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LE MONDE BRÛLE-T-IL ? CAPITALISME et CHANGEMENT CLIMATIQUE

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LE MONDE BRÛLE-T-IL ? CAPITALISME et CHANGEMENT CLIMATIQUE

Message par Patlotch le Jeu 4 Oct - 15:16

un ami me signale l'article ci-dessous en précisant :
Tiens, tout est dans le titre, ou presque...
Je partage cette idée : il me semble vraiment curieux, et terrible à la fois que ce fait soit pratiquement ignoré... les matérialistes détachés de la matière même...

ce sera le prétexte à l'ouverture de ce sujet où je discuterai la dimension écologique d'un changement communiste de civilisation. Dans le forum précédent, je l'avais traitée doublement dans LA RÉVOLUTION COMMUNISTE SERA ÉCOLOGIQUE OU NE SERA PAS (écologie et marxisme) et LA CLASSE CAPITALISTE DE L'ÉCOLOGIE, qui montrait comment le capital se confronte dans ses limites à la contradiction préserver le vivant en le détruisant (développement durable, capitalisme vert, bras de fer Macron-Trump, transition écolo-capitaliste avec Hulot...). Mes commentaires suivront


Aurélien Barrau, astrophysicien, a enflammé les réseaux sociaux avec un discours lucide et saisissant sur le réchauffement et la responsabilité de l’humanité dans sa propre destruction.


Début septembre, Aurélien Barrau, 45 ans, astrophysicien à l’université Grenoble-Alpes, lançait avec l’actrice Juliette Binoche un appel pour une action politique «ferme et immédiate» face au changement climatique, signé par 200 personnalités et publié en une du Monde. Quelques jours plus tard, invité du festival Climax, à l’Ecosystème Darwin, à Bordeaux, il enfonçait le clou, avec un discours limpide et percutant qui a enflammé les réseaux sociaux - vu près de 4 millions de fois sur Facebook. Devenu malgré lui une figure médiatique, il souhaite désormais «retourner à ses recherches».

Vous n’êtes ni climatologue ni spécialiste de la biodiversité. Qu’est-ce qui vous a amené à sonner l’alerte sur l’écologie ?

Je n’ai pas de compétence particulière dans ce domaine et je ne masque pas cette ignorance. C’est un cri d’alarme que je pousse en tant que citoyen, en tant que vivant. Mais comme scientifique je sais néanmoins deux choses : d’abord qu’une croissance exponentielle, dans un monde de taille finie, est impossible durablement, et ensuite que si les prédictions climatiques ont pu être un peu aléatoires, elles sont désormais extrêmement fiables. Il est aujourd’hui impossible d’être climatosceptique.

Vous parlez de «crash du système planétaire», d’«atrophie des espaces de vie». Même de «fin du monde»…

En tant qu’astrophysicien, je peux confirmer que la Terre continuera de tourner autour du Soleil. L’expression semble donc exagérée. Mais quelle est la spécificité de notre monde ? C’est cette richesse du vivant, cet équilibre subtil et fragile gagné après des millions d’années d’évolution. Si notre planète se dépeuplait de l’essentiel des vivants, en quoi serait-elle encore miraculeuse, merveilleuse, magique ? En quoi mériterait-elle encore d’être sauvée ? Voilà pourquoi je crois qu’on peut parler de fin possible du monde.

Votre constat rejoint celui du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, selon lequel le monde a deux ans pour agir contre le changement climatique sauf à affronter des «conséquences désastreuses». N’est-il pas déjà trop tard ?


Il est trop tard pour que rien de grave n’ait lieu. On le voit déjà : 60 % des populations de vertébrés ont disparu en quarante ans. L’Europe a perdu, en trente ans, plus de 400 millions d’oiseaux et 80 % des insectes volants. Et au niveau humain, on commence déjà à observer des déplacés climatiques et des pandémies. La catastrophe a déjà lieu. En ce sens, c’est vrai, il est trop tard. Mais ça pourrait être bien pire. Dans un système aussi complexe que la Terre, il y a des paliers. Ce que met en exergue l’ONU, c’est que si on ne fait rien de drastique d’ici quelques années, on passera un palier. Ensuite, même si on est exemplaire, il faudra des temps gigantesques pour inverser la tendance.

Emmanuel Macron sacré «champion de la Terre» à New York, ça vous inspire quoi ?

Si cette récompense consacre une action passée, elle est incompréhensible. L’année 2017 a été la pire de l’histoire en termes de rejets de CO2 et la France a été parmi les mauvais élèves. Nous ne sommes pas sur la bonne voie. En revanche, que Macron ait reçu cette médaille ne me choque pas. Je la vois comme une incitation. Parfois, endosser le costume de super-héros peut vous donner envie de vous comporter comme tel. C’est ce que j’espère : il aurait l’opportunité de rester dans l’histoire comme celui qui a commencé à sauver le monde. Ça serait pas mal, quand même ! A sa place, je me laisserais tenter, je crois !

Lui comme la plupart des dirigeants politiques continuent de vouloir concilier écologie et capitalisme. Est-ce possible ?

Quoi qu’on réponde, on est coincés. Si on répond oui, les altermondialistes n’écoutent plus. Si on dit non, les plus conservateurs, qui veulent faire un effort mais sans remettre en cause les fondements du système, n’écoutent plus non plus. On ne peut pas se permettre de trop restreindre. Tout le monde est d’accord pour dire qu’on ne doit pas envoyer la vie dans le mur. Les autres combats n’ont aucun sens si celui-là est perdu. Commençons par l’action : effondrons les émissions de CO2 et arrêtons d’envahir les espaces naturels. Et on verra bien quel système permet de le faire efficacement ! La vraie question est : pourrons-nous défendre notre bilan dans cinquante ans ? Non. Même si vous êtes ultralibéral, vous ne pourrez jamais expliquer que vous avez décidé de flinguer l’essentiel des vivants parce qu’il fallait gagner deux points de croissance. Cela transcende les divergences d’analyse économique.

A quoi ressemblerait un changement radical de modèle ?

Si on reste prisonniers des indicateurs de l’ancien monde, comme le taux de croissance, on aura forcément l’impression de régresser. L’inflexion drastique qu’on doit engager peut être perçue, au départ, comme une perte de confort ou de liberté. Mais c’est une illusion, ce sont ces indicateurs sclérosés qui sont biaisés car issus d’un système qui est dans l’impasse. Il faut redéfinir notre rapport au vivant, à la Terre, et envisager une décroissance économique qui soit une croissance intellectuelle, culturelle, écologique et humaniste. Une amélioration de la qualité de vie, une ouverture de possibles, un endiguement de la mort des espèces, un partage apaisé des richesses devraient, avec de meilleurs indicateurs, apparaître comme une authentique croissance ! Même si on baisse la production de certains objets techniques.

Depuis votre pétition, avez-vous été contacté par des responsables politiques ?

Oui, et ces conversations m’ont ému. Ces personnes m’ont dit qu’elles étaient conscientes du problème mais ne pouvaient pas faire changer les choses. Je vois deux raisons à cette impuissance. La première, ce sont les lobbys, tout le monde le sait. Nos dirigeants devront oser se fâcher, être braves, affronter de grandes puissances. Je crois qu’il y a une autre raison, plus subtile : aucun de nos dirigeants n’ayant été élu sur un programme écologiste, ils ne se sentent pas légitimes pour le mettre en œuvre. Il faut un sursaut citoyen. Faisons l’effort de dire, tous, de gauche, de droite, libéraux ou marxistes : «Nous ne voterons plus pour un candidat dont le projet écologique n’est pas clair, assumé et absolument prioritaire.»

Ce sont des dirigeants nationaux qui vous ont contacté ?

Je ne donne pas leur nom, car cela relève de conversations privées. Mais je n’ai pas eu Macron au téléphone, si c’est votre question !

Vous plaidez pour des mesures fortes, quitte à ce qu’elles restreignent nos libertés. A quoi pensez-vous ?

