SÈVES de Jean-Paul Chabard alias Patlotch
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Message par Patlotch le Jeu 4 Oct - 21:00

dans ma précédente approche, j'ai insisté sur la nécessité de combattre le capital sur tous les fronts, sans rechercher la "convergence des luttes" mais le dépassement des identités de luttes que ces combats ne peuvent manquer de produire, alors que nous les voyons se confiner dans une incompréhension de la dialectique de ce dépassement sur leur propre base, mais toujours face au capital, sans médiation par une classe révolutionnaire, moins encore réduite au prolétariat vs la classe moyenne

nous ne pouvons plus considérer que le changement communiste de civilisation aurait pour sujet révolutionnaire le prolétariat, ni même une classe à constituer sur tous ces fronts, dans une vision de convergence intersectionnelle. Ceci pour la bonne raison que ce "sujet" ne saurait être une partie seulement des êtres humains concernés. Une classe, par définition, relève d'un classement avec une partition d'un tout. Une classe de lutte n'existe qu'en étant constituée (classe pour soi) et pour l'heure, il n'existe qu'une seule classe constituée et consciente de l'être : la classe capitaliste

en abandonnant la perspective d'une révolution prolétarienne et l'idée marxienne que le prolétariat puisse atteindre à l'universel et abolir toutes les classes, je ne jette pas aux orties la nécessité pour les prolétaires de dépasser leur condition exploitée, mais je la relativise dans celle pour l'humanité de dépasser son anthropocentrisme. La structure de ce forum y correspond comme l'ouverture des derniers sujets LE MONDE BRÛLE-T-IL ? et MARX ÉCOLOGISTE ?


Dernière édition par Patlotch le Sam 6 Oct - 16:58, édité 1 fois

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Message par Patlotch le Sam 6 Oct - 17:09


quelle universalité révolutionnaire ?

le site Le prolétariat universel de Jean-Louis Roche cite en exergue un passage de L'idéologie allemande
Marx a écrit:« La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat »
un des textes de base dans lesquels Marx justifie la révolution par le prolétariat universel est la Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel, texte inachevé dont on ne connaît que l'Introduction, et ce passage souvent cité :
Marx a écrit:En Allemagne, où la vie pratique est aussi peu intellectuelle que la vie intellectuelle est peu pratique, aucune classe de la société bourgeoise n'éprouve ni le besoin ni la faculté de l'émancipation universelle, jusqu'à ce qu'elle y soit forcée par sa situation immédiate, par la nécessité matérielle, par ses chaînes mêmes.

Où donc est la possibilité positive de l'émancipation allemande ?

Il faut former une classe avec des chaînes radicales, une classe de la société bourgeoise qui ne soit pas une classe de la société bourgeoise, une classe qui soit la dissolution de toutes les classes, une sphère qui ait un caractère universel par ses souffrances universelles et ne revendique pas de droit particulier, parce qu'on ne lui a pas fait de tort particulier, mais un tort en soi, une sphère qui ne puisse plus s'en rapporter à un titre historique, mais simplement au titre humain, une sphère qui ne soit pas en une opposition particulière avec les conséquences, mais en une opposition générale avec toutes les suppositions du système politique allemand, une sphère enfin qui ne puisse s'émanciper, sans s'émanciper de toutes les autres sphères de la société et sans, par conséquent, les émanciper toutes, qui soit, en un mot, la perte complète de l'homme, et ne puisse donc se reconquérir elle-même que par le regain complet de l'homme. La décomposition de la société en tant que classe particulière, c'est le prolétariat.

> Le prolétariat ne commence à se constituer en Allemagne que grâce au mouvement industriel qui s'annonce partout. En effet, ce qui forme le prolétariat, ce n'est pas la pauvreté naturellement existante, mais la pauvreté produite artificiellement ; ce n'est pas la masse machinalement opprimée par le poids de la société, mais la masse résultant de la décomposition aiguë de la société, et surtout de la décomposition aiguë de la classe moyenne. Ce qui n'empêche pas, cela va de soi, la pauvreté naturelle et le servage germano-chrétien de grossir peu à peu les rangs du prolétariat.

Lorsque le prolétariat annonce la dissolution de l'ordre social actuel, il ne fait qu'énoncer le secret de sa propre existence, car il constitue lui-même la dissolution effective de cet ordre social. Lorsque le prolétariat réclame la négation de la propriété privée, il ne fait qu'établir en principe de la société ce que la société a établi en principe du prolétariat, ce que celui-ci, sans qu'il y soit pour rien, personnifie déjà comme résultat négatif de la société.[...]
au passage j'ai reproduit le passage marqué > où il est question de constitution du prolétariat en classe. C'est le même mouvement que j'avais suivi en posant l'hypothèse de la constitution d'une classe révolutionnaire « qui soit la dissolution de toutes les classes, une sphère qui ait un caractère universel par ses souffrances universelles et ne revendique pas de droit particulier, parce qu'on ne lui a pas fait de tort particulier, mais un tort en soi, une sphère qui ne puisse plus s'en rapporter à un titre historique, mais simplement au titre humain. »

et l'on voit bien, comme l'écrit Jacques Wajnstejn dans Le capitalisme est-il l'horizon indépassable de l'humanité (à propos d'un texte de Serge Quadruppani, CR pour lundimatin#159, 4 octobre 2018) qu'il est possible d'envisager aujourd'hui
un sujet collectif fort différent du sujet révolutionnaire tel qu’il était conçu dans les mouvements classistes historiques. Ces mouvements expriment, comme le dit Serge Quadruppani, une « puissance venue d’en bas » capable de poser des questions concrètes et situées, mais à valeur universelle. La formule de Marx sur le ’tort universel’ fait à la société toute entière à travers le ’tort particulier’ de l’exploitation subie par la classe ouvrière peut aujourd’hui être réutilisée par tous ceux « à qui on n’a pas fait qu’un tort particulier (le lieu agressé), mais aussi un tort universel (la marchandisation-destruction du vivant) ».
comme dit ailleurs, le sujet envisagé ne peut plus être considéré comme une classe, ni comme l'extension de toutes les couches non capitalistes au prolétariat les absorbant dans la communisation. Néanmoins, à la différence de Temps Critiques, il faut aller plus loin que se contenter en termes généraux d'une « révolution à titre humain » sur la base de la « tension individu-communauté humaine », parce qu'il est possible de matérialiser aujourd'hui les lignes de fronts, qui apparaissent par la force des choses comme des luttes identitaires particulières bien que portant une universalité... à condition de dépasser leur point de vue particulier

en somme, c'est une grande partie de la population mondiale qui va se trouver dans la situation que décrit Marx pour le prolétariat, « une sphère qui ait un caractère universel par ses souffrances universelles et ne revendique pas de droit particulier »

c'est le problème du dépassement des identités de luttes que j'ai posé en juin 2014 dans abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus


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Message par Patlotch le Mar 9 Oct - 11:49

comme je l'ai montré de façon quasi statistique dans l'ancien forum, les luttes conséquentes sur les fronts croisés prolétariens (plutôt paysans ou domestiques), antiracistes, féministes et écologiques nous indiquent une "intersectionnalité" qui dépasse la trilogie classe-genre-race. Celles des paysans sans terre, comme celles contre l'extractivisme montrent une forte présence des femmes et elles ont une caractéristique essentiellement décoloniale, mais aussi écologique

le texte ci-dessous pointe cet impensé de l'intersectionnalité classe-genre-race, et malgré ma réticence à utiliser le concept ambiguë d'intersectionnalité, je le trouve intéressant

La lutte des classes dans la nature
Classe, race et environnement en perspective historique
Razmig Keucheyan Cahiers d'histoire n°130, 2016

