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LUTTES ÉCOLOGIQUES

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LUTTES ÉCOLOGIQUES

Message par Patlotch le Sam 6 Oct - 3:54


L’Appel des coquelicots pour l’interdiction de tous les pesticides de synthèse a été lancé en septembre. En ce vendredi 5 octobre, à 18 h 30, se déroule un premier rassemblement devant les mairies. Fabrice Nicolino, un des initiateurs de l’appel, explique pourquoi il appelle à une mobilisation massive.


Rendez-vous ce soir, vendredi 5 octobre, à 18 h 30 devant votre mairie. Pourquoi ? Pour demander l’interdiction de tous les pesticides de synthèse. Et cela recommencera tous les premiers vendredis du mois, pendant deux ans. L’ambition est de réunir d’ici là cinq millions de personnes, afin de pousser le gouvernement à agir. Ce pari fou a été lancé le 12 septembre dernier par un Appel de la jeune association Nous voulons des coquelicots. Son président est Fabrice Nicolino, journaliste spécialiste des questions d’écologie et collaborateur de Reporterre. Il explique pourquoi il donne rendez-vous ce soir pour le premier rassemblement des coquelicots.

Reporterre — Tu es engagé en faveur des questions écologiques depuis bien longtemps. Qu’est-ce qui t’a fait choisir la cause des pesticides en particulier ?

Fabrice Nicolino — Les pesticides sont un poison universel qui s’est infiltré dans tout ce qui est vivant. Mon sentiment est que l’on assiste à un événement de nature apocalyptique. Je sais que c’est un mot qui est connoté et qu’on hésite à employer, mais c’est celui que j’ai envie d’employer parce que ce qui me frappe, c’est la rapidité extraordinaire de la disparition de toutes formes de vie. Une étude du Muséum national d’histoire naturelle et du CNRS montre qu’un tiers des oiseaux a disparu en quinze ans en France. Si l’on s’en tient aux études allemandes, qui semblent pouvoir s’appliquer aussi à la France, elles disent que 80 % des insectes volants ont disparu. Il s’agit de chaînes alimentaires qui sont rompues probablement à jamais.

Tout le monde le sait, enfin peut-être 80 ou 90 % de la population et, dans le même temps, on ne fait rien. On doit attendre je ne sais quoi, Godot peut-être, mais rien ne se produit : on est spectateurs d’une catastrophe totale et qui menace beaucoup d’espèces vivantes et aussi la santé des humains ! Il ne s’agit pas seulement des forêts de Birmanie ou des océans au large des Galapagos, il s’agit de la France, qui a changé de visage en l’espace de 50 ans. Il suffit de regarder les papillons : c’est extravagant, jadis, au temps de ma jeunesse, il y avait des papillons absolument partout, dans tous les prés. Il y avait des coquelicots et des bleuets, parce qu’il n’y avait pas encore le même niveau de pesticides. Si on n’agit pas maintenant, là où on est, contre les pesticides, on ne fera rien parce qu’il n’y aura plus rien à faire.

Et puis, en ce qui concerne les pesticides, il y a une base « objective » au soutien d’un Appel comme celui-ci. En l’espace de 25 ans, des millions de gens ont commencé à consommer des produits bios. En 2016, selon l’Agence bio, 91 % des Français avaient consommé au moins une fois un produit bio.

Donc je me suis dit que d’abord, c’est maintenant ou jamais, et ensuite, qu’il existe une base réelle dans la société pour soutenir l’appel à l’interdiction de tous les pesticides.

Pourquoi une mobilisation sous forme d’Appel ?

C’est tout le contraire d’une pétition. C’est un appel à l’action, à une action qui va durer deux ans et qui consiste à rassembler au moins 5 millions de personnes. C’est très ambitieux, on a conscience que cela n’a jamais été fait.

Cet appel va se concrétiser dès aujourd’hui 5 octobre avec des rassemblements partout en France devant les mairies. Il y aura au total 24 rendez-vous mensuels devant les mairies, le premier vendredi de chaque mois, à 18 h 30. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’avec des moyens dérisoires — on est une douzaine de bénévoles et on n’a pas un rond —, on a permis que des centaines de rassemblements se produisent le 5 octobre. Trois cents sont d’ores et déjà enregistrés dans le cadre du site. Mais compte tenu de ce que l’on entend, par-ci par-là, il y a énormément d’autres rassemblements qui n’y ont pas été enregistrés. On pense qu’il y aura au moins quatre cents rassemblements en France, ce qui est considérable. Ils seront peut-être modestes. Mais c’est la première fois, le premier mois. L’idée, depuis le départ, est que l’on sera de plus en plus nombreux pour être, le dernier mois de l’appel, en octobre 2020, des centaines de milliers de gens, voire des millions, devant les mairies.

Tu parles d’action. Le fait de se rassembler devant les mairies est-il suffisant ?

Pour l’instant personne n’a rien fait, donc c’est déjà quelque chose de rassembler des gens, de les sortir de chez eux, de les faire quitter leurs ordinateurs et Facebook. C’est déjà quelque chose de différent, une action concrète. Notre rêve est qu’une sorte de Téléthon anti-pesticides se mette en place et que les gens inventent des formes d’action adaptées à ce qu’ils sont, à l’endroit où ils vivent, à la nature de leur travail. Dessiner un coquelicot et le mettre à sa fenêtre est déjà une action concrète qui engage la personne. Notre idée est que, pour obtenir cinq millions de soutiens, il faut aller loin dans la société française, toucher des gens qui ne sont pas habitués faire quelque chose, à montrer leur opinion. Il faut trouver des moyens de toucher les gens partout, dans le moindre recoin de la société française.

Ensuite, il y a deux hypothèses. Soit on ne réussit pas, mais cela n’empêche pas d’y aller. Soit on réussit à avoir un très grand soutien populaire à cet appel — qui est radical parce qu’il demande l’interdiction d’une industrie — et on sera face à un cas de figure inédit. Dans un pays démocratique, un pouvoir peut-il considérer que face à une société civile qui dit quelque chose, il peut détourner le regard et passer à autre chose ? Je pense que non, que si on arrive à des millions de soutiens, cela créera une onde de choc, en France mais aussi en Europe et pourquoi pas dans le monde. Car je pense que cet appel concerne la totalité de la planète, même si on commence par la France.