J’ai vu que cela suscite des crispations. On ne va pas instaurer un écofascisme ou un stalinisme vert ! Personne ne veut ça. Mais il ne faut pas se mentir : si l’on consomme moins, il y aura une petite incidence sur un certain type de confort. A l’instant, trois voitures viennent de passer, avec une seule personne dans chacune. Il ne s’agit pas de l’interdire mais il faut que cela devienne rare. Un billet d’avion coûte souvent moins cher qu’un billet de train, c’est incompréhensible. On réplique parfois que la liberté n’est pas négociable. C’est idiot, toute notre vie est conditionnée par des privations de liberté : je ne suis heureusement pas libre d’agresser un passant, ni de ne pas payer mes impôts ou de ne pas scolariser mes enfants. Des tas d’actes sont interdits ou obligatoires, pour le bien commun. Ne doit-on pas considérer la planète - la vie - comme un bien commun ? Dans quelques années, des épisodes caniculaires empêcheront de sortir de chez soi. Le corps ne peut pas rester longtemps à 55 °C. Le réchauffement nous privera de la liberté de sortir, ce n’est pas rien ! Il faut s’imposer de petites restrictions pour éviter une catastrophe in fine bien plus liberticide.

Vous vous inquiétez aussi de la disparition des espaces de vie. Cela appelle-t-il des mesures coercitives ?


C’est vrai qu’il ne faut pas parler que du climat. Aujourd’hui, la première cause d’extinction des espèces est la disparition des espaces de vie, les prélèvements excessifs, la pollution. L’expansionnisme humain n’est plus possible. Je n’ai évidemment pas envie que des gens renoncent à se loger décemment. Il faudra juste un peu plus de partage : on ne s’en sortira pas sans une répartition des richesses, des ressources et de l’espace de vie. Par ailleurs, certains pays donnent des droits à des fleuves ou des forêts, qui deviennent des «personnalités juridiques». On pourrait donner des droits à des objets naturels - parcs régionaux, montagnes, populations animales - qui auraient des représentants. On donne bien des droits à des entreprises ! Ce n’est pas infaisable : quand Kennedy a dit qu’on irait sur la Lune, c’était fou ; sept ans après, on y était. La seule question est de savoir si on veut le faire.

Un pays ne peut pas se transformer seul dans le cadre d’une économie mondialisée, dit-on…

Cet argument est irrecevable. On apprend bien à nos enfants que l’irresponsabilité des copains n’est pas une excuse… Pour être concret, l’échéance importante n’est pas la remise du rapport du Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat], dont les conclusions seront catastrophiques. Ni la COP 24 qui ne pourra rien faire, à cause de Trump. Mais le prochain sommet européen : Macron et Merkel auront un pouvoir de décision et pourraient ouvrir un gigantesque infléchissement écologique de l’axe européano-africain. On ne parlerait plus d’un pays mais de deux continents, ce ne serait plus anecdotique.

Même si la préoccupation écologique infuse dans l’opinion, croyez-vous que celle-ci soit prête à renoncer à son mode de vie ?

Je n’en suis pas sûr… Il semble qu’on choisisse l’effondrement. Mais je crois encore au pari de la vie. Quand les dinosaures ont reçu la météorite, ils ne pouvaient rien y faire. Nous, nous avons les rênes en mains. Certains pensent qu’il y aura, au dernier instant, un miracle technologique. Ce n’est pas raisonnable. Et même si on déménageait sur Mars, il y aurait très peu de «happy few» ! En revanche, je crois à un miracle éthique : on sait tous, au fond de nous, que la situation est insensée. On nie la vie en elle-même. L’inaction serait impardonnable : nous avons toute l’information.

Votre discours au festival Climax a eu un écho fort. Mais vous voulez retourner à vos recherches. N’avez-vous pas la responsabilité de porter la parole de cette cause ?

Ce que je vous ai dit à l’instant n’est pas nouveau. Si je vous avais parlé astrophysique, je vous aurais appris des choses, là je n’ai rien dit de très original. C’est mieux que je me retire, d’abord car j’ai une vie, un travail. Il ne faut pas «peopliser» ce sujet : peu importe que ce soit un type aux cheveux longs avec des bracelets au poignet qui l’aborde ! Des personnes bien plus compétentes travaillent sur ces questions, elles ont des solutions clés en main, chiffrées. C’est à elles qu’il faut donner la parole. Pour une raison qui me dépasse, mon message a été écouté. Tant mieux ! Je voudrais maintenant que le passage demeure, mais que le passeur disparaisse.

je répondais d'abord à cet ami que

Patlotch a écrit:oui, le titre est plus intéressant que certains passages, un peu naïfs. Il y a eu effectivement une dérive désincarnée des concepts marxistes. Après tout, le rapport au cosmos, c'est ce que Ollmann (La méthode dialectique de Marx) appelle le plus général des 7 niveaux de généralité*, et il est assez cocasse que des scientifiques (physiciens...) deviennent moins scientistes que nos philosophes

* p. 88-90
Marx divise le monde en sept niveaux de généralité majeurs, sept plans de compréhension sur lesquels il place tous les problèmes dont il fait l’investigation, sept niveaux de focalisation différents qui lui permettent d’organiser tout ce qui existe

niveau 1 : constitué de tout ce qui fait qu’une personne ou une situation est unique
niveau 2 :  ce qui est général aux individus, leurs activités et leurs produits, dû au fait qu’ils existent et agissent au sein du capitaliste moderne
niveau 3 : Le capitalisme en tant que tel. Ici, tout ce qui est particulier aux individus, leurs activités et leurs produits dus à leur apparence et à leur fonction dans la société capitaliste devient l’objet de la focalisation
niveau 4 :  niveau de la société de classe. Il s’agit de la période de l’histoire humaine au cours de laquelle les sociétés ont été divisées en classes sur la base de la division du travail
niveau 5 : la société humaine. La mise au point se fait ici sur ce que les qualités des individus, leurs activités et leurs produits ont en commun comme faisant partie de la condition humaine. Ici, on considère tous les êtres humains durant toute l’histoire de l’espèce
niveau 6 :  niveau de généralité du monde animal, car tout comme nous possédons des qualités qui nous distinguent en tant qu’êtres humains (niveau cinq), nous avons des qualités (entre autres une variété de fonctions vitales, des instincts, des énergies) que nous partageons avec d’autres animaux
niveau 7 : le plus général de tous, qui fait apparaître les qualités que nous possédons comme parties matérielles de la nature, comme le poids, l’étendue, le mouvement, etc.

quand je dis "naïf", le mot est faible. Aurélien Barrau affirme que le problème « transcende les divergences d’analyse économique. » et qu'« Il faut un sursaut citoyen. Faisons l’effort de dire, tous, de gauche, de droite, libéraux ou marxistes : « Nous ne voterons plus pour un candidat dont le projet écologique n’est pas clair, assumé et absolument prioritaire. », nous entendons la réponse du marxisme classique de la période programmatiste concernant tout ce qui n'était pas « la contradiction principale » entre capital et prolétariat : faisons la révolution d'abord, on réglera ça ensuite valant pour la domination masculine, le racisme, et donc l'écologie

il serait aisé de répondre à Barrau que si le capitalisme est la cause de cette situation, le combattre n'est pas une cause perdue, puisqu'il n'y aurait pas de solution sous sa domination. En d'autre terme, sa position serait un avatar de « la collaboration de classe », ou de ce qu'on nomme aujourd'hui le transclassisme

le mot est donc lâché, et la question posée de savoir si cela relève d'une lutte des classes, prolétarienne ou pas, ou d'un combat plus large, puisque toute l'humanité, l'espèce humaine en tant que telle (niveau 5), est concernée, et pas seulement les niveaux 3 et 4 (le capitalisme et la société de classe)

notre réponse est que réduire l'histoire des sociétés à celle de la lutte des classes, comme Marx dans Le Manifeste, n'est plus adéquat au problème qu'à sa manière pose Barrau, et aujourd'hui tant d'autres que je la vois devenir paradigmatique de notre époque

où nous voyons que si
« L'humanité ne se pose jamais que les problèmes qu'elle peut résoudre, car, à regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne se présente que lorsque les conditions matérielles pour le résoudre existent ou du moins sont en voie de devenir. »

Marx, Contribution a la critique de l'économie politique, 1859

alors si elle se pose aujourd'hui le problème de sa survie, c'est qu'existeraient ou seraient en voie de devenir les conditions matérielles pour le résoudre. Somme toute, c'est une bonne nouvelle : le monde brûle mais nous avons les moyens d'éteindre l'incendie

PS : je signale une critique écologiste de Barrau sur le site Reporterre : Non, l’humanité n’a pas toujours détruit l’environnement, Nicolas Casaux et Ana Minski, 3 octobre 2018


Dernière édition par Patlotch le Ven 9 Nov - 15:40, édité 1 fois

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Re: LE MONDE BRÛLE-T-IL ? CAPITALISME et CHANGEMENT CLIMATIQUE

Message par Patlotch le Lun 8 Oct - 8:57


Dans un nouveau rapport publié lundi, les experts du Giec assurent qu'il faut "des changements sans précédent dans tous les aspects de la société" afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C.


