SÈVES de Jean-Paul Chabard alias Patlotch
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CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION

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Message par Patlotch le Ven 5 Oct - 2:23

je vais reconstituer à grands traits ce sujet du forum englouti, qu'on peut lire "en cache" sur Google :

Patlotch a écrit:0. questionner le concept de révolution mondiale immédiate
1. deux bornes à la réflexion / le concept de révolution en crise
2. la centralité du concept de révolution
: Le concept de révolution chez Georges Labica
3. le concept d'inversion (dévoilement -émergence) contre le concept de révolution, Jacques Camatte
4. interlude hic
: Théorie de la révolution mondiale immédiate, Marcel Mariën, 1958
5. interlude culturel : concept de révolution, révolution mondiale...
6. D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?
7. quelle est la question ? conversation
8. une vieille question réveillée : la fin de la théorie du prolétariat
9. préciser notre recherche dans une nouvelle cohérence du forum
10. critique du concept de révolution comme étant celle de tout immédiatisme révolutionnaire, Camatte encore
11. le charme persistant du concept de révolution
12. le concept de révolution comme structure d'horizon

13. l'insurrectionnisme mettrait en cause le concept de révolution, discussion
14. retour sémantique et historique, bilan d'étape : critiquer le concept de révolution, c'est critiquer l'histoire comme étant réduite à celle de la lutte des classes. Dans la mesure où un processus révolutionnaire de changement de civilisation s'entend dans le temps long, la critique du concept de révolution n'est pas en soi contre-révolutionnaire. La perspective communiste de la communauté humaine (Gemeinwesen) n'implique pas la centralité du concept de révolution
15. révolution, inversion... bifurcation ?
la discussion que j'y tenais aboutit au changement de perspective théorique que traduit l'ouverture de ce nouveau forum. Elle s'accompagnait parallèlement de l'abandon de l'hypothèse formulée dans mon livre de l'été 2017 : LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR UNE RÉVOLUTION COMMUNISTE, à laquelle in fine je ne croyais pas moi-même, ayant poussé au bout de sa logique la tentative de conserver des éléments de la théorie de la communisation tout en abandonnant le sujet révolutionnaire prolétarien

c'est donc l'insatisfaction de cette inconséquence personnelle qui m'a conduit à franchir le pas : abandonner l'idée de la lutte de classe comme moteur de l'histoire aboutissant à une révolution d'abolition du capital et à la construction de la communauté communiste du vivant, mais tenir le principe d'un processus révolutionnaire de changement de civilisation. Et c'est dans ce basculement que j'ai relu des textes de Jacques Camatte, longuement cités, notamment à propos de son concept d'inversion/dévoilement et de son propre rejet de la lutte de classes et de la révolution dans le processus conduisant à l'homo-Gemeinwesen. J'ouvrirai le moment venu un sujet JACQUES CAMATTE ET NOUS, mais j'attendrai pour cela la traduction par un ami de deux émissions de radio en espagnol de Federico Corriente

ce que je commençais par remettre en cause, c'est la crédibilité théorique même du concept de révolution mondiale immédiate spécifique à la théorie de la communisation comme pointe avancée du dogme de la révolution prolétarienne. Pour la bonne bouche j'évoquais cette découverte

CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION Theorie-de-la-revolution-mondiale-immediate
1958, réédition 2018

En 1958, Marcel Mariën élabore un programme de renversement du capitalisme à l'échelle internationale. Réalisable dans un délai d'un an. N'importe où, n'importe quand. Seul problème : trouver trois cents hommes prêts à mener à bien cette révolution. Au contraire des manuels à destination des révolutionnaires en herbe, Mariën ne cache pas combien la recette inratable qu'il détaille est vouée à l'échec. Son intention se veut avant tout performative : faire exister dans le monde une proposition d'action politique que personne, avant lui, n'avait osé formuler en ces termes. Et peut-être, qui sait, altérer le cours du monde. En introduisant le jeu au sein de la théorie, Mariën répond au constat suivant lequel, à l'âge atomique, "c'est tout le réel, d'un coup, qui sombre dans la fiction".

Marcel Mariën (1920-1993) est un surréaliste belge à la carrière protéiforme. Poète, éditeur, plasticien, photographe, cinéaste, il est l'auteur de tracts, de textes théoriques, de recueils de nouvelles (Figures de poupe, 1979, Les Fantômes du château de cartes, 1981), ainsi que du film censuré L'Invention du cinéma (1959). Entre humour et irrévérence, son style provocateur et farouchement indépendant en fait une figure essentielle de la littérature belge.


le concept de révolution, bien que, ou parce que central dans la théorie marxiste, n'est pas interrogé. Il est posé comme une telle évidence que lorsque des groupes théoriques s'engagent dans les années 1970 dans une rupture qui conduira à la théorie de la communisation, c'est ainsi qu'ils la voient :

CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION 512KDYAEGCL._SX334_BO1,204,203,200_
2003

Autour de 1968, une certaine conception de la liaison entre le «  mouvement ouvrier  » et la révolution s’est définitivement effondrée. Pratiquement et théoriquement, la révolution comme dynamique de la classe ouvrière devenant classe dominante, libérant le travail et s’emparant des moyens de production existants est devenue irrémédiablement caduque. Une nouvelle période s’ouvrait alors. De nombreux groupes théoriques issus de l’ultra-gauche ou de l’anarchisme (Le mouvement communiste, Informations et correspondances ouvrières, Négation, Intervention communiste, Invariance, Quatre millions de jeunes travailleurs, etc.) ont alors tenté de comprendre et de formaliser cette rupture : la révolution communiste signifiant désormais l’abolition du capital et de toutes les classes sociales, y compris le prolétariat lui-même, devant alors se nier dans sa propre activité et abolir ses fondements que sont la valeur et le travail. La révolution était devenue communisation, c’est-à-dire une abolition sans transition du capital dans la création de rapports communistes. C’est cet énorme travail de rupture et de refondation, entrepris à l’époque, que cette anthologie présente. Aucune question concernant les luttes actuelles ne peut être abordée sans  référence au travail effectué dans cette période où le basculement dans une autre époque était le quotidien.

l'abandon de la théorie de la lutte de classe productrice de la révolution communiste relève d'une même logique. Rappelons que Marx a forgé ces deux concepts sur la base de la constitution en classe de la bourgeoisie dans la Révolution française, et qu'il les transpose dans sa vision programmatiste du prolétariat classe révolutionnaire, celui-ci étant vu, en tant que sans réserves comme n'ayant que ses chaînes à perdre, comme sujet universel missionné pour abolir toutes les classes. Ça n'a jamais marché, le prolétariat n'ayant jamais montré cet universalisme ni sa capacité à abolir le capitalisme, mais toujours celle à l'aménager comme étant sa raison d'être et de vivre, même mal. C'est aujourd'hui moins encore possible, et visiblement rien dans l'activité du prolétariat n'en annonce la possibilité future. Il n'empêche que certains le voient encore, conceptuellement, à l'assaut du ciel, concepts qui ne sont pas prêts de redescendre sur la terre du matérialisme hérité de Marx. Et c'est ainsi que de trouvaille originale, bien que tautologique (cf le syllogisme prolétarien de Christian Charrier) dans les années 70, la théorie de la communisation est devenue en quarante ans idéologie, idéalisme, et chez certains adeptes, religion

à suivre
mais nul n'est obligé

CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION Tumblr_mefheofdxB1rpri2zo1_500
Marcel Mariën


Dernière édition par Patlotch le Dim 3 Mar - 20:44, édité 4 fois

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Message par Patlotch le Ven 5 Oct - 12:54


la révolution est structurée comme un horizon

j'emprunte l'idée à

CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION PUF_COLLO_2005_01_L204

en pensant très fort à la blague soviétique
- Qu'est-ce que le communisme ?
- C'est ce qui se profile à l'horizon
- Et qu'est-ce que l'horizon ?
- C'est ce qui recule au fur et à mesure qu'on avance.
comme à cette conviction de RS, pour qui l'échec de la communisation ne prouverait pas que les thèses de Théorie Communiste sont fausses, mais en reporterait la vérité la prochaine fois (2001 dans TC n°17 sauf erreur)

« Cire brûlant sous d’autres cires, conduis-moi, je te prie, vers cette vitre d’horizon,
pousse-moi cette légère et coupante cloison, vois comme nous passons sans peiner dans l’obscur empire... »

Philippe Jaccottet, L’aveu dans l’obscurité, L’ignorant in Poésie, Gallimard, 1958, p. 83
La notion de structure d’horizon permet de mieux comprendre la solidarité qui unit, en poésie, le sujet et l’objet, le visible et l’invisible, l’imaginaire et le réel, l’élaboration d’une structure déterminée et l’ouverture d’une marge d’indétermination. C’est au croisement de ces diverses approches que peut se dessiner le nouvel espace théorique nécessaire pour penser la poésie.
parmi les chapitres : I2. Extases du temps, temps de l'extase, II2. “Cet obscur objet du désir”...

CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION MarylinHuma
l'horizon communiste en perdition ?
Collages Patlotch 1988-1989
choisi par Claudes Cabanes comme carte de vœux 1990 de L'Humanité

à propos de Sic, journal international pour la communisation
L’horizon révolutionnaire a ainsi radicalement changé. [...]
L’horizon de la communisation est donné dans les tendances conflictuelles internes aux luttes actuelles pour la défense de la condition prolétarienne, ou comme résultat de l’écart interne produit dans ces luttes, qu’elles prennent la forme d’émeutes surgissant de façon limitée et éphémère ou celle de l’auto-organisation, de l’auto-gestion, etc. [...]
C’est à partir de cet horizon de la communisation que nous cherchons à élaborer une compréhension des luttes actuelles.
tout est dit, il s'agit alors d'examiner, en vérité de sélectionner, ce qui au présent peut "annoncer" la révolution dans les termes où la théorie la pose par avance. Pour détourner Rimbaud, « Le Théoricien se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. »

la théorie de la communisation n'est bien sûr pas la seule, les communistes de tous les temps ont rêvé de franchir l'horizon derrière lequel ils espéraient le bonheur de l'humanité. Ceux qui ont franchi le pas en sont revenus, ou pas...

dans les années 70, la vision démocratique de la marche au communisme à (très) petits pas renversera cette perspective durant la décomposition du mouvement ouvrier international, et, tombant dans le démocratisme radical, ne se préoccupera même plus de l'horizon, ou bien en termes de Commun(s), que les auteurs d'un livre de 2015 n'hésiteront pas à nommer... révolution

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Sartre disait que « Le Communisme est l'horizon indépassable de notre temps. »

rappelons que pour Marx et Engels dans L'idéologie allemande, « le communisme n'est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement. »

il s'agit toujours pour nous d'inscrire le processus révolutionnaire dans un mouvement engagé au présent, mais l'observation ne porte pas sur ce qui annoncerait une révolution selon un dogme préétabli, elle porte sur ce qui d'ores et déjà formule le changement de civilisation dans la crise du monde actuel, et c'est pourquoi nous nous intéressons à Jacques Camatte

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Message par Patlotch le Ven 26 Oct - 11:59

d'hier, un ajout en bas

la révolution inéluctable ?

un exemple illustrant mon propos

sans revenir sur ce qui est pour nous réglé, on trouvera chez dndf, qui fête ses dix ans, une discussion lancée par Adé affirmant à propos des thèses de Théorie Communiste que « Rien, de toutes ces pronostications, ne s’est confirmé. »

comme lui répond RS plus bas, il a tort, puisque cela ne saurait se confirmer que par la communisation même, qui s'annonce : « Les perspectives décrites dans ces textes sont [...] différées... », mais il n'y a que dans sa tête que le prolétariat va se (re)constituer en classe pour faire la révolution

Pepe, répondant à Adé que « C'est vrai... En plus c’est vachement rare qu’en matière de théories en général, on ne soit pas capables de prévoir l’avenir de façon certaine… », comme si les théories en général avaient pour fonction de prévoir l'avenir, nous en donne une conception assez proche des religions escatologiques. Qu'est-ce qu'une théorie qui n'aurait de preuves que futures, et de fondements qu'en une croyance qui ne trouve plus de base dans la réalité sociale, mais seulement dans sa foi ? Théorie Communiste baigne en plein idéalisme

dans la suite de la discussion, Pepe, qui ne perd pas une miette de mes considérations, évoque "la révolution à titre humain" (Temps Critiques) et "ce monde qu'il faut quitter" (Jacques Camatte), et répond à Adé : « Je n’ai pas dit que la révolution prolétarienne constituait une alternative. Je te demandais quel pouvait être l’autre sujet de la révolution. »

ainsi, pour lui comme pour les marxistes en général, la sortie du capitalisme ne peut se faire que par une révolution, autre croyance jamais questionnée, la question n'étant que de connaître son sujet, ou plutôt d'affirmer qu'il ne peut être que le prolétariat, ce que confirme RS intervenant pour rappeler que selon lui, tout se ramène à l'implication réciproque capital-prolétariat : « cette identité entre implication réciproque et contradiction qui fait que le prolétariat peut remettre en cause sa propre situation ». Cette affirmation, fausse en théorie comme dans la vie, ne doit au demeurant rien à Marx mais tout au « structuralisme prolétarien » (Camatte) de TC

RS confirme ainsi le réductionnisme de Théorie Communiste, y compris par rapport à Marx concernant l'exploitation de la terre et la destruction du vivant, totalement absents de 40 ans d'écrits de la théorie de la communisation. La pirouette consiste ici à renvoyer tout ce qui sort de l'implication réciproque à des « "échappements" [qui] n’ont jamais été que du programmatisme déçu. » Pourtant, c'est bien RS lui-même qui fait de la théorie de la communisation un programmatisme attendant la fin

il y croit tellement qu'il prévient : « A trop dire “la France s’ennuie” on se prépare des lendemains inconnus. R.S », mais lui qui les connaît donne rendez-vous à la crise qui vient, ou à la suivante, puisque même si la communisation échouait, cela ne serait pas la preuve que TC s'est trompé (RS, TC13 p. 34, septembre 1994 : « Je reconnais que, dans ma démarche, le communisme est inéluctable, est-ce vraiment gênant ? Le capital n'est pas éternel. Je peux me tromper sur l'analyse de ce cycle et de la restructuration, à ce moment-là, ce sera pour la prochaine fois. »). Apprécions à cet égard les vœux de Stive, « longue vie à dndf », car à cette aune, TC/dndf est immortel. Cette théorie est falsifiable* mais pas en son noyau, ce qui est le propre de toute idéologie (Edgar Morin, La Méthode, Les idées, 1991)

* cf TC26, p. 323 : « Depuis quarante ans, les remises en cause sont partie prenante de l'histoire de Théorie Communiste, parce que, depuis le n°2 [1979], nous avons produit un socle théorique qui inclut le caractère « falsifiable » de nos propositions. » Pirouette encore, puisque quand Popper affirmait que « Le critère de la scientificité d’une théorie réside dans la possibilité de l’invalider, de la réfuter ou encore de la tester », autrement dit la nécessité qu'une science soit falsifiable, il est évident qu'il le pensait de ce qu'elle a d'essentiel, le noyau dur qui la définit. Chez TC, c'est le syllogisme du prolétariat révolutionnaire (Christian Charrier, Fin de la théorie du prolétariat)

certes, la théorie de la communisation ne se prétend pas scientifique, comme Engels avec son "socialisme scientifique". AC du blog Carbure le sait : « La théorie de la communisation est une théorie de la rupture, elle ne peut être scientifique : elle est emportée dans le mouvement de son objet... ». Elle est surtout emportée par le subjectivisme de ses théoriciens et lui ruse avec son Principe d'incertitude, rabâchant à l'envi l'« aspect scientifique [de] la loi de la baisse tendancielle du taux de profit », dont RS fait un équivalent de l'implication réciproque prolétariat-capital comme de la lutte des classes unique moteur de tout ce bordel. C'est pour affirmer aussitôt que « C’est avec assurance que nous posons des affirmations telles que « c’est le prolétariat, en tant que classe, qui fait la révolution qui abolit les classes », mais cette assurance est aussitôt saisie par le doute », un doute qui n'est qu'une clause de style préservant l'essentiel, comme chez Dauvé DDT21 : Douter de tout... pour tenir l'essentiel

Popper disait encore que « toutes les lois et les théories sont des conjectures ou des hypothèses provisoires. » Tout espoir n'est pas perdu puisque TC affirme : « S'il avait fallu abandonner la "question fondatrice", nous l'aurions fait... ». À l'impossible nul n'est tenu


c'est le monde des certitudes dont il font théorie définitoire et définitive que nous avons quitté, pas celui des contradictions du capital, et l'espoir d'en sortir repose aujourd'hui heureusement sur bien plus que les épaules de ce pauvre prolétariat, qui n'en peut mais

ajout

à Adé qui écrivait
Tout cela n’a aucune espèce de consistance, aucun impact, aucun fondement réel, dans la société réelle et ne relève plus que d’une croyance : aujourd’hui, peut-être (pas), ou bien demain, en différé.
RS répond
Aucune espèce de consistance” :
La société actuelle : MPC ou pas MPC ?
Si oui : est-ce une “croyance” ?
Exploitation= développement du capital = contradiction P / K = pl / C+V
Est-ce que cela n’a aucune espèce de consistance ?
mais enfin, ce qui relève d'une croyance est que cela, la réalité du capital [MPC : mode de production capitaliste], dont ni Adé ni moi ne doutons, produirait la révolution via la lutte de classe du prolétariat. RS semble même en douter, qui affirme :
Je ne parlais pas dans mon courrier de “communisation” (terme que pour le moment j’emplois avec la plus grande parcimonie) mais de la situation actuelle.
ceci après avoir insisté sur « C'est au présent que nous parlons de communisation », formule ambiguë toujours en exergue de dndf, et qui fera les beaux jours de la drague des "activistes" par TC dans Meeting et SIC. On s'amusera encore de cette définition extensive de la théorie :
RS a écrit:il faut même de la théorie pour dire que ce que tu manges est du gâteau et pas un cuissot de jeune éléphante [car] le “direct” de la “pratique” te dit seulement que tu manges.
bêtement, moi, qui mange pour vivre, je mange donc je suis sans penser que je mange, mais quand j'y pense en mangeant du poulet, je sais sans théorie que c'est pas du gâteau. On apprend encore que RS « n’a pas de “fétiche du prolétariat”, de “deus ex machina” », d'où l'on se demande alors comment il passe du capital à la révolution par le prolétariat, qui est le cœur de sa théorie. N'est-ce pas plutôt lui le "déçu du programmatisme", et qui donnerait raison à Temps Critiques parlant en 2006, à propos de TC, de Derniers feux du programmatisme prolétarien. J'ai ma petite idée sur les raisons personnelles biographiques de RS pour en demeurer là, à cette vengeance ultime du prolétariat. Lui qui m'écrit paradoxalement « Il y a des fois où ta suffisance "de classe" fait pitié » fait bon cas de ses insuffisances théoriques et de celles pratiques de son prolétariat

quant à la théorie,
RS a écrit:C’est la capacité interne de ses concepts à se critiquer qui est la mesure de sa validité.
ben non, désolé, tu peux amender autant que tu veux une théorie essentiellement fausse, ça ne la rendra pas valide pour autant, preuve par TC26, dont rien ne vient conforter "la question fondatrice", mais la colmater par la vision kaléidoscopique d'un prolétariat introuvable comme classe constituée. Mais enfin, tout cela, RS le sait, et préfère répondre à côté en faisant mine de ne pas comprendre. Il y a un moment où sa motivation apparaît plus égotiste que théorique, comme s'il voulait sauver non tant sa théorie boiteuse - il s'y prend bien mal -, que sa réputation de théoricien sérieux : en prenant ses lecteurs pour des imbéciles ?

