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la grande bourgeoisie

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Re: la grande bourgeoisie

Message par Patlotch le Mer 10 Oct - 18:52



La grande bourgeoisie est la dernière « classe pour soi », une classe dans laquelle la conscience de classe est très forte. Les (très) riches pratiquent le « collectivisme pratique » : une solidarité sans faille existe entre les membres du groupe. Ni vue, ni connue, la grande bourgeoisie peut espérer continuer à prospérer.

Dîners mondains, beaux quartiers, chasses à courre, évasion fiscale… voilà trente ans que le couple de sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon dissèquent les comportements d’une caste endogame et prédatrice, ce qu’ils appellent « la violence des riches ». À leur actif, plus d’une vingtaine de livres sur la grande bourgeoisie. Ils nous expliquent comment ce groupe social sait se mobiliser pour défendre ses intérêts.

HD. Voilà trente ans que vous enquêtez chez les plus riches. Comment vous est venue l’idée de pénétrer dans l’univers très fermé de la grande bourgeoisie, en 1986 ?

Michel Pinçon. La plupart des sociologues travaillaient sur les plus démunis. Beaucoup avait été fait sur les logements insalubres, les quartiers défavorisés… mais rien sur les beaux quartiers.

Monique Pinçon-Charlot. Nous n’étions pas du tout de ce milieu. Alors nous avons commencé par le plus facile : nous balader dans les beaux quartiers. Notre directeur de laboratoire au CNRS, issu de la grande bourgeoisie de Neuilly, nous a ouvert les portes de sa famille. Progressivement, nous avons réussi à nous faire coopter. Nous avions acquis un capital social absolument extraordinaire ! Jusqu’à la publication de notre livre, en 2010 : « Le Président des riches, enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy ». Là, on s’est fait virer. Ce n’était pas trop grave, nous avions eu le temps de comprendre leur fonctionnement.

HD. Qu’avez-vous observé d’emblée ?

M. P. Nous sommes toujours ici dans la reproduction des privilèges les plus arbitraires. Des privilèges qui se transmettent de génération en génération pour créer des dynasties familiales. Les riches veulent absolument préserver leur mode de vie. Ils concentrent toute la richesse et entendent bien la garder. Ils estiment donc qu’ils ont tous les droits.

M. P.-C. Les grands-bourgeois ne pensent jamais à leurs dissemblables. Ils n’ont pas accès à la culpabilité, à la mauvaise conscience. Dès qu’ils estiment ne pas être dans leurs bons droits, ils se positionnent en victimes. Du coup, ils sont extrêmement mobilisés. Sur tous les fronts. Il n’y a pas de petits combats. Ils sont formés pour rendre en permanence service à leur classe. Ils en ont le devoir. Certes, c’est plus simple pour eux : ils ne sont pas nombreux et se retrouvent sans cesse dans les dîners, les clubs, les cercles…

HD. Vous aussi, vous avez été introduits dans ces clubs, ces cercles…

M. P.-C. Oui. Autour de la table des dîners habituels, se retrouvaient toujours les représentants de tous les pôles dominants : un banquier, un journaliste – pas de « l’Humanité », mais plutôt de TF1 –, un industriel de renom, un artiste d’art contemporain, un grand chef d’exploitation, un professeur de médecine… et parfois des curiosités, comme nous ! C’est comme ça qu’un Nicolas Sarkozy a pu rencontrer Liliane Bettencourt.

M. P. Ce milieu social fonctionne au choix des personnes, tout passe par la cooptation. On choisit le membre du cercle, on vote sur candidature… Avenue des Champs-Élysées, se trouve le Travellers Club, dans l’hôtel particulier de la Païva. Tout le monde y parle anglais, même entre Français. Un jour, le secrétaire général de ce cercle m’a fait part de sa colère : les Champs-Élysées devenaient insupportables, avec ces gens qui mangent des sandwichs debout, ces touristes en short… Il ne comprenait pas. Mais une fois la porte de la Païva franchie, le même monde se retrouve. Idem lorsque vous passez l’entrée du cercle de l’Union interalliée, rue du Faubourg Saint-honoré. D’un coup, le tohu-bohu de la rue laisse place au calme. La sécurité sociale…



2007


HD. Vous parlez du ghetto des riches. Vous en avez même fait un livre, « Les Ghettos du gotha. Comment la bourgeoisie défend ses espaces ». Pourquoi un terme si fort ?

M. P.-C. C’est un ghetto car il y a une limite, une frontière pour protéger l’entre-soi. Mais un ghetto volontaire. Nous avons voulu ainsi montrer que les riches assument la rupture, ils revendiquent même cet ostracisme social. Dans notre premier livre, nous parlions de racisme de classe. Ils ne nous l’ont jamais reproché. Ils ont même approuvé : c’est très agréable d’être entre soi. Pourquoi voulez-vous que nous soyons avec des gens qui ne nous ressemblent pas ?