Le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) publie un nouveau rapport lundi 8 octobre sur le réchauffement climatique. Les spécialistes appellent à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C plutôt qu’à 2°C. Le rapport met aussi en évidence un certain nombre d’impacts du changement climatique qui pourraient être évités en limitant la progression du réchauffement.  

+ 1,5°C de réchauffement entre 2030 et 2052
Dans leur rapport, les scientifiques expliquent qu’"au rythme actuel, nous allons atteindre les 1,5°C de réchauffement entre 2030 et 2052", faute de réduction massive des émissions de gaz à effet de serre. Se rapprocher d’un réchauffement de + 2°C aurait des impacts irréversibles sur certaines espèces animales ou végétales, comme les coraux, la toundra et la forêt boréale. Quelque 6 % des insectes, 8% des plantes, et 4% des animaux vertébrés perdraient la moitié de leur habitat. Si on dépasse le seuil de 1,5°C, ils seront deux fois plus nombreux à disparaître.

Nos journées seront également plus chaudes mais surtout nos nuits. En France, par exemple on peut s'attendre à une hausse des températures de 4,5°C. Si on rate l’objectif, nous aurons une hausse de 6°C. Pourtant, il est important que la température baisse la nuit par rapport à la journée notamment pour supporter les canicules. Un réchauffement de 1,5°C limiterait aussi la hausse du niveau de la mer de 10 cm, et 10 millions d’habitants seraient ainsi préservés de la submersion marine. Le risque également, c'est qu'il y ait plus de maladies comme la malaria et la dengue, mais aussi davantage de pollution à l'ozone.

Réduire les émissions de 45% d'ici 2030

"Cela demande des changements sans précédent", assurent les climatologues. Il faut vite réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 45% d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 2010 et il faut enlever du CO2 de l’atmosphère : planter des forêts, absorber la pollution. Les techniques existent, mais elles ne sont pas encore déployées à grande échelle. Les deux prochaines années sont les plus importantes de notre histoire, assurent les experts.

Ce rapport avait été demandé au Giec, par les gouvernements, lors de la COP21 à Paris. Réunis la semaine dernière en Corée du Sud, à Incheon, les experts climat de l'ONU ont étudié 6 000 publications scientifiques. À présent, les États pourront s’appuyer sur ce rapport pour revoir à la hausse leurs ambitions climatiques en vue de la COP24, organisée le 3 décembre prochain en Pologne.


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Re: LE MONDE BRÛLE-T-IL ? CAPITALISME et CHANGEMENT CLIMATIQUE

Message par Patlotch le Sam 27 Oct - 9:52


une fausse alternative

un étrange débat s'installe, à gauche et chez les écolos, pour savoir s'il faut "abattre le capitalisme pour sauver le climat" donc en substance l'humanité, le vivant. Il est alors posé en termes d'alternative stratégique, entre luttes pour une "vraie" transition écologique, sous-entendu dans le capital, et lutte radicale contre celui-ci qui est la cause. C'est en quoi il est intéressant de critiquer le texte ci-dessous, et peu importe qu'il s'agisse d'une réponse à Lordon...

cela ressemble à la traditionnelle opposition entre luttes revendicatives et luttes révolutionnaires, étant donné, comme disent les communisateurs à raison, qu'il n'y a pas de "transcroissance" des premières aux secondes. Les premières existent comme défensives, de l'état existant ou des "acquis sociaux" en voie d'être irrémédiablement perdus, les secondes comme offensives de la part d'un sujet en devenir révolutionnaire. Il faut s'y faire : les luttes du prolétariat n'ont jamais, y compris sur le plan politique dans le programmatisme ouvrier, remis en cause réellement le capital, le travail comme producteur de valeur dans l'échange marchand

pour l'auteur de l'article ci-dessous, en l'absence de mouvement révolutionnaire, l'«urgence climatique » devrait conduire à s'attaquer à « moins que le capitalisme » tout en pensant à « plus que le capitalisme » parce que la cause le dépasserait, le responsable serait « l'homme »

le défaut de cette manière de penser est un manque de dialectique des dépassements prenant en compte et la qualité (le contenu) et la quantité (la masse des individus en lutte), celle-ci permettant l'émergence d'un seuil de rupture, la rupture avec le capital se posant aujourd'hui comme jamais en termes de régénération des liens internes de l'humanité à la nature, au vivant

s'il est faux à mon sens, dans un point de vue marxiste strictement classiste, de considérer que le capitalisme en subsomption réelle domine tout de façon absolu, de sorte qu'il ne resterait que la dynamique de la contradiction de classes entre prolétariat (classe ouvrière) et capital, il l'est autant de voir une extériorité de ce que serait l'homme, l'humanité, relativement au capitalisme actuel (c'est l'erreur de Théorie Communiste critiquant l'humanisme-théorique de tout ce qui sort du prolétariat comme sujet de la révolution). Le capitalisme a absorbé les contradictions historiques antérieures et les a remodelées dans de nouvelles contradictions où il se confronte directement au vivant dans son ensemble, humanité comprise

autrement dit, les luttes actuelles "sur le climat", "l'environnement", "la diversité biologique"... peuvent ressembler aux luttes syndicales et revendicatives d'antan, et en apparence se mouler dans les limites de la politique institutionnelle, démocratique, mais en même temps, elles font bien plus : elles se confrontent directement au capital en remettant en cause sa logique, ce que ne font pas les luttes revendicatives négociant le curseur de la plus-value, le taux d'exploitation. Ces luttes sont directement chargées d'une positivité communiste dans leur négation du capitalisme. En d'autres termes, elles sont radicales en ce qu'elles prennent les choses à la racine, et la racine, c'est le rapport interne de l'humain au vivant (cf L'APPEL DE LA FORÊT et LE CAPITAL EXPLOITE LA NATURE, DONC LES PROLÉTERRES)

affirmer ici, en communisateur attendant la révolution, qu'il n'y a pas de transcroissance de ce type de luttes à la rupture avec le capital devient sans fondement ; c'est tout le paradigme des contradictions du capital qui change

Lordon et le climat : Plus et moins que le capitalisme.
Stéphane@Lavignotte Blog Médiapart 26 octobre 2018

Réponse à Frédéric Lordon sur son billet publié sur son blog sur « la Pompe à Phynance » [Monde Diplomatique] à propos des appels pour le climat.

Dans son billet du 12 octobre, Frédéric Lordon s’en est pris vertement aux appels pour le climat qui sont parus dans la presse. Les saillies sont souvent jubilatoires, certaines attaques – encore davantage dans sur ton sur « l’appel pour les migrants » – injustes et inutilement insultantes mais comme toujours les questions de fond passionnantes, même si nous voudrions y apporter d’autres propositions de réponse. Y compris comme signataire de divers appels… et étant en train de préparer un appel de chrétiens sur l’urgence climatique !

A quel fond se lier ?

