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LE GRAND DÉBAT, roman

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LE GRAND DÉBAT, roman

Message par Patlotch le Lun 14 Jan - 15:12


avertissement
il s'agira d'un roman imprévisé, une suite à MICROCOSME, roman initiatique, en 7 chapitres de 12 épisodes quotidiens, dont il me faudrait retrouver le tapuscrit, puisqu'il fut englouti dans le tsunami qui détruisit le précédent forum. On en retrouvera, ressuscités, les personnages principaux, et l'auteur dans un rôle nouveau. Avec les remerciements de l'auteur aux Editions de l'Élysée


« Ce livre est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec la réalité est à imputer à cette dernière. »
Jorge Volpi, La Fin de la folie, 2003


LE GRAND DÉBAT

Chapitres : 1. la bavure 2. la lettre 3. la vie parisienne 4. un enfant perdu 5. un auteur confondu

chapitre I
la bavure

dimanche 13 janvier

« Mordieu, c'est quoi, de la pisse ou du sang ? »
AliBlabla, allongé sur sa couette, regardait les gouttes tomber du plafond de sa piaule. D'une couleur indéfinissable, entre ocre rouge et jaune gris. D'une odeur âcre et fétide. Un liquide séreux, épais et sirupeux. Il se releva sur le coude et constata que son cahier Clairefontaine était noyé dans cet ichor, puisque c'était du sang, une sanie purulente provenant sûrement d'un blessé à l'étage

Ali se leva. Il s'était endormi en prenant des notes pour un exposé à Toulbac sur les différences entre les cris des animaux et des humains blessés, qu'il devait faire dans le cadre de sa thèse de linguistique comparative sous la direction du Professeur Friedrich Lorduron. Il avait rêvé d'une chasse à courre dans les rues du Quartier latin, mais ne se rappelait plus qui courait après qui, ni pourquoi

il s'étira puis passa un pull car sa chambre était froide et humide. Il la louait dans un immeuble du bas Montreuil à une Chabine technicienne de surface à la gare Saint-Lazare, qui arrondissait ainsi ses fins de mois. Quand elle passait la nuit avec lui, elle lui déduisait le prix de la journée, si bien que certains mois il ne payait rien. Ils ne s'aimaient pas, mais ils s'aimaient quand même, enfin, faisaient comme si

il but de l'eau au lavabo, enfila ses vieilles Adidas dont il avait ôté les bandes parce qu'il détestait la publicité, et sortit pour monter à l'étage, où vivait un vieux avec un bâtard, qui élevait des escargots dans sa cuisine. Il l'adorait lui et son chien, le premier parce qu'il était un fin maître queux, le second parce qu'il ressemblait à un chat, non point au physique qu'il avait canin, mais au mental car il n'obéissait jamais à son maître. Un anarchiste ! disait Ali, assuré aussi qu'il ne croyait pas en Dieu, le chien. Lui non plus

l'escalier sentait bon l'encaustique que Célanie, la Chabine, appelait élixir d'abeille et qu'elle passait une fois par semaine, le samedi. Elle habitait la porte à gauche sur le palier, en face de celle du vieux, dont il ignorait le prénom. Tout le quartier l'appelait "le vieux", et lui « mon vieux » comme s'il était son père. Il frappa trois coups et demi, un code, et entendit le clap-clap des charentaises que le vieux portait comme des mules, « la mule dupée », qu'il disait en rigolant tout seul. Il ouvrit et Ali entra, rassuré que le vieux ne soit pas le blessé, en déduisit que c'était le chien. Celui-ci était allongé sur le carreau de la cuisine, des escargots lui léchaient la plaie qu'il avait en haut de la cuisse arrière

« Qu'est-ce qu'il a fait ? » questionna Ali, et le vieux dans un soupir désespéré répondit : « Voilà, les flics étaient devant le Centre commercial, à Croix d'Chav', en face de notre campement. Ils voulaient nous faire déguerpir, alors ils ont commencé à balancer des lacrymos. La première qui roule par terre, ce corniaud se précipite pour la renifler, et se met à pisser dessus comme pour marquer son territoire. Et puis boum ! Elle lui explose dans le cul ! -  Tu l'as ramené comment ? - Avec un copain, on l'a porté jusqu'ici, et voilà. » Ali avait oublié la fuite, il se pencha sur le chien, lui caressa la tête, et la bête se mit à gémir en remuant la queue. « Il faut le soigner ! - J'ai rien... - Je descends à la pharmacie. »

la Pharmacie de la Poste, rue de Paris, est ouverte 24h/24. Ali y fit un saut et acheta une solution antiseptique, une compresse de gaze et une bande. En revenant, il ouvrit sa boîte à lettre, fermée par une allumette, et au milieu d'une brassée de pubs, trouva une lettre aux armoiries de l'Élysée. Il la retourna, constata qu'elle était bien à son nom, mais pas oblitérée. Il jura : « Mortecouille ! Il peut même pas payer le timbre ! »

revenu près du chien, il nettoya la plaie à l'eau et au savon, en retira les corps étrangers. Les escargots l'aidaient dans sa tâche, et Ali se dit que la bave devait comme des asticots accélérer la cicatrisation. Le vieux le regardait l'air contrit, bien qu'il n'y fût pour rien. Il avait pourtant rappelé le chien, mais celui-ci n'en faisait qu'à sa tête, il n'avait rien d'un chien policier. Il allait déjà mieux, se léchait le derrière, mais quand il essaya de se relever, il perdit l'équilibre et retomba sur le carreau. Ali le pris dans ses bras et alla le coucher dans son panier. Le vieux y transporta les escargots un à un, puis offrit à Ali de casser la croûte

il sortit du frigo une demi-bouteille de Vieux Pape et un reste de terrine de lapin aux herbes et à l'eau de vie de prune, un de ses derniers essais culinaires : « les prunes c'est mieux que les amendes ». Dans la huche il prit un quignon de campagne, qu'il faisait lui-même également, avec de la farine macrobiotiche qu'il prononçait à l'italienne « comme Guevara », comprenne qui pourra, un pain Ohsawa sans levain ni levure, « ni bavure policière » qu'il ajoutait. Il se mirent à la table recouverte d'une toile cirée décorée de fruits et légumes, « cinq par jour », et ça le faisait rigoler

alors Ali sortit la lettre du Président, l'ouvrit avec l'Opinel que lui avait offert le vieux pour son bac d'alsacien, et se mit à la lire à haute voix