HD. « Les riches quittent massivement la France », titrent régulièrement les journaux. Ils paieraient trop d’impôts. Pourtant, le scandale du Panama Papers met en lumière l’évasion fiscale de beaucoup d’entre eux. Vous la dénoncez également dans votre livre : « Tentative d’évasion (fiscale) », sorti en septembre dernier…

M P.-C. Nous avons effectivement montré qu’ils ne payaient pas leurs impôts, avec la complicité des services fiscaux. Cette stratégie participe à l’asservissement des peuples en faisant croire que les riches créent l’emploi et la richesse. De vrais philanthropes ! La crise financière de 2008 est exclusivement liée à la spéculation. Les seuls responsables étant ceux qui avaient « titrisé » les subprimes, c’était à eux de payer. Or, avec l’aide des politiques, l’oligarchie a transformé une dette privée en dette publique. Depuis, on demande au peuple d’accepter la destruction des services publics, des avantages liés à la Sécurité sociale, à la retraite. Demain, c’est le nouveau Code du travail qui asservira encore plus les salariés… Nous sommes dans une véritable guerre de classes. Une classe qui possède les armes économiques, idéologiques, linguistiques…

HD. Alors, finalement, comment vont les riches aujourd’hui ?

M. P.-C. Il suffit de lire le palmarès des grandes fortunes publié dans « Challenges » pour s’apercevoir que tout va très bien pour eux. Chaque année, on y constate des augmentations à deux chiffres, des enrichissements énormes qui vont très vite et de plus en plus concentrés entre quelques mains. C’est ainsi que Bernard Arnault, le très discret patron de LVMH, affiche 34 milliards de dollars de chiffre d’affaires, 400 fois plus que la fortune du grand chef cuisinier Alain Ducasse, qui s’élève à 60 millions d’euros. Cette dispersion n’existe pas dans le monde du salariat. Et cette richesse se base chaque fois plus sur la violence de classe, c’est-à-dire sur la marchandisation des entreprises qui doivent représenter du cash pour les actionnaires, toujours plus avides de dividendes.

HD. Peut-on faire le parallèle entre la violence des habitants du 16e arrondissement de Paris, lors de la présentation du projet de centre d’hébergement d’urgence près du bois de Boulogne, et celle des manifestants contre le mariage pour tous ?

M. P.-C. Lors des manifestations contre le mariage de personnes du même sexe, peut-être que beaucoup étaient catholiques, mais l’important n’est pas là. Il est dans les mots « mariage pour tous ». Cette proposition menace l’essentiel pour leur propre reproduction : la famille. Elle est au cœur de la constitution de la dynastie. Dans le gotha mondain, seulement 2 % des couples sont concernés par le divorce. Car, finalement, ils dissocient les pratiques sexuelles de la famille : ils ont de grands appartements, ils voyagent… et ont beaucoup d’enfants – environ quatre par famille. Alors la religion n’est qu’une variable secondaire par rapport à la posture de classe. La famille, c’est ça qui les a mobilisés.

M. P. La violence dans les deux cas s’explique car ils se trouvaient sans prise, avec un rapport de forces qu’ils ne maîtrisaient pas, qu’ils ne pouvaient pas contrer.

M. P.-C. Oui. J’ai assisté à la présentation du projet de centre d’hébergement. C’était la première fois que j’entendais des grands-bourgeois employer des termes aussi orduriers. J’ai ressenti une haine de classe très profonde.

Entretien réalisé par N. D.


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Re: la grande bourgeoisie

Message par Patlotch le Sam 10 Nov - 12:03

reçu de Adé, la "tribune libre d'un "issu de la diversité"

« Frustrations, jalousies, ressentiment... flatter les plus bas instincts
pour susciter sentiment d’aigreur envers les mieux lotis »


« Ces milliardaires qu’on déteste »
Ferghane Azihari l'Opinion 04 octobre 2018

Certains journalistes excellent pour capitaliser sur les frustrations et les jalousies en soulignant les différences de situations économiques entre le fondateur d’Amazon et ses employés


image ajoutée

Concédons-le. Difficile de ne pas être impressionné par les chiffres révélés par la presse sur la fortune de Jeff Bezos. Estimée à plus de 150 milliards de dollars, elle permet au patron d’Amazon de se hisser parmi les plus hommes les plus riches de l’histoire de l’humanité.

Les esprits les plus animés par la culture de la réussite entrepreneuriale ne peuvent qu’applaudir cette véritable prouesse. Jeff Bezos correspond en effet dans l’imaginaire collectif au stéréotype fantasmé du self-made man américain : un entrepreneur au flair redoutable qui a su anticiper l’explosion du commerce en ligne pour le plus grand bien de sa clientèle. Point de théorie douteuse sur le ruissellement dans cette observation. Le succès d’Amazon et de Bezos n’a d’autre origine que le formidable plébiscite des consommateurs qui bénéficient des services du géant du web aux quatre coins du monde.