Résumé
Nous nous intéresserons dans cet article à la façon dont les inégalités environnementales invitent à repenser la question de l’« intersection » de la classe et de la race à l’époque moderne. Les théories de l’« intersectionnalité » connaissent depuis quelques années un succès important dans les sciences sociales. Elles visent à analyser la manière dont les trois principales formes d’inégalités à l’œuvre dans les sociétés modernes, à savoir les inégalités de classe, de genre et de race, interagissent les unes avec les autres. La nature et l’environnement constituent cependant le grand impensé des théories de l’intersectionnalité. En nous basant sur une série de cas historiques et contemporains, nous tâcherons de comprendre comment l’intersection de la classe, de la race et de l’environnement s’est opérée au cours des deux siècles passés, et comment elle pourrait évoluer dans un contexte de crise environnementale aggravée dans les décennies à venir.
Plan
- Introduction
- La nature entre lutte des classes et colonisation
- Pétrole et révolution dans le Caucase
- Classe, race et ségrégation spatiale
- Le mouvement pour la « justice environnementale »
- Conclusion
extraits. Je souligne en gras
Introduction

1
Dès les origines de l’époque moderne, la construction de la « nature » est étroitement liée à des dynamiques de classe, de genre et de race. L’accès aux ressources naturelles, en particulier, n’est pas équitablement réparti entre les catégories de la population, donnant lieu à ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler des « inégalités environnementales »
1. Celles-ci se définissent non seulement par l’accès inégal aux ressources naturelles, mais aussi par l’exposition différenciée des groupes sociaux aux nuisances ou « risques » environnementaux, comme les pollutions ou les catastrophes naturelles et/ou industrielles
2. Ces inégalités existent depuis le début de l’époque moderne. La prise de conscience croissante du changement climatique tend cependant à les visibiliser, conduisant nombre d’historiens et de sociologues à relire l’histoire moderne à la lumière de cette idée3.

2
Dans cet article, nous nous intéresserons à la façon dont les inégalités environnementales invitent à repenser la question de l’« intersection » de la classe et de la race à l’époque moderne. Les théories de l’« intersectionnalité » connaissent depuis quelques années un succès important dans les sciences sociales4. Elles visent à analyser la manière dont les trois principales formes d’inégalités à l’œuvre dans les sociétés modernes, à savoir les inégalités de classe, de genre et de race, interagissent les unes avec les autres, donnant lieu à des effets cumulatifs dans certains cas, mais permettant aussi, dans d’autres, de faire surgir des espaces d’autonomie pour les individus concernés.

3
La nature, ou l’environnement, constitue le grand impensé des théories de l’intersectionnalité. À notre connaissance, aucune des principales conceptions de cette notion ne prend en considération la dimension environnementale des inégalités, dans son interaction complexe avec les trois autres dimensions évoquées ci-dessus. Cet impensé est dommageable pour au moins deux raisons. La première est que penser l’intersection de la classe, de la race et de l’environnement5 permet de projeter un éclairage original sur la dynamique historique des inégalités dans le système capitaliste. Pour des raisons ayant trait à la fois à l’histoire des sciences sociales et à celle du mouvement ouvrier, la variable environnementale a jusqu’à récemment souvent été reléguée à l’arrière-plan des théories du monde social, qu’elles soient à prétention scientifique ou politique. En nous appuyant sur une série d’exemples historiques et contemporains, nous essaierons de lui donner la place centrale qui lui revient. Ces exemples nous permettront notamment de montrer que l’intersection de la classe, de la race et de l’environnement peut être repérée, à l’époque moderne, dans des contextes très variés.

4
La seconde raison est que, comme le reconnaît le cinquième rapport du GIEC rendu public l’an passé6, avec le changement climatique les inégalités environnementales vont se creuser dans les décennies à venir, aussi bien à l’échelle internationale qu’à celle de chaque État-nation. Comprendre les transformations que subira la dynamique globale des inégalités dans un contexte de crise environnementale est de ce fait impératif, pour des raisons aussi bien théoriques que politiques. Nous tenterons de mettre en lumière certains des paramètres qui ont influé sur cette dynamique par le passé, et qui risquent par conséquent de peser sur elle à l’avenir.

La nature entre lutte des classes et colonisation


5
Le point de départ de notre réflexion se situe dans la première moitié du xixe siècle. En 1842, le jeune Karl Marx publie dans la Rheinische Zeitung une série d’articles consacrés au vol de bois. Ces textes célèbres réagissent à un débat portant sur la régulation de l’accès aux forêts, en cours à l’époque à la diète rhénane. Les autorités souhaitent mettre un terme à l’appropriation désormais considérée comme « illégale » – elle ne l’était pas jusque-là – de ces ressources par les classes subalternes. Dès le xviie siècle7, un aspect déterminant de la lutte des classes concerne la délimitation des « communs », de ce qui est librement appropriable par les subalternes, et de ce qui, au contraire, est sujet au droit de la propriété privée. Comme le remarque Daniel Bensaïd dans une préface à ces articles de Marx :

« La distinction moderne entre privé et public, et son application au droit de propriété, est bien l’enjeu qui se profile derrière le débat de la diète sur le vol de bois. Attestée par les statistiques judiciaires de l’époque, l’importance quantitative du vol de bois illustre à la fois la vigueur des pratiques coutumières du droit d’usage et la pénalisation croissante de ces pratiques par la société capitaliste en formation. Cette période de transition représente donc un moment décisif dans la redéfinition des rapports de propriété. »8

6
La question de la nature et de ses usages plus ou moins contrôlés se trouve au cœur de la construction moderne du privé et du public, c’est-à-dire de la consolidation de la propriété capitaliste, et l’émergence d’un droit y afférent. Cette construction est l’objet d’une lutte entre classes sociales. Les paysans n’hésitent pas à contester cette politique d’« endiguement » mise en œuvre par l’État. En 1829, par exemple, a lieu en Ariège la « guerre des demoiselles », une rébellion paysanne qui prend pour cible les propriétaires terriens et les gardes forestiers9. Cette révolte tient son nom du fait que les paysans s’étaient déguisés en femmes afin de surprendre leurs adversaires. Les années 1830 et 1840, plus généralement, sont le théâtre de violences récurrentes envers les gardes forestiers. C’est particulièrement le cas lors de la révolution de 1848, dont cette dimension est souvent méconnue10. Les gardes forestiers sont le symbole de la « pénalisation croissante » de l’usage des forêts dont parle Daniel Bensaïd.

7
Un premier « front » pour l’appropriation des ressources naturelles traverse donc la métropole. Il voit s’affronter, d’un côté, les classes subalternes, paysannerie en tête, et de l’autre, les propriétaires terriens et l’État. Après Marx, d’autres penseurs inspirés par ses analyses proposeront des généalogies de ce front, au premier rang desquels Edward P. Thompson. Dans Whigs and Hunters (première édition : 1975), Thompson s’interroge sur la genèse du Black Act qui, en 1723, punit de la peine de mort des actes jusque-là tolérés, mais désormais définis comme des atteintes à la propriété privée des ressources naturelles : bois, fruits, animaux destinés à la chasse, etc.11 L’histoire étudiée par Thompson se déroule en Angleterre un siècle avant celle qu’évoque Marx.

8
À cette époque, un second « front » sépare toutefois la métropole des colonies. En métropole, la nature est connotée de plus en plus positivement au xixe siècle. Dans les forêts s’incarne la mémoire collective de la France, qui rattache le temps présent aux étapes glorieuses de l’histoire nationale12. Les forêts sont en ce sens partie intégrante de l’histoire de France. La notion de « patrimoine » émerge à cette époque ; elle s’applique aussi bien à la nature qu’à des objets culturels. En ces temps de troubles révolutionnaires depuis la fin du xviiie siècle – c’est l’« ère des révolutions » décrite par Eric Hobsbawm13 –, les forêts constituent un havre de stabilité, ce qui n’empêche pas qu’elles soient aussi exploitées à des fins économiques ou militaires. C’est pourquoi se multiplient les mesures permettant leur préservation.