Dernière édition par Patlotch le Mer 16 Jan - 14:24, édité 3 fois

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Re: LE GRAND DÉBAT, roman

Message par Patlotch le Lun 14 Jan - 20:23


LE GRAND DÉBAT

chapitre II
la lettre

lundi 14 janvier

AliBlabla : « Cornebouc ! Ça commence bien : "nous devons nous rappeler qui nous sommes." Ché pas toi, mon vieux, mais moi, impossible, je suis comme ton chien un bâtard de ma mère. Le vieux : - Insulte pas mon chien, il est de noble race, il a du sang anglais - Qui coule sur mon pieux, je sais. - Allez, continue... - "Chez nous, ceux qui travaillent financent les pensions des retraités" Ben voilà, ça c'est nous deux tout craché. - Et c'est qui qui paye tes études, Ali gâté ? - Non, mais arrête, tu vois pas que c'est un truc pour nous diviser ? D'ailleurs il écrit plus loin : "Nous ne serons pas d’accord sur tout, c’est normal, c’est la démocratie." - J't'en foutrais de la démocratie normale, c'est lui qui décide de tout ! - T'avais pas qu'à voter pour lui "pour faire barrage à Le Pen" - Oh hé, j'ai jamais voté, moi, j'ai même pas de carte pour la pêche »

à ce rythme-là, l'auteur se dit qu'il faudrait plus d'un chapitre pour arriver au bout de la lettre, et que l'intrigue risquait fort d'en pâtir. Il décida d'interrompre la lecture par un événement imprévu même par lui. On frappait justement à la porte, sept coups, un code, c'était Célanie la cheminote qui rentrait de sa nuit de boulot, elle était de nuit une semaine sur deux

« Salut, les Bogoss, Sa ou fè ? » Elle glissait dans son vocabulaire des expressions créoles, question d'habitude, entre eux ils étaient polyglottes. « Nous ça va, c'est le chien - Ben mon Négro, il a quoi ton Pif ? » Le vieux avait un gros nez, d'où le verlan de la Chabine. « Il s'est pris une grenade dans le cul. - Et z'avez pas pu la sortir ? - Très drôle, j'aimerais t'y voir... - Mi préféré pa. A pa on sèl jou fès bizwen kaka. » Célanie, férue de littérature anglo-saxonne, avait traduit Bartleby en créole de Marie-Galante. « Bon, ç'a pas l'air grave. Pas de quoi s'en faire un poulet, et toi, avec ton gilet, si tu mettais pas ton Pif aux avants-postes. - Mais tu sais bien qu'il m'obéit pas ! - Et tes escargots, i' t'obéissent ? - Non, mais vont moins vite - Au fait, les interrompit Ali, les poulets, si on les attaquait avec des escargots ? » Un silence s'ensuivit, le vieux se frottant la barbe, et Célanie, fatiguée, « Moin lé mol, on pijé zié », rentra chez elle pour dormir

les deux hommes, de nouveau seuls, revinrent à la lettre du Président...

« "une grande inquiétude, mais aussi un grand trouble ont gagné les esprits. Il nous faut y répondre par des idées claires." - Dis plutôt que t'as la trouille, Jupéter plus haut que ton culte ! - Il n'a rien perdu de sa superbe, avec ses 32 questions, il s'est mis sur son 31... - Ah bah oui, parce qu'à 33 c'était la mise en bière ! » Et le vieux de se marrer tout seul, en se resservant un verre de Vieux Pape. « Bon alors, le coup des escargots dans le casque des cognes, t'en penses quoi ? -  I would prefer not to, ça me fait de la peine pour les bestioles. - Affirmatif, faut trouver un autre truc. Et si on posait la question à Fly Rider, sur facebook ? - T'es pas ouf, Ali, pour qui nous zenvoye son SO et son facho de béret bleu ? - Ben toi, qu'est-ce tu fous avec ces gens-là ? - C'est à cause de Simon, ma paire à la pétanque, depuis le début, il bloque le rond-point de Chavaux, alors tintin les parties de boules, et je m'emmerde... - À quelque chose, malheur est bon, après les boules, les flashboules... - Toujours le mot pour rire, c'est pas toi mon chien ! - C'était pas une flashball, mais une grenade, ton clebs, il pisse dessus, infoutu de l'éteindre ! - T'es pas juste, Ali, et tu t'en fous, des gilets jaunes, alors la ramène pas ! - Je m'en fous pas, j'y vois qu'une vaste mascarade, un masque à camarades... - Ouais, t'as ptêt ben raison, mais c'est pas une raison. - Quand il s'agit de raisonner, ya plus personne, ils y vont comme un seul homme, un parti tunique jaune, droit dans le mur, et faudrait en être ? - Tu m'emmerdes avec tes théories, c'est pas le moment ! - Avec toi, c'est jamais le moment de penser, et puis t'as raison, je m'en fous, avec tes conneries, j'ai perdu mes notes, et qu'est-ce qui va dire, Lorduron ? - À la clairefontaine, m'en allant promener... - Fous-toi de ma gueule, bon, j'y retourne, je te laisse la lettre du Président, tu me diras... - C'est tout vu, t'auras qu'à la traduire en français d'en-bas, et je la donnerai à baver aux escargots. »

sur ces propos Ali sortit et le vieux se mit à préparer la pâtée pour le chien, une recette au croissant fertile, c'est toujours ça que Bibi n'aurait pas. « Le chien, lui i' s'en fout, ça ou du pain, mais le bourgeois qui passe, sur le trottoir d'en face, ça le fout en pétard, c'est rigolard, et j'en jouis, toute la nuit, jusqu'au lundi ! Et l'lundi je mendie... bof... » Le vieux chantait pour lui Revanche, de Boby Lapointe, la seule chanson dont il retint les paroles, et les plus courtes... Quand il eut servi le chien, il revint à sa table et reprit la lecture de la lettre : « "Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ?" C'est sûr que la police, ça creuse le budget de la santé, et pour les chiens, c'est pas remboursé par la Sécu, et faut payer les casques, les boucliers, les grenades, le gaz, les primes... Avec ça qu'aux urgences, je passe après les blessés, ça donnerait presque envie de s'en prendre une. Bon c'est pas tout, ça, faut que j'arrose ma fermaculture. »

il avait sur sa fenêtre-balcon installé des pots en permaculture, qu'il disait en portugais « Exploração agrícola da cidade » parce que ça sonnait mieux que "ferme citadine" qu'il trouvait bobo, y cultivait des vers de terre, des plantes condimentaires, mon cher Watson, des patates douces, poil aux gousses, des haricots grimpants, sacripant, des fraises des quatre saisons, Vivaldi, des pommes d'amour Marcel Campion, des choux Pompidou, des potimarrons d'Ingres, des inventaires à l'après-vert, pour l'hiver, et des idées en l'air, pour le printemps, car le passé laid tue, les salades sont cuites comme celles à Macron

ainsi passait-il son temps sans le faire, en vertes et pas mûres, vertu selon Rabelais : « Le temps mûrit toute choses ; par le temps toutes choses viennent en évidence ; le temps est père de la vérité. »

