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LUTTES PAYSANNES

Message par Patlotch le Mar 2 Oct - 20:21


Tunisie : les luttes oubliées du monde rural
Ian Hamel LePoint Afrique 16/09/2018

Depuis 2011, plus de 13 000 hectares de terres sont toujours occupés illégalement par des petits paysans. Ils entendent récupérer les biens de leurs ancêtres confisqués par les colons français, puis par l'État tunisien.


Une agricultrice tunisienne de Menzel Mheri dans le gouvernorat de Kairouan.
©️ FETHI BELAID / AFP

Contrairement aux révoltes et aux révolutions qui éclatent habituellement dans les capitales et les principales agglomérations, le soulèvement populaire en Tunisie est parti des régions intérieures et rurales du centre-ouest du pays. Des zones ignorées par les touristes et oubliées par le pouvoir central. « C'est plus de trois semaines après le déclenchement des émeutes à Sidi Bouzid, Kasserine, Thala, que le soulèvement finit par s'étendre dans les grandes villes du littoral où il trouve des relais auprès des jeunes et, surtout, un soutien auprès de la centrale syndicale UGTT », rappelle Alia Gana, directrice de recherche au CNRS, dans un chapitre intitulé « Protestations et action collective en milieu agricole et rural ». Un texte publié dans un pavé de près de cinq cents pages consacré à la Tunisie et rédigé par des universitaires des deux rives de la Méditerranée (*).

Un syndicat agricole aux ordres
Le malaise paysan n'est pas récent. Dès la fin des années 1980, la cession de terres de l'État à des investisseurs privés, qui sont souvent des familles alliées au régime, a laissé sur le carreau beaucoup de petits paysans et d'ouvriers agricoles. Ajoutez qu'en voulant favoriser une agriculture intensive tournée vers les marchés internationaux mais inadaptée aux spécificités d'un milieu aride, le régime tunisien a provoqué une dégradation souvent irréversible des ressources en eau et en terre… Quant à l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche (Utap), seul représentant reconnu de la profession agricole depuis l'indépendance, il jouait essentiellement le rôle de courroie de transmission du Parti socialiste destourien, puis, sous Zine el-Abidine Ben Ali, du Rassemblement constitutionnel démocratique.

Coupures de routes et occupation de terres
Les médias ont très vite oublié le monde rural tunisien, passant sous silence les actions de protestation et les mobilisations collectives dans le centre-ouest du pays. Pourtant, constate Alia Gana, elles ont pris de l'ampleur après le 14 janvier 2011 « et ont souvent revêtu des formes violentes (sit-in, coupures de routes, occupations de terres, séquestrations) ». Des actions menées non pas par des syndicalistes, des politiques, mais par des paysans sans terres, des ouvriers agricoles, des femmes habitant dans les zones rurales. De grandes fermes appartenant à des privés « ont été la cible d'attaques organisées d'une grande ampleur, donnant lieu à des pillages et à d'importantes destructions », souligne la chercheuse.

Les terres de leurs ancêtres
Au total, les occupations illégales de terres appartenant à l'État auraient touché 34 000 hectares depuis 2011. Depuis, le ministère des Domaines de l'État et des Affaires foncières en aurait récupéré les deux tiers. Malgré tout, à ce jour, plus de 13 000 hectares restent illégalement occupés. Les paysans considèrent qu'ils ne font que reprendre des terres qui appartenaient à leurs ancêtres. Elles auraient été confisquées par les colons français puis nationalisées par l'État après l'indépendance, avant d'être cédées à des investisseurs privés souvent proches du clan Ben Ali.

Un syndicat lié au parti Ennahda
Depuis la Révolution, il s'est bien créé, en décembre 2011, un syndicat indépendant, le Syndicat des agriculteurs tunisiens (Synagri). Mais comme les vieilles habitudes ont la peau dure, les pouvoirs publics continuent d'être défavorables au pluralisme syndical dans l'agriculture, et à favoriser l'Utap, restée dans le giron des autorités politiques. « Or, c'est par les canaux de l'Utap que passent les demandes permettant aux petits agriculteurs d'obtenir des subventions, des crédits de campagne et les intrants nécessaires à la production agricole », écrit Alia Gana. Bref, la révolution n'a pas effacé les rapports clientélistes. Le nouveau pouvoir politique et les réseaux du parti islamiste Ennahda ont bien évidemment mis la main sur l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche.

(*) Sous la direction de Amin Allal et Vincent Geisser, « Tunisie. Une démocratisation au-dessus de tout soupçon ? », CNRS Éditions, août 2018.

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