9
Dans les colonies, les forêts sont également l’objet de politiques de conservation, mais pour des raisons différentes. Comme l’écrit le colon et agronome François Trottier dans un ouvrage intitulé Reboisement et colonisation (1876) : « C’est par le reboisement que notre race conservera ses facultés européennes »14. La dégradation de la nature est perçue comme une menace pour la civilisation (européenne), non seulement parce qu’elle est une ressource dont il est possible de tirer profit, mais parce que, l’environnement forgeant le « caractère », sa détérioration conduira nécessairement à un affaiblissement de ce dernier. On a parlé à ce propos, en référence à l’ouvrage d’Edward Saïd consacré à la construction historique de l’Orient par l’Occident15, d’orientalisme climatique16 : la supériorité des races européennes est liée, entre autres, à leur capacité à prendre soin de leur environnement. Celui-ci, en retour, exerce une influence positive sur le caractère de leurs représentants. À l’inverse, les populations « orientales » laissent l’environnement se dégrader, ce qui est à la fois un symptôme et une cause de leur dégénérescence. Dans ces conditions, il s’agit de faire en sorte que les colons européens établis en Afrique ou en Asie ne succombent pas eux aussi à cette nature « dégradée ».

10
Au cours du « long » xixe siècle, l’intersection de la classe, de la race et de l’environnement doit principalement être conçue en lien avec deux processus. D’abord, la consolidation de la propriété privée, et la généralisation de ce que Crawford B. Macpherson a appelé un « individualisme possessif »17. Cet individualisme a pour condition l’appropriation par les classes dominantes de portions croissantes de nature, et par-là même l’exclusion des classes subalternes de la jouissance « coutumière » (droit d’usage) de cette dernière (cette jouissance coutumière n’était elle-même pas exempte de luttes et de rapports de force, mais c’est un autre problème). La lutte des classes prend place dans la nature, elle a notamment pour enjeu les ressources que celle-ci renferme. L’environnement joue donc un rôle important dans la construction historique des classes sociales et de leur antagonisme.

11
L’impérialisme, ou le colonialisme, est une seconde expérience historique dans le cadre de laquelle classe, race et environnement se co-construisent. Dans ce cas, la dimension raciale est bien sûr déterminante. La nature des métropoles, on l’a vu, n’est pas celle des colonies. Les représentations et pratiques de conservation différentes qui les concernent contribuent à construire la hiérarchie des races, et par cette entremise à légitimer l’entreprise coloniale. Comme le dit Carolyn Merchant, il y a une « histoire environnementale de la race », autrement dit l’appartenance aux races « européennes » et l’expérience de soi qui l’accompagne sont définies en interaction avec des représentations de la nature18. Il y a également une « histoire raciale de l’environnement », car au caractère plus ou moins dégradé de ce dernier s’attachent dès cette époque des symboliques sociales.

[Pétrole et révolution dans le Caucase]

Classe, race et ségrégation spatiale

19
L’intersection de la classe, de la race et de l’environnement peut également être observée de l’autre côté de l’Atlantique, aux États-Unis, notamment dans la seconde moitié du xxe siècle. Une série d’enquêtes sociologiques démontre ainsi que dans la ville de Los Angeles, les populations noires et latino-américaines sont surexposées au « risque industriel », pollutions et déchets toxiques en particulier, et plus généralement à des conditions environnementales dégradées. Mais elles ne le sont pas pour les mêmes raisons24.

20
À Los Angeles, les « Latinos » constituent historiquement une main-d’œuvre bon marché. L’histoire des vagues migratoires en provenance d’Amérique latine est indissociable de l’histoire industrielle de la région. Les « Latinos » ont toujours vécu près des zones industrielles, et ils ont été massivement embauchés dans les industries, légalement ou illégalement. S’ils ont été et sont encore victimes du risque industriel, c’est donc principalement en vertu de leur place dans le processus de production, dans la division raciale du travail qui les situe en bas de la hiérarchie salariale.

21
Les Noirs n’exercent pas historiquement la même fonction de main-d’œuvre bon marché dans l’histoire industrielle de la ville. Plus exactement, ils l’exercent mais de façon plus intermittente. De fait, ils vivent souvent dans des quartiers désindustrialisés, dont certains sont des ghettos sans vitalité industrielle. S’ils sont victimes d’une surexposition au risque industriel, c’est parce que ces quartiers attirent des installations polluantes, typiquement des incinérateurs à déchets émetteurs de différents types de pollution. C’est donc moins du fait de leur place dans la division raciale du travail, contrairement aux Latinos, que du fait de vivre dans des quartiers massivement ségrégués qu’ils subissent des inégalités environnementales.

22
Par conséquent, le facteur classe – au sens de la position dans la stratification sociale – joue un rôle plus important dans le cas des « Latinos ». Le facteur race exerce à l’inverse une fonction déterminante dans celui des Noirs, même si les deux sont importants dans les deux cas. La race est susceptible de produire de la différenciation à l’intérieur d’une position de classe, et inversement la classe de produire de la différenciation à l’intérieur d’une même appartenance ethnoraciale25. Il est intéressant de constater à cet égard que les ouvriers blancs ont depuis longtemps quitté les quartiers en question, à savoir le barrio latino et le ghetto noir, pour s’installer dans des endroits moins exposés aux risques industriels. Ceci montre que la classe sociale n’explique pas à elle seule les inégalités environnementales, et que penser son interaction avec la race et l’environnement est nécessaire.

23
Comme dans le cas du Caucase, l’intersection de la classe, de la race et de l’environnement prend place à Los Angeles sur le marché du travail. Le processus qui conduit à l’enfermement de certaines populations dans des environnements dégradés diffère selon les cas : il peut être surdéterminé par la classe (« Latinos ») ou la race (Noirs), mais la dynamique de la production industrielle et ses effets environnementaux jouent toujours un rôle central. Les migrations internationales de travailleurs, au gré des cycles de production, mais aussi des luttes sociales, en constituent également un aspect déterminant.

24
Comme le dit la sociologue Laura Pulido, on observe dans les sociétés modernes – aux États-Unis et ailleurs, on y reviendra – une « sédimentation spatiale des inégalités raciales »26. Qu’il soit rural ou urbain, l’espace se structure d’après des lignes de fracture raciales et de classe. La métaphore géologique de la « sédimentation » employée par Pulido implique qu’il s’agit d’un processus qui s’inscrit dans la longue durée, qui conduit à la rigidification de « couches » sociospatiales différenciées. Cette inscription des inégalités dans l’espace est « multiscalaire », elle se déploie à plusieurs échelles : celle de l’individu, du quartier, de la région, de l’État-nation, et enfin l’échelon international. Ces échelles interagissent et s’entrechoquent en permanence les unes avec les autres.

[Le mouvement pour la « justice environnementale »]

Conclusion

39
Les inégalités environnementales renvoient à une idée simple : le capitalisme à la fois suppose et génère des inégalités dans le rapport à l’environnement des individus et groupes d’individus. Si, comme le dit Marx, le capital est un « rapport social »31, ce rapport intègre à sa logique la « nature » ou l’« environnement ». En somme, l’intersection entre la classe, la race et le genre doit être complétée par une quatrième dimension, qui vient la compliquer en même temps qu’elle est elle-même compliquée par les trois autres : la nature. Celle-ci possède une ontologie (politique) problématique, qui ne se conçoit que dans un rapport « dialectique » avec les trois autres.

