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Message par Patlotch le Mar 2 Oct - 23:14

il y a des livres qui font leur époque, et celui-ci je vous le dis en est un. Il est donc à lire indépendamment du succès qu'il aura, durable, parce qu'il est paradigmatique des changements en cours dans "les rapports de l'homme à la nature". C'est un peu comme avec la permaculture : mode ou révolution ?

ce livre est à lire parce qu'il ne ressemble à aucun autre, et parce qu'il est bien écrit, du moins si j'ai pu en juger par la traduction

dans ce sujet, je parlerai de livres que j'ai bien aimés, lus il y a longtemps ou récemment. Celui-ci m'a suffisamment marqué pour que je m'en inspire dans la création de ce nouveau forum (voir ici)


Richard Powers embrasse un sujet aussi vaste que l'univers : celui de la nature et de nos liens avec elle.

Après des années passées seule dans la forêt à étudier les arbres, la botaniste Pat Westerford en revient avec une découverte sur ce qui est peut-être le premier et le dernier mystère du monde : la communication entre les arbres. Autour de Pat s'entrelacent les destins de neuf personnes qui peu à peu vont converger vers la Californie, où un séquoia est menacé de destruction.

Au fil d'un récit aux dimensions symphoniques, Richard Powers explore ici le drame écologique et notre égarement dans le monde virtuel. Son écriture généreuse nous rappelle que, hors la nature, notre culture n'est que " ruine de l'âme ".

« Si Powers était un auteur américain du 19e siècle, qui serait-il ? Il serait probablement Herman Melville, et il écrirait Moby Dick. » Margaret Atwood

extrait p. 503-504
Disons que la planète naît à minuit et que sa vie court sur un jour.

Au débit, il n'y a rien. Deux heures sont gaspillées par la lave et les météores. La vie n'apparaît pas avant deux ou trois heures du matin. Et même alors, c'est seulement d'infimes bribes qui se dupliquent. De l'aube à la fin de la matinée - un milliard d'années de ramification - rien n'existe que de maigres cellules simples.

Et puis il y a tout. Quelque chose de fou arrive, peu après midi. Une variété de cellule simple en asservit deux ou trois autres. Les noyaux acquièrent des membranes. Les cellules développent des organelles. Un camping solitaire donne naissance à une ville.

Les deux tiers du jour sont passés quand animaux et plantes prennent des chemins séparés. Mais la vie n'est encore que cellules simples. Le crépuscule tombe avant que la vie composée s'impose. Tous les grands organismes vivants sont des retardataires qui n'arrivent qu'à la nuit. À neuf heures du soir apparaissent méduses et vers de terre. L'heure est presque écoulée quand survient la percée : épines dorsales, cartilage, une explosion de corps possibles. D'une minute à l'autre, d'innombrables tiges et branches nouvelles éclatent et s'égaillent dans la frondaison qui s'étend.

Les plantes parviennent à la terre juste avant vingt-deux heures. Puis les insectes, qui aussitôt décollent. Quelques minutes plus tard, les tétrapodes s'arrachent à la boue des marées, en charriant sur leur peau et dans leurs tripes des univers entiers de créatures plus anciennes. Vers onze heures, les dinosaures ont fait leur temps, et laissent la barre aux mammifères et aux oiseaux pour une heure.

Quelque part dans ces soixante minutes, très haut dans la canopée phylo-génétique, la vie se fait consciente. Des créatures commencent à spéculer. Des animaux apprennent à leurs enfants le passé et le futur. Des animaux apprennent à avoir des rituels.

L'homme moderne au sens anatomique se pointe quatre secondes avant minuit. Les premières peintures rupestres apparaissent trois secondes plus tard. Et en un millième de clic de la grande aiguille, la vie résout le mystère de l'ADN et se met à cartographier l'arbre de vie lui-même.

