SÈVES de Jean-Paul Chabard alias Patlotch
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L'APPEL DE LA FORÊT

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L'APPEL DE LA FORÊT Empty Re: L'APPEL DE LA FORÊT

Message par Patlotch le Ven 26 Oct - 15:52

je commencerai avec cet article, parce qu'il y est question d'une forêt où j'allais petit aux champignons, avec mon grand-père. Cette démarche recoupe essentiellement le témoignage du forestier Peter Wohlleben dans La vie secrète des arbres (2015) repris dans le roman L'arbre-monde de Richard Powers (2018), dont j'ai parlé ailleurs


Après avoir parcouru la France à pied pendant plus d’un mois, les agents de l’ONF veulent créer un large mouvement contre l’industrialisation des forêts. Une première rencontre a lieu aujourd’hui dans la forêt de Tronçais, berceau de la sylviculture, et a débouché sur l’écriture d’un manifeste « Pour la forêt française, notre bien commun ».

Une longue marche contre le silence. La forêt publique et ses défenseurs ne veulent pas se laisser abattre dans l’indifférence. Depuis le 17 septembre, les gardes forestiers de l’ONF, l’Office national des forêts, ont usé leurs souliers [1]. Partis de Mulhouse, Perpignan, Strasbourg ou Valence, ils ont parcouru plus de 300 kilomètres pour rejoindre ce jeudi 25 octobre la forêt de Tronçais, dans l’Allier, qui abrite l’une des plus belles futaies de chênes du pays. L’objectif ? Dénoncer l’industrialisation de la forêt française et la privatisation de l’Office, qui, sous couvert de restructuration, supprime des postes, pousse à la rentabilité et accroît les coupes de bois.

La marche a duré une quarantaine de jours. Sous les couleurs vives de l’automne, juste avant les premiers froids. Elle a rassemblé près de 2.000 personnes qui se sont relayées le long du parcours. Revêtus de chasubles vertes, armés de bâtons de randonnées, les participants ont cheminé à travers les bois, franchi les cols, traversé les villages. « Avec cette marche, on a voulu s’inscrire dans le temps long », précise Michel Bénard, syndicaliste à la CGT Forêt. Il est parti de Perpignan, il y a un mois, et a sillonné la Montagne noire, les Causses du Quercy, le plateau de Millevaches… « On a souhaité changer de mode d’action. Ne pas faire simplement une manifestation éphémère pendant une journée mais remonter lentement le territoire pour alerter la population, aller au contact, échanger en prenant le pouls des résistances citoyennes. »


L'APPEL DE LA FORÊT Onf_6_
à suivre par l'interview du réalisateur

Après avoir battu le pavé à maintes reprises et fait rugir les tronçonneuses dans les rues de la capitale, les gardes forestiers ont tiré un constat. Désappointé. L’écho de leur combat peine à se faire entendre. En 2008, les gardes forestiers étaient plus de 2.500 à manifester sur le champ de Mars, devant la tour Eiffel, avec leurs uniformes, des cornes de brume et une armée d’arbres en carton. Mais rien, pas l’ombre d’une caméra, d’un reporter embusqué ou d’un citoyen engagé. « On était aussi isolés que dans nos forêts, se rappelle un syndicaliste. La grève ne suffit plus. Il faut inventer autre chose pour interpeller la société et nourrir le rapport de force. L’imaginaire syndical doit se renouveler. »

La marche veut participer à ce nouvel élan. Car la situation est grave. En trente ans, 4 emplois sur 10 ont été supprimés. L’ONF est passé de 15.000 à 9.000 employés. Le pourcentage de fonctionnaires ne cesse de diminuer au profit des contractuels. La privatisation, sans faire l’objet de déclaration officielle, se trame de manière insidieuse. Elle est « rampante ».

Parallèlement, la direction prévoit de prélever en 2020 un million de mètres cubes de bois de plus qu’en 2014. La surexploitation des forêts rime avec celle des êtres humains. On compte, à l’ONF, une cinquantaine de suicides depuis 15 ans, des dépressions nombreuses, une perte de sens et une démotivation au travail [2].

Cette tendance « délétère » se poursuit en ce moment même : « Lors d’un séminaire de cadres, en septembre dernier, à Paris, la direction a annoncé la suppression dans les cinq prochaines années de 1.500 postes », écrit l’intersyndicale.

« Face à ces attaques, les forestiers ne peuvent plus être seuls dans le combat, assure Philippe Canal, porte-parole du syndicat Snupfen. L’enjeu nous dépasse. Il va au-delà des corporatismes. Il est question ici de l’avenir des forêts. Notre bien commun à tous. Le filtre de l’eau, de l’air, notre biodiversité. »

En parcourant la France à pied, les gardes forestiers ont lancé les prémices d’un mouvement plus vaste contre la marchandisation des forêts. « C’était un pari, reconnaît Philippe Canal. Des associations, des collectifs en lutte mais aussi des élus nous ont rejoints. Plus d’un tiers des marcheurs n’étaient pas employés à l’ONF. »

La convergence ne s’invoque pas. Elle se vit au quotidien et se travaille. Elle s’aiguise. Dans la lenteur des pas réguliers, sous les airs de l’accordéon ou dans les conversations qui s’étirent la nuit. « On parcourait une vingtaine de kilomètres par jour, raconte Frédéric Bedel, un syndicaliste qui a fait cinq étapes en Lorraine. Ça nous a remis du baume au cœur. La marche est propice à la rencontre. On parle de tout et de rien, des espaces naturels sensibles, des batraciens, des chauves-souris, de la sylviculture. En interne, dans la profession, nous n’avons plus de lieu pour échanger sur le sens de ce que l’on fait. On a retrouvé ici la convivialité qui nous manquait. On est sorti du bois. »

Le soir, les forestiers étaient hébergés chez des habitants ou dans les salles des fêtes. Conférences, concerts, bal folk ont ponctué le parcours. Le film de François-Xavier Drouet Le Temps des forêts a été projeté à plusieurs reprises. Il dénonce le management néolibéral de la direction de l’ONF. Son mépris et sa violence.




« C’est quand nous avons traversé des territoires en lutte où les gens se mobilisent que nous avons été le plus nombreux, se souvient Michel Bénard. Près de 80 personnes ont marché entre Meymac et Chavanac sur le plateau de Millevaches. » Là-bas, les habitants font face à un projet d’usine à biomasse qui menace les forêts locales. Dans le Morvan aussi, les associations mobilisées contre l’enrésinement du massif ont largement participé à la marche.