Deux questions nous semblent traverser le texte. La crise écologique est-elle la faute de l’homme ou du capitalisme ? Jusqu’où faut-il se lier au fondamental (et en rapport avec la première question : quel est ce fondamental ?) dans la stratégie de l’action quand on est face à une urgence ?

La première question est un classique des débats au sein de l’écologie politique. Mais la radicalité – aller jusqu’à la racine, se lier au fondamental – n’est pas toujours du côté que l’on croit. Dès le début, les fondateurs de l’écologie politique dans les années 1970 (André Gorz, René Dumont, Barry Commoner aux États-Unis, etc.) disent l’incompatibilité de la sauvegarde de la planète avec la croissance sans fin des forces productives, la logique de profit et la propriété privée des moyens de production, bref, le capitalisme. Certes, au sein du mouvement écologiste, cette reprise est inégale suivant les mouvements, les époques, les personnalités. Il y a des écologistes qui ne remettent pas en cause le capitalisme, certains même, comme en Suisse, se définissent comme libéraux. Le refus du capitalisme est présent dès le début dans le mouvement de la décroissance, au début des années 2000 (1). Il l’est aussi au sein des Verts (devenus EELV) français et des écologistes qui participent à la France Insoumise et chez beaucoup d’animateurs d’ONG. Mais, oui, c’est vrai, elle apparaît absente dans les appels, nous y reviendrons.

Ma première question est plutôt : cela suffit-il à tout expliquer ? Nos vies ne valent-elle pas plus que la seule critique de leurs profits ? (2) Pour Frédéric Lordon dans ce texte, oui : « le problème du changement climatique, c’est le capitalisme ». Quand naît l’écologie politique, il y a un autre modèle, à l’Est, qui, sans être sans doute le socialisme, n’est pourtant pas le capitalisme [c'est vite dit, le socialisme réel était bel et bien un "capitalisme d'État]. Et pourtant, il n’est pas plus vertueux écologiquement [pour les mêmes raisons que le capital, avec l'effcacité de l'État]. Il semble donc qu’il ne suffit pas de se débarrasser de la logique de profit et de la propriété privée pour respecter la nature. Il faut chercher plus profond. [plus profond, on trouve les mines, la rente foncière, donc le capital encore]

Humain et nature

De la reprise de l’économiste Karl Polyani aux travaux de Lynn White sur les racines religieuses de la crise écologique en passant par les réflexions de Serge Moscovici et de bien d’autres, s’est dessinée l’histoire longue d’un occident (et un peu plus large) qui, au moins à partir du XIIIe siècle, crée une epistémé, comme dirait Foucault, une vision du monde, un imaginaire, qui sépare artificiellement l’« humain » de la « nature », qui en fait un « environnement », un « cadre de vie », qui considère l’ensemble de la « nature » et des êtres vivants non humains, comme une ressource à sa disposition, une carrière à exploiter comme dit Ricœur, qui veut domestiquer, dénaturer l’humain et mettre le monde en équation, en chiffre, l’objectiver/le réifier c’est à dire le transformer en objets. [cet Occident là porte déjà le capitalisme, même s'il n'est pas encore mode de production, cf Alain Bihr 2018, Le premier âge du capitalisme (1415-1763), tome 1: L'expansion européenne

Même après s’être débarrassé du capitalisme, il restera ça. Et si on ne s’est pas débarrassé de cela, le système alternatif qui sera construit à la place court le risque d’être aussi peu écologique. Est-ce l’homme ou le capitalisme la cause ? Il y a une manière de dire « l’homme » qui évite de dire que le capitalisme est en cause. Mais il y a une manière de dire « le capitalisme » qui évite de se poser la question de quel « humain » a été fabriqué par l’histoire (et bien sûr, certains rapports de force et de pouvoirs) qui a permis le capitalisme et, de manière plus générale, le productivisme. [il y a ici une incompréhension de l'histoire qui remodèle les contradictions, les actualise sous la domination du système présent, il n'y a pas de productivisme sans création de valeur, et de création de valeur sans capitalisme]

Donc si la question est de savoir à quoi se lier de fondamental, il faut aller chercher plus profond, plus à la racine, plus radical, que seulement le capitalisme et oui, l’homme (l’humain), mais pas comme une espèce qui aurait une nature mais un construit historique anthopo-socio-spiritualo-politique. [inutile d'aller chercher des formules pompeuses pour masquer une incompréhension essentielle]

Donc plus que le capitalisme.

Moins que le capitalisme

Une fois qu’on a dit ça, on reste encore face à la crise climatique. Car notre difficulté est que, malgré notre désir commun, avec Frédéric Lordon et bien d’autres, d’abattre le capitalisme et peut-être même de remettre en cause plus que le capitalisme, nous avons beau nous retrouver dans le cortège de tête, dans toutes les manifs syndicales, celles pour les migrants, et dans pas mal d’autres de Notre-Dame-Des-Landes au Triangle de Gonesse (en passant par des marches pour Adama), il faut bien dire qu’on n’est pas parti pour ça. Pour le dire plus clairement : s’il faut abattre le capitalisme (et plus) pour sauver le climat mais qu’on sait bien que c’est pas demain la veille, alors que l’urgence climatique ce n’est pas demain mais aujourd’hui, ne faut-il pas juste dire que c’est foutu pour le climat ? N’y-a-t-il pas là, une manière de se lier au fondamental qui empêche toute action ? Penser qu’aucune initiative ne vaut la peine si elle n’est pas une attaque directe au fondement du problème, n’est-ce pas empêcher toute action et s’interdir en particulier d’accroître les contradictions de l’adversaire ?

Ou au contraire, ne faut-il pas, comme les divers appels, les manifestations de ONG, parler de moins que le capitalisme pour mettre les tenants du système au pied du mur de leurs propres actes et discours contradictoires. Après tout, les tenants du système nous disent qu’il est possible de sauver la planète sans faire tomber le capitalisme, ils signent des accords internationaux disant cela... Qu’ils le prouvent ! Et nous ne devons cesser de leur mettre la pression pour qu’ils le prouvent !

Même le syndicat le plus révolutionnaire n’attend d’avoir fait tomber le capitalisme pour demander des augmentations de salaire et des baisses du temps de travail. Il met en avant ces demandes concrètes pour fédérer largement et créer un rapport de force le plus large. Il espère que cela participera de la sape du système. Jésus ne dit pas : « A bas le système oppressif du pur et de l’impur ». Il dit à l’assemblée qui a traîné devant lui la femme adultère : « Que celui qui n’a jamais pêché jette la première pierre ».

Demandons des investissements massifs dans la transition écologique, surtout si ça fait péter le carcan des 3 % de déficit. Critiquons la folie de la consommation, surtout si cela remet en cause l’ouverture des magasins le dimanche. Exigeons des investissements dans l’isolation du parc social immobilier, a fortiori si cela remet en cause l’attaque de Macron contre les HLM…

Il faut penser plus que le capitalisme, pour parfois en dire moins, mais toujours proposer ce qui – dans un rapport de force défavorable – accentue davantage les contradictions chez l’adversaire. Et espérer, peut-être sauver le climat… Et le plus vite possible en finir avec le capitalisme et le productivisme.


(1) Stéphane Lavignotte, La décroissance est-elle souhaitable ? Textuel, 2009

(2) Stéphane Lavignotte, Nos vies valent plus que la seule critique de leurs profits ? Contretemps n°11, mai 2004.

« la forêt n'est pas une usine à bois »


Des forestiers manifestent contre "l'industrialisation de la forêt", le 25 octobre 2018 à Saint-Bonnet-Tronçais (Allier)
THIERRY ZOCCOLAN / AFP


image rare et réjouissante de prolétaires s'en prenant à la nature de leur travail d'exploitation
il y a bel et bien, ici, création d'un "écart" et d'un front à la limite,
où les prolétaires remettent en cause leur raison d'être pour le capital

on n'a pas encore vu des ouvriers de l'automobile, de l'armement ou du nucléaire
dans cette posture "suicidaire"


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Re: LE MONDE BRÛLE-T-IL ? CAPITALISME et CHANGEMENT CLIMATIQUE

Message par Patlotch le Ven 9 Nov - 17:31

je le pose là, en signalant un autre sujet mariant marxisme et écologie : TRAVAIL et LIBÉRATION des ANIMAUX

ça bouge dans les rapports entre marxisme et écologie, deux champs critiques eux-mêmes fort segmentés, ce qui démultiplie les contenus théoriques et politiques de cette rencontre somme toute souhaitable : mais sur quelle base ?

je trouve que cette intervention un peu hors-sol, dans le rapport de l'humanité à la terre, et puis surtout, il n'y est pas question de luttes...