À minuit, la plus grande partie du globe est convertie en cultures intensives pour nourrir et protéger une seule espèce. Et c'est alors que l'arbre de vie devient encore autre chose. Que le tronc géant commence à vaciller.

un tronc géant du 19e siècle écrit que « Toute l'histoire des sociétés est l'histoire de la lutte des classes. » (Marx, Le Manifeste), mais ça, c'est dans la dernière seconde avant minuit. Et le même que « l'essence humaine n'est pas une abstraction inhérente à l'individu isolé. Dans sa réalité, elle est l'ensemble des rapports sociaux » (Thèses sur Feuerbach, VI)

si rapports sociaux, pas d'essence ! mais c'est vrai, l'individu n'existe pas. Dans sa réalité, la fourmi aussi, apparue il y a 100 millions d’années, est l'ensemble de ses rapports sociaux, et même sociétaux. Comme individu, elle ne pèse pas grand chose, mais l'ensemble de ses 12.000 espèces, un pour cent des races d'insectes, excède en poids l'humanité

l'homme ne fait donc pas le poids, ni sa pensée

c'est le genre de considérations auxquelles il va falloir s'habituer. L'idée de ce nouveau forum est d'aborder les choses tout autrement que je l'ai fait jusque-là, que ce soit dans le fond, ou dans le style. Pourquoi ? parce que je n'avais pas envie d'en crever !

James Sallis a écrit:Et pourtant un si grand nombre d'entre vous ne vivent pas dans ce monde.

Vous vous contentez de lui rendre visite et vous choisissez, à la place, de vivre dans un monde de mots, de théories.

Vous êtes coincés, prisonniers de votre langage, otages de votre obsession de comprendre.

Les théories mènent votre monde, et elles vont le détruire.


James Sallis, 'Le tueur se meurt', Rivages/Thriller 2013 p.192


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Re: C'EST À LIRE

Message par Patlotch le Sam 6 Oct - 4:21

pas encore lu, une belle chronique

Régis Jauffret : La souffrance est une sale habitude
Les Lettres françaises 29 septembre 2018


Le dernier “roman” de Régis Jauffret est une grande réussite. L’auteur y dissèque une fois de plus l’être humain malade du corps, de l’esprit et de l’âme. Il semble s’acquitter de sa tâche avec une joie mauvaise et délicieusement cruelle. Son style ramassé en quelques phrases, en peu de mots, fait mouche à tous les coups. L’écrivain y évoque encore quelques-unes de ses obsessions, le temps qui passe, la vieillesse et la mort. Le corps décrépit « à l’état de restes sans beauté ».

Après les microfictions publiées en 2007, « toutes les vies à la fois », sont ici nouvellement croquées, à travers plus d’un millier de micro-histoires qui se suivent et se répondent dans l’ordre alphabétique. La première a pour titre Aglaé « une plante qui ne fleurira jamais ». Dans la dernière intitulée Zéro baise, on trouve la terrible phrase : « voilà je t’ai violée ».

Ces résumés de quotidien sont enchifrenés de maux divers, électrocutés de cauchemars, de faillites, de misères, de traumatismes singuliers. Il s’agit de réalités ébranlées, cabossées, de vies condamnées sans appel, disséquées, coincées entre hier et demain, « abandonnées à l’imaginaire sans issue où vivent les fous », de parcours insignifiants où « l’avenir est une meurtrière derrière laquelle tombe la nuit ». L’échec semble tissé page après page comme s’il se transmettait « par les infimes postillons qu’on échange inéluctablement à l’issue d’une conversation ».

Ces vies microscopiques bien gâchées, « où la charrette du quotidien se traîne », sont peuplées de victimes, de personnages sadiques, insupportables et méchants. L’auteur dévoile ici une manière de « chronique de la haine ordinaire », qui n’est évidemment pas exempte de violences : le meurtre, le viol, le suicide, les coups, l’inceste, l’humiliation sont présents dans ces pages où le soleil lui-même insistant et vicieux semble « bombarder de reproches et de questions sans réponses » celui qui s’y brûle.

« Inventée pour humilier les femmes », la lumière du jour elle-même en est trop cruelle. Elle « vous dessine à l’encre de chine, vous creuse au fusain, vous achève à la sanguine » dit l’une de ses protagonistes. Et quand il pleut « c’est de la sueur que le ciel noir transpire à grosses gouttes ».