Il faut montrer qu’une société vivante a le droit d’exiger un certain nombre de choses. C’est le grand enjeu de cet appel : si la société est vivante, elle saura se défendre et va nous rejoindre facilement. Et si par extraordinaire, elle ne nous rejoignait pas, que faudrait-il en conclure ? Que rien n’est possible. Si une société ne se défend pas contre des poisons qui vont jusque dans ses tréfonds, elle ne se défendra pas non plus contre le dérèglement climatique ou la disparition de la biodiversité. Elle va accepter toutes les conséquences de la crise écologique. Je plaide pour un sursaut de nature historique.

Les pesticides ont commencé il y a environ 70 ans en France. Il y a un début. Maintenant il faut voir si on est capable de décider collectivement de la date de fin des pesticides en France.

Si vous obtenez l’interdiction des pesticides, comment imaginez-vous la suite, notamment pour les agriculteurs ?


Je vais dire les choses avec simplicité. Notre Appel ne vise pas les agriculteurs. Je crois que le mot n’est même pas énoncé. Ce n’est pas le sujet de notre Appel. Notre Appel est une réaction d’autodéfense de la société qui est confrontée à un poison. Si la société est capable de se lever pour dire qu’elle ne veut plus de poison, elle saura trouver les voies pour se passer de pesticides et aider les paysans à se sortir du piège épouvantable que ces produits représentent pour eux.

Un très grand nombre d’agronomes ont établi que l’agriculture écologique, ou l’agroécologie sont les seules susceptibles de faire face à l’existence de 10 milliards d’êtres humains sur Terre d’ici quelques décennies. Là aussi, ce n’est pas une option.
Notre rôle est de dire que ce système des pesticides doit disparaître parce qu’il est mauvais pour tous. C’est un cri pour arrêter une machine infernale. On veut montrer la vitalité de la société française face à une menace globale qui est très grave.

Que pensez-vous de l’interdiction des néonicotinoïdes, entrée en vigueur le 1er septembre dernier ?

On fête une victoire parce que les néonicotinoïdes, qui ont tué une grande partie des abeilles, sont interdits au bout de 25 ans ? Ce n’est pas une victoire, c’est une énorme défaite.

Les pesticides sont un système qui fonctionne très bien avec des interdictions rituelles. Quand des pesticides sont interdits, d’autres prennent la suite. Pour les néonicotinoïdes, dès les premiers épandages de Gaucho sur les grandes cultures en 1992, les apiculteurs se sont rendu compte qu’il y avait une surmortalité délirante dans leurs ruchers. L’alerte a été donnée tout de suite. Et on est en 2018. Toutes les équipes politiques de droite et de gauche qui se sont succédé ont soutenu les néonicotinoïdes, ont refusé l’interdiction, permettant au passage à Bayer et BASF de rentabiliser leur poison. Il a donc fallu un quart de siècle pour obtenir leur interdiction mais il y a d’ores et déjà d’autres produits en circulation, ou qui seront bientôt en circulation. Par exemple il y a eu une alerte il y a six mois de la part de scientifiques de l’Inra [Institut national de la recherche agronomique], l’Inserm [Institut national de la santé et de la recherche médicale], du CNRS [Centre national de la recherche scientifique], qui mettent en garde contre les fongicides SDHi, et qui craignent qu’ils expliquent, notamment, l’augmentation considérable d’encéphalopathies graves chez les enfants. Et pourtant, ils sont épandus sur 70 % des surfaces de blé tendre en France.




Donc, les pesticides, c’est un système, ça ne finit jamais. La bataille est perdue d’avance si on ne remet pas en cause le système dans sa globalité. Il y a toujours d’autres produits pour remplacer ceux qui sont interdits après avoir fait des désastres monumentaux. Ou on attaque le système des pesticides, ou on se condamne à des campagnes perpétuelles, perpétuellement perdues. Au Grenelle de l’environnement, il a été décidé de diminuer de 50 % l’usage des pesticides, cela a coûté des milliards d’euros et pourtant, la consommation de pesticides a augmenté de 20 %. C’est un système pratiquement indestructible, qui est enraciné dans l’appareil d’État, qui a le soutien du ministère de l’Agriculture, d’une partie de l’Inra, de la FNSEA [Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, principal syndicat d’agriculteurs].

Il faut changer d’état d’esprit. On s’est tellement pris de coups sur la gueule depuis des décennies, on est allé si loin dans la destruction des formes de vie qu’il n’est que temps de réagir et d’unir toutes les forces disponibles pour gagner, pour abattre ce système des pesticides par l’affirmation d’une société vivante.

Je m’adresse à chaque lecteur de Reporterre en disant : c’est maintenant. Il faut que l’on accepte de donner du temps et de l’énergie pour une cause supérieure. C’est un appel insistant à l’action collective. C’est fondamental. J’entends trop souvent des gens qui disent : « Mais, qu’est-ce qu’on peut faire ? » Je dis : « Passons à l’action. Arrêtons de nous plaindre. » Il faut une perspective concrète qui mobilise chacun. Chacun doit trouver sa force et sa manière de répondre à l’Appel des coquelicots.

Propos recueillis par Marie Astier


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Re: LUTTES ÉCOLOGIQUES

Message par Patlotch le Sam 6 Oct - 4:10


Les Bishnoïs sont pacifistes mais prêts à tout pour sauver la planète. Dans le désert du Rajasthan, au nord de l’Inde, une communauté d’un million de villageois vit depuis cinq siècles en adéquation totale avec la nature


vidéo ajoutée

L’écologie est chez les Bishnoïs une véritable religion. Une variante de l’hindouisme selon laquelle toute vie sur Terre est sacrée : hommes, animaux et plantes ont la même valeur à leurs yeux. Les Bishnoïs récupèrent les bêtes blessées ou orphelines, les traitent comme leurs enfants, il arrive même que les femmes leur donnent le sein. Ils poursuivent inlassablement en justice les chasseurs qui s’attaquent aux espèces menacées et peuvent aller jusqu’à donner leurs vies pour lutter contre la déforestation.