Avec un chiffre d’affaires annuel flirtant avec les 178 milliards de dollars en 2017, un bénéfice net de 3 milliards de dollars et des parts de marché qui continuent à croître vigoureusement, tout laisse à penser qu’Amazon est solidement installé. La fortune de Bezos puise ainsi son importance dans la capitalisation boursière de la société dont il est actionnaire, celle-ci étant portée par la confiance des investisseurs. Ces derniers sont visiblement optimistes quant à la capacité du géant du web à consolider ses performances et à accroître sa présence dans notre quotidien.

Ressentiment. Hélas, cette réussite ne suscite pas seulement l’admiration. Le commun des mortels est également traversé par le ressentiment dont notre pays est malheureusement si coutumier. Certains journalistes excellent ainsi pour capitaliser sur les frustrations et les jalousies en soulignant les différences de situations économiques entre le fondateur d’Amazon et ses employés. Tous les moyens sont bons pour flatter les plus bas instincts afin de susciter un profond sentiment d’aigreur envers les mieux lotis. On procède aux comparaisons les plus discutables.

Paradoxalement, le haut niveau de richesse d’une personnalité publique n’implique pas nécessairement d’être impopulaire auprès de l’opinion

Par exemple, certains articles mettaient en perspective le patrimoine de Jeff Bezos avec les revenus moyens de ses salariés ou encore la capitalisation boursière d’Apple et d’Amazon avec le PIB d’un pays comme la France. Mais ces méthodes relèvent de la même rigueur que celle qui consisterait à comparer son salaire avec la valeur de la maison de son voisin. La comparaison entre ces deux éléments que sont les flux de revenus et le patrimoine n’a donc aucun autre avantage que celui de verser dans le sensationnalisme. Elle n’explique ni en quoi ces fortunes se seraient bâties par des moyens illégitimes, notamment politiques, ni en quoi les inégalités de situation seraient injustifiées compte tenu de la différence des fonctions occupées par les individus dont on compare la richesse.

Bien sûr, ces méthodes ne sont pas seulement réservées aux vils milliardaires américains. Chaque pays dispose de ses propres bouc-émissaires. Paradoxalement, le haut niveau de richesse d’une personnalité publique n’implique pas nécessairement d’être impopulaire auprès de l’opinion. Ainsi, le classement des personnalités préférées des Français établi par l’IFOP met-il régulièrement à l’honneur des célébrités dont la fortune est sans aucun doute infiniment supérieure à la moyenne française.

Ces personnalités ont néanmoins l’avantage d’appartenir au monde du sport, de la culture et du show-business : des activités que l’opinion publique juge plus nobles que les fonctions de chef d’entreprise, de capitaine d’industrie ou d’investisseur. C’est pourquoi, à l’image de Jeff Bezos aux États-Unis, des personnalités comme Bernard Arnault ou Xavier Niel sont régulièrement « épinglés » au motif que leurs revenus ou leurs patrimoines seraient plusieurs fois supérieurs à ceux de leurs salariés.

Objectif politique. Cette stratégie de communication a un objectif politique. Il consiste à entretenir la croyance que ces fortunes ne se bâtissent qu’au détriment de leurs collaborateurs et que ces derniers seraient mieux lotis si leurs employeurs renonçaient à gagner autant. Cette croyance est ainsi au service d’un agenda politique particulier : une plus grande fiscalisation de l’économie, des entreprises et des hauts revenus. Autant de conclusions qui rappellent à quel point les présupposés marxistes sont ancrés dans notre imaginaire collectif.

Nos économies modernes gagneraient à voir émerger encore plus de milliardaires

Soucieux de s’attaquer aux préjugés selon lesquels le capitalisme fausserait le partage des richesses, l’Institut économique Molinari a récemment produit une étude qui examinait le partage de la valeur ajoutée au sein des entreprises du CAC40 en 2016. Contrairement aux idées reçues, les salariés étaient les premiers bénéficiaires de ce partage en recevant 240 milliards d’euros sur les 338 milliards d’euros de richesses créées par ces entreprises. Viennent ensuite les États (66 milliards) et enfin les actionnaires (32 milliards nets d’impôts).

Dans le débat public français, le mantra de la lutte contre les inégalités fait qu’il est toujours tentant de croire qu’une fiscalisation supplémentaire des hauts-revenus, des entreprises et des actionnaires permettra d’accroître la richesse des salariés les plus modestes. Une telle conception fait l’impasse sur les interdépendances existantes entre la richesse des actionnaires et celle des salariés. Fiscaliser davantage les entrepreneurs et les investisseurs revient de fait à décourager l’accumulation de capital productif qui permet précisément aux salariés de recevoir un salaire réel et un pouvoir d’achat plus élevés. Nos économies modernes gagneraient à voir émerger encore plus de milliardaires.


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