il était tout à ses pensées quand on cogna à la porte, sans code. Qui pouvait-ce être ? Il alla ouvrir et tomba nez à nez avec 'Sergent Major', un grand maigre au crâne dégarni. Le quartier l'appelait ainsi à cause de son poids plume, bien qu'il ne fût que brigadier-chef. Le flic se grattait le derrière, l'air embêté, signe de mauvaise nouvelle. Alors le vieux ne le fit pas entrer, et l'autre lui tendit un papier, une mise en demeure de rembourser la grenade lacrymogène qui par la faute de son chien n'avait pas éborgné un gilet. Le vieux ne se démonta pas, et répondit au bourre : « Ça tombe à pic, ya justement une question qui correspond un œuf dans la lettre au Président. - Ah bon, je l'a pas lue, c'est t'i laquelle ? - "Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité ?" - C'est pas un impôt, c'est une amende forfaitaire, obligatoire et payable de suite. - Alors ya une autre question du Président : "Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ?" Ben tiens pardi, les grenades ! » Le brigadier, qui mettait toujours un certain temps pour comprendre, se gratta le derrière, puis le nez, puis le crâne, puis le devant, et le derrière encore avant de sortir : « Ptêt' ben que t'as pas tort, je m'en va z'aviser le sergent major. » Sur quoi il salua et redescendit les escaliers qui craquèrent sous ses pas, comme en signe de protestation

le vieux rigolait. Il termina le Vieux Pape, jeta la terrine vide, nettoya la toile cirée, et poursuivit sa lecture : « "Nous allons désormais entrer dans une phase plus ample et vous pourrez participer à des débats près de chez vous ou vous exprimer sur internet pour faire valoir vos propositions et vos idées." "Près de chez vous" ça sent l'ancien banquier, pas le genre à débattre. Ya un loup... Nous prend vraiment pour des pigeons, le petit Manu. En plus j'ai même pas Internet, et avec mon dos, près de chez moi, c'est trop loin. Z'ira se faire foutre, avec son débat à la mords-moi le nœud. Et j'attendrai Ali pour finir sa bafouille, j'ai ma dose. J'va z'aller voir si la Chabine elle a fini sa sieste, des fois qu'elle aura un truc à boire... »

elle n'entendit pas les sept premiers coups, mais ils l'avaient réveillée, et la seconde fois, la porte s'ouvrit sur son sourire de belle Chabine aux cheveux rouges et aux yeux verts. Elle avait l'habitude qu'il passât vers ces heures les semaines où elle était de nuit. Il apportait des sablés à la cannelle, une recette du pays là-bas, et elle sortait son Rhum du Père Labat sur la demande du vieux qui ne connaissait qu'une phrase en créole : « Ba mwen an CRS souplé ! », autrement dit « Donnez-moi un punch 'citron-rhum-sucre', s'il vous plaît. »

tout en sirotant, Célanie demanda au vieux : « Tu l'as lue, la lettre à Macron ? - On a commencé avec Ali, mais ça m'a épuisé... - Ya quoi dedans sinon rien ? - Bof, comme on peut plus le voir en peinture, il fait dans la littérature... - Mais encore, i' cause de chez nous ? - Ben ça dépend, i' dit que "nous devons nous rappeler qui nous sommes" - Lé pa pouè conèt moun pédigué, à Marie-Galante, après les Autochtones amérindiens et Colomb, sont passés des Français, des Hollandais juifs exilés du Brésil, des Britanniques, sans parler de toutes les importations d'esclaves africains du milieu du xviie siècle à l'abolition en 1848... alors pour lire dans mon sang...  - Il écrit qu'on pourra "participer à des débats près de chez vous ou vous exprimer sur internet pour faire valoir vos propositions et vos idées. Dans l’Hexagone, outre-mer..." - Ti vou koi sa me fè ? - Rien, je sais bien que tu t'en fous encore plus que moi, des gilets jaunes... - Non mais déjà qu'avec le syndicat, les salaires on gratte rien, eux z'en causent même pas, alors ça et les primes à Macron, leurs gilets ou sa lettre, bof... et ton gilet jaune je sais bien pourquoi tu le portes, tu t'ennuies sans ton pote et tu suis, en plus ya les beurettes à Croix de Chave et les sœurs Zadama, et là t'es comme ton chien la queue devant, les grenades dessous ! - Non mais je t'en prie, je te cause de tes nuits avec Ali, moi ? - Ali, sans gilet, il est pas mal, toi, avec ou sans, tu peux essayer toutes les couleurs, ça va pas t'apporter le succès... - Avec toi, ça glisse toujours au cul, on peut pas être sérieux deux minutes... - É d' véra, mais quoi plus sérieux que le cul ? - Bon, je te laisse à tes fantasmes, faut que j'm'occupe de mes escargots, je m'entends mieux avec les hermaphrodites. »

il n'était pas vexé, c'était entre eux un jeu. Le vieux rentra chez lui et prépara le repas de ses compagnons préférés, avec de la salade, du chou, des carottes, des orties et des pissenlits, pas la racine

trois coups et demi à la porte, c'était Ali, qui entra, elle n'était pas fermée. « T'as de la chance, mon vieux, j'ai trouvé un cahier Clairefontaine à La parole navrante, ils bradent tout ce qui n'est pas écrit. - Ah bon, je croyais que c'était des théâtreux... - Tu confonds avec La parole errante, elle a pas besoin de cahiers, celle-là. Au fait, t'as fini la lettre ? - Euh, c'est-à-dire, j'ai préféré t'attendre, tiens là-voilà, ya des taches dessus, c'est Célanie... - Ça ressemble plutôt à de la bave d'escargot, t'as fait quoi avec elle ? - T'es jaloux ? Tu sais bien qu'elle me trouve trop laid, trop vieux, qu'elle est « incapable d'aimer ceux qui ont plus de 50 ans, pas un corps extraordinaire », et t'as de la chance, parce que d'habitude elle « ne sort qu'avec des Asiatiques, essentiellement des Coréens, des Chinois, des Japonais. » - Dans Moyen-Orient, ya Orient, à l'extrême... - Bon vas-y, continue la lecture, on va pas y passer la nuit. - "Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ?" Ptêt' qu'y pense à remplacer Brigitte, et qu'il manque d'idées, s'il n'a pas lu Yann Moix, va savoir... - Toute façon, nous, on a ni bagnole ni chaudière, continue. - "Faut-il reconnaître le vote blanc ? Faut-il rendre le vote obligatoire ?" - Nous, on vote pas, et s'il m'oblige, je te ferai une procuration... - T'es vraiment un enfoiré, et c'est quand j'irai à la pêche, moi ? - T'inquiète don pas, vont pas nous foutre en tôle pour un bulletin invalide, c'est juste qu'ils font semblant de s'inquiéter de l'abstention, et vu le trouillomètre à la française, ils pourront se glorifier d'une participation en hausse... - Ça le fait, continue.  - "Faut-il accroître le recours aux référendums et qui doit en avoir l’initiative ?" - Non, mais là, change de chapitre, élections piège Macron, ça suffit. - "En matière d’immigration, une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ?" - Ouais, on le voit venir sur les terres à Marine de guerre. - D'accord, mais toi, t'en penses quoi ? - Qu'il faut foutre le zbeul aux frontières, douanes, aréoports, et pas les bloquer en filtrant les camions étrangers... - Mouais, et t'as les forces armées ? - Ben ça finira bien par s'internationaliser ce genre de problème, et c'est pas les Français qui vont faire avancer le schmilblick du kampfplatz... - Oh, mais je vois que Môssieur connaît ses classistes ! - Tu crois qu'est-ce, gamin, j'ai pas eu Lorduron comme prof, moi... - Je continue : "Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’État et les religions de notre pays ?" - Demande à Pif mon chien, Ni Dieu, ni Maître... - C'est pas une réponse, tu fais quoi avec les Musulmans ? - Mais pourquoi je leur ferais quelque chose, ils m'ont rien fait, et si même, c'est pas la faute au Prophète qu'existe moins que la viande Hallal de mon boucher, qu'est pas chère et bonne, continue. - "Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?" - Intangible ça n'existe pas, et la République je m'en branle ! - Façon de parler, te concernant, si j'en crois Célanie... - Continue, petit con. -"C’est ainsi que j’entends transformer avec vous les colères en solutions." - Mais chui pas en colère, moi, j'ai la rage, c'est pas pareil, devrait ouvrir un dictionnaire de français, le ci-devant derrière citoyen Président, continue. - "En confiance," c'est son dernier mot. - La confiance, c'est comme la confidence, avec lui moins yen a plus c'est létal. »