Le mode de vie impérial
À propos de l’exploitation de l’humain et de la nature à l’époque du capitalisme global

entretien avec Ulrich Brand, Période, 6 novembre 2018


2017

Dans cet entretien Ulrich Brand, co-auteur avec Markus Wissen de l’ouvrage récemment paru Mode de vie impérial – À propos de l’exploitation de l’humain et de la nature à l’époque du capitalisme global (2017), relève un des plus grands défis de la théorie marxiste, à savoir la médiation entre la critique de la vie quotidienne et les structures du capitalisme à l’âge du réchauffement climatique. Loin de la posture moralisatrice écolo-bourgeoise qui juge les individus, Brand indique que le développement inégal du capitalisme à l’échelle globale met en œuvre une intégration différenciée autour de l’automobile. C’est ainsi qu’apparaît le concept de mode de vie impérial, qui va de pair avec d’autres apports théoriques comme la crise socio-écologique et les tensions éco-impérialistes, ainsi qu’avec la critique du capitalisme vert. Au cours de cet entretien, Brand engage le débat avec d’autres penseurs marxistes écologistes contemporains comme Andreas Malm et John Bellamy Foster, et brosse également un tableau instructif sur l’état actuel du marxisme dans l’espace germanophone.

extrait
Passons maintenant à votre dernière publication. Avec Markus Wissen vous avez récemment publié Mode de vie impérial. Dans ce livre vous mettez l’accent sur le concept de mode de vie. Pouvez-vous expliciter à la fois en quoi consiste le mode de vie et son rapport au concept de mode de production, qui est plus répandu dans la pensée marxiste ?

De notre point de vue le concept du mode de production est central. Grâce à ce concept central du marxisme on peut éclairer une bonne part des dynamiques sociales. Or, avec notre livre nous avons voulu mettre l’accent sur le revers de la médaille : le mode de production se concrétise dans la vie pratique. Ce n’est pas si nouveau, notamment quand on pense aux débats du féminisme marxiste. Si nous voulons comprendre pourquoi la crise actuelle ne conduit pas à des changements radicaux, mais à la persistance, au maintien d’un mode de production et de vie précis, alors il nous faut aussi regarder la vie quotidienne et la vie dans les entreprises et les institutions. Il faut regarder la médiation des structures politiques, économiques et culturelles de la mondialisation capitaliste. La nouveauté de notre livre est d’avoir mis l’accent sur cette relation. Nous l’illustrons à l’exemple de la grande importance attribuée à l’automobile dans les sociétés du nord global, mais cette importance augmente aussi dans les pays du sud global. C’est l’industrie de l’automobile avec ses stratégies d’accumulation et son intérêt à générer du profit, mais ce sont aussi les intérêts des employés et leurs représentants ainsi que les politiques étatiques d’infrastructure, de technologie et d’exportation, qui se mondialisent avec avec une violence inquiétante et écologiquement destructrice. Mais justement les désirs et les ambitions de statut de ceux qui peuvent se permettre d’acheter une voiture n’y sont pas pour rien non plus. Je viens de rentrer d’un séjour au Mexique où j’ai tenu des conférences sur le mode de vie impérial et un autre domaine de recherche. Dans l’agglomération de Mexico le nombre de voitures est passé de 3,7 millions en 2005 au montant incroyable de 9,5 millions en 2015. Même à Paris, Berlin ou Vienne c’est difficile à imaginer : c’est un désastre en termes d’écologie, d’urbanisme et de justice sociale. Et c’est en lien avec l’essor de la couche moyenne et son mode de vie. Enfin, je précise que notre livre accorde une place importante au mode de production et sa mondialisation.

Les théories classiques de l’impérialisme raisonnent en terme de période particulière à l’intérieur du mode de production capitaliste. Dans votre concept de mode de vie impérial l’apport de la théorie classique de l’impérialisme, et notamment l’idée de Rosa Luxemburg que le capitalisme a besoin d’un extérieur non-capitaliste, semble apparaître. En quoi le mode de vie impérial a besoin d’un extérieur, d’externalisation ? Et dans quelle mesure ce besoin est susceptible de favoriser des relations internationales conflictuelles et des guerres ?

Vous avez raison, notre livre s’inspire fortement de Rosa Luxemburg et sa thèse selon laquelle le capitalisme a besoin de milieux non-capitalistes et nous arguons que ce besoin est systématique. Le capitalisme se reproduit en tant que rapport global inégal et crée ainsi des îlots de prospérité et des pôles d’accumulation, qui permettent à travers des constellations de compromis de donner une part du gâteau à la population. Mais notre livre est surtout marqué par la crise écologique, ou plutôt la crise socio-écologique. Dans ce cadre, nous arguons que la prospérité matérielle des centres capitalistes repose systématiquement sur l’apport de produits bon marché, l’accès à des puits de carbone, l’exportation de déchets et ainsi de suite. Le mode de vie  impérial se caractérise par le paradoxe qu’il est incroyablement attractif et qu’il tend à la généralisation – il suffit de regarder les classes moyennes en Chine, en Inde et au Brésil. Lorsque les revenus et le statut augmentent les gens veulent vivre le mode de vie impérial. Cependant ce n’est pas possible : les téléphones portables, les voitures et la nourriture doivent systématiquement être produits sous des conditions d’exploitation écologique et sociale, car sinon ils ne seraient pas si bon marché et ne seraient pas en mesure d’assurer le mode de vie impérial.

Concernant la deuxième partie de votre question nous parlons de la tendance aux tension éco-impériales. Ce fait est évident quand on s’intéresse aux terres. La concurrence autour de la terre augmente fortement ces dernières années, ce que la science et le débat public discutent sous le terme de l’accaparement des terres. Dans cette dynamique de nouveaux acteurs aussi, pas seulement ceux du nord impérialiste, comme la Chine, la Corée du Sud ou l’Arabie saoudite tentent de contrôler les terres : D’un côté pour garantir l’accès aux ressources qui leur sont nécessaires, de l’autre côté pour faire du profit. Cette dimension est généralement sous-estimée mais avec notre perspective à la fois internationale et éco-marxiste nous sommes en capacité de la prendre en compte.

Dans l’introduction à La rupture écologique Foster, Clark et York écrivent que « le trait le plus important qui distingue la science et l’idéologie établies de leurs équivalents plus radicaux est la tentative de présenter le présent comme a-historique». À partir de votre livre, qui à travers le terme d’impérial renvoie à des rapports dans l’espace, pensez-vous qu’il serait nécessaire d’ajouter à cette remarque l’idée que le présent est également présenté comme a-spatial ?

C’est effectivement une bonne remarque. Mais il faudrait différencier un peu : bien sûr la science de l’histoire existe, mais la grande partie des sciences sociales pense au présent. Cela s’explique par le fait qu’elles se pensent occidentales et qu’elles considèrent que les choses sont bien telles qu’elles sont aujourd’hui. Les rapports réels doivent être masqués systématiquement. L’idée sur l’espace me semble très stimulante mais à nouveau il faudrait faire la part des choses : cela ne s’applique certainement pas au domaine de la politique internationale, qui traite tout à fait d’autres pays et espaces. Or, dans ce cadre il existe l’hypothèse implicite que le système occidental est le meilleur. Il y a donc une hypothèse en terme de théorie de la modernisation. Fondamentalement, la discipline de la politique internationale ne s’intéresse pas tellement aux autres régions du monde, précisément à cause des lunettes de la théorie de la modernisation. Les area studies doivent s’occuper du reste du monde – qui pourtant représente la majorité du monde – et l’idée de la domination de l’occident est maintenue. De plus ils ne voient que peu de relations entre les espaces. Avec le mode de vie impérial nous tentons justement d’éclairer cette dimension. Nous tentons de penser de quelle manière précise les relations systématiquement inégales du capitalisme associent politiquement, économiquement, culturellement et humainement – il suffit de penser aux flux migratoires – les espaces. À mon avis les sciences sociales dominantes s’y intéressent peu parce qu’elles n’ont pas de conception du pouvoir et de la domination. Lorsqu’on pense le pouvoir et l’autorité alors il faut penser historiquement et spatialement, ce qui n’est pas fait de manière suffisante.