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En 1730, 363 "martyrs" Bishnoïs avaient ainsi été décapités alors qu’ils s’étaient attachés aux arbres pour empêcher le Maharadjah de Jodhpur de raser une forêt. Aujourd’hui le combat des Bishnoïs est devenu une question de survie pour l’Inde. L’air des grandes villes y est presque irrespirable, certains fleuves sont devenus des égouts à ciel ouvert et la pollution y fait plus de deux millions de morts par an.


image ajoutée

Alors les Bishnoïs s’organisent. A 78 ans Rana Ram plante sans relâche des arbres au beau milieu du désert. Il en a déjà fait pousser 30 000, le record du monde, et tente de convaincre ses enfants et petits-enfants de prendre le relais. Khamu Ram, lui, fait le tour du sous-continent pour sensibiliser ses concitoyens à l’invasion du plastique, 6 millions de tonnes sont produites chaque année en Inde et non-recyclées. Les jeunes générations, elles, tentent d’utiliser les nouvelles technologies pour actualiser la philosophie écolo de leurs ancêtres. De tous côtés, ces nouveaux guerriers de l’environnement montent au front pour convertir à l’écologie l’ensemble des Indiens et le reste de la planète.




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Re: LUTTES ÉCOLOGIQUES

Message par Patlotch le Jeu 11 Oct - 12:14


Politique écologique : les îles Palau montrent la voie
Camille Graindorge CasOar 10 octobre 2018

« Par dessus tout, les peuples de Micronésie partagent une compréhension commune de notre unité avec la terre et de nos liens avec nos voisins. Nous sommes engagés envers nos îles, nos peuples, et notre héritage culturel. »1


Lagon sud des îles Chelbacheb, Patrimoine de l'Unesco
©️ Patrick Colin

     Voilà un peu plus d’un mois que la France apprenait le départ de son célèbre ministre de l’écologie, Nicolas Hulot, qui désignait l’inaction du gouvernement et son manque de pouvoir face à la catastrophe environnementale en cours comme source d’un grand malaise et motifs de sa démission2. Quelques jours après cette annonce, une nouvelle actualité faisait la une des journaux : l’appel de 200 personnalités à sauver la planète, face au « plus grand défi de l’histoire de l’humanité ».3 Peu de temps après, le plaidoyer de son signataire et co-auteur Aurélien Barrau pour une politique écologique radicale déferlait sur les réseaux sociaux4, dans des vidéos partagées des milliers de fois et récoltant des commentaires favorables à la quasi-unanimité, fait remarquable.

     Le monde politique français est-il sur le point de se réveiller et de prendre les mesures nécessaires pour sauver ce qui reste à sauver ? Ce moment historique auquel nous assistons peut-être actuellement aura en tout cas déjà eu lieu ailleurs sur le globe. Aux antipodes de la torpeur politique française, à l’autre bout du monde, des mesures d’urgence ont déjà été prises par les gouvernements locaux.


    Nul besoin d’être un grand État pour montrer la voie aux puissances mondiales : citées comme des exemples à suivre lors de la mise en œuvre des Accords de Paris5, la République des Palau et la République des Fidji font pourtant parte des plus petits pays au monde, tant sur le plan géographique qu’au niveau de leur impact sur le réchauffement climatique. Les deux républiques insulaires ne prennent un effet qu’une part minime dans le pourcentage mondial des émissions de gaz à effet de serre : 0,01 % pour Fidji, et même moins de 0,01 % pour les Palau6 ! À titre comparatif, la France émet 1,34 %, l’Allemagne 2,56 % et les États-Unis 17,89 % des gaz à effet de serre. Bien loin de l’hybris qui s’est emparé d’une grande parte du monde, les petits États insulaires feront parte des rares à pouvoir plaider non coupables face à la catastrophe écologique en cours… Mais ils seront pourtant les premiers à souffrir des effets du réchauffement climatique7 ! Certaines îles, comme nous l’avions évoqué ici avec l’atoll de Takuu, subissent déjà au quotidien les conséquences de la montée des eaux, et risquent de voir l’ensemble de leurs terres passer sous le niveau de la mer dans les prochaines années.


Des militants au sommet de Copenhague en 2009, venus supporter la délégation de Tuvalu,
©️ https://www.liberation.fr/terre/2009/12/09/tuvalu-l-archipel-qui-fait-des-vagues_598320

  Ces petits Etats insulaires, particulièrement vulnérables, se sont réunis en une organisation intergouvernementale, l’Alliance of Small Island States, qui réunit principalement des  petites îles du Pacifique et des Caraïbes, et veut ainsi amplifier la voix des îles face aux grandes puissances, sans toutefois toujours y parvenir. On se rappelle par exemple de la conférence de Copenhague en 2009, au cours de laquelle l’État du Tuvalu, en Polynésie, avait marqué les esprits en exigeant un plafond global pour la hausse des températures de 1,5°C et un cadre légal contraignant pour remplir cet objectif. Si l’intervention est restée mémorable et source d’exemple pour d’autres États insulaires8, la majorité a finalement fixé le plafond des températures à 2°C, n’a validé aucun cadre législatif visant à réduire réellement les émissions de gaz à effet de serre, et ignoré les appels au secours de la délégation de Tuvalu.

   Fort heureusement, les initiatives prises par les îles pour la sauvegarde de leurs environnements n’ont pas toutes été condamnées à l’échec, et certaines devraient inspirer les pays les plus puissants. À ce titre, les îles Palau font figure d’exemple. Casoar vous avait déjà parlé de la grande richesse culturelle de ces îles de Micronésie, mais cette destination est surtout connue par les touristes comme l’un des meilleurs sites de plongée au monde. L’île abrite en effet quelques 1300 espèces de poissons et 700 espèces de corail, l’une des plus grandes concentration de vie marine au monde. Ce paradis longtemps  resté  confidentiel  se  voit  aujourd’hui  être  mis  en  danger  par  son  succès-même : le nombre de visiteurs dans les Palau a augmenté de 70 % entre 2010 et 20169, et, bien que le tourisme constitue une source de revenue très importante pour les Palau, l’augmentation exponentielle du chiffre des visiteurs constitue un véritable danger pour l’île, surtout au regard du manque de conscience écologique de certains touristes. Les Palauan vivent en réalité avec une épée de Damocles suspendue au-dessus de leurs têtes, et les conséquences de la dégradation de l’environnement se font d’ailleurs déjà sentir. Les îles ont en effet subi deux cyclones en moins de deux ans, du jamais vu depuis vingt ans. Pire encore, étant directement liées au réchauffement de la planète, ces catastrophes naturelles risquent de devenir de plus en plus fréquentes10. Quant aux ressources naturelles dont se nourrissent majoritairement les habitants, elles sont elles aussi mises en danger par la pêche intensive et les pratiques illégales telles que la pêche à l’explosif.