et c'est ainsi que s'acheva, sinon leur grand débat, le chapitre II


Dernière édition par Patlotch le Mar 15 Jan - 14:37, édité 1 fois

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Re: LE GRAND DÉBAT, roman

Message par Patlotch le Mar 15 Jan - 15:03


LE GRAND DÉBAT

chapitre III
la vie parisienne

mardi 15 janvier

Célanie, sa soupe du soir au ventre, était dans le métro ligne 9 qu'elle avait pris à Croix de Chavaux, changerait à Havre-Caumartin vers Saint-Lazare où elle prendrait la ligne L du Transilien pour Clichy-Levallois, et terminerait à pied jusqu'au Centre de maintenance SNCF où elle travaillait cette nuit. Le trajet était estimé à une heure par la RATP et la SNCF, mais il lui fallait généralement un bon quart-d'heure de plus quand aucun "incident technique" ou "accident voyageur" ne venait perturber le trafic. Deux heures et demi par jour !

comme les rares "voyageurs" qui n'étaient pas le nez dans leur portable, elle préférait lire, un livre généralement après un journal d'infos gratuit. Maintenant, c'est la Lettre du Président qu'elle relisait, trouvée en partant dans sa boîte à lettre fermée par un coton-tige. Elle n'en revenait pas des passages lourdement insistants sur l'identité nationale, et s'effarait de les compiler :

« Chères Françaises, chers Français, mes chers compatriotes... La France n’est pas un pays comme les autres, nous devons nous rappeler qui nous sommes. Chez nous le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs. La France est, de toutes les nations, une des plus fraternelles et des plus égalitaires. C’est tout cela, la Nation française. Comment ne pas éprouver la fierté d’être Français ? Je pense que de ce débat peut sortir une clarification de notre projet national et européen. La laïcité est la valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble, en bonne intelligence et harmonie, des convictions différentes, religieuses ou philosophiques. »

cerise sur le gâteau : « En matière d’immigration, une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ? »

à quelques adaptations près aux circonstances historiques, on eût pu croire un discours de Jules Ferry, Paul Déroulède, Pétain, de Gaulle... et l'on sait la sympathie naturelle qu'éprouvaient l'un pour l'autre Emmanuel Macron et Philippe de Villiers, jusqu'à des valeurs monarchistes dont le rapport avec « Notre République » était élastique. Pas étonnant donc d'y retrouver comme copiées-collées des formules qu'on attendait davantage de la bouche de Marine Le Pen, Florian Philippot ou François Asselineau, au demeurant proche d'Étienne Chouard, le professeur des Gilets jaunes en RIC, Référendum d'Initiative Citoyenne

Célanie avait compté quarante-deux fois les mots France, Français, Nation, Citoyen, Peuple... et puis le mot travail. Comme elle arrivait à Clichy, elle plia la lettre, la mit dans son cabas, sortit de la gare et termina à pied avec un poids au ventre

arrivée aux ateliers, elle passa le portique de contrôle horaire semblable à ceux du métro, si bien qu'il lui arrivait de ressortir son passe Navigo comme si la question était de rentrer chez elle. Ah, l'inconscient des travailleuses ! Avant de passer aux vestiaires "femmes" elle alla saluer son chef, Gabriel, un Martiniquais. Elle entretenait avec lui une relation courtoise, sans plus, tenant à distance ses ardeurs mais jouant de sa couleur de peau pour se protéger de celles des collègues racistes. Il était très favorable au gilet jaune, qu'il endossait sitôt sorti du travail pour se rendre on ne sait trop où participer à des actions nocturnes, car lui n'était jamais de nuit. Il n'était pas syndiqué, et disait voter "à gauche", va savoir pour qui...

depuis le début du mouvement, Gabriel était littéralement sous le charme de sa payse Priscillia Ludosky, française en colère mesurée, qu'il connaissait par familles interposées. Célanie la trouvait commune, un rien secrète, manageant habilement sa vie professionnelle d'auto-entrepreneuse commerciale en cosmétiques et son engagement pour les Gilets jaunes. Elle n'avait qu'une seule fois, sur son compte facebook Fall in Cos'-JeGère!, fait de la publicité pour ses soldes, preuve aux yeux de la Chabine qu'elle se préservait du reproche d'intérêt personnel, ce qui ne masquait pas sa réticence pour toute augmentation de salaire à prendre dans la poche des patrons, ce qu'elle rêvait sûrement de devenir un jour

pour Célanie, si la solidarité "de couleur" existait, elle ne dépassait pas le périmètre de ses relations familiales ou amicales au pays ou en métropole, ni le partage de situations raciales parfois communes, et encore cela dépendait-il des catégories sociales. De plus, question culture de ses origines, Gabriel, créole mais assez foncé, était un vrai bourrin, si bien que dans ce domaine, elle ne pouvait avec lui tout simplement pas discuter de livres, de musiques, de peinture, ou d'histoire. Bref, la race, Célanie s'en foutait, ce qui lui valait d'être tenue pour "traître à sa race" par les militants indigénistes de sa propre communauté

mais un truc qui ne passait pas, c'était l'injonction de Macron : « nous devons nous rappeler qui nous sommes », parce qu'elle ne se sentait en rien comme lui