Le parcours a suivi le chemin des luttes. Passant par le Grand contournement ouest (GCO) et la forêt fraîchement rasée de Kolbsheim, près de Strasbourg (Bas-Rhin). Puis par Bure (Meuse), où le bois Lejuc et ses érables sycomores risquent de disparaître sous le poids des déchets radioactifs. Des opposants au projet de Center Parcs, à Roybon (Isère), se sont également mêlés à la marche à proximité de Valence (Drôme).

Le résultat est positif. Des dizaines d’articles dans la presse locale ont donné une visibilité au mouvement. Un éclat inédit. Mais aussi une force. « Nous pensons que cette convergence, la solidarité entre citoyens et syndicats inquiète le gouvernement en place. C’est quelque chose d’inhabituel », relate Philippe Canal. En témoignent les patrouilles de gendarmes qui surveillent furtivement la marche. « La vente annuelle de bois qui devait se dérouler le 25 octobre à Tronçais a aussi été annulée. La direction a eu peur qu’on la perturbe. Aujourd’hui, elle ne peut plus nous ignorer. »

Ce 25 octobre, les stands, les forums associatifs et les tables rondes ont remplacé les marchands de bois. Les débardeurs à cheval, les 4x4 des investisseurs. « Cette journée se veut comme une grande fête, une déclaration d’amour à la forêt », s’emporte Philippe Canal.

Syndicats et associations environnementales ont cosigné un manifeste « Pour la forêt française, notre bien commun ». Ce texte est l’aboutissement politique de la marche, la construction pas à pas d’un mouvement de défense des forêts. Parmi les signataires, Greenpeace, la LPO, FNE, les Amis de la Terre, le Réseau des alternatives forestières ou Agir pour l’environnement. Ils demandent « la convocation d’un grand débat sur la forêt », et exigent un « droit de regard sur la gestion des forêts publiques ». « Mobilisés, vigilants et unis, nous entendons nous rencontrer régulièrement pour débattre des orientations cruciales de la politique forestière, élargir et amplifier la dynamique enclenchée ce jour », concluent-ils.

Michel Bénard sourit : après un mois de randonnée, il va falloir continuer de marcher.

[1] La mobilisation est soutenue par l’ensemble des personnels de l’ONF, les gardes forestiers mais aussi les personnels administratifs et les autres corps de métier (aménagistes, « sigistes », commerciaux, ouvriers forestiers, etc.).
[2] Le document est disponible à la fin de l’article.

L'APPEL DE LA FORÊT 17068429

Jack London a écrit:Il y a une patience dans la vie sauvage — obstinée, inlassable, pendant d'interminables heures, l'araignée dans sa toile, le serpent dans ses anneaux, la panthère en embuscade ; cette patience est tout particulièrement celle de la vie quand elle chasse la nourriture qui la fait vivre.

C'était la plainte immémoriale de la vie même, avec ses terreurs et ses mystères, son éternel labeur d'enfantement et sa perpétuelle angoisse de mort; lamentation vieille comme le monde, gémissement de la terre à son berceau; et, en s'associant à cette plainte, en mêlant fraternellement sa voix aux sanglots de ces demis-fauves, Buck franchissait d'un bond le gouffre des siècles, revenait à ses aïeux, touchait à l'origine même des choses.

L'appel de la forêt (The Call of the Wild) Jack London, 1903

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L'APPEL DE LA FORÊT Empty Re: L'APPEL DE LA FORÊT

Message par Patlotch le Ven 26 Oct - 19:23


pour un communisme sauvage ?

il n'a échappé à personne que le titre du sujet, L'appel de la forêt, évoque Jack London The Call of the Wild, dont serait plus proche la traduction en L'appel sauvage

L'APPEL DE LA FORÊT L-appel-sauvage

tombe à point un texte traduit par la revue Période, traduit d'un Discours pour le Deutscher Memorial Prize, prononcé à Londres le 10 novembre 2017. Andreas Malm est l'auteur de L'anthropocène contre l'histoire. Le réchauffement climatique à l'ère du capital, La Fabrique, 2017


le texte est très long. Courts extraits, je souligne en gras
La nature sauvage, objet d’aventure et de conquête, représente un fantasme classique de l’imaginaire réactionnaire. De la conquête de l’ouest aux « ténèbres » de Marlow, faire ses preuves dans un environnement hostile, forêt tropicale, désert, montagnes escarpées, est un véritable tropisme colonial et viriliste. Andreas Malm fait ici le constat qu’avec la catastrophe écologique, cet imaginaire est bien de retour, sous les avatars conservateurs du « survivalisme ». Mais Malm propose de tracer une autre tradition, émancipatrice, ayant mis à l’honneur cette « nature sauvage ». En effet, pour les esclaves marrons, de Jamaïque ou de Saint Domingue, c’est la « naturalité » des forêts que les planteurs n’avaient pas su apprivoiser qui fut le meilleur moyen de défense de leurs communautés. Malm propose une exploration fascinante de cet environnementalisme des pauvres, des communes marrones ayant traversé les siècles en Jamaïque aux territoires libérés de la forêt biélorusse par les partisans juifs.

La naturalité a mauvaise réputation dans le mouvement écologiste. C’est peut-être difficile à imaginer, mais quand ce mouvement a fait son entrée dans le champ de la politique moderne aux États-Unis dans les années 1960 et s’est étendu aux autres pays capitalistes avancés, sa principale préoccupation était la protection des zones sauvages. Il s’agissait alors de cultiver un respect de la nature intacte. Du point de vue de la situation actuelle, cela a tout l’air d’un âge d’innocence et de sérieux préjugés. L’aura de naïveté qui nimbe maintenant ces années de rêves écolos est fonction de l’ampleur catastrophique des menaces plus récentes — le changement climatique est une question de vie ou de mort massive et non de beauté pittoresque —, mais aussi de luttes internes au sein du mouvement écologiste. Dans les années 1980 et 1990, on a opposé à l’idéologie américaine de la naturalité un flot d’arguments, dont l’effet a été dévastateur.

Le sujet prototypique de la naturalité est un individu mâle, blanc et bourgeois. En faisant de la nature sauvage son domaine, il rejoue symboliquement sa conquête du monde. Il laisse derrière lui une civilisation efféminée, fait la démonstration de ses capacités de survie et pénètre la nature vierge : c’est ainsi qu’il devient un vrai homme. Sa masculinité est liée à une identité raciale indiscutable — à l’évidence, si les parcs nationaux qu’il sillonne peuvent être considérés comme sauvages, c’est parce que les populations indigènes en ont été expulsées. Cet individu est le colon blanc qui s’empare, à nouveau, du territoire.

