations. Si elle n’atteignait pas la dimension qu’elle avait prise en Mai 68, elle existait et était porteuse d’une rupture avec le quotidien. Là aussi on ne sait trop ce qu’il en adviendra. Ceux qui ont vécu Mai 68 ont fait l’expérience amère de voir ces rapports retomber dans les routines codées du quotidien une fois que le mouvement libératoire de la grève générale eut disparu avec la reprise du travail. [j'avais, surtout au début, insisté sur le caractère subjectivant de ces rencontres sur les ronds-points et barrages, mais l'absence de "contenu de rupture" peut-elle un jour déboucher sur une subjectivation révolutionnaire ? À cette question un Robin n'hésite pas à répondre que la communisation est en marche...]

En sera-t-il de même avec la levée des barrages qui étaient ce creuset, limité certes mais combien réel de cette libération de la parole ? Dans ces échanges libérés sur la vie de chacun, les questions plus essentielles restaient reléguées et ceci d’autant plus qu’elles concernaient des problèmes de plus en plus généraux sur lesquels bien peu songeaient à s’aventurer. C’est pour cela que dans le mélange confus des revendications on ne trouve rien sur le réchauffement climatique ou le nucléaire ou l’Union européenne ou tout autre problème à l’échelle nationale et planétaire. Et encore moins d’une transformation radicale faisant cesser l’exploitation capitaliste.

C’est, croyons-nous, l’explication de ce que nous avons à plusieurs reprises souligné dans ce texte, cet assemblage hétéroclite entre les revendications matérielles directes associées aux méthodes structurelles « pour se faire entendre » et avoir quelque peu voix au chapitre. C’est d’ailleurs ce à quoi s’attaque le pouvoir – mis à part la répression – avec d’un côté les concessions financières et de l’autre une éventuelle avancée politique quant au référendum d’initiative citoyenne. [c'est la réciprocité mouvement-pouvoir sur laquelle s'appuie macron pour avancer plus vite et plus radicalement ce qui figurait déjà dans son programme présidentiel] La rentrée dans le rang [expression que j'ai utilisée...] en quelque sorte et peut-être l’extinction de la parole libérée. On peut toujours espérer, sans trop y croire, à la persistance de quelques prolongements dans le quotidien des participants, tant dans cette liberté de parole que dans la construction de quelque relation communautaire hors des chemins traditionnels.

Sans trop y croire, car les réalités des divisions de classe viendront rétablir la réalité des rapports sociaux sous le capitalisme.
il est tout de même incroyable qu'un théoricien communiste de 96 ans soit moins vieux dans son analyse que les jeunes (et moins jeunes) gauchistes qui font les vieux cons de l'heure : merci Henri Simon

1. un mouvement écologiste ?

ce texte "Les Gilets jaunes sont le premier mouvement social écologiste de masse" n'est théorique que par sa thèse-titre, et je ne souscris pas à son développement, surtout au point où nous en sommes après deux mois de conflit. J'y reviendrai ultérieurement. Il est vrai que la dimension "écologiste" du mouvement est passée à la trappe, y compris dans mes commentaires, alors que dès le 20 novembre, j'écrivais dans avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale :
Patlotch a écrit:je pense que ce type de mouvement traduit la contradiction entre économie (social) et écologie, sur le terrain du capitalisme vert (la transition énergétique) et c'est à cet égard une première. La question ne se pose pas en terme de soutien ou participation aux "gilets jaunes", mais par le fait que cette contradiction de classe, embarquant aujourd'hui la problématique écologique dans les contradictions de l'économie politique, est centrale. Il faut donc s'attendre à ce qu'il se démultiplie parce que c'est une caractéristique importante de la période
le 21 novembre, je titrais mon commentaire le jaune et le brun, le rouge et le vert, le noir et le blanc. Puis vint la controverse avec RS/TC bottant en touche cette caractéristique avec une intervention d'un niveau théorique affligeant visant à verrouiller son approche structuraliste de classe (voir ce "débat", qui n'en est pas un puisque mon interlocuteur n'argumente pas mais assène ses certitudes quarantenaires évacuant la question écologique, dans L'HUMANITÉ CONTRE LE VIVANT ? ET LE CAPITAL ?). Relevons que ce texte rejoint l'appréciation Des agents destitués du Parti Imaginaire le 6 décembre 2018 dans Contribution à la rupture en cours : « Ce mouvement propose néanmoins, quoique sous une forme encore paradoxale, la première politisation de masse de la question écologique dans ce pays. » Pour moi, disai-je alors, il ne le faisait qu'en creux


Le mouvement des Gilets jaunes, explique l’auteur de cette tribune, est une chance pour l’écologie politique car il démontre qu’une écologie populaire est possible.

Patrick Farbiaz est un militant écologiste et altermondialiste. Il a écrit une dizaine de livres consacrés à l’écologie, aux médias et aux mouvements sociaux. Il vient de faire paraître Les Gilets jaunes. Documents et textes, aux éditions du Croquant.

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Gilets-jaunes-une-500x750
Quand les Gilets jaunes ont émergé, j’ai réagi spontanément comme beaucoup de militants écologistes. Vus des métropoles, ces gens « de nulle part », se réclamant de la civilisation de la bagnole, soutenus par Le Pen, ne pouvaient qu’être racistes, sexistes et homophobes. Celles et ceux qui se rassemblaient sur les ronds-points, les péages et les parkings des centres commerciaux, dans la tradition des jacqueries antifiscales, n’avaient rien à voir avec le changement social tel que je l’avais appris à travers la grammaire de l’émancipation utilisée au XXe siècle. Ces « petits blancs » ressemblaient tellement à ce peuple de Trump qu’ils m’étaient étrangers à tous les sens du terme.

Pourtant, en discutant avec de jeunes militants écologistes, je compris que je faisais fausse route, ressemblant à ces bourgeois, en particulier ces écrivains de droite ou de gauche qui avaient stigmatisé les communards comme un peuple d’alcooliques désœuvrés…

Ingouvernables, ils deviennent des acteurs politiques incontournables de leur propre destin et par là même du nôtre
Très vite, j’eus envie de suivre, d’observer, d’interpréter, mais aussi de soutenir et me mêler à ce mouvement social inédit qui confirmait non seulement la vague « dégagiste » électorale de 2017 mais aussi le mouvement de 2016 contre la loi El Khomri avec notamment l’expérience de Nuit debout et de la prise des places. Et ce que je voyais avec les Gilets jaunes, c’était sur chaque rond-point, sur chaque parking de supermarché, sur chaque péage… la colère des « gens qui ne sont rien », des invisibles, une révolte qui s’exprimait enfin de façon brute mais efficace. Ils disaient : « Assez ! » après avoir été poussés au bord du gouffre pendant des années par un système vorace, fondé sur les profits et construit sur leur dos, et avoir été ignorés ou traités comme des déchets par les patrons, les banquiers, les politiciens et les bureaucrates du gouvernement, quel que soit le parti de la classe dirigeante au pouvoir.

Ce peuple se soulevait en se réclamant d’une souveraineté populaire dont il était privé. Ce mouvement rendait visible et audible la France des perdants de la mondialisation, celle des travailleurs pauvres, des fonctionnaires de catégories B et C, des infirmières, des aides-soignantes, des retraité(e)s, des mères de famille monoparentales, des petits patrons endettés, des autoentrepreneurs, VTC (voitures de tourisme avec chauffeur) ubérisés des intérimaires et des chômeurs…

Mais en contestant toute médiation, en prenant la parole, du no man’s land des ronds-points aux plateaux de télévision, en s’organisant et en se politisant sans le recours aux organisations traditionnelles, ces nouveaux sans-culottes refusaient le rôle de victimes qui leur était assigné. Ingouvernables, ils devenaient des acteurs politiques incontournables de leur propre destin et par là même du nôtre.

Cet événement improbable, il fallait au-delà des interprétations, et quoi qu’il devienne politiquement après décembre 2018, en raconter la genèse. C‘est pourquoi j’ai écrit un livre reprenant les documents et textes glanés au cours du premier mois du soulèvement [1]. L’écrire était urgent pour montrer en quoi les Gilets jaunes sont l’expression du premier mouvement social écologiste de masse. Cette France en colère pose les questions essentielles de l’écologie politique : les transports contraints, l’étalement urbain avec la gentrification et l’expulsion des pauvres des métropoles, la précarité énergétique, l’inégalité dans la répartition des richesses. Il pose autrement la question de la production en s’attaquant à la circulation de la marchandise et à la question de la consommation. Sans en être conscient, il met en crise l’idéologie consumériste en bloquant en partie le Black Friday fin novembre ou les centres commerciaux avant les fêtes de fin d’année.

Ce mouvement dans son fonctionnement même est social écologiste
Les Gilets jaunes enracinés dans des territoires déshérités, refusent ce mode de vie contraint en insistant sur la relocalisation de l’économie et des activités, sur les circuits courts, sur la proximité, ils remettent en cause la logique de métropolisation, de gentrification. Ils veulent comme les régionalistes et les écologistes des années 1970 « vivre et travailler au pays ». Les Gilets jaunes sont un mouvement de survie écologique contre la tendance générale du capitalisme, l’expulsion : expulsion des paysans par les accapareurs de terre, expulsion des ouvriers par les délocalisations, expulsion des locataires de leur logement ou des petits propriétaires chassés de leurs maisons parce qu’incapables de rembourser leurs traites, expulsion des habitants des villes petites et moyennes, faute de services publics, de petits commerces, expulsion de la terre des ressources naturelles et des matières premières par les multinationales…

Mais ce mouvement dans son fonctionnement même est social écologiste. L’émergence d’un sujet autonome qui se défie de toutes les instances intermédiaires (partis, syndicats, associations), et fixe son propre agenda à partir de ses besoins est à la fois dans son essence communaliste en agissant localement et en pensant globalement. L’autonomie du mouvement par l’utilisation massive des outils numériques pour son autoorganisation, l’absence de porte-paroles élus et identifiés, la dynamique imprévisible de l’action s’apparente au municipalisme libertaire et à l’écologie sociale théorisée par Murray Bookchin. Il rappelle l’organisation des Zad et s’assortit au convivialisme par la fraternité et la sororité des ronds-points. Cette dynamique de l’entraide, de la coopération, cette joie de se reconnaître comme « nous », où le rôle des femmes est essentiel, cette leçon-là ne sera pas perdue pour l’avenir, quel qu’il soit.

Pour l’écologie politique, les Gilets jaunes sont une chance. Ils nous obligent de rompre avec la logique mainstream paresseuse de l’écoblanchiment, des petits pas, de la croissance verte. Une autre écologie, populaire, est possible. Elle nous donne rendez-vous à Commercy, à côté de Bure, où les Gilets jaunes de cette petite ville de la Meuse ont convoqué les 26 et 27 janvier l’Assemblée des assemblées.

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Jeu 31 Jan - 6:55

Patlotch a écrit:1. sur les "classes sociales" : le sociologisme de l'EHESS
2. l'Assemblée désassemblée de Commercy
3. « Quartiers Populaires » et Gilets Jaunes : mêmes galères même combat ? Wissam Xelka, PIR
4. “Gilets jaunes, (ba-)taille unique”, Zacharias Zoubir, Université Paris Nanterre, commentaires de dndf et moi

30-31 janvier
4. “Gilets jaunes, (ba-)taille unique”
Zacharias Zoubir, Université Paris Nanterre
traduit par ailleurs en anglais par la revue Commune (Joshua Clover...)
Lisbeth Salender a écrit:dndf 31/01/2019 à 06:52 #2
“…ce moment où le gouvernement a quelques ennemis qui ne sont pas encore nos amis.”
Je me sens assez proche de cette définition “géographico politique”…
““L’Etat est cet universel abstrait qui se sépare illusoirement de la société civile en idéalisant et séparant l’intérêt général des conflits qui la traversent, par là il n’est en fait que le comité de gestion des affaires bourgeoises.”
Si on se réfère à cet extrait mis en exergue sur la page d’entrée de ce site, on peut interpréter le mouvement des GJ évoluer en ce moment vers un puissant bras de fer quasi syndical entre le “peuple français” et SON Etat.
Le peuple, c’est à dire la mère célibataire ultramarine qui galère dans un EHPAD pour bouffer et faire bouffer ses deux mômes, derrière la même banderole que mon boulanger et Bernard Tapie…
Le peuple car il semble que perdure la sympathie généralisée pour le mouvement, au travers des sondages ou des gilets jaunes posés derrière les pare brises….
L’Etat, en le mettant devant ses responsabilités de classe: “vous êtes les gestionnaires assumés des intérêts de la classe bourgeoise alors c’est vers vous que l’on se tourne, comme garant du maintien en équilibre du rapport entre les classes”
Avec, de façon hebdomadaire, le coup de pression qui maintient l’Etat dans la peur de l’embrasement, dans lequel la violence fait l’affaire de tous les GJ, comme moyen de pression quasi syndical…
j'avais noté ce « moyen de pression de la violence quasi-syndical » mais sans syndicat le 26 novembre 2. au-delà de revendicative, la nature syndicale du mouvement et aussi, le 5 décembre dans réflexions sur le rôle de la violence dans ce mouvement, sa contribution à son caractère revendicatif
dans le commentaire précédent #1, las amigas de la critica relève que « Cette construction critique sophistiquée n’interprète pourtant pas le monde, mais la transformation du monde [...] pensée historique [qui] n’est encore que la conscience qui arrive toujours trop tard et qui énonce la justification après coup. [...] Cette critique ne peut pas exprimer tout le processus révolutionnaire. En ce sens elle est une philosophie non pas de la révolution mais de la restauration. » Comme déjà dit, ce mouvement par sa dynamique "restaure", rebat les cartes du rapport politique-économie, État-capital-population en tant que peuple, citoyens. Je ne vois pas comment on pourrait en tirer une « philosophie de la révolution », ce que n'hésite pas à faire, même négativement (le manque) un Alain Corne/Carbure. Mais on ne peut pas « suspendre le sens de toute réalité à son achèvement historique, et [paradoxe] révéler en même temps ce sens en se constituant soi-même en achèvement de l’histoire. » Ce n'est pas un « paradoxe », c'est une impossibilité théorique, sauf déterminisme. Le texte est plus prudent...

retour au texte :
Le gilet jaune a bon dos : il va au pire comme au meilleur. Pourtant, le devenir du mouvement, et de bien d’autres choses, se jouera dans les rues, et non dans les discours d’une gauche médusée.
il faudra y revenir. Extraits

Le problème ici est que dans la plupart des cas, cette critique du « système » n’implique pas un antagonisme avec la classe capitaliste, mais bien un rejet du cadre politique que le « mondialisme » est censé avoir imposé aux communautés nationales, avec des « élites en haut » et les « masses en bas ». Plusieurs camarades ont relevé une baisse progressive du nombre de GJ dans les rassemblements des 15 et 22 décembre, attestant de l’idée que le phénomène pourrait en définitive devenir un « mouvement social » — à savoir une explosion de luttes, mise en échec par le retrait des réformes prévues et par des manifestants littéralement surpassés numériquement par des forces anti-émeutes et leur grosse artillerie. Certains GJ toujours présents dans les rues n’ont en ligne de mire que la banque Rothschild (où Macron fut, un temps, employé) ou, dans certains cas, la supposée mainmise juive sur le pouvoir économique et politique. On a vu des GJ faire la quenelle, le geste antisémite bien reconnaissable de Dieudonné. L’utilisation de ce geste va de pair avec l’importance croissante accordée par certains GJ à l’opposition à une immigration censément renforcée par le récent accord de Marrakech sur la gestion des réfugiés. [remarque évidente que j'avais faite]

Il ne s’agit pas, avec ces quelques remarques, de réduire un peu facilement les GJ à une mobilisation impure « de droite », « populiste » ou manquant de marxisme. Elle nous ouvre au contraire une perspective sur l’état actuel des choses, dans lequel toute critique sérieuse du capital, de l’État et du nationalisme reste confinée à des milieux restreints de la gauche radicale. Chez ceux qui n’ont pas connu les bons soins de ces milieux, il peut y avoir une tendance à penser la pauvreté et la précarité comme étrangères et immuables — l’immigrant, le réfugié — et à conceptualiser la richesse et le pouvoir en termes d’élite financière ou même de généalogie : une prétendue communauté homogène, organisée, internationale, qu’on désigne parfois comme « Sion ». De ce point de vue, la redistribution doit donner moins aux étrangers qui ne le méritent pas et aux élites cosmopolites, et davantage aux membres authentiques de la nation. ]id]

Réagir, ici, avec le même attachement obsessionnel à la pureté des révolutionnaires bien formés, avec la crainte d’être atteints et contaminés par les idées et les émotions des gens ordinaires, ne fait qu’élargir l’écart entre les petits groupes de radicaux que nous composons et les milliers et milliers de bloqueurs, de manifestants et d’émeutiers. Au contraire, réagir — ou plutôt, ne pas réagir — sous prétexte que ces diatribes contre « le système » proviennent d’une saine colère populaire, mais qui se trompe d’objet, aboutit à la même chose, parce qu’elle renforce notre position de simples spectateurs, incapables d’infléchir le cours des événements.

Pour l’heure, il semble que la position la plus prometteuse soit de partir du principe que les GJ ne sont ni un monstre qu’il faudrait vaincre ni une voiture-balai pour toutes les causes et les programmes qui nous tiennent à cœur. Les organisations les plus radicales ne sont parvenues à tenir compte de cet avertissement et ont fait ce qu’elles font toujours, cette fois-ci avec un gilet jaune, sur lequel elles ont peut-être griffonné « antiraciste » ou « antisexiste ». Ni la théorie abstraite, ni la stratégie mûrement réfléchie ne peut répondre aux questions que soulève cet attachement très fort au fétiche du gilet jaune lui-même — que signifie-t-il ? de quoi peut-il être le symbole ? Les milliers de lycéens dans tout le pays qui, détectant la remise en cause massive de la politique de Macron, ont renforcé leur propre opposition face à un système scolaire toujours plus inégal et injuste, en bloquant leurs établissements et s’attaquant aux flics, parfois organisés avec enseignants, parents ou syndicalistes, voient bien l’opportunité qui peut être saisie. Non pas une opportunité d’exprimer une contestation face à un « système » aux contours fantomatiques, ce qui n’est toujours que le reflet de notre impuissance, mais de combattre les effets concrets des politiques bourgeoises de là où l’on se trouve, montrant un chemin possible dans ce moment où le gouvernement a quelques ennemis qui ne sont pas encore nos amis.


un texte attendu, comme d'autres émanant des "quartiers populaires", dont on a vu qu'ils étaient restés à l'écart de ce mouvement social, et pour cause, n'en déplaise au gaucho-communisateur Alain Corne/Carbure, qui, dans le cortège commun à Saint-Lazare du Comité Adama, du NPA et autres d'extrême-gauche, plus lui, a vu que : « la rencontre avec les « quartiers » a apporté [au mouvement] ce qui lui manquait pour correspondre au "mouvement réel".» 1er décembre 2018 : porter plus loin le désordre. » Je commenterai ce texte du PIR après l'avoir lu. Ils seront nécessairement critiques, venant d'où vient ce texte, qui tient néanmoins la route, la leur certes, mais aussi la nôtre face à ce mouvement des Gilets jaunes à la DYNAMIQUE foncièrement NATIONALISTE FRANCO-EUROPÉENNE, bien de "chez nous"
Trop d’choses nous séparent, on n’a pas la même vie
Dès le départ, on n’a pas la même vie
Pourquoi tu m’compares, on n’a pas la même vie
Ne me juge pas, on n’a pas la même vie

Youssoupha

Depuis deux mois, la France connaît une période d’effervescence sociale avec des pics de tensions chaque samedi et alors que l’exécutif espérait un essoufflement du mouvement, nous constatons plutôt qu’il gagne en détermination. Dans le même temps les écrits portant sur cet événement, d’ores et déjà historique, se multiplient, qu’ils soient journalistiques, militants ou bien universitaires. La raison principale à ce florilège d’articles est que le mouvement interroge tout le monde par sa forme innovante et insaisissable. Il est difficile de définir ce que sont les Gilets Jaunes (GJ), l’hétérogénéité des profils et des revendications étant accentuée par des différences entre les zones de mobilisations. Nous pouvons toutefois avancer que les Gilets Jaunes sont principalement des Gilets Blancs, autant dans leur composition sociale que dans leurs revendications ainsi que dans leurs modes d’expression et d’action. Si des non-Blancs ont pu endosser un gilet jaune (nous pouvons penser à Priscilla Ludosky ou à Abdelaziz Righi), ils sont loin de se mobiliser massivement. Les Indigènes, en tant que catégorie sociale de même que leurs revendications spécifiques sont absents.

Cette absence interroge une partie des GJ ainsi que la gauche blanche qui souhaitent procéder une nouvelle fois à la « convergence des luttes ». Malgré ses échecs précédents, dont le dernier en date est Nuit Debout, le mouvement social entretient toujours cet esprit « convergiste » tout en adoptant un autre discours. Plutôt que d’en appeler à une « convergence des luttes» abstraite, ils encouragent directement une alliance entre les habitants des quartiers populaires et ceux de la « France périphérique » et du « monde rural », c’est-à-dire les GJ. Victimes de maux semblables, vivant les mêmes galères et dominés par les mêmes responsables politiques, ils auraient un combat commun à mener. Dans cet article, nous allons étudier plus en détail cette affirmation, ainsi que le rapport entre les Indigènes et les GJ à travers plusieurs angles [1].

Les Gilets Jaunes et les quartiers populaires : des intérêts communs

Si l’on en croit les discours politico-médiatiques, les GJ mobilisent la « France périphérique », celle du périurbain et du monde rural, c’est-à-dire les personnes vivant en dehors des grandes aires urbaines. Situés dans les classes populaires supérieures, ils se révoltent contre la précarisation de leurs conditions de vie. D’abord mobilisé suite à l’augmentation des prix des carburants, ce mouvement a rapidement multiplié ses griefs à l’encontre du gouvernement et s’en prend tout autant à certaines politiques néolibérales qu’à la classe politique dominante et à la crise de la représentation, défendant parfois des revendications contradictoires. La diversité des plaintes et exigences s’explique par la forme du mouvement et sa constitution sociale. Il est un mouvement fluctuant qui persiste à refuser tout porte-parole ou toute ingérence des partis politiques quels qu’ils soient. L’établissement d’une ligne idéologique claire reposant sur des demandes précises devient donc plus ardu. Une confusion politique est alimentée par un contexte qui l’est tout autant, marqué par une déstructuration des balises politiques classiques, l’éclatement du « bloc dominant » et l’affaiblissement du clivage gauche/droite (au profit de l’opposition européiste/souverainiste) [2].

Toutefois il existe, entre toutes ces divergences et disparités, des pistes nous laissant entrevoir la possibilité d’une unification des GJ et la formation d’un bloc relativement homogène rassemblé derrière des expériences communes et des revendications majeures. Sur les questions économiques, quand bien même cela peut paraître contradictoire, les revendications de baisse des taxes et d’augmentation du SMIC rejoignent un même but aux yeux des GJ : stopper la dégradation de leur niveau de vie et rompre avec les fins de mois difficiles. Mais c’est davantage sur le thème de la (non) représentation et celui de la critique du personnel politique français que le mouvement parvient à se fédérer. Malgré toutes les critiques que l’on peut émettre sur le Référendum d’Initiative Citoyenne, force est de constater qu’il est devenu l’une des principales revendications des GJ autant qu’un symbole de leur colère. Le RIC est la traduction de ce sentiment, partagé par l’ensemble des manifestants, de la dépossession de leur pouvoir politique au profit d’une « élite » de plus en plus détachée des réalités du « peuple » ou aveugle à celles-ci. L’hostilité à l’égard du champ politique et de ses représentants, résumée avec mépris sous le terme de « populisme », est un élément essentiel à prendre en compte pour saisir ce mouvement. Il faut rappeler que les GJ sont composés en grande partie de membres des classes populaires relativement exclues du champ politique officiel, rarement engagées dans des partis/associations politiques ou syndicats, et ayant une forte tendance à l’abstention du fait de leur méfiance envers les représentants politiques.

A partir de ces principaux traits caractéristiques dégagés, nous pouvons aisément considérer que les points de convergence avec les habitants des banlieues sont nombreux et qu’une alliance paraît tout aussi souhaitable que naturelle. Les difficultés vécues par les habitants de ces quartiers et partagées avec les GJ paraissent même plus importantes et graves. Concernant tout d’abord leur précarité économique, les habitants des quartiers se trouvent au plus bas de l’échelle sociale, occupant des emplois subalternes et mal payés. L’augmentation du SMIC est donc une revendication allant dans le sens de leurs intérêts, pour ceux qui sont épargnés par le chômage. En ce qui concerne la relation avec le champ politique, là encore nous pouvons remarquer des similitudes fortes. Les habitants des cités entretiennent la même hostilité envers le système politique et ses acteurs, et sont tout aussi distants puisque les taux d’abstention sont particulièrement élevés dans ces quartiers [3]. Par ailleurs, un autre facteur pouvant contribuer à une union entre les GJ et les banlieues a émergé durant les manifestations, à savoir le rapport à la police. Victimes d’une répression habituellement dirigée contre les Indigènes, la majorité des manifestants a découvert la violence que la police est capable d’exercer en toute impunité. La donne semble changer alors que jusqu’ici, face à la répression policière des protestations des habitants des quartiers, le mutisme voire le soutien était la règle.

Cependant, en dépit de tous ces points et ces intérêts communs, l’engagement des habitants des banlieues au sein des GJ est relativement limité. Pour parvenir à expliquer ce fait, il faut d’abord rompre avec une vision mécaniciste et économiciste de la mobilisation collective. Les discours autour de la participation des banlieues sont centrés sur l’intérêt qu’elles auraient à participer aux GJ ; les individus sont considérés comme de vulgaires homo-économicus procédant à un calcul rationnel coût/profit. Or, nombreux sont les travaux mettant à mal cette vision de l’engagement. Surtout, la « passivité » des quartiers vis-à-vis des GJ ne peut être comprise tant que l’on éludera ou minorera un sujet pourtant majeur et que ces événements mettent en relief : la question raciale.

Les divergences et le rapport quartiers populaires/France périphérique

La question de la division raciale, mise de côté durant la révolte des GJ, est pourtant primordiale. La crise des GJ et les analyses médiatiques à son sujet ont dévoilé le caractère hégémonique de la thèse de la « France périphérique », théorisée et popularisée en particulier par Christophe Guilluy. Ce dernier a donné un crédit pseudo-scientifique aux discours réactionnaires et racistes sur les quartiers et l’immigration. Il affirme qu’une grande partie des classes populaires blanches, peu à peu oubliée par le personnel politique, a été repoussée à la périphérie des centres urbains par les populations immigrées, sombrant dans la précarité économique [4], et tout cela au profit d’une politique de la ville centrée sur les « Zones Urbaines Sensibles » (ZUS) et les Indigènes. Les petits-Blancs seraient ainsi perdants dans le processus de la mondialisation et voteraient en masse pour le Rassemblement National, seul parti à défendre leurs intérêts.

Bon nombre de géographes se sont très vite opposés à ces thèses de Guilluy. Brisant le mythe d’une France coupée entre métropole et « monde rural » et soulignant l’imprécision de l’expression de « France périphérique », ils affirment que la fracture se situe plutôt à l’intérieur même des territoires urbanisés dans lesquels on peut observer les plus grandes inégalités. Les plus riches vivent en ville, mais c’est aussi le cas des plus pauvres. Pire encore, contrairement aux élucubrations réactionnaires de Guilluy, les deux tiers des pauvres vivent en zone urbaine et non périurbaine [5]. La pauvreté rurale des plus âgés existe effectivement, mais elle est moindre que celle des jeunes vivant dans les banlieues. S’il existe « des grands perdants de la mondialisation », ce sont donc les habitants pauvres des villes et des quartiers [6]. Pour autant, il faut souligner que le territoire n’est pas une variable explicative en tant que telle. En limitant le territoire à un contenant vide sur lesquels se contenteraient d’évoluer certains types de population (« la France des quartiers populaires »/« la France périphérique »), on en oublie que les contradictions raciales sont également produites spatialement. Mais si la visibilité de ces contradictions est exacerbée dans les quartiers populaires, celles-ci s’étendent bien à l’ensemble de la société. Parler en termes de « quartiers populaires » est une façon bien commode d’appréhender ces quartiers comme des lieux fermés sur eux-mêmes et non comme s’inscrivant dans une logique raciale plus étendue. Paradoxalement c’est peut-être la manière dont la problématique des « quartiers » est mobilisée qui invisibilise la question raciale alors que, justement, c’est dans ces quartiers qu’elle est la plus explicite.

Du côté de Guilluy, et des adhérents à sa thèse, la division entre « la Métropole » et la « France périphérique » est surtout une division entre la France « multiculturelle », celle avec une forte présence de non-Blancs, et la « vraie » France, la France Blanche pure. La gauche, de son côté, minore l’aspect racial en se limitant à un vocabulaire centré sur le territoire, notamment en parlant simplement de « quartiers populaires ». Suivant cette conception, qu’on soit Noir, Arabe ou Blanc importe peu puisque c’est la zone d’habitation qui s’avère déterminante. Il arrive parfois à cette gauche de nuancer la variable territoriale en expliquant que ce sont les classes populaires les plus précaires qui sont parquées dans ces zones sensibles et, dans le meilleur des cas, en ajoutant qu’une partie d’entre elles y subissent des violences policières et du racisme. Mais, dans tous les cas, le racisme est relégué au second plan, considéré comme un dommage collatéral pour des populations qui, en plus de faire partie des classes populaires, appartiennent aux groupes raciaux discriminés. Il s’agit d’une approche problématique lorsque l’on sait, et Frantz Fanon l’a démontré dans Les Damnés de la Terre, que la fracture coloniale se transpose dans la configuration urbaine. C’est justement ce qui conduit Sadri Khiari à affirmer d’une part que les quartiers sont surtout la « traduction dans l’espace d’un rapport de force politique », d’autre part que le « quartiérisme », bien que conscient « de la distribution et de la hiérarchisation des populations au sein d’espaces résidentiels différenciés », reste aveugle à la « matérialisation dans le processus urbain de conflits socio-politiques dont la logique se construit en dehors des quartiers » [7].