Dans le discours contemporain sur l’écologie le travail du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et le concept d’anthropocène sont largement acceptés par les décideurs politiques. En même temps, les pratiques non-durables persistent. À partir de cette contradiction vous soulignez que dans des conditions capitalistes une crise socio-écologique peut seulement être gérée de manière hautement sélective. Qu’est-ce que vous entendez précisément par cette gestion hautement sélective de la crise ? Et quelle place joue le mode de vie impériale dans cette gestion ?

Il s’agit d’un point central : la crise écologique existe et on en parle dans les plus hautes sphères. On pourrait d’ailleurs ajouter à la liste les Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU de septembre 2015 et l’Accord de Paris de 2015. Et pourtant on reste dans un schéma de modernisation écologique : à travers le bon cadre politique les investisseurs et les consommateurs doivent être incités à rendre leurs activités plus vertes. De tout évidence cette approche passe à côté du fondement du mode de vie impérial, qui doit être transformé de manière beaucoup plus systématique. Les rapports de force doivent être modifiés. Les débats du GIEC et des ODD sont des débats d’élites éclairés qui proposent des actions. Or, ils ne s’en prennent pas aux logiques et forces dominantes dans la société. Dans ce contexte, nous avons avec Markus Wissen forgé le concept de capitalisme vert il y a quelques années. L’économie verte représente le projet dominant de l’espoir d’une modernisation écologique au moyen de cadres bien adaptés. Bien entendu dans des pays développés le capitalisme vert provoquerait un changement tout à fait perceptible de l’économie et de la société. D’après cette idée il y aurait des domaines moins durables – l’utilisation croissante de téléphones portables ou la consommation d’une certaine nourriture – mais aussi d’autres domaines plus verts par exemple dans l’énergie ou la production de nourriture. Avec le concept de capitalisme vert nous voulons mettre l’accent sur le fait que dans certains domaines et dans certaines parties du monde une écologisation sélective est à l’œuvre. Dans la mesure où ce processus se déroule sous des conditions capitalistes – et donc sous la logique d’accumulation, de l’État capitaliste et de dynamique expansives – ce processus est sélectif.

De plus, le concept constitue un programme de recherche. De ce point de vue nous nous inscrivons d’une certaine manière dans la suite dans la théorie de la régulation en posant la question de l’émergence d’un nouveau mode de production et de vie ouest-européen – sous l’impact du changement climatique, d’un scandale du Diesel plus ample qui conduiraient à un vrai changement dans l’industrie de l’automobile ou l’industrie agricole par exemple. Dans ce contexte, nous interrogerions de façon analytique, et non pas affirmative – affirmatif signifierait de dire que nous devons tendre vers l’éco-socialisme, et on en parlera sûrement plus tard. Nous disons que tout n’est pas exclusivement du brown capitalism, ce qui nous intéresse sont les dimensions d’une formation lente d’un capitalisme vert. Ainsi, il faut d’abord poser la question de la fonctionnalité, des conditions de réalisation : est-ce que les cycles de production dans le département 1 et le département 2 ainsi que les demandes des humains peuvent être assurés ? Deuxièmement, en utilisant Gramsci, la formation d’un capitalisme vert pourrait avoir lieu sous les conditions d’une révolution passive. Autrement dit, il y a une lutte de fractions au sein du bloc dominant et la fraction verte l’emporte. Ce serait donc dans un premier temps une formation par le haut. Néanmoins, il faudrait aussi une sorte de corporatisme vert, notamment dans des pays comme l’Allemagne ou l’Autriche où il y a encore des syndicats relativement forts. Une dimension supplémentaire serait donc que des associations de travailleurs acceptent une économie plus verte. Par exemple le syndicat IG Metall en Allemagne fait face à la crise de l’automobile, et cette crise vient du fait que la Chine s’est reconvertie dans les moteurs électriques pour des raisons compétitives, car elle ne pouvait pas rattraper son retard en matière de moteurs à combustion. Donc comment les syndicats réagissent-ils ? L’État – et ses politiques en matière de technologie, d’investissement et de réglementation énergétique – serait une autre dimension d’un capitalisme vert en devenir. Tout cela devrait s’articuler avec la population dans les centres capitalistes pour qui un mode de vie capitaliste-vert serait attractif. Ils conduirait des voitures électriques et n’achèteraient plus de nourriture industrielle et des vêtement bon marché produits au sud. Avec le concept du capitalisme vert nous abordons toutes ces dimensions. Bien entendu, dans ce cadre la crise aura été traitée de manière sélective, car pour que les conditions de vie restent de haut niveau en Allemagne ou en France, les conditions de vie doivent se dégrader en Amérique latine ou en Afrique qui fournissent les matières premières nécessaires.

Récemment Andreas Malm a argumenté que la critique des personnes qui consomment des produits chinois, et qui de ce fait porteraient la responsabilité du changement climatique, souffre d’un objet manquant. Il souligne que ce schéma suggère d’une part que les consommateurs des pays riches seraient absolument souverains dans leurs décisions. D’autre part ce schéma esquive le fait que les consommateurs occidentaux n’ont pas décidé de délocaliser la production, et donc les émissions en Chine, ils s’y sont même opposés. L’objet manquant sont donc les décideurs des grandes entreprises. Comment articuler la critique de la responsabilité des consommateurs de Malm et votre approche en terme de mode de vie ?


Malm a évidemment raison : les stratégies d’accumulation, les stratégies d’investissement et les décideurs des grandes entreprises sont fondamentaux. Mais à partir d’une perspective marxiste j’ajouterais que dans une entreprise il n’y a pas seulement les décideurs mais aussi d’autres groupes comme les actionnaires qui sont encastrés dans des logiques expansives. Les employés peuvent également avoir intérêt à l’expansion de l’entreprise. Donc je ne réduirais pas les entreprises aux décideurs même si ces derniers sont naturellement centraux dans une entreprise capitaliste. En même temps, j’insiste aussi sur le rôle de la politique car depuis une perspective d’économie politique nous devons toujours voir les intrications entre la politique et l’économie. Je n’oublierais pas non plus les consommateurs et la question de la consommation durable. Dans notre livre nous voulons justement souligner l’ambivalence de pouvoir choisir entre des alternatives, car les humains vivant sous le mode de vie impérial ont des marges de manœuvre.

De plus, Malm – que j’ai rencontré récemment à Malmö en Suède lors de la 6e conférence internationale sur la décroissance, où il a participé à un débat théorique dédié aux approches alternatives – sous-estime la question de l’État. Lors de ce débat, qui a été très intense, Malm s’est laissé aller à dire qu’il nous faut une sorte d’éco-léninisme, une avant-garde, et en fin de compte l’État doit tout arranger. Son message était que l’État doit mener la transformation. À partir d’une vision poulantzasienne je suis sceptique, car l’État est profondément impliqué dans le mode de production capitaliste, qui est fondamentalement non-durable. Les processus de transformation doivent donc être beaucoup plus complexes : il faut des mouvements sociaux, des pratiques quotidiennes, des élites dissidentes et bien sûr d’autres politiques étatiques. Mais j’avais l’impression que Malm homogénéise assez fortement l’État et formule un espoir plutôt abstrait à l’égard de l’État.