[...]

- Célébrer la Montagne Noire (Dark Mountain)

- Vers une histoire populaire de la nature sauvage


Le fait que les idées dominantes sur la nature sauvage sont celles de la classe dominante n’est pas plus une raison de se débarrasser de cette catégorie que de la démocratie, de la liberté ou de la justice. Nous pouvons sans doute développer une théorie marxiste de la nature sauvage : si le marxisme est tout-puissant parce qu’il est dans le vrai, alors il devrait également inclure cette partie du monde. Peut-il également y avoir une théorie cosmopolite de la nature sauvage ? Peut-il y avoir un culte de la nature sauvage chez les pauvres ? Pourrait-il y avoir un point de convergence de la nature sauvage et de la justice ? Est-il possible de dégager une politique et une esthétique de la vie sauvage des derniers siècles voire même des derniers millénaires de lutte entre les classes ? Je crois que nous pouvons répondre à toutes ces questions par l’affirmative. Ce que je vais faire ici, c’est partager quelques éléments d’un projet de recherche visant à exhumer une tradition enfouie de pratiques et d’idées de la nature sauvage subalterne, à partir d’exemples issus des toutes premières formations étatiques jusqu’à la phase actuelle du capitalisme tardif (late-late capitalism).

- En opposition permanente avec le bas

Nous ferions bien de nous rappeler que la classe capitaliste s’est développée dans la haine de l’état sauvage. Cette haine a été exprimée avec éloquence par John Locke, éminent théoricien du capitalisme agraire : de son point de vue, la condition d’origine du monde était celle d’un « état commun de la nature ». La mission des êtres humains — plus précisément des êtres humains propriétaires et industrieux — était d’abolir cette condition : les communs sauvages devaient être clôturés, rendus productifs, améliorés — c’est-à-dire transformés en source de profit. « Une terre qui est abandonnée, où l’on ne sème et ne plante rien, qu’on a remise, pour parler de la sorte, entre les mains de la nature, est appelée, et avec raison, un désert, et ce qu’on en peut retirer, monte à bien peu de choses. » [Locke John, Essai et Lettre sur la tolérance]. Les terres sauvages ne sont qu’un gaspillage inutile — plus encore, elles sont une abomination aux yeux des capitalistes, car elles contiennent des ressources qui n’ont pas encore été soumises au règne de la valeur d’échange.

- Les forêts libres de la Dominique

Pour lancer l’accumulation du capital, cependant, un obstacle devait d’abord être levé : les bois. Dans un tract de 1791, le planteur Thomas Atwood s’émerveille devant la beauté des arbres, qui « excèdent de loin en hauteur les plus grands arbres de l’Angleterre. Sur cette île, leurs cimes semblent toucher les nuages, qui ont l’air d’effleurer furtivement leurs branches supérieures » et poursuit en expliquant pourquoi ces arbres doivent être coupés. Il est impossible d’éviter « la nécessité, si l’on veut faire de la Dominique un bon pays à sucre, de dégager les vastes forêts d’arbres de ses régions intérieures. Quand cela sera accompli, et pas avant, cette île se distinguera par le nombre de ses plantations à sucre et par la quantité du sucre qu’elle est absolument capable de faire pousser.»

- La science de la résistance de la Jamaïque
- Le marronnage comme trahison et comme phare
- Un état incontestablement marron
- Ils étaient allés dans ce qu’ils appelaient la nature sauvage
- Combattre le fascisme depuis les forêts
- Cinq implications


Un. Au minimum, quand il n’y a pas de révolution dans l’air, ni d’esclavage, ni d’Holocauste, rien d’autre que la barbarie capitaliste ordinaire, les espaces qui possèdent un caractère hautement sauvage nous permettent encore d’entrevoir la possibilité d’une vie au-delà du capital.
[...]
Deux. L’impulsion primordiale du capitalisme envers la nature sauvage est l’agression.
[...]
Trois. Dans son classique The Death of Nature : Women, Ecology and the Scientific Revolution (La Mort de la Nature : les femmes, l’écologie et la révolution scientifique), Carolyn Merchant expose les conséquences idéologiques de la transition vers le capitalisme en Angleterre : l’essor du point de vue bourgeois, mené par des penseurs comme Bacon et Locke, selon lequel la nature, en tant qu’elle est productrice de désordre, doit être subordonnée à la machine. Jamais auparavant la qualité du « sauvage » n’avait été constamment calomniée. De plus — c’est l’aspect le mieux connu du raisonnement de Merchant —, ce sauvage est associé au féminin : « Comme la nature sauvage et chaotique, les femmes devaient être soumises et maintenues à leur place. »
[...]
Quatre. Le 18 septembre 2017, l’ouragan Maria a soudainement accéléré en système de catégorie — l’une des intensifications les plus explosives jamais enregistrées pour un ouragan — et a heurté de plein fouet la Dominique. En l’espace d’une nuit, l’île verte est devenue brune. Les vents extrêmement féroces ont tout simplement emporté la surface boisée. Comme l’a dit, sidéré, un journaliste de CNN, l’un des premiers à arriver sur les lieux : « il n’y a pas une feuille sur cette île — les forêts tropicales, on ne peut pas voir où elles sont, elles ne sont simplement pas là. »
[...]
Il y a un paradoxe. La nature sauvage pouvait offrir un refuge dans un monde complètement imprégné par le capital, mais dans un monde en réchauffement, les espaces les plus isolés des principaux circuits de l’accumulation sont ceux dans lesquels les conséquences du capital fossile sont les plus flagrantes. Le centre commercial est climatisé à température optimale à longueur d’année. La vie dans les centres urbains des pays capitalistes avancés peut continuer comme si elle était isolée. La tempête peut entrer dans Manhattan, mais elle se retire et laisse l’horizon intact. Si l’on veut suivre la progression de cette tempête, il n’y a pas de meilleur endroit où s’installer que dans la nature sauvage, dont même les caractéristiques les plus fondamentales sont en train de glisser vers le néant.
[...]
En un mot, le réchauffement global a tout l’air de la victoire finale de la classe capitaliste : le point où il n’y a plus de terre « abandonnée » à la nature, pour que des gens comme Locke puissent la détester, où le capital a pris le contrôle de l’air même et a soumis à son règne étouffant jusqu’aux montagnes les plus sauvages. Finalement, les forêts des régions intérieures de la Dominique ont été rasées, plus de deux siècles après que le planteur Atwood en ait rêvé. Mais la subsomption n’est peut-être pas la catégorie appropriée ici. La terre de la Dominique n’a pas réellement été subsumée par le capital — elle n’a pas été intégrée au processus d’accumulation, comme la plantation l’a été ; elle n’a pas vu ses ressources détournées et réorganisées pour le profit ; elle n’a pas été domestiquée : elle a tout simplement été détruite.
[...]
Cinq. Une clôture est en construction à la frontière de la Slovénie et de la Croatie. Sur les berges de la rivière Kolpa, trois larges spirales de barbelées taillent directement dans la végétation luxuriante. Ces barbelés sont destinés à empêcher les migrants de passer, mais ils ont aussi un autre effet : construite dans l’une des zones les plus sauvages de l’Europe, à la biodiversité précieuse, la clôture barre le chemin de l’ours, du lynx, des loups et des cerfs qui y rôdaient librement auparavant. Ce n’est que la dernière manifestation d’une loi universelle : les frontières fortifiées empoisonnent la faune et la flore — et encore davantage quand les températures montent, quand la seule possibilité d’adaptation pour les animaux est la relocalisation vers le nord. Si les états du nord continuent de multiplier et de renforcer leurs murs, la faune fuyant la chaleur va se heurter aux mêmes murs que les Dominicains et les autres êtres humains dont les terres natales sont devenues invivables, qui ne portent aucune responsabilité dans la catastrophe, qui, d’un point de vue éthique, ont le droit de partir vers des terres plus sûres – et même si l’on se fout complètement de ces gens, et même si l’on se préoccupe uniquement de la nature sauvage, comme Kingsnorth et Foreman prétendent le faire, on devrait crier pour qu’il n’y ait pas de frontières. Et il convient sans doute de préciser, dans ce contexte, que ni les Marrons ni les partisans juifs n’avaient de liens indigènes, Heideggeriens, « sang et sol » aux paysages qu’ils sont venus habiter. Ils étaient les dépossédés et les traqués. S’ils peuvent servir d’inspiration à une politique de la nature sauvage, celle-ci doit assurément être cosmopolite.