Nous comprenons alors pourquoi le mouvement social apparaît bien plus ouvert et entreprenant lorsqu’il adopte la problématique des « quartiers populaires » plutôt que celle de la « lutte des races sociales ». Cette problématique s’incorpore bien plus aisément dans sa propre dialectique tout en s’abstenant d’adopter les analyses de l’antiracisme politique auxquelles il reste, en effet, globalement réticent ou opposé. Ainsi, quand la gauche radicale exprime son désir de voir des Indigènes des quartiers populaires rejoindre les mobilisations des GJ, ce n’est pas pour y voir intégrer leurs revendications et agendas politiques, mais pour casser la possibilité d’une direction fasciste du mouvement. Nous resterons, à leurs yeux, des instruments, tant qu’ils n’accepteront pas notre existence politique et sociale.

La première étape de cette acceptation serait de reconnaître la question raciale que le terme « quartiers populaires » sert trop souvent à masquer. Car chacun sait, au fond, que lorsque l’on parle de banlieue, on parle, au fond, des Indigènes. Certes, des Blancs y vivent aussi, mais nombre d’entre eux ont été, d’après Sadri Khiari, « indigénisés » [8]. L’indigénisation des personnes blanches vivant dans les quartiers démontre bien que ce sont des espaces marqués racialement puisqu’ils sont avant tout les territoires des Indigènes. Comme le disait Abdelmalek Sayad, « la stigmatisation qui est, en apparence, le produit du territoire stigmatisé finit toujours, en réalité, par produire un territoire propre, un territoire revendiqué comme territoire stigmatisé et territoire de stigmatisés» [9]. Par conséquent, lorsque Guilluy et Cie parlent d’une fracture entre la Métropole et la « France Périphérique », ils parlent d’une certaine manière d’une fracture raciale ; de même, lorsque la gauche blanche désire une « convergence » avec les « quartiers », elle appelle, sans le dire, à une convergence entre Indigènes et Blancs. Or celle-ci ne peut s’établir en aucun cas ni sur des non-dits ni sur la base d’une représentation faussée et travestie de la réalité. Que les petits-Blancs vivent des situations précaires, nous ne l’avons jamais nié. Nous avons été les premiers à poser les bases d’une alliance entre les « Beaufs » et les « Barbares », dans le cadre d’un projet décolonial [10]. Néanmoins, tout effort vers une convergence sera forcément vain tant que seront ignorées la frontière raciale qui persiste entre les deux, ainsi que la surreprésentation des Indigènes dans les populations pauvres [11]. Cette réalité doit être reconnue et admise.

Les Indigènes subissent des injustices socio-économiques et symboliques, vivent dans des conditions matérielles précaires tout en étant représentés comme des « parasites » vivant sur le dos de l’État et des honnêtes travailleurs (Blancs). Les banlieusards appartiennent bien aux classes populaires, mais ils sont sacrifiés au profit d’autres membres de ces mêmes classes populaires, en l’occurrence, les Blancs. Nous sommes donc bien devant un traitement racial. Les banlieues peuvent être complètement délaissées et stigmatisées tout simplement parce qu’elles sont habitées par les Indigènes. Leurs territoires ne sont pas considérés comme faisant pleinement partie de la Nation en tant que « zones de non-droit » ou « territoires perdus de la République ». La France, celle avec les vrais Français, se trouve là où habitent en grande majorité les Blancs. La campagne devient alors le symbole absolu de cette France « pure ». Les petits-Blancs peuvent connaître des situations similaires en termes de précarité économique ou de non-représentation, reste que leur blanchité leur accorde un immense privilège : leur appartenance à la Nation est assurée. De ce fait, il apparaît toujours plus illégitime et scandaleux d’être un Blanc pauvre qu’un Indigène pauvre en France. Comprenez : le Blanc est davantage chez lui que l’Indigène. Que l’Arabe ou le Noir soient pauvres ne dérange pas pour la simple raison qu’une certaine logique et qu’un certain ordre social sont respectés. Ils restent des « invités » et à ce titre doivent se contenter de ce qu’ils ont. Mais pour le Blanc c’est différent puisque c’est une hérésie que de le voir souffrir dans sa propre maison, alors même que des Indigènes profiteraient grassement des aides de l’État. On pourrait nous rétorquer que nous entrons dans une compétition victimaire contre-productive, et que nous oublions nos intérêts communs. Certainement pas, nous nous interrogeons seulement sur l’incapacité des Blancs à considérer la condition seule des colonisés de l’intérieur. Nous ne devons pas nous sentir obligés de faire des ponts avec la souffrance des petits-Blancs pour rendre légitime la cause Indigène, de même que nous refusons de taire la question raciale. Nous affirmons aussi qu’il existe une spécificité de la condition Indigène en France et qu’elle persiste même lorsque des Blancs semblent vivre dans des conditions matérielles similaires. Le traitement colonial et postcolonial des populations Indigènes a créé une scission entre les Indigènes et les Blancs, et il ne suffit pas d’avoir quelques intérêts communs pour la voir disparaître. Le mouvement actuel des GJ en est une illustration flagrante.

Les Indigènes et les Blancs, des économies morales dissemblables

Vis-à-vis des GJ, les Indigènes sont dans une forme de soutien distant ou dans l’indifférence et le mouvement social a du mal à comprendre ce positionnement. Enfermé dans ses cadres d’analyse à base de « classe sociales » et de marxisme orthodoxe, il est incapable de saisir cette « passivité » vis-à-vis des GJ, surtout lorsqu’il existe des intérêts communs. Il oublie toutefois de mentionner des divergences importantes entre les GJ et les Indigènes — comme le thème des migrants, le chauvinisme et le patriotisme, la dénonciation des « assistés » (généralement Rroms, Noirs et Arabes dans l’imaginaire collectif) etc. —, mais aussi l’absence des problématiques spécifiquement indigènes, dont l’antiracisme et l’anti-impérialisme. L’épisode des GJ ne peut pas non plus faire oublier aux Indigènes le climat raciste, et particulièrement islamophobe, qui sévit en France. D’un point de vue racial, ils ont donc des raisons évidentes de ne pas se mobiliser et s’ils le font, c’est seulement par sentiment d’appartenir au groupe des « pauvres ».

L’événement des GJ démontre que, malgré des conditions matérielles plus ou moins proches, les Indigènes et les Petits-Blancs ne vivent pas dans le même espace-temps et sont habités par des intérêts différents. Comme l’a déjà souligné à plusieurs reprises Khiari, la clarté théorique et la conscience politique sont loin de suffire pour réaliser une « convergence ». Si à un certain niveau, les intérêts peuvent se confondre, à d’autres, ils s’opposent, c’est pour cette raison qu’il ne s’agit pas « d’articuler des champs de luttes “naturellement” complémentaires mais de cheminer dans leurs contradictions. On lutte avec, séparément et contre » [12]. Afin de rendre compréhensible ce propos que tient et défend le PIR avec constance et force depuis plus de dix ans, nous proposons de le retranscrire en recourant à un langage et à des références qui appartiennent à la gauche. Pour ce faire, nous nous appuierons sur le principe de « l’économie morale » développée par l’historien Edward Palmer Thompson.

Étudiant les émeutes dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, E.P Thompson affirme que c’est une erreur de les réduire à une réaction mécanique à une dégradation des conditions matérielles, à « une réaction “au stimulus” de la faim » [13] — comme le font généralement certains marxistes en se limitant à une comparaison salaire/prix – car sinon comment comprendre qu’il n’y aurait pas davantage de mouvements de colère. Pour comprendre ces émeutes, il a développé le concept de « l’économie morale » qui lui permet de ne pas s’intéresser seulement aux conditions matérielles objectives, mais aussi au processus de subjectivation en analysant les expériences vécues, les émotions des individus face à leur quotidien et à la façon dont ils ressentent eux-mêmes leur place dans les rapports de production. Thompson montre ainsi que le système économique est aussi régulé par des principes normatifs, des valeurs et des obligations ; les individus établissent ainsi des règles de bonne conduite, de respect, de dignité, de justice, de reconnaissance. L’économie doit respecter une certaines « moralité » pour ne pas paraître trop déséquilibrée au risque de conduire à la révolte. Cette moralité dépendant du contexte socio-historique et du type de population, elle n’est pas la même pour un prolétaire au XIXe ou au XXIe siècle. Ce concept nous permet de mieux comprendre pourquoi des personnes vivant dans des situations très précaires ne se révoltent pas forcément de manière ouverte. Si les jugements de valeurs qui sont les leurs vis-à-vis du fonctionnement de la société ne leur apparaissent pas transgressés, elles n’ont pas de raison d’estimer que le système économique ou que leurs dirigeants ont outrepassé les normes et les principes moraux qui doivent régenter l’économie et/ou leurs engagements.

L’économie morale est inscrite dans l’activité sociale des individus en étant le prolongement du social et du lien entre acteurs de la société. Elle entre ainsi en conflit avec l’économie politique et l’éthique capitaliste qui s’autonomise de l’espace social. Il y a alors conflit entre « l’éthique du capitalisme et l’éthos du pauvre ». Cet ethos n’est pas partagé par tous les pauvres, dépendant du groupe auquel ils se sentent appartenir. L’esprit communautaire est un élément important de l’économie morale et la révolte intervient seulement lorsque cette communauté pense que le lien qui la reliait avec ses dirigeants est brisé, quand ces derniers n’ont pas respecté le contrat, leurs devoirs et leurs obligations.

L’économie morale nous donne un éclairage très intéressant sur la révolte des GJ. Bâti à partir de l’augmentation des prix des carburants, il s’est avéré que c’était moins ces taxes en elles-mêmes qui étaient visées que l’attitude de Macron depuis sa prise de pouvoir, ainsi que la politique néolibérale décomplexée menée avec un mépris sans limite. Samuel Hayat le décrit parfaitement dans son remarquable article sur l’économie morale des GJ lorsqu’il affirme que « leur mobile était bien économique, mais pas au sens habituel : ils n’étaient pas mus par des intérêts matériels au sens strict, mais par des revendications morales sur le fonctionnement de l’économie » [14]. Les GJ se mobilisent bien à partir de leur propre économie morale. Notre hypothèse est que celle-ci n’est pas universellement partagée par tous les Français, mais appartient plus spécifiquement aux classes populaires blanches. De leur côté, du fait de leur traitement différencié dans la société française et de leur position de subalternes dans la hiérarchie raciale en France, les Indigènes développent un type d’économie morale bien distinct vis-à-vis de l’Etat, dans laquelle la question raciale prime. Cette différence implique que les facteurs d’une révolte ou d’une participation à une manifestation ne sont pas identiques et que, dans les cas des Indigènes dans le contexte actuel, quand bien même leur situation socio-économique est précaire, les responsables n’ont pas, de leur point de vue et vis-à-vis d’eux, dépassé la ligne rouge au-delà de laquelle ils se révolteraient.

Cette idée peut surprendre et laisser entendre que les Indigènes sont bien plus dociles en situation de domination. Ce serait une interprétation erronée et les situations montrant leurs capacités de résistances ne manquent pas. Le dernier grand exemple en date, ce sont les « émeutes de 2005 ». L’examen des raisons de ces « émeutes » renseigne sur des éléments de l’économie morale des Indigènes. Subissant quotidiennement les répressions policières, celles-ci sont devenues presque « normales » ; si elles conduisent à une hostilité envers les forces de l’ordre et le gouvernement en général, pour autant cette hostilité se manifeste rarement de manière ouverte, collective et violente. La mort tragique de Zyed et Bouna a été le crime policier de trop et donc l’élément déclencheur de la révolte. Le pacte moral déjà très instable entre les Indigènes et les pouvoirs publics a été rompu, faisant exploser la colère et la violence des habitants des quartiers. L’exaspération a ensuite été accentuée par d’autres outrages aux principes et valeurs Indigènes, comme la grenade lacrymogène lancée dans une mosquée de Clichy-Sous-Bois, alors que de nombreux fidèles y étaient rassemblés pendant le Ramadan. L’usage de l’économie morale proposée ici peut étonner car elle ne concerne pas directement le système économique en tant que tel, mais le concept de Thompson permet justement de ne pas se restreindre aux conditions matérielles et d’incorporer les normes et les valeurs du groupe pour appréhender ses mobilisations. Sans cet élargissement de l’analyse des révoltes, il est impossible pour le champ politique Blanc de saisir les révoltes propres aux Indigènes ainsi que ses causes profondes qui se trouvent d’avantage reliées à leur condition de race qu’à celle de classe.

Les GJ se mobilisent principalement pour lutter contre la précarisation de plus en plus forte de leurs conditions de vie. Or, des conditions de vie précaires ne sont pas un phénomène nouveau pour les Indigènes, ils se sont habitués à être la « France d’en dessous la France d’en bas » ou pour le dire autrement, cette stratification sociale est entrée dans les normes et ils l’ont intégrée en tant que telle. Le sentiment d’un contrat rompu est alors absent. Il serait peut-être même possible d’affirmer que sur la problématique économique, les Indigènes ont développé une plus forte résilience. Toutefois, ce n’est pas seulement parce que ces conditions de vie précaires sont devenues la « norme » pour les Indigènes que le sentiment d’injustice ou de révolte se manifeste moins. Une autre raison cruciale explique que les Indigènes ont tendance à moins exprimer leur colère publiquement et se dirigent vers des formes de résistance plus diffuses : les non-Blancs sont perpétuellement renvoyés à leur statut d’Indigène et donc d’étranger à la Nation française, exclusion qu’ils ont assimilée.

En effet, si les classes populaires Blanches se révoltent depuis plus deux mois c’est aussi parce qu’elles ont les moyens de le faire : non pas les moyens matériels, mais les moyens symboliques. Nous l’avons déjà dit, il est plus injuste et illégitime d’être un pauvre Blanc qu’un pauvre non-Blanc. Étant chez lui, le Blanc pauvre se verra attribuer une plus grande légitimité à contester son sort, et cela, y compris de manière violente. C’est ainsi qu’il faut comprendre les discours dans lesquels les Gilets Jaunes expliquent qu’ils sont « juste » des « Français normaux », « d’honnêtes travailleurs » ne parvenant plus à boucler leur fin de mois. La signification de ce type de propos est simple : ils méritent d’autant moins d’être pauvres qu’ils sont Français et travailleurs. Leur appartenance à la Nation n’est jamais remise en cause, et c’est parce qu’ils se sentent pleinement Français et sont considérés comme tels qu’ils pensent être légitimes à réclamer justice, à réclamer leur dû et à contester. Leur blanchité leur garantit également un large soutien dans la population, quand bien même ils ont recours à des actions violentes et qu’ils dégradent des lieux hautement symboliques comme l’Arc de Triomphe. L’Indigène, au contraire, porte encore le statut de l’invité. Depuis sa naissance, on lui fait comprendre qu’il n’est pas vraiment chez lui, qu’il reste un étranger — même l’enfant d’immigré né en France, l’immigré qui n’a immigré de nulle part, selon la formule de Sayad — et n’a donc pas la même légitimité à se plaindre. Les émeutes de 2005 ainsi que leur réception dans l’opinion française le lui ont rappelé.

Finalement, la frontière raciale est toujours présente et persiste même lorsque des individus partagent des conditions matérielles communes. On ne peut espérer que cette frontière disparaisse en omettant de la nommer, ou en la limitant à quelques traitements spéciaux comme les violences policières. Le statut Indigène ne se limite ni au rapport avec la police, ni au territoire dans lequel il vit, mais formate toute sa vie. Il est le produit d’un traitement racial spécifique qui conditionne toute sa socialisation, et donc son identité. Les appels à une « convergence » ne peuvent effacer d’un seul coup cette frontière. Une « alliance » ne se proclame pas, pas plus qu’elle n’est le produit de quelques individus volontaires. Elle résulte d’un processus long, constitué d’actions concrètes, de dialogues, d’échanges et de compréhensions des intérêts objectifs et spécifiques de chaque groupe — avec leurs autonomies propres — mais aussi des conflictualités entre des intérêts divergents. La gauche Blanche ne peut espérer mobiliser les « quartiers » seulement lorsqu’elle le désire, et continuer le reste du temps à adopter une attitude au mieux passive, au pire hostile, envers toutes les luttes propres aux Indigènes et à l’anti-racisme politique. Si elle souhaite vraiment parvenir à la « convergence » dont elle rêve tant, le premier pas à faire est donc d’accepter et de respecter l’espace-temps Indigène, tout en apportant un soutien à ses combats spécifiques. Mais surtout, le pré-requis absolu à toute volonté « d’alliance » est la constitution d’une organisation Indigène forte, autonome, mobilisatrice et représentant les intérêts de l’immigration en France. Une organisation capable, le moment venu, de jouer le rôle d’interlocuteur lorsque l’occasion d’un front commun avec des organisations de gauche se présentera. Pour le moment, les Indigènes sont par rapport aux GJ tout autant « avec, séparément et contre » : avec les GJ et leur contestation d’un ordre social injuste ; « séparément » en ne se mobilisant pas massivement ; et « contre » les dangers de voir les GJ pencher vers l’extrême-droite.

Wissam Xelka, membre du PIR

[1] L’analyse se limite ici au cas des GJ jaune en France métropole, le cas des GJ dans des territoires comme la Réunion nécessite une autre analyse, menée par les acteurs locaux, car c’est un cas particulier de révolte sociale dans un cadre colonial.
[2] Jean Bastien, « Entretien – L’illusion du bloc bourgeois, avec Bruno Amable et Stefano Palombarini », Nonfiction.fr, 12 avril 2017.
[3] Cécile Braconnier et Jean-Yves Dormagen, « Ce que s’abstenir veut dire », Le Monde Diplomatique, Mai 2014.
[4] Les travaux de Violaine Girard contredisent cette vision des classes populaires blanches repoussées contre leur gré dans le périurbain. Au contraire, cela représente, à leurs yeux,  « une promotion sociale ». Violaine Girard et Anne Châteauneuf-Malclès, « Le vote FN au village. Trajectoires de ménages populaires du périurbain », ENS Lyon, 29 juin 2018.
[5] 64 % des pauvres vivent en zones urbaines, 17 % dans les communes périurbaines, 13,4 % dans les petites et moyennes agglomérations et enfin, 5,4 % dans les communes rurales isolées. 57 % des pauvres vivent dans des communes de plus de 50 000 habitants et 21 % dans des communes rurales qui sont en grande partie des territoires périurbains très proches des grandes villes. « Où vivent les pauvres ? L’Insee infirme définitivement la thèse de la France périphérique », La Gazette.fr, 09 janvier 2015.
[6] À titre d’exemple, si l’on se réfère au rapport 2018 de l’Observatoire Nationale de la Politique de la Ville, le revenu fiscal moyen par UC est de 11 431 euros dans les quartiers populaires, alors qu’il est deux fois plus levé dans le reste de la France Métropolitaine (23 440 euros). Les ZUS sont ainsi les territoires français les plus défavorisés très loin devant les autres, le taux de pauvreté y atteint en moyenne 42,6 % de la population, contre 14,5 % dans la France Métropolitaine.
[7] Sadri Khiari, La contre-révolution coloniale en France. De de Gaulle à Sarkozy, éditions La fabrique, Paris, 2009. p 193-194
[8] Sadri Khiari, « Les Blancs indigénisés des cités populaires », Parti des Indigènes de la République, 28 septembre 2013 : http://indigenes-republique.fr/les-blancs-indigenises-des-cites-populaires/
[9] Sayad Abdelmalek, La double absence. Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré, Editions du Seuil, Paris, 1999. p365
[10] Houria Bouteldja, « Les Beaufs et les Barbares : sortir du dilemme », Parti des Indigènes de la République, 21 juin 2018
[11] « Quel est le taux de pauvreté dans ma commune ? », Observatoire des inégalités, 13 avril 2018 et « Qui sont les pauvres en France ? », Observatoire des inégalités, 16 octobre 2017
[12] Sadri Khiari, « L’Indigène discordant », Parti des Indigènes de la République, 10 mai 2005
[13] Fassin Didier, « Les économies morales revisitées », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2009/6 (64e année), p. 1237-1266.
[14] Samuel Hayat, « Les Gilets Jaunes, l’économie morale et le pouvoir », SamuelHayat, 05 décembre 2018

29 janvier
2. l'Assemblée désassemblée de Commercy

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 06p.nk1-fokus21-2019-01-27-nk1-fokus21-l1009851

tout le monde aime Commercy, ou du moins fait comme si. La blogosphère transfère, de Guillon à Paris-Luttes en passant par dndf, Indymedia Nantes, Libération... Ci-dessous, Reporterre, des extraits
Près de Commercy, l’assemblée des Gilets jaunes refonde la démocratie Pascal Hennequin et Hervé Kempf

Reporterre a écrit:Mettant en avant la revendication du partage des richesses, l’assemblée ambitionne de donner un cadre au mouvement, tout en respectant scrupuleusement son exigence démocratique.
- « Pourquoi est-ce un moment historique ? - Parce que nous avons cherché à agir de la manière la plus démocratique possible, dans le respect de la parole populaire. Et parce que nous avons réussi à établir une coordination du mouvement ».
- dès l’origine, la volonté est née de donner une assise démocratique à cette lutte, en « créant partout en France des comités populaires, qui fonctionnent en assemblées générales régulières »
- « On ne peut pas prétendre représenter les Gilets jaunes de France. On représente une idée. Il s’agit ici de s’engager dans un processus »
- « Si on va a au bout du formalisme, on ne pourra jamais décider, parce qu’il faudra plein d’allers-retours. On peut dire que cette assemblée des assemblées est légitime pour prendre des décisions. » Légitime ? C’est précisément ce dont elle n’était pas assurée, la préoccupation de rester parfaitement démocratique dominant les esprits. Marco, de Dijon, expliquait : « Il y a un très gros complexe de légitimité ici. Nous avons la volonté de super bien faire, pour ne pas répéter ce que nous reprochons au pouvoir. Mais vous ne trahissez pas l’assemblé si votre texte correspond à ce qui s’est dit. » Alors, l’Assemblée était-elle décisionnelle ? Oui, disait la déléguée de Strasbourg, « rien n’empêche de dire qu’on redescendra dans la AG pour validation ou rejet. » « Sur 150 délégués ici, lui rétorquait une autre, qui a un mandat sur ce point ? Personne. Donc on ne vote pas, point ! » Les esprits s’échauffaient, et il fallait l’humour du clown Cilasz - par ailleurs délégué de Die (Drôme) - pour ramener la sérénité... Studieuse, l’assemblée reprenait la discussion, sur le thème : « Comment s’organiser pour être le plus démocratique à toutes les échelles ? »
-  « Ne nous pressons pas, disait un délégué, la Révolution prend trois, quatre ans »... « Qui on est, les Gilets jaunes ? Un mouvement populaire, émanation du peuple dans sa diversité. Que veut-on ? Vivre dignement, sans avoir peur du lendemain. »
selon ce texte qu ne s'appesantit pas sur les contenus, dans les discussions, tout y passe, RIC, anti-nucléaire, justice sociale, mandats, formes d'actions, Outre-mer, handicapés... Le maintien d'une apparence d'unité sous gilets, exigence centrale malmenée depuis le début du mouvement, n'est pas à Commercy différents d'ailleurs. Tout au plus n'y retrouve-t-on pas le plus nationaliste, patriotique, facho... (les photos ne montrent presque pas de bleu-blanc-rouge) et très certainement des militants encartés LFI, écologistes, alternatifs libertaires, ou du NPA qui, sur @NPA_officiel glorifiant des chiffres dérisoires de la participation, insiste sur « la détermination toujours aussi forte » entre deux tweets sur sa présence au européennes : un racolage électoral sans complexe

25 janvier
ni récent, ni théorique, le sociologisme de l'EHESS... Pour moi comme pour d'autres théoriciens communistes, une bonne sociologie de terrain est incontournable. Cet article n'en relève pas, le boulot n'est pas fait. Pas étonnant donc d'y retrouver tous les poncifs sur la question des classes, à cent lieues de ce qu'elles sont pour Marx. Remarque en bleu dans le texte, commentaire théorique dessous

1. misère de l'EHESS
et des sociologismes passant pour analyse de classe

Après les gilets jaunes, repenser les classes sociales
Gilles Laferté Libération 21 décembre

La révolte contemporaine ravive les conflits de classes que certains croyaient éteints. Mais cette lutte ne reprend pas le chemin du passé, et pour l’analyser, il faut tenir compte de la nouvelle géographie des rapports sociaux, comme du processus de désintégration sociale dont on avait sous-estimé la gravité.

Gilles Laferté est directeur de recherches à l’Inra et Serge Paugam, directeur de recherches au CNRS, directeur d'études à l'EHESS

Si le mouvement des gilets jaunes est l’expression de l’affaiblissement des corps intermédiaires est-il pour autant le signe d’un déclin des classes sociales ? Ce mouvement, on l’a souvent souligné, semble, en effet, le réceptacle de revendications éparses et peu coordonnées, exprimées par des personnes au statut socioprofessionnel différent et qui ne partagent pas forcément les mêmes orientations politiques et les mêmes aspirations. Cet ensemble disparate peut donner l’impression d’une non-classe sociale et renforcer les arguments de celles et ceux qui défendent, depuis le milieu des années 90, la thèse de «la mort des classes». Nous pensons au contraire que ce mouvement est avant tout le signe d’un renforcement des conflits de classe qu’il convient de saisir et d’interpréter à partir d’un cadre analytique renouvelé.

[le problème, pour la théorie communiste, se pose, ou devrait se poser autrement : qu'est-ce qu'une classe dans le capitalisme ? Comment : se compose-t-elle ? se constitue-t-elle ? devient-elle ou non un sujet révolutionnaire ?, etc. Tout ce qui suit évite ces questions]

Les polarisations et la distance spatiale
La concentration des richesses se marque profondément dans le territoire. En France, historiquement, cette richesse est à Paris qui accélère son embourgeoisement malgré des décennies de crises économiques. Cette richesse réside aussi dans les grandes métropoles régionales, les zones du littoral et frontalières, dans les campagnes récréatives et bourgeoises, géographie qui crée moins un centre et une périphérie que des espaces de circulation différenciés selon les groupes sociaux avec des zones de plus en plus étendues peu accessibles au plus grand nombre, avec un coût du logement et des services prohibitifs, des écoles à double vitesse, coiffées d’une beauté paysagère, architecturale et culturelle qui signifie la supériorité sociale de ces mondes bourgeois, connectés aux distinctions sociales internationales. Manifester au cœur du Paris bourgeois pour le brûler, faire tomber la grille des Tuileries témoigne de cette colère contre le cœur et sa beauté désormais inaccessible, symbole esthétique d’une domination sociale et spatiale. Si l’indicateur de 43 % de cadres à Paris pour seulement 7 % dans les zones rurales est frustre par rapport à la différenciation réelle des espaces, il indique déjà une partie du problème. Les ouvriers et les employés forment 29 % et 28 % de la population active des espaces ruraux, loin devant les agriculteurs à seulement 5 %. Alors que les sociologues ont cru hier que la pénétration de l’Etat et des marchés allait homogénéiser socialement le territoire enfouissant la ruralité avec la fin des paysans, on se retrouve avec des polarisations sociales qui redoublent la question sociale par la distance spatiale. La bourgeoisie et les classes moyennes supérieures se battent pour se maintenir au cœur des espaces les plus distinctifs, surpayant leurs logements et les services, s’offrant le TGV et des mobilités ponctuelles pour encadrer une usine, occuper un poste de direction, profiter des espaces récréatifs des campagnes, mais ne s’y inscrivent plus dans la durée. Inversement, exclues des zones les plus valorisées, les classes moyennes et populaires ont accepté cet éloignement géographique à l’aune du rêve pavillonnaire, c’est-à-dire de l’éloignement de la pauvreté urbaine par l’accès à la propriété. Venir toucher à leur mobilité, prix renversé de la «ghettoïsation des riches», après leur avoir fait subir la fermeture de nombreux services publics, c’est encore un peu plus couper le projet politique du vivre-ensemble, les enfermant dans un entre-soi automobile et pavillonnaire. Il faut comprendre ces mécanismes de la concentration des richesses qui excluent spatialement tous ceux qui hier encore pouvaient accéder au cœur des valeurs dominantes. Le travail de légitimation de la domination sociale en France est historiquement passé par la «démocratisation» scolaire, modèle méritocratique qui, sur le papier, par une école massivement gratuite, laissait théoriquement accessible à tous les diplômes et les institutions culturelles les plus distinctives. Or, aujourd’hui, ce modèle est remis en question, et le lieu de résidence devient une variable sociale décisive puisqu’elle dit les milieux sociaux fréquentés, se montre prédictive de l’accès à l’éducation, à la culture, à la santé, et renforce les mécanismes de la reproduction sociale des classes supérieures. Autant sur la scène du travail que de la résidence, les espaces ruraux contemporains sont explosifs parce qu’au cœur de conflits sociaux (Notre-Dame-des-Landes, Sivens, bonnets rouges, gilets jaunes…) où se mêlent des visions et des projets éclatés selon des usages productifs ou récréatifs des campagnes mais socialement bien situés. Les groupes sociaux et les rapports de domination sont spatialisés, la sociologie ne peut plus être aveugle de cette nouvelle géographie.