en fait de vie parisienne, celle de Célanie n'avait rien de l'opéra bouffe d'Offenbach. À Paris, elle n'y mettait jamais les pieds, elle allait de la banlieue Est à la banlieue Nord, du "neuf-trois" au "neuf-deux", aller-retour pour bosser, en passant sous la capitale, sans voir le ciel de Paris, ni ses quartiers huppés ou populaires, ni ses grands magasins ni ses boutiques de luxe, ne se faisait jamais de petits restos à Belleville ou Barbès, là où ils sont moins chers mais toujours plus qu'à Montreuil-sous-Bois. C'est dire que lorsque sa famille ou ses amis du pays, ou même de "province", l'appelaient "la Parisienne", cela l'irritait toujours un peu. Pourtant, ce n'était pas de leur part provocation et rarement taquinerie entendue. Non, ils parlaient des "Parisiens" comme étant tous ceux vivant en région parisienne, comme on disait "Parigots, têtes de veaux !" en lorgnant l'ancien numéro 75 sur les plaques d'immatriculation aux époques de transhumance vacancière d'avant la création des départements de la couronne. Il n'était au fond pas surprenant que Paris, pour bien des Gilets jaunes, ne soit pas "chez nous", mais le lieu du pouvoir, et comme si cette proximité rendait leurs "Parisiens" moins sympathiques ou plus détestables, les accents des faubourgs étaient par les plus anti-"Parisiens" assimilés à ceux des Beaux quartiers

incontestablement, Célanie était "une beauté noire", avec sa chevelure rousse, ses yeux verts, et son « corps de gazelle », disait Gabriel. Elle aurait pu figurer sur la couverture des magazines de mode comme un mannequin croisé d'un Viking et d'un guerrier Diola. Si elle n'en jouait pas ostensiblement, elle le savait, et savait aussi se mettre en valeur avec "un rien", coordonnant le haut et le bas de couleurs dignes des harmonies des peintres. Elle avait donc du succès auprès des hommes, mais tous ceux qu'elle avait essayés l'avaient déçue. Alors elle se contentait d'AliBlabla

ce qui se passait en France ? Célanie sentait bien qu'elle aurait dû se sentir concernée, mais ça ne l'intéressait pas. Elle avait pourtant eu, comme cheminote, un passé de syndicaliste active, à la CGT puis à Sud, mais elle avait largué les camarades et l'impuissance générale de ces combats qui sentaient la relique et l'ankylose. Elle ne supportait pas plus les militants que les évangélistes. Et ce mouvement, elle ne le sentait pas. Elle était une rebelle dans l'âme, mais peu empressée de s'agiter pour des clous et la gloire. Au fond, elle n'attendait plus rien de changements politiques, mais ne croyait pas que viendrait de son vivant une révolution pour balayer tout ça. Sa vie comme elle était, elle faisait avec

cela ne voulait pas dire qu'elle s'ennuyât de la vie ou qu'elle manquât de vitalité, de générosité et de sens collectif. Non, elle n'en faisait qu'à sa tête ce qu'elle voulait, quand et avec qui elle voulait. Et que le diable emporte ceux à qui ça déplaisait

fin du chapitre III

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Re: LE GRAND DÉBAT, roman

Message par Patlotch le Mar 15 Jan - 21:22


LE GRAND DÉBAT

chapitre IV
un enfant perdu
suite

mardi 15 janvier

c'est le vieux qui appelait Ali l'enfant perdu et lui chantait La complainte de Mandrin, apprise d'un instituteur roannais qui ne manquait jamais de rappeler qu'elle avait été popularisée sous la Commune de Paris. Ali s'en disait flatté mais ne pas se reconnaître en « brigands d'une bande » : « Je n'aime pas les bandes, elles tirent vers le bas. Si tu tentes de les faire monter, au mieux elles te font redescendre, au pire elle font de toi un chef dont suivre les avis quand ce n'est pas les ordres. Les bandes même du désordre mènent à l'ordre des bandes. Tels sont les groupes anarchistes. »

c'est ce qu'il appréciait chez Célanie. Quand il l'avait rencontrée, avec le vieux (1), leur complicité tacite avait été immédiate. Il souhaitait à tous de rencontrer une femme, ou l'inverse ou selon, avec qui tout devenait fluide et facile et sans besoin d'explication, jusqu'aux limites posées, jusqu'à la mésentente à surmonter, jusqu'aux aux malheurs à partager. Peut-être fallait-il l'appeler amitié, encore que le terme lui parût par trop vide de sexe. Après leurs aventures rocambolesques en compagnie d'un auteur pervers et narcissique qui ne laissait aucune liberté à ses personnages, tous les trois ne s'étaient plus quittés, même dans la mort, et là dans la résurrection, habitant le même immeuble Rue de la Fraternité à Montreuil, et partageant au jour le jour leurs bonheurs et malheurs

c'est ainsi qu'il en allait encore avec les Gilets jaunes, qui ne manquaient pas de provoquer entre eux des désaccords, mais jamais au point de mettre en cause leur amitié. Alors le vieux pouvait bien en être, si cela remplaçait la pétanque, pourquoi pas ? « Avec les boules au moins je sais tirer, et que ce soit sur d'autres boules ou sur des poulets, tant que je ne vous reviens pas en sang, occupez-vous de vos amours. » Ainsi parlait le vieil apostat, de toutes causes défroqué, abonné aux échecs comme d'autres à facebook

AliBlabla, dans son Clairefontaine flambant vieux, avait repris de mémoire, qu'il avait excellente, les notes préparatoires à son exposé sur le langage comparé des cris d'animaux et d'humains blessés, qu'il devait présenter devant les étudiants du Professeur Friedrich Lorduron à Toulbac. Celui-ci ne s'intéressait pas du tout à cette étude : « à quoi et qui s'intéresse-t-il d'autre qu'à lui-même, au succès de ses papiers dans le Monde Diplomatique, de ses Youtube avec le Lémérite Friant de salaire avide, et de ses frasques insoumises avec le Baron perché d'Aigruffin ? » (2)

son bagage scientifique de linguiste comparatif s'était considérablement étoffé depuis qu'il avait échangé dans leur langage incomparable avec Merle noir et Chèvre Blanquette au Parc Montreau, où le trio avait squatté un Blockhaus (3). Avec Pif, le chien du vieux, il avait poussé l'expérience jusqu'à différencier à ses aboiements, jappements, gémissements et autres onomatopées, quand il voulait sortir ou rentrer, manger du poulet ou de la grenade, et tant d'infimes choses de la vie canine en milieu citadin hostile depuis que les bourres y avaient droit de cité, comme ils l'avaient aujourd'hui à Grand Bourgtheroulde, pour la visite ouvrant et refermant Le Grand débat du Président avec les Gilets jaunes, ou contre, mais quelle différence ?