[voir en relation sur cet aspect le sujet LES FRONTIÈRES ET LES MURS]

Si nous pouvions avoir une tribu de marxistes sauvages, notre première demande devrait assurément être que s’écroulent tous les murs, clôtures et autres contrôles frontaliers. Pour citer les paroles que Vic Reid attribue à Nanny : « peu importe d’où nous venons ; ce qui importe, c’est que nous soyons ici ».


il est clair que soucieux de régénérer la nature (en 1994, Jacques Camatte crée une association portant ce nom), nous sommes confrontés aux points de vue réactionnaires et essentialistes sur la nature, ce que nos camarades marxistes purs et durs ne manquent pas de faire remarquer ici ou là. Ce texte posant des repères historiques et des lignes de front aide à penser un communisme sauvage. Yeah !

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Message par Patlotch le Sam 10 Nov - 3:39


Ces arbres qui cachent des forêts de « greenwashing »
Benjamin Neimark The Conversation France 28 octobre 2018
Traduit de l’anglais par Nolwenn Jaumouillé.

Benjamin Neimark est Senior Lecturer au Lancaster Environment Centre de l’université de Lancaster.

Planter des arbres est devenu au cours des dernières décennies un mode de compensation écologique plébiscité par les entreprises.

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Nous n’imaginons pas tout ce que les arbres font pour nous. Leurs racines préviennent l’érosion des sols, leur canopée nous offre de l’ombre ; leurs feuilles se décomposent en nutriments bénéfiques aux plantes qui alimentent le bétail.

Les arbres offrent aussi un habitat pour nombre d’animaux et quantité de produits essentiels à nos modes de vie et nos économies, comme le caoutchouc, le café ou encore les bois durs.

Dans le monde entier, ils contribuent aussi à marquer les frontières et jouent un rôle spirituel, culturel et social primordial au sein de nombreuses communautés de petits exploitants.

Planter des arbres, une pratique en vogue

Dans les années 1980, des organisations caritatives ont commencé à proposer de planter des arbres dans le désert du Sahara, dans l’espoir d’y stopper la « désertification ». Cette démarche impliquait à la fois du « reboisement » (c’est-à-dire planter des arbres à des endroits où ils ne poussaient plus depuis longtemps), et de la « reforestation » (qui consiste à remplacer une couvert forestier disparu).

Depuis, cette idée s’est répandue, et de nombreuses entreprises privées, de la plateforme pour adultes Pornhub (oui, vous avez bien lu) à la marque de prêt-à-porter Ten Tree, utilisent la plantation d’arbres à des fins de marketing.

Sauver la face ou sauver des forêts ?

Pour les entreprises, planter des arbres ou soutenir d’autres formes de restauration des habitats constitue une manière de compenser leur impact environnemental, et ainsi de payer les dommages qu’ils causent par leurs activités. Face à l’aggravation du changement climatique, planter des arbres apparaît ainsi comme un moyen privilégié pour capter le dioxyde de carbone que nous continuons à rejeter dans l’atmosphère.

Les Nations unies elles-mêmes ont mis en place des systèmes offrant aux communautés locales et aux gouvernements une forme d’aide financière pour les encourager à préserver les arbres de la déforestation. Certaines grandes firmes ont ainsi intégré cette économie de réparation aux engagements de leur politique de responsabilité sociale.

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La plantation d’arbres au Sahara repose davantage sur les efforts des communautés locales que sur ceux des entreprises.  Niels Polderman/Shutterstock

L’indispensable implication des communautés locales

Parmi les programmes existants, une ONG kényane de conservation baptisée Green Belt Movement a été lancée par la défunte Wangari Maathai, prix Nobel de la paix 2004.

À l’origine, la mission de Wangari Maathai avait pour but de permettre aux habitants locaux, en particulier les femmes, de gagner en autonomie et de surmonter les inégalités en restaurant la forêt et en résistant à l’expansion du Sahara.

Malgré l’implication des sociétés et des organisations caritatives, les études ont montré que les contributions les plus essentielles à ce type de programmes étaient celles des agriculteurs et des habitants locaux, et non celles des entreprises.

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image ajoutée par Reporterre

Dans la mesure où les communautés sont les premières responsables des arbres plantés sur leurs terres, il est essentiel que les projets conçus par des organismes extérieurs soient pensés et mis en œuvre de manière judicieuse et dans l’intérêt des habitants.

Ne pas confondre plantations et forêts

Si certains considèrent que ce système est gagnant-gagnant pour l’environnement, indépendamment de qui le met en œuvre, la compensation ne consiste en réalité en rien d’autre qu’une nouvelle forme de greenwashing utilisée par les entreprises.