40
L’ordre et la prépondérance causale de l’une ou de plusieurs de ces logiques sont à chaque fois spécifiques. Parfois, les inégalités écologiques se mêlent à d’autres, au point qu’elles se distinguent difficilement d’elles. Dans d’autres cas, elles expliquent d’autres inégalités, comme lorsque ce qui apparaît de prime abord comme des inégalités « ethniques » est en réalité sous-tendu par des inégalités environnementales. Dans d’autres encore, elles aggravent des logiques inégalitaires qui trouvent leur origine ailleurs. En régime capitaliste, les inégalités ont une dimension cumulative ou auto-renforçante, même s’il arrive parfois aussi que la confrontation de deux formes d’inégalités ouvre des espaces de liberté pour les individus.

41
L’interaction de ces quatre logiques inégalitaires s’inscrit dans des processus macrosociologiques plus larges. Plusieurs d’entre eux ont été mis en évidence dans cet article, au fil des exemples évoqués : les formes de la propriété privée, l’impérialisme ou le colonialisme, la dynamique du marché du travail, les systèmes énergétiques en vigueur, les processus de ségrégation sociospatiale, les migrations internationales, ou encore l’action de l’État. Il y en aurait bien sûr d’autres. Ces processus situent l’intersection de la classe, de la race et de l’environnement dans des contextes spatiotemporels spécifiques.

42
Avec l’aggravation de la crise environnementale, la construction d’un cadre conceptuel permettant d’appréhender la dynamique globale des inégalités est urgente. Comme souvent dans ce genre de cas, cela suppose de relire l’histoire à partir de problématiques contemporaines, et même de problématiques futures, un futur où la lutte des classes sera de plus en plus inextricablement mêlée à des processus naturels.


Notes
1 La littérature est vaste sur le sujet, on se permet de renvoyer, pour une discussion de certains aspects de cette problématique, à Razmig Keucheyan, La nature est un champ de bataille. Essai d’écologie politique, Paris, La Découverte, 2014, chap. 1.

2 Voir pour le cas français Lucie Laurian, « La distribution des risques environnementaux : méthodes d’analyse et données françaises », Population, vol. 63, n° 4, 2008, p. 711-729.

3 Voir par exemple Jean-Baptiste Fressoz, L’apocalypse joyeuse. Une histoire du risque technologique, Paris, Seuil, 2012.

4 Pour une présentation synthétique, voir Alexandre Jaunait et Sébastien Chauvin, « Représenter l’intersection. Les théories de l’intersectionnalité à l’épreuve des sciences sociales », Revue française de science politique, vol. 62, n° 1, 2012, p. 5-20.

5 Faute de place, nous laisserons de côté dans cet article la dimension de genre.

6 Voir le site du GIEC à l’adresse : <https://www.ipcc.ch/home_languages_main_french.shtml>

7 Le processus des « enclosures » commence à la fin du xve siècle en Grande-Bretagne, mais nous laissons de côté ici la question de sa périodisation.

8 Voir Daniel Bensaïd, Les Dépossédés. Marx, les voleurs de bois, et le droit des pauvres, Paris, La Fabrique, 2007, p. 20.

9 Voir Nicolas Bourguinat, « La contestation paysanne, entre communauté et nation. Un temps de transition, 1830-1880 », dans Michelle Pigenet et Danielle Tartakowsky (dir.), Histoire des mouvements sociaux en France de 1814 à nos jours, Paris, La Découverte, 2014, p. 58-68.

10 Caroline Ford, « Nature, Culture and Conservation in France and her Colonies, 1840-1940 », Past & Present, vol. 183, mai 2004, p. 180.

11 Voir Philippe Minard, « Les dures lois de la chasse », dans Edward P. Thompson, La guerre des forêts. Luttes sociales dans l’Angleterre du xviiie siècle, Paris, La Découverte, 2014.

12 Caroline Ford, op cit., p. 181.

13 Voir Eric Hobsbawm, L’ère des révolutions. 1789-1848, Paris, Pluriel, 2011.

14 Cité par Caroline Ford, op cit., p. 174.

15 Voir Edward Saïd, L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Paris, Seuil, 2005.

16 Voir Fabien Locher et Jean-Baptiste Fressoz, « Modernity’s Frail Climate. A Climate History of Environmental Reflexivity », Critical Inquiry, vol. 38, n° 3, printemps 2012, p. 579-598.

17 Crawford B. Macpherson, La théorie politique de l’individualisme possessif. De Hobbes à Locke, Paris, Gallimard, 2004.

18 Voir Carolyn Merchant, « Shades of darkness. Race and environmental history », Environmental History, vol. 8, n° 3, 2003, p. 380.

24 Voir Laura Pulido, « Rethinking environmental racism. White privilege and urban development in Southern California », Annals of the Association of American Geographers, vol. 90, n° 1, 2000, p. 12-40.

25 Voir Ellen Meiksins Wood, « Class, race, and capitalism », dans Diane E. Davis (dir.), Political Power and Social Theory, Londres, Emerald, 2002, p. 275-284.

26 Voir Laura Pulido, art. cit., p. 16.

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FACE AU CAPITAL, SUR TOUS LES FRONTS Empty QUELLE COHÉRENCE DES LUTTES ?

Message par Patlotch le Ven 16 Nov - 17:12

vous avez bien lu, je n'ai pas écrit "quelle convergence des luttes ?"

la cohérence est dans la divergence

j'ouvre ce sujet au petit bonheur (des dames et des messieurs) sur la base d'un constat, à une semaine d'intervalle en France auront lieu deux initiatives de lutte, l'une demain des Gilets jaunes, l'autre le 24 novembre de féministes sous le label Nous toutes

FACE AU CAPITAL, SUR TOUS LES FRONTS Nous-toutes-marche-feministe

une des caractéristiques de la première est qu'elle divise dans la confrontation de l'écologie avec l'économie et le social*, alors que la seconde est divisée par le contenu même du féminisme, notamment sur la question raciale, la légitimité d'organisations non mixtes prenant en compte des dominations spécifiques, etc. : Les féministes divisées avant la marche du 24 novembre contre les violences sexuelles

* lire par exemple Blocage du 17 novembre: Peut-on être écologiste et «gilet jaune»? 20 minutes, 16/11/18

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Nous vivons décidément une époque formidable, les islamo-gauchistes et faux-nez du féminisme en tous genres peuvent oublier leurs stratégies d’entrisme, désormais ce sont les mouvements sociaux qui facilitent leur inclusion. D’ailleurs, des groupuscules comme Lallab, le STRASS, le Witch bloc… ne s’y trompent pas et exigent des organisatrices une visibilité spécifique dans la Marche car elles subiraient des violences sexuelles « marquées par l’expression quotidienne du racisme, de l’islamophobie et de la négrophobie » ; car « les femmes musulmanes subiraient des discriminations légales » ; car les « travailleuses du sexe » sont l’objet d’un harcèlement policier ; et puis les Trans, et puis les grosses, et puis…  (Tribune Médiapart 30/10/2018). Une surenchère de victimisation pour le moins douteuse car il n’est pas du tout prouvé que les non-musulmanes ou les « blanches » (Pantone numéro combien déjà ?) subissent moins de violences sexistes et sexuelles que les autres. L’art de diviser les femmes quand elles pourraient s’unir contre la domination masculine ! L’art de mentir aussi car la loi d’abolition de la prostitution a pour effet de ne plus importuner les prostituées, seulement les clients ;  car il n’y a aucune discrimination légale contre les musulmanes en France (s’il est fait référence à la burqa dans l’espace public ou le port du voile dans les administrations, il ne s’agit pas de discrimination mais de mesures de sécurité dans un cas et de neutralité de la fonction publique dans l’autre). Et pour couronner le tout, l’art du chantage. Elles/Ils ne sont pas #NousToutes mais #NousAussi comme si aussi n’était pas compris dans toutes ! Mieux se singulariser, mieux s’exclure pour mieux se mettre en avant ; une redoutable perversité quand on y pense.