Une intégration sociale inégale
Cette nouvelle spatialisation de la question sociale oblige de même à (re)placer la question de l’intégration au cœur de l’analyse sociologique. La notion d’intégration désigne un processus général que l’on peut appréhender à partir des liens qui attachent les personnes entre elles et à la société. Or, ce processus s’avère désormais très inégal. Dans la société salariale des Trente Glorieuses, les classes sociales étaient en lutte pour le partage des bénéfices de la croissance, mais elles étaient globalement intégrées au système social, et les conflits sociaux participaient de ce processus d’intégration. Aujourd’hui, non seulement les capitaux économiques et culturels sont répartis de façon inéquitable, mais les liens sociaux sont de force et d’intensité disparate. Au cours des dernières décennies, ceux-ci se sont fragilisés pour beaucoup. Le lien au monde du travail s’est affaibli sous l’effet de la précarisation professionnelle et du risque du chômage, plus fort en bas de la société qu’en haut. Se fragilisant ce dernier contribue à en déstabiliser d’autres : le lien entre générations, le lien conjugal et familial, le lien aux structures associatives, le lien aux institutions locales et nationales notamment. Le mouvement des gilets jaunes est l’expression de ce délitement cumulatif des liens sociaux dont les effets sont forts dans tous les lieux marqués par une perception vive d’abandon social, institutionnel et politique. Ce mouvement exprime une colère qui provient d’un ensemble apparemment hétérogène composé de salariés du privé intégrés mais au revenu modeste et astreints à de longs déplacements pour conserver leur emploi, d’agents peu valorisés des services publics alors qu’ils exercent des missions fondamentales dans le domaine de l’éducation, de la santé, du soin aux personnes âgées dépendantes, d’artisans, commerçants ou petits entrepreneurs à la peine, de retraités ayant le sentiment d’avoir beaucoup travaillé et qui restent pourtant proches du seuil de pauvreté. Cette colère gagne aussi une partie de la jeunesse dont l’avenir reste incertain. Elle est le signe d’une revanche des invisibles, ceux qui n’en peuvent plus de ne pouvoir joindre les deux bouts, qui se sentent méprisés, notamment par les élites si indifférentes à leur sort, et dont les revenus n’ont cessé d’augmenter. Il s’agit d’un rapport de classes que l’on peut désormais appréhender, certes, à partir de la catégorie socioprofessionnelle et des modes de vie, mais aussi à partir des différents paliers de l’intégration. En deçà de l’intégration assurée caractérisée par le cumul des avantages et la force des liens qui attachent au système social dominant, se situe, un palier en dessous, l’intégration fragilisée qui condamne celles et ceux qui en font l’expérience, non pas à la marginalité absolue, mais au risque permanent de la perte des protections élémentaires et au déni de reconnaissance. Ce palier ne signifie pas la rupture des liens, mais cette perspective peut faire plonger dans une angoisse existentielle, correspondant sans doute à l’expérience quotidienne des gilets jaunes. Au palier encore en dessous, se trouvent celles et ceux pour qui l’un ou l’autre des liens sociaux est bien rompu et qui sont contraints de trouver des compensations grâce à des ressources locales, comme l’économie informelle, ou de survivre au jour le jour dans la grande précarité. Ces différents paliers existent dans ces mondes ruraux éclatés dans lesquels l’isolement social et la détresse psychologique expliquent, du moins partiellement, l’augmentation des taux de suicide. Les gilets jaunes sont pris en tension entre cette intégration assurée à laquelle ils aspirent sans y parvenir et cette intégration marginalisée qui les guette, autrement dit entre les classes supérieures ou moyennes supérieures et les très pauvres.

La révolte sociale contemporaine ravive ainsi les conflits entre classes sociales. Mais cette lutte ne reprend pas le chemin du passé. Désormais, les classes sociales sont plutôt des homologies de positions et en cela, elles peuvent toujours se mobiliser quand les dominations ressenties se révèlent trop brutales provoquant cette colère non organisée. Pour les analyser, il faut tenir compte de la nouvelle géographie des rapports sociaux, mais aussi du processus de désintégration sociale dont on avait probablement sous-estimé la gravité, notamment dans les mondes ruraux, ce qui constitue désormais un défi à relever pour les chercheurs, mais aussi pour la société dans son ensemble.
les "défis pour les chercheurs", la théorie communiste s'en fout. Mais je comprends qu'une phrase telle que « cette lutte ne reprend pas le chemin du passé » puisse alimenter les "thèses" de qui pense comme un Alain Corne, qui a déniché cet article de fin 2018, puisqu'il alimente, en termes de constats, le sens de sa théorisation. Misère de l'EHESS, mais ce n'est pas d'aujourd'hui qu'elle fascine le "milieu communisateur". On avait ça pendant Meeting, plusieurs participants y étudiant, y traînant, y taguant par exemple : « Le Dasein, il est dans ton cul ! » Salut Karim !

que « cette lutte ne reprend pas le chemin du passé », c'est une évidence, pas besoin d'un sociologue, mais qu'est-ce que cela signifie dans son rapport au capital ? Ni la reprise d'une lutte des classes à l'ancienne, et pour moi, ce ne sont pas les classes sociales qu'il faut repenser puisqu'on retombe inévitablement sur des histoires de "composition" (donc sociologique), de "classe moyenne", d'interclassime mal posé, etc. Ce qu'il faut penser c'est le rapport en mouvement des contradictions du conflit au capital. Et donc, même pour ce que reste essentiel ce rapport d'exploitation par la production, en relation avec d'autres contradictions antagoniques nouvelles ou récemment advenues, même en termes de "classe", c'est le problème de sa constitution en sujet révolutionnaire. Voilà qui serait au moins un "retour à Marx" conséquent. Pour le reste...


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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Jeu 7 Fév - 5:05


un peu de théorie, du journalisme, mais aussi des débats... et un point d'étape général


1. du marché aux blessés de l'Acte 12 à l'idéologie du flic violent = l'État
2. les entreprises, donc le Capital, peu visés par les Gilets jaunes
3. voir assumée sans complexes une théorie communiste de rupture, voilà qui fait plaisir
4. où en sommes-nous entre luttes et pouvoir économique et politique ?
4. où en sommes-nous entre luttes et pouvoir économique et politique ?

"la réussite en demi-teinte", de l'Acte 12 le 2 février et de la "grève générale" le 5, a pris la teinte de demi-échecs, l'appréciation ne valant que pour qui gagne ou perd. Tour d'horizonS

- la direction de la CGT, en gonflant ses démonstrations, de rues plus que d'entreprises, de la participation de gilets jaunes, aura-t-elle enrayé la descente aux enfers annoncée par les élections professionnelles l'ayant reléguée au deuxième rang derrière la CFDT ?

- les Gilets Jaunes, mais lesquels ?, auront-ils encore convaincu d'une unité en uniforme coloré dans la disparité des revendications, des objectifs parfois explicitement politiques : positionnement plus ou moins "à gauche" ou "à droite", création de "mouvement", "parti", 'liste aux européennes'...), stratégie ou tactique à la Drouet ou Nicolle (tentatives de sortir de la répétition lancinante des "Actes" le samedi, quid du fatidique Acte 13 ?), attitudes relatives à des "violences" ou actions illégales (de plus en plus vu l'accumulation de lois préventives) attribuées à tort ou à raison aux "leurs"...

- les partis politiques de gauche réussiront-ils à "engranger électoralement" leurs soutiens de plus en plus appuyés à un mouvement qui ne porte pas a priori autant de points communs avec leurs programmes qu'ils font mine de le croire, surtout la LFI et le NPA ? Les sondages pré-électoraux permettent d'en douter dans le score de 8% attribué aux amis de Monsieur Mélenchon

- la droite de la droite récupérera-t-elle dans les urnes les revendications politiques explicitement proches de ses positions, notamment sur l'Europe et l'immigration, en tenant compte de nationalisme à l'échelle française (Les Patriotes de Philippot, Duponts-Aignan, Lassalle) ou européennes (nouvelle stratégie du RN de Madame Le Pen dans le contexte de montée des populisme droitiers en Europe et en Occident) ?

- la sphère militante anarchisante, anticitoyenniste ou d'ultragauche (ici au sens de sa perspective révolutionnaire) sera-t-elle sortie d'une marginalité touchant quelques milliers d'individus, divisé en autant d'obédiences et groupes aussi sectaires les uns que les autres, et se disputant l'entrée en luttes débridées de personnes vierges d'activité politique ? et par là-même de sa tendance à mesurer la conjoncture au critère de son illusion d'une situation quasi insurrectionnaliste voire révolutionnaire ?

on le voit, chez les lutteurs du jaune au rouge, de chacun son agenda, à chacun ses enjeux. C'est bien pourtant aussi de cela que se construit justement la conjoncture en tant que situation où se rencontrent toutes circonstances du moment (voir 6 février : à propos (du concept) de "conjoncture", et de son usage réducteur du sens commun à une conjoncture favorable (à...). Mais le tableau ne serait pas complet sans regarder en face, chez l'adversaire, l'ennemi, ou prosaïquement la concurrence sur le marché des rackets militants

or, on l'a vu, Macron a plus que commencé à retourné la situation à son avantage 34% d'opinions favorables, plus qu'en octobre avant les Gilets jaunes), c'est-à-dire celui de l'État, et derrière de la sphère capitaliste orientant la politique gouvernementale en France. Il l'a fait comme il l'a dit, en maintenant son cap tout en intégrant partie des revendications jaunes aux décisions à prendre à court terme, d'où le Grand débat, la perspective d'un référendum (Plus de 3 Français sur 4 (77 %) se disent par ailleurs favorables à un RIC « de proposition », sondage Ifop 18-21 janvier) et de décisions institutionnelles non anecdotiques en avril

tout cela confirme ce qu'annonçait ce sujet dans la logique du contexte général des dernières années et particulier à la France depuis les attentats de 2015 et l'élection de Macron en 2017 (Idéologie française, Patlotch)

"la situation reste ouverte", il peut le dire (comme disait Pierre Dac) mais pas à tout : « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. » (Marx, 18 Brumaire, 1851)


3. voir assumée sans complexes une théorie communiste de rupture
voilà qui fait plaisir
Lisbeth Salander a écrit:dndf 06/02/2019 à 11:10 #4
Je lis et relis ce texte et le commentaire de son auteur et le malaise grandit…

C’est déjà assez pénible de se fader tous les délires dithyrambiques de tous ces rebelles orphelins de leur quart d’heure de convivialité barbuda (“hasta la vitoria…”). Mais bon, après tout, une des fonctions de l’Internet d’aujourd’hui est de permettre à tout un chacun de dire tout et n’importe quoi… pourquoi pas. Aux lecteurs de faire leur tri. Difficile devant le torrent (et là le mot n’est pas excessif) de productions que le mouvement des GJ débite chaque jour… Mais c’est le jeu.

Mais là, devant l’aveu naïf et tranquille du militant qui nous explique que, lui, il a bien compris que…(pas con, le mec!), mais qu’il va quand même aller expliquer aux gens qui luttent à quel point ils ne réalisent pas combien leur combat est bien plus grand que ce qu’ils croient…..Des fois que cela leur permette de réfléchir… On va “les armer”!!!

Je rappelle juste que la pédagogie, à la racine, c’est la science de l’éducation des enfants!! rien que ça!!
[Lisbeth 04/02/2019 à 15:40 #2 : je ne sais pas si ça m’est bien sympathique, ce rapport aux luttes sur le mode pédagogique performatif… à voir…]

Le réflexe premier serait de lui dire tout simplement  ”eh, petit, tu te prends pour qui, exactement ?”

Ce mouvement, comme tous les mouvements, s’exprime, parle, débats, se théorise. Jamais mouvement n’aura reçu un tel accueil médiatique de tous ordres. Ça déborde de partout. On a juste à les écouter, à les lire… Merci de ne pas aller leur expliquer combien VOUS, vous savez vraiment ce qu’il se passe.

La théorie, ça demande un peu de recul et ça assume sa part d’extériorité par rapport au mouvement. Cette forme d’intervention, elle, est clairement parachutée, de l’extérieur, comme tout bon militantisme gauchiste.
Patlotch a écrit:alias ânonime 06/02/2019 à 12:18 @Lisbeth Salander

ah là, Chère Lisbeth, bravo ! Il fallait quand même le dire, sans complexes ni scrupules d’aucune sorte, et, si je peux me permettre ayant rompu avec l’analyse des (vrais) théoriciens de la communisation, en en retenant quand même la capacité qu’elle a, de discerner ce qui est “lutte d’une classe” pour la rupture avec le Capital et l’État, même si de mon côté je “vois” l’avenir révolutionnaire autrement

pour qui ça intéresse, j’ai regroupé tous les sujets de mon forum abordant d’une façon ou d’une autre le so called “mouvement des Gilets jaunes”, une approche croisée partant des faits pour en faire théorie, poétique, et rigoler aussi
GILETS JAUNES, UNE APPROCHE CROISÉE : tous les sujets du forum

merci de tous commentaires si possible critiques

et bonne continuation, prenez pas chaud ni froid, un 6 février, va savoir ce que le ciel complote sur nos “têtes fragiles”, comme dit l’autre [Allusion à RS, TC n°25, Quatrième de couverture : « le devenir idéologique de la théorie de la communisation plane sur nos têtes fragiles... »

ajout : Lisbeth appuie où ça fait mal : « Merci de ne pas aller leur expliquer combien VOUS, vous savez vraiment ce qu’il se passe. » Je déteste autant qu'elle la posture pédagogique et j'ai épinglé ce texte en la citant le 4 février dans les vannes sont ouvertes : « avec les "références et précisions" du maître-pédagogue de la révolution Joseph Kacem, les GJ n'ont qu'à bien se tenir en bons "apprenants"... Prolongeant les délires théorico-pratiques [ d'AC/Carbure au NPA en passant par Paris-Luttes.Info], et leurs contradictions internes patentes... »

2. les entreprises, donc le Capital, peu visés par les Gilets jaunes

qu'on s'en réjouisse ou le déplore c'est UN FAIT, et il caractérise le mouvement depuis le début, n'en déplaise à qui rêve d'un "dépassement" d'une dynamique qui, par les formes et contenus de ce mouvement, s'est clairement montrée ce qu'elle était : sans contenu de rupture possible dans la conjoncture présente, aussi bien française que mondiale. Le national-populisme, français ou européen ne transcroît pas vers le monde sans frontières ni exploitation dans la production des marchandises, dont rêvent anarchistes et communistes (enfin, pas tous...)

Ce monde de l’entreprise peu ciblé par les « gilets jaunes »
Aline Leclerc et Raphaëlle Besse Desmoulières Le Monde 5 février

Alors qu’un appel à la grève générale a été lancé par certains manifestants à partir du 5 février, les revendications sociales du mouvement concernent jusqu’à présent peu le patronat.

Geoffroy Roux de Bézieux [patron du MEDEF] en fut l’un des premiers surpris. C’était le 10 décembre 2018 et le numéro un du Medef s’étonnait presque, lors d’une remise de prix à Paris, que le siège de son organisation, situé dans la très chic avenue Bosquet de la capitale, n’ait pas été ciblé par les « gilets jaunes ». Deux mois plus tard, comment expliquer que les entreprises et le patronat aient été en effet plutôt épargnés par la colère de ces nouveaux protestataires ?

Ces derniers jours, pour tenter de donner un second souffle à la contestation, certaines figures du mouvement, comme Eric Drouet, ont cependant choisi de remettre l’entreprise au premier plan en appelant à une « grève générale illimitée » à partir du 5 février. L’initiative renvoie, sans la nommer, à celle de la CGT qui avait lancé un mot d’ordre de grève interprofessionnelle ce jour-là.

« Même si l’action des “gilets jaunes” sur les ronds-points est positive, le Medef est trop tranquille, a martelé Philippe Martinez, le secrétaire général de la centrale de Montreuil, dans un entretien à Politis, le 31 janvier. Dans un pays où les quarante plus grandes entreprises versent 57,4 milliards d’euros à leurs actionnaires, il ne faut pas uniquement frapper à la porte du gouvernement. Ce sont les patrons qui accordent les augmentations de salaire. »

Pourtant, que ce soit hier sur les ronds-points ou aujourd’hui dans les débats organisés un peu partout sur le territoire, rares sont ceux qui évoquent spontanément la responsabilité du patronat dans la crise actuelle. « Si on critique les chefs d’entreprise, on mélange tout : les TPE, les PME, celles du CAC40 ou les multinationales. Alors que nous n’avons pas vocation à embêter les boîtes qui paient leurs impôts en France », avance Pierre-Gaël Laveder, « gilet jaune » à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) et ex-délégué syndical CFDT. C’est en effet pour leur manque de participation à l’effort national que les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) ont été rapidement la cible de nombreuses critiques et même de plusieurs actions, des tentatives de blocages d’entrepôts d’Amazon ayant eu lieu partout en France, notamment à Montélimar (Drôme) ou à Lux (Saône-et-Loire).

« Une révolte sur la fiscalité »
« Les chefs d’entreprise en tant que tels sont apparemment absents des critiques visant les élites, si l’on excepte quelques cibles entrepreneuriales, les banques, la grande distribution, les sociétés d’autoroutes, voire des multinationales étrangères, confirme Michel Offerlé, sociologue, qui a dirigé l’ouvrage collectif Patrons en France (La Découverte, 2017). Ce sont les riches qui sont visés par nombre de revendications. » Cela s’explique notamment par la sociologie d’un mouvement très hétérogène. Composé de salariés, précaires, chômeurs ou retraités, il a aussi accueilli, au moins à ses débuts, des indépendants, artisans ou petits patrons. « Moi, je ne me paye pas pour pouvoir verser un salaire à mes deux employés », expliquait ainsi un entrepreneur du bâtiment rencontré à Montceau-les-Mines.


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1. du marché aux blessés de l'Acte 12
à l'idéologie du flic violent = l'État

je suis à plusieurs moment du "mouvement intervenu sur la question de la des violences, policières ou autres, faisant ressortir en novembre qu'elle jouait un rôle au stade revendicatif du mouvement, puis montrer qu'elle participait de la dynamique réciproque pouvoir-mouvement (pour rester marxien, un mouvement en soi, ça ne veut rien dire). Exemple d'un désaccord d'analyse
Veloce a écrit:On reconnaît un mouvement révolutionnaire au degré de vérité que celui-ci impose sur son terrain. Et si le mouvement des gilets jaunes en a révélé un certain nombre, il en reste une qu’il lui faut encore admettre : il n’y a pas de violences policières, il n’y a que des violences d’État.

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 DyZv7EAXcAAB3Vr
Veloce Tract IV 2019.02.01

Patlotch a écrit:@Patlotch
« Il n'y a pas de violences policières, il n'y a que des violences d’État. »

je dirais plutôt qu'il y a les violences de la police programmées par l'État dans la logique ultime de se perpétuer et des violences de policiers qui en rajoutent, soit qu'ils aiment ça, soit fachos, soit pris de panique...

dans tous les cas, l'État instrumentalise le tout, mais des GJ ou de leurs soutiens aussi, et ça donne ce méli-mélo idéologique, qui comme le reste du mouvement est pris dans la dynamique réciproque pouvoir-mouvement

à rien ne sert une idéologie de la violence à deux balles, car l'on voit bien de quelle erreur elle est entachée et à quoi elle conduit en boucle : prendre la police pour l'adversaire principal au front parce qu'elle est ou le dernier rempart d'un État chancelant

désolé, on en est loin, et résultat : cet État retourne cette idéologie gauchiste contre le mouvement même, dont il ne lui reste plus qu'à retenir ce qui correspond et accélère son propre programme. Voir ce sujet depuis le début mi-décembre

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Sam 9 Fév - 20:50


ORTHOGRAPHE et THÉORIE COMMUNISTE*
"mépris de classe" mon cul !

* pas de mégarde, la théorie communiste en général, pas le groupe et la revue éponymes TC, si modestement baptisés, hors de cause ici, ayant de bons et bonnes correctrices...

ce-con-d'Alain-Corne - tel sera désormais ce sot briqué par mézigue -, à n'en point douter, et de sa connerie une fois de plus, aura voulu stigmatiser "le mépris de classe", en plépubscitant cet article de Libé

il n'est pas question pour moi d'être aveugle devant ce qui peut être réel mépris du populo inculte, illettré, analphabète ou simplement dysorthographique (car le cas Drouet mérite un diagnostic d'expert, vu la typologie répétitive de ses fautes systématiques renversant les accords), si cela n'était pas devenu un facteur instrumentalisé typiquement populiste et démagogique... ce dont bien sûr ne parle pas ce pauvre Glad, ni les gauchisses en tous genre qui croient trouver, chez ces pauvres leaders (un temps) malgré eux les représentants du prolétariat dont ils n'ont jamais vu la couleur ni senti de près les odeurs. Les plus démagos ne sont pas ceux qu'on pense : aux chiottes communisateurs de pacotilles !


pour qui sonne le Glad ?

Gilets jaunes : mon courrier des lecteurs est rempli de mépris social
Vincent Glad Libération 8 février 2019

Quelques réponses à des tweets concernant les gilets jaunes. Capture d'écran Twitter  
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 1193913-chro
Relayer sur Twitter les propos importants que les gilets jaunes s'échangent sur Facebook, c'est s'exposer systématiquement à des réactions violentes stigmatisant notamment l'orthographe des représentants les plus emblématiques du mouvement.
Depuis le début de la crise des gilets jaunes, j’ai fait des groupes Facebook du mouvement mon terrain journalistique privilégié. Dans ce mouvement décentralisé, ces groupes constituent le rond-point des ronds-points, le lieu privilégié de la délibération politique. J’ai pris pour habitude de reposter sur mon compte Twitter les contenus les plus intéressants trouvés sur Facebook, extirpant ces textes ou ces vidéos d’une bulle pour les plonger dans une autre. Bien malgré moi, je me suis retrouvé interface entre le Facebook des ronds-points et le Twitter des centres-villes. Avec un terrible choc culturel.

Mon courrier des lecteurs arrive chaque jour sur Twitter et il n’est pas toujours agréable à ouvrir. Mes tweets sont devenus un grand défouloir pour les anti-gilets jaunes, qui rivalisent de bons mots et de commentaires méprisants pour moquer l’inculture ou la bêtise des manifestants. Considérant que leur influence est majeure sur le mouvement, il m’arrive souvent de relayer les publications d’Eric Drouet et Maxime Nicolle sur leurs groupes Facebook respectifs. Ces prises de parole me paraissent une information au même titre que les communiqués de presse d’une centrale syndicale. Les réponses que je reçois sont d’une grande violence, tournant en général autour de leur QI supposément faible et de leurs fautes d’orthographe. La foule haineuse n’est pas toujours là où on le croit.

Sur Maxime Nicolle [syntaxe et orthographe d'origine] :

«Pourquoi accorder le moindre crédit à cet abruti ?» (tweet liké par 63 personnes)
«Il a un cerveau ? C’est juste une question !» (liké par 47 personnes)
«Dire que l’on a payé des profs pour essayer de le redresser.. On aurait dû lui envoyer Pascal le Grand frère… On aurait économisé pas mal d’argent» (liké par 61 personnes)
«A priori l’hôpital psychiatrique a retrouvé un de ses patients» (quand Nicolle s’est fait brièvement arrêter par la police)
«Pour Nicolle, seule une lobotomie pourra le sauver…»
«Avec ses 80 de QI, il veut nous dire quoi faire. Il va falloir que les débiles en jaune rentrent dans leur crâne qu’ils ne sont pas le peuple !»
«Personne n’a un flashball qui traîne dans un placard histoire de lui remettre les idées en place ????????»
«Mais quel âne. Il doit bouffer deux ballots de foin par repas minimum ce type. On dirait le pote débile d’Eminem dans 8 Mile.»
«Qu’il prenne des cours de français.. car vu son niveau d’orthographe, on ne peut qu’avoir les yeux qui saignent…»
«Voilà le résultat de donner un peu de visibilité et d’importance à un idiot du village …. au trou !»
«Si je dis qu’il s’exprime avec le niveau d’expression et d’orthographe d’un élève de cinquième technologique alors que c’est censé être un adulte à son pic de performances intellectuelles et physiques, c’est du mépris de classe ou de la franchise ?»
«Il ferait mieux d’essayer de s’acheter des neurones… Ah ben non il ne peut pas à cause du pouvoir d’achat…»
Sur Eric Drouet :
«C’est très grave, la République ne doit pas tolérer des menaces de ces beaufs factieux ! Qu’il retourne à son tuning et à sa vie misérable»
«Un pauvre guignol, une mouche à merde !»
«On donne la parole à des débiles…et y en a d’autres qui suivent… On blâme qui ? Le débile ou celui qui lui donne de l’écho.»
«On attend quoi pour l’arrêter ce bouffon !!»
«Va te faire foutre connard, que l’on te mette au trou ou plutôt à l’asile psychiatrique…»
«Pauvre taré il va finir avec une balle bien placée entre les 2 yeux !»
«Et encore cet orthographe de primates!»
«Ce type au QI de bulot»
«Un mélange entre la Révolution d’Octobre et les Anges de la téléréalité.»
«Le point commun entre tous les gilets jaunes est l’orthographe, la conjugaison, la grammaire et d’une façon générale le Q.I.»
«Ils ont le niveau intellectuel proportionnel à celui de leur orthographe !!»
«Le communiqué de Eric Drouet est authentifié : nombre de fautes par ligne atteint !»
«Tant de bêtise dans un seul homme… ne mériterait-il pas le Prix Nobel ?» (par Jean-Louis Gagnaire, ancien député socialiste, aujourd’hui membre de LREM)
«Ferme ta gueule et va bosser»
«Il ne travaille jamais ce connard ?»
Et quand je publie du contenu provenant d’Eric Drouet ou de Maxime Nicolle sans fautes d’orthographe, voici le genre de réactions que je reçois :
«Quelle puissance étrangère corrige désormais l’orthographe de Maxime Nicolle ?»
«0 fautes au compteur Il s’est payé les services d’un CM ?»
«Ce ne sont pas les gilets jaunes, il n’y a pas de fautes d’orthographe»
«On voit très bien que c’est un fake et que ce n’est pas lui qui a écrit ce communiqué !! J’en veux pour preuve qu’il n’y a aucune faute d’orthographe ni de grammaire à chaque mot !!!»
Renvoyer systématiquement les gilets jaunes à leurs fautes d’orthographe est une manière d’exclure les classes populaires de l’espace politique légitime. Les gilets jaunes n’écrivent pas sur Internet pour se faire bien voir mais simplement pour se faire comprendre. Eric Drouet répète sans cesse qu’il fait de nombreuses fautes d’orthographe et c’est d’ailleurs pour cela qu’il privilégie l’exercice du live en vidéo.

«Un sentiment d’échec»
Dans une interview pour 20 Minutes, le linguiste Alain Rey expliquait le poids de cette intolérance orthographique : « Avoir une bonne orthographe fait partie des comportements sociaux. On peut tolérer une orthographe incertaine dans les lettres privées, dans les SMS. Mais si on fait une faute dans le milieu professionnel, il y a une sanction sociale, on risque d’être mal jugé, de subir des effets sociaux désagréables. Pour celui qui fait des fautes, il y a un sentiment d’échec. L’orthographe est un marqueur social, elle donne une image de soi. Cela montre qu’on respecte les règles, qu’on connaît sa langue. La valeur patrimoniale symbolique est presque excessive. Une faute entraîne encore des réactions intolérantes dans un monde pourtant de plus en plus tolérant. »

Quelques heures après avoir reçu un projectile dans son œil place de la Bastille, Jérôme Rodrigues avait publié sur son Facebook une photo de lui à l’hôpital, avec cette légende «je vais perdre mon oeuil la famille». J’avais reposté ce contenu sur mon compte Twitter, las par avance des inévitables réactions sur la faute d’orthographe.


LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 1193892-chro_1

Je n’avais par contre pas anticipé que je recevrai aussi ce genre de messages :
«Bien fait pour sa tronche de terroriste complotiste et factieux»
«Il joue au con. Qu’il assume. Il a l’air plutôt serein pour qq’un qui perdrait un œil.»
«Il lui en reste un.»
«Belle tronche de poivrot»
«Au moins il ne verra plus qu’à moitié toutes les fautes d’orthographe qu’il fait…»
«Bien fait pour sa gueule, sûrement un innocent qui n’avait rien fait. Au moins ça fera un con de moins dans la rue»

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 1193893-chro_2
Image tirée du groupe Facebook
des Foulards Rouges

Il serait évidemment facile de faire dire n’importe quoi à trois tweets pris au hasard sur Internet. Si je publie aujourd’hui tous ces messages, qui ne sont qu’une infime partie de tout ce que je reçois, c’est qu’ils font système. A la foule haineuse dénoncée par Emmanuel Macron répond une autre foule haineuse. Qui, de manière symétrique avec les gilets jaunes, se radicalise chaque jour un peu plus, versant dans un mépris social qui ne peut qu’interroger sur nos capacités à vivre ensemble.

Jérôme Fourquet, directeur du département «opinion et stratégies d’entreprise» de l’Ifop détaillait cette fracture culturelle sur le plateau de C dans l’air : « Aujourd’hui, on a une société en mille-feuille avec une France d’en haut qui ne se reconnaît pas du tout dans le mouvement des gilets jaunes et une France d’en bas qui culturellement, sociologiquement, géographiquement, ne partage plus les mêmes choses. Deux France qui ne se comprennent plus, qui n’ont plus de vision commune, qui ne vivent plus de la même manière. Deux mondes différents qui s’entrechoquent.»