AliBlabla avait une philosophie d'un abord simple, mais qui devenait vite compliquée : « Qui se bat a toujours des raisons, mais, raison de ses raisons, va savoir... » Appliquée aux Gilets jaunes et si l'on lui posait la question de ce qu'il en pensait, il répondait comme Marx en de multiples occasions : « Ça dépend », et là, inévitablement on lui demandait : « de quoi ? », alors il griffonnait dans son carnet Moleskine l'adresse patlotch.forumactif.com et la tendait à son interlocuteur en ajoutant « Ne vous inquiétez pas pour la feuille, c'est un carnet que j'ai volé »

ce soir, comme toujours quand Célanie était de nuit, il était invité à dîner chez le vieux. Il avait pour Pif, le chien du vieux, "emprunté" des croquettes Edgar&Cooper "Un max de Viande Fraîche", en songeant à qui proposait de faire du lundi un jour sans viande ni poisson. Bon, on était mardi, on verrait la semaine prochaine

vint l'heure du dîner. Ali remit ses Adidas sans bandes, son sweat sans capuche, sa mèche à la Lucky Luke, et monta à l'étage avec son sac de croquettes. Il toqua trois et demi et entra. Le vieux s'affairait dans le coin-cuisine et lui lança : « T'occupe tu chien, Ali, fous-moi tranquille. » Il ne se le fit pas dire deux fois, alla vers la panière en évitant d'écraser les escargots et présenta les croquettes au clébard, qui rien qu'à la vue d'Ali salivait déjà de la queue

la maître queux qui ne l'était pas de son chien annonça : « Je vous ai mitonné un ris de veau aux morilles, mariné dans un Vin Jaune du Jura, et flambé au cognac. » Ali ravala sa salive et osa : « T'as du pain, j'espère », et le vieux aussi sec : « Tu veux peut-être aussi du Coca-Cola, comme Miles Davis chez Bocuse ? » Ali nettoie la toile cirée "cinq fruits cinq légumes", pose assiettes et couverts de la mémé du vieux, coupe le pain maison avec son Opinel, et sert les verres de Jura Jaune. Le vieux présente son chef-d'œuvre parsemé de persil et de zestes de yuzu. Tous les convives prennent place, eux deux

en France à table, on apprécie son manger vs on parle politique : « T'as entendu Casta qu'a dit "Je ne connais aucun policier, aucun gendarme, qui ait attaqué des gilets jaunes" ? Et mon chien alors ? - On s'en branle de Casta, et les géji itou de ton clebs, et pis arrête de me prendre la tête comme un trotsko-gauchard - Mas porké t'es véner ? T'as déjà entendu un Ministre intérieur couvrir comme ça les fachos de sa flicaille ? Quand les GJ les appellent "miliciens", sont pas si loin de la vérité - Ptêt t'as raison, mais tu m'emmerdes, l'essentiel est pas là, et des millions de bien intentionnés peuvent sortir ce genre de vérités in fine inutiles. Inutiles ! Alors, qu'est-ce qu'on fait ? »

così cosà va la vita, on cause et ça n'y change rien, on écrit des romans dans le vent d'espérance en attendant la chute. Toujours plus dure, la chute

fin du chapitre IV


*

note 1 : voir ROMAN INITIATIQUE, chapitre 4, le vieux blanc et la cheminote noire, ménage à trois, épisode 41/84. vendredi 18 mai 2018 : S'il n'était pas dans la coutume [du quartier] de faire appel à la police, un voisin excédé par le tintamarre y rajouta des coups de feu, qu'il tirait au milieu des fêtards. Ce qui devait arriver arriva, il y eut des blessés, un jeune homme resta à terre dans une mare de sang. Célanie se précipita. L'éphèbe était évanoui, touché à la tête. Elle nettoya la blessure à l'eau cristalline avec son mouchoir de dentelle, comme elle avait lavé le visage du vieux. Par chance, la balle ne l'ayant qu'effleuré, il n'était qu'assommé. Elle et le vieux le hissèrent au château [d'eau, leur squat] pour prendre soin de lui sans être importunés. Et c'est de là qu'ils firent ménage à trois

note 2 : id. chapitre 1, épisode 1, mardi 10 avril, Rêve ça loupe ! Trois hommes et un bon coup : Le professeur Friedrich Lorduron, après son cours de rattrapage aux studieux de Toulbac qui n'imaginaient pas ce qu'ils faisaient, car l'inconscience précède l'existence, tomba nez à nez avec les Forces du désordre dépliant un grand rouleau de printemps sur lequel était écrit : « Ne dites plus : Monsieur le Professeur, dites : rêve ça loupe ! » Salairpipopète ! jura Lémérite. Quel contretemps trotskien !, renchérit Lorduron. Avec son confrère Lémérite Friant de salaire avide, ils avaient projeté un "Midweek" dans la cabane du Baron perché d'Aigruffin, pour une partie de jambes en l'air en zone humide, car, disait Lorduron, la zad fait bien les choses, ce à quoi Friant ajoutait d'un sourire entendu : « Ach, bite macht frei ! »

note 3 : id. chapitre 5, AliBlaBla et l'écart hante vos leurres, dans lequel il teste ses savoirs et compétences avec les animaux rencontrés dans le "parc naturel" de Montreuil, au pied des cités


Dernière édition par Patlotch le Mer 16 Jan - 19:20, édité 1 fois

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Re: LE GRAND DÉBAT, roman

Message par Patlotch Hier à 19:00


LE GRAND DÉBAT

chapitre V
un auteur confondu

mercredi 16 janvier
l'auteur, qui s'était déjà fait remarquer par la gestion perverse et narcissique de ses personnages (1), n'avait pas de remarques à faire. Il trouvait que ressuscités d'entre les morts ils se débrouillaient bien, comme si leur passage par l'au-delà de l'eau de là (2) leur avait mis du plomb dans la cervelle, enfin, façon de parler par ces temps de flashballs perdues, va savoir pourquoi, dans les crânes d'innocents gilets sacrifiés sur l'hôtel de la raison d'État. Mais cela, du coup, le privait d'y être pour quelque chose, ce qui est tout de même un comble pour un romancier. Il lui fallait donc trouver un nouveau stratagème (3). Il pourrait pénétrer dans la peau d'un des trois protagonistes pour en prendre le contrôle, plutôt que créer un nouveau personnage, en faire une sorte de robot en utilisant les toutes dernières bio-technologies. Il y réfléchirait, mais place à l'action : après les portraits de Célanie, d'AliBlabla, celui du vieux