25/11/2018 #NousToutes OU #NousAussi ? irréductiblement féministe !

en somme voilà la féministe conceptuelle, équivalent de l'ouvrier conceptuel* mettant en avant l'universalité toujours déjà là du prolétariat comme classe constituée. * Formule de Théorie Communiste dans TC26

mais mon propos initial n'était pas là, sans quoi je l'aurais posé dans le sujet LUTTES DE FEMMES, il est d'interroger ce fantasme d'unité immédiate relativement au fait que les cibles visées n'ont, en théorie comme en pratique, pas de cohérence, et surtout pas de cohérence face au capital : est-ce que le (seul) concept de classe peut structurer cette unité ? Voire...

en attendant il est intéressant de relever que ce qui fait l'unanimité ne fait pas l'unanimité (comprenne qui pourra)

FACE AU CAPITAL, SUR TOUS LES FRONTS Feministes-divisees-noustoutes


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Message par Patlotch le Jeu 22 Nov - 17:01


« La patronne, faisait bouillir tous les printemps, pour sa famille et celle de ses ouvriers,
la tisane dépurative que l'on prenait en commun. »

Blaise Cendrars, 1925

le samedi 24 novembre sont programmées deux manifestations à Paris, celle des Gilets jaunes et celle des féministes de NousToutes et NousAussi. Si l'on ne peut être partout, ce n'est pas une raison pour jouer la concurrence ou l'opposition qu'il y aurait entre lutter contre les violences faites aux femmes et pour le pouvoir d'achat, d'autant que les médias et le gouvernement s'en occupent fort bien, NousToutes & Gilets Jaunes

Un appel aux "gilets jaunes" à ne pas manifester samedi. Sur les réseaux sociaux, plusieurs militantes ont ainsi appelé les "gilets jaunes" à ne pas se rassembler ce jour-là, veille de la Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes. Une demande appuyée par l'ancienne ministre des droits des femmes, Laurence Rossignol, sur Twitter. "Il y a déjà la manifestation #NousToutes contre les violences faites aux femmes. Ce serait très gentil de la part des #GiletsJaunes (...) de ne pas manifester le 24."

Violences faites aux femmes : les #NousToutes tentent d’exister face aux "gilets jaunes" Europe1 22 novembre 2018

comme je l'ai fait remarquer sur tweeter, grâce à GILLETTE JAUNE
pas de concurrence entre #NousToutes, #NousAussi et #GiletsJaunes  cheers

FACE AU CAPITAL, SUR TOUS LES FRONTS DsnF991WoAA8LvU

et puis, imaginez, le jour où ça pétera vraiment, il faudrait réserver un jour par sujet brûlant ? Ex. La journée des femmes, la journée sans voitures, bref, quelque chose qu'on n'a jamais vu...

scratch

voilà, pour diffusion sans confusion, en matière de luttes efficaces, ne pas confondre convergence ou fusion, tisane et infusion, sans quoi

« Tout l'automne à la fin n'est plus qu'une tisane froide.»
Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942



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Message par Patlotch le Sam 24 Nov - 6:25

je le mets là bien que "face au capital" on puisse en douter. Les luttes ne manquent pas, défensives ou revendicatives, qui seraient tues par les médias. Au vrai je ne le crois pas, la presse en parlent, mais il faut tourner toutes les pages

luttes sociales, médiatisation, représentation, organisation...


Les « gilets jaunes » et leurs revendications disparates, où se mêlent prix du carburant, colères sociales, sentiment d’abandon et défiance vis-à-vis des « élites », ont été particulièrement relayés par les chaînes infos. En parallèle, des mouvements peu médiatisés se multiplient depuis quelques semaines. Les enseignants ont manifesté le 12 novembre pour défendre l’école face aux suppressions de postes. De la Dordogne à Rouen, des postiers mènent des grèves pour le maintien du service public postal. Les infirmiers se mobilisent ce 20 novembre pour l’hôpital. Panorama de ces luttes dont on parle peu, qui tentent de résister aussi à l’abandon des territoires périphériques.

Ce sont des mouvements qui retiennent peu l’attention des médias. Pourtant, ils se mobilisent à leur manière pour maintenir des services publics – de l’accès aux soins à la formation professionnelle, en passant par l’assurance-maladie, une justice de proximité, le secours aux personnes ou l’Éducation – sur tous les territoires, et améliorer le « pouvoir d’achat » de salariés. Souvent trop atomisées pour construire de véritables rapports de force, ces mobilisations sont parfois très longues – plusieurs semaines voire plusieurs mois ! –, souvent inventives, et quelquefois victorieuses.

Ces deux dernières semaines, aux quatre coins du pays, des postiers, des infirmiers hôpitaux, des enseignants, des pompiers, mais également des femmes de ménage, des vendeurs de grands magasins, des ouvriers de l’industrie se mobilisent pour leurs conditions de travail, leurs salaires et, dans le cas des services publics, pour que les services rendus à leurs concitoyens et financés par l’impôt ne soient pas bradés. Petit tour - non exhaustif - d’une France de travailleurs en lutte, et sans forcément revêtue de « gilets jaunes ».

Grèves de postiers en Dordogne, à Rouen et dans les Hauts-de-Seine

Le 6 novembre, après 12 jours de lutte, les agents des bureaux de Poste de Sarlat et Siorac-en-Périgord (Dordogne) ont obtenu que trois cadres de leurs bureaux soient « éloignés ». Ils estimaient ces cadres responsables d’un management agressif à l’origine, selon eux, du suicide d’une de leurs collègues le 24 octobre dernier. Le lundi 5 novembre, 300 personnes se sont réunies en fin d’après-midi à l’appel de l’intersyndicale, en soutien aux postiers qui avaient presque tous cessé le travail. Des facteurs sont également en grève à Rouen pour dénoncer les réorganisations qui menacent leurs bureaux et la qualité de leur travail (un mouvement similaire a eu lieu à Rennes au printemps). Dans les Hauts-de-Seine, les facteurs s’apprêtent à entamer leur 8ème mois de grève, débutée le 26 mars dernier ! Des bureaux de Seine-saint-Denis les ont rejoints ces derniers jours.

Mobilisation contre 2000 suppressions d’emploi dans la formation professionnelle

Le 7 novembre, les salariés de l’Afpa (Centre de formations professionnelles qualifiantes pour adultes) ont débrayé pour protester contre la fermeture prévue de 38 sites de formation, qui menacent pas loin de 2000 emplois sur les 8000 que compte l’établissement. Attachés à leurs emplois, les travailleurs et travailleuses de l’Afpa se battent aussi pour que perdure un modèle social qui assure la formation de toutes et tous, à tous les âges de la vie. La formation professionnelle était pourtant présentée comme une priorité par le gouvernement...

Manifestations contre la suppression de 2600 postes d’enseignants

Le 12 novembre, des milliers d’enseignants de l’Éducation nationale ont défilé à Paris et partout en France. Ils étaient 2000 à Lyon, 1500 à Lille et Rennes pour protester contre la suppression de 2600 postes d’enseignants dans le second degré. Le nombre de lycéens attendus est en augmentation pour les deux années à venir. Selon les syndicats, un enseignant du primaire sur quatre a fait grève, et un sur deux dans les collèges et lycées. Le ministère a évalué le nombre de grévistes à 9% et 14%.

Mobilisation à Chambéry contre la fermeture de points d’accueil de l’Assurance maladie

Le 13 novembre, à Chambéry, les salariés de la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) se sont mobilisés pour dénoncer la politique managériale qu’ils jugent terrifiante. Ils souhaitent aussi que la direction arrête de supprimer des postes en refusant de renouveler les postes de ceux et celles qui partent en retraite. Ils regrettent que le nombre d’antennes ouvertes au public ne cesse de diminuer.