L’amour ? Ce n’est rien de plus qu’une croyance comme une autre qui ne dure jamais. Aussi tel personnage n’a-t-il point envie d’aimer : « il suffit de trouver un dieu et de l’adorer le temps qu’il vous trahisse, vous lasse, vous ridiculise, disparaisse avec une sainte, une femme adultère, une putain ». Et un autre de dire, qu’une fois les enfants partis, « demeurent deux êtres irrités de s’être trop frottés l’un contre l’autre dans le même lit, les mêmes pièces, d’avoir occupés les années de leur vie comme autant de domiciles abandonnés l’un après l’autre à l’état de taudis ». Aussi le vide est-il souvent préféré à l’amour.

La vieillesse ? une panoplie : un jour, dit la narratrice de Comme une trempe, « on vous enfile une cagoule toute ridée, une combinaison de peau molle, tavelée et on remplace vos jambes par une paire d’échasses qui vous oblige à marcher au pas, à vous traîner, à craindre de tomber et de briser ces frêles accessoires en bois d’allumette ». Alors que « [sa] main tremblante suffit à remuer les braises de [sa] sexualité en voie d’extinction ».

Parfois, comme subrepticement, le bonheur semble s’inviter dans la conversation à l’humour glaçant. Au détour d’une page, il est « comme un vin nouveau, léger, vif », mais ne nous y trompons pas, celui-ci n’est pas pour autant « un vin de garde auquel chaque année apporterait un arôme supplémentaire ». Bien au contraire, le bonheur s’empâte. Telle la vie vieillissant comme un corps, à force de satiété, il devient ennuyeux quand il dure trop longtemps. Qu’il rayonne divinement et c’est le feu de l’enfer qui viendra le consumer.

Comme toujours chez Jauffret, c’est le temps qui s’écoule, le temps « qui grignote, passe comme un missile et n’est guère plus long que l’infarctus qui nous emportera », qui pose question. Imperceptible parfois, « l’hémorragie à sang de monnaie » n’en est pas moins réelle. Écoutons encore un de ses personnages : « Chaque seconde nous coûte quelques globules, chaque mois est une pinte de notre temps qui s’est écoulée. Au cours de mon siècle d’existence j’en ai perdu une barrique entière dans laquelle un de ces jours je me noierai ».

Tout cela n’est que fiction, science-fiction même, se dit-on dans un frisson, quand la dernière page du livre se referme. Et l’auteur d’écrire : « ceux qui sont condamné à se contenter de la réalité n’ont pas l’insouciance des personnages de fiction à qui rien ne coûte ». Le salut serait-il dans l’écriture ? Si, comme disait le poète, le mot « tombe sur l’âme comme la rosée sur l’herbe », le chant n’est peut-être pas au fond si désespéré…

Marc Sagaert


2008

Livre monstre, Microfictions rassemble cinq cents histoires tragi-comiques comme autant de fragments de vie compilés. De A à Z, d'«Albert Londres» à «Zoo», ce roman juxtapose le banal de vies ordinaires tout à la fois fascinantes, cruelles, monstrueuses, à travers le quotidien d'un journaliste cynique, d'un cadre déphasé, d'un vieillard pédophile, d'un flic, d'un voyou, d'un SDF, ou d'un enfant mal aimé, incarnations successives d'une humanité minée par la folie, le désespoir, et qui pourtant se bat et espérera toujours. Le lecteur traverse ce livre comme une foule, il reconnaît certains visages, et croit parfois apercevoir sa propre silhouette au détour d'une page.