Or les dommages environnementaux causés à un endroit ne seront jamais annulés par des réparations, parfois menées à l’autre bout du monde.

Plus grave, la plantation d’arbres, lorsqu’elle est effectuée sans discernement, peut causer davantage de mal que de bien.

Certaines forêts, à la biodiversité très riche, sont rasées à des fins agricoles ou industrielles, puis remplacées par des plantations d’une seule et même espèce, souvent choisie pour ses rendements rapides. [Patlotch : c'est une situation illustrée par un chapitre du roman de Richard Powers, L'arbre-monde]

Or une forêt tropicale peut prendre jusqu’à 65 ans pour repousser. Et des parcelles de forêt plantées en monoculture dans le cadre d’une reforestation ne pourront jamais présenter une biodiversité aussi riche.

Peu pertinent écologiquement

Au cours d’un processus de reforestation ou de reboisement, des décisions doivent être prises quant aux essences que l’on s’apprête à replanter : natives ou exotiques, polyvalentes ou à croissance rapide, forêts qui se régénèrent naturellement ou non. Or de tels choix, essentiels, font parfois l’objet de mauvaises évaluations, notamment dans la sélection des espèces.

L’eucalyptus constitue ici un exemple édifiant. Souvent choisi pour sa croissance éclair et sa rentabilité économique, cet arbre est généralement planté sur des terres où il est totalement exotique et qui ne sont pas aptes à l’accueillir. Requérant des quantités d’eau considérables, il assèche alors les nappes phréatiques et entre en compétition avec les espèces locales.

En Europe, le remplacement des chênes natifs à larges feuilles par des conifères à croissance rapide a entraîné une augmentation de 10 % du couvert forestier sur le continent par rapport à l’ère pré-industrielle. Ces nouveaux arbres absorbent toutefois nettement moins bien le carbone que les espèces originelles. En revanche, ils capturent plus efficacement la chaleur, intensifiant ainsi les effets du réchauffement climatique. Replanter des arbres à l’aveugle peut donc, de toute évidence, être la source de nouveaux problèmes.

Au fil de leur longue croissance, les arbres nécessitent une attention continue. Or les systèmes de reforestation et de reboisement consistent bien souvent à planter et à s’en aller – sans que des ressources ne soient investies pour l’entretien de ces jeunes arbres. Particulièrement vulnérables aux maladies et à la concurrence pour la lumière et les nutriments, ils sont alors susceptibles de mourir rapidement.

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Des arbres nouvellement plantés peuvent nécessiter entre 3 à 5 années d’arrosages fréquents pour survivre.  A3pfamily/Shutterstock

Les arbres, objets politiques

Lorsque des États ou des acteurs privés choisissent des lieux où replanter des arbres, ils le font souvent sans consulter les communautés locales – en ignorant donc le droit foncier traditionnel et la manière dont sont gérées les terres. Or ces sites sont parfois en jachère, ou utilisés par les communautés à diverses fins économiques, culturelles ou spirituelles.

Commettre l’erreur de planter sur de tels sites risque d’exacerber les tensions au sujet des terres et d’encourager un désintérêt pour ces arbres et leur entretien. Dépossédés, les habitants se dirigeront alors vers d’autres espaces forestiers, qu’ils raseront pour cultiver.

Dans certaines communautés, les droits d’occupation ne sont par ailleurs pas détenus par un ménage mais répartis entre hommes et femmes. Ce type de détail est également à prendre en compte avant de planter, pour éviter de créer des tensions au sujet de la propriété des terres au sein des communautés.

S’il est peu étonnant que les arbres intéressent l’économie verte, cela ne signifie pas forcément que les planter soit écologique ou utile à l’harmonie sociale. Laisser les arbres repousser naturellement n’est pas non plus toujours efficace, s’ils ne sont pas en mesure de survivre sans intervention extérieure. L’implication de la communauté est donc cruciale.

Pour que la plantation d’arbres ait vraiment du sens, il faut la penser intelligemment en amont. Ce qui signifie consulter les populations locales, choisir judicieusement les espèces, respecter les droits de propriété sur ces arbres, leurs fruits et la terre sur laquelle ils poussent.

Il s’agit aussi d’identifier des responsables pour l’entretien de ces nouvelles plantations. Pour les entreprises, il est donc question d’accompagner les communautés qui héritent de leurs plantations, et pas juste de verdir leur image.

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Message par Patlotch le Jeu 29 Nov - 12:22

la perte d'un million de terrains de football, même existants, ce serait pour moi plutôt une bonne nouvelle, mais enfin, est-ce bien la question ?

Déforestation au Brésil :
l'équivalent d'un million de terrains de foot perdus en un an

Le figaro.fr  AFP 27/11/2018

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La déforestation dans la région du Pantana, au Brésil. CARL DE SOUZA/AFP

Entre août 2017 et juillet 2018, la forêt amazonienne a perdu 7900 km² de sa surface, soit plus de cinq fois la ville de Sao Paulo, selon un organisme gouvernemental brésilien. Et la situation pourrait s'aggraver si le nouveau président, Jair Bolsonaro, concrétise ses promesses électorales.

La déforestation au Brésil, qui compte la plus vaste surface amazonienne du continent américain, s'est accrue de 13,72% entre août 2017 et juillet 2018 selon des chiffres officiels, soit l'équivalent d'un million de terrains de football, a estimé Greenpeace. La surface déboisée sur cette période est de 7900 km² - ce qui représente 5,2 fois la ville de Sao Paulo - selon l'Institut national d'études géographiques, un organisme gouvernemental.

Pour Greenpeace, «c'est plus ou moins un million de terrains de football déforestés en seulement un an», a affirmé le coordinateur des politiques publiques de l'ONG au Brésil, Marcio Astrini. Selon lui, la situation pourrait empirer si le président élu d'extrême droite Jair Bolsonaro concrétise ses promesses électorales d'amender certaines réglementations environnementales.

«Il a dit qu'il mettrait fin aux aires protégées, aux terres réservées aux Indiens, qu'il réduirait les inspections et les sanctions contre les crimes environnementaux. Tout ce qui pouvait réduire la déforestation auparavant. S'il élimine tout cela, ça peut déclencher une situation inimaginable», a affirmé Marcio Astrini. Le Brésil a enregistré une baisse progressive de la déforestation entre 2004 et 2012, grâce notamment aux moyens de contrôle gouvernementaux.