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Message par Patlotch le Ven 26 Oct - 16:28

je n'ignore pas comme faire son deuil de la révolution et du prolétariat possiblement révolutionnaire est difficile, et source d'isolement et de rejet, comme "contre-révolutionnaire", par tous ceux qui, ayant traité Camatte en chien crevé après l'avoir pillé, refusent de franchir ce pas, contre vents et marées fidèles, car la plupart sont des vieux comme moi, aux idées de leur jeunesse

cet isolement est le prix à payer pour penser les voix réalistes de sortie du capitalisme. Je dis réaliste au sens d'utopie concrète, contre le mot d'ordre romantique 68tard repris à Che Guevara « Soyons réaliste, exigeons l'impossible ! »

qui ça n'intéresse pas peut toujours souscrire à Commune, magazine populaire pour une nouvelle ère de la révolution, dont j'ai parlé dans les clowns de l'avant-garde. Ils sont bien partis, Joshua Clover, Jasper Bernes et leur bande de poètes américain.e.s pour s'internationaliser et accueillir, qui sait ? des textes communisateurs, qui se referont ainsi une santé par-delà leurs désaccords irréductibles, puisqu'ils ont commencé en traduisant le premier (L'émeute prime)

misère de qui n'a que l'opportunisme et le mensonge à soi-même pour exister

Arrow

je ne veux pas me contenter de faire table rase du passé, au sens renversé du programme des luttes de classes et de leurs théories qui ont échoué à renverser le capital en faisant chanter, dans tous les sens du terme, des générations de prolétaires


c'est pourquoi une des lignes directrices de ce forum est de chercher à comprendre ce qui change sous nos yeux, entre idéologie dominante et nouveau paradigme de la compréhension du monde par les luttes en divers domaines, témoignant de leur remise en cause radicale du capitalisme, mais pas forcément dans un affrontement de classe à base prolétarienne. De comprendre en quoi il peut y avoir construction d'une hégémonie d'opposition au capital. Il ne s'agit pas d'en faire telles quelles de nouvelles luttes révolutionnaires, car elles se montrent plutôt modestes de ce point de vue, mais de saisir pourquoi et comment, quand une idée s'empare des masses, elle devient force matérielle (Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel, 1843)

il s'agit donc de saisir que le monde n'a pas changé seulement par des révolutions, qu'elles n'auront été historiquement que des moments courts dans des processus plus longs, et qu'il n'est pas de raisons pour penser qu'il en irait différemment dans l'avenir

il est évidemment essentiel et heureux que dans ce processus, les rapports entre l'humanité et la nature, ou mieux dit l'appartenance de l'humain au monde vivant, soient la source même de la mise en cause du capital(isme), puisqu'il en est la destruction. Nous avons là quelque chose de bien plus radical - prenant les choses à la racine, dit Marx -, que la seule contradiction entre classes capital-prolétariat, qui n'en est qu'une partie, et non le tout des marxistes

alors tant qu'à faire, ne soyons pas révolutionnaires à moitié


En botanique, la racine est l'organe souterrain d'une plante servant à la fixer au sol et à y puiser l'eau et les éléments nutritifs nécessaires à son développement.

bien creusé, vieille taupe !


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CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION Empty Re: CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION

Message par Patlotch le Mer 28 Nov - 12:33


du désir de révolution, ou pas

il ne s'agit pas là à proprement parler du concept de révolution mais d'une enquête portant davantage sur les subjectivités. Elle a un an et je l'ai découverte par l'Observatoire des inégalités @Obs_ineg

"changer radicalement la société"
ne recouvre pas l'idée de "révolution communiste", ce qui explique aussi que cette option soit choisie sans grande distinction sociologique, de 24% pour les professions libérales et cadres sup' à 38% pour les ouvriers (quand même !), mais le plus remarquable est que l'option « réformer la société française sur certains points tout en conservant l’essentiel » est stable dans le temps à 70%, alors qu'elle recoupe largement aujourd'hui le mouvement dit des Gilets jaunes soutenu dans une même proportion selon les enquêtes actuelles

Qui veut révolutionner la société ?
Centre d'observation de la société, 30 novembre 2017

Il flotte comme un parfum de contestation dans la société française. Si les grèves font moins recette dans un contexte de chômage de masse, les élections montrent d’année en année une montée des partis contestataires. Les enquêtes de fond sur les valeurs font apparaître, de longue date, une montée de la part de ceux qui souhaitent « un changement radical de société ».

Ainsi, la part des personnes qui disent qu’il faut « changer radicalement la société française » est passée de 18 % à 28 % entre le milieu des années 2000 et le milieu des années 2010, alors que ceux qui veulent « réformer la société française sur certains points tout en conservant l’essentiel » a baissé de 77 % à 68 %, selon le baromètre annuel d’opinion du ministère des Solidarités 1. Une autre enquête aboutit même à des chiffres encore plus radicaux : la part des personnes qui souhaitent « que la société change de manière radicale » serait passée de 25 % à la fin des années 1980 à 45 % au milieu des années 2010, selon le Crédoc 2.

CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION Changeoscieteopidrees2

De légères modifications des questions peuvent entraîner de grandes variations dans les réponses. En 2015, on peut signaler que 28 % (ministère des Solidarités) ou 45 % (Crédoc) souhaitent un changement radical… La tendance, confirmée par les deux enquêtes, est plus significative : il existe la volonté croissante de changements profonds. Avec des poussées qui correspondent aux deux périodes des ralentissements économiques les plus marqués : le milieu des années 1980 et le début des années 2010. Une progression en escaliers : la part de ceux qui réclament un changement radical augmente durant les périodes de crise mais ne redescend pas les années suivantes.

CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION Changesocietecredoc

Les données du ministère des Solidarités décrivent plus finement le portrait de ceux qui souhaitent ces changements radicaux. Bien des facteurs se conjuguent : les hommes sont plus souvent contestataires, ainsi que les quadragénaires. Mais c’est surtout une France populaire qui se dessine. Les ouvriers sont 38 % à souhaiter un changement radical, les chômeurs 37 %, les titulaires d’un BEP à 34 %, ceux qui perçoivent moins de 900 euros par moi et par personne à 32 %. Inversement, les retraités, les fonctionnaires, les plus aisés et les plus diplômés revendiquent bien moins fréquemment de changement radical. Ces réponses décrivent une société clivée, où les difficultés sont ancrées de longue date, et qui peine à apporter des réponses en termes d’insertion professionnelle aux moins favorisés, de plus en plus attirés par l’envie de renverser la table. Les périodes d’embellie économique leur profitent peu : le chômage baisse (modérément) mais la précarité reste élevée et les salaires très faibles. Aux dernières élections, les anciens partis majoritaires ont payé chèrement le fait de ne pas prendre en compte cette donnée sociale.

Il ne faut pas exagérer le sens des réponses. Chez les ouvriers, les plus contestataires, il reste toujours une énorme majorité pour souhaiter des réformes mais préserver l’essentiel. Rien ne dit de quel « changement radical » on parle : celui-ci peut avoir bien des significations. Les partis les plus contestataires défendent des politiques opposées sur la plupart des sujets 3 : les réponses radicales agrègent des opinions très divergentes. Pour autant, on mesure le danger à ne pas apporter des réponses aux besoins exprimés par les milieux populaires. La mise en avant de l’exemplarité de la réussite individuelle peut être ressentie de façon très violente par tous ceux qui, en dépit d’efforts considérables, restent coincés au bas de l’échelle sociale. Si le cadre démocratique « traditionnel » tient, rien ne dit qu’il sera éternel, l’exaspération et la frustration peuvent conduire à des mouvements rapides et incontrôlables pour ceux qui pensent que la plage se trouve sous les pavés.


CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION D%C3%A9tailcontestation2-1


Notes:

- Enquête réalisée chaque année depuis 2000 auprès de 3 000 personnes. ↩️
- « Quatre grandes tendances sociétales qui vont impacter le monde HLM dans les prochaines années : le défi de la mixité sociale », Régis Bigot, Lucie Brice et Sandra Hoibian, Crédoc, septembre 2016. ↩️
- Dont il reste à montrer qu’elles amélioreraient le sort des plus démunis, mais tout est question d’interprétation… ↩️

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CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION Empty Re: CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION

Message par Patlotch le Mer 19 Déc - 4:25


une rencontre aléatoire s'est produite

incidemment, à l'occasion d'un échange sur tweeter avec '19h17' (RIC ou révolution ?), 'Détruisons l'économie' et @InfoPastiche signalent ce texte. Il fait plus d'un écho à mes considérations ci-dessus, je les souligne en gras, avec quelques commentaires [en bleu]
Patlotch a écrit:merci. Ce texte fait plus d'un écho à mes considérations : importance des journées révolutionnaires (la rupture...), un sujet, pas nécessairement le prolétariat se constituant dans un processus pouvant durer... des siècles, relation subjectivité agent individuel et action sujet collectif...
Sur le « concept » de Révolution - Eduardo Colombo
Paris-Luttes.Info, 17 décembre 2018

« Les sociétés ne changent pas en un jour, mais les journées révolutionnaires sont le moteur du changement. Donc, qu’est-ce que la révolution ? Comment pouvons nous la comprendre aujourd’hui ? »

Au vu des interprétations mécaniques qui se portent et se sont portées sur l’émergence inattendue des gilets jaunes, au vu de la sévérité politique, d’une certaine condescendance militante entraînée vers une partie de la population qui, effectivement, a tâtonné sans repères ni trajectoires historiques durant des semaines de tentatives collectives. Et, au vu de la tranquille retombée du soufflé populaire, des tentatives d’entrisme et de récupération du dit « mouvement » par tous les confusionnismes, il semble nécessaire de rappeler quelques évidences théoriques et pratiques qui pourraient être en mesure d’amputer de jugements et de remontrances « éclairées » l’apparition des prochaines offensives sociales et multiformes.

Non, la conscience de classe n’est pas chose innée.
Oui, ce type d’événement reste une opportunité de la faire apparaître.

Il faut bien commencer quelque part, et donc accepter l’insuffisance de ce qui fait encore office de balbutiement.

La mémoire révolutionnaire a été désapprise, on ne peut pas en vouloir au prolétariat un oubli si bien orchestré. Renouer avec cette mémoire prendra du temps – course de fond.

Évitons donc d’être impétueux, intransigeant ou hypercritique.

Afin d’illustrer notre propos - et dans l’idée de parvenir à une synthèse -, nous avons pioché quelques extraits de l’ouvrage d’Eduardo Colombo, Une controverse des temps modernes La postmodernité, paru en 2014 :
1.
Les sociétés ne changent pas en un jour, mais les journées révolutionnaires sont le moteur du changement.
Donc, qu’est-ce que la révolution ? Comment pouvons nous la comprendre aujourd’hui ? [plutôt que de moteur je parlerais de déclenchement, de moment de rupture...]

2.
Si nous regardons l’événement que fut la révolution française, par exemple, il faut prendre en considération plusieurs facteurs qui confluent dans la situation historique : la rébellion paysanne, violente, contre l’ordre féodal, le Tiers-État, éclairé, - qui va se diviser en bourgeoisie girondine et jacobine -, et les sans-culottes impulsant une autre révolution depuis les assemblées primaires des sections de Paris.

Chaque événement est unique, inédit, mais n’empêche qu’il y a des tendances dans l’histoire des hommes. Ce qu’on trouve toujours dans l’action collective, quand l’insurrection casse le carcan de l’imaginaire établi, est une nouvelle fluidité du lien social, un sentiment partagé par tous les insurgés d’avoir récupéré la capacité de décider ici et maintenant, un sens de l’auto-organisation. Tout cela revient à réactualiser à chaque révolution l’expérience cumulée de la lutte plébéienne, expérience qui se trouve au cœur du projet anarchiste : l’action directe, les assemblées de bases et la délégation avec mandat contrôlé.

3.
Quand la révolution en acte n’est pas, les idées révolutionnaires se nourrissent d’un fond constant de négation de ce qui est, de critique de l’établi. Elles s’articulent alors avec les images de la liberté, avec des objectifs nouveaux. Elles donnent lieu à des « révoltes logiques » et à des « philosophies féroces ».
Les idées révolutionnaires finissent par s’organiser dans un projet collectif d’émancipation, une image d’anticipation qui contient les lignes de force d’un changement désiré, voulu et réfléchi. [j'ai parlé de subjectivation révolutionnaire collective]
Quand la révolution arrive, le projet sera lui aussi transformé et bouleversé. Par définition il appartient à l’ancienne société. Mais il est nécessaire à tout changement consciemment voulu et orienté par des valeurs et une finalité.

(…)

Cependant, il ne faut pas se méprendre. Si nous utilisons l’expression « rupture révolutionnaire », ce n’est pas parce qu’il y a dans notre pensée des relents millénaristes de l’attente du Salut, d’un Grand Soir, ou d’une Aurore de la Sociale, la grande palingénésie prolétarienne, non, il faut imaginer plutôt un processus historique qui s’étale sur de longues années, voire des siècles, qui modifie aussi bien les institutions de la société que le type d’hommes qui pourra les faire vivre. Mais il s’agit toujours d’une rupture produit d’un changement profond et qualitatif de la société. La guillotine a tranché le lien qu’unissait le corps politique du roi à la transcendance divine. [rupture produit d'un changement... > dépassement produit...]

4.
La critique des régimes totalitaires — qui les a unifiés malgré des ancrages idéologiques divers ou opposés – a mis les droits de l’Homme (les Droits Humains) au fondement de la politique contestataire, en favorisant, volontairement ou non, les positions libérales et individualistes, et en donnant par le même mouvement un éclairage favorable aux luttes défensives, d’arrière-garde, centrées sur les limitations du Pouvoir, la création des contre-pouvoirs, la protection de l’environnement et la défense des libertés acquises. En oubliant que les réformes partielles renforcent le système et qu’en aucun cas elles n’ébranlent les assises hiérarchiques de la société.

(…)

Nous nous trouvons ainsi devant l’apparition des « nouvelles radicalités » - libérales dans le néo-anarchisme et structuralistes dans le post-anarchisme -, qui justifient et prêchent la délégitimation de l’idée révolutionnaire.

(…)

L’abandon du projet de transformation révolutionnaire de la société, la délégitimation de l’idée de révolution, ne restent pas isolés, ils entraînent d’autres démissions de la pensée critique.

5.
La révolution, certes, peut être vue comme une affaire de moyens. La finalité est d’avancer vers une société plus autonome, vers l’anarchie. Tout en sachant que l’anarchie ne peut pas être une « société idéale », un but à atteindre, mais un « idéal de société » pour lequel il faudra lutter même en société anarchiste. [j'ai parlé en ce sens de société communiste ou de communauté humaine ou du vivant]

6.
Les institutions sociales véhiculent mythes et idéologies, et l’individu qui trouve dès la naissance ces institutions élémentaires qui le forment en le socialisant, est enclin à les voir comme extérieures et « naturelles ». Pourtant, elles sont faites par les hommes et intériorisées par le sujet. L’homme, la femme, qui se révolte doit se révolter en partie contre soi-même.

7.
Parler de sujet comme assujetti est à la mode parmi ceux qui se réclament de la postmodernité, disons plutôt de la French Theory.

(…)

Les postmodernes en ajoutant « assujetti » à « sujet » veulent montrer que le sujet est dépendant, obéissant et soumis à la loi de l’inconscient ou de l’État -, à la structure, aux relations de pouvoir, qui l’objectivisent en tant que sujet.
Pendant la modernité la rupture révolutionnaire avait permis aux sujets du Roi de devenir des citoyens, investis de droits et de capacités de décision, et la force expansive du fait révolutionnaire avait aussi posé les bases, ou permis d’esquisser, un projet d’autonomie individuel et social. [à la notion d'autonomie individuelle, je préfère penser l'individu dans l'ensemble de ses nouvelles relations sociales, sans trop m'appesantir sur "l'immédiateté sociale entre individus", davantage sur l'intégration par l'individu des nécessités collectives de l'anarchie/communisme, en un mot la sortie de l'individualisme]

8.
De la même façon que la Modernité, pour construire son image, se représentait avant elle un Moyen-Âge tout négatif, période de superstition, d’oppression des esprits et d’obéissance aveugle, un Temps de Ténèbres (Dark Ages), en occultant tous les processus d’entraide, dans la construction des cités libres, des conjurations et des guildes que signalaient Kropotkine et Mumford, de la même façon, disons nous, les tenants du post- veulent réduire la modernité aux lumières, en les accablant de tous les maux de l’Occident [c'est vite dit, mais on trouve cette caricature anti-occidentale chez les décoloniaux]. Cette réduction - qui exclut fondamentalement la caractéristique majeure de la modernité, l’esprit d’examen, et en conséquence tous les moments de la critique, de la négation, de la déconstruction -, sert à condamner en bloc le sujet substantialiste ou essentialiste, le fixisme identitaire, et l’universalisme d’une Raison unique ; ceux qui se sont appelés post-anarchistes ont étendu ces critiques au corpus, dit maintenant « classique », « historique » ou « social », de l’anarchisme.
Nous pensons qu’on peut accepter, et même accueillir avec enthousiasme, nombre de ces critiques tout en soutenant une identité en changement (identité ipse), un universalisme de valeurs, et un sujet substantialiste, individuel ou collectif, agent causal des actions humaines. [universalisme pluriel, unité dans la diversité...]