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Re: C'EST À LIRE

Message par Patlotch le Dim 21 Oct - 18:53

puisqu'inspiré par L'arbre-monde de Richard Powers (voir plus haut) dans la structure du forum, autant parler du livre qui lui a inspiré ce roman


« Si vous lisez ce livre, je crois que les forêts deviendront des endroits magiques pour vous aussi. »
Tim Flannery, auteur de Sauver le climat

« Un livre passionnant et fascinant… Wohlleben est un merveilleux conteur, à la fois scientifique et écologique. »
David George Haskell, auteur d’Un an dans la vie d’une forêt

Dans ce livre plein de grâce, acclamé dans le monde entier, le forestier Peter Wohlleben nous apprend comment s’organise la société des arbres. Les forêts ressemblent à des communautés humaines. Les parents vivent avec leurs enfants, et les aident à grandir. Les arbres répondent avec ingéniosité aux dangers. Leur système radiculaire, semblable à un réseau internet végétal, leur permet de partager des nutriments avec les arbres malades mais aussi de communiquer entre eux. Et leurs racines peuvent perdurer plus de dix mille ans…

Prodigieux conteur, Wohlleben s’appuie sur les dernières connaissances scientifiques et multiplie les anecdotes fascinantes pour nous faire partager sa passion des arbres. Une fois que vous aurez découvert les secrets de ces géants terrestres, par bien des côtés plus résistants et plus inventifs que les humains, votre promenade dans les bois ne sera plus jamais la même.

Peter Wohlleben a passé plus de vingt ans comme forestier en Allemagne. Il dirige maintenant une forêt écologique. Son livre a été numéro un des ventes en Allemagne avec plus de 650 000 exemplaires vendus et est devenu un étonnant best-seller aux États-Unis. Il est traduit en 32 langues.

Traduit de l’allemand par Corinne Tresca.


dès les premières lignes de l'avant-propos, le décor capitaliste est pour ainsi dire planté
Quand j'ai commencé ma carrière de forestier, j'en savais à peu près autant sur la vie secrète des arbres qu'un boucher sur la vie affective des animaux. La sylviculture moderne produit du bois, en d'autres mots elle abat des arbres puis replante des jeunes plants. La lecture des revues spécialisées permet de comprendre que la bonne santé d'une forêt n'a d'intérêt que dans la mesure où elle participe d'une gestion optimale. Cette perception suffit également au quotidien du forestier qui finit par avoir une vision déformée des choses. Une large part de mon travail consistant à estimer les qualités intrinsèques ou la valeur marchande de centaines d'épicéas, de hêtres, de chênes ou de pins, je ne voyais les arbres que sous cet angle

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saule, pleure pour moi

un des standards de jazz les plus chantés et joués a été composé par une femme, Ann Ronell, en 1932 : Willow weep for me (le saule pleure pour moi). La composition en est tout à fait intéressante. Dans une structure de 32 mesures en AABA, les 8 premières mesures de A suivent l'harmonie d'un blues. Le pont (B) fait hésiter entre Do mineur et Sol mineur


il en existe d'innombrables enregistrements, par Louis Armstrong Billie Holiday, Thelonious Monk (Milt Jackson au vibraphone), Serge Chaloff, Nina Simone, Cannonball Adderley, Sarah Vaughan, George Benson quand il jouait encore du jazz

une des premières, en 1932 est avec le recul particulièrement drôle, où le saule ne pleure pas vraiment : Ted Fio Rito Orchestra with Muzzy Marcellino on vocal. Paul Whiteman était plus romantique, mais une des plus mauvaise fut au Top40 en 1964 : Chad & Jeremy "Willow Weep for Me". En 1968, une version française de Bob Asklöf rivalise de nullité. On avait déjà commencé de massacrer les arbres...

une de mes versions préférées est celle du guitariste Wes Montgomery en 1965, avec Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb, soit la rythmique du quintette de Miles Davis avec John Coltrane dans Kind of Blue, où il n'est certes pas question d'arbres, mais vous pouvez toujours écouter Autumn Leaves, alias Les feuilles mortes



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un autre documentaire passionnant, Arbres de Sophie Bruneau, 2001, commentaire lu par Michel Bouquet


Arbres est une histoire de l’Arbre et des arbres. Il commence par les Origines puis voyage à travers le monde des arbres et les arbres du monde. Le film raconte les grandes différences et les petites similitudes entre l’Arbre et l’Homme avec l’idée prégnante que l’arbre est au règne végétal ce que l’homme est au règne animal. Arbres est un parcours dans une autre échelle de l’espace et du temps où l’on rencontre des arbres qui communiquent, des arbres qui marchent, des arbres timides ou des arbres fous... Arbres renverse quelques idées reçues en partant du constat que l’on voit toujours l’animal qui court sur la branche mais jamais l’arbre sur lequel il se déplace.