   Bien que le XXIème siècle soit véritablement le siècle de l’urgence écologique, l’Océanie a pris très au sérieux les menaces sur son environnement de fanon relativement précoce comparée à d’autres zones géographiques. Dès 1976 est ainsi signée la Convention sur la protection de la nature dans le Pacifique Sud, ou convention d’Apia, qui reconnaît le danger subit par certains écosystèmes et souhaite mettre en place des réserves naturelles. Palau poursuit avec un acte fort en 1979 et inscrit la protection de l’environnement au sein de sa Constitution, décrétant celle-ci comme responsabilité de l’État même11. En 1981 est ensuite créée la Commission de Protection de la Qualité de l’Environnement, qui permet d’articuler protection de l’écosystème et développement économique et social de Palau12.


Tommy Remengesau au 4ème Forum des îles du Pacifique, Palau, en 2014.
©️AFP Photo/Richard W.Brooks,
https://www.yahoo.com/news/pacifclleaderslclimatelclaimlentrelnatonsl2009212007.html

   Les choses s’accélèrent avec l’arrivée au pouvoir de Thomas Remengesau Jr. à partir de 2000. Conscient des défis auxquels son pays devrait faire face dans ce nouveau siècle, Remengesau mène une offensive écologique remarquable. Il lance ainsi le Micronesia Challenge en 2005, qui vise à préserver de plus de 20% des ressources terrestres et maritimes de la région, des objectifs surpassant de loin les recommandations des traités internationaux13. Bientôt rejoint par d’autres États de Micronésie, le challenge est ensuite repris en Mélanésie par les Îles Fidji, le Vanuatu et les îles Salomon, qui créent à leur tour des zones protégées dans l’Océan, et influence jusque dans les Caraïbes14. À contrario, poussé par les lobby de la pêche industrielle, on observe à Hawaii le mouvement inverse, avec un « droit à la pêche » adopté légalement, et qui rend extrêmement difficile l’instauration de lieux de préservation dans les zones maritimes alentours15.

   Confirmant sa position de leader en terme de protection des océans, Palau créé en 2009 le premier sanctuaire de requins au monde sur une surface similaire à la taille de la France, et appelle à interdire partout dans le monde la pêche aux requins, mettant ainsi un frein à une extermination de masse (un tiers des espèces de requins est actuellement menacé de disparition16). Une fois encore, cette initiative fait des émules, et de nombreux autres pays ont, à la suite de Palau, créé leurs propres sanctuaires de requins17.

     Et l’île ne s’arrête pas là : en inaugurant son sanctuaire marin en 2015, Palau créé une nouvelle fois un ambitieux projet. Le nouveau sanctuaire couvre 80% de la surface maritime de l’île, dans laquelle toute pêche est interdite, et seule la pêche traditionnelle est autorisée dans les 20% restant. À ceux qui trouveraient le projet trop contraignant, la réponse officielle est claire : l’économie de Palau est son environnement, et son environnement est son économie18. Limiter la pêche dans ses eaux, c’est aussi, au-delà de la mesure environnementale, légitimer une pratique traditionnelle, celle du bul. On désigne par ce terme l’arrêt de la pêche que les chefs déclarent lorsque certains signes, que savent détecter les Palauans les plus savants, montrent que la faune marine doit rester « au repos » un certains temps pour se reconstituer19. Cette reconnaissance des savoirs locaux et traditionnels comme réponse aux menaces contemporaines et universelles, c’est cela aussi qui est mis à l’honneur dans l’établissement de ce sanctuaire marin.


Dessin de Ukong Anastacio, école primaire de Koror, 2ème place du concours de dessin organisé pour les écoles par le Sanctuaire Marin National de Palau, pour la semaine de la mer, 2016
©️ https://www.instagram.com/p/BMNp05vgdFP/0hl=/fr&ttakenlby=/palaunms

   Enfin, plus récemment, Palau s’est une nouvelle fois fait remarquer sur la scène internationale avec une première mondiale : à partir de 2017, tous les touristes qui désirent se rendre sur les îles se voient tamponner dans leur passeport le serment de Palau, qu’ils doivent signer avant de pouvoir pénétrer sur l’île. Le texte, écrit avec et au nom des enfants palauan, demande aux visiteurs de se comporter avec bienveillance envers l’environnement, en ne laissant aucune trace qui ne puisse être effacée. A ce sujet, le président déclare attendre « avec impatience le jour où les initiatives prises par Palau seront vues comme normales et relevant du bon sens. »20 Impatience partagée de ce côté-ci du globe, monsieur le Président.

1  Phrase issue du Micronesia Challenge Business Plan and Conservation Campaign,
source : http://www.glispa.org/commitments/11-commitments/34-micronesia-challenge
Version originale : « Above all, the peoples of Micronesia share a common understanding that we are one with our earth and connected to our neighbors. We are commited to our islands, our peoples, and our natural heritage. » Traduction Camille Graindorge

2 Hulot : « Je me surprends tous les jours me résigner, m’accommoder des petits pas », dans Libération, https://www.liberaton.fr/politques/2018/08/28/hulot-je-me-surprends-tous-les-joursa-me-resigner-a-m-accommoder-des-petts-pass1674943

3 Le Monde, Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité : https://www.lemonde.fr/idees/artcle/2018/09/03/le-plus-grand-def-de-l-histoirede-l-humanite-l-appel-de-200-personnalites-pour-sauver-la-planetes5349380s3232.html