C’est exactement le sentiment que j’ai chaque matin en ouvrant mon Twitter.
j'ai fréquenté pendant 40 ans, contre mon gré mais pas à mon insu, la France d'en-hauts-fonctionnaires, dont énarques et X-Ponts, avant et après l'arrivée des mails, avant aussi que la situation orthographique de "chez nous" se dégrade à ce point. J'ai dû garder discrètement l'info qu'ils se faisaient payer, sur le budget de la Formation professionnelle dont j'étais responsable, des cours particuliers d'orthographe !

alors là, oui, on peut parler d'un « mépris de classe » qui ne m'a pas quitté, parce que si les mêmes ou quelques-uns des leurs m'avaient confié années durant la rédaction de courriers signés par les ministres, c'est que des fautes, j'en laissais peu au soin de leur incorrection

mes grands-pères et grand'mères n'avaient que leur Certificat d'Études Primaires d'avant 1914, mais écrivaient sans fautes, si l'on excepte quelques formules qu'ils transcrivaient de parlers régionaux : « J'étions... », que l'on trouve aussi à foison chez le merveilleux styliste qu'était Maupassant...

PS : je ne supporte pas les correcteurs automatiques

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Message par Patlotch le Lun 11 Fév - 22:46


Temps Critiques
le temps de la critique leur serait-il passé sous le nez ?

signalé par habiture et pour obéir à mon Surmoi* qui m'intime de poursuivre ma « compilation exhaustive ou presque » dixit Lisbeth Salender...
Le « Surmoi » répressif, qui se constitue lors de la crise œdipienne par intériorisation des impératifs parentaux. Freud y voit l’origine de la conscience morale et du sens du devoir.
... le dernier texte de Temps Critiques, dans la cohérence de ses limites, de plus en plus limitées. Franchement les Jacques vieillissent mal, mais à leur décharge, ils sont commencé jeunes d'être vieux

je ne donne pas le texte entier, parce que ça n'aurait pas sa place ici, et puis merde, ça va faire dix ans qu'ils ne m'ont jamais renvoyé l'ascenseur, mais comme la plupart de la post-ultragauche, la censure


Dès les pre­miè­res occu­pa­tions des ronds-points, des péages d’auto­route, des zones com­mer­cia­les, lors des mani­fes­ta­tions dans les rues et sur les places, les emblè­mes de la Révolution fran­çaise sont pré­sents et mis en avant par les Gilets jaunes. Drapeaux tri­co­lo­res, bon­nets phry­giens, guillo­ti­nes et chants de la Marseillaise don­nent le ton et ryth­ment les diver­ses formes de lutte. Dans les réu­nions et sur les réseaux sociaux cir­cu­lent mots d’ordre stra­té­gi­ques et modes d’actions poli­ti­ques qui, pour la plu­part, font réfé­rence aux moments forts de la Révolution fran­çaise : cahiers de doléan­ces, des­ti­tu­tion1 du pré­si­dent-monar­que, assem­blées citoyen­nes, abo­li­tion des corps inter­mé­diai­res, [...]

Or, deux ques­tions déci­si­ves se posent dans le rap­port des Gilets jaunes à la Révolution fran­çaise et elles n’ont que rare­ment été envi­sa­gées :

1 – Au-delà des déter­mi­na­tions his­to­ri­ques pro­pres à la Révolution fran­çaise, quelle est la valeur qui est reven­di­quée comme com­mune entre ces deux moments ? Nous posons que c’est la valeur d’uni­ver­sa­lité qui est au cœur de ces deux moments ; une aspi­ra­tion vers l’uni­ver­sa­lité de la com­mu­nauté humaine. [ils nous avaient déjà servi cette profondeur humaniste à l'occasion de la grande manif "Je suis Charlie" après les attentats parisiens de début 2015]

2 – La seconde ques­tion est encore plus rare­ment évoquée à propos de cette envie de révo­lu­tion fran­çaise de la part des Gilets jaunes. Pourquoi la Révolution fran­çaise est-elle la seule et unique réfé­rence à des révo­lu­tions du passé ? * Pourquoi les révo­lu­tions ouvriè­res, pro­lé­ta­rien­nes, « com­mu­nis­tes » des XIXe et XXe siè­cles sont-elles des réfé­ren­ces qua­si­ment impos­si­bles pour le mou­ve­ment des Gilets jaunes ?

* d'autant plus rare quand on ne signale pas qui l'a fait. Moi ICI :
- 28 novembre : 3. piège à cons doléances : le retour du "peuple" de 1789 ?
- 13 décembre : sur le "serment du Jeu de paume" à Versailles pour l'Acte 5
- 14 décembre : 2. La classe moyenne dans tous ses tiers-états et les sans-culottes à la peine
etc. tout au long, au moins, de la fin 2018, ce texte de Temps Critiques n'étant pas vraiment branché sur ce qui se passe depuis

L’universalité du commun des « cabanes »

Les impasses assembléistes et parlementaristes

Une seule et unique référence révolutionnaire : la Révolution française.


Spontanément, la réfé­rence à la Révolution fran­çaise a cons­ti­tué pour les Gilets jaunes l’unique réfé­rence his­to­ri­que car seule elle est por­teuse de la mémoire col­lec­tive d’un bou­le­ver­se­ment social et poli­ti­que auquel ils peu­vent s’iden­ti­fier. [c'est quasi tautologique...]

Cette iden­ti­fi­ca­tion n’est pas seu­le­ment sym­bo­li­que puisqu’on peut mettre en évidence quel­ques ana­lo­gies entre ces deux moments poli­ti­ques : révolte anti-fis­cale, détes­ta­tion du pou­voir d’en haut et colère contre ses prin­ci­pa­les figu­res ; exi­gence de jus­tice sociale et d’égalité réelle ; mani­fes­ta­tions dans les beaux-quar­tiers et dans les lieux du pou­voir, etc.

Mais le jeu des ana­lo­gies se révèle vite assez vain car le cycle his­to­ri­que de domi­na­tion de la classe bour­geoise et de ses valeurs com­mencé avec force par la Révolution fran­çaise s’est achevé avec l’échec mon­dial des der­niers assauts pro­lé­ta­riens de la fin des années soixante du XXe siècle.*

Le cycle des révo­lu­tions qui ont par­couru la moder­nité est épuisé*. Nous sommes dans une autre époque, celle de la société capi­ta­li­sée. Une époque, certes, tou­jours his­to­ri­que ; une époque dans laquelle de nom­breux hommes cher­chent des voies de sortie du cercle funeste de la capi­ta­li­sa­tion de leurs acti­vi­tés et de la dévas­ta­tion pla­né­taire de la nature.

*partie dans le même sens que Temps Critiques, j'ai traité de cet achèvement du cycle des révolutions dans CAMATTE et NOUS et LE CONCEPT DE RÉVOLUTION
et voilà comment une théorisation qui a fait son temps sans jamais le faire en vient à étaler des lieux communs comme d'autres tartinent la confiture qui leur tient lieu de culture. Je ne sortirai pas mon revolver en les lisant, puisqu'ils sont déjà morts à la théorie. La seule remarque intéressante est négative, en note 4
Temps Critiques a écrit:Les sectes marxis­tes n’ont pas manqué de hurler à « l’inter­clas­sisme », ce mal absolu à leurs yeux d’anti­quai­res. Nous avons déjà ana­lysé en quoi cette notion n’a aucune portée poli­ti­que pour com­pren­dre le mou­ve­ment des Gilets jaunes. Cf. Temps cri­ti­ques, sup­plé­ment au numéro 19, déc. 2018
n'existant pas à leurs yeux sous leurs lunettes de censeurs tout aussi sectaires que ceux qu'ils pointent, je suis heureux de ne pas être une secte à moi seul

si jamais ils voulaient se remettre à faire de la théorie, communiste ou pas, ils pourraient alors jeter un œil à ma critique de cette critique de l'interclassisme par les « sectes marxistes », dont RS/TC n'est pas loin en considérant qu'elle n'est pas écrite tant qu'il n'y aura pas répondu, et avec lui me concernant ça peut durer dix ans : SUR L'INTERCLASSISME, un renversement théorique de perspective, et 3 débats en 1


dans dix ans, les dissidents d'ici auront des dents
certains à leurs squelettes



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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Jeu 21 Fév - 7:48

1. de ce qui se passe à ce qui s'est passé : une discussion
2. tel quel : "Grand désordre national, Macron sait exactement ce qu’il fait", Causeur
3. une critique peu théorique mais plutôt pertinente d'Yves Coleman

3. une critique peu théorique mais plutôt pertinente d'Yves Coleman

DE "LA TRISTE FARCE DE LA VICTOIRE DU NON" en 2005
AUX GILETS JAUNES 2018/2019

Yves Coleman, Ni patrie ni frontières, 20/2/2019[/u][/b]

En dehors du fait que la carte des barrages correspondrait, selon certains spécialistes, à la carte de la prétendue "victoire du Non" de 2005, il vaut la peine de noter que l’alignement politique sur des thèmes nationalistes, protectionnistes, favorables à l’industrie française et hostiles à la méchante Finance apatride, tout cela existait déjà en 2005 et avait des partisans à gauche et à l’extrême gauche. [il y a bien eu "victoire du Non", ce qui n'empêche de s'interroger sur ce qui a gagné]

Et certains protagonistes libertaires, ultragauches ou trotskistes qui sont des adeptes de la giletjaunolâtrie nous expliquaient déjà il y a 15 ans qu’un "grand mouvement populaire" était né et qu’on allait voir ce qu’on allait voir. On a vu...

La différence c’est qu’à l’époque le PCF, ATTAC une partie du PS et de l’extrême gauche étaient à l’offensive et donnaient le "la"... parallèlement au Front national [c'était encore la belle époque de l'altermondialisme du démocratisme radical...]. Et c’est l’union entre les voix des uns et des autres qui permit la "triste farce de la victoire du Non"... comme l’affirmait un article à l’époque (1).

Aujourd’hui, aux commandes idéologiques, ce n’est pas la gauche et l’extrême gauche souverainistes, mais la droite et l’extrême droite souverainistes ou populistes, comme on voudra [c'est effectivement le fond de contexte idéologique et politique déterminant la conjoncture dans laquelle a émergé le mouvement des Gilets jaunes, et qui interdisait tout espoir d'en tirer une autre dynamique que la restructuration politique, pilotée in fine par Macron vers sa "victoire" aux européennes]. Aujourd’hui la droite et l’extrême droite souverainistes ont mobilisé les réseaux sociaux et n’ont pas eu besoin de créer des "Comités du Non" à l’augmentation du gazole.

Mais, 13 ans ont passé, et finalement populistes de droite et de gauche, d’extrême droite et d’extrême gauche sont toujours d’accord sur l’essentiel :

1) le rôle prédominant de l’Etat leur cible et leur interlocuteur préféré, celui qu’ils veulent réformer pour le bien du "peuple" ; ils préparent donc en douce ou ouvertement les prochaines élections et s’apprêtent à nous vendre des remèdes miracle, type RIC, VIe République et autres hochets pour électeurs naïfs ; [cible principale, l'État comme gouvernement épargnant le grand capital]

2) les droits des migrants légaux ou illégaux sont secondaires par rapport à ceux des Français, comme l’indique la liste des 42 revendications des Gilets jaunes ; c’est aux Français de se défendre contre les autres peuples (voir le Brexit anglais et les débats au sein du Parti travailliste) ; [c'est le nationalisme majoritaire bien qu'il puisse se formuler à l'échelon français ou européen, le rapport aux migrants étant semblable]

3) Les solutions sont nationales. (Il est intéressant de noter que aujourd’hui l’extrême droite a su s’organiser pour soutenir dans toute l’Europe les Gilets jaunes, chose dont a été incapable l’extrême gauche giletjaunolâtre.) Nulle critique n’est faite à La Marseillaise et aux drapeaux tricolores, redevenus, par l’opération du Saint Esprit Gauchiste, des symboles révolutionnaires. Tout se passe comme si la France était une île et était déjà sortie de l’UE... [on a vu effectivement les gauchistes fermer les yeux sur ces symboles, parce qu'ils auraient porter un caractère populaire, voire "de classe" et même anarchiste déjà présent dans la Révolution française. Cf Claude-Guillon-écrivain -anarchiste-historien-de-la-Révolution... Temps Critiques... Analyse de classe précisément nulle en ce qu'elle reste déterminée par la domination économique du mode de production capitaliste]

4) Il y a un complot. Hier les organisateurs du complot c’était le trio Union européenne/FMI/Banque mondiale. Aujourd’hui c’est Macron/L’Oligarchie/la banque Rothschild (ou version moins ouvertement fasciste en apparence : les banksters) et pour certains (dont Emmanuel Todd , Etienne Chouard, François Asselineau de l’UPR, etc. grands soutiens des gilets jaunes) l’Union européenne.

Les radicaux, autonomes, anarchistes et gauchistes qui courent derrière les gilets jaunes (sans jamais les rattraper) n’ont finalement rien appris de la conjonction dans les urnes des voix de la gauche et de l’extrême droite en 2005. Gageons que les prochaines élections européennes de 2019 risquent de donner le même résultat et de les conforter dans leur ligne Schlageter (2) ou social-chauvine (3). [je retiens surtout, pour autant qu'ils aient lu Marx qu'ils ont tout oublié du Capital...]

(1) Sur le référendum de 2005 on pourra lire
http://mondialisme.org/spip.php?article503

(2) Sur la ligne Schlageter du PC allemand on pourra lire
http://mondialisme.org/spip.php?article2747

(3) Sur le social-chauvisme on pourra lire
http://mondialisme.org/spip.php?article2320

2. tel quel :Grand désordre national, Macron sait exactement ce qu’il fait
La "chienlit" n'a pas que des inconvénients

François Martin Causeur 16 février 2019

pour l'avoir toujours soutenu, contre la tendance "ultragauche" autonomiste à se croire seule à l'initiative contre le pouvoir économico-politique, je me retrouve en gros dans ces considérations

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Macron-ordre-bourgeoisie-gilets-jaunes-1200x728
Emmanuel Macron à l'Elysée, février 2019
©️Yoan Valat/AP/SIPA / AP22301090_000001
La « chienlit » n’a pas que des inconvénients. Contrairement à ce que croient ceux qui imaginent Emmanuel Macron en mauvaise posture, la grande pagaille nationale profite au président. Le désir d’ordre illimité de la bourgeoisie peut lui permettre de tourner la situation à son avantage.
Et maintenant, on va où ? C’est le titre d’un film de Nadine Labaki qui raconte l’histoire d’un petit village libanais où deux communautés (celle des chrétiens et celle des musulmans) s’affrontent, puis se déchirent, alors qu’ils sont condamnés à vivre ensemble. Cette histoire pourrait s’appliquer, mutatis mutandis, au conflit qui monte en France entre les classes populaires provinciales, représentées par les gilets jaunes, et les classes bourgeoises citadines, représentées aujourd’hui par le pouvoir macronien. Ce conflit, beaucoup l’ont dit, a débuté à la fin des Trente Glorieuses, il y a près de quarante ans. Tous les pouvoirs successifs, loin de résorber cette fracture sociale, l’ont utilisée, chacun avec ses arguments et son style propre, pour ghettoïser les classes populaires et accroître ainsi leur emprise sur les classes bourgeoises.

La « fracture sociale », l’instrument des présidents
D’abord Giscard, qui a utilisé le mythe des « deux français sur trois », comme le rappelle Christophe Guilluy, pour donner l’impression d’une fausse unité nationale, prétendument d’accord pour une « société libérale avancée ». Puis Mitterrand qui, pour marginaliser le Parti communiste et ses électeurs (puis envoyer ceux-ci vers le Front national), a fort opportunément remplacé l’ancien prolétariat ouvrier par un prolétariat supplétif ethnique (« Touche pas à mon pote ») et qui a donc, par ce fait, ouvert grand la porte au problème de semi-séparatisme actuel de nos banlieues. Si elle a « plombé » la société française pour cent ans, cette opération de haute volée a eu le mérite, outre le fait de mettre de son côté toute l’intelligentsia bien-pensante, de justifier, derrière le principe du « ni-ni », la complaisance des patrons et des riches et, derrière une neutralité de façade, de mettre en œuvre une vraie politique libérale (malgré la retraite à soixante ans, qui a compensé cette politique, mais ne l’a pas infirmée) où les classes populaires étaient oubliées. Jacques Chirac, celui d’entre tous qui avait le plus la « fibre populaire », les a trahies tout autant, puisqu’après avoir fait campagne, à la suite des travaux de Todd, contre la « fracture sociale », il n’a rien fait pour la réduire, et a fait la même politique que son prédécesseur. Le vibrionnant Sarkozy n’a pas plus arrangé les choses, ni le « capitaine de pédalo » socialiste qui l’a suivi.

L’affaire, et le ressentiment qui va avec, remontent donc à fort loin. Ces présidents successifs avaient, pour autant, eu l’intelligence de ne pas « réveiller le lion qui dort », laissant les classes populaires se marginaliser lentement, et entrer peu à peu dans leurs guerres personnelles pour leurs fins de mois, la précarité économique (et aussi sociétale, comme le rappelle Michel Pinton fort justement), le ressentiment et l’abstention. Pour ce faire, une méthode très simple et constamment utilisée, le « réductio ad hitlerum ». Le but ? Disqualifier la représentativité naturelle du Front national ou d’autres partis de droite auprès de ces classes populaires, mais aussi terroriser les classes moyennes bourgeoises, dont l’appétence pour l’ordre et la détestation profonde des classes populaires sont immenses.

La grande peur des petits-bourgeois
Jamais n’a été plus vraie la phrase attribuée à Colbert et qu’on ne devrait jamais oublier : « Il existe une catégorie de population qui n’a qu’une envie, c’est de devenir riche, et une crainte, celle de devenir [ou redevenir] pauvre ». Et Colbert, qui avait tout compris, ajoutait, semble-t-il : « Ce sont ceux-là qu’il faut taxer », signifiant par cela que cette catégorie sociale était, de par sa nature même, tétanisée par cette double peur, celle de ne pas être riche et celle d’être pauvre, et qu’on pouvait donc lui « mettre la pression », politique ou fiscale, avec moins de risque d’une déstabilisation sociale que les autres, que ce soit par la haute bourgeoisie (qui pouvait, par l’intrigue, salir l’image du pouvoir, ou même fomenter des révolutions de palais) ou par la classe populaire (qui pouvait, à l’occasion de jacqueries, sortir brutalement de son lit). Un discours lénifiant par ci, une mention aux « heures les plus sombres de notre histoire » par-là, une belle politique libérale par-dessus, pour complaire aux « gagnants de la mondialisation », et le tour était joué. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, en attendant le Déluge, peut-être, mais pour l’un de leurs successeurs.

Par rapport à ce schéma, qui sous-tend toute la politique française depuis la mort de Pompidou, Emmanuel Macron n’est pas innovant. Il a notamment obtenu sa victoire au deuxième tour de la présidentielle par ses visites à Oradour-sur-Glane (le 28 avril 2017), puis au Mémorial de la Shoah (le 30 avril 2017), laissant entendre ainsi que le nazisme ne passerait pas. On se demande bien ce que le nazisme a à voir là-dedans, mais pourquoi ne pas utiliser ce qui marche si bien depuis si longtemps ? Dès que l’on met en scène, un tant soit peu, un risque social ou civil, la capacité de terreur des classes bourgeoises est sans limite.

Le bourgeois fait le roi
La réaction a été spectaculaire : Christophe Guilluy rappelle, dans No Society, que Macron a fait « carton plein » dans le 16ème arrondissement de Paris et à Versailles, là où, pourtant, la bourgeoisie conservatrice, pilote de « La Manif pour Tous », était aux antipodes de ses promesses progressistes. De même, en descendant les Champs-Elysées en command-car le jour de son élection, puis en visitant les soldats français au Mali (le 19 mai 2017), il leur a rappelé opportunément qu’il était le gardien de l’ordre (la valeur à laquelle ils sont le plus attachés). Le risque d’aventurisme politique d’une cohabitation, en cas de désaveu (ou de volonté de rééquilibrage) aux législatives, a fait le reste, et Macron a ainsi pu construire sa majorité parlementaire.

Ces épisodes montrent que le président a parfaitement en tête la cartographie sociale française, et les leviers pour la faire fonctionner. Comment, d’ailleurs, en serait-il autrement ? Tous ses prédécesseurs ont fait de même, et avec le même succès. Chaque dirigeant français sait que c’est la bourgeoisie moyenne qui est la « bascule » qui lui permet de gagner, et qu’une bonne injonction de pompier pyromane sera la meilleure arme, le moment venu, car susceptible de la resserrer autour de lui comme des poussins sous les ailes de leur mère.

Un président sait qu’il ne devrait pas dire ça
Mais là où Macron innove, c’est par son traitement de la crise des gilets jaunes. D’abord, c’est vrai, il a oublié Colbert, et s’est mis à embêter et taxer les classes populaires, au lieu des bourgeoisies moyennes. Il a ainsi « réveillé le lion qui dort ». C’était une erreur. Son côté technocrate, sans doute, a pris le dessus. Et puis, il n’a pas voulu trahir trop vite les électeurs à qui il devait sa victoire. Mais maintenant que la « fracture sociale » est visible aux yeux de tous, il est avéré qu’il continue à appuyer dessus, autant qu’il le peut, en utilisant les mêmes vieilles recettes. Ses phrases (« Les foules haineuses ») ou celles de son gouvernement (la « colère sourde et froide »), la politique de répression policière et pénale systématique, la loi anti-casseurs, le « Grand débat » (pour prendre les classes populaires à revers), ont un premier but : celui de pourrir le mouvement. Mais ils en ont un autre, tout aussi clair : terroriser les bourgeoisies moyennes.

Ainsi, Macron fait plus qu’utiliser ponctuellement la fracture sociale, il la met en scène. Pour l’instant, cela ne marche pas, comme le montre le sondage du Huffington Post. Mais Macron poursuit sa stratégie, toujours la même, avec beaucoup de constance. Il n’avait ni la capacité personnelle ni l’appétence pour « renverser la table » et le paysage politique, comme Mitterrand l’avait fait en son temps. Tout en faisant semblant de pacifier, il doit donc continuer à souffler en réalité sur les braises. C’est sa seule chance de s’en sortir.

Pour cette raison, je ne crois pas que Macron soit vraiment « maladroit » (comme le pense Guillaume Bigot), ni qu’il soit « KO debout » (comme le laisse croire une récente une de Valeurs actuelles). Rien ne serait plus faux que de penser que le président ne sait plus ce qu’il fait. Au contraire, sa ligne est extrêmement claire. Lorsqu’on a réussi à atteindre la présidence de la République, on est capable d’analyses froides, et on maîtrise parfaitement le choix de ses mots. Maladresse ou naïveté, non, vraiment, ça ne colle pas. Fourberie et manipulation, là, c’est autre chose… Mais maintenant, avec ça, on va où ?

1. de ce qui se passe à ce qui s'est passé
Patlotch a écrit:16/02/2019 à 02:01 #4
sans oublier les, précieuses bien que ou parce que rares, interventions de RS, n'est-ce pas étrange que depuis le 27 novembre (2 mois et demi) on ne dispose sur le "mouvement des gilets jaunes", de la part de Théorie Communiste, que de cette "note de travail" ?

n'est-ce pas encore plus étrange que de la part des théoriciens (sérieux ou réputés tels) de la communisation, on n'ait rien sur DDT21 de la part de Gilles Dauvé et Tristan Leoni, et rien sur le site Hic Salta de Bruno Astarian (qui aura du mal à nous faire deux fois le coup de "la solitude de la théorie communiste") ?

il y a quelque chose qui ne tourne plus du tout rond, ou alors trop carré, dans la "pratique théorique" de ce milieu. Peut-être en a-t-il toujours été ainsi, mais quelque chose s'est produit qui fait que son décalage avec le réel, pour faire court, apparaît encore plus grand à l'occasion de ce soubresaut français dans la crise tous azimuts du Capital

pour le pire de ce milieu, un petit billet d'hier : POURQUOI LEURS FILLES SONT SOURDES ?
Pepe@dndf a écrit:16/02/2019 à 08:07 #5
Peut être aussi que beaucoup, sinon tout, a été dit ici et là sur cette période du mouvement, qu’il y’a moins d’urgence à produire de la théorie “agit prop” maintenant et que le moment est plus à la participation et/ou à l’observation de la fin du mouvement en question et que s’ouvrira après, comme c’est logique, la phase des productions théoriques post festum……On peut difficilement sommer quiconque de produire de l’analyse…
Patlotch a écrit:tout n'a certainement pas été dit. Je distinguerais :
1. ce que la théorie peut faire pendant la lutte, qui n'est pas nécessairement, qu'on participe ou non, de l'“agit prop”, dont je considère que la mienne ne relève pas : elle veut rendre compte "en temps réel" de ce qui se passe
2. ce qu'elle doit faire après, rendre compte de ce qui s'est passé

en règle générale, Théorie Communiste et plus encore Astarian ou Dauvé ne font que le 2, si bien que ces deux derniers peuvent tranquillement se rassurer : Notre théorie ne sert à rien qu'à pointer les erreurs des luttes précédentes, et alerter sur les illusions...

ce non-engagement est le comble de la critique du militantisme et du primat de la pratique sur la théorie, dont il aboutit à nier la nécessité DANS la lutte. Il est cohérent avec un strict dogme anti-interventioniste, laissant à chacun.e le soin de se déterminer en individu que le collectif n'engage pas

sur quoi je reviendrai à propos de la critique radicale des organisations, partis ou syndicats..., qui aura été le plus grand leurre des anarchistes face au 'mouvement des Gilets jaunes', ce qui pourrait valoir des réflexions à nouveaux frais sur le rapport formes-contenus d'une lutte et la prétendue autonome auto-organisation

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Mer 27 Fév - 8:11


chez Temps Critiques ce ne sont pas les concepts abstraits
qui guident l'observation et l'analyse comme chez les communisateurs,
mais les présupposés de son humanisme-théorique

le résultat, avec ses généralités et platitudes, sociologiques ne leur en déplaise,
est parfois pire...

comme dit plus haut à propos d'un précédent texte de Temps Critiques, c'est davantage par habitude qu'intérêt théorique que j'importe de lui-ci. On y retrouve la grille d'analyse des deux Jacques & Cie, la veille sur la « tension individu - communauté humaine » qui pour eux annonce la « Révolution à titre humain »; Dès lors que la luttes des classes dans l'antagonisme au capital ne structure plus essentiellement les rapports sociaux et sociétaux, le "classisme" est selon caduque, et, prolongeant Camatte dans les années 70 (fin du cycle moderne des révolutions) sans creuser l'arc historique depuis les origines de l'humanité et de sa séparation avec la nature", le monde vivant, leur théorisation a versé dans un humanisme théorique bardé de généralités phénoménologiques souvent justes comme les remarques de ce texte, mais qui n'ont pour comprendre ce qui se passe qu'un sens de surface. Se refusant à raison de ne plus produire une grande "théorie de la révolution", Temps critiques fait passer pour de la théorie ses généralités et platitudes sociologiques.

autres remarques dans le papier


Gilets jaunes : « une République du genre humain* »
Temps Critiques 16 mars 2019, publié 27 février

Texte issu d’une intervention le 16 mars 2019 à Fertans (Doubs) dans le cadre de l’Atelier de philosophie plébéienne consacré aux Gilets jaunes.

Un caractère d’événement [la belle affaire]

Alors que le pouvoir en place et l’État attendent toujours plus ou moins une petite révolte paysanne encadrée par la FNSEA, un mouvement de cheminots ou d’enseignants encadrés par les syndicats de salariés qui savent ne pas dépasser la ligne jaune ou même un mouvement lycéen ou une révolte des banlieues qu’ils savent plus difficile à contrôler, c’est du côté d’une population majoritairement rendue invisible qu’est venue la surprise en des temps qui sont ceux où les différentes forces de pouvoir cherchent à faire une place aux « minorités visibles ». [On a lu ça dans toute la presse depuis le début]

L’événement, au sens fort, c’est ce qui marque une rupture avec ce qui est attendu, que ce soit du point de vue de sa composante (ce n’est pas une classe ni même une catégorie ou une corporation), de ses objectifs (ils peuvent être aussi bien globaux que paraître dérisoires aux personnes extérieures [sic]) de son organisation (les médiations habituelles, syndicales ou politiques sont ignorées, l’attaque contre l’État est frontale) ou encore de ses moyens de lutte (action directe, occupation et blocages de lieux inhabituels comme les ronds-points, manifestations urbaines non déclarées, détermination à la mobilité non entravée dans les centres-villes au cours des manifestations).

L’événement, c’est aussi ce qui marque une rupture entre l’avant et l’après. L’avant parce que pas grand-chose ne le laissait présager (les Gilets jaunes sont une caricature de majorité silencieuse pour le pouvoir) et l’après parce que rien ne préfigure ce qui va suivre le soulèvement. Par rapport à la simple émeute, il perdure (trois mois maintenant), c’est en cela qu’il fait événement, mais la dynamique qui l’anime pendant ce temps n’est pas gage de transcendance ou de dépassement. Pour prendre un exemple, il y a des points communs entre l’événement Mai-68 et l’événement Gilets jaunes parce que dans les deux cas il y a bouleversement des comportements pratiques dans un déroulement qui n’est pas linéaire et qui peut très bien connaître son acmé au début, au milieu ou à la fin du mouvement qui fait événement. Dans tous les cas, il fait qu’on ne peut faire de la question : « Quelle perspective ? » ou « Comme cela va-t-il finir ? » la question essentielle [ils n'ont rien vu venir, donc ce n'était pas essentiel, d'ailleurs rien n'est dit de la conjoncture politique concrète, du renversement de la situation subjective et objective par Macron, de ce qui s'annonce aux européennes...]. L’événement se suffit à lui-même et ne préjuge pas de son devenir et des risques encourus, de ses dérives, de son résultat (Mai-68 n’est pas réductible à Grenelle, le mouvement des fourches au parti Cinq étoiles, les Gilets jaunes au RIC, etc.). [plus haut, l'événement "au sens fort" fait rupture entre avant et après, mais ici, il se suffit à lui-même, quel sens du fleuve tranquille !]