(…)

Une révolution n’est pas pensable dans un monde sans sujet-agent causal assignable. Un monde dépourvu de l’intentionnalité et de la volonté des hommes.
Ceci dit, cette proposition n’exige pas d’aller chercher un Sujet révolutionnaire, les Masses, le Prolétariat, le Peuple, sujet déjà formé et en attente de passer à l’acte.
Le sujet révolutionnaire se constitue comme tel dans le processus révolutionnaire lui-même. la constitution en sujet révolutionnaire, pas nécessairement une "classe" et pas davantage le strict Prolétariat de la théorie de la communisation, ou le Peuple qui ne serait que populiste et/ou nationaliste]

9.
Bakounine précisait (1871) « … dans la Révolution sociale, diamétralement opposée, dans ceci comme dans tout le reste, à la Révolution politique, l’action des individus était presque nulle et l’action spontanée des masses devait être tout. Tout ce que les individus peuvent faire, c’est d’élaborer, d’éclaircir et de propager les idées correspondant à l’instinct populaire, et, de plus, c’est de contribuer par leurs efforts incessants à l’organisation révolutionnaire de la puissance naturelle des masses, mais rien au-delà ; et tout le reste ne doit et ne peut se faire que par le peuple lui même. »
Le sujet de l’action révolutionnaire est, à l’évidence, un sujet collectif. Cependant, tout ce qui peut être nommé comme « le peuple », « le prolétariat », « les masses », dans l’écoulement monotones des jours – sous la chape de plomb du travail salarié et du contrôle de l’État-, n’est qu’un ensemble plutôt conformiste et apathique, de gens soumis et résignés, traversé par l’infinie multiplicité et diversité des intérêts réels, d’aspirations et de volontés en conflit. Cela n’empêche que, comme le pensait Camillo Berneri, s’il n’y a pas des « masses révolutionnaires », il y a des situations révolutionnaires dans lesquelles les masses sont un énorme levier. [elles ne sont pas qu'un levier si cela sous-entendait que la révolution se fait par un sujet au-dessus d'elles, mais le terme de "masses" est-il approprié ?]

(…)

Le problème se pose alors de savoir quelle relation peut exister entre la subjectivité de l’agent individuel et l’action d’un sujet collectif. [c'est toute la question traitée à maintes reprises de la subjectivation révolutionnaire individuelle et collective, de l'utopie concrète, etc]

10.
Si la légitimation du pouvoir ne se trouve ni en dieu, ni dans une loi de la nature, si elle se trouve dans un pacte que les hommes ont fait entre eux, c’est logique de penser que les hommes peuvent le défaire ou le changer. La politique devient une affaire dépendant des seules décisions humaines. Alors, un changement révolutionnaire de la société n’est pas uniquement un événement qui se déploie dans l’histoire il est aussi un changement consciemment cherché, voulu et orienté par une finalité. C’est dans la structure de l’action intentionnelle qu’il faut chercher le sujet des révolutions.

11.
C’est le collectif humain qui a créé le monde, institué la société. Les normes, institutions et coutumes qui conforment ou socialisent les individus, sont les produits des actions, ou des séries d’actions des agents sociaux qui veulent, désirent, décident, projettent, agissent et, par voie de conséquences, modifient et changent constamment leur propre société. L’erreur majeure consiste à opposer individu et société. L’individu biologique devient un sujet actif de son groupe, de sa classe, tout en pouvant changer de groupe d’appartenance ou de classe. Il y a toujours eu des martyrs et des apostats, des révoltés et des conformistes.
Nous avons affirmé qu’une « révolution n’est pas pensable dans un monde sans sujet-agent causal assignable. Un monde dépourvu de l’intentionnalité et de la volonté des hommes. » Et, aussi, qui n’existe pas une Sujet révolutionnaire désigné d’avance et destiné à accomplir une tâche dans l’histoire. Le sujet-agent des révolutions se constitue comme tel dans le processus révolutionnaire lui-même.

(…)

Rebelle il pourra devenir révolutionnaire en imaginant qu’une autre société est possible. Mais, ce n’est pas dans la subjectivité que se font les révolutions. Tout ce que les sujets individuels, les personnes, pouvant faire « c’est d’élaborer, d’éclaircir et de propager les idées » qui correspondent à la situation réelle des classes exploitées et dominées. Et, participer ainsi à la création de cette nouvelle épistémè à partir de laquelle images, discours et valeurs d’une autre société plus libre et autonome orientée vers l’anarchie, deviendront visibles et audibles. Dans cette tâche les sujets se reconnaissent, s’organisent, forment des groupes, associations et mouvements, pour s’intégrer, le moment venu, dans le procès qui aboutira à une situation révolutionnaire.
Tout au long de ce processus les subjectivités subversives auront leur inappréciable valeur. Cependant, le sujet-agent des révolutions s’exprimera en acte, et la situation révolutionnaire montrera sa vraie nature : multiple et composite produit de la conjonction des classes, fractions des classes et des catégories sociales, dépendantes ou dépossédées. Alors, « l’action des individus était presque nulle et l’action spontanée des masses devait être tout  ».
Le sujet révolutionnaire manifestera une volonté qui, comme le montre l’histoire, risque d’être confisquée aux lendemains qui déchantent. Les révolutionnaires doivent « contribuer par leurs efforts incessants à l’organisation révolutionnaire de la puissance naturelle des masses, mais rien au-delà  ». Bakounine se méfiait des dirigeants comme de la peste.

P.-S.
Cet article tente d’approfondir les analyses de cette première contribution critique : Les Gilets Jaunes, la gôche, le militantisme et Nous ? [pas encore lu]

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Message par Patlotch le Lun 18 Mar - 22:05


un coup de gueule pas très théorique, mais qui n'est pas antipathique, ni pathétique...


Il n'y a pas de sujet révolutionnaire
Indymédia.Nantes 16 mars 2019
Il y a plus d'un siècle et demi, un philosophe d'Allemagne, grâce au mécénat d'un industriel lui aussi ouvriériste, écrivait et publiait des théories sur le rôle messianique du prolétariat, classe la plus révolutionnaire de l'histoire, juste devant la bourgeoisie. Le prolétariat était la classe ultime, car sa lutte déboucherait selon Marx - c'est scientifiquement prouvé par lui-même - sur la fin de l'histoire, le communisme. Dès lors, le prolétariat est entouré d'une auréole sacrée, la misère noire que subissent les individu-es englobé-es dans cette classe ne peut que les amener à se révolter. Sauf les plus miséreux-ses d'entre eux, qui, sans le savoir, sont des contre révolutionnaires pétris d'idées réactionnaires. Des sous-hommes, pardon, des sous-prolétaires.

A partir de là, le prolétariat devient le sujet révolutionnaire. Il faut se battre avec lui, pour lui. C'est en lui que réside la destruction du vieux monde. Critiquer ce prolétariat comme étant un fantôme, ou pointer du doigt de nombreuses choses parfaitement dégueulasses au sein de cette classe vous range immédiatement dans le camp de la réaction, car c'est bien connu, le monde est divisé en deux camps. Les quelques anarchistes, individualistes... qui s'y sont essayé-es n'étaient bien sûr que des petits-bourgeois. Mais moins chouettes que Engels. Mais peu importe ces empêcheurs de catégoriser en rond, la majorité des anarchistes, fortement influencé-es par Marx, a rejoint la théorie. Par, pour, et avec le prolétariat. D'où une fascination pour les usines, le progrès industriel... Plus il y a de prolos, plus le soleil radieux du communisme est proche. Le prolétaire, sujet révolutionnaire, historique et scientifique s'il vous plaît. Aujourd'hui encore, quiconque, tel-le un-e hérétique, ose émettre des critiques sur le classisme est un bourgeois. Le prolo est une figure sainte.

Malheureusement pour ces militant-es de classe, le monde est bien plus complexe, les individu-es qui le composent également. Le prolétariat a complètement échoué dans sa mission historique. Fredy Perlman disait même que le prolétariat est plus raciste que la bourgeoisie... Étonnant ? Non, pour qui n'est pas pétri d'autoritarisme de classe. Mais alors, que faire ? Il nous faut un nouveau sujet révolutionnaire sur qui reposera la Révolution.

Ce fut tour à tour les femmes, avec le mouvement féministe qui pris de l'ampleur dans les années 70, plus encore les femmes prolétaires, victimes historiques de la double exploitation. Malheureusement, le patriarcat sévit toujours, y compris chez les prolétaires et dans les milieux révolutionnaires, mais chut !

Vint alors parfois la figure du sous-prolétaire, redevenu-e humain-e. Surtout chez les insurrectionalistes, pour qui la guerre sociale, c'est forcément de la balle, du moment qu'il y a de la casse et du feu, les intentions c'est autre chose. Quand des dealers défoncent des caméras de surveillance, guerre sociale mon pote !

Vinrent aussi les migrant-es, les jeunes de banlieue, aujourd'hui pour les plus mystiques ce sont les musulman-nes, ce sont les LGBTQ+ pour les plus progressistes, ça n'en finit jamais. Dans ce merveilleux pays, aujourd'hui le Sujet Révolutionnaire porte un gilet de couleur jaune.

Parce que sans sujet révolutionnaire, pas de révolution. Sans une communauté de destin, opprimée, rien ne bougera. Tout est bon à prendre pourvu que ce soit des opprimé-es. Pas d'individu-es. Pas d'histoire. Rien de tout cela. La lutte des classes/LGBTQ+/anti-raciste etc etc comme vecteur unique. Le mieux est d'être femme-Lumpen-"racisée"-musulmanne-lesbienne-trans-neuroatypique-non valide, et là on est arrivé au bout du Sujet Révolutionnaire.