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Re: C'EST À LIRE

Message par Patlotch le Dim 28 Oct - 15:25

j'ai lu ça


Marseille, 2017. Les vidéos d'exécutions qui circulent sur l'internet donnent des idées macabres à un groupe d'adolescents, subjugués par la détermination et la froideur des bourreaux de Daech. Le commissaire Massonnier, lui, enquête sur une affaire de trafic de drogue et d'islamisme. Affaire qui va le concerner personnellement quand il s'apercevra que sa fille Maï y est intimement mêlée ! L'adolescente, en révolte depuis le divorce de ses parents et la nouvelle vie de son père, a décidé en effet d'entrer dans la cour des grands. Mais sera-t-elle à la hauteur du jeu proposé ?

Dans ce nouveau polar, Ahmed Tiab nous entraîne dans les rapports complexes entre parents et adolescents, confrontés à la brutalité nouvelle du monde. Un roman implacable... mais d'où l'humanité n'est jamais absente.

l'avis de Bob Polar Express
TRANSGRESSION ET TERRORISME

Introduction* : " L'autre c'est toi, c'est moi, c'est nous."

La trilogie oranaise n'a pas encore pris fin avec Gymnopédie pour une disparue dernier récit mettant en scène le commissaire Kémal Fadil, personnage récurrent de l’auteur, qui fait une courte apparition dans ce nouveau roman. Une traversée de la Méditerranée suffit pour s’amarrer dans les cités du nord de Marseille. C’est dans cette ville malmenée par le nouveau banditisme qui s'installe dans les quartiers - remplaçant le traditionnel « corso-marseillais » - que le commissaire de police Franck Massonnier va enquêter sur l’assassinat d’une femme arabe. On ne saura jamais si le tueur avait les pieds « tanqués » lorsque qu’il a fracassé son crâne avec une boule.Sur les lieux de ce jeu de massacre un indice est repéré. Puis c’est un véhicule qui brûle où l'on retrouve les deux corps calcinés de jeunes connus des services de police - dont un à la main tranchée. Les soupçons se dirigent immanquablement vers les petits caïds du trafic de drogue et les nouveaux adeptes de la charia - les signes ne trompent pas. Massonnier est dans la mouscaille. Maï, sa fille, est de plus en plus distante voire absente depuis que son père a quitté son épouse pour former un couple avec un nouveau partenaire, son collègue l’inspecteur Lofti Benattar – "beur, flic et homo" c'est ainsi qu'il se définit. Maï semble traîner avec un dealer puis est kidnappée. La mouscaille.

Ahmed Tiab ne plonge pas ses ingrédients - ils sont nombreux - dans la grande marmite des malaises sociaux, des replis identitaires ou du business de la drogue en se contentant de touiller énergiquement pour renifler la puante pitance. Sa « patte » reconnaissable jongle avec les sphères privée et publique sans pathos, sans sentence mais avec une poigne suffisamment ferme pour partager ses profondes impressions dans cette intrigue brûlante. En abordant le thème du rejet de l’homosexualité par le biais de Maï on entre au cœur du désordre familial et de ses répercussions – il en est de même avec la mère de Lofti. C’est encore avec Maï que l’on s’introduit dans le cercle de ceux qui sont désormais considérés comme les épouvantails des banlieues françaises - alors que les recruteurs ne puisent pas essentiellement dans les cités, loin de là. L'auteur a fait ce choix mais évoque aussi cet islamisme radical qui se répand via les réseaux sociaux et qui touche ces jeunes immigrés ou d'origine immigrée qui le plus souvent n'ont jamais lu les sourates et sont en recherche d'identité dans ce pays qui n'est pas vraiment le leur. C'est dans une atmosphère tendue que le duo d'enquêteurs va tenter de percer le mystère de ce nouveau groupuscule de soldats de Dieu, lové dans les quartiers sinistrés de Marseille.