Jair Bolsonaro voulait dans un premier temps fusionner les ministères de l'Environnement et de l'Agriculture, une idée qui a suscité un tollé au Brésil. Mais a finalement renoncé, sous pression notamment du lobby de l'agro-business, craignant des sanctions commerciales de pays soucieux de la déforestation.

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Message par Patlotch le Mer 23 Jan - 23:26

c'est du 7 octobre, à l'ouverture du forum, les sujets se baladaient un peu...


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2009

INTRODUCTION : Mangez-vous les uns les autres p. 19-21
LA LOI DE LA JUNGLE, DE LA NATURE À LA SOCIÉTÉ

En ce temps-là, dans les salons de l'Angleterre victorienne, on évoquait la haute figure de Charles Darwin. Il avait disait-on, percé les ultimes secrets de la nature. Celle-ci était cruelle et favorisait toujours le plus fort. Y régnait la fameuse « loi de la jungle », cette jungle du sous-continent indien que les Anglais venaient d'annexer définitivement à la Couronne, en 1858, soit un an avant la publication du fameux ouvrage du savant sur le rôle, décisif à ses yeux, de la sélection naturelle dans les mécanismes de l'évolution (The Origin of Species, Londres, Jogn Murray, 1859).

En fait, l'oracle darwinien parvenait aux oreilles de ses contemporains par le truchement d'un fidèle compagnon du grand naturaliste, Thomas Henry Huxley. Huxley força le trait : alors que Darwin parlait de l'avantage dont bénéficiaient les êtres les mieux adaptés à leur milieu, et donc, pour cette raison, incontestablement les plus forts, Huxley insistait sur cette seconde proposition : les griffes et les crocs des carnivores étaient désormais considérés comme les sanglants symboles de la dure et inflexible loi de la nature. Au reste, ne savait-on pas depuis toujours que les êtres vivants se nourrissent les uns des autres ? « Mangez-vous les uns les autres » : telle est bien, résumée en une formule lapidaire, l'impitoyable relation que les prédateurs entretiennent avec leurs proies.

Le modèle darwinien de la nature ne tarda pas à être plaqué sur la société par les philosophes de son temps. Marx, qui vivait alors à Londres, a rencontré Darwin. En juin 1962, il écrit à Engels : « Ce qui m'amuse, chez Darwin, que j'ai revu, c'est qu'il déclare appliquer la théorie de Malthus aux plantes et aux animaux. Il est remarquable de voir comment il reconnaît chez les animaux et les plantes sa propre société anglaise, avec sa division du travail, sa concurrence, ses ouvertures de nouveaux marchés et sa malthusienne lutte pour la vie. » Dans une autre lettre à Engels à propos de l'origine des espèces, il renchérit : « Bien que cela soit exposé dans le style rude des Anglais, c'est le livre qui contient les principes d'histoire naturelle adaptés à nos vues. » La théorie de la lutte des classes trouvait désormais sa justification dans les luttes opposant plantes et animaux entre eux.

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MORT D’UN BOTANISTE PÉDAGOGUE, JEAN-MARIE PELT
Marie-Noëlle Bertrand L'Humanité 24 Décembre 2015

Figure estimée de l’écologie, Jean-Marie Pelt est décédé hier. Il défendait une vision pacifiée des relations entre homme et nature.

Beaucoup avaient l’habitude de le suivre, chaque samedi, dans son jardin de Moselle. À l’heure où le café de fin de repas embaume les après-midi engourdis par l’aubaine d’une sieste, lui embarquait l’auditeur de France Inter, assidu ou de passage, sur les traces qu’on imaginait laissées par ses bottes dans une terre lourde et noire. Jean-Marie Pelt savait, d’un froissement de feuille, en faire remonter le fumet automnal à l’oreille, aussi bien que la fraîcheur printanière.

À l’âge de 82 ans, le botaniste pédagogue et figure estimée de l’écologie est décédé hier. Connu du grand public entre autres pour ses chroniques dans l’émission CO2 mon amour, animée par Denis Cheissoux sur la radio publique, il laisse, derrière lui, un chapelet de batailles et une traînée d’histoires, commençant toutes par P.

« Raisonnablement darwinien mais farouchement anticréationniste »


P, comme plantes. À moins que ce ne soit F, comme fleurs. Quoi qu’il en soit, dès 1980, Jean-Marie Pelt expliquait à Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie : « Sans elles, je ne peux pas exister, et pourtant je suis un urbain. » Il était, à l’époque, adjoint au maire de Metz depuis 1971. Lui qui avait poussé, dès 1933, à Rodemack, petit village de Moselle, restera ainsi citadin douze ans durant. « Je crois que cela n’a pas été bon pour moi », confiait-il, toujours à Jacques Chancel. « Mais cela a été bon pour Metz. Cela a fleuri la ville… »

Proche de l’écrivain et parlementaire de droite Maurice Schumann, catholique fervent, « raisonnablement darwinien mais farouchement anticréationniste », disait-il, Jean-Marie Pelt était surtout porteur d’une vision cherchant à réconcilier l’homme et la nature. La graine n’avait pas germé loin de l’arbre. Un arrière-grand-père qui, à la fin du XIXe, cultivait les orchidées en serres, un grand-père jardinier, dont il collera les basques, écumant avec lui les plates-bandes enherbées, Jean-Marie Pelt a commencé la botanique à l’ancienne : en observant.

Puis il fera des études. La pharmacie, d’abord, qu’il exercera brièvement, avant de revenir sur les bancs de la fac, en tant que botaniste, cette fois. Il l’enseignera à l’université de Nancy, puis à celle de Metz. En 1963 il fonde, dans la ville, l’Institut européen d’écologie, installé dans le cloître des Récollets et dont il restera président jusqu’à sa mort.

Le public le découvre à la télé dans les années 1980, grâce à l’émission l’Aventure des plantes, à travers laquelle il raconte cette vaste « suite de civilisations végétales, qui n’ont pas dit leur dernier mot ». Ses interventions dans les médias et une soixantaine de livres feront le reste. Tout autant que ses batailles, qui installeront sa popularité, singulièrement dans le milieu écolo. En 1997, lorsque la France autorise la mise en culture de maïs transgénique, Jean-Marie Pelt est l’un des tout premiers à plaider pour le principe de précaution.