Caresser une communauté, donc un fantôme, dans le sens du poil brillant sous prétexte que les individu-es la formant subissent une ou des oppressions - qu'il ne s'agit aucunement de nier - n'a jamais rien changé et ne changera rien au fait que la destruction du vieux monde n'est pas une question de drague de sujets révolutionnaires qui n'existent que dans la tête de militant-es, philosophes, universitaires (parfois les 3) qui ne peuvent penser l'histoire que mécaniquement. L'insurrection des individu-es ne dépend pas d'une classe, d'un genre, d'une origine, ou d'un taux d'exploitation, d'oppression. Mais d'une rage qui naît dans le ventre de l'individu, pendant que ses potes vont au foot ou au bar, ou sont devant Netflix. D'une volonté de détruire non seulement le pouvoir, mais aussi les relations sociales, imprimées en soi depuis l'enfance. La réalité est toujours plus complexe.

Il n'existe aucun sujet révolutionnaire, seulement des révolutionnaires en manque de sujets.
le premier commentaire
La fierté prolétarienne, l'identité, tout çà c'est de la merde mais je ne me vois pas faire la révolution avec des cadres sup, des huissiers, des patrons de toutes sortes, quand même. A moins qu'elles et ils rompent avec leurs fonctions et leurs milieux.
et ce morceau de bravoure prolétarienne du "Vieux sympathisant du GCI", qui m'a traité de raciste, fasciste, et j'en passe...
VSGCI a écrit:Une vision fausse de ce que sont les classes

Ce texte fait montre d'une très belle incompréhension de ce que sont les classes sociales ; la « vision messianique » des ouvriers, l’idée que le prolétariat, ce sont des « individus agglutinés », l’idée que les prolétaires sont avant tout des ouvriers d’usine, la vision du « progrès industriel », la confusion entre exploitation et oppression… Ce sont là des visions qui ne sont pas de Marx, mais qui sortent… de chez les Staliniens !

Alors, que les petits-bourgeois ne comprennent pas ce qu’est la classe ouvrière, Marx l’expliquait déjà très bien à travers Proudhon et Bakounine [un Stalinien ?]. Mais il faudrait quand même poser la question : qui est révolutionnaire dans la société ? Ce qui signifie : qui a un PROJET de société alternative ? Et là, la classe ouvrière, classe associée par sa position de seule classe productrice dans le capitalisme, classe à la fois exploitée, capable de comprendre son exploitation - qui n’a rien à voir avec l’« oppression » - et classe qui a un projet historique qui rompt avec le capitalisme, est toujours la seule classe révolutionnaire.

La rage n’est pas une réflexion ; c’est un sentiment purement nihiliste qui est profondément nuisible socialement. Et pour être révolutionnaire, il faut vouloir détruire la société, mais aussi avoir une idée de ce qu’il faut faire pour en construire une nouvelle. Le ou les auteurs de ce texte ont la « rage » parce que ça ne va pas assez vite à leurs yeux ? La réponse date de la révolution française : révoltés, encore un effort ! Vous deviendrez révolutionnaires ! Et comme le disait Lénine : les deux qualités d’un révolutionnaire sont la patience et l’humour ! [l'humour de ce vieux sympathisant est réservé à ses... sympathisants]]

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Message par Florage le Ven 12 Avr - 6:50


le déterminisme de la foi en la révolution
contre l'analyse du capitalisme réel

Patlotch a écrit:sans revenir sur le fond de mon argumentation largement développée plus haut, un bel exemple de l'absence d'interrogation du concept de révolution, ou plutôt de la certitude que sortir du capitalisme et construire la communauté humaine (Gemeinwesen de Marx), c'est faire la révolution. À ce thème se greffent quelques autres, une conception mécaniste de la dialectique caricaturant celle de Marx et la rabattant sur l'Aufhebung de Hegel. À lire chez dndf dans Peut-on vraiment apprendre quelque chose  d’Octobre ? paru en Grèce lors de l’anniversaire de la révolution d’octobre

hormis la classique opposition entre anarchistes et marxistes, à dépasser par leur rapprochement dans l'ultragauche historique, on aboutit à la logique réductrice de la Rupture dans la théorie de la révolution entre 1965 et 1975 (titre d'un livre de Danel, 2003), dont naîtra la théorie de la communisation et le groupe Théorie Communiste avec sa bible Fondements critiques d'une théorie de la révolution (2001). Ces titres sont importants car ils résument à l'extrême ce qui les séparaient déjà de Marx, qui a écrit lui Le Capital, Critique de l'économie politique

rien d'étonnant donc à ce que ce milieu ne sache plus aujourd'hui caractériser le capitalisme de façon radicale, à la racine de ses rapports au monde au-delà de la seule contradiction entre classes par son antagonisme avec le vivant. Le renversement de l'analyse de toutes les contradictions du capital dans une seule à laquelle tout doit être structurellement rapporté par un bricolage dialectique, l'implication réciproque capital <=> prolétariat fait le déterminisme de l'analyse de ce qui se passe sous le prisme de la promesse téléologique de la révolution. De ce renversement tout est dit dans la première phrase « si nous sommes “pour” la révolution, », qui aboutit logiquement à l'activisme théoriciste et pratique : « Que devrions-nous faire aujourd’hui ?  », un avant-gardisme qui ne dit pas son nom
Peut-on vraiment apprendre quelque chose  d’Octobre ?, extrait
Quelques réflexions sur la dialectique de la révolution

Que devrions-nous faire aujourd’hui, si nous sommes “pour” la révolution ?

[...]

En tant que processus dialectique, la révolution ne peut pas être un “assaut des palais d’hiver”, ni un “point d’accumulation”, pour ainsi dire, dans un continuum de luttes partielles dont la limite est la survie et la reproduction du prolétariat comme prolétariat. C’est, au contraire, une discontinuité et un saut qui sera produit par le débordement des luttes individuelles quand, dans une ère de déstabilisation déjà avancée, ces luttes atteindront et dépasseront leurs frontières, posant la question d’une rupture totale et dépassant la réalité existante : l’attaque globale sur tous les aspects de la relation de capital ainsi que sur tous les aspects des relations de pouvoir : état, propriété, travail, argent, valeur, sexe, race, sans aucun programme transitoire.

Considérant la forme et le contenu de la révolution dans cette perspective, ce que nous considérons comme approprié du point de vue organisationnel, c’est la réflexion critique théorique et pratique incessante sur qui nous sommes, où nous sommes et que nous faisons. En d’autres termes, contribuer de toutes les manières à rassembler les différentes “factions” du prolétariat – en particulier les moins visibles – et à créer des relations entre des sujets réels qui remettent en question ces segmentations de manière pratique, remettant en question leur propre existence matérielle, c’est-à-dire le capital lui-même. Il s’agit essentiellement de produire de nouvelles formes d’unité qui peuvent préfigurer la révolution.

Pour en revenir à la citation originale de Endnotes, “apprendre” du passé des luttes du XXe siècle, ne signifie en aucune façon projeter ce passé dans le présent, ni bien sûr essayer de “découvrir” le présent dans ce passé [ils y ont quand même découvert la révolution ou rien et le seul prolétariat pour la faire...]. En ce sens, nous dirions, peut-être de façon un peu provocatrice, que ce que nous pouvons apprendre d’octobre 1917, c’est que nous ne pouvons pas vraiment en tirer des leçons aujourd’hui. L’historicité radicale des luttes fait qu’il nous appartient de construire le moment révolutionnaire du présent, avec nos propres matériaux. Quoi qu’ils soient. Parce que, comme disent les camarades de Carbure, “le prolétariat, qu’on le veuille ou non, est révolutionnaire tel qu’il est et il ne manque de rien”.

Redialect

1) Dans le langage de la dialectique hégélienne, nous dirions que la révolution elle-même est une aufhebung ou aufheben : le terme dans le schéma fondamental thèse-négation de la thèse-négation de la négation de la thèse qui signifie soutenir par la dissolution au sein d’une unité supérieure.