4 Brut, Interview d’Aurélien Barrau : « il faut des mesures radicales maintenant » : htps://www.facebook.com/brutofciel/videos/interview-daur%C3%A9lien-barrau-il-faut-desmesures-radicales-maintenant/326062241290143/  
Conférence Climax Aurélien Barrau : Harceler le politique face aux catastrophes https://www.youtube.com/watch?vRR7sMZiiSmmqgttR118s
Aurélien Barrau sur l’écologie à « C Politique », France 5 https://www.youtube.com/watch?vRMsyndRagixR

5 Conseil des ministres – La mise en oeuvre de l’Accord de Paris (Paris, 09 mars 2016) : https://basedoc.diplomate.gouv.fr/exl-php/utl/documents/accedesdocument.php 1538886357911

6 Pourcentage des émissions de gaz à effet de serre, dans l’article Accord de Paris sur le climat : https://fr.wikipedia.org/wiki/AccordsdesParisssurslesclimatccitesnote-ratpct-14

7 Les régions du Pacifique concernées en priorité par la montée des eaux sont les îles Cook, les États fédérés de Micronésie, Guam, Kiribati, les Marshall, les Samoa, Tonga, Tuvalu, et Palau. Source : https://journals.openediton.org/jso/3842

8 Courrier International, Copenhague 2009. Tuvalu secoue la conférence, https://www.courrierinternatonal.com/artcle/2009/12/14/tuvalu-secoue-la-conference

9 Sources : https://seazen.fr/fr/blog/un-eden-du-pacifiue-force-les-touristes-a-preterserment-a-l-environnement-n114

10 Propos de Marine Guezo, biologiste marin au Palau International Coral Reef Center https://www.20minutes.fr/planete/1424049-20140730-appel-detresse-iles-pacifque-face-amontee-eau

11 Voir Constitution de Palau : http://www.wipo.int/wipolex/en/text.jsp?flesidR200951

12 Pour en savoir plus, site officiel du gouvernement de Palau : http://www.palaugov.pw/eqpb

13 Site du Micronesia Challenge : http://www.micronesiachallenge.org/

14 New York Times, « Pacific Miracles », https://www.nytmes.com/2007/04/21/opinion/21sat2.html

15 Ibid.

16 WWF, « Le requin, espèce prioritaire » : https://www.wwf.fr/especes-prioritaires/requins

17 On peut ainsi citer les Maldives, les États Fédérés de Micronésie, les îles Marshall, les Kiribati, Samoa, la Nouvelle-Calédonie, les îles Cook, la Polynésie française, Honduras, les Bahamas, la République Dominicaine, les Îles Caiman, Bonaire, les Îles Vierges Britanniques, St Maarten et Saba. Source : Shark Sanctuaries Around the World, https://www.pewtrusts.org/en/researchand-analysis/fact-sheets/2016/03/shark-sanctuaries-around-the-world

18 Pristine Paradise Palau : https://www.pristneparadisepalau.com/natonal-marine-sanctuary/

19 Article de Thomas Remengesau Jr, Palau Chiefs Offer Wisdom in ‘Bul https://www.hufngtonpost.com/president-tommy-remengesau-jr-/palau-chiefs-ofer-wisdom-inbulsbs8168200.html?guccounterR1

20 Vidéo youtube BrutNature Pour visiter les îles Palaos, il faut d’abord prêter serment : https://www.youtube.com/watch?vRVQI-7AsGU9R

Bibliographie :

Gouvernement de Palau : http://wwwwww.ppalaugov.ppww/ dernière consultation le 10 octobre 2018
Constitution de Palau : http://wwwwww.pwwipo.pint/wwipole//en/te/t.psspifleiid2200511, dernière consultation le 10 octobre 2018
Site touristique de Palau, informations sur le sanctuaire marin : https://www.pristneparadisepalau.com/natonal-marine-sanctuary/,dernière consultation le 10 octobre 2018
Site du serment de Palau : https://palaupledge.com/, dernière consultation le 10 octobre 2018
Article du Président des Palau sur les pratiques de pêches traditionnelles et leur lien avec les mesures écologiques, Palau Chiefs Offer Wisdom in ‘Bul https://wwwwww.phuffngtonpost.pcom/presidentttommftremengesautsrt/palautchiefstofert wwisdomtintbulibi8168200.phtmliguccounter21, dernière consultation le 10 octobre 2018

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Re: LUTTES ÉCOLOGIQUES

Message par Patlotch le Dim 4 Nov - 15:38

en marge du référendum sur l'indépendance en Nouvelle-Calédonie

« Les jeunes pensent avoir été trahis par les anciens, qui exigent le respect de la part des jeunes »
Car les « vieux », c’est-à-dire les coutumiers anciens, qui ont pratiquement tous travaillé pour la mine,
ont, pour un certain nombre, passé un accord avec la SLN (Société Le Nickel)
sur l’exploitation des nouveaux gisements sans obtenir le consentement de l’ensemble des tribus
.

En Nouvelle-Calédonie, de jeunes Kanaks se lèvent contre l’industrie du nickel
Delphine Bauer et Marion Parent Reporterre 3 novembre 2018

Depuis le XIXe siècle, l’industrie du nickel, fait la pluie et le beau temps en Nouvelle-Calédonie. Mais le coût environnemental et social de l’extraction ne va plus de soi, en particulier chez les jeunes Kanaks, comme le montre le blocage d’un site de la côte orientale de l’île de la Grande-Terre.


Plus on s’approche de la commune de Kouaoua, située sur la côte est de la Nouvelle-Calédonie, plus la présence du site minier de Méa, ouvert en 1977, apparaît au grand jour. Alors que la végétation luxuriante semble impénétrable, entre néfliers et banians, ces arbres aux racines multiples, un sillon aérien métallique tranche le fragile équilibre de ce camaïeu de verts. C’est la « serpentine », le deuxième plus grand convoyeur de minerai du monde. Long de 11 km, elle part du site pour se jeter dans la mer, d’où le nickel est chargé sur des minéraliers afin de partir pour être transformé. Dans cette région vallonnée, le site de Méa, géré par la Société Le Nickel (SLN), est un gros pourvoyeur d’emplois avec plusieurs centaines de postes directs. Trente millions de tonnes de nickel ont été extraites ici depuis un peu plus de quarante ans.


La « serpentine », convoyeur à bande minier rectiligne de 11 km de long.