Que Ahmed Tiab soit d'origine algérienne, qu'il ait fuit le régime qui s'est installé dans son pays à l'orée des années 90 – il se considère comme un "réfugié culturel" -, qu'il soit désormais établi en France – où il enseigne l'espagnol - et qu'il écrive des romans noirs n'est pas anodin. Mais il insiste sur le fait qu'il a choisi la fiction pour grossir le trait, que l'idée d'introduire des affaires criminelles lui est venu en écrivant. C'est donc naturellement que le problème identitaire devient le thème principal de ce roman que l'auteur met en lumière avec un exemple frappant. Ceux-là mêmes, ces français, qui se sentent rejetés en France reconnaissent leur identité et la mettent en avant en visitant un pays étranger – leur voyage en Thailande. Mais le sectarisme est également au cœur du récit. Cette intolérance qui ne connaît pas de frontière, de religion ou de génération. Car la jeune française et la mère maghrébine expriment la même homophobie.

Pour donner la mort, tapez 1 est un drame contemporain. Ahmed Tiab avec sa plume aussi incisive que généreuse ne nous épargne pas, exclut le répit et enfonce le clou - la fin est tragique. Transgression et djihadisme se partagent le désordre qui s'ancre dans ce roman. La reconnaissance identitaire est un combat – les uns le livrent les armes à la main, les autres préfèrent la prévention. Fanatisme et rejet de l'autre se répandent sur la toile dite sociale. D'un clic pour donner la mort il suffit parfois de taper 1.

premières pages
« Putain, mais t'as vu les mecs ! Ils attendent peinards, chacun derrière son condamné, couteau à la main. Et aucun ne tremble ! Ils vont les saigner comme des porcs, sans aucune hésitation ! Des vrais oufs, macha'Allah ! »

Comme chaque fin de semaine, Sofiane et Hocine se retrouvent en bas de l'immeuble pour bavarder de longues heures durant en attendant d'être appelés pour dîner. Ils profitent de ces petites réunions du week-end pour visionner ensemble les dernières vidéos en provenance de Syrie tout en fumant quelques joints. Ils jouent les affranchis et commentent avec une excitation teintée d'admiration les courts reportages de téléréalité sanglante charriés par les sites djihadistes, souvent camouflés derrière de fausses images de chatons à cliquer ou de promesses pornographiques qu'ils savaient retrouver sur leurs smartphones. Ils connaissent par cœur les stratagèmes des sites islamistes pour irriguer la toile de leur exhibitionnisme morbide. Les deux jeunes hommes se paient de mots en reprenant les formules entendues des dizaines de fois sur les réseaux. Phrases souvent dites en arabe, une langue à laquelle ils n'entendent souvent rien. Ils répètent à s'en goinfrer les mots venus du Shâm, contrée dont ils sont incapables de dessiner les contours, patrie fantasmée de ceux qui n'en ont plus.

Ils se remplissent ainsi des quelques phrases apprises pendant le mois de vacances qu'ils passaient au bled en été lorsqu'ils étaient encore minots. Trop vieux pour être obligés d'obéir à leurs darons à présent, ils refusent d'y aller, prétextant des stages bidons ou bien des jobs d'été minables. Ils ne veulent plus qu'on les traite d'immigrés, de moitié de musulmans dans la patrie de leurs parents. Ils ne supportent plus qu'on mate leurs frangines parce qu'elles sont habillées comme en France, c'est-à-dire presque comme des putes à leurs yeux ; qu'on lorgne sur leurs fringues et leurs tennis de marque, qu'on convoite leurs iPhones et qu'on les considère comme des proies, des pigeons juste bons à dépouiller.

Tant qu'à partir à l'étranger, autant aller loin dorénavant. Ils avaient expérimenté une ou deux fois la nouvelle destination à la mode sur les conseils des copains de la cité : la Thaïlande. Mais ça n'avait pas duré.