contrairement à la chanson Armand de Pierre Vassiliu, « C'était un pauv' gars, qui s'appelait Armand, l'avait pas d'papa, l'avait pas d'maman », le vieux n'avait ni nom ni prénom. Les uns l'appelait Henry, d'autres Gilbert, Paul, Charles... mais pour tout le quartier, il était « le vieux » parce que Célanie l'appelait comme ça, et AliBlabla « mon vieux ». Il sortait d'on ne sait où, du côté de chez les Bougnats, et son Pépé cheminot était enterré à côté de Fernand Raynaud, à Saint-Germain-des-Fossés, si bien que petit, quand il entendait "Saint-Germain-des-Prés", il croyait que c'était là, comme à côté Varennes-sur-Allier le Varennes de la fuite du Président chez Drouet, le gilet jaune de Mélenchon tout. C'est dire la confusion de son esprit qui expliquait qu'il ait enfilé un gilet jaune à cause de Simon, son partenaire de pétanque, et par attrait de vieux libidineux pour les Blackettes Zadama et les Beurettes dévoilées

ah oui, son chien, Pif, au mental anarchiste de chat... C'est lui qui l'avait ressuscité d'entre les morts en lui léchant la figure qu'il avait prise pour un os, qu'elle était devenue de fait, rongée par ses amis les vers de terre, pour faire plus propre dans le compost, qu'ils disaient, les vers, de ce pervers pépère qui les élevaient (4). Restait un mystère : pourquoi de l'élevage des vers de terre était-il passé à celui des escargots ? Les mauvaises langues répondaient « parce qu'ils vont moins vite », allusion à sa démarche de plus en plus bancale. Lui : « ça fait plus propre dans ma cuisine et je réserve la terre à ma fermaculture sur la terrasse-balcon. »

ici l'auteur se dit : « le vieux, là, il s'enferre, quel rapport avec le Grand débat ? Il va me faire perdre des lecteurs, ce con ! Revenons donc à ces moutons ! » L'auteur aurait-il un « mépris de classe manifeste » pour les Gilets jaunes, et ne risquait-il pas lui-même de faire fuir ses lecteurs révolutionnaires ? Écrire un roman engagé, c'est pas de la galette, vous savez. Aragon, ça le mettait en pétard, l'idée d'un « art engagé » ou de « l'écrivain engagé » qu'on disait qu'il était : « Dans engagement, il y a gages », et ce vieux rusé prétendait n'en avoir jamais donné à personne, ce qui est peut-être vrai dans son œuvre, mais pas dans sa vie politique scotchée au PCF et si longtemps au stalinisme. Mais je sors du sujet

ça l'ennuyait tout de même un peu, le vieux, de se retrouver au coude à coude avec tout ce que Montreuil comptait de vieux et jeunes militantaires de tous les combats de surface politicards et s'avérant véreux, aux marges des bisbilles municipales, en plus de fachos qui relevaient la tête. Et cet "Appel de Montreuil" encore plus creux que celui de Commercy... Leur campement à Chavaux n'était pas un point fort de la mobilisation, c'est le moins qu'on puisse dire, il ressemblait à une Nuit Debout associant tout le paysage politique, neutralisé par l'uniforme du gilet : « Et c'est moi que l'auteur il dit je suis confus ! De quoi qu'i' se mêle ? Ma vie n'est pas un roman ! »

pourtant, depuis les sermons de Célanie et d'Ali sur ses véritables raisons d'en être, qu'au fond de lui il reconnaissait, l'idée prenait le vieux de le quitter, ce gilet de tous les emmerdements et d'aucune perspective de victoire de ses convictions à lui. Plus les sondages indiquaient un soutien des Français, moins ça l'enthousiasmait de se retrouver parmi le 1% qui se manifestait physiquement, "soutenu" par 60% derrière leur télé ou leur ordinateur. De voir que 80% des Français étaient pour le RIC, ou que 40% se disent prêts à participer au Grand Débat, ça l'enrageait : « Si c'était que de moi, on foutrait le bololo à ce débat comme à cette jaunisse qui se prétend contre ! », et il ignorait jusqu'à l'existence de lundimatin et d'un Comité visible ou invisible annonçant et promouvant « l'insurrection, la destitution, la disruption... »

le vieux se confondait en conjectures contradictoires : « ya quand même un problème avec ceux qui veulent en recoudre avec la police, comme si qu'on disait c'est plus que haine de Macrouille et de sa guerre aux gilets comme à des terrorisses. » Alors, pour « laver ma tête de toute cette merde », il décida d'aller en un lieu où l'on n'en parlait jamais, ni pour ni contre, des Gilets jaunes, le PKK, Petit Kurd' Kebab. Là on l'appelait "Tonton", pas "le vieux", on lui servait pour 12€50 une assiette Köfte, salade verte, tomates, oignons, chou rouge, blé cassé, frites, boulettes de viande hachée bœuf et agneau, sauce blanche et harissa, avec un quart de rouge. Ici ils avaient la licence alcool et les filles n'étaient pas voilées. On passait à la télé une chaîne turque, où des femmes aux plus belles bouches du monde parlaient avec des voix d'oiseaux une langue à laquelle il ne captait rien : « Tiens, faudra que j'en cause à Ali »

ragaillardi pas ce séjour au Kurdistan montreuillois, le vieux revint rue de la Fraternité, toqua en passant chez Célanie plusieurs fois sept coups, mais elle n'était pas là. Il lui arrivait de découcher toute la journée après sa nuit. Même Ali ignorait ce qu'elle faisait, et là, il était à Toulbac, il rentrerait tard. Le vieux ouvrit sa porte, retrouva son chien, ses escargots, ses patates à éplucher pour la soupe, son goût de la solitude, ses rêves d'enfant, son envie d'incendie. Alors il mit son gilet jaune dans un grand saladier, l'arrosa d'huile de friture, et y jeta une allumette enflammée. Il fut heureux d'être passé à autre chose

l'auteur, sentant une odeur de polyester brûlé, se retourna, et quand il vit ça fut catastrophé : « Déjà qu'il ne causait plus du Grand débat, et maintenant plus des Gilets jaunes, mon roman est bon pour le pilon avant même de n'être jamais imprimé ! »


notes
- 1 : dans MICROCOSME, roman initiatique, en 7 chapitres de 12 épisodes quotidiens du 10 avril au 14 juillet 2018. Je tiens à disposition sur demande un texte en html de 72 épisodes sur 84 de ce roman, le reste est introuvable. On y trouvait quasi répertorié tous les rapports de l'auteur au texte romanesque, Pirandello, le Nouveau roman, Tel quel, etc... L'auteur devenait personnage(s), tentant sous divers masques de reprendre la main sur des personnages qui lui échappaient, n'en faisant qu'à leur tête contre ce maître de leur destinée

- 2 : à la fin du roman, alors qu'ils sont hélitreuillés du Parc Montreau envahie par les eaux d'un tsunami, l'auteur et son double Henry étant co- et pilote, l'appareil dont le plein d'essence n'avait pas été fait s'abîme dans les eaux près du Blockhaus squatté par le trio

- 3 : les 36 stratagèmes tiennent une grande place dans 'Microcosme'