Florage

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Message par Florage le Jeu 30 Mai - 4:45

d'hier, ajout en-bas

CHERCHEZ LA FAILLE

avant-propos : un problème de logique
Patlotch a écrit:LE PROBLÈME P=NP
« S’il est facile de vérifier que la solution d’un problème est correcte, est-il aussi facile de résoudre le problème ? » : voilà comment l’Institut de mathématiques Clay résume le problème P=NP. Vous pouvez espérer un million de dollars si vous parvenez à démontrer que P=NP, que P≠NP ou qu’il n’existe aucune démonstration possible. Mais en quoi consiste cette énigme ? [...] Numerama 28 mai 2019
la théorie communiste ne prétend pas, comme Engels celle de Marx, être scientifique, et relève encore moins d'une mathématique, mais ce problème de math en est d'abord un de logique. Si je le renverse, démontrer qu'une solution est incorrecte, ne signifie pas qu'on a la solution du problème, mais invite à en chercher une autre
j'ai démontré que la solution théorique "révolution prolétarienne" n'en sera jamais une pratique pour régler le problème du capitalisme, et c'est pourquoi je cherche d'autres voies, pas forcément élaborées en gros corpus théorique, car il s'agit de poser des problèmes, de nouvelles questions essentielles, ce qu'interdit un corpus fermé sur son noyau dur... La théorie de la communisation est fausse d'abord pour des raisons internes de logique, fausseté des déductions/inductions reposant sur un fondement caduc et faux dès le départ, ce qui n'était pas évident à l'époque, mais l'est devvenu par la grâce des évolutions réciproques du capitalisme et des luttes. Christian Charrier ayant mis le doigt dessus a arrêté la théorie. Et puis il est mort...
Patlotch a écrit:dans son dernier texte*, aussi verbeux, autoréférentiel et inutile sauf pour lui et son "milieu", le communisateur Alain Corne/Carbure pose la question, entre parenthèses : « (comment peut-on affirmer qu’une théorie de la révolution n’a pas de place dans cette société ?) », comme pour me répondre bien qu'il n'envisage pas sérieusement de se la poser lui-même, et c'est dommage, car il en serait moins bête et plus crédible que croyant sans preuve en cette seule issue au capitalisme

* « Repas de famille » : radicalité, politique et théorie de la révolution. Si important qu'en six mois, celui qui voyait les ingrédients dune révolution chez les Gilets Jaunes n'a pas dit un mot des élections européennes : on ne parle pas d'un piège à cons...

une théorie de la révolution a bien sûr sa place dans cette société, mais elle n'épuise pas la question, théorique et pratique, des voies possibles pour sortir du capitalisme, or celle-ci ne sera pas posée par le genre déterministe des théoriciens à la Carbure, TC, Dauvé/Leoni, Astarian et autres communisateurs. Cela suffit pour en cerner le sérieux théorique, et comprendre qu'ils sont coincés, d'où un perpétuel refus de débattre cartes sur table avec honnêteté

soucieux que ma position ne soit pas interprétée comme « Patlotch est contre la révolution... » par le premier imbécile venu, et Dieu sait que dans ce milieu radical on ne trouve pas que des flèches intellectuelles (je pense au poussif Stive Modica, suiviste digne des lignards bénis-oui-oui du PCF), je recenserai ici quelques citations de textes récents illustrant le fait que le concept même de révolution n'est pas interrogé, qu'on la voit prolétarienne ou autre


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Stive Modica, après l'heure, c'est toujours l'heure

« Son dernier valet était un gros homme fourbu et poussif de cinquante-cinq ans,
incapable de courir vingt pas. »

Victor Hugo, Les Misérables

ajout : le dénommé Stive Modica, comme précédemment Alain Corne, de Carbure.blog, et Lola Miesseroff, concierge de l'Outre-gauche, a supprimé mes accès à son "mur facebook" (« la page n’est peut-être accessible qu’à une audience dont vous ne faites pas partie. »), si bien que pour moi, ils n'existent plus comme objets de critiques. Mais en réalité, c'est l'inverse qui s'est passé, ces autruches ont mis la tête dans leur sable mouvant, pour ne pas voir, ne pas savoir. Quoi de mieux pour abonder l'idée d'un banal comportement de secte ?

Florage

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CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION Empty Re: CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION

Message par Florage le Lun 5 Aoû - 9:36

du 4 août, complété

en guise de devoir de vacances, entre la plage, le Pastis, et la partie de pétanque (je ne pratique plus aucun des trois), et partant de remarques de Gilles Dauvé sur le mouvement des Gilets Jaunes, j'élargis pour faire une petite synthèse de ma critique de la théorie de la communisation dans ses trois variantes, françaises s'il est besoin de préciser, puisqu'il n'y en a pas d'autres

remarque préalable : je rappelle que ce sujet, critiquant le concept de révolution, ne le réduit pas au concept de communisation, ni même à la révolution prolétarienne. Ce qui est en jeu est la réduction de la perspective révolutionnaire au moment insurrectionnel et ce qui s'en suit à l'échelle courte de l'histoire, négligeant des conditions essentielles de la réussite d'un processus révolutionnaire allant positivement à long terme au-delà de l'abolition du capitalisme vers la communauté humaine et du vivant, et posant dès aujourd'hui les termes théoriques de ce dépassement à produire sur la base de ce que nous pouvons déjà observer dans les luttes et les diverses expressions des aspirations humaines


LES FEUX FOLLETS DE LA THÉORIE DE LA COMMUNISATION
un gardien de la flamme s'exprime

1. ÉVITER LES ÂNERIES GAUCHISTES NE FAIT PAS UNE THÉORIE RÉVOLUTIONNAIRE


Jaune, rouge, tricolore, ou : Classe & peuple
Gilles Dauvé, troploin, juin 2019

CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION Impasse-des-reves
ceux de Dauvé et des communisateurs aussi ?
Gilles Dauvé a écrit:C’est peu dire que « les Gilets Jaunes » ont suscité un Niagara de commentaires et d'exégèses. Le texte qui suit expose seulement quelques points généralement sous-estimés ou négligés. [...]
Patlotch a écrit:ce pourrait être un point d'orgue clair et net aux considérations des théoriciens de la communisation sur le mouvement des Gilets Jaunes, dont on retiendra d'une part mon accord qu'illustrent parfaitement la photo avec des remarques que j'ai faites tout au long de mon suivi du mouvement, d'autre part ce qui ne saurait pas même être un désaccord puisque, dans leurs textes, nulle part ce qu'ils en disent n'abonde la théorie de la révolution comme communisation, ni même la théorie du prolétariat classe révolutionnaire. Je ne peux pas leur reprocher ce qu'il ne font pas ou plus, seulement souligner que ces analyses peuvent être pertinentes sans alimenter en rien leurs thèses révolutionnaires. À cet égard je relèverai néanmoins la double pirouette de Dauvé
Que l’on choisisse de définir le prolétaire comme celui « qui n’a que ses chaînes à perdre » (Manifeste, 1848), « le sans-propriété, le sans-réserve – et non pas le mal payé » (Bordiga, 1949), ou « celui qui n'a aucun pouvoir sur l'emploi de sa vie, et qui le sait » (Internationale Situationniste, n° 9, 1964), les Gilets Jaunes sont très majoritairement des prolétaires.
[...]
Une originalité des Gilets Jaunes, c’est d’être très majoritairement des prolétaires, mais non un mouvement prolétarien, au sens de réagir en exploité face à un patron (de façon réformiste ou révolutionnaire d’ailleurs).

le lien entre prolétariat et classe ouvrière (exploitée au sens d'extorsion de la plus-value) est certes fait (« Ils se veulent « travailleurs », et non « prolétaires » : ils ne situent pas dans une confrontation entre salariat et capital. »), mais nulle part, comme chez tous les théoriciens de la communisation (sauf un peu Astarian mais... voir plus bas), le passage d'«exploité» à «sans réserve»* n'est explicité en termes de constitution en classe révolutionnaire, ce qui serait la condition sine qua non pour asseoir concrètement la perspective théorique d'une révolution prolétarienne

* «sans réserve», un bien grand mot pour une majorité de Gilets Jaunes. Disons qu'ils ne disposent plus des mêmes réserves pour vivre comme avant, quand c'était mieux pour eux, une paupérisation mais pas nécessairement une prolétarisation. C'est foncièrement ce qui les a mis en mouvement et qui en fait le caractère ambiguë par sa dose de conservatisme. Voir à cet égard le nouveau sujet 'NÉO-CONSERVATISME', "Structure of Feeling" dans l'idéologie dominante (et Gilets Jaunes encore)

l'absence d'une théorisation de la (re)constitution du prolétariat en classe révolutionnaire demeure une des apories essentielles de la théorie de la communisation dans sa logique même, simple renversement par l'absurde du programmatisme prolétarien, prise du pouvoir d'État ou autogestion ouvrière comme transition révolutionnaire avec ou sans Grand Soir : les prolétaires en tant que classe vont s'abolir comme classe et toutes les autres en même temps

bref, c'est une chose d'éviter les âneries lundimatudinesques sur ce mouvement social, une autre d'abonder une théorie révolutionnaire, dont la faisabilité même est questionnée ici

résultat, ici comme dans d'autres textes, la théorie de la communisation comme théorie du prolétariat n'est plus assise sur rien qui se passe au présent, elle flotte et prend l'eau sur la base de certitudes acquises et inchangées depuis quarante ans. On vérifiera ce qu'il en est avec le récit à haut risque théorique qu'annonce ici Hic Salta : « La discussion du devenir de la CMS [classe moyenne salariée] et du prolétariat dans la crise, avec ses développements prévisibles et déflagrants, fera l’objet du prochain épisode. » À l'évidence on y retrouvera « l'activité de crise du prolétariat » chère à Bruno Astarian, une esquisse justement de sa constitution en classe révolutionnaire pour le dire dans mes termes, mais projetée sur un avenir beaucoup plus proche, la crise qui vient, titre du dernier épisode publié, dont j'ai parlé dans le sujet éponyme, ici

je dois reconnaître que Théorie Communiste a particulièrement conscience du problème, qui écrit page 309 de TC 26 quelques lignes auxquelles je n'avais pas encore réagi (italique dans le texte) :