Pourtant, il y a deux mois et demi, la concorde a volé en éclats. Le 6 août, une soixantaine de jeunes Kanaks, issus des tribus voisines, ont décidé d’occuper l’accès à la mine pour protester contre les conséquences écologiques de l’exploitation et le projet d’ouverture de trois nouveaux gisements. Ils y ont fait brûler des pneus : quelques jours plus tard, la SLN a décidé de fermer la mine, considérant que la sécurité de ses employés n’était plus assurée, notamment à cause des multiples incendies qui avaient ciblé la « Serpentine ».

Fin octobre, les jeunes militants étaient toujours postés à l’entrée du site. Au bout d’un chemin cabossé de terre ocre, parsemé de carcasses carbonisées de voitures, restes de la colère des premiers jours, des tentes de fortune, recouvertes de toile d’un beige terne ont été installées, ainsi qu’un réchaud et une grande table de récupération où sont pris les repas en commun. Dès le mois d’août, des négociations ont été lancées, faisant se rencontrer les différents acteurs du terrain, la SLN, la Province [la collectivité], mais aussi les chefs coutumiers [chefs de tribu] et l’État, qui joue ici le rôle de médiateur.


Le campement des jeunes de la tribu de Méa.

Quand nous avons rencontré les membres du collectif, le blocage était arrêté pour une semaine, le temps pour la SLN de se positionner sur la dernière revendication des jeunes militants : la fermeture définitive du périphérique ouest, tandis que les travaux des trois nouveaux sites prévus ont bien été suspendus. Les employés de la SLN « y ont coupé des chênes-gommes centenaires et endémiques. La procédure coutumière [en théorie, si l’un des coutumiers refuse, le projet n’est pas adopté] n’a pas été respectée », s’énerve Linda, 45 ans, technicienne des travaux environnementaux à la SNL depuis quinze ans, mais qui a rejoint le collectif par solidarité. « Les lieux qu’ils veulent détruire sont aussi des lieux de reproduction des notous, une espèce de gros pigeons endémique de la Nouvelle-Calédonie », s’inquiète-t-elle.

Le visage encadré de longues dreadlocks, vêtu d’un simple short et allant nus pieds, Nimoou Amori, l’un des fondateurs du collectif, revient de la rivière, où il s’est baigné, se reconnectant avec les éléments naturels. Pour les Kanaks, le lien avec l’environnement est fusionnel, chaque être vivant ou arbre étant une émanation des esprits des anciens. « Quand j’étais petit, nous allions à la pêche. La rivière regorgeait de saumons noirs, de merlus ou de crevettes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui », déplore-t-il. À ses yeux, la SLN — que nous avons contactée mais qui ne nous a pas répondu — en serait responsable. Par ailleurs, Nimoou Amori constate que le niveau de l’eau a considérablement baissé. « Quand la rivière sera sèche, que vont devenir les trois tribus ? » s’interroge-t-il, sachant que les Kanaks pratiquent une chasse et une pêche de subsistance. Quand il va se promener au bord de la rivière, le longiligne trentenaire se désole de voir les gravats charriés par la mine qui viennent progressivement combler le lit, favorisant ainsi les coulées de boues.


Nimoo Amoury, l’un des porte-parole du collectif des jeunes opposants kanaks, dans la rivière de son enfance.

Accroché à la plus grande tente, le slogan rédigé à la peinture « Nous revendiquons notre droit à une part de soleil comme n’importe quel peuple indépendant » résonne comme le cri d’une jeunesse qui aspire à plus de justice sociale. En Nouvelle-Calédonie, les Kanaks souffrent en effet toujours de discriminations dans le secteur de l’emploi et de l’éducation. Ils sont davantage touchés par le chômage que la moyenne calédonienne. Dans la commune de Kouaoua, les membres du collectif aimeraient recevoir plus que les miettes de l’industrie minière. « La montagne génère des milliards. Mais nous, qu’est-ce qu’on a gagné ? » demande Nimoou Amori. Il dénonce l’absence de services publics, de pharmacie, de magasins, de médecins ou presque. « Il faut que la mine investisse dans le développement. C’est une ville-dortoir », lance-t-il. Et diversifier l’économie pour sortir du tout nickel semble indispensable.

Imaginer que la Nouvelle-Calédonie puisse se passer du nickel est illusoire


S’il a beau dire que « ce n’est pas un combat politique ni de syndicaliste, mais le combat de jeunes pour l’environnement », il y a dans le discours de Nimoou Amori des revendications qui dépassent le champ environnemental.


La « serpentine » se termine dans la baie de Kouaoua, où des minéraliers récupèrent le nickel.

De mémoire kanak, « c’est la première fois qu’on voit des jeunes se lever contre les vieux coutumiers », précise Linda. En effet, au fil des réunions de médiation, le fossé s’est creusé entre les générations. « Les jeunes pensent avoir été trahis par les anciens et les anciens exigent le respect de la part des jeunes », poursuit-elle. Car les « vieux », c’est-à-dire les coutumiers anciens, qui ont pratiquement tous travaillé pour la mine, ont, pour un certain nombre, passé un accord avec la SLN sur l’exploitation des nouveaux gisements sans obtenir le consentement de l’ensemble des tribus. « Ils ont été “achetés” par la SLN, avec des contrats », accuse Nimoou Amori. Du côté de la mine, ces deux gros mois de blocage ont déjà coûté l’équivalent de 11 millions d’euros, selon les Nouvelles calédoniennes, mettant en péril les objectifs annuels de production. Sur la page Facebook du collectif « Halte à la pollution », initié par les jeunes, les commentaires traduisent aussi les craintes de la population. « Qu’avez-vous à vendre autres que des discours idéalistes ou profession de foi face à ceux qui vivent aujourd’hui même la perte de leur emploi ? » demande ainsi un internaute.


Linda, 45 ans, technicienne environnementale sur le site minier de la SLN depuis 15 ans, a décidé de rejoindre les jeunes opposants.