Il est dans sa nature d’événement de se poser les questions dans des termes nouveaux d’où son allure « sauvage », de groupe en fusion, sa désinvolture par rapport à toutes les règles sociales de bienséance envers les différents pouvoirs, qu’ils soient politiques, économiques ou médiatiques et évidemment par rapport aux forces de l’ordre une fois qu’il en a compris la fonction répressive à son encontre en tant que corps particulier de l’État (cf. infra) ["bienséance" par rapport aux "pouvoirs économiques", c'est très relatif : pas touche aux patrons !]. Le choix entre respect de la légalité ou passage à l’illégalité n’est alors plus pour lui un principe défini à l’avance, comme dans l’action syndicale et politique, mais un sujet à traiter de façon pragmatique, au coup par coup et si passage à l’acte il y a il est assumé sans crier au loup ! Ainsi des milliers de gardes à vue signifiées aux Gilets jaunes, sans autre forme de procès, ne le pousse pas à se poser de façon essentiellement victimaire.

Une composition sociale diverse…

Le mouvement ne se laisse pas saisir aisément. Dans un premier temps sociologues, politiques et médias ont entonné l’antienne des classes moyennes [ça c'est vrai, et la majorité du milieu radical a donné dans ce schéma "interclassiste", comme encore Hic Salta qui le "théorise", avec 7 lignes consacrées aux GJ, souligne Christian CLN chez dndf], celles qui se sentiraient déclassées, qui jugeraient payer trop d’impôt, à la fois parce les pauvres n’en paieraient pas et parce que les puissants y échappent aussi par évasion fiscale. Et puis devant le peu de réalité de la chose, les commentateurs sont passés à la notion de « classe moyenne inférieure » [encore Hic Salta en creux des sa CMS, classe moyenne supérieure], regroupant par là un vaste magma qui serait composé des 50 % de ménages qui ne se situent pas dans les 25 % les plus riches ou les 25 % les plus pauvres. Le peu de sérieux de ces tentatives a conduit ensuite à privilégier finalement la notion de « classes populaires » qui permettrait de mieux rendre compte de ce que ressentent les protagonistes (« Nous sommes le peuple ») sans donner l’air de céder à une lecture populiste du mouvement. Un analyste qui se prétend géographe (C. Guilluy) s’est même saisi de ce dernier qualificatif pour désigner un ensemble surdéterminé par la division spatiale du territoire entre centre et périphérie, oublieux du fait que les « classes populaires » peuplent aussi les HLM des banlieues des grandes métropoles.

Quant aux marxistes orthodoxes, ils ont campé sur leur lutte de classe éternelle, la plupart pour refuser un mouvement au mieux interclassiste au pire petit-bourgeois et réactionnaire comme si les événements révolutionnaires du passé avaient été mis en jeu par des classes « pures » (Canuts lyonnais mêlant salariés et artisans, paysans anarchistes ukrainiens de 1917 et d’Andalousie de 1936 côtoyant les conseils ouvriers). Pour rester au plus près de notre époque, dans les années 1960-70, en France et en Italie c’est justement le mixage entre souvenirs des révoltes paysannes de l’Ouest de la France ou du Mezzogiorno italien qui a produit cette insoumission à l’usine et la mise à feu et à sang d’une usine de la dimension de FIAT par les jeunes ouvriers insoumis à la discipline d’usine.

Et là, avec les Gilets jaunes, au niveau de « l’impureté », on est servi : 33 % se disent employés, 14 % ouvriers, 10 % artisans, commerçants ou auto-entrepreneurs, 10 % professions intermédiaires, 25 % inactifs ou retraités. Mais c’est quand on leur demande, dans des sondages et enquêtes, qu’ils répondent en ce sens, car l’une des caractéristiques premières du mouvement est de ne jamais aborder une discussion par le biais du travail concret effectué, mais par celui des conditions de vie. C’est d’ailleurs comme cela qu’il constitue son unité. Celle d’une commune condition de vie, difficile ou précaire. Par rapport à ces analyses en termes de classes nous pensons justement que la caractéristique du mouvement des GJ est d’être a-classiste [c'est verser dans le défaut symétrique], parce que ni l’analyse sociologique ou statistique en termes de catégories socioprofessionnelles ni l’analyse marxiste en termes de bourgeoisie et prolétariat ne sont pertinentes [mais enfin, voir la position de la grande bourgeoisie, du MEDEF, de la droite politique non populiste...]. Il n’y a plus de classes antagonistes au sens de Marx parce que les éléments objectifs (le nombre d’ouvriers et son enfermement dans les forteresses ouvrières et ses quartiers), comme subjectifs (la conscience de classe et de l’antagonisme capital/travail) se sont évanouies avec les restructurations et ce que nous avons appelé la « révolution du capital ». [il y a bel et bien des antagonisme au capital, y compris structurellement avec la le prolétariat, mais celui-ci n'est plus constitué en classe comme dans le mouvement ouvrier programmatiste]

S’il ya donc bien encore lutte, ce n’est plus d’une lutte de classes dont il s’agit et qui avait sa ou ses théories, ses perspectives inscrites de longue date et sur lesquelles se jouaient diverses partitions, mais avec les mêmes instruments.

Une lutte sans classe donc, au sens d’absence d’un sujet historique, même de rechange (l’étudiant, l’immigré, le sans-papiers) plutôt qu’une lutte de classes.

…Qui doit trouver ses propres références

Que le mouvement des GJ ne se rattache pas au fil rouge historique des luttes de classes ne signifie pas qu’il est dans un pur présentisme parce qu’il serait « mouvementiste » avant tout. En effet, il a tendance à ressusciter les grandes révoltes populaires du passé contre l’impôt et les taxes (cf. les Cahiers de doléances de 1788-89). Paradoxalement, c’est l’affaiblissement des États-nations (« à la française ») censés assurer l’égalité des conditions (Tocqueville et les révolutions américaine et française) et la fin des privilèges, qui, dans sa crise, produit à nouveau des inégalités sociales et de nouveaux privilèges (relations sociales, procédures de cooptation et clientélisme sous la forme du lobbysme, se substituent au régime méritocratique). Ainsi, de la même façon que sous l’Ancien Régime des charges étaient achetées aujourd’hui elles redeviennent héréditaires de fait si ce n’est de droit. C’est donc une remise en cause du pacte social en général auquel on aboutit et finalement autour de ce qui symbolise son financement, condition d’une reproduction plus ou moins satisfaisante du rapport social : l’impôt. Que la goutte d’eau qui fait déborder le vase soit fiscale n’est pas innocent dans un pays dont les pouvoirs publics refusent une réforme fiscale jugée pourtant nécessaire par tous, mais considérée comme une véritable usine à gaz. La grogne vis-à-vis de l’impôt déjà fort présente ne pouvait donc pas rester lettre morte à partir du moment où des mesures aussi provocatrices que la suppression de l’ISF sur la fortune et la hausse des carburants pour les ménages étaient prises sans justification légitime. Crispation contre l’impôt en général donc (c’est ça qui a fait parler en termes de mouvement de classes moyennes ou poujadisme à l’origine), mais révolte contre la spécificité française en matière de fiscalité qui fait que l’impôt sur le revenu progressif rapporte peu en France et que c’est par les taxes et la CSG non progressives que l’État engrange la majorité de ses recettes, taxes qui grèvent proportionnellement beaucoup plus les budgets modestes que les autres vu la structure des dépenses dans les budgets de ces ménages (le poids relatif des « dépenses contraintes » y est plus fort).

La Révolution française, la Marseillaise comme chant révolutionnaire des citoyens, les cahiers de doléance, les montées à Paris sur les lieux de pouvoir, le rappel au droit à l’insurrection de l’article 35 de la Constitution de l’an III, le RIC qui rappelle le droit de pétition de 1791, l’appel à une Constituante, voilà donc aujourd’hui les références que le mouvement se réapproprie, même s’il a parfois du mal à en saisir la dimension d’universalité dans toute son ampleur, universelle justement et donc non nationale, sa dimension citoyenne au sens de 1789-94, c’est-à-dire révolutionnaire et non pas citoyenniste qui elle répond à l’appel de responsabilité que l’État adresse à ses sujets quand il leur demande en fait d’obéir à ses règles (cf. l’instruction civique). [le mouvement n'a pas seulement "du mal à saisir la dimension d'universalité", sa dynamique et son évolution générales sont restées caractérisées par un nationaliste français ou européiste. Temps Critiques retourne en positivité ce qui dérange ses présupposés]

Trouver ses propres références et ses propres supports, c’est cela qui est difficile, car les regroupements de ronds-points ne sont pas des conseils ouvriers, l’assemblée de Commercy n’est pas l’assemblée ouvrière autonome de l’Alfa-Romeo de 1973, le RIC n’est pas le programme d’un parti communiste prolétarien.

En effet, le mouvement naît et se développe dans le procès de circulation plus que de production [oui] et pose la question de la reproduction des rapports sociaux d’ensemble [oui et non, du fait qu'il ne touche pas au cœur du capital ni à l'État comme tel] (d’où son rapport conflictuel immédiat à l’État [comme gouvernement et gouvernance seulement : "Macron dégage !"]) plutôt que celle de la production et du rapport au patronat. Cela s’explique, entre autres, par la baisse de centralité du travail productif dans le procès de valorisation du capital avec l’inessentialisation de la force de travail qui en résulte et la tendance à la substitution capital/travail dans le procès de production. Il en découle, au niveau de la structure même du capital une importance accrue du procès de circulation et une tendance à la totalisation du procès production/circulation qui rend l’action de blocage des flux au moins aussi importante que la forme historique que constituait le blocage de la production par la grève et l’occupation des usines. Or, cela ne mobilise pas forcément les mêmes protagonistes (retraités, chômeurs femmes au foyer, étudiants, auto-entrepreneurs) et les GJ ont su se glisser dans cette configuration pour porter leur action là où ça fait mal sans pourtant enclencher un processus de grève.

Enfin, ces changements entérinent l’idée que tout se jouerait au niveau de l’hyper-capitalisme du sommet et ses représentants visibles : État, GAFAM, banques, Commission européenne, etc.

Un mouvement d’insubordination

De la revendication particulière (la lutte contre les taxes) à une révolte contre l’injustice fiscale puis, plus généralement contre l’injustice sociale avec des revendications de plus en plus proches de celles des salariés (augmentation des salaires et du SMIG, halte à la précarité, retour de l’ISF, fin de la CSG), le particulier tend vers l’universel. [? tout ça est resté revendicatif, sans mise en cause de la règle du jeu dans le capitalisme]

Le mouvement n’est pas mû par une critique des conditions de travail et du travail, mais par une référence aux conditions de vie. Il est certain qu’auparavant, dans les luttes ouvrières, les conditions de vie jouaient leur rôle, mais étaient comme incluses dans les conditions de travail, car c’est la professionnalité qui déterminait le reste (la fierté d’être mineur ou docker et non pas la vie de misère qui leur était attenante). Alors qu’aujourd’hui, cette professionnalité a été en grande partie détruite et elle n’est plus qu’une composante (avec les conditions de travail) des conditions de vie plus générales. D’ailleurs les GJ ne se présentent guère par leur profession d’origine. C’est aussi cette caractéristique qui fait l’unité au-delà des différentes conditions. En effet, préalablement, c’est le collectif de travail qui faisait l’unité et l’idée d’une classe particulière dans son opposition à la classe dominante ; or aujourd’hui, cette unité n’est plus donnée directement par le capital qui a d’abord corporatisé les segments de la force de travail salarié, puis atomisé cette force de travail qui ne trouve plus guère son unité qu’idéologiquement dans les grandes messes syndicales. L’unité, si unité il peut y avoir ici ne peut donc qu’être reconstruite sur la base des conditions de vie, ce à quoi les Gilets jaunes se sont attachés. « Tous Gilets jaunes » en représente la formule la plus adéquate et récurrente qui dit la façon de faire des Gilets jaunes : l’idéologie et le politique ne sont pas les filtres qui guident le mouvement, malgré tous les risques que cela comporte. ]que dire si l'idéologie, cad "les idées dominantes de la classe dominante" selon Marx, ne jouent plus de rôle ?]

Plus concrètement et à l’origine, ces conditions de vie sont marquées par les dépenses contraintes qui absorbent une part grandissante du budget des ménages pauvres ou modestes d’où l’accent mis sur les prix et les taxes jugées abusives, le pouvoir d’achat, le « reste à vivre » au 15 du mois et le « pouvoir vivre ».

Tous ces prix sont perçus comme un arbitraire de l’État qui fixe des prix administrés ou des grands monopoles/oligopoles qui fixent des prix mondiaux. Tous ces prix apparaissent arbitraires car sans rapport avec une « valeur » quelconque. Une chose facile à constater même pour des personnes peu versées vers l’analyse économique quand on voit le peu de rapport entre les variations de prix du baril de pétrole et celles du prix à la pompe à essence.

Dans cette mesure et à l’opposé de ce que l’on entend souvent, la conscience du mouvement des GJ n’est pas forcément moins avancée que celle des ouvriers ou salariés s’attaquant à des patrons précis [effectivement puisque de fait, les luttes prolétariennes mais programmatistes révolutionnaires, n'ont pas remis en cause la logique capitaliste-même]. Les premiers s’attaquent directement à l’hyper-capitalisme, via l’État, alors que les seconds en restent encore à une conception de la domination reposant sur les mécanismes de l’exploitation. De cela peut naître l’illusion qu’il n’y a que peu de puissants (les fameux 1 %) et une immense majorité de dominés (les 99 %) ce qui occulte complètement la complexité de la hiérarchisation sociale des rapports sociaux capitalistes. Une des faiblesses du mouvement des GJ, mais déjà présente dans des mouvements censément plus conscientisés comme les « Occupy Wall Street ». Or, la plupart des Gilets jaunes n’ont que trois mois au compteur !

Le mouvement des Gilets jaunes n’est pas « social » au sens des mouvements sociaux traditionnels, mais il a une nature sociale.

Il n’est pas non plus directement politique, mais il a une âme politique parce qu’il déconstruit immédiatement l’évidence d’une soumission naturelle au pouvoir de la part des dominés par rapport aux dominants [il n'empêche que bon nombre, derrière leurs (non-)leaders de Jacline Mourault à Éric Drouet en passant par le facho Chalançon, ont déduit de leur échec la nécessité d'aller voter aux européennes]. C’est dans ce soulèvement qu’il produit sa propre violence, violence de détermination plus que violence effective parce qu’il ne veut pas de cadre et surtout, plus concrètement, qu’il déborde les cadres de la légalité républicaine. Le refus de déclarer les manifestations et leur parcours [il n'a pas été majoritaire !], les occupations de ronds-points et de plateforme sont les signes concrets de ce passage en force par l’action qui délimite un nouveau rapport de force. Là aussi nouvelle pratique par rapport aux mouvements sociaux habituels encadrés : ce n’est pas le mouvement qui s’adapte à un rapport de force établi qu’il prend en compte en phase statique, c’est lui qui produit le rapport de force « qui fait mouvement ». Son refus de négocier et sa critique de toute représentation, y compris en son sein [refus devenu vite clause de principe avec l'émergence de leaders objectifs via les réseaux sociaux], place alors la barre très haut et rempli de désarroi les différentes formes de pouvoir en place (gouvernements, médias, partis et syndicats), d’où la violence de la répression par les forces de l’ordre et la virulence du discours anti-mouvement dans les médias sérieux et la « pédagogie » par les images de la part des télés poubelles.

Mais tout cela ne doit pas occulter le fait que, malgré ses références récurrentes à la démocratie, le mouvement s’affirme bien plus comme un mouvement d’action directe que comme un mouvement pour la démocratie directe, même s’il n’y a pas forcément de contradiction entre les deux tendances. L’auto-organisation du mouvement, tant que les ronds-points en ont été l’axe majeur, est restée une auto-organisation de proximité sans formalisme, loin, par exemple, de l’assembléisme de Commercy qui, avec le RIC comme revendication unitaire apparaissent plutôt comme des recettes pour une porte de sortie par le haut d’un mouvement né par le bas, qu’une véritable perspective de développement et d’approfondisse­ment du mouvement…

Une communauté de lutte [la tarte à la crème développée par Robin Banco, Gilet jaune communisateur et le fumeux "théoricien" Alain Corne, de CarbureBlog]

Pour passer du virtuel des réseaux sociaux au réel du terrain de lutte, les GJ ont dû construire leur propre corps collectif à partir, pourtant, de l’éclatement produit par l’atomisation sociale et géographique. C’est de là que se sont dégagées des subjectivités elles aussi collectives au-delà des fragmentations objectives du corps social dans son entier. La communauté du travail, comme à Lip, qui s’érigeait en communauté de lutte n’est plus possible et s’y substitue la communauté de lutte directement comme seule communauté immédiate, mais en tant qu’elle n’existe que par la lutte (sinon, retour à l’atomisation et en conséquence à l’individualisme). Une communauté de lutte dont la perspective est universaliste (celle de la perspective d’une communauté humaine qu’anticipait déjà Anacharsis Cloots, révolutionnaire allemand de la Révolution française en en appelant en 1794, juste avant d’être guillotiné, à une « République du genre humain »), au sens où elle n’est pas exclusive (« Tous gilets jaunes »), même si elle peut parfois être tentée de se référer à une communauté nationale des gens d’en bas (elle bute sur l’ambiguïté et la polysémie de la référence citoyenne). Ce corps antagonique se fait peuple, mais celui-ci n’est pas essentialisé, même si, là encore, la référence à la communauté nationale et à la Révolution française ne sont pas véritablement « pensées » et questionnées). Corps antagonique qui s’oppose aux différents corps de l’État et à celui qui, tout à coup, lui est apparu comme son auxiliaire, à savoir le corps des forces de l’ordre, accusé, dès l’acte III de « collaboration » avec l’État. Il n’y a donc pas, à proprement parler, de demande par rapport à l’État, comme par exemple dans le cas des luttes dans la fonction publique, parce que l’État apparaît ici comme l’ennemi… sans que soit produite une claire critique de l’État en tant que pouvoir, que ce soit à la façon anarchiste ou à la façon américaine conservatrice.

Le « Tous ensemble » que l’on entend crier comme en 1995, n’est donc pas une demande de restauration de l’État-providence de la période des Trente glorieuses, mais un « “Tous ensemble” contre ce monde » qui peut effectivement s’ouvrir à toutes les problématiques autour de la question du climat et de l’écologie, des « grands travaux », etc.

Cette communauté de lutte est communauté de pratiques collectives proche de celle des ZAD avec l’expérience des cabanes de ronds-points. C’est fort, mais limité car le mouvement n’a pas de pensée de l’émancipation à portée de main. C’est la solidarité (fraternité) présente sur ses lieux d’action et les désirs d’égalité et de liberté qui l’animent. La tension individu/communauté s’y dévoile. Point.

Temps critiques, février 2019

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Sam 16 Mar - 19:08


marcher en jaune et vert, ou la double dimension sociale et écologique
d'un mouvement dans et contre le capitalisme


LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Rassemblement-gilets-jaunes-9-Paris_0_729_486

pour rappeler, dans le contexte qui voit aujourd'hui à Paris et ailleurs défiler ensemble Gilets jaunes et manifestants pour le climat , que dès le début du mouvement en novembre 2018, j'en soulignais la double nature sociale et écologiste, ceci même alors "en creux" puisque la revendication contre la hausse des taxes sur les carburants ne remettait pas en cause la politique écologique du pouvoir dans la veine idéologique du capitalisme vert

remarque ajoutée : même boosté par le combat écologiste, moins de Gilets jaunes que lors des 'Actes' précédents, et cette observation confirmée : moins de monde => plus de violences provoquées par les Black Blocs. Voir, avec en prime le soutien de l'Écrivain-anarchiste-Claude Guillon : de la jaunisse en noir ananar
. Il paraît que « le Mouvement des Gilets jaunes ne s'essouffle pas », loin de là, il ne ferait même que commencer... Puisqu'ils le disent depuis...[/size]

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 XVM5631a29a-47fe-11e9-ac1e-69f025fe5bab

avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale, 17 nov-16 déc 2018
Patlotch a écrit:[size=15]21 novembre
- le jaune et le brun, le rouge et le vert, le noir et le blanc
23 novembre
2. la lutte de classe en questions dans le capitalisme vert : le rôle de l'État
29 novembre
2. sur la dimension écolo-populaire des mouvements actuels, un appel "Marche pour le climat, justice verte et gilets jaunes"
observations qui donnèrent l'occasion à RS de Théorie Communiste d'approfondir son indigence théorique
RS/TC a écrit:La « révolution Macron » du « capitalisme vert ». C’est de la blague, comme le « capitalisme vert » en général, macronien ou non. Il y a des investissements et des profits à attendre (peut-être) des éoliennes, du solaire, etc., c’est le capitalisme tout court. Et les taxes sur le gazole sont là pour rembourser la dette publique, c’est tout. Le mouvement des Gilets jaunes aurait existé sans « capitalisme vert » dans la mesure où le « capitalisme vert » n’existe pas. Comme l’exposait un récent article du Monde, les banques françaises continuent à investir massivement dans le pétrole et le charbon, tranquillement et sans vagues. La « contradiction entre le capital et le vivant ». A la rigueur, « le capital » on peut avoir quelques idées, mais le « vivant » c’est quoi ? Quant à la dimension écologique du mouvement, que ce soit pour être pour ou contre la planète, il s’en fout.
voir le sujet LE MONDE BRÛLE-T-IL ? CAPITALISME et CHANGEMENT CLIMATIQUE, et constater l'ampleur mondiale de la "grève du climat" hier, comme sa dimension anticapitaliste, évidemment pas sans contradictions et limites


mais attention, "camarades", car c'est "interclassiste"
=>Poubelle de la "théorie" "révolutionnaire" : mésaventuriers de la classe perdue, théologiens du prolétariat et théorichiens de garde de l'ex-communisation

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Lun 18 Mar - 0:45


de quoi les Blacks Blocs sont-ils le nom, dans le jaune ?

plus prudente que moi ci-dessus, Lisbeth Salender pose des questions quant au saccage des Black Blocs, hier, dans la manifestation parisienne des Gilets jaunes. Je suis moins "optimiste" qu'elle affirmant que « si ça change pas en profondeur, ça sent mauvais pour Macron ». Avec ce « dernier coup d’éclat spectaculaire dans le rapport des forces », n'est pas modifiée mais s'amplifie la dynamique essentielle entre mouvement (qui n'en ai plus un*) et pouvoir, qui a complètement retourné la situation à son avantage, et nous n'avons pas encore les mesures suite au Grand débat...

* ironie du sort pour le populisme des « 99% du peuple contre le 1% de l'oligarchie », ils n'ont jamais mobilisé plus de 1 % de la population...

la restructuration politique est en marche, incluant l'évolution de la droite extrême et de l'extrême-droite dans leur bras de fer nationaliste France-Europe (voir hier : l'Europe à chier... dans la dentelle, sur les migrants et immigrés, Wauquiez et Bellamy, ensemble pour "sauver la civilisation européenne"). Tans les Gilets jaunes que la mouvance ultra-gauche, surtout sa forte composante "anti-racialisatrice" activiste ou théoriste, n'en sont fort préoccupés, c'est le moins qu'on puisse dire

par conséquent, si cela peut être "mauvais pour Macron", ça ne l'est en rien pour l'État pris globalement, dans son cheminement quasi tranquille vers un pouvoir plus dur incluant les idées et mesures préconisées traditionnellement par l'extrême-droite raciste et xénophobe, face à quoi comme face à Le Pen à la présidentielle, Macron pourra se présenter comme le seul barrage réaliste, dans le délitement de la gauche "antiraciste" et "antifasciste"

au total, et alors retenu sur cet point, les Black Blocs comme l'ultra-gauche dans son ensemble me semblent relever aujourd'hui de nuisances radicales, assez loin de ce que je considère, en m'en réclamant, un anarchisme conséquent qui ne ferait pas le jeu de la police de l'État capitaliste

dessous la vision de l'"avant-garde révolutionnaire" selon Alain Bauer... et pepe@dndf ?[/font]


Lisbeth Salender a écrit:dndf 17/03/2019 à 17:27

Alors, on l’analyse comment ce rôle de la violence et des dits Black Blocks au lendemain de ce 18° acte très “gauche ultra”, contrepoint du 1° décembre dont on pouvait sentir une couleur plus “droite ultra”….?

Bras armés, parasites, commensaux des gilets jaunes? Je jette trois idée « sur le papier », ne me sautez pas dessus tout de suite….

On pourrait être tentés de considérer que les épisodes parisiens des samedis sur les Champs ou autour sont le côté obscur (au sens de la couleur!) de la force du mouvement des gilets jaunes. Les black blocks (et les fafs moins visibles ces derniers temps !) comme grenadiers voltigeurs du mouvement…

En effet, la presse en général (seule source d’infos fiables ou presque, comme toujours, quand on la compile et l’analyse) fait bien la recension des nombreux exemples de Gilets jaunes qui approuvent, acceptent, revendiquent cette violence, voire y participent à l’occasion.

Cela dit, il reste une impression étrange tout de même: il semble que cette partie « armée » ne fasse pas complètement partie de mouvement: sociologiquement différents (pour ce qu’on en connait quand on a un peu fréquenté des black blocks) ils portent visiblement un projet politique très radicalement différent voire incompatible avec les revendications principales du mouvement: ils se battent un peu les couilles du RIC, du retour de l’ISF et du déclin des classes moyennes en danger de prolétarisation…
Du coup, on pourrait les voir comme opportunistes, parasites quoi.

Mais non, il faudrait peut-être plus parler de commensaux : tout le monde y trouve son compte. Le mouvement des gilets jaunes, de par son coté incroyablement polymorphe (mais toujours revendicatif et radicalement démocrate, ce n’est pas une insulte !) offre un théâtre qui n’en finit plus d’emmerder l’Etat à la manœuvre et donc une scène permanente ou les BB peuvent venir jouer leur partition pour leur propre compte insurrectionnel. Le planning des festivités est décidé hors d’eux et ils sont très assidus, à Paris, le samedi.

De son coté, de façon inespérée, en parallèle, le Mouvement trouve là une force militaire inespérée, une menace pour l’Etat, une protection contre le pourrissement, leurs « sept mercenaires » contre le gang institutionnel…

On pourrait même penser que ce dernier samedi est le bouquet (peut-être) final pour les gilets jaunes : quelle belle façon d’acter le fait que la date de fin du grand débat n’est pas si porteuse d’apaisement que l’Etat pouvait l’espérer… dernier coup d’éclat spectaculaire dans le rapport des forces : si ça change pas en profondeur, ça sent mauvais pour Macron…

Allez, ciao, ça ne coûte rien de délirer un peu sur une bien étrange modernité….
Pepe@dndf a écrit:je viens d’entendre Bauer (pas Charlie, Alain!) dire en substance: “je ne crois pas à la diabolisation des blacks blocks. Il n’y a pas d’un coté les gentils gilets jaunes, de l’autre les méchants black blocks. Une partie radicalisée des gilets jaunes sont en train de basculer. Un mouvement social ça accouche d’une génération radicale et d’une avant garde révolutionnaire… et en général d’une réponse autoritaire”
Quand l’ennemi se met à raisonner!!
"l'ennemi" de qui et quoi ? quand son "raisonnement" apprécié comme tel reviendrait, en "communisateur" ? à faire des Blacks Blocs l'avant-garde, de quoi dont on serait "l'ami" ?... Il faudrait peut-être commencer, en communisateur, à "raisonner" vraiment, cad penser tout ce bordel et les violences croisées un degré au-dessus des stratèges du capital, autrement qu'au premier degré du gauchiste lambda, serait-il "ultra" ou "outre-gauche", mais en outre un sacré jobard dans cette affaire, idiot utile, depuis décennies, du simple gauchisme infantile qui n'aura jamais servi, justement, que "l'ennemi"

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LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Empty Re: LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019

Message par Patlotch le Mer 20 Mar - 16:06


les Champs de la victoire des Blacks Blocs. 2

et maintenant le recours à l'armée...

la police c'est l'État donc au besoin l'armée, à l'intérieur comme à l'extérieur du territoire de l'État-nation. La réciproque n'est pas une implication (=>) : l'État n'est pas réduit à la police, et comme État du capital elle ne saurait en être "le dernier rempart" que dans une situation révolutionnaire. Ni le mouvement des gilets jaunes, ni les violences offensives des Blacks Blocs à la marge de la puissance capitaliste marchande n'ont remis en cause l'État dans cette essence, mais seulement fait courir le risque à son pouvoir politique d'être désavoué par l'opinion publique

on constate que si le soutien aux Gilets jaunes se replie en dessous de 50% de la population sondée, 84% désapprouvent les violences de samedi, la même proportion que le soutien au plus fort d'un mouvement aujourd'hui à son plus faible

il n'y a pas toujours une "complicité objective" entre le pouvoir et les actes gaucho-anarchistes, mais là, c'est l'évidence, n'en déplaise aux Guillon et Cie qui se taisent sur les dizaines de kiosques à journaux détruits et préfèrent condamner les Vegan qui détruisent les boucheries

mais les anars-BB ont sans doute atteint leur objectif, "prouver" que l'État n'hésite pas, ici à recourir à l'armée. Manque plus que l'aspirant théoricien de la communisation Alain Corne/Carbure pour mettre en œuvre, sur le papier l'acte 2 de son programme : lutte des classes-guerre civile-communisation

la France n'a pas la bourgeoisie la plus bête du monde, mais les gauchistes les plus cons en Europe


Acte 19 des Gilets jaunes
Emmanuel Macron appelle l'armée en renfort pour assurer la sécurité
La Dépêche 20/03/2019

A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a annoncé ce mercredi que la mission antiterroriste militaire Sentinelle serait mobilisée de manière "renforcée" samedi dans le cadre de l'acte 19 des Gilets jaunes afin de protéger des bâtiments officiels et autres "points fixes".