Lorsqu'ils allaient encore au bled, quelques années auparavant, les départs étaient vécus comme des moments de fête. Toutes les familles, voire presque tout l'immeuble, s'y préparaient longtemps à l'avance, et plus la date approchait, plus les vieux se remettaient dans le bain originel en reparlant le dialecte de leur enfance à toute occasion ou bien en remettant dans leur français l'affreux accent blédard. Comme pour s'entraîner, s'assurer qu'ils n'avaient pas oublié, pour ne pas paraître ridicules devant les cousins et se foutre la honte.

« Honte », ce mot détesté et craint de tous. La hchouma, comme ils disaient dans le quartier. Ce mot fourre-tout qui sert à discréditer ou à mépriser l'autre. Ordonne une certaine règle, impose une attitude à tenir sur leur territoire et institue une coutume dictée par un ensemble d'interprétations culturelles. La plupart des mots prononcés en langue arabe revêtent un aspect moralisateur, voire sacré, lorsqu'ils sont accolés au suffixe Allah.

La honte, sentiment qui annihile tout acte transgressif au sein de la communauté, réduit la défense au silence ou la contraint à la surréaction, parfois même à la violence. La honte, compagnon fidèle de leurs grands-pères toujours murés dans leur différence depuis qu'on les avait jetés dans les usines, les champs, les mines, les cités et l'indifférence durant les années cinquante et soixante. Les pères ensuite, tiraillés entre leur droit du sol et celui du sang qu'on leur discutait dans le pays d'origine, vivaient, eux, la honte permanente de n'appartenir à aucun camp, de n'être acceptés par personne. Ils laissèrent leurs descendances bardées de doutes, dans l'ignorance de leur propre histoire, et déléguèrent la question aux prédicateurs de haine, aux prédateurs idéologiques et à la drogue.

j'ai lu ça. Ce n'est pas à lire absolument. Côté intrigue, c'est assez bien ficelé. Coté écriture, pas emballant, sans originalité, plus intello que littéraire, comme si l'auteur voulait démontrer sa maîtrise du français. Côté personnages, crédibles mais un peu trop fabriqués, chacun condensant des caractères qu'on ne trouve que chez plusieurs dans la vie. Côté véracité, "mentir-vrai", un réalisme cru mais trop pour sonner juste, en quoi c'est assez marseillais

bref, ce n'est pas ce que j'appellerais un bon roman quoi qu'en disent les critiques emballées. Les ingrédients sociologiques sont bien là, densément collés, on croit en apprendre beaucoup sur Marseille, les banlieues, l'islamisme, la radicalisation, l'homophobie et même l'accent, mais pour moi un je ne sais quoi ne sonne pas juste, une lourdeur très certainement. Étonnant, cet absence véritable de rythme, chez un auteur qui aime et joue du jazz, il est pianiste...

il y a quelques années, je me serais régalé de ce polar immergé dans "la vraie vie" que je ne pouvais connaître que par les livres, mais depuis sur ces thèmes j'en ai lu d'autres bien plus sensibles et faisant vibrer les personnages de l'intérieur*, peut-être moins analytiques, moins intellectuels, et même moins " bien écrits", mais combien plus "vrais", et correspondant à ce qu'in fine j'ai pu apprendre par moi-même à travers mes errances

* écrits par des femmes, le plus souvent musulmanes des "quartiers", des vrais morceaux de vie en direct, et pas d'interview à France Culture

PS : je connais mal Marseille, n'y suis allé que deux fois à trente ans d'intervalle, et quelques Marseillais. À une exception près, un (ex?) membre de TC dans son fauteuil roulant dont je n'ai plus de nouvelles, je n'en ai que de mauvais souvenirs. La première fois, en 1973 en stop avec ma copine, je m'étais cogné à l'Armée du Salut et à un routier qui voulait bien la prendre dans sa cabine, moi dans la remorque ; la seconde en 2007 à une sorte de Témoins de Jéhovah du communisme

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Re: C'EST À LIRE

Message par Patlotch le Sam 3 Nov - 17:24

au programme de lecture, peut-être

Catherine Poulain et Makenzy Orcel
Le Temps des écrivains France Culture, 03 septembre 2018