Grèves dans l’Ouest contre la suppression de lits à l’hôpital psychiatrique

Le 15 novembre, plusieurs piquets de grève se sont tenus dans les hôpitaux psychiatriques, à Niort, Saintes, La Rochelle, Poitiers et Angoulême. Les grévistes protestent contre « les différentes réformes libérales qui asphyxient la psychiatrie en l’étranglant budgétairement », explique la CGT dans un communiqué. Suppressions de postes et de lits, fermeture de structures, « partout les conditions d’hospitalisation se dégradent et parfois deviennent inhumaines, voire inaccessibles pour beaucoup de patients », ajoute le syndicat. Les syndicats infirmiers appellent aussi à la grève, toutes spécialités confondues, ce mardi 20 novembre.

Grève des pompiers de l’Essonne contre le manque de moyens

Les pompiers de l’Essonne sont en grève depuis le 19 novembre. En cause : la baisse des effectifs et des moyens financiers, et la hausse du nombre d’interventions. « Nous avons l’obligation de porter secours, mais il y aura des carences en cas de gros problème sur un secteur », prédit la CGT qui estime qu’il manque 100 pompiers pour assurer un service de qualité en continu. Un grand rassemblement est prévu ce jeudi 22 novembre à Évry.

Appel contre les suppressions de postes à Pôle emploi

Ce 20 novembre, une intersyndicale appelle à la grève à Pôle emploi, contre les suppressions de poste au sein du service public de l’emploi prévues dans le projet de Budget de la loi de finances pour 2019. Selon les syndicats, 800 équivalents temps plein seront supprimés, s’ajoutant aux 300 postes et 1400 contrats aidés amputés en 2018. « De telles suppressions de postes ne pourront pas se faire sans dégrader le service rendu aux demandeurs d’emplois et aux employeurs, on le voit déjà avec la baisse du nombre d’agents en charge de l’indemnisation ainsi qu’avec les portefeuilles de demandeurs d’emploi qui continuent d’exploser », souligne l’intersyndicale.

« Journée morte » contre la suppression de tribunaux d’instance

Le 22 novembre, le syndicat des avocats de France (SAF) appelle à une « journée morte » dans les tribunaux pour dénoncer le projet de loi de programmation de la Justice, examiné par l’Assemblée nationale depuis le 19 novembre. Le Saf proteste contre la suppression de nombreux tribunaux d’instance et de grande instance avec un risque de perte de proximité territoriale entre les justiciables et les lieux de justice.

Le syndicat des avocats regrette par ailleurs que l’encadrement des plateformes privées de résolution amiable des litiges soit abandonné. Il proteste également contre la diminution des droits de la défense, et des mineurs étrangers non accompagnés. « Il faut que le gouvernement comprenne que nous n’accepterons jamais un projet qui institue une justice illisible, livrée à des intérêts privés, éloignée du justiciable et qui consacre un nouveau recul des droits de la défense et des droits fondamentaux », écrit le SAF.

Marseille, Saint-Nazaire, Bobigny, Lyon : mobilisations dans le nettoyage, l’industrie, le commerce ou le métro

Le secteur privé n’est pas en reste… À Marseille, les salariées d’une société de nettoyage sous-traitante d’un hôtel ont réussi à obtenir des augmentations salariales après quatre jours de grève. A paris, la lutte du personnel de ménage de l’hôtel de luxe Hyatt se poursuit.


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À Saint-Nazaire, la menace de licenciement pesant sur deux salariés de l’usine Man energy solutions, qui fabrique des systèmes de propulsion pour la navigation, a déclenché trois jours de grève, du 14 au 16 novembre. Le mouvement social a été suivi à 99 % par les ouvriers, soit environ 200 grévistes. Il y a aussi un mouvement social parmi les salariés du magasin But de Bobigny menacé de fermeture. A Lyon, les travailleurs du métro, géré par Kéolis, filiale de la SNCF, entament leur seconde semaine de grève (voir aussi notre reportage : une journée avec les agents de nettoyage du métro, ces travailleurs invisibles et multitâches...)

En photos : manifestation d’enseignants et de lycéens le 12 novembre à Paris, manifestation de soutien aux personnels de ménage en lutte, le 18 octobre à Paris / ©️ Serge d’Ignazio

France Culture se demande ce matin Gilets jaunes : les médias en font-ils trop ?

j'attirais hier l'attention sur un texte de Gérard Noiriel, Les gilets jaunes et les « leçons de l’histoire ». À propos de la (sur)médiatisation du mouvement des Gilets jaunes, il écrit
L’une des questions que personne n’a encore posée à propos des gilets jaunes est celle-ci : pourquoi des chaînes privées dont le capital appartient à une poignée de milliardaires sont-elles amenées aujourd’hui à encourager ce genre de mouvement populaire ? La comparaison avec les siècles précédents aboutit à une conclusion évidente. Nous vivons dans un monde beaucoup plus pacifique qu’autrefois. Même si la journée des gilets jaunes a fait des victimes, celles-ci n’ont pas été fusillées par les forces de l’ordre. C’est le résultat des accidents causés par les conflits qui ont opposé le peuple bloqueur et le peuple bloqué.

Cette pacification des relations de pouvoir permet aux médias dominants d’utiliser sans risque le registre de la violence pour mobiliser les émotions de leur public car la raison principale de leur soutien au mouvement n’est pas politique mais économique : générer de l’audience en montrant un spectacle. Dès le début de la matinée, BFM-TV a signalé des « incidents », puis a martelé en boucle le drame de cette femme écrasée par une automobiliste refusant d’être bloqué. Avantage subsidiaire pour ces chaînes auxquelles on reproche souvent leur obsession pour les faits divers, les crimes, les affaires de mœurs : en soutenant le mouvement des gilets jaunes, elles ont voulu montrer qu’elles ne négligeaient nullement les questions « sociales ».
ça se tient, mais bon, je n'ai pas lu que du « soutien au mouvement », et les raisons politiques existent, soit de le dénigrer en focalisant sur les "dérives", soit sur les "leaders émergents" locaux ou nationaux, ou "la montée à Paris", précisément pour favoriser l'émergence d'un encadrement politique et/ou syndical et donc l'épuisement de sa force, l'autoorganisation. Si Noiriel ne veut pas reconnaître que cette incontrôlabilité a fait jusque-là la force du mouvement, c'est pour promouvoir les "leaders populaires" qui deviendront les négociateurs face au gouvernement :
C’est toujours la mise en œuvre de cette citoyenneté populaire qui a permis l’irruption dans l’espace public de porte-parole qui était socialement destinés à rester dans l’ombre. Le mouvement des gilets jaunes a fait émerger un grand nombre de porte-parole de ce type. Ce qui frappe, c’est la diversité de leur profil et notamment le grand nombre de femmes, alors qu’auparavant la fonction de porte-parole était le plus souvent réservée aux hommes. La facilité avec laquelle ces leaders populaires s’expriment aujourd’hui devant les caméras est une conséquence d’une double démocratisation : l’élévation du niveau scolaire et la pénétration des techniques de communication audio-visuelle dans toutes les couches de la société. Cette compétence est complètement niée par les élites aujourd’hui ; ce qui renforce le sentiment de « mépris » au sein du peuple. Alors que les ouvriers représentent encore 20% de la population active, aucun d’entre eux n’est présent aujourd’hui à la Chambre des députés. Il faut avoir en tête cette discrimination massive pour comprendre l’ampleur du rejet populaire de la politique politicienne.

Mais ce genre d’analyse n’effleure même pas « les professionnels de la parole publique » que sont les journalistes des chaînes d’information continue. En diffusant en boucle les propos des manifestants affirmant leur refus d’être « récupérés » par les syndicats et les partis, ils poursuivent leur propre combat pour écarter les corps intermédiaires et pour s’installer eux-mêmes comme les porte-parole légitimes des mouvements populaires. En ce sens, ils cautionnent la politique libérale d’Emmanuel Macron qui vise elle aussi à discréditer les structures collectives que se sont données les classes populaires au cours du temps. [Patlotch : pourquoi ne pas le dire aussi de tout mouvement auto-organisé ?]