Cependant, arrivé à ce point, il apparaît qu'aucune théorie ne peut totalement se débarrasser de toute composante spéculative postulant la communisation comme un dépassement produit par le jeu entre limite, dynamique et écart. Toute théorie ne serait-ce que par ses procédés d'exposition est toujours déductive. Elle est toujours un schéma interprétatif avec lequel on lit les luttes. Le concept de conjoncture fait au moins valoir que si la théorie de la communisation était au départ déductive, elle est dorénavant inductive (relevant du caractère matériel des luttes elles-mêmes) en tant que théorie. Les luttes actuelles ne recèlent aucun germe de la révolution future comme communisation, mais la communisation est posée dans le jeu dynamique entre limite et écart. C'est ce jeu que nous théorisons comme engendrant le dépassement produit des rapports sociaux capitalistes. Toute la question que nous devons sans cesse avoir en tête et sous les yeux se ramène à savoir si notre schématisation historique est arbitrairement plaquée sur les luttes, les adaptant à un ensemble de théorèmes fonctionnant a priori, ou si nous la considérons comme adéquate à la nature changeante des luttes de classe et du rapport d'exploitation dans les périodes que nous identifions

je dirais qu'en l'absence de manifestation d'écarts, - et aucun 'communisateur' n'a prétendu en déceler dans le mouvement des Gilets Jaunes ni même depuis les emballements de TC avec SIC après la crise de 2008, hormis le fumeux Carbure/Alain Corne au début -, cette théorie reste absolument spéculative, et que le concept de conjoncture n'y change rien tant qu'elle n'apparaît pas dans les luttes réelles comme conjoncture de possible communisation, avec des écarts de plus plus nombreux et manifestant la volonté des prolétaires de ne pas le rester ("appartenance de classe comme contrainte extérieure" etc.)

autrement dit, que cette théorie devienne inductive "en tant que théorie", je suis bien d'accord, mais cela la ramène justement au rang d'une pure spéculation, ce que faisait déjà ressortir Christian Charrier il y a 15 ans, incapable d'en proposer une autre et pour cause puisque sa critique était interne à cette théorie qui restait sa propre base. Moi non plus je ne le fais pas dans les pistes que je propose pour une autre perspective révolutionnaire, mais je vais au bout de la leçon matérialiste à en tirer : la théorie de la communisation relève aujourd'hui de la critique de la philosophie par Marx dans les Thèses sur Feuerbach (voir d'aujourd'hui L'ÉTERNEL DÉTOUR DE  LA ONZIÈME THÈSE SUR FEUERBACH DE MARX ET SON DÉTOURNEMENT DÉVOILÉ)

au demeurant, RS/TC écrivait récemment en substance qu'il ne parlait plus depuis quelques temps de communisation (au présent ou pas, peu importe ici, mais pour pouvoir en parler au présent, encore faut-il que se manifestent des écarts), ce qui revient à reconnaître que ce n'est pas possible de la déduire, ou induire, comme il préférera, des luttes actuelles. Alors, qu'est-ce qu'il lui reste en main ? un schéma logique intégrant des "si..." et des scies communisatrices tenues en attendant à réchauffer sur la flamme de Dauvé (Il va falloir attendre...), autrement dit, du vent dont il remplit son outre, comme il le reprochait à la théorie de la valeur


Question

2. D'UNE ABSENCE ARBITRAIRE DE RAPPORTS SOCIAUX ESSENTIELS

puisque je fais le point et afin d'éviter la réduction de ma critique des théoriciens de la communisation, c'est-à-dire de leur pratique théorique autant que de leur théorie même, il me faut répondre plus complètement à la question de RS/TC : « Toute la question que nous devons sans cesse avoir en tête et sous les yeux se ramène à savoir si notre schématisation historique est arbitrairement plaquée sur les luttes, les adaptant à un ensemble de théorèmes fonctionnant a priori, ou si nous la considérons comme adéquate à la nature changeante des luttes de classe et du rapport d'exploitation dans les périodes que nous identifions ». Pour y répondre, il ne faudrait pas se contenter du critère ultime de la structure capitaliste de l'exploitation du travail ouvrier, parce qu'alors on ne trouve que son incontournable évidence, et l'on sait bien que je ne remets pas en cause son essentialité, mais son caractère unique dont tout devrait dépendre, faisant du prolétariat le sauveur suprême de l'humanité pour tous ses thurifaires dont les "communisateurs" ne sont que la pointe théorique avancée

ce qui est « plaqué arbitrairement » et pas seulement « sur les luttes » mais sur l'ensemble des rapports sociaux, sociétaux, et "à la nature", c'est une grille de lecture à deux dimensions, que traduit « l'implication réciproque capital-prolétariat » comme unique contradiction antagonique en dernière analyse et à laquelle toutes les autres doivent être rapportées : à la vision structuraliste du capitalisme correspond la méthode structuraliste de pensée et l'apparence logique et dialectique d'une « théorie déductive » par ses « procédés d'exposition », assez persuadée de reprendre la méthode de Marx lui-même mais rapportant à un seul tous les niveaux de généralités (Ollman, La dialectique mise en œuvre : Le processus d’abstraction dans la méthode de Marx)

ainsi, pour TC, les rapports de genre, à savoir la domination masculine, ont-ils été passés à cette moulinette et sont-ils ressortis définis par « la contradiction de surtravail », perdant essentiellement tout ce qui fait leur spécificité dans une caricature du rapport sexuel, et aboutissant au fait qu'aucun groupe féministe, aucune théoricienne féministe, n'ont éprouvé le besoin d'y répondre ou même d'en parler

ainsi la question raciale a-t-elle été réduite de la même façon, avec les mêmes procédés rhétoriques évacuant tout ce qui dérange la « schématisation historique », produisant des montages de textes frappés de malhonnêteté intellectuelle à l'encontre des penseurs "racisés" de la domination raciste (formule que je préfère à "domination raciale"). Et de même les 40 pages de TC n°26 sur Le grand récit décolonial n'ont-elles reçu aucun écho de la part des penseurs visés en France ou à l'étranger

dans ces deux dimensions de "la race" et du "genre", on ne peut éviter l'hypothèse d'une vision d'homme blanc occidental, et français par la tendance à en rajouter, car nulle part dans le monde, le petit monde de la pensée critique radicale, on est allé aussi loin dans la posture de donneurs de leçons étrangers à ce dont ils parlent - ici le problème n'est pas du théoricisme ou de la Onzième Thèse sur Feuerbach, mais de la simple ignorance autre que livresque et du souverain mépris balayant d'un revers de main l'expérience des "autres", leur vécu et le plus souvent leurs luttes, « les adaptant à un ensemble de théorèmes fonctionnant a priori »

ainsi la question écologique, celle des "rapports de l'humanité à la nature", soit du capital et du vivant, n'est-elle pas même évoquée, et les luttes de paysans-prolétaires négligées relativement à celles des ouvriers

ainsi la question de l'individu et de son émancipation même n'est-elle que survolée, dans une compréhension pas très éloignée de la vulgate stalinienne inversant la formule du Manifeste : « Le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous », "tous" ne pouvant être pour TC que "la classe" s'auto-abolissant pour libérer chacun des individus la composant comme ceux des autres classes qu'il n'aura pas été nécessaire de supprimer, ou de « prolétariser », dans les termes de BL/TC *, puisque fort logiquement dans ce schéma, pour faire la révolution, le prolétariat prolétarise avant de s'abolir, assurant le job à la place du capital, car peu importe pour ce faire que dans la conjoncture de crise il n'y ait plus de rapport d'exploitation effectif, puisque la production de marchandises est censée être arrêtée (ici le schéma de Bruno Astarian, « activité de crise du prolétariat », est un peu moins raide, cf Activité de crise et communisation, juin 2010)

* Le pas suspendu de la communisation, Bernard Lyon, SIC, juin 2009

cela fait beaucoup de rapports sociaux qui ne sont pas « plaqués arbitrairement », mais simplement absents de cette vision du monde et de la théorie qui en découle dans sa cohérence interne, ce qui explique la difficulté pour qui a le nez dans leurs textes de saisir ce qui ne marche pas - je le sais parce que j'en fus, une des plus grandes fautes de ma vie dans le registre de la pensée communiste, tout ce long déballage étant un infini remord autocritique, à toutes fins utiles

depuis dix ans que je leur mets « sous les yeux », sur le plan théorique s'entend vu que pour l'essentiel le réel se charge massivement de leur rappeler son existence, il est probable que quelques-uns ne manquent pas de l'« avoir sans cesse en tête » mais que ça ne change pourtant rien aux fondements d'« une théorie qui a fait ses preuves », répondait Roland Simon à son ami Charrier *, comme il répond à Temps Critiques en arguant d'une « théorie suffisamment forte et cohérente pour appeler et produire son propre "colmatage" » (TC n°26, p. 322). Mais précisément, cette théorie, par l'ultime dimension binaire de son structuralisme prolétarien (Camatte, 1979), ne peut-elle pas « appeler » le colmatage de telles béances dans la compréhension du monde, mais seulement « produire » son bricolage hors-sol

* Fin de la théorie du Prolétariat & théorie postprolétarienne de la révolution, La Matérielle 2002-2003

le reste, anecdotiquement, à savoir leur comportement avec moi et l'évacuation ou la déformation de mes critiques, en découle. En réalité, ce n'est pas moi qui suis tenu à l'écart de leurs réflexions, mais tous les points évoqués plus haut, si bien qu'imaginant des lecteurs de leurs textes dans quelques décennies, on se demande quelle vision de notre temps ils pourraient avoir, si tant est que la théorisation communiste présuppose une vision historique du présent, du type de celle qu'avait Marx en son temps. C'est une hypothèse « suffisamment forte et cohérente pour appeler et produire » son évidence aux yeux de quelques passantes et passants soucieux de rigueur et de vérité. Il en est même parmi eux...  

Florage

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