Imaginer que la Nouvelle-Calédonie puisse se passer du nickel est illusoire : le secteur représente 10 % du PIB de l’île, et pourvoit environ 3,5 % des emplois du territoire (mais 20 % de l’emploi privé). Le chercheur Christophe-Pierre Pantz, docteur en géopolitique, spécialiste de la question territoriale kanak, estime que les « entreprises du nickel ont globalement eu une conscience sociale, afin de garantir la paix sociale, en tentant d’impliquer les populations locales ». Des tentatives qui n’ont pas toutes abouti, comme en témoigne la situation à Kouaoua. Pour Gilbert Tuyuienon, membre du FNLKS (parti indépendantiste), et ancien maire de Canala, où se trouve aussi un site minier, il est clair que les sociétés minières d’aujourd’hui doivent s’impliquer davantage du point de vue environnemental, social, comme du point de vue des hommes. Et veiller à recueillir, « avant toutes les autorisations minières, le consentement éclairé et partagé des populations », insiste-t-il. Sans ce consentement, point de salut. Le mouvement de Kouaoua, minoritaire dans le paysage politique, marque-t-il une nouvelle étape dans la construction des projets miniers ?

il est probable que ce mouvement correspond davantage à un changement de paradigme dans le contenu des luttes, comme j'ai essayé de le mettre en évidence par ailleurs. Mais l'on comprend bien « l'immense fierté » de Macron devant les résultats. Comme on dit, c'est nickel !


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Re: LUTTES ÉCOLOGIQUES

Message par Patlotch le Ven 9 Nov - 11:13

Le Monde publie (en édition abonnés) une tribune L’écologie est avant tout une science, pas un mouvement politique : La parole des scientifiques est assimilée à un discours idéologique, alors qu’ils ne font que présenter des résultats objectifs, estime le chercheur Sébastien Barot.... Cette affirmation/opposition laisse à désirer, l'écologie, à chacun la sienne, et le terme recouvre ces deux sens, ensemble ou séparément

on trouve par exemple l'opposition farouche de marxistes au "capitalisme vert" pour faire court, mais ils y rabattent toute lutte écologique. Exemples : Jean-Louis Roche du Prolétariat universel : L'écologie cette nouvelle imposture de l'histoire, 31 octobre 2018 ou Robert Bibeau des 7 du Québec : Prolétariat vs écologistes, environnementalistes et altermondialistes réformistes, 7 novembre 2018

j'ai montré dans l'ancien forum l'opposition irréductible entre d'une part "capitalisme vert", lui-même objet d'une guerre interne entre "transition énergétique" (Hulot, Macron...), et énergo-fossilistes (Trump, pétroliers...) et écologie révolutionnaire

l'article ci-dessous nous donne de celle-ci une variante dont le contenu ne me satisfait pas, comme ses affirmations : « Il ne nous appartient pas de renverser le capitalisme (puisque celui-ci s’en charge lui-même) », « le mode de vie adopté par les élites, qui n’est ni durable ni universalisable » (ce mode de vie est largement partagée par toutes les classes sociales), et enfin « réorienter la démocratie en tenant compte des limites écologiques de la Terre », comme si la solution était politique, « créer une contre-société écosocialiste au sein même du monde dominé par le capitalisme » (John Holloway)... Par contre, je pense comme l'auteur que les luttes paysannes sont et seront déterminantes

Le capitalisme est « l’ennemi à abattre »
Ernest London Reporterre 8 novembre 2018

Rappelant l’urgence de s’émanciper du capitalisme, qui engendre la destruction des conditions de vie sur Terre, Pierre Madelin, dans son essai « Après le capitalisme », propose des réponses mesurées et radicales, en s’appuyant notamment sur l’écologie politique libertaire.


mars 2017

Pierre Madelin désigne le capitalisme « comme l’ennemi à abattre » puis se propose d’examiner les « possibilités “révolutionnaires” (au sens politique du terme) du présent », différentes stratégies et scénarios. Il prévient d’emblée : « Toute réflexion politique se voulant radicale mais ignorant la question écologique se condamne au ridicule, et toute écologie politique réformiste ou “environnementaliste” qui se limiterait, par exemple, à mettre en place des politiques de protection de la nature se condamne à l’impuissance. »

S’appuyant sur les études de penseurs contemporains, il distingue trois limites à la reproduction du système capitaliste :

- Une limite interne qui le condamnerait à disparaître car comme le résume Anselme Jappe : « La logique du capitalisme tend à “scier l’arbre sur lequel elle repose” » ;
- Une limite externe ou écologique, qui peut se résumer ainsi : « Une croissance infinie est impossible dans un monde fini. »
- Une limite anthropologique. Si le capitalisme, supposé reposer sur une société dans laquelle les individus ne seraient plus liés que par l’intérêt, est toujours vivant, c’est paradoxalement parce que sa reproduction a été soutenue par l’altruisme, le sens de la coopération et l’entraide. Mais sa puissance corrosive continue de « ronger » ces rapports « a-capitalistes » en produisant des rapports « dé-socialisants ».

Si ces contradictions permettent de penser à la possibilité d’un effondrement du capitalisme, il ne faut pas négliger sa capacité « à prospérer sur ses propres ruines ». Une nouvelle offensive du capital est en cours, nouvelle « vague d’enclosures » de ressources communes avec le brevetage du vivant. « Il ne nous appartient pas de renverser le capitalisme (puisque celui-ci s’en charge lui-même), mais il nous appartient de “préparer le terrain” pour faire en sorte que les sociétés post-capitalistes soient émancipées de l’État, du patriarcat ou de toute autre structure de domination. »

« Réorienter la démocratie en tenant compte des limites écologiques de la Terre »


Le principe du capitalisme est de priver les individus de leur capacité à satisfaire leurs besoins (passage de la propriété usufondée à la propriété fundiaire [1]) pour les forcer à le faire par la médiation du marché. Sous sa forme moderne, la séparation du travailleur avec ses moyens de production ou de subsistance s’est étendue à ses moyens de locomotion, de cognition, d’habitation, de reproduction. L’opposition au capitalisme s’élargit et dépasse les appartenances de classe, au nom d’un « choix politique contingent face à une situation singulière », en opposition à un projet écocide par exemple.