Vous écrivez que la mondialisation capitaliste repose sur un compromis politique entre les classes dominantes et une partie des subalternes, qui conduit à l’approfondissement du mode de vie impérial. Cette appréciation ressemble à une sorte de théorie l’aristocratie ouvrière écologique, qui, à l’instar de Lénine il y a 100 ans, explique le réformisme d’une partie du mouvement ouvrier. Qu’est-ce que vous déduisez de ce compromis pour l’élaboration d’un projet hégémonique qui entend rompre avec le mode de vie impérial ?

Cette interprétation n’est pas fausse. Souvent lors de discussions quelqu’un remarque que la plupart des gens du nord global vivent au détriment du reste du monde. Et ce n’est pas faux, mais il ne s’agit pas de déterminer un groupe. Ce qui nous intéresse est de concevoir le mode de vie impérial comme une catégorie de structure. Nous voulons souligner comment les humains du nord global sont systématiquement capturés dans un mode de production et de vie – à travers leur quotidien, leur subjectivité, leur travail, leur production et reproduction – et que c’est à travers ce mécanisme qu’ils gagnent de la marge de manœuvre et de la qualité de vie. Bien entendu à l’intérieur de ce mode de vie il faut distinguer selon les classes, genres et races. C’est une différence par rapport à Lénine.

Concernant la deuxième partie de la question, la grande question d’un projet hégémonique pour une alternative, dans le chapitre 8 nous écrivons de contours d’un mode de vie solidaire. Avec Gramsci, même s’il n’a jamais utilisé le concept de contre-hégémonie, nous nous intéressons à la formulation d’un projet contre le capitalisme néolibéral, impérial et autoritaire. Nous arguons que nous avons besoin de transformations critiques et émancipatrices partout, depuis l’intérieur du mode de vie impérial. Cela concerne des initiatives politiques comme par exemple le débat sur la sortie du nucléaire en France, mais aussi des initiatives économiques en fonction des rapports de force – il n’existe pas d’économie pure, mais l’économie est inscrite dans des rapports de force sociaux, des intérêts et des luttes. C’est pour cette raison que le débat sur le décroissance est important car il met en causse des évidences sociales comme l’idée que la croissance créerait de l’emploi. De plus nous insistons en particulier sur les nombreuses initiatives plus ou moins grandes qui existent déjà et qui réussissent régulièrement à s’imposer contre les schémas dominants : des luttes pour la municipalisation de l’eau et de l’énergie, ou les luttes contre le libre-échange qui créent des espaces pour un projet contre-hégémonique. Par ailleurs, dans les débats à gauche les pratiques sont souvent sous-estimées. Pourtant, dans la société il existe des moments où les humains agissent déjà différemment, même s’ils ne conçoivent pas ces actions comme politiques. Par exemple la voiture à Vienne : il y a quelques années le point de basculement a été atteint, autrement dit le nombre de ménages sans voiture a dépassé celui des ménages disposant d’une voiture. Pourtant malgré un bon réseau de transport public la mairie continue à faire comme si le trafic sur les routes devait continuer à augmenter. En ce moment il y a une polémique autour d’un tunnel qui devrait traverser une réserve naturelle par exemple. Récemment, après des discussions et des protestations pendant des années, il a été décidé de construire le tunnel pour améliorer les flux de trafic de la périphérie vers Vienne. Les préoccupations écologiques sérieuses, qui ont été mis en avant par le parti Vert et beaucoup d’ONG et d’experts, ont tout simplement été ignorées. Ainsi, il ne s’agit pas seulement d’un problème de protection de l’environnement mais aussi du renforcement de l’étalement urbain – et nous savons grâce à de nombreuses études que cela crée encore plus de trafic sur les routes. Le fait que beaucoup de gens n’ont pas besoin d’une voiture fournit une occasion politique. On pourrait dire la même chose à propos de la consommation de viande. Là où les pratiques se modifient nous avons des opportunités. Voilà ce que sont les contours d’un mode de vie alternatif et solidaire. Et nous devons penser internationalement : le principe de la bonne vie pour tous ne peut pas s’appliquer qu’à certains groupes en France, ce qui exclurait par exemple les migrants ou d’autres groupes socialement faibles. Le principe normatif de la bonne vie ne doit pas être appliqué au détriment de certains. C’est notre message politique de base pour discuter d’alternative. Il faut comprendre comment dans la vie quotidienne de quelqu’un à Paris ou à Vienne on peut rendre visible et modifiable le fait que le quotidien repose sur des flux de produits d’autres pays, qui ont été fabriqués sous des conditions sociales et écologiques précaires. Il faut ouvrir le débat sur d’autres formes d’échange international de produits, et sur la réduction et la régionalisation des flux de marchandises. Ce sont des questions relatives au mode de vie solidaire qui visent la construction d’un projet hégémonique alternatif.

Entretien réalisé et traduit depuis l’allemand par Benjamin Bürbaumer.

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Re: LE MONDE BRÛLE-T-IL ? CAPITALISME et CHANGEMENT CLIMATIQUE

Message par Patlotch le Sam 10 Nov - 5:18

la parole est à la défonce, sans commentaire

« Tout laisse penser que la civilisation industrielle, loin d'être un virus à contenir,
recèle en elle les clefs d'un épanouissement durable
. »


« La question écologique est instrumentalisée contre le capitalisme »
Ferghane Azihari, Laurent Alexandre, Le Figaro, 09 novembre 2018

Pour Laurent Alexandre et Ferghane Azihari, limiter le progrès technique et industriel au nom de l'écologie est une erreur potentiellement dangereuse et liberticide.

Laurent Alexandre est chirurgien urologue et chef d'entreprise. Il est également l'auteur de La guerre des intelligences (éd. JC Lattès), et co-fondateur de l'Institut Sapiens. Ferghane Azihari est analyste en politiques publiques, collaborateur de l'Institut de recherches économiques et fiscales.

Lors de ses controverses avec Proudhon, Marx se plaisait à conférer un caractère scientifique à son socialisme pour l'opposer aux utopies de son rival. Son discours n'en demeurait pas moins prophétique. Sans doute est-ce pourquoi l'infortune de ses prédictions n'a jamais affaibli son prestige auprès d'intellectuels assoiffés d'eschatologie païenne. Marx prédisait que la paupérisation des masses sous le règne de l'impitoyable loi du marché allait conduire le capitalisme à son effondrement. Son disciple, Lénine, fut contraint par l'embourgeoisement du prolétariat occidental à réactualiser la prophétie: la survie «temporaire» du capitalisme ne pouvait s'expliquer que par la misère du tiers-monde. Mais alors que la mondialisation brise le monopole occidental de l'opulence, de nouvelles accusations sont proférées contre le péché du capital à l'origine des sociétés industrielles, qu'est la cupidité. Ces éternels griefs rejoignent le constat schumpetérien que le capitalisme doit soutenir son procès devant des juges qui ont en poche la sentence de mort « quels que soient les arguments invoqués par les avocats ». Depuis quelques décennies, c'est donc à l'écologie politique et à son versant décroissant qu'échoit la noble tâche de condamner l'économie de marché.

Place aux nouveaux prophètes et aux sombres présages. À Hollywood, les dystopies néo-malthusiennes attestent l'ampleur du fantasme de l'effondrement des sociétés industrielles. L'invalidation empirique de la plupart des discours alarmistes peine à les éroder. Dans son célèbre rapport publié en 1972, le très scientifique Club de Rome alertait sur les dangers de la croissance de la population et de la pression induite sur les ressources naturelles. Les terres arables viendraient à manquer et les famines seraient inéluctables. Cinq décennies plus tard, la malnutrition s'est effondrée pour atteindre le taux de 11% «malgré» un peuplement sans précédent de notre planète. Remercions pour cela les gains de productivité obtenus au rythme de la diffusion du progrès technique et du capitalisme à l'échelle mondiale. Ainsi l'humanité a-t-elle réduit de plus de 68% les terres nécessaires à la production d'une même quantité de nourriture ces 50 dernières années.