Etant donné le rôle crucial que jouent désormais les grands médias dans la popularisation d’un conflit social, ceux qui les dirigent savent bien qu’ils pourront siffler la fin de la récréation dès qu’ils le jugeront nécessaire, c’est-à-dire dès que l’audimat exigera qu’ils changent de cheval pour rester à la pointe de « l’actualité ». Un tel mouvement est en effet voué à l’échec car ceux qui l’animent sont privés de toute tradition de lutte autonome, de toute expérience militante. S’il monte en puissance, il se heurtera de plus en plus à l’opposition du peuple qui ne veut pas être bloqué et ces conflits seront présentés en boucle sur tous les écrans, ce qui permettra au gouvernement de réprimer les abus avec le soutien de « l’opinion ». L’absence d’un encadrement politique capable de définir une stratégie collective et de nommer le mécontentement populaire dans le langage de la lutte des classes est un autre signe de faiblesse car cela laisse la porte ouverte à toutes les dérives. N’en déplaise aux historiens (ou aux sociologues) qui idéalisent la « culture populaire », le peuple est toujours traversé par des tendances contradictoires et des jeux internes de domination. Au cours de cette journée des gilets jaunes, on a entendu des propos xénophobes, racistes, sexistes et homophobes. Certes, ils étaient très minoritaires, mais il suffit que les médias s’en emparent (comme ils l’ont fait dès le lendemain) pour que tout le mouvement soit discrédité.
autant l'historien peut apporter des connaissances éclairant le présent, autant il ne peut s'empêcher de noyer son analyse dans l'idéologie qui est la sienne : Noiriel, la démocratie représentative, la société civile encadrée par les « corps intermédiaires »... bref, pour lui, « définir une stratégie collective » et « nommer le mécontentement populaire dans le langage de la lutte des classes », en repassant les plats des médiations de la représentation qui ont fait la preuve de leur inefficience

Édouard Philippe aux «gilets jaunes» : « La France, ce n'est pas l'anarchie »

qui se réclame de l'anarchie véritable devrait prendre garde à ne pas stigmatiser les luttes réellement autoorganisées et à faire durer cette qualité indispensable à l'émancipation individuelle et collective. Ce devrait être leur tâche essentielle dans les luttes, naturellement fonction de leur contenu, mais c'est peut-être trop demander à des anarchistes qui n'existent plus aujourd'hui que sous la forme d'organisations plus ou moins permanentes, et qui n'aiment pas plus que les autres voir le contrôle leur échapper

Vive l'anarchie !


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Message par Patlotch le Lun 26 Nov - 9:00


abstention sur font de protestation contre la politique

les élections sont pour nous un antifront plutôt qu'un front, mais elles nous disent quelque chose de l'état de la démocratie politique en crise

à Évry hier, pour les législatives partielles de remplacement de Manuel Valls, l'abstention a atteint 82% !, la droite l'a emporté avec 20% de plus que la candidate France Insoumise qui ne capitalise en rien la protestation nationale des Gilets jaunes. Gagner avec 59% de 18% de votants, cela fait 11% des inscrits...

et pourtant la FI n'a pas fait dans la dentelle

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Adrien Quatennens député FI et Farida Amrani candidate
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Message par Patlotch le Dim 27 Jan - 13:13


crève-cœur loin du jaune et des écarts
pour des primes "décentes" de licenciement


Leur usine va fermer, les salariés brûlent leur stock
de papier sécurisé pour cartes grises

SudOuest.fr avec AFP, 27 janvier

Les salariés de cette usine de Seine-et-Marne spécialisée dans la fabrication de papier pour billets de banques et cartes grises se disent "désespérés".

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L'usine de Crèvecoeur, à Jouy-sur-Morin, emploie 200 personnes. Photo Le Parisien
Des salariés d’une usine sur le point de fermer en Seine-et-Marne ont commencé à brûler leur stock de papier sécurisé pour cartes grises afin d’interpeller l’État et obtenir des conditions de licenciement "décentes".

"Toutes les douze heures, il y a une bobine qui part au feu", a déclaré Patrice Schaafs, délégué syndical CGT et secrétaire du comité central d’entreprise de Arjowiggins Security.

Mi-janvier, le tribunal de commerce de Nanterre a prononcé la liquidation judiciaire de cette société spécialisée dans la fabrication de papier pour billets de banque et cartes grises, qui emploie 200 personnes dans l’usine de Crèvecoeur, à Jouy-sur-Morin (est de la Seine-et-Marne).

Plusieurs bobines ont déjà été détruites
Depuis, les salariés occupent le site qui doit fermer d’ici à la fin du mois. Ils s’estiment abandonnés par la direction et les pouvoirs publics. Arjowiggins Security avait été vendue en avril par le groupe papetier français Sequana au fonds d’investissement suisse Blue Motion Technologies Holding.

"On n’a plus d’espoir de sauver le site,
indique Patrice Schaafs. Mais on voudrait au moins que les gens partent" avec des indemnités "décentes". Pour cela, les salariés attendent de l’État qu’il "verse de l’argent" ou "force un tiers comme (l’ancien propriétaire) Sequana" à le faire.

Le stock de papier sécurisé pour cartes grises est leur "monnaie d’échange", assume Patrice Schaafs. L’usine de Seine-et-Marne étant la seule à en produire en France, l’État pourrait connaître une pénurie, selon le délégué CGT. "Désespérés", ils ont déjà détruit plusieurs bobines.
 

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Message par Florage le Lun 25 Mar - 11:28


LUTTES EN CONTEXTES DANS LE CAPITALISME CONTEMPORAIN
une petite restructuration du forum
Patlotch a écrit:dans le capitalisme comme totalité dominante exploitant les humains et le vivant, les luttes actuelles de par le monde se présentent de plus en plus emmêlées, démentant :

- d'une part l'idée de luttes communautaristes ou identitaires quand leurs critiques sectionnent par leurs analyses fondées sur des a priori conceptuels ce qui ne l'est qu'au nom de leurs dogmes, notamment d'un seul antagonisme entre capital et prolétaires

- d'autre part l'idée d'une "convergence des luttes" qui n'intéressent que les militants, les partis qui voudraient les diriger, les orienter selon leurs vues de la lutte idéale, celle qui n'arrive jamais

j'ai attiré l'attention depuis 2006 sur la nécessité de prendre en compte la multiplicité des "implications réciproques" dans le capitalisme en subsomption réelle (dominant sinon déterminant tous les rapports sociaux et sociétaux), et plus récemment sur la multiplicité des fronts fondés sur des contradictions antagoniques

mais ce n'est que par facilité que l'on peut classer les luttes ou considérer, citant la supposée dernière parole de Marx « Il n'y a que la lutte », en oubliant ce qui est au centre de son œuvre, à savoir que pour lutter, comme pour danser le tango, il faut être deux, au moins. Les luttes actuelles démentent les analyses structuralistes relevant d'un marxisme vulgaire plus que de la pensée foisonnante de Marx, en rabattant ces luttes sur des contradictions de classes dans une logique d'interclassisme classe-capitaliste-classe moyenne-classe prolétaire (des fossiles marxistes et même anarchistes aux théories de la communisation)

de même et comme en miroir, les thèses de l'intersectionnalité commencent à séparer "classe, race et genre", alors que la plupart des luttes, dès qu'elles sont massives et engagent des parties entières de populations, comportent en même temps toutes ces dimensions, et d'autres, notamment écologiques, avec ou sans le mot

cette approche d'implications réciproques a été au cœur de mon analyse du mouvement des Gilets jaunes avec sa dynamique pouvoir-mouvement, jusque dernièrement avec l'instrumentalisation réciproque des violences et dégradations sur les Champs Élysées

il est donc normal que la catégorisation ancienne du forum, séparant luttes féministes, luttes écologistes, luettes ouvrières, luettes paysannes, luttes antiracistes..., ne soit pas adéquate pour en rendre compte, et les sujets correspondants peu alimentés et peu lus

en conséquence, du fait que situations de destruction de l'humanité et des conditions indispensable à sa vie en relation avec "environnement" (guillemets pour dire la séparation dans un rapport d'extériorité), je renvoie le sujet LUTTES POUR LE VIVANT dans la catégorie le VIVANT (la 'NATURE'), l'HUMANITÉ, et le CAPITAL