La décision a été prise au plus niveau de l'Etat puisque c'est Emmanuel Macron qui en est à l'origine et qui l'a annoncé en Conseil des ministres. Après les débordements, les violences et les pillages survenus à Paris à l'occasion du 18e samedi de manifestations des Gilets jaunes, le Président de la République a décidé de sortir les grands moyens. Les militaires de la mission antiterroriste Sentinelle seront en effet mobilisés de manière "renforcée" samedi prochain dans le cadre de l'acte 19 des Gilets jaunes. Le chef de l'État a décidé de faire appel à l'armée afin de protéger des bâtiments officiels et autres "points fixes".

L'opération Sentinelle représente une mobilisation sans précédent de l'armée sur le territoire national depuis la guerre d'Algérie. Des chiffres de 2017 faisaient état de 7.000 militaires déployés en permanence - pour moitié en région parisienne - depuis les attentats de janvier 2015 à Paris. Les militaires protègent en France des sites religieux (synagogues, mosquées...), des lieux particulièrement exposés au risque terroriste ou très fréquentés (lieux touristiques, gares...). Ils sont présents de manière quasi permanente sur certains sites comme les aéroports ou les musées.

"Cette initiative permettra aux forces de l'ordre de se concentrer sur les mouvements, sur le maintien et le rétablissement de l'ordre, a justifié Benjamin Griveaux. On a à notre disposition cette mission Sentinelle assurée par des militaires et qui ont parfaitement vocation à sécuriser les lieux, comme d'ailleurs nos concitoyens ont l'habitude de les voir."

Cette décision intervient deux jours après de nouvelles mesures sécuritaires annoncées par Edouard Philippe comme l'interdiction pour les casseurs de manifester dans certains lieux, dont la Place du Capitole à Toulouse, ou encore l'augmentation des amendes pour les participants à une manifestation interdite. Dans la foulée de ces annonces, plusieurs têtes sont tombées, dont celle du préfet de police Michel Delpuech.

Cette nouvelle escalade sécuritaire risque d'être au centre de toutes les discussions ce soir sur  BFMTV où six chefs de partis débattront en direct des issues à la crise des Gilets jaunes. À deux mois des élections européennes, qui font l'objet d'une grande défiance des Gilets jaunes, François Bayrou pour le Mouvement démocrate (MoDem), Olivier Faure pour le Parti socialiste (PS), Stanislas Guerini pour la République en marche (LREM), Marine Le Pen pour le Rassemblement national (RN), Jean-Luc Mélenchon pour la France insoumise (LFI) et Laurent Wauquiez pour les Républicains (LR) échangeront sur "la crise et après ?", dans une émission spéciale animée par la journaliste Ruth Elkrief.

les Champs de la victoire des Blacks Blocs 1.

GILETS JAUNES

ce qu'il faut retenir des annonces d'Edouard Philippe


Deux jours après les scènes de violences sur les Champs-Elysées en marge de "l'acte 18" des "Gilets jaunes", le Premier ministre a tenu une conférence de presse lundi 18 mars où il a annoncé ses mesures, et dévoilé sa "nouvelle stratégie" de maintien de l'ordre.


LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 165%2Fv7pku%2Fedouard-philippe-des-manifestations-de-gilets-jaunes-seront-interdites%7Cx240-YqF

"Ces actes sont des actes criminels, la réponse du gouvernement doit être forte". Edouard Philippe a dévoilé la réponse du gouvernement après les heurts ayant eu lieu dans plusieurs villes du territoire, samedi 16 mars.

Manifestations interdites en présence "d'éléments ultras"
"Nous interdirons les manifestations se revendiquant des 'Gilets jaunes' dans les quartiers les plus touchés dès lors qu'une présence 'd'éléments ultras' sera signalée", a indiqué Edouard Philippe, citant le cas des Champs-Elysées, de la place Pey Berland de Bordeaux, et de la place du Capitole de Toulouse.

"Nous procéderons à la dispersion immédiate de tous les attroupements", a t-il précisé.

"Commandement unifié" et nouveaux moyens
Le Premier ministre veut "accorder une plus grande autonomie aux forces sur le terrain, avec un commandement unifié doté d'une 'large capacité d'action rapide'".  Des "moyens nouveaux" seront déployés : drones, produits marquants pour faciliter l'identification des fauteurs de troubles. "Nous placerons davantage d'officiers de police judiciaire sur le terrain" a t-il ajouté. Les nouvelles dispositions permettront de "renforcer les contrôles aux abords des manifestations, prononcer des interdictions de manifester, et placer en garde à vue les personnes qui dissimulent leurs visages."

"Des consignes inappropriées ont été passées pour réduire l'usage"
des lanceurs de balle de défense (LBD), a-t-il déploré, assurant que le gouvernement va "renforcer la fermeté de (sa) doctrine de maintien de l'ordre".

Philippe fait sauter le "fusible" Delpuech

Le préfet de police de Paris Michel Delpuech paie lui les pots cassés des heurts. Il sera remplacé par Didier Lallement, actuel préfet de Nouvelle Aquitaine, a annoncé Edouard Philippe. "Mercredi en Conseil des ministres, le président de la République nommera préfet de police M. Didier Lallement, ancien secrétaire général du ministère de l'Intérieur, actuel préfet de la Nouvelle Aquitaine", a indiqué le patron de Matignon. Michel Delpuech, 66 ans, était régulièrement donné partant entre affaire Benalla et polémiques à répétition sur la gestion de l'ordre public dans la capitale.

Hausse des contraventions

Le gouvernement veut également "taper au portefeuille", promettant une "augmentation très nette" de la contravention encourue en cas de participation à une manifestation interdite. "Les manifestants pacifiques doivent prendre leurs distances avec les casseurs", a déclaré le Premier ministre, qui a expliqué sa nouvelle stratégie de "chercher systématiquement la responsabilité financière des fauteurs de troubles".

Le Premier ministre a terminé son allocution en rendant hommage aux forces de l'ordre et aux sapeurs-pompiers, qui "même sous la pression continuent de faire preuve de maîtrise de d'exemplarité". "En leur demandant plus de mobilité, nous les exposerons à des contacts plus durs", a t-il décrit,. "Leur protection sera notre priorité (...]. J'attends du pays tout entier qu'il se regroupe derrière eux", a t-il conclu.

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Message par Florage le Jeu 21 Mar - 13:03


Florage publie, Patlotch, le comble pour l'administrateur, ayant un problème d'édition...


"surtout si vous n'êtes pas d'accord"

intéressant article trouvé chez Causeur, où l'on perçoit en filigrane l'implication réciproque entre pouvoir et mouvement dont j'ai fait la trame de mon analyse, perceptible à travers le "retournement" que j'avais annoncé depuis décembre, contre la récupération aussi bien politique par toute la gauche que par la droite et l'extrême-droite, bref, tous les anti-macronistes

l'ultra- et post-ultragauche a joué une partition semblable en convoquant le thème de la "lutte des classes" et des "vrais prolétaires" pris dans "l'interclassisme". Tous ont échoué sauf eux, par la stratégie de la violence anarchiste volontaire des Black Blocs, ironie de leur victoire médiatique, qui n'aura servi qu'à durcir la réaction du pouvoir : un Préfet de police qui a fait ses preuves à Bordeaux, le recours à l'armée, des mesures législatives dans le tuyau...

qu'on ne se méprenne pas, cet article est réellement populo-droitier, bien sûr, mais avec une finesse d'analyse qui caractérise davantage les analyses de la mouvance Alain de Benoist et Cie, et le plaisir d'un texte qui ne fait pas de théorie, mais sent les choses mieux que tous théoriciens du vrai prolétariat appelé à faire tout seul la révolution communiste, et l'amplification qui découle de leurs actes du retournement de l'opinion publique comme de la perspective de résultats électoraux sans surprise...


Comment le système a récupéré les gilets jaunes
Un soulèvement populaire transformé par la gauche en mouvement social

Nicolas Lévine Causeur 21 mars 2019

Pendant quelques semaines, le mouvement des gilets jaunes était un soulèvement populaire. Et puis la gauche est arrivée, l’a transformé en mouvement social et l’a rallié au système, le détournant de son but et le décrédibilisant aux yeux de l’opinion à coups de « casseurs » et de « peste brune ».

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Gilets-jaunes-gauche-casseurs-recuperation
La devanture du Fouquet's incendiée sur les Champs-Elysées, 16 mars 2019
©️Christophe Ena/AP/SIPA
Le mouvement des gilets jaunes s’inscrit dans la longue tradition des soulèvements populaires. Il a plus à voir avec les jacqueries d’autrefois qu’avec les manifs des syndicats officiels qui, chaque 1er mai, viennent d’abord rappeler au pouvoir qu’il doit financer les comités d’entreprise et recaser les chefs au Conseil économique et social. Durant un mois merveilleux, il aura joué avec le feu ; les 1er et 8 décembre, l’oligarchie aura eu peur comme jamais. Hélas, cent fois hélas, force est de constater que le système libéral-libertaire est encore plus fort qu’on ne l’imaginait. Il est en train d’avaler les gilets jaunes. Aujourd’hui, c’est évident : ce mouvement politique de type insurrectionnel se transforme en simple mouvement social.

La gauche est étrangère aux gilets jaunes
En démocratie d’opinion, le réel est fabriqué par le complexe économico-médiatique. C’est lui, Bien incarné, qui décide ce qui « fait sens » et ce qui ne le « fait » pas, ce qui est noble et ce qui est sordide. Une procession de cinquante féministes et autant de « people », par exemple, est rien moins qu’ « historique ». En revanche, cent mille ouvriers, artisans, employés qui défilent pour réclamer de mieux vivre de leur travail et d’exercer effectivement le pouvoir, c’est au mieux étrange, au pire fascisant.

Il fallait voir les duplex, en novembre, en direct des ronds-points ; tels des explorateurs, les journalistes se demandaient sérieusement : qui sont ces gens ? que veulent-ils ? pourquoi ne sont-ils pas contents ? Très vite, pouvoir et médias ont tenté de nazifier la révolte de la France périphérique. Mais la manœuvre ne fonctionnait pas, l’opinion continuait de soutenir très largement les gilets jaunes. Alors, malins au sens propre, plutôt que d’affronter frontalement ce mouvement, ils l’ont réduit à un problème de « fins de mois ». Pour ce faire, sur les plateaux de télé, on a vu défiler les leaders obsédés en premier lieu voire uniquement par le pouvoir d’achat. Des « experts », des associatifs, des personnalités, tous progressistes, venaient défendre dans une certaine mesure les marcheurs du samedi. Le Système a sélectionné ses opposants et leurs soutiens. Qui est allé sur les Champs en novembre et début décembre sait que la gauche y était infiniment minoritaire – d’ailleurs, durant trois semaines, ses leaders liaient les gilets jaunes au 6 février 1934. Oui, en ce temps-là, les seuls drapeaux que l’on voyait, c’étaient le tricolore et ceux de nos vieilles provinces. Mais face aux journalistes, il n’y avait ni patriote, ni identitaire, ni monarchiste, ni péguyste, ni droitard.

Détournement de bien social
La gauche, parfaitement étrangère au mouvement, put ainsi l’infiltrer et le corrompre. Semaine après semaine, bénéficiant sur le terrain de l’appui des antifas – ses enfants turbulents – qui ont, eux, le droit de tabasser en tout impunité quand un ouvrier ligérien qui lance un pot de rillettes sur les CRS écope de trois mois ferme, elle a modifié la trajectoire des gilets jaunes. Il s’agissait à l’origine de prendre l’Elysée ; à présent, on marche sans but dans les rues de Paris et d’ailleurs, sous les gémissements des assis, des rentiers, des cocus volontaires, des retraités, des fatalistes qui n’en peuvent plus de ne pas pouvoir faire tranquillement les boutiques le week-end et sont au bord du malaise vagal lorsqu’une jardinière brûle.

L’incontestable baisse du nombre de manifestants s’explique, outre la peur légitime de perdre un œil ou une main, par le changement de nature du mouvement, dans lequel les « petits blancs » de province ne se reconnaissent plus – quand ils n’en ont pas été chassés manu militari. Aucune de leurs revendications n’a été satisfaite. Le président de la République continue de jouer la montre et du gourdin ; grâce à son grand débat que les journalistes commentent avec l’enthousiasme de collégiennes à un concert de Justin Bieber et dans lequel, comme eût dit Muray, le réel se dissout, il reforme les rangs de la bourgeoisie trouillarde qui l’a élu et dont il est, plus encore face aux gueux-analphabètes-ratés, le héros de classe.

Il était une fois l’a-révolution
Peut-on encore faire la révolution, c’est-à-dire renverser l’ordre établi, au temps de MeToo et alors que le salut de l’humanité – excusez du peu – dépendrait d’une adolescente suédoise qui donne envie à toute personne sensée de manger une vache vivante en s’aspergeant d’huile de palme ? Les formes de la lutte conditionnent son résultat. L’oligarchie ne fera pas seppuku ; elle est persuadée qu’elle a le droit de gouverner à la place des peuples ; en France, elle prouve depuis quatre mois qu’elle est prête à devenir martiale afin de se défendre. N’en déplaise aux sociaux-démocrates pour qui elle est un séminaire de travail, la politique est un rapport de force. Et un changement radical implique forcément de recourir à une violence proportionnée à la résistance du pouvoir en place. Le syndrome Malik Oussekine hante constamment l’Etat, à qui un peuple dévirilisé – du moins dans les métropoles – réclame de maintenir l’ordre sans faire de victime.

Les milliers de blessés, les dizaines de mutilés, les matraqués parfois par sadisme auraient dû à tout le moins faire tomber le gouvernement et nous ramener aux urnes. Mais qui décide de cela ? Le système. Or, pour ce dernier, jamais la violence monopolisée par l’Etat n’a été plus légitime que contre, au début, « la peste brune », aujourd’hui, « les casseurs ». Il n’entend pas négocier avec ceux qui, supposément agis par la « haine », ressembleraient aux djihadistes. Pour les enfants du pays réel qui continuent de manifester le samedi, le courage physique n’est pas, contrairement à ce que nous ont répété nos institutrices socialistes, un reste de barbarie ; ils ont l’habitude, y compris les filles, de monter au carton à la sortie des bars. Du reste, le flashball et une justice aux ordres calment – et c’est bien normal – l’ardeur de nombre d’entre eux. L’Acte 18, du moins à Paris, ne doit pas faire illusion : comme les semaines précédentes, la violence qui s’y est déployée est surtout celle de ces black blocs dont l’idéologie est fort éloignée des revendications fixées en décembre par les gilets jaunes dans leurs 42 Doléances. Cette brutalité-là se manifeste d’autant plus qu’elle est tolérée par le pouvoir : les gauchistes, éternels idiots utiles du capital, ne font peur qu’aux lectrices de Madame Figaro.

L’école des drames
Le mouvement des gilets jaunes est condamné à moyen terme. Il meurt d’avoir été trop poli, de n’avoir pas assumé son caractère réactionnaire face à un système qui le lui a d’ailleurs interdit, prophétisant les récupérations les plus torves pour mieux le récupérer lui-même. N’empêche, un temps très court, dans la rue, souverainistes de gauche et de droite, jacobins et gaullistes, vrais anars et scouts d’Europe, ont manifesté ensemble. Seule cette alliance est politiquement en mesure de redonner le pouvoir au peuple. L’oligarchie le sait et c’est pourquoi, dans le pays européen où le système électoral est par ailleurs le moins démocratique, elle réprime avec une férocité inédite. Elle va gagner une bataille. Mais pour des milliers de jeunes gens sans formation politique, ces longs samedis sous les bombes lacrymogènes auront été une formidable école.

La bassesse morale de soutiens du pouvoir capables de dire « bien fait ! » en voyant une personne en fauteuil roulant se faire renverser par des gendarmes, les interpellés « préventivement », les filles traînées par les cheveux, les dames âgées molestées par des CRS rigolards ; les jérémiades des Griveaux, Schiappa, des éditocrates « fatigués », le racisme social assumé des Gantzer, Berléand, Bernard-Henri Lévy, le cynisme de Castaner ne seront pas oubliés de sitôt. Et dans six mois, deux ans, quand tout recommencera, nourris de cette expérience, peut-être les gilets jaunes iront-ils au bout, cette fois. Car la peur décroît, et ça, c’est immense.

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Message par Florage le Sam 23 Mar - 11:04


Florage publie, Patlotch, le comble pour l'administrateur, ayant un problème d'édition...


Patlotch a écrit:1. "surtout si vous n'êtes pas d'accord"
2. une compréhension partagée de l'activité des Black Blocs
2. une compréhension partagée de l'activité des Black Blocs
Patlotch a écrit:assez proche in fine de l'article de Causeur en 1. et de ma propre interprétation des faits. J'ajouterais que le choix des Champs Élysées, qui était déjà pour les mêmes raisons celui d'Éric Drouet et maintenant le celui des gauchistes à la Quadruppani, ne s'explique que par le désir de promouvoir médiatiquement l'événement du samedi au plan mondial, car 30 à 40.000 manifestants en France passeraient inaperçus sans la focalisation sur Paris et les Champs

belle ironie du sort pour des radicaux anticapitalistes, qu'aller y brûler des kiosques support de la presse visée, et non l'État et/ou le capital, même symboliquement comme la Bourse, le siège du MEDEF ou des multinationales à Paris

peut-on toutefois  le rapporter de façon aussi tranchée à un clivage de classe ?

quant au recours aux militaires de l'opération Sentinelle, après examen des critiques diverses, y compris celles des syndicats de police et des militaires, elle a plusieurs explications croisées mais qui sont toutes compatibles du fait des contradictions dans l'État, des règlements de compte entre services de l'Intérieur et de la Défense, de résistances de la haute administration au dirigisme de l'Élysée, de cafouillages réels ou savamment organisés dans l'utilisation de la police sur les Champs, et in fine du rôle des Black Blocs allant dans le même sens, illustrant une fois de plus la réciprocité dans la dynamique pouvoir-mouvement instrumentalisant son absence d'unité et son rapport au soutien passif de la population, qui ne cesse de décroître
Dr No a écrit:dndf 22/03/2019 #5
Le fait que le black bloc puisse encore se distinguer au milieu de la scène jaune, alors même qu’il lui suffirait de revêtir le désormais fameux gilet pour se protéger au mieux de l’identification policière, dit assez combien ses membres sont non seulement sociologiquement, mais aussi politiquement étrangers à ce qu’il se passe.

En fait le black bloc ne se voit et ne fait parler de lui que parce que la représentation se tient à Paris, qui concentre plus que tout autre ville en France la population où se recrutent les participants au black bloc.

Mais le black bloc peut faire son cinéma surtout en raison de l’épuisement de la dynamique GJ. Quand ceux-ci étaient très nombreux et non moins virulents, c’était plutôt la méfiance et l’inquiétude qui régnait dans les familles gauchistes. Trop de drapeaux tricolores, trop de Marseillaise, trop de discours qui laissaient deviner que ceux que l’on voyait défiler dans les rues de France ne sortaient pas vraiment du boboland des Nuits debout.

Maintenant les jeunes middle-class radicalisés (parce que déclassés) ont repris la confiance, mais là non plus on ne voit pas que leurs thèmes fétiches aient migré chez les GJ. Il y a une barrière entre ces deux composantes qui est une barrière de classe et que la violence n’a pas réussi à faire sauter. Il y a rencontre sur les pavés parisiens, mais pas intégration réciproque.

Personne n’a la boule de cristal mais, si une deuxième vague jaune devait arriver et qu’elle serait porteuse une nouvelle fois des mêmes contenus cocardiers que la première, alors cela pourrait signifier l’échec immense de la classe moyenne instruite gauchisée à intéresser autrui à ses luttes. Et, en définitive, l’échec terminal du gauchisme à exister et tenir un rôle dans l’affrontement plus large entre les libéraux européistes et le nouveau bloc souverainiste conservateur qui pousse désormais partout ses offensives victorieuses (Espagne et dernièrement Pays-Bas).

21 mars
1. "surtout si vous n'êtes pas d'accord"

intéressant article trouvé chez Causeur, où l'on perçoit en filigrane l'implication réciproque entre pouvoir et mouvement dont j'ai fait la trame de mon analyse, perceptible à travers le "retournement" que j'avais annoncé depuis décembre, contre la récupération aussi bien politique par toute la gauche que par la droite et l'extrême-droite, bref, tous les anti-macronistes

l'ultra- et post-ultragauche a joué une partition semblable en convoquant le thème de la "lutte des classes" et des "vrais prolétaires" pris dans "l'interclassisme". Tous ont échoué sauf eux, par la stratégie de la violence anarchiste volontaire des Black Blocs, ironie de leur victoire médiatique, qui n'aura servi qu'à durcir la réaction du pouvoir : un Préfet de police qui a fait ses preuves à Bordeaux, le recours à l'armée, des mesures législatives dans le tuyau...

qu'on ne se méprenne pas, cet article est réellement populo-droitier, bien sûr, mais avec une finesse d'analyse qui caractérise davantage les analyses de la mouvance Alain de Benoist et Cie, et le plaisir d'un texte qui ne fait pas de théorie, mais sent les choses mieux que tous théoriciens du vrai prolétariat appelé à faire tout seul la révolution communiste, et l'amplification qui découle de leurs actes du retournement de l'opinion publique comme de la perspective de résultats électoraux sans surprise...


Comment le système a récupéré les gilets jaunes
Un soulèvement populaire transformé par la gauche en mouvement social

Nicolas Lévine Causeur 21 mars 2019

Pendant quelques semaines, le mouvement des gilets jaunes était un soulèvement populaire. Et puis la gauche est arrivée, l’a transformé en mouvement social et l’a rallié au système, le détournant de son but et le décrédibilisant aux yeux de l’opinion à coups de « casseurs » et de « peste brune ».

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Gilets-jaunes-gauche-casseurs-recuperation
La devanture du Fouquet's incendiée sur les Champs-Elysées, 16 mars 2019
©️Christophe Ena/AP/SIPA
Le mouvement des gilets jaunes s’inscrit dans la longue tradition des soulèvements populaires. Il a plus à voir avec les jacqueries d’autrefois qu’avec les manifs des syndicats officiels qui, chaque 1er mai, viennent d’abord rappeler au pouvoir qu’il doit financer les comités d’entreprise et recaser les chefs au Conseil économique et social. Durant un mois merveilleux, il aura joué avec le feu ; les 1er et 8 décembre, l’oligarchie aura eu peur comme jamais. Hélas, cent fois hélas, force est de constater que le système libéral-libertaire est encore plus fort qu’on ne l’imaginait. Il est en train d’avaler les gilets jaunes. Aujourd’hui, c’est évident : ce mouvement politique de type insurrectionnel se transforme en simple mouvement social.

La gauche est étrangère aux gilets jaunes
En démocratie d’opinion, le réel est fabriqué par le complexe économico-médiatique. C’est lui, Bien incarné, qui décide ce qui « fait sens » et ce qui ne le « fait » pas, ce qui est noble et ce qui est sordide. Une procession de cinquante féministes et autant de « people », par exemple, est rien moins qu’ « historique ». En revanche, cent mille ouvriers, artisans, employés qui défilent pour réclamer de mieux vivre de leur travail et d’exercer effectivement le pouvoir, c’est au mieux étrange, au pire fascisant.

Il fallait voir les duplex, en novembre, en direct des ronds-points ; tels des explorateurs, les journalistes se demandaient sérieusement : qui sont ces gens ? que veulent-ils ? pourquoi ne sont-ils pas contents ? Très vite, pouvoir et médias ont tenté de nazifier la révolte de la France périphérique. Mais la manœuvre ne fonctionnait pas, l’opinion continuait de soutenir très largement les gilets jaunes. Alors, malins au sens propre, plutôt que d’affronter frontalement ce mouvement, ils l’ont réduit à un problème de « fins de mois ». Pour ce faire, sur les plateaux de télé, on a vu défiler les leaders obsédés en premier lieu voire uniquement par le pouvoir d’achat. Des « experts », des associatifs, des personnalités, tous progressistes, venaient défendre dans une certaine mesure les marcheurs du samedi. Le Système a sélectionné ses opposants et leurs soutiens. Qui est allé sur les Champs en novembre et début décembre sait que la gauche y était infiniment minoritaire – d’ailleurs, durant trois semaines, ses leaders liaient les gilets jaunes au 6 février 1934. Oui, en ce temps-là, les seuls drapeaux que l’on voyait, c’étaient le tricolore et ceux de nos vieilles provinces. Mais face aux journalistes, il n’y avait ni patriote, ni identitaire, ni monarchiste, ni péguyste, ni droitard.

Détournement de bien social
La gauche, parfaitement étrangère au mouvement, put ainsi l’infiltrer et le corrompre. Semaine après semaine, bénéficiant sur le terrain de l’appui des antifas – ses enfants turbulents – qui ont, eux, le droit de tabasser en tout impunité quand un ouvrier ligérien qui lance un pot de rillettes sur les CRS écope de trois mois ferme, elle a modifié la trajectoire des gilets jaunes. Il s’agissait à l’origine de prendre l’Elysée ; à présent, on marche sans but dans les rues de Paris et d’ailleurs, sous les gémissements des assis, des rentiers, des cocus volontaires, des retraités, des fatalistes qui n’en peuvent plus de ne pas pouvoir faire tranquillement les boutiques le week-end et sont au bord du malaise vagal lorsqu’une jardinière brûle.

L’incontestable baisse du nombre de manifestants s’explique, outre la peur légitime de perdre un œil ou une main, par le changement de nature du mouvement, dans lequel les « petits blancs » de province ne se reconnaissent plus – quand ils n’en ont pas été chassés manu militari. Aucune de leurs revendications n’a été satisfaite. Le président de la République continue de jouer la montre et du gourdin ; grâce à son grand débat que les journalistes commentent avec l’enthousiasme de collégiennes à un concert de Justin Bieber et dans lequel, comme eût dit Muray, le réel se dissout, il reforme les rangs de la bourgeoisie trouillarde qui l’a élu et dont il est, plus encore face aux gueux-analphabètes-ratés, le héros de classe.

Il était une fois l’a-révolution
Peut-on encore faire la révolution, c’est-à-dire renverser l’ordre établi, au temps de MeToo et alors que le salut de l’humanité – excusez du peu – dépendrait d’une adolescente suédoise qui donne envie à toute personne sensée de manger une vache vivante en s’aspergeant d’huile de palme ? Les formes de la lutte conditionnent son résultat. L’oligarchie ne fera pas seppuku ; elle est persuadée qu’elle a le droit de gouverner à la place des peuples ; en France, elle prouve depuis quatre mois qu’elle est prête à devenir martiale afin de se défendre. N’en déplaise aux sociaux-démocrates pour qui elle est un séminaire de travail, la politique est un rapport de force. Et un changement radical implique forcément de recourir à une violence proportionnée à la résistance du pouvoir en place. Le syndrome Malik Oussekine hante constamment l’Etat, à qui un peuple dévirilisé – du moins dans les métropoles – réclame de maintenir l’ordre sans faire de victime.

Les milliers de blessés, les dizaines de mutilés, les matraqués parfois par sadisme auraient dû à tout le moins faire tomber le gouvernement et nous ramener aux urnes. Mais qui décide de cela ? Le système. Or, pour ce dernier, jamais la violence monopolisée par l’Etat n’a été plus légitime que contre, au début, « la peste brune », aujourd’hui, « les casseurs ». Il n’entend pas négocier avec ceux qui, supposément agis par la « haine », ressembleraient aux djihadistes. Pour les enfants du pays réel qui continuent de manifester le samedi, le courage physique n’est pas, contrairement à ce que nous ont répété nos institutrices socialistes, un reste de barbarie ; ils ont l’habitude, y compris les filles, de monter au carton à la sortie des bars. Du reste, le flashball et une justice aux ordres calment – et c’est bien normal – l’ardeur de nombre d’entre eux. L’Acte 18, du moins à Paris, ne doit pas faire illusion : comme les semaines précédentes, la violence qui s’y est déployée est surtout celle de ces black blocs dont l’idéologie est fort éloignée des revendications fixées en décembre par les gilets jaunes dans leurs 42 Doléances. Cette brutalité-là se manifeste d’autant plus qu’elle est tolérée par le pouvoir : les gauchistes, éternels idiots utiles du capital, ne font peur qu’aux lectrices de Madame Figaro.

L’école des drames
Le mouvement des gilets jaunes est condamné à moyen terme. Il meurt d’avoir été trop poli, de n’avoir pas assumé son caractère réactionnaire face à un système qui le lui a d’ailleurs interdit, prophétisant les récupérations les plus torves pour mieux le récupérer lui-même. N’empêche, un temps très court, dans la rue, souverainistes de gauche et de droite, jacobins et gaullistes, vrais anars et scouts d’Europe, ont manifesté ensemble. Seule cette alliance est politiquement en mesure de redonner le pouvoir au peuple. L’oligarchie le sait et c’est pourquoi, dans le pays européen où le système électoral est par ailleurs le moins démocratique, elle réprime avec une férocité inédite. Elle va gagner une bataille. Mais pour des milliers de jeunes gens sans formation politique, ces longs samedis sous les bombes lacrymogènes auront été une formidable école.