« Les OGM posent 
un problème éthique »


Peu après, il participe à l’équipe fondatrice du CRII-GEN, Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique, dont il restera longtemps secrétaire général. « Les OGM posent un problème éthique », expliquait-il, en 2013, dans un entretien accordé au Point. « Une poignée de multinationales concentrent tous les pouvoirs (…). L’ivresse produite par le progrès technologique empêche parfois de raisonner… » L’écologie, c’est une « valeur visant à réussir la convivialité entre tous les humains porteurs de paix mais aussi entre tous les vivants », expliquait-il, il y a quelques mois, dans un entretien accordé à Alter Eco. « La nature, ce n’est pas seulement la loi de la jungle. C’est aussi un espace de coopération qui nous offre un exemple à méditer. »

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Message par Patlotch le Sam 9 Fév - 12:40


non non, chère lectorate, les Gilets jaunes ne nous ont pas fait oublier les arbres

L’exploitation de la forêt tropicale n’est écologique qu’à petite échelle,
démontrent des scientifiques

Fabien Houy Reporterre 9 février 2019

Des scientifiques français travaillant en Guyane ont démontré que l’exploitation forestière tropicale sélective n’est pas « durable » dans la majorité des cas. La sélection des arbres les plus anciens sur des cycles de 30 ans ne permet pas leur repousse ni leur régénération. Ils invitent à des méthodes douces.

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Les forêts tropicales sont le principal réservoir de la biodiversité mondiale. La complexité de leurs écosystèmes n’a d’égale que la richesse des espèces qu’elles abritent. Par ailleurs, elles rendent aussi de nombreux services à l’humanité. Il y a notamment le stockage du CO2 atmosphérique. Ce gaz à effet de serre est en effet utilisé par les arbres et, plus généralement, par les plantes, pour fabriquer leur matière organique, ce qui fait des forêts tropicales de véritables réservoirs de CO2. Elles contribuent donc à réguler le climat de la planète. Or, les forêts tropicales sont aujourd’hui menacées par les activités humaines. L’exploitation intensive des forêts pour leur bois, et le défrichement pour étendre les terres agricoles sont les principaux de ces risques.

La méthode d’exploitation forestière [1] la plus couramment utilisée sous les tropiques est la coupe sélective, où seuls des arbres préalablement sélectionnés sont coupés. Cette zone exploitée est alors laissée en l’état pendant une période variable allant jusqu’à plusieurs décennies. Cependant, même les méthodes les moins intensives ne sont pas durables, si l’on en croit l’étude menée par une équipe de chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), sur la station forestière de Paracou, en Guyane française.

« Il n’y a pas de critères standards pour évaluer la santé d’une forêt tropicale »
Le site de Paracou a été aménagé pour évaluer les capacités de régénération de la forêt tropicale suivant l’intensité de son exploitation. L’étude a été réalisée sur 75 hectares de forêt, subdivisés en 12 parcelles. Tous les arbres de plus de 10 cm de diamètre des parcelles ont été identifiés et leur croissance a été suivie dans le temps. Cela représente près de 600 espèces et environ 50.000 arbres sur seulement 75 hectares !

Trois parcelles dites témoins n’ont pas connu d’exploitation du tout. Les autres groupes de parcelles ont subi des intensités croissantes d’exploitation. La plus faible des intensités, qui a été appliquée à trois parcelles, consistait à ne pas couper plus de dix arbres de certaines essences par hectare et à ne plus exploiter cette zone de la forêt pendant une période de rotation de 30 ans. dix arbres par hectare, cela semble ridiculement faible au regard du nombre d’arbres des 12 parcelles… et pourtant.

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La forêt de la Mata Atlantica, au Brésil.

L’une des difficultés vient de la définition de la « durabilité ». « Il n’y a pas de critères standards pour évaluer la santé d’une forêt tropicale », indique à Reporterre Benjamin Yguel, principal auteur de l’étude. « Ces critères vont dépendre des intérêts des utilisateurs de la forêt. Pour ceux qui comptent l’exploiter, la durabilité sera évaluée sur le stock de bois disponible. Les études écologiques, elles, se sont plutôt intéressées à la richesse spécifique, c’est-à-dire au nombre d’espèces présentes dans la forêt. C’est un critère de durabilité que nous critiquons, car le nombre d’espèces ne donne que peu d’informations sur le fonctionnement de l’écosystème forestier. »

Une moins bonne couverture forestière pourrait engendrer à elle seule une augmentation locale de la température de 0,5 °C
Les scientifiques du MNHN et du CNRS se sont donc intéressés à d’autres critères relatifs « au fonctionnement de la forêt avant et après exploitation, en particulier et à la dispersion des graines par les animaux ».

Les arbres abattus sont des arbres à valeur commerciale, généralement des arbres âgés et de gros diamètre, possédant une cime large et ombrageuse. Or, la coupe de quelques dizaines de ces arbres suffit à augmenter la quantité de lumière parvenant au sol, du fait de l’ouverture de la canopée. L’ouverture de l’écosystème favorise l’apparition d’espèces végétales adaptées à ce nouvel apport de lumière. Ces espèces sont dites « pionnières ». Elles se caractérisent par une croissance rapide, vivent moins longtemps et ont une plus grande production de descendants avec des graines de plus petite taille qui peuvent être emportées par de petits animaux ou par le vent et l’eau. Ces espèces sont très différentes des espèces d’arbres plus âgés qui ont été abattus. Les vieux arbres des forêts anciennes sont plutôt à croissance lente, ont des besoins en eau ou en lumière qui leur sont spécifiques et possèdent un bois plus dense, stockant beaucoup de carbone. Par ailleurs, ils ont généralement des graines plus grosses que celles des espèces pionnières et qui ne sont dispersées que par des animaux de grande taille capables de s’en nourrir. Avec une croissance plus rapide, les espèces pionnières ont en revanche un bois moins dense stockant moins de carbone ainsi qu’une durée de vie plus courte et donc stockent le carbone sur une moins longue durée.

« La disparition des arbres à grosses graines entraine probablement une diminution des ressources pour les animaux qui s’en nourrissaient », dit Benjamin Yguel. Les animaux qui se nourrissaient de ces graines évitent les zones exploitées à cause de la diminution de nourriture et donc n’emportent plus avec eux les graines des grands arbres. « Il y a moins de dispersion des espèces à grosses graines, donc plus de mortalité chez ces espèces et une moins bonne dispersion, ce qui engendre encore moins de ressources pour les animaux encore présents. C’est un cercle vicieux. »

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En Indonésie.