La crise écologique impose de prendre des décisions politiques radicales contraires aux intérêts du capitalisme. La transition écologique, si elle n’est pas accompagnée d’une transition politique, ne servira qu’à augmenter les inégalités et renforcer la domination des élites dirigeantes sur la société. Au nom du « capitalisme vert », EDF et d’autres entreprises ont recouvert l’isthme de Tehuantepec, dans le sud du Mexique, du plus grand champ éolien des Amériques, mais seulement 22 % de l’énergie « propre » produite alimentera des particuliers et le secteur public, 78 % seront destinés aux entreprises privées, comme Walmart et Coca-Cola. Pour Pierre Madelin, « un mot d’ordre s’impose donc : décroissance énergétique ou barbarie ! »


Village près d’un parc éolien dans l’État mexicain d’Oaxaca.

À propos de la croissance démographique, il explique que l’« espèce humaine » n’est pas en cause mais davantage « le mode de vie adopté par les élites, qui n’est ni durable ni universalisable ». Il faut donc « sacrifier l’égalité sur l’autel de la croissance économique » ou bien « réorienter la démocratie en tenant compte des limites écologiques de la Terre ».

Il consacre un chapitre au rôle que pourraient jouer les animaux dans une société post-industrielle, dénonçant la légitimité de la notion de « contrat domestique » et envisageant une profonde mutation de l’élevage avec un usage des animaux n’impliquant ni leur mort ni leur exploitation.

« La propriété privée et la propriété étatique ne sont que les deux faces d’un même processus de dépossession »

Si nous savons quelles solutions, quelles pratiques sociales et économiques permettraient d’assurer la transition écologique — de la suppression de l’obsolescence programmée à celle de l’agriculture intensive —, nous savons que le « système », qui en est parfaitement capable, n’en a aucunement l’intention. L’État moderne est le pendant politique du capitalisme, une variante dans la gestion de l’accumulation du capital, et même l’État-providence ne s’oppose que superficiellement à lui. « La propriété privée et la propriété étatique ne sont que les deux faces d’un même processus de dépossession. » Il faut admettre que nous ne vivons pas dans des démocraties mais dans des « oligarchies libérales », qui octroient à l’individu des droits et des libertés mais l’empêchent de participer effectivement au pouvoir et aux grandes décisions politiques. « Il n’y aura pas de sortie du capitalisme sans sortie du régime représentatif, car c’est fondamentalement au nom des exigences du premier que le second s’est imposé. »

Selon les philosophes du contrat social, le monde est régi par une métaphysique de l’ordre. Toutes les entités, les atomes comme les individus, sont incapables de s’organiser entre eux et ont besoin d’une extériorité fondatrice pour s’ordonner et se pacifier, les lois de Newton ou celles de l’État. La philosophie de l’écologie et l’anthropologie politique du socialisme libertaire prétendent au contraire que « les individus sont en mesure de s’organiser conformément à une puissance qui leur est immanente, sans devoir nécessairement s’aliéner, pour ne pas sombrer dans la guerre et le chaos, à la transcendance de l’État ». « Aucun élément du monde n’a d’existence en soi. […] À l’interdépendance des éléments et des êtres du monde répond l’interdépendance quasi ontologique des humains en société et, au-delà, l’interdépendance de la société des humains et du monde lui-même. »

Un mal invisible suscité par ce que Günther Anders a nommé le « décalage prométhéen » provoque « des effets délétères sur la capacité des êtres humains à être des agents moraux responsables, dans la mesure où il ne leur permet pas de se représenter les effets de leurs actes, qui s’insèrent dans des mécanismes gigantesques ». Pour y remédier, il suffirait d’associer à la décentralisation et à la relocalisation de l’économie celle de la pratique politique. C’est précisément ce que propose John Holloway avec sa « théorie des brèches » : « changer le monde sans prendre le pouvoir », « créer une contre-société écosocialiste au sein même du monde dominé par le capitalisme ». Pierre Madelin cite en exemple l’idéal libertaire des communautés utopiques, des phalanstères fouriéristes aux caracoles zapatistes et aux Zad, en passant par les communautés de la contre-culture fondées dans les années 1960, tout en mettant en garde contre le danger de l’isolement et celui de négliger l’affrontement avec le capitalisme sur son propre terrain.

La souveraineté alimentaire des sociétés paysannes garantit leur autonomie politique

En réponse à la question de l’échelle, il apporte, comme à toutes les questions, une réponse mesurée, critiquant « l’inflation tentaculaire et cancéreuse » de la ville mais en rappelant que Bernard Charbonneau avait mis en évidence comment « l’extension du groupe, en relâchant la pression sociale, avait donné naissance aux processus d’individuation, créant ainsi des foyers de savoir, de créativité intellectuelle et artistique, de cosmopolitisme », avait permis la naissance de la liberté, bien que celle-ci, pour survivre, devait désormais quitter les villes. Les mouvements politiques aujourd’hui source d’inspiration dans la lutte contre la tyrannie capitaliste reposent précisément sur des sociétés paysannes. Leur souveraineté alimentaire garantissant leur autonomie politique. Il préconise ensuite une articulation des pratiques locales d’autogouvernement dans une confédération de communes et de quartiers autonomes, pratiquant un « fédéralisme ascendant ». Il invite à radicaliser et approfondir la démocratie.

En conclusion, Pierre Madelin considère la situation désespérée et désespérante. Il est conscient que l’occultation des prises de conscience et des dénonciations précoces des risques et des nuisances, de la part des puissants de ce monde, prouve qu’ils n’ont pas déréglé et détruit les écosystèmes par inadvertance. Pierre Madelin distingue deux scénarios possibles : un effondrement économique accompagné d’un renforcement de l’État, adoptant une « gestion écototalitaire des ressources et des populations », ou alors un effondrement de l’État accompagnant celui de l’économie, soit au profit de forces armées paraétatiques de type mafieux ou terroriste, soit en laissant les populations s’autoorganiser. Ces deux dernières options pouvant cohabiter, comme les cartels de la drogue et l’EZLN (l’Armée zapatiste de libération nationale) au Mexique, Daech et les populations autoorganisées du Kurdistan, en Syrie.

La synthèse est époustouflante. Pierre Madelin, s’appuyant sur les analyses de nombreux penseurs, parvient à résumer de façon très nuancée les contradictions auxquelles nous sommes confrontés, à dessiner les lendemains possibles, à esquisser concrètement des propositions de changement de paradigme.

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