La bassesse morale de soutiens du pouvoir capables de dire « bien fait ! » en voyant une personne en fauteuil roulant se faire renverser par des gendarmes, les interpellés « préventivement », les filles traînées par les cheveux, les dames âgées molestées par des CRS rigolards ; les jérémiades des Griveaux, Schiappa, des éditocrates « fatigués », le racisme social assumé des Gantzer, Berléand, Bernard-Henri Lévy, le cynisme de Castaner ne seront pas oubliés de sitôt. Et dans six mois, deux ans, quand tout recommencera, nourris de cette expérience, peut-être les gilets jaunes iront-ils au bout, cette fois. Car la peur décroît, et ça, c’est immense.

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Message par Florage le Sam 23 Mar - 19:05


Florage publie, Patlotch, le comble pour l'administrateur, ayant un problème d'édition...


Patlotch a écrit:1. "surtout si vous n'êtes pas d'accord"
2. une compréhension partagée de l'activité des Black Blocs
2. une compréhension partagée de l'activité des Black Blocs
Patlotch a écrit:assez proche in fine de l'article de Causeur en 1. et de ma propre interprétation des faits. J'ajouterais que le choix des Champs Élysées, qui était déjà pour les mêmes raisons celui d'Éric Drouet et maintenant celui des gauchistes à la Quadruppani, ne s'explique que par le désir de promouvoir médiatiquement l'événement du samedi au plan mondial, car 30 à 40.000 manifestants en France passeraient inaperçus sans la focalisation sur Paris et les Champs. C'est pourquoi, parmi des remarques intéressantes notamment l'introduction en métropole de techniques répressives depuis décennies réservées à l'Outre-Mer et en métropole aux Banlieues*, je ne partage pas l'analyse d'Elsa Dorlin qui évacue le choix de la médiatisation
* voir aussi Le Courrier International : Vu des États-Unis, en France, mieux vaut être un “gilet jaune” qu’un jeune de banlieue

Elsa Dorlin a écrit:Il s’agit de manifester sans autorisation dans les lieux les plus représentatifs, géographiquement et économiquement, du pouvoir : là où se situent l’argent, le capital ; dans les « beaux quartiers », là où vit la grande bourgeoisie indifférente, qui jouit d’un droit de circuler, de se nourrir, de se loger, de s’instruire, de se cultiver… sans entrave. Davantage que tels ou tels lieux publics ou privés, ces pratiques de sabotage visent un système qui est spatialement matérialisé. Là encore, c’est une façon de ne pas réduire l’action politique, la vie politique à une expression encadrée : des pétitions, des manifestations sur des trajets bien délimités, à des horaires définis…
non, si les Champs Élysées symbolisent « l'argent » par les vitrines du commerce de luxe, il ne sont pas le lieu par excellence où « se situe le capital », sauf précisément dans la représentation qu'en ont en commun tout ceux qui évacuent l'économie politique de la production de marchandises avant qu'elle ne puisse être vendue et transformée en valeur, cad en capital

belle ironie du sort pour des radicaux anticapitalistes, qu'aller y brûler des kiosques support de la presse visée, et non l'État et/ou le capital, même symboliquement comme la Bourse, le siège du MEDEF ou des multinationales à Paris

peut-on toutefois  le rapporter de façon aussi tranchée à un clivage de classe ?

quant au recours aux militaires de l'opération Sentinelle, après examen des critiques diverses, y compris celles des syndicats de police et des militaires, elle a plusieurs explications croisées mais qui sont toutes compatibles du fait des contradictions dans l'État, des règlements de compte entre services de l'Intérieur et de la Défense, de résistances de la haute administration au dirigisme de l'Élysée, de cafouillages réels ou savamment organisés dans l'utilisation de la police sur les Champs, et in fine du rôle des Black Blocs allant dans le même sens, illustrant une fois de plus la réciprocité dans la dynamique pouvoir-mouvement instrumentalisant son absence d'unité et son rapport au soutien passif de la population, qui ne cesse de décroître

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Message par Florage le Jeu 28 Mar - 9:04

Patlotch a écrit:trouvé incidemment dans Contre la domestication, août 1973. C'était avant que Jacques Camatte critique et andonne l'idée même de révolution dans le processus révolutionnaire vers la Communauté humaine

Jacques Camatte a écrit:Les gauchistes en restent au fameux cycle provocation-répression-subversion qui devrait, à un moment donné, engendrer la révolution. Or, une telle position est irrecevable car elle conduit à sacrifier des hommes et des femmes afin de pouvoir en mettre d’autres en mouvement. La révolution communiste ne réclame pas des martyrs car elle n’a pas besoin de réclame. Le martyr devient appât qui doit allécher. Que vaut une révolution qui prend la mort pour appât.

c'est ce que je comprends des motivations des anarcho-gauchistes et Black Blocs pour leurs exploits médiatiques sur les Champs Élysées, in fine encouragés par le pouvoir politique qui en a fait son beurre...

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Message par Florage le Sam 30 Mar - 14:06

mis à jour dessous : syndicalisme en gilets jaunes

l'implication réciproque pouvoir-mouvement confirmée par d'autres analyses
comme son corollaire : aucune positivité révolutionnaire, même marginale,
dans ce mouvement essentiellement national-populiste et réformiste
qui ne s'en est jamais pris au Capital et à l'État comme tels
Patlotch a écrit:alors que s'engage l'Acte 20 des Gilets jaunes, rien ne vient contredire mon analyse de l'implication réciproque pouvoir-mouvement incluant l'instrumentalisation médiatico-politique des violences de tous ordres et désordres particulièrement mondialisée sur les Champs Élysées, alors que ce mouvement n'entraîne plus de 1 pour mille de la population française dans la rue (25 fois moins qu'Algérie pour sortir Bouteflika, 100 fois moins que les récentes grèves en Inde...)

je poursuis la publication de textes qui ont repéré comme moi cette réciprocité bien avant le début même du mouvement à l'automne dernier, ce qui ne vaut pas approbation de ces analyses

Dans son ouvrage "Une colère française" (éditions de l'Observatoire), Denis Maillard décrypte une mutation récente, mais profonde, de la société française, pour tous ceux qui cherchent à la comprendre pour la domestiquer. Extrait 1/2
LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 9791032905883
Denis Maillard a écrit:Notre hypothèse est inverse de celle de nombreux observateurs du mouvement des Gilets jaunes : ce n’est pas Emmanuel Macron qui a « tué » les corps intermédiaires, rendant ainsi le pays incontrôlable et presque ingouvernable durant ces mois de crise.

Au contraire, c’est parce que les corps intermédiaires – partis, élus, associations, syndicats et même journalistes  – n’étaient déjà plus ce qu’ils disaient être que cette mobilisation représente bel et bien le moment d’une bascule : elle est l’aboutissement d’une transformation de la société française la faisant entrer dans un autre moment de son histoire.

De ce point de vue, les Gilets jaunes ont fini de révéler ce qui n’était pas encore totalement perceptible en mai 2017. Cette révolte n’abat pas le « modèle français » des relations sociales, elle prospère sur ses décombres. Exactement comme Emmanuel Macron, un an et demi avant, avait prospéré sur la dépouille des partis politiques. Ainsi, une secrète coïncidence entre le locataire de l’Élysée et ceux qui le contestent apparaît aujourd’hui au grand jour. Et dès son élection, la doublure du costume du nouveau Président était déjà un gilet jaune…

Dans les pages qui vont suivre, c’est moins le mouvement des Gilets jaunes lui-même qui nous intéressera que ce qui l’a rendu possible, à savoir les mutations récentes de la société française. En effet, cet essai, rédigé par un observateur-praticien des relations sociales et de l’impact des évolutions sociétales sur les entreprises, a pour objectif de montrer en quoi les Gilets jaunes sont les ressortissants d’une nouvelle société, caractérisée avant tout par la transformation des relations sociales et des relations entre les individus eux-mêmes ; une société que d’autres avant nous ont baptisée « société de marché » et qui signe la fin de la social-démocratie. Les corps intermédiaires n’y prennent plus la forme de grandes associations ou de syndicats représentatifs, c’est-à-dire de collectifs organisés pour gérer la conflictualité sociale et négocier des compromis. En revanche, de nouveaux intermédiaires prospèrent, qui apportent à l’individu une aide, un service ou un mode d’emploi lui permettant de se débrouiller seul et d’accéder ainsi à sa pleine autonomie loin des organisations traditionnelles.

Dans ce véritable « nouveau monde », les conflits ne disparaissent pas, mais ils revêtent des formes beaucoup plus directes, imprévisibles et radicales comme l’ont montré les Gilets jaunes. Une colère française, à cheval entre un mouvement de citoyens, de consommateurs, de contribuables et de travailleurs ; l’ensemble de ces termes étant presque synonyme, pour les révoltés. Mais à tous les niveaux, place est laissée à l’action directe au détriment de la négociation.

Des événements nés en novembre-décembre 2018, des leçons vont devoir être tirées. Non dans le sens d’une disparition du syndicalisme, mais dans celui de sa transformation et de son adaptation aux nouvelles formes de relations sociales* qui ont vu le jour dans notre pays depuis quelques années. Ce livre, qui prend le risque de penser au plus près de l’événement, est une invitation à cette métamorphose.

Extrait de "Une colère française" de Denis Maillard, publié chez les éditions de l'Observatoire.

* j'ai montré le 27 novembre 2018 comment cette mutation de la lutte revendicative avait en profondeur un caractère syndical sans syndicats : 2. au-delà de revendicative, la nature syndicale du mouvement. Relevons aussi la proximité du titre de ce sujet avec celui du livre : avec ou sans Gilets jaunes, couleurs d'une colère sociale. Parfois, elle ressort clairement comme dans l'article ci-dessous

syndicalisme en gilets jaunes

Manche : la grève se poursuit chez Florette à Lessay, l'usine quasiment à l'arrêt
Davy Delmotte, La Manche libre 30 mars 2019

Le mouvement de grève de salariés de l'entreprise Florette, à Lessay (Manche), est reconduit au samedi 30 mars 2019, faute d'accord avec la direction. Les salariés exigent une prime de 25 € net lors de chaque jour férié. Ils ne sont pas satisfaits des négociations avec la direction, et poursuivent le mouvement samedi 30 mars 2019

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 684097
Un mouvement de grève est entamé depuis jeudi 28 mars 2019, 11 h, par deux syndicats et plus d'une cinquantaine de salariés de l'entreprise Florette, à Lessay (Manche). Les employés grévistes sont réunis devant leur usine.

Pas d'augmentation des salaires
Après plusieurs réunions et rencontres sans succès jeudi, un comité de direction s'est tenu vendredi, à la mi-journée. Trois rencontres ont aussi eu lieu dans l'après-midi entre syndicats et direction. La première s'est déroulée en présence de six salariés. Les grévistes réclament, entre autres, une hausse de 1,8 % du salaire et un retour du travail les jours fériés sur la base du volontariat. "Nous n'avons pas réussi à obtenir l'augmentation de salaire", confie Alain Ménard, délégué syndical CFDT chez Florette.

Jours fériés : les salariés veulent une prime
Sauf que syndicats et salariés ne s'avouent pas vaincus : "Nous nous sommes concentrés sur le travail les jours fériés." Ils ajoutent à leurs revendications une prime de 25 € net. "Je rappelle que nous n'avons pas eu la prime Macron." La direction a alors fait une nouvelle proposition lors de la deuxième rencontre : des avancées ont été faites puisque travailler les jours fériés dès le lundi de Pâques sur la base du volontariat a été accepté.

La grève se poursuit samedi
"Il n'y aura pas non plus d'heures supplémentaires sur ces jours", poursuit Alain Ménard. "Par contre, nous n'avons pas la prime, nous avons donc refusé la proposition et nous continuons le mouvement samedi, dès 4 h 30, voire lundi et plus." L'usine de Lessay est quasiment à l'arrêt depuis ce vendredi. Les camions ne peuvent plus charger. Selon les syndicats, au moins deux autres sites sont concernés en France.

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Message par Florage le Dim 31 Mar - 9:27


les Blacks Blocs au service de l'État sécuritaire et liberticide
qu'en termes de l'expert ces choses-là sont dites
Patlotch a écrit:Eric Delbecque, voir son profil en bas, est un expert au service de l'État. Sa connaissance du milieu Black Bloc est indubitable, mais sa compréhension de l'État au ras des pâquerettes, comme l'indique le titre de l'article : non, ni les Gilets jaunes ni les Black Blocs ne font "reculer l'État", mais au mieux le gouvernement, qui en profite surtout, on l'a vu ces derniers mois, pour adapter sa stratégie sécuritaire en accélérant la militarisation de la police et l'adoption de lois liberticides amalgamant luttes sociales et terrorisme

Si la situation n’a pas dégénéré lors de cet acte XX des Gilets Jaunes, personne n’a oublié les déferlements de violence contre les forces de l’ordre enregistrés en décembre ou le saccage des Champs-Elysées le 16 mars dernier. Alors que se profile un nouveau rendez-vous à risque le 20 avril prochain, l’expert en sécurité intérieure, Éric Delbecque décrypte pour le JDD, le phénomène "black bloc".

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 81BOMzon%2BCL
A Paris et sur les Champs Elysées, il y a deux semaines, à Saint-Etienne et Bordeaux ce samedi, les "casseurs" ont provoqué de nombreux dégâts depuis le début des manifestations des Gilets jaunes. Les "Black blocs", du nom de leur technique pour affronter les forces de l'ordre lors des défilés auxquels ils participent, défrayent la chronique sans que l'on comprenne leurs motivations. Éric Delbecque, auteur des Ingouvernables : de l'extrême gauche utopiste à l'ultragauche violente, plongée dans une France méconnue, explique qui sont ces activistes.

Qui se cachent sous les cagoules et les coupe-vent noirs ?

Il n’y a pas de profil type, que ce soit d’un point de vue sociologique ou au niveau de l’âge. Du lycéen de 16 – 17 ans au vieil anar de 50 ans, du marginal à la personne très bien insérée professionnellement, on trouve toutes les couches de la société mais avec comme point commun, celui de la culture de la contestation violente.

Et une détestation du capitalisme ?
Oui, ainsi qu’un refus de l’Etat et de toute forme de domination. Ce qui explique le choix de leurs cibles : les institutions et les grandes marques, les banques… Leurs actions ne sont pas toujours chirurgicales mais systématiquement très visuelles. C’est un de leurs paradoxes : ils vilipendent les médias mais ils jouent à fond la carte de la médiatisation. [j'ai souligné plus haut ce que ce "paradoxe" recouvrait d'une idéologie en miroir, la visibilité, ex du Gilet jaune du magazine émeutiste américain Commune à 85 dollars, qu'on pourrait aussi bien trouver aux Galeries Lafayette Champs Élysées]

Qu’est-ce que la stratégie du coucou ?
Se greffer à une foule de manifestants pour s’en servir de rempart et être ainsi difficile à atteindre par les forces de l’ordre. Ils sont de plus très mobiles, en un instant ils changent de vêtements et se fondent dans la foule.

Quels sont leurs objectifs en s’attaquant frontalement les forces de l’ordre ?
C’est d’abord une démonstration de force avec l’instauration d’une zone d’autonomie temporaire : en maîtrisant la rue durant un certain temps, ils font la démonstration qu’il est possible de faire reculer l’Etat. Ensuite en cherchant le dérapage, la bavure policière, ils visent à délégitimer l’action des forces de l’ordre pour jouer ensuite la carte de la victimisation.

Qui fixe le curseur du niveau des violences ? Peuvent-ils basculer dans la violence armée ?
Nous ne sommes pas à l’abri d’un dingue mais, forts de leur stratégie basée sur la provocation et d’une tactique d’action assez élaborée et spectaculaire, ils n’ont pas intérêt à basculer dans la violence armée qui risquerait de délégitimer leur action alors qu’ils cherchent à recruter. On l’a vu sur les Champs-Elysées le 16 mars dernier : ils ont réussi à faire la jonction avec des gens qui ne sont pas des leurs.

Avec une révolution à la clé ?
Le principe de base de leur philosophie c’est de faire reculer l’Etat pas de l’abattre. Leur grand mythe, c’est la Commune de 1871. Ils prônent la révolution par le bas en cherchant à capturer des morceaux de territoire qui échapperaient à tout contrôle de l’Etat, à l’instar des ZAD.

Il faut aussi lire leurs textes si l’on veut comprendre les ressorts de la guerre idéologique qu’ils mènent

On parle d’un mouvement sans hiérarchie mais il doit bien exister un semblant d’organisation, de concertation ?
Ce sont des petits groupes qui se connaissent, qui s’agrègent de manière astucieuse. Ils sont très prudents dans leurs échanges dans le cybermonde. Ce sont des pros de la dissimulation, ce qui les rend difficiles à repérer et presque impossible à infiltrer. En raison de la menace terroriste, leur surveillance a également été un peu négligée. Mais il faut aussi lire leurs textes - notamment ceux du Comité invisible qui sont très bien écrits et très élaborés - si l’on veut comprendre les ressorts de la guerre idéologique qu’ils mènent également.

Le dernier week-end a donné une impression d’impuissance de la part des forces de l’ordre. Que faut-il changer ?
Un changement de posture est nécessaire. Le contrôle à distance, les appels à la dispersion : ça ne suffit pas. Il faut aller au contact, interpeller massivement et faire en sorte que la judiciarisation soit à la hauteur. [autrement dit "l'expert" Delbecque justifie le durcissement du maintien de l'ordre judiciaire et policier]

On connaît le Brexit, on commence à entendre parler du Frexit. Vous évoquez le Proxit : de quoi s’agit-il ?
C’est l’idée qui est partagée par ceux que j’appelle les "ingouvernables", terme que je préfère à l’ultragauche, et qui veut que ce sont la société, la civilisation, la technologie, etc, qui seraient à l’origine des malheurs du monde. En clair, pour ces anarcho-primitivistes, la solution ne se trouve plus dans le progrès mais dans le passé.
Éric Delbecque : Expert en intelligence économique et stratégique, Directeur du département intelligence stratégique de la société SIFARIS, chef du pôle intelligence économique de l’IFET (Institut pour la Formation des Elus Territoriaux), membre du Conseil Scientifique du Conseil Supérieur de la Formation et la Recherche Stratégiques (CSFRS), conférencier au CHEMI et intervenant à l’ESSEC, Eric Delbecque a mené une double carrière dans le public et le privé.

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Message par Florage le Mer 3 Avr - 11:54


en France, on n'a pas de pétrole, mais des taxes sur les carburants...
et pas d'idées sur les profits de l'industrie énergétique ?

véhicule diesel, essence, ou électrique, même chose... Le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, l'a confirmé, tes tarifs de l’électricité vont augmenter de près de 6% cet été (50% d’augmentation en dix ans). Les prix de l’essence augmentent également, et les taxes sur le diesel rapprochent les prix. La voiture coûte toujours plus cher et l'Automobile Club Association (ACA) redoute que « demain, rouler en véhicule électrique nous coûtera beaucoup plus cher »
Patlotch a écrit:j'ai souligné le 20 novembre, au 3e jour du mouvement des Gilets jaunes, le caractère écologiste en creux de la lutte contre les taxes sur les carburants
ce type de mouvement traduit la contradiction entre économie (social) et écologie, sur le terrain du capitalisme vert (la transition énergétique) et c'est à cet égard une première. La question ne se pose pas en terme de soutien ou participation aux "gilets jaunes", mais par le fait que cette contradiction de classe, embarquant aujourd'hui la problématique écologique dans les contradictions de l'économie politique, est centrale. Il faut donc s'attendre à ce qu'il se démultiplie parce que c'est une caractéristique importante de la période
Reporterre titrait le 20 janvier Les Gilets jaunes sont le premier mouvement social écologiste de masse
Patrick Farbiaz a écrit:Les Gilets jaunes sont un mouvement de survie écologique contre la tendance générale du capitalisme, l’expulsion : expulsion des paysans par les accapareurs de terre, expulsion des ouvriers par les délocalisations, expulsion des locataires de leur logement ou des petits propriétaires chassés de leurs maisons parce qu’incapables de rembourser leurs traites, expulsion des habitants des villes petites et moyennes, faute de services publics, de petits commerces, expulsion de la terre des ressources naturelles et des matières premières par les multinationales…

Mais ce mouvement dans son fonctionnement même est social écologiste.
[...]
Une autre écologie, populaire, est possible. Elle nous donne rendez-vous à Commercy, à côté de Bure, où les Gilets jaunes de cette petite ville de la Meuse ont convoqué les 26 et 27 janvier l’Assemblée des assemblées.
ce fut une remise en cause de l'État extracteur d'impôts, non des profits des compagnies pétrolières. Il ne faut donc pas s'étonner que la suspension par Macron des taxes envisagées n'empêche pas aujourd'hui le carburant d'augmenter à la pompe, et lesdites compagnies de s'en prendre au montant des taxes, pas à leurs profits, ni que les Gilets jaunes se retrouvent le bec dans le gazoil, le diesel et l'essence

Les représentants de l’industrie pétrolière française estiment que le gouvernement ne pourra pas remettre en place les hausses de taxe carbone prévues jusqu’en 2023. En tout cas, pas tant que les Français dépendant de leur voiture n’auront pas d’alternatives crédibles. De son côté, le gouvernement pourra difficilement l’abandonner sous peine de déraper sur les objectifs d’émissions de CO2 de la France.

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Carburants-taxes-gilets-jaunes-ArnaudFinistre-AFP
À l'origine, la mobilisation du jaune est partie de la hausse de la taxe carbone sur les carburants.@ArnaudFinistre/AFP
Ludovic Dupin a écrit:Force est de reconnaître que l’Union française des industries pétrolières (Ufip), à l’instar d’autres observateurs, avait alerté ces dernières années le monde politique sur la trajectoire jugée trop raide de la taxe carbone sur les carburants. Le mouvement des Gilets jaunes, qui touche la France depuis quatre mois, leur a donné raison. Celui-ci a justement pour origine l’impact sur le pouvoir d’achat de la hausse de l’essence et du diesel.

Aussi la conférence annuelle de l’UFIP ce jeudi 28 mars était attendue. Pour l’organisation professionnelle, une reprise de l'augmentation de la taxe carbone n’est "pas envisageable". "La grande leçon des mouvements sociaux de la fin de l'année 2018 est qu'il faut faire attention aux taxes, c'est un sujet extrêmement sensible pour les consommateurs français. Il y a 22 millions de personnes qui tous les jours ont besoin de leur voiture pour aller bosser", a estimé le président de l'Ufip Francis Duseux.

85 centimes de taxes

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Decomposition_prix_des_carburants

Celui-ci pointe du doigt l’accumulation des charges fiscales qui pèsent déjà sur le carburant. L’organisation professionnelle rappelle que, sur un litre de gazole à 1,46 euro, elles représentent 85 centimes. On y compte la TVA sur le carburant, le coût des certificats d’économie d’énergie (CEE), la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE)… et une deuxième TVA sur la TICPE. "On dénonce cette taxe sur une taxe", martèle Francis Duseux.

Pour l’instant le gouvernement n’a pas donné de visibilité sur l’évolution de la taxe carbone au-delà de cette année 2019 pour laquelle elle a été gelée. Mais en théorie, les hausses cumulées auraient dû la faire passer de 3,9 centimes d’euros par litre en 2017 à 38,6 centimes en 2023. Pour l’année 2019, la hausse prévue était de 6,5 centimes. "Je serais personnellement très surpris qu'on reparte sur une taxe dite carbone sur les carburants", explique le représentant de l’industrie pétrolière.

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Csm_Evolution_taxes_carburants_%40UFIP_bb053c1d7b

Evolution taxes carburants @UFIP
L’Union propose toutefois une solution en cas de hausse du pétrole. "Il faut mettre en place une taxe flottante qui varierait (inversement, ndr) en fonction du prix du baril. Ainsi, les Français paieraient toujours le même prix". Une taxe pétrolière flottante avait déjà été mise en place entre 2000 et 2002 par le gouvernement Jospin. L’impact à la pompe avait été faible, mais les conséquences lourdes pour le budget de l’État. D’où son abandon.

Un mécanisme de gel
Du côté du gouvernement, il y a peu de chance qu’on se dirige vers un renoncement. Celui-ci, acculé sur son engagement environnemental, va difficilement pouvoir faire l’impasse sur cette fiscalité climatique. Toutefois, pour la secrétaire d'État à la Transition écologique Emmanuelle Wargon, une reprise de l'augmentation de la taxe carbone "ne reviendra pas en catimini". Elle ne se fera seulement que s'il y a "un consensus très large".

Dans le même temps, le Conseil d'analyse économique (CAE), un organe dépendant du Premier ministre, a vivement appelé l’exécutif à ne pas renoncer à cette ressource fiscale. Sans elle, la France "ne tiendra pas ses objectifs de réduction d'émissions de CO2 d'ici 2030". Les économistes constatent toutefois qu’il y a une "défiance fiscale" chez les Gilets jaunes et la nécessité de protéger "les ménages les plus vulnérables".

Afin d’atténuer l’impact sur le pouvoir d’achat, le CAE propose entre autres "d'introduire un mécanisme de gel (annuel, ndr) de l'évolution des prix en cas de dépassement des objectifs de réduction d'émissions". Cela devrait s’accompagner d'une "large communication" auprès du grand public pour "construire le projet collectif". De plus, selon l’évolution des prix du pétrole, ils proposent de "moduler temporairement la trajectoire de relèvement de TICPE", une proposition voisine de celle de l’UFIP.
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Message par Florage le Sam 6 Avr - 16:57


GRAND DÉBAT : DES RÉSULTATS ATTENDUS
Patlotch a écrit:par "résultats attendus" on peut comprendre deux choses. La première, c'est que certains les attendent, à commencer des annonces et décisions politiques qui en résulteront de la part du pouvoir. La seconde qu'on pouvait les attendre, presque les prévoir, au vu de la signification essentielle du mouvement des gilets jaunes dans sa dynamique réciproque (voir le sujet d'analyses) avec le pouvoir, qui recoupaient ce mouvement ou s'inscrivait en parallèle voire en contre, avec une plus grande tendance à le trouver bienvenu mais des thèmes souvent identiques qui traduisaient la capacité du pouvoir à récupérer des thèmes revendicatifs des Gilets jaunes, choses facile compte-tenu de ses contradictions, ce que confirme cet article

quoi qu'il en soit, je ne suis pas de ceux qui considèrent que la Grand débat n'aurait servi à rien, ni seulement à jouer la montre, il fait un tout avec le Mouvement des Gilets jaunes et s'analyse pour moi sur les mêmes bases théoriques

le sujet LE GRAND DÉBAT, GRANDE MANIPULATION DÉMOCRATIQUE est donc une suite de celui-ci



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Message par Florage le Ven 19 Avr - 10:02


LE BAGOUT DE BADIOU NE SAUVERA PAS LE COMMUNISME DE DEMAIN
à propos de son dernier livre et de sa réponse à la question :
L'Internationale sauvera-t-elle les Gilets jaunes ?
Patlotch a écrit:dans les bouchons, on a loisir d'écouter la radio. Je signalais ailleurs Damasio passionnant à propos de son écriture, et je n'ai entendu que quelques bribes de Badiou sur la demi-heure que lui a consacrée France Culture. Si je suis d'accord avec l'appréciation La protestation, des Gilets Jaunes est un retour à un ordre ancien, marquée par la nostalgie d'un vieux monde », celle du gauchisme d'assemblée comme à Commercy ont été « apportées du dehors à un mouvement qui n'en était pas porteur »

je serais plus critique de son "idée du communisme" dont il donne ici quelques formules synthétiques, comme, à 14 mn 07 : « Il faudrait un triplet composé d'une partie des masses populaires représentées par les Gilets Jaunes, du prolétariat en particulier des banlieues des grandes métropoles et des métropoles elles-mêmes, et puis d'un noyau d'intellectuels qui se rallieraient à tout ça au nom de principes et d'orientations politiques. » Il tient là une forme a priori, comme indépendante de contenus sans parler de leur multidimension devenue  nécessaire dans et contre le capitalisme tel qu'il est aujourd'hui. La formulation est au demeurant assez classique et l'essentiel en est : il faut un sujet révolutionnaire uni et actif sur le terrain et un guide théorique qui lui écrit un manifeste...  
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L'Internationale sauvera-t-elle les Gilets jaunes ?
France Culture a écrit:Le penseur marxiste Alain Badiou rappelle que "Tout ce qui bouge n’est pas rouge". Dans "Méfiez vous des blancs, habitants du rivage" (Fayard, 2019), il plaide pour un nouveau communisme dans une patrie monde.

Auteur de L’Etre et l’Evénement (1988) et de Petrograd-Shangaï, les deux révolutions du XXe siècle l’an passé (La Fabrique) qui analyse des échecs d'octobre 1917 en Russie et de la révolution culturelle chinoise, Alain Badiou revient dans le siècle présent et tire les leçons de la contestation en cours.

Dans un court essai intitulé Méfiez-vous des blancs, habitants du rivage (Fayard, 2019), il invite à élargir notre regard au-delà de nos frontières.

Pour Alain Badiou, la question dite des "migrants" est l'inverse de celle des gilets jaunes : la première est ouverte sur le monde, tandis que la seconde reste centrée sur l'échelle nationale. S'il repose sur une colère légitime, le mouvement des gilets jaunes est donc, pour lui, plus conservateur qu'il n'y paraît.