- 4 : chapitre 3, le vieux qui ramassait des vers de terre

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Re: LE GRAND DÉBAT, roman

Message par Patlotch Aujourd'hui à 16:52


LE GRAND DÉBAT

chapitre VI
le petit débat

jeudi 17 janvier
ce que Célanie avait fait de sa journée d'hier, je le sais, mais ne l'écrirai pas, elle ne me ferait plus confiance. Elle ne le dira pas non plus ici, sachant que l'auteur, lecteur de son roman chaque matin, y surveille ses paroles. Elle n'était pas rentrée à Montreuil la veille et s'était rendue directement le soir à son boulot. Gabriel, son chef, l'avait trouvée bizarre mais à son regard interrogateur, elle avait réagi par un beau sourire signifiant « Toi non plus tu ne sauras rien, mon gars. » Elle avait travaillé toute la nuit à nettoyer des voitures du Paris-Rouen d'inscriptions du genre : « Macron dégage ! Ton train n'est pas à l'Eure, descends tu l'as dans l'os », ceci pour les plus polies et de bonne orthographe

dès son plus jeune âge à Marie-Galante, Célanie avait mis un point d'honneur à écrire le français sans faute, et elle supportait mal qu'on veuille refaire la France en écrivant comme un Drouet, brave type et sincère au demeurant, bien qu'un peu con-con sur les bords, un taiseux dont le succès tenait précisément à tout ce que ses supporters pouvaient investir dans ses silences et ses réponses sibyllines à leurs questions pendant ses 'lives' sur facebook. En dire le moins possible, au début du moins il ne le faisait pas exprès, vu son inculture générale. Mais il avait vite compris ce qu'il pouvait en tirer. Plus et mieux que le secret au yeux des services de renseignements pour lesquels les gilets n'en avaient pas, cela garantissait, comme la discrétion manipulatoire de la cosmétiqueuse Martiniquaise, l'unité fourre-tout sous l'uniforme jaune, sans aucun souci de cohérence autre, justement, que leur "Macron dégage" et leur RIC pour le remplacer... par des élus moins bien payés. Impayable sornette ! Cause toujours, la classe politique, Macron ou un autre, n'en ferait qu'une bouchée, de leur "Référendum Citoyen", et tu parles d'une "Initiative". Quelle bande de jobards !

Célanie rêvait d'une « semaine des quatre jeudis » parce que ce jour-là, alternativement le soir quand elle était de jour et le midi de nuit, c'était Grande bouffe chez le vieux, avec Ali. Il avait aujourd'hui préparé un plat transculturel, viande halal, ratatouille casher, riz thaï, igname du Mali, et des épices caraïbes et indiennes. À boire, fini le Vin Jaune, un Tokaj hongrois du lac Balaton, le « vin des rois, roi des vins » à robe d'or et saveurs de nectar

Ali était content : « Lorduron a validé mon exposé, sans le lire. » Le vieux aussi : « Pif est en marche, il recommence ses chienneries félonnes. Ali : - Tu veux dire félines ? - C'est pareil, les voyelles, je les laisse aux poètes. » Le chien ne disait rien, il jouait avec un escargot dont la bave avait le goût du saké. Célanie lança le débat : « Alors, paraît que les LBD
(1) sont dans le collimateur du droit de se faire tirer à la main ? Ali : - S'ils pouvaient nous lâcher les basses quêtes avec les violences, on y verrait plus clair dans le jaune. Le vieux : - Mon chien serait vengé ! »...

on frappait à la porte, sans code. Le vieux alla ouvrir, tomba à nez à nez rouge avec Sergent Major, képi d'une main, se grattant de derrière de l'autre, grand sourire éclairant sa trogne avinée. Le vieux flairant la bonne nouvelle le pria d'entrer et de se joindre à leurs païennes agapes. Il sortit néanmoins le Vieux Pape du frigo (pas question de gâcher le Tokaj) : « Alors quad neuf, brigadier ? - C'est-à-dire que le sergent il a dit que la poursuite était abandonnée, pour la grenade. - Ah bon, pourquoi ? - C'est à cause du Grand débat, qu'il a dit. - Le rapport ? - Non, il a pas demandé un rapport. - Je veux dire quelle relation entre la grenade et le débat - On va tirer à la main, pour les économies sociales, qu'il a dit. » La logique, la logique policière, et celle du brigadier-chef, ça faisait trois ou quatre selon la conjoncture. Ali : « Je vous ai vu, brigadier, hier soir à Chavaux, en gilet jaune. Le brigadier : - Pas moi, mon frère jumeau, les familles et les barricades... À c't'heure on faisait le Grand débat au commissariat. - Ah bon ? - Oui, avec devoir de réserve. Célanie - Ça se passe comment ? - Le lieutenant demande si on est tous d'accord pour débattre, et comme personne dit non, il décide qu'on n'a pas besoin, alors je suis content, parce que moi ça me plaît pas c't'idée. - Le vieux : - T'as bien compris l'esprit de la chose. » Sergent Major ne répond pas, il boit et s'empiffre

Célanie relança : « Mais dit, le vieux, il est où ton gilet ? - Il brûle en enfer - Ali - Sage révolution, choisir c'est renoncer. Le vieux : - Bon alors, qu'est-ce qu'on fait ? Célanie : - Faut tenter un coup politique avec les escargots... - Comment ça, on avait dit pas touche à mes bébêtes ! - Un coup de bave sans bavure. - Dis-là, ton idée - Attaquer le Grand Capital à la bave. Ali, le vieux, le brigadier : - ? ? ? Célanie : - L'argent-papier d'abord, de la bave dans tous les distributeurs, le virtuel ensuite, de la bave dans leurs ordis. Ali : - Ah ah, un nouveau Traité de bave et d'éternité (2), je vois, Faire entrer l'Infini dans le stade terminal... » (3) Le brigadier se grattait le crâne : « C'est pas interdit par la loi, ça ? Célanie : - Pas encore, et justement, c'est ça qu'est bien. Le brigadier - Quoi qu'est bien ? Le trio en chœur : - Qu'interdit ou pas, on le fasse »

ils continuèrent le palabre auto-organisant leur projet révolutionnaire jusque tard dans l'après-midi, puis Célanie fatiguée s'excusa : « Moin lé mol, on pijé zié », et rentra chez elle dormir. Sergent Major prit congé : « C'est l'Eure de mon service », Ali fit la vaisselle amer et le vieux la salade pour les escargots, qui mangent la nuit, ça porte conseil... de guerre !


notes
- 1 : LBD, lanceur de balles de défense, de flashballs, entre autres
- 2 : Le Traité de bave et d'éternité est un film réalisé en 1951 par Isidore Isou avec Jean Cocteau, Jean-Louis Barrault. La bande-son est constituée de poèmes lettristes
- 3 : Faites entrer l'infini est la revue de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet; elle paraît deux fois l'an

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