Florage

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Message par Florage le Mer 7 Aoû - 11:50


À MONDIALISATION DU CAPITAL, MONDIALISATION DES LUTTES ?
pour l'heure il ne s'agit que de "syndicalisme liquide"

La grève transnationale sera le genre humain
Amandine Cailhol et Gurvan Kristanadjaja Libération 6 août 2019

FACE AU CAPITAL, SUR TOUS LES FRONTS 1241410-prodlibe-manifestation-des-livreurs-a-velo-deliveroo
Mobilisation de livreurs, place de la République à Paris, le 11 août 2017. Photo Denis Allard. REA  

La décision de la plateforme de livraison Deliveroo de supprimer le tarif minimum pour une course a réveillé un mouvement de colère qui grondait déjà. Comme d’autres travailleurs de la nouvelle économie et les salariés de McDo avant eux, les livreurs réinventent les mobilisations collectives.

En plein cœur de l’été, les livreurs de Deliveroo ont entamé une grève perlée : à Toulouse, Nice, Besançon, Tours ou Paris, des rassemblements ont été organisés ces derniers jours pour protester contre la nouvelle tarification mise en place par la multinationale britannique le 29 juillet. Les rémunérations des courses les plus courtes baissent quand celles des plus longues - les moins rentables jusqu’à présent - augmentent. La firme a également supprimé le tarif minimum, jusqu’alors fixé à environ 4 euros. Résultat, certains livreurs disent toucher 2,70 euros pour une course qui, selon eux, en valait 4,50 euros auparavant. Un nouveau rassemblement est prévu ce mercredi à Paris à l’initiative du Collectif des livreurs autonomes parisiens (Clap), embryon de syndicat qui a vu le jour en 2017. Objectif : paralyser les livraisons, en bloquant les accès aux restaurants qui préparent leurs commandes. S’il y a déjà eu un mouvement de grève l’an dernier chez Deliveroo, la mobilisation actuelle en France est l’une des plus importantes de ces dernières années car elle s’inscrit dans la suite de grèves similaires en Espagne, à Londres et en Italie ces derniers mois, parties de la rue et poursuivies devant les tribunaux.

Casser le collectif
Des livreurs de ces pays européens ont obtenu devant la justice la requalification de leur contrat de travailleur indépendant en salarié. Un espoir important pour un secteur en mouvement, peu homogène et composé de jeunes précaires. Ces actions groupées à l’étranger ont fait l’effet d’un déclic pour les collectifs de livreurs français : et si la solution pour se battre contre une multinationale était d’organiser une coopération transnationale ?

Des organisations internationales syndicales ont certes émergé au XXe siècle, comme la Confédération syndicale internationale (CSI) ou la Fédération syndicale mondiale (FSM), mais elles évoluent surtout sur le terrain de la diplomatie et du dialogue social à grande échelle. Le caractère encore très national du droit du travail constitue un frein. De même que, sur le long terme, la diversité des statuts des travailleurs des multinationales, mise en avant par le sociologue belge Bruno Frère. Cet éclatement né des politiques de ressources humaines des grands groupes a pour effet de casser le sens du collectif. Et, par ricochet, de tuer dans l’œuf toute velléité de protestation. Sans oublier que ces actions internationales nécessitent de mobiliser des ressources variées dont ne disposent pas toujours les acteurs : parler d’autres langues, avoir un carnet d’adresses et des réseaux, savoir analyser l’économie au niveau international…

Malgré ces obstacles, de nouvelles formes de coopération semblent émerger. Avant de concerner la nouvelle économie, des mobilisations de travailleurs aux prises avec des firmes mondialisées s’étaient déjà produites. On se souvient des salariés de Marks & Spencer qui, lors d’une grève européenne en 2001, étaient venus à Londres pour protester contre les fermetures de magasins annoncées par le groupe de distribution britannique à l’échelon du continent. Ou des centaines de vols de la compagnie aérienne à bas coût Ryanair annulés par un conflit social à l’échelle européenne en juillet 2018.

«Syndicalisme liquide»
Cette année, plusieurs milliers de salariés Amazon ont dénoncé de concert les conditions de travail au sein du géant américain du commerce en ligne lors du «Prime Day». Leur message était porté simultanément depuis la France, les Etats-Unis ou encore le Royaume-Uni et l’Espagne. Dans l’histoire des luttes sociales mondiales, il y a surtout eu ce combat emblématique contre McDonald’s pour des salaires décents, autour du slogan «Fight for Fifteen», parti des Etats-Unis et qui a depuis traversé les frontières. Souvent bien différentes dans la forme - parfois un syndicat prend la main, parfois ce sont les travailleurs qui s’organisent en dehors de tout cadre social connu -, ces mobilisations ont un idéal commun de lutte transnationale.

L’organisation des conflits sociaux est un décalque de la société à un instant T, explique Vincent Pasquier, spécialiste des relations professionnelles et enseignant à HEC Montréal, qui a travaillé sur la transformation des syndicats. «La campagne "Fight for Fifteen" contre McDo est un exemple de comment ils essaient de passer d’un monde fordiste, solide, à un syndicalisme liquide. Les plateformes, c’est un degré de liquéfaction encore plus avancé. Le travail est encore plus fragmenté et donc le processus de mobilisation plus difficile», souligne le chercheur.

Ces combats, version prolétarienne de la bataille de David contre Goliath, restent donc rares. «Les multinationales sont devenues des acteurs politiques à part entière, capables de rivaliser avec les autorités publiques, en contournant la loi, en minant les normes sociales par la mise en concurrence des salariés de différents pays», note la revue Mouvements, des idées et des luttes, qui consacrait fin 2018 un dossier au «syndicalisme transnational».

Tache d’huile
Dépassés par la colère sociale en France lors du mouvement des gilets jaunes, les syndicats semblent l’être tout autant à l’échelle internationale ou face aux nouvelles formes de travail. D’où la naissance d’organisations ayant intégré les notions de «flexibilité» et d’«agilité» inhérentes aux nouvelles entreprises. Comme le Clap en France, qui fédère les livreurs parisiens mais garde un œil sur les autres mobilisations en France et en Europe.

En octobre, le collectif faisait partie des acteurs de douze pays européens réunis à Bruxelles pour fonder la Fédération transnationale des coursiers. La nouvelle entité, qui doit se réunir en septembre à Paris, a pour particularité de faire travailler ensemble des fédérations du transport traditionnelles et des collectifs plus récents et moins structurés, créant un espace de collaboration sociale entre ancien et nouveau monde.

Le mouvement a fait tache d’huile puisque, outre l’Espagne, l’Allemagne, la Finlande, l’Italie ou l’Angleterre, des pays extra-européens, comme le Canada, le Chili ou encore Hongkong, ont rejoint la fédération. Leurs ambitions dépassent aujourd’hui la lutte telle qu’elle était définie à l’origine et qui pourrait, à terme, sortir de la rue. «L’idée, c’est d’être plus structurés pour pouvoir solliciter l’ONU sur ces questions sociales, par exemple, et pour faire du lobbying européen», explique le président du Clap, Jean-Daniel Zamor. Exactement comme les multinationales.

Florage

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