Cette protestation, me semble-t-il, est un retour à un ordre ancien. [...] Elle me paraît marquée par la nostalgie d'un vieux monde. (Alain Badiou)

Alain Badiou appelle donc à un communisme nouveau, qui prenne en compte la question des réfugiés au niveau international. Au terme de "migrants", il préfère celui de "prolétariat nomade". Il convoque à plusieurs reprises le genre poétique pour mieux décrire cette réalité.

Dans ce livre, j'ai beaucoup utilisé la référence poétique. A certains  moments, le dire poétique précède la dire politique. Il y a quelque chose de divinatoire. (Alain Badiou)

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Message par Florage le Dim 21 Avr - 13:47


QUAND LA SOURIS JAUNE ACCOUCHE D'UNE MONTAGNE DE MOTS
SANS CONTENU DE RUPTURE
Patlotch a écrit:comme attendu, le milieu radical - qui avait investi ses efforts tant intellectuels que physiques en espérant tirer le mouvement des Gilets Jaunes vers ce qu'il ne contenait pas en essence, pour ainsi dire structurellement de par son absence définitive d'un contenu de rupture -, ce milieu se fait plus discret, il a mis un mouchoir sur ses fantasmes. Mais comme certains ont longtemps affirmé contre toute réalité que "le mouvement ne s'essouffle pas", et que chez ces gens-là reconnaître qu'on a tord n'existe pas, les plus entêtés dans l'ultra-subjectivisme ne ratent pas un samedi pour enfoncer le clou de leur foi dans la croix révolutionnaire qu'ils portent en courant vers l'insurrection qui vient

un must avec ce texte repris par Paris-Luttes.Info. Commenté dans cette so called "analyse de fond", qu'il a touché avec son retournement de l'analyse du RIC jusque-là jugé, en milieu radical, comme plutôt négatif. Preuve que la rhétorique peut caser du RIC !

Nous publions une analyse de fond du mouvement des GJ, qui essaye de faire le point après cinq mois de mobilisation, dans un moment de passage délicat [sic] de cette longue séquence de lutte. Après avoir pris en considération les éléments épars qui ont fait de la mi-mars un moment particulièrement fort de l'affrontement social en cours (pt. 0), l'article revient sur les transformation des formes d'organisation qui ont eu lieu entre janvier et l'acte XVIII (pt. 1), pour analyser ensuite la réponse étatique et gouvernementale qui en est suivie (pt. 2). Le cœur du texte (pt. 3) consiste à examiner les phénomènes saillants des GJ, notamment la redéfinition du binôme grève/blocage (pt. 3.1), l'articulation entre lutte économique et lutte politique (pt. 3.2) et la centralité des enjeux démocratiques, à savoir la critique de Macron (pt. 3.3.1), l'importance du RIC (pt. 3.3.2) et l'hypothèse de Commercy/St. Nazaire (pt. 3.3.3). L'éditorial se conclut (pt. 4) en esquissant quelques perspectives à venir, dont dépendra le futur du mouvement des GJ.

LES LUTTES EN FRANCE vers la restructuration politique (Gilets jaunes) : les débats continués 17 déc.- mars 2019 Rondpoint
0. Point de basculement ?

Le mouvement des GJ s'approche désormais de son cinquième mois d'existence, dont le début a coïncidé avec la conclusion du soi-disant « grand débat national » [quoi qu'on en pense, ce fut un débat, et dont certaines conclusions sont parfaitement compatible avec la dynamique générale des GJ... voir LE GRAND DÉBAT, grand blabla 'démocratique', mais encore ?. Ce moment a inauguré le lancement de la campagne pour les élections européennes du 26 mai 2019, avec son cortège de détournements méprisants du petit peuple dont les classes dominantes possèdent le secret. Il s'agit d'un point de passage important dans la séquence sociale et politique en cours : d'un côté le gouvernement a dit avoir fait œuvre d'ouverture à l'égard de la citoyenneté et de la société civile ; de l'autre, loi anti-casseur à l'appui, il se sent davantage légitimé à radicaliser la répression de celles et ceux qui s'obstinent à manifester dans les rues : le discours de lundi 18 mars du Premier ministre Philippe et le remplacement de l'ancien préfet de Paris par Lallement le montrent bien ! C'est pourquoi, parmi les GJ, certain.es ont identifié avec intelligence tactique la mi-mars comme une date à investir. La France en colère !!! Drouet and Co] a appelé à intensifier les initiatives pour les weekends du 8-10, 15-17 et 22-24 mars, alors que d'autres GJ ont invité tout le monde à converger sur Paris samedi 16 mars pour poser un ultimatum à Macron&consorts et faire de l'acte XVIII un moment mémorable. Comme cela a bel et bien été le cas. Toujours samedi 16 mars ont eu lieu deux autres événements – prévus de longue date – qui se sont articulés de manière significative avec les revendications des GJ, en provoquant des contaminations intéressantes : la marche pour la solidarité avec les familles des victimes de violences policières et la marche globale contre le réchauffement climatique. De son côté, la CGT aussi, décidément extérieure à la dynamique et aux contenus de la mobilisation, après les échecs du 14 décembre et du 5 février derniers a proposé pour mardi 19 mars une troisième journée nationale d'action, qui n'a pas véritablement dépassé l'annonce politicienne séparée des réalités sociales et militantes. Alors que – facteur très prometteur – vendredi 15 mars, 50.000 élèves et étudiant.es ont envahi les rues de Paris, en pratiquant une « grève écologique » dont la résonance transnationale est en ligne avec la portée systémique, tant structurelle que globale, de la question écologique.


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1. Antécédents

1.1 Manifestations

Entre-temps, en région parisienne le mouvement des GJ a connu des transformations d'ampleur, concernant les pratiques autant que les formes d'organisation [on nous parle de la forme, peu de la qualité, et jamais de la quantité]. Si vers la mi-janvier les manifs déclarées et les services d'ordre comptant dans leurs rangs des néo-fascistes bien connus pouvaient faire craindre une normalisation à droite du mouvement [les idées nationalistes étaient inhérentes au mouvement dès le départ, elle n'ont pas été introduite de l'extérieur par les "fascistes"], les GJ ont su réagir et s’en libérer par eux-mêmes, en marginalisant dans les groupes et lors des manifs les tendances confusionnistes et complotistes, proches de la fachosphère : « on a fait le ménage chez nous ! », comme on l'a souvent entendu dire dans les assemblées locales en région parisienne. Après ce changement de phase dans les rapports de force, les samedis de manifestation ont tout de même été caractérisés par des cortèges combatifs réunissant régulièrement des dizaines de milliers de GJ. Une telle dynamique a bien évidemment connu lors du désormais fameux acte XVIII son apogée, avec les Champs Elysées – une fois de plus – transformés en plus belle avenue du monde : pendant cette après-midi émeutière, où le jaune des gilets et le noir des k-ways se sont soutenus réciproquement, toutes les vitrines et les magasins qu'incarnent matériellement le grand capital ont été dévastés, alors que les manifestant.es de tous bords présent.es sur place ont défendu et appuyé des actions offensives... très offensives [1] !

Compte-tenu de l’envergure de l'événement, les GJ ont spontanément décidé de ne pas reproduire des appels nationaux pour un certain moment (le 13 avril à Toulouse, le 20 avril et le 1er mai à Paris) et de revenir à nouveau sur les territoires locaux, où les pratiques du blocage et de la démocratie trouvent leur terrain d'expression.

1.2 Blocages

Pour ce qui est des blocages, on a assisté non seulement à une démultiplication des initiatives, mais aussi au déplacement des lieux ciblés ainsi qu’à des connexions prometteuses en termes d'alliances et de subjectivations politiques. En fait, à part des barrages filtrants les lundis soirs à Rungis, à Paris et dans sa proche banlieue jusqu'à la mi-décembre les GJ n'étaient pas parvenus à créer une dynamique de blocage pendant la semaine. C'est surtout à partir du mois de janvier que les blocages ont commencé à s'enchaîner de façon régulière, en visant bien évidemment les ronds-points et les péages, mais aussi les portails des usines et des entrepôts, des plateformes ou des zones logistiques, des ports et des aéroports, voire les nœuds de la circulation qui amènent à La Défense, ce lieux sacré du pouvoir économique et financier. Cette rencontre entre gilets jaunes et gilets rouges – qui reste partielle et à renforcer – offre un terrain politique fructueux en termes de discussions, d'organisation et d'actions. Et si elle n'a pu s'effectuer que tardivement en région francilienne, cela est dû au fait que le mouvement n'a réussi à s'implanter dans certains quartiers parisiens et dans plusieurs villes limitrophes qu'avec un certain retard par rapport à ce que l'on avait vu ailleurs.

Or, un des points névralgiques des discussions qui ont notamment eu lieu à l'assemblée des assemblées de St-Nazaire le weekend dernier a justement consisté à relancer les blocages, en appelant tous les GJ de France à « une semaine d'actions » pour la fin avril/le début mai.

1.3 Assemblées locales

C'est pendant les vacances de Noël et dans les semaines suivantes que plusieurs assemblées populaires se sont installées à Paris et dans sa ceinture : Belleville, XIIIème et XVIIIème arrondissement, Champigny, Gennevilliers, Ile St. Denis, Ivry, La Courneuve, Montreuil, Pantin, Pierrefitte-sur-Seine, Plaine St. Denis, Rungis, Vitry, etc. Ces espaces, qui peuvent réunir une fois par semaine plusieurs dizaines de GJ [2], se sont vite constitués en noyaux de confrontation et d'auto-organisation, en devenant des milieux d'échange pour affiner les perspectives politiques et enrichir les pratiques [le plus souvent, c'était les poignées de gauchistes habituels qui animaient ces assemblées dans leurs lieux de réunions habituels]. C'est ici que l'on retrouve le cœur même des GJ ; c'est ici qui se construisent les liens de solidarité et que s'exerce l'intelligence collective. Et c'est toujours ici que la pratique de l’horizontalité, le désir de re-territorialiser la politique et la volonté de s'engager activement par soi-même débouchent sur des propositions concrètes de différentes natures : planification d'actions le long de la semaine, modalités collectives pour descendre dans la rue les samedis, rédaction d'appels ou de textes et, surtout, nouage de relations interpersonnelles – ce tissu de sociabilité qui alimente la cohésion du groupe et approfondit les processus de subjectivation. Comme la rencontre récente de St-Nazaire (avec ses 230 assemblées et 800 participants) l'a démontré une fois de plus, l'expérimentation et la réinvention de la démocratie représentent un des enjeux principaux du mouvement des GJ.


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2. Contre-mesures étatiques

Face à une telle résolution éhontée, qui inquiète tuteurs de l'ordre et adeptes du capital, un gouvernement de plus en plus aux abois n'est pas en reste [c'est encore prendre ses désirs pour la réalité, de fait le pouvoir n'a jamais perdu l'initiative, faisant même preuve d'une grande capacité réactivité et d'adaptation tout en travaillant, via le Grand débat, à la récupération de l'essentiel]. Il s'est appliqué de la façon la plus zélée à (tenter de) dompter la révolte. Et pour remplir sa mission répressive, il en est arrivé à combiner des techniques carrément autoritaires avec des remèdes simplement abjects : quand la pratique de l'objectif va de pair avec le cynisme le plus immonde ! Vu que les forces sociales et politiques qui s'identifient à Macron n'ont pas la moindre intention de concéder quoi que ce soit, un ensemble de faits récents laisse entrevoir des scénarios très sombres pour les mois à venir. Si, en effet, la dérive sécuritaire des régimes néolibéraux ne peut surprendre que les naïfs qui croient à l'unité indissociable entre « capitalisme » et « démocratie », la France contemporaine se distingue tout de même en négatif, et ce à plusieurs égards. Tout d'abord elle a institué l'état d'urgence suite aux attentats de novembre 2015. Elle l'a ensuite prolongé à de nombreuses reprises. Elle a gravé ses principes fondamentaux dans le droit commun en septembre 2017. Elle vient d'approuver une loi – dite anti-casseurs – qui a été qualifiée par des députés réactionnaires (opportunisme oblige) de « digne de Vichy » et qui a été partiellement censurée par la Conseil Constitutionnel. Et suite à l'acte XVIII, elle a 1. interdit l'accès lors des samedis à certains lieux publics (places, quartiers), 2. déployé des contingents de l'armée dans les rues pour l'exercice du maintien de l'ordre et 3. durci ultérieurement – autant que possible – les mesures sécuritaires de contrôle. Objectif politique explicite de cette batterie de manœuvres ouvertement autoritaires ? Prévenir et punir ! Si à cela on ajoute l'instrumentalisation honteuse des actes antisémites [3] répugnants perpétrés au mois de février nous nous retrouvons face à un tournant alarmant. Les chiffres de la répression en cours sont d'ailleurs ahurissants, du côté de la justice autant que du côté de la police : environ 10.000 interpellations, 6.000 gardes-à-vues et 2.000 déferrements ; plus de 200 blessé.es graves à la tête, 22 éborgné.es et 5 mains arrachées (un bilan à la baisse et à mettre à jour sans cesse, mais qui dépasse déjà de loin ce à quoi on a eu droit d'assister depuis plusieurs décennies)... Nous pouvons donc avancer l'hypothèse qu'à la lutte de classe le néolibéralisme actuel préfère la guerre civile – signe ultérieur, si encore il en fallait un, de l'aiguisement de la crise en cours [4] !


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3. Force des Gilets Jaunes, richesse du possible

Or, l'approfondissement des traits autoritaires propres à tout État capitaliste est le revers de la médaille de la reconfiguration de l'État-providence en un sens workfariste, de la précarisation du monde du travail et du verrouillage néolibéral des politiques économiques. Le fait – hautement politique – que les GJ aient non seulement bloqué l'agenda des réformes (retraites et chômage in primis), mais aussi mis en crise l'appareil gouvernemental et la machine étatique et policière nous parle de sa force réelle et de sa richesse possible. Les GJ le savent bien et ils persistent à déstabiliser le système politique. De plus, le spectre de la remise en cause de l'existant dont est capable ce mouvement est très ample et varié. En ce sens, le travail, dans la multiplicité de ses formes contemporaines, reste certes au centre des préoccupations d'une composition de classe qui excède le salariat et dont le champ des revendications ne se réduit pas à cette question. On a plutôt affaire à une politisation de plusieurs domaines ayant trait aux « modes de vie » d'aujourd'hui, dont le potentiel de transformation sociale et politique est inouï. Et encore une fois, plus que les discours, ce sont les pratiques et les formes d'organisation des GJ qui nous le montrent [le changement par celui des modes de vie" est une constante pour une partie de la mouvance ultra-gauche]. À cet égard, il nous faut considérer trois éléments qui distinguent le soulèvement en cours : a) la redéfinition opérée par le mouvement des GJ du binôme grève/blocage ; b) la ré-articulation entre « lutte économique » et « lutte politique » ; et c) l'invention de nouvelles formes démocratiques.

3.1 Grève/blocage

Le premier point est décisif. Les GJ sont en train de redéfinir, de façon ingénieuse, le rapport entre la « grève », entendue dans sa forme classique, et un ensemble hétéroclite de pratiques de « blocage de l'économie » [le principe est dans l'air idéologique depuis une douzaine d'années, au moment de la lutte contre le CPE, ce qui renvoie au rejet des fondamentaux du capitalisme dans la production, qu'on trouve aussi dans l'idéologie des émeutes chères à Joshua Clover]]. Nous savons très bien qu'il s'agit pour le moment d'expérimentations, et que ces expérimentations n'ont pas encore atteint une capacité d'extension décisive ["l'expérimentation" est un thème cher aux activistes gauchistes qui se prennent por "la classe",  on le trouvait chez Léon de Mattis/Denis du temps de sa participation à Meeting/communisation]. Mais il convient d'insister sur ce phénomène. En premier lieu, les manifestions du samedi, dénommées « actes » : si dans une optique syndicale traditionnelle manifester le samedi pourrait apparaître comme un positionnement politique extérieur au conflit capital/travail, il se révèle en réalité comme une forme pleinement développée de socialisation de la grève [5]. Face aux défaillances des formes de grève classiques – déterminées par la crise du syndicat – les GJ ont choisi, dès le début, de faire irruption sur la scène publique et dans l'espace urbain chaque semaine. Loin de constituer des défilés innocents, les manifestations du samedi ont visé les quartiers centraux des villes françaises, toutes dimensions confondues. Comme cela a été montré par la journée du 16 mars, les quartiers bourgeois ne constituent pas simplement les lieux matériels et symboliques du pouvoir institutionnel, mais aussi des espaces privilégiés de la consommation de masse – et, dans certaines zones, comme autour des Champs-Élysées, de la consommation de biens de luxe. Les manifestations du samedi dans les centre-ville entravent la sphère de la circulation et de la consommation des marchandises, tout autant que leur exposition symbolique. Nombreuses boutiques et plusieurs grands magasins se plaignent des lourdes pertes économiques, et cela non seulement à Paris, Nantes, Bordeaux ou Toulouse, mais un peu partout en France. Ce n'est donc pas un hasard que les frais des assurances pour reconstruire les vitrines augmentent après chaque Acte. Ces manifestations montrent clairement que la ligne qui sépare la sphère de la production de celle de la consommation n'est pas si nette que cela, et que frapper la consommation peut donc impliquer, directement ou indirectement, de frapper la production. [cela ne fait en fait que l'augmenter, comme quand les marchands d'armes voient leurs carnets de commande se remplir par temps de guerre, puisqu'il s'agit de détruire pour produire]

Un discours semblable vaut aussi pour d'autres formes de blocage économique, qui expriment à leur tour une socialisation de la grève : grève logistique, blocage de la circulation, formes d'auto-réduction dans les péages, blocage du marché international de Rungis, piquets à répétition devant Amazon, etc. La ré-articulation du rapport entre la grève et les pratiques de blocage passe par la reconnaissance du fait que la frontière qui sépare la production de la circulation, comme celle entre la production et la consommation, s'estompe. Ce qui n'implique pas d'abandonner les formes traditionnelles de blocage de la production, mais au contraire : de les repenser à ce niveau, qui est celui de la production sociale diffuse à l'échelle métropolitaine. De ce point de vue, il n'est pas sans importance de reconnaître que, face à la démolition des services publics locaux, le mouvement s'est enclenché à partir de la contestation contre l'augmentation du prix de l'essence. Ce refus a mis au centre un fait élémentaire : quand on utilise un véhicule privé, comme la voiture, pour aller au travail, ou quand la voiture constitue le moyen de travail en tant que tel (comme pour les VTC, par exemple), on a affaire à un élément déterminant pour le fonctionnement des processus économiques. C'est pour cette raison que l'insistance sur l'augmentation du pouvoir d'achat, à notre avis, ne concerne pas l'abandon du thème du salaire, mais au contraire sa requalification dans les termes de sa socialisation. Salaire social qui – afin d'éviter tout malentendu – n'a rien à voir avec la revendication du revenu social garanti, mais se réfère à l'ensemble des protections sociales financées par le prélèvement sur les produits de l’exploitation du travail vivant.

3.2 Lutte économique/lutte politique

Les GJ en plaçant au centre le pouvoir d’achat et donc aussi, de ce fait, le salaire socialisé, nous ont mis face à la fin de la « sectorialité » de l'agir syndical et, plus largement, de la sectoralité tout court d'un certain type de lutte économique. De ce point de vue, ils ont de facto ré-articulé le rapport entre « lutte économique » et « lutte politique ». En premier lieu, l'occupation des espaces urbains, des quartiers bourgeois de l'Ouest parisien et de la rive gauche, l'assaut des boutiques de luxe, etc., ont toujours été accompagnés par une référence constante aux symboles de la République, à la mise en lumière de l'hypocrisie et de l'illégitimité d'un ordre du discours républicain qui a coupé les liens avec la justice sociale et fiscale, pour sombrer dans les thématiques sécuritaires.

Une telle ré-articulation entre lutte économique et lutte politique passe ensuite par la combinaison entre ce que les GJ qualifient de « justice économique » et ce qu'ils qualifient de « démocratie » (mais nous pourrions aussi ajouter de « justice écologique »). Si certain.es à gauche voient dans les revendications des GJ, en ce qui concerne la justice fiscale par exemple, un stade « arriéré » de la subjectivation politique du mouvement, nous défendons une lecture radicalement différente, qui met en lumière les aspects innovants promus par le mouvement, même sous une forme impure voire contradictoire. Ce qui, très souvent, est interprété par certain.es comme un élément de faiblesse, nous paraît au contraire constituer un de ses points forts. [en réalité, cette rhétorique anti-dialectique retourne les contradictions en croyant les résoudre...]

Regardons de plus près cette combinaison de justice sociale et fiscale. Si, par exemple, le mouvement s'adresse à l'État en ce qui concerne la fiscalité, le salaire minimum, les services publics, etc. (et que dire des revendications qui insistent sur « zéro SDF », des mesures de soutien aux personnes handicapées, la proposition de socialiser le système bancaire ?), il le fait non parce qu'il a une conscience claire de l'ensemble des rapports sociaux et des figures du commandement capitaliste d'aujourd'hui mais parce qu’il identifie l'État contemporain comme un acteur économique majeur qui contribue à l’exploitation et à la domination capitalistes. Plus précisément, c'est la fonction qu'il remplit en termes d' « extraction » dans les processus de la valorisation contemporaine qui est refusée. Le caractère extractiviste de l'État, c'est-à-dire son rôle dans la logique extractive du capitalisme actuel, se manifeste doublement : à travers la dépossession des services publics et des biens communs (d'où la centralité au sein du mouvement de la question des services locaux et nationaux) ; via le levier fiscal (et donc l'endettement). Le levier fiscal et l'endettement constituent d'ailleurs deux expressions très concrètes de la redéfinition des logiques d'exploitation qui aujourd'hui agissent directement sur les formes de vie (consommations, accès aux services publics, dépenses scolaires, frais universitaires, santé, vacances, etc.). [il s'agit plutôt de faire payer l'emprunt capitaliste aux ménages, d'où l'importance du critère endettement...]

De ce point de vue, plutôt que de lire les demandes fiscales comme le « côté » droitier des revendications du mouvement, il faudrait au contraire essayer de lire ces demandes à partir de la condition sociale de pauvreté que ce mouvement à mis en lumière en tant que trait spécifique des subjectivités mobilisées. Une pauvreté qui possède un caractère pleinement productif. La pauvreté, le déclassement, la prolétarisation émergent en fait comme une condition qui touche à toutes les strates sociales qui participent à la production de richesse. Nous ne sommes donc pas en train de parler d'une pauvreté « marginale », au sens d'une condition qui caractérise des sujets « exclus » du circuit de la production de richesse. Au contraire, les pauvres correspondent aux sujets qui revêtent aujourd'hui une centralité productive incontournable dans les secteurs les plus disparates : tertiaire, services publics, écoles, mairies, hôpitaux, mais aussi les travailleurs de la logistique, des plateformes comme Uber, Deliveroo, etc. [on pourrait discuter "centralité productive" et "centralité reproductive", mais tout est du même tonneau confus du point de vue critique de l'économie politique]

C'est pour cette raison que le mouvement insiste sur la revalorisation d'ensemble du travail (« nous voulons vivre de nos métiers »), revalorisation qui passe soit par une insistance directe sur le salaire, soit par des demandes indirectes, comme l'équité fiscale, le partage des richesses, la fin des privilèges, l'accès aux services publics, etc. Cet ensemble d'éléments nous montre combien la portée du mouvement des GJ est générale, par sa capacité à investir à la fois le terrain de la production et la reproduction du capital [6], tout en initiant une réinvention des pratiques démocratiques. [quoi qu'il en soit, ce n'est là que revendication dans le cadre de la règle capitaliste. Bien besoin de taper sur le syndicalisme, qui n'est pas ici dépassé...]


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3.3 Et vogue la démocratie

Vue la crise irréversible de la médiation sociale et de la représentation politique, les GJ ont de plus en plus accentué les pratiques d'horizontalité et d'auto-organisation. Si le besoin de démocratie directe et participative est d'emblée paru comme le trait saillant du mouvement – un vaccin formidable contre toute tentative maladroite de le récupérer – il s'agit d'un phénomène à même de se décliner non seulement de façon pratico-organisationnelle, mais aussi destituante et constituante. [comme plus haut dans la description des assemblées en banlieues, on est assez loin d'une auto-organisation spontanée, y compris celle des Blacks Blocs, et davantage dans un démocratisme ultra-radical à peine anti-citoyenniste, comme à Commercy...]. À cet égard, nous pouvons donc souligner trois dimensions : la critique de Macron et de la Vème République ; la proposition du RIC ; la prolifération des assemblées locales.

3.3.1 Rage against the Macronism

Bien plus que la « volonté générale », Emmanuel Macron représente l'incarnation du mépris de classe des nouveaux riches [il incarne surtout ce qu'il est, un gouvernant de l'État pour le capital, ce n'est une affaire morale...]. Ses discours contre les loosers, les fainéants, celles et ceux qui ne réussissent pas leur vie, etc. ont scandé la campagne électorale et la première phase de son quinquennat, voué à transformer la vielle France de l'assistanat en start-up nation. Loin du style discret des gris technocrates bruxellois ou des fonctionnaires anonymes de l'État profond, sa figure hautaine de manager dynamique a longtemps nié de la façon la plus ostentatoire la moindre légitimité à un mouvement qui demandait « plus d'argent » et « plus de participation ». Au contraire, il a parfaitement assumé son rôle de monarque à la tête d'un échafaudage institutionnel hautement centralisé et verticalisé comme celui issu du coup d’État militaire de 1958. Si l’une des caractéristiques propres à « la crise actuelle de la démocratie » consiste justement en un musellement du parlement par l'exécutif, voilà que la formule Macron + Vième République s'est révélée un cocktail explosif. Personne ne s'étonnera donc du fait que la destitution de Macron – et la critique de la constitution en vigueur – soit si centrale pour les GJ.

3.3.2 Oser le RIC

En deuxième lieu, la proposition du RIC. Plusieurs composantes de la gauche engagée dans le mouvement manifestent une certaine perplexité vis-à-vis d'une telle revendication. Malgré le fait qu'elle contienne le risque réel d'une torsion purement formaliste et procédurale, il faut reconnaître que, jusqu'à présent, ce danger a été repoussé, car la revendication du RIC, bien plus qu'une fétichisation abstraite des processus démocratiques, a exprimé en contrepoint une instance matérielle de réappropriation du pouvoir politique. Cette volonté de réappropriation du pouvoir politique se déploie dans les termes d'une décentralisation du pouvoir lui-même, c'est-à-dire dans l'affirmation d'une conception non-monopoliste de la prise de décision politique [c'est bien le problème, car ce mouvement n'est pas contre la politique institutionnelle, ni la démocratie politique...]. Bien que l'application concrète du RIC pose des interrogations tout à fait légitimes, il faut l'interpréter comme une des instances « découvertes » par le mouvement, comme une des alternatives à son « devenir-parti » et à sa participation aux élections, mais aussi comme une « solution » à l'effacement des corps intermédiaires opérée par Macron en tant que trait distinctif de son populisme d'en haut. Il faut donc admettre que le RIC, dans son caractère contradictoire et problématique, a néanmoins permis aux GJ de refuser la voie empruntée par le Mouvement Cinq Etoiles en Italie et par Podemos en Espagne, le premier étant devenu un parti d'establishment qui gouverne avec l'extrême-droite de Salvini, le deuxième se déchirant dans des querelles intestines qui l'ont complètement séparé des luttes sociales. [alors que le Mouvement des GJ, lui, n'arrivera à rien, qu'à servir ses petites recettes sur le terrain du capital-État]

L'issue de tout processus référendaire, nous le savons, dépend toujours des rapports de force en jeu. Faisons des exemples : le référendum en Californie a légalisé la marijuana, en Suisse il a été utilisé contre les immigrés et à des fins islamophobes, dans l'histoire italienne il a consenti de faire approuver le droit à l'avortement, repousser le nucléaire et défendre l'eau publique. Dans tous ces cas la présence ou l'absence de luttes et de mouvements qui « portent » et essayent de déterminer les processus référendaires est apparue décisive. Bien que le RIC n'ait plus la centralité que le mouvement lui accordait dans ses premières phases, il ne faut non plus sous-évaluer un autre aspect : il représente le visage formel de ce pouvoir de véto et de révocation des décisions gouvernementales que le mouvement expérimente de façon efficace chaque samedi dans les rues. [on veut une bonne représentation...]

3.3.3 Voulez-vous Commercy/St-Nazaire avec nous ?

Le troisième point concerne les assemblées populaires, leur renforcement local, leur prolifération sur l'ensemble du territoire et leur mise en réseaux. Cette question – qui nous paraît une hypothèse très fructueuse – combine l'expérimentation concrète d'une pratique directe et participative de la démocratie au quotidien avec la réinvention d'une forme de confédéralisme démocratique. La proposition provenant de Commercy, relancée par St-Nazaire et recueillie par des centaines d'assemblées populaires dans tout l'Hexagone constitue une perspective originale et riche de potentiel. La démultiplication de ces foyers de lutte et la consolidation de leurs connexions représentent un enjeu dont pourrait dépendre le futur de la lutte de classe en France. Ces assemblées matérialisent en effet des formes embryonnaires de contre-pouvoir social qui, pour l'instant, ont non seulement stoppé la longue marche de la restructuration néolibérale, mais aussi affirmé une autre manière d'entendre et de vivre la politique. Force critico-destituante et puissance positive, le mouvement des GJ trouve ses organes vitaux dans ces cellu