Les matériaux dont on redoutait la disparition sont toujours là.

Autre prophétie invalidée, les matériaux dont on redoutait la disparition sont toujours là. Les inquiétudes néo-malthusiennes témoignent de notre difficulté à saisir le rôle des mécanismes de l'offre et de la demande dans la gestion de la rareté des ressources. Une économie de marché où les prix sont librement fixés rend en effet toute pénurie impossible. Toutes choses égales par ailleurs, la raréfaction d'un matériau augmente son prix. Ceci encourage les producteurs à trouver des techniques plus sophistiquées de production et d'extraction de la ressource. Sa cherté régule parallèlement sa consommation, incite à sa conservation, à son recyclage et invite les populations à se tourner vers des substituts. La saga des hydrocarbures dont on prédit en vain la fin depuis des décennies est une bonne illustration de ce phénomène. Celle du cuivre en est une autre. L'expansion de l'industrie des télécommunications générait les mêmes inquiétudes avant qu'elle ne se tourne vers la fibre optique. Celle-ci est composée de silice, laquelle est plus abondante. Notre monde a beau être fini, la liste des besoins pour lesquels la rareté a été déjouée ne l'est pas.

L'inépuisable ingéniosité humaine est l'ultime ressource dont nous disposons.

Évaluer la soutenabilité d'une industrie en raisonnant sur la base d'une ressource particulière revient donc à méconnaître le rôle de la créativité entrepreneuriale. Cette créativité consiste précisément à innover toujours plus dans l'usage des ressources pour satisfaire les besoins de l'humanité. D'où l'affirmation du célèbre économiste américain Julian Simon que l'inépuisable ingéniosité humaine est l'ultime ressource dont nous disposons. Or son déploiement à travers le commerce et l'industrie s'intègre mal dans les modèles mathématiques établis par les scientifiques férus de scénarios apocalyptiques. Hélas ces considérations ne suffisent pas à enrayer l'idéologie à l'origine de l'atmosphère anxiogène que nous connaissons. Les apôtres de l'écologie politique ont fini de convertir les populations à l'idée que la planète serait une entité naturellement bienveillante victime de l'avarice et l'incessante souillure des activités humaines. La mode du «bio» qui consacre la supériorité de la chimie «naturelle» sur la chimie «synthétique» au mépris des considérations scientifiques est un symptôme de ce phénomène. Cette vision feint d'ignorer que l'histoire de l'humanité est aussi celle de sa lutte contre des phénomènes naturels nuisibles à notre survie par le développement industriel.

Il arrive certes que ce développement implique des compromis avec l'environnement et la biodiversité. Mais ces inconvénients doivent toujours être comparés aux avantages obtenus en contrepartie.

Faut-il préférer la lutte à l'adaptation au changement climatique ?

Personne n'oserait rétrospectivement affirmer que les pollutions atmosphériques générées par les premières révolutions industrielles étaient inacceptables au regard des résultats obtenus dans la lutte contre la famine ou la mortalité infantile. D'autant que le progrès technique qui caractérise les sociétés riches leur permet de renégocier un meilleur équilibre avec leur environnement quand elles parviennent à satisfaire leurs besoins primaires. La pollution de l'air tend ainsi à reculer dans les pays développés depuis plusieurs décennies au point où l'indice de performance environnementale élaboré par les universités de Yale et de Columbia révèle que beaucoup de pays riches surclassent les pays pauvres sur ce point.

Cette affirmation est contre-intuitive à une époque où le mythe du bon sauvage sous-entend que seules les sociétés corrompues par la richesse seraient frappées par des problèmes environnementaux. En effet, les pays faiblement industrialisés qui brillent par leur sobriété émettent moins de CO2. Ils sont néanmoins rattrapés par des fléaux plus urgents que le changement climatique. Dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, les infections respiratoires et les maladies diarrhéiques côtoient la malnutrition comme principales causes de mortalité. Ces problèmes proviennent d'un défaut d'infrastructures sanitaires pour le traitement de l'eau ainsi que de la persistance de sources d'énergie rudimentaires pour les activités domestiques. Autant de défis que l'industrialisation de ces pays pourrait relever, même si elle implique d'émettre plus de CO2 en contrepartie.

Tel est en effet le point faible des écoles de pensée qui estiment que le CO2 doit être réduit à n'importe quel prix au motif qu'il existe effectivement une causalité entre son émission et le changement climatique. Cette vision est confrontée à l'absence de certitude sur l'incapacité des sociétés futures à absorber ou à déjouer les coûts de ce changement. Se pose alors la question des concessions acceptables en matière de développement pour les sociétés présentes. Les dommages du CO2 justifieraient-ils de sacrifier dès à présent les avancées industrielles et l'élévation du niveau de vie qu'impliquerait l'absence de contraintes sur les activités productives? Les avantages d'une décarbonation brutale des économies valent-ils le manque à gagner en matière de développement qui en résulterait? Faut-il préférer la lutte à l'adaptation au changement climatique?

La résilience des sociétés industrielles est donc l'une des clefs de la survie de l'humanité.

À ces questions, les néo-malthusiens répondent qu'ils sont résolus à sacrifier le présent pour sauver un avenir qu'ils estiment en péril. Cette position témoigne d'une absence totale de confiance en la résilience des sociétés humaines face aux risques environnementaux. Elle balaie l'hypothèse que des sociétés riches et avancées sur le plan technologique pourraient convenablement les gérer. L'examen de nos modes de production suggère pourtant une diminution progressive de l'intensité carbonique de l'économie mondiale depuis quelques décennies. Ces évolutions s'expliquent par les gains en efficacité énergétique et le recours à des sources d'énergie moins carbonées. Elles laissent entrevoir la possibilité d'un développement plus sain. L'observation des catastrophes naturelles montre quant à elle que leur gravité diminue au rythme de l'enrichissement des sociétés et de leurs capacités grandissantes à investir dans des technologies et des infrastructures plus sophistiquées. C'est pourquoi un pays comme Haïti a connu plus de 230 000 décès à la suite d'un séisme d'une magnitude de 7.0 en 2010 quand le Chili a subi quelques semaines plus tard un séisme plus violent qui n'a fait «que» 525 morts et 23 disparus.

Les néo-malthusiens devraient donc manier leurs prédictions avec humilité compte tenu de leurs erreurs passées.

De la même manière, le Bangladesh peut subir trois cyclones d'une importante intensité en 1970, en 1991 et en 2007 en voyant entre-temps le nombre de décès à la suite de ces intempéries passer de plus 500 000 à 139000 puis à 15000. À l'échelle mondiale, toutes les données indiquent que la capacité d'une société à limiter ses pertes économiques et le nombre de victimes dus aux risques naturels, est positivement corrélée au niveau de richesse. La résilience des sociétés industrielles est donc l'une des clefs de la survie de l'humanité. Les scénarios du GIEC émettent l'hypothèse que l'humanité pourrait être trois à sept fois plus riche qu'elle ne l'est aujourd'hui d'ici 2100. On peut légitimement penser que la technologie dont nous disposerons permettra alors des accomplissements aujourd'hui inimaginables en matière d'adaptation ou de lutte contre les aléas climatiques.

D'où la nécessité de redoubler de prudence avec les mesures prises au nom de l'environnement qui entraveraient le progrès économique. Compromettre un niveau de prospérité au nom de la prévention d'un danger que cette même prospérité pourrait mitiger est-il un bon calcul? Les néo-malthusiens devraient donc manier leurs prédictions avec humilité compte tenu de leurs erreurs passées. Propager inutilement la croyance que laisser libre cours aux activités humaines met notre espèce en péril, risque logiquement de nourrir des totalitarismes pour qui notre survie justifierait tous les moyens. Tout laisse penser que la civilisation industrielle, loin d'être un virus à contenir, recèle en elle les clefs d'un épanouissement durable. Encore faut-il que les utopies qu'elle renferme triomphent sur la psychose ambiante.

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Re: LE MONDE BRÛLE-T-IL ? CAPITALISME et CHANGEMENT CLIMATIQUE

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