Makenzy Orcel, Catherine Poulain
Crédits : Christophe Ono Dit Biot - Radio France

Cette semaine, dans le temps des écrivains, un dialogue entre deux auteurs qui à merveille parlent des femmes, de leurs combats, des dangers qu’elles encourent et de la force qu’elles déploient contres les hommes, leurs pouvoirs, leur désir : Catherine Poulain qui, après le succès énorme du « grand marin », publie «  Le cœur blanc » aux éditions de l’Olivier, et Makenzy Orcel, l’auteur haïtien très remarqué des « Immortelles », et qui publie « Maître-Minuit », aux éditons Zulma.

Dans « Le cœur blanc », on est en Provence, dans la chaleur d’un été où surgissent deux héroïnes plongées dans un milieu d’hommes, celui des saisonniers. Rosalinde, venue du Nord, surnommée « La boche », et qui enflamme le désir des hommes avec « sa petite tête rousse de gibier des bois », comme l’écrit Catherine Poulain. Mais aussi Mounia, « l’Algérienne aux yeux verts », fille de harkis. Catherine Poulain nous raconte leurs vies, leurs luttes au milieu de ces hommes qui leur tournent autour, et ce travail qui assomme les têtes et les cœurs, au cœur d’une nature qui rend ivre autant que l’alcool qui sert à tenir. « Il faudrait toujours être en route pour l’Alaska », nous disait-elle dans le Grand Marin. Avec « Le cœur blanc », c’est une Alaska brûlante qu’elle dépeint, où les femmes jouent le rôle d’étincelles, surtout quand elles refusent de se plier à la loi des hommes. Pourquoi Catherine Poulain, qui se refuse à parler de roman « féministe », a t-elle choisi le feu pour dire ces femmes, ces « femmes du feu » comme chez Nerval du feu il y avait les « filles » ?

Dans « Les Immortelles », Makenzy Orcel, né en Haïti en 1983, donnait la parole à une prostituée. Dans « Maître Minuit », c’est une autre femme qui apparaît, shootée à la colle dans les rues de Port-au-Prince. Elle nous est racontée par son fils Poto. Son fils, ou plutôt celui qu’elle a kidnappé dans une maternité pour pouvoir aller mendier un enfant sous le bras. On est en Haïti, entre l’ère de Duvalier et celle d’Aristide, et on va suivre le destin de cette femme, Maria Elitha Demosthène Laguerre, qui n’a comme seul refuge cette drogue bon marché, ainsi que celui de Poto, qui ne connaît pas son père, marin de passage, et se débrouille comme il peut, avec comme seul trésor, dans son sac à dos, les dessins, qu’il transporte avec lui depuis l’enfance. Roman d’apprentissage, « Maître Minuit » est aussi une fresque sur le pouvoir politique qui aliène, et la résistance qui s’impose. Notamment pour les femmes, les plus beaux personnages du roman de Makenzy Orcel. Mais quel rôle joue donc ce « Maître Minuit », géant marcheur de la mythologie vaudou qui règne sur la vie et les espoirs, peut-être, de ces femmes ?


et toujours peut-être


In this edited collection of work spanning more than 20 years, Silvia Federici provides a detailed history and critique of the politics of the commons from a feminist perspective. In her clear and combative voice, Federici provides readers with an analysis of some of the key issues in contemporary thinking on this subject. Drawing on rich historical research, she maps the connections between the previous forms of enclosure that occurred with the birth of capitalism and the destruction of the commons and the “new enclosures” at the heart of the present phase of global capitalist accumulation. Considering the commons from a feminist perspective, this collection argues that women and reproductive work are crucial to both our economic survival and the construction of a world free from the capitalist hierarchies. Federici is clear that the commons should not be understood as happy islands in a sea of exploitative relations—but rather autonomous spaces from which to challenge the existing organization of life and labor.
il s'agirait aussi de questionner à nouveaux frais la problématique des Communs en la confrontant dans ces variantes à mon point de vue actuel. Ce nouveau livre de Federici pourrait en être l'occasion, si la traduction française ne tarde pas trop

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