Autre volet de l’analyse, en Guyane, une moins bonne couverture forestière pourrait engendrer à elle seule une augmentation locale de la température de 0,5 °C. « On considère que les espèces tropicales de Guyane ne pourraient pas survivre à une augmentation de 1 ou 2 °C en plus, selon Pierre-Michel Forget, qui a participé à l’étude pour le Muséum national d’histoire naturelle. Et au niveau mondial, la baisse du nombre d’arbres à croissance lente signifie que le carbone présent dans l’atmosphère, et provenant donc potentiellement du monde entier est stocké en moins grande quantité », ajoute Benjamin Yguel.

« Ce qui est le plus durable reste une exploitation à petite échelle, avec conservation de la forêt naturelle à proximité »
Les méthodes d’exploitation communément utilisées dans les forêts tropicales, en particulier celles ayant des cycles de rotation de 30 ans et un abattage supérieur à dix arbres par hectare ne sont donc probablement pas durables, essentiellement du fait de la diminution des espèces à croissance lente qui n’ont pas le temps de repousser durant la période de rotation ou dont la régénération est plus difficile du fait d’un manque de dispersion par les animaux. « Il faut diminuer le nombre d’espèces exploitées et le nombre d’arbres abattus à l’hectare. Les scientifiques s’accordent par ailleurs pour préconiser une période de 50 ans minimum entre chaque abattage, voire 100 ans ou plus. »

Cet avertissement des scientifiques intervient dans un contexte où Emmanuel Macron semble vouloir s’appuyer sur la forêt pour résoudre les problèmes économiques et sociaux de la Guyane. En déplacement dans cette collectivité ultra-marine quelques mois après le mouvement social de début 2017, il a laissé entendre, le 27 octobre 2017 au carbet Loubère, sa volonté de développer une filière bois/énergie en Guyane : « Nous ne manquons pas de bois. Et donc, il y a la possibilité de développer une vraie filière biomasse pertinente pour l’économie guyanaise et les Guyanais. »

Une volonté à rebours des derniers résultats en matière de gestion du patrimoine forestier de ce département et de l’ensemble des forêts tropicales. Selon Pierre-Michel Forget : « Ce qui est le plus durable reste une exploitation à petite échelle, avec conservation de la forêt naturelle à proximité permettant à la forêt de se régénérer et d’évoluer vers la forêt originelle en quelques décennies avec une recolonisation des espèces de la forêt dite primaire vers les forêts exploitées par l’homme. Ce système est rentable et durable uniquement pour une économie locale, […] en aucun cas dans une économie globalisée et mondialisée. »

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Message par Patlotch le Mer 20 Mar - 13:56


« À chaque fois qu’un végétal est déraciné,
le petit chien blanc se met à pleurer. »


L’opération séduction des industriels de la forêt
Gaspard d’Allens Reporterre 19 mars 2019

La forêt et le bois, nouvelle cause sacrée des écolos ? C’est le sentiment de la filière forestière, qui a décidé d’occuper le terrain médiatique et de forger les esprits par une grande opération de communication. Quitte à s’enfermer dans le déni en refusant d’interroger ses pratiques et en caricaturant ses opposants.

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Des sourires éclatants, des formules qui sonnent bien, des spots publicitaires… Quoi de mieux qu’une campagne de communication pour redorer son blason et calmer les esprits ? Face à la fronde qui grandit contre l’industrialisation des forêts, la filière bois s’est récemment lancée dans une nouvelle bataille, celle de l’image.

Il y a urgence car la pression monte. Le mode de gestion productiviste des forêts françaises avec ses coupes rases et ses monocultures résineuses est vivement décrié : accusé de reproduire le schéma destructeur de l’agriculture intensive en polluant les sols et en dégradant les écosystèmes.

Les mobilisations à son encontre se renforcent. En automne dernier, 2.000 personnes ont traversé la France à pied pour dénoncer l’extractivisme forestier. À l’issue de cette marche, un manifeste a été publié : « La forêt n’est pas un objet de spéculation financière de court terme », écrivaient une dizaine d’associations, dont Greenpeace, la Ligue de protection des oiseaux, France Nature Environnement ou encore les Amis de la Terre.

« Nous ne pouvons pas assouvir les fantasmes de tous les citadins »
De quoi inquiéter les industriels. Récemment, ils ont multiplié les rapports et les notes d’analyse. Ils ont même décidé d’acheter les services de consultants et de professionnels de la com’ pour reprendre, selon les mots du cabinet de conseil Comfluence, « le leadership sur l’image de la forêt » et « transformer ce contexte médiatique, sociétal et économique négatif ».

Note de Comfluence sur la « filière forêt et bois ».
Dans un éditorial, Henri de Cerval, le président de la plus grosse coopérative forestière de France — Alliance forêt bois — le déclare sans ambages : « Nous avons trop vécu cachés. À nous de faire notre communication. (…) et défendre le rôle économique de la forêt. » Sa coopérative représente plus de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires et 15 % du bois commercialisé au sein de la forêt privée. « Nous ne pouvons pas assouvir les fantasmes de tous les citadins, dit-il. Non, nous ne supportons plus d’être la caution de tous ceux qui polluent notre planète et qui, pour se donner bonne conscience nous interdisent de travailler. »


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Éditorial d’Alliance infos de septembre 2018
D’ailleurs, Henri de Cerval se retrouve lui-même au cœur d’une polémique médiatique. Il a arrosé de glyphosate ses plantations résineuses dans les Landes. Un produit qui a contaminé le miel de son voisin apiculteur. Interrogé en septembre 2018 par France Bleu, l’industriel donnait une réponse assez piteuse : « On ne peut pas parler du glyphosate en forêt, alors je n’en parlerai pas. Parce qu’il y a des médias et des groupuscules de militants qui condamnent à mort ce produit. »

« Un combat pour le “bien-être végétal” »
Plutôt que de remettre en cause leurs pratiques, les industriels pointent une menace fantasmatique. Ils s’inventent des ennemis, le couteau entre les dents. Dans une note publiée le 18 février 2019 à l’attention de la filière, les consultants de l’agence Comfluence estiment que « toutes les conditions seront réunies dans les prochaines années pour que la filière forêt bois subisse des attaques similaires (toutes proportions gardées) à celle que la filière viande doit affronter de la part de mouvement tel que L214 et 269 Life ».

Déjà, un an auparavant, en novembre 2017, deux hauts fonctionnaires du ministère de l’Agriculture, Éric Bardon et Charles Dereix, s’inquiétaient dans un rapport « du nouveau contexte fondé sur la découverte d’une “sensibilité” des végétaux, en particulier des arbres. (...) Après les débats sur le bien-être animal, on en vient à se demander si l’opinion publique ne serait pas en train de se mobiliser en faveur de quelque chose qui ressemblerait à un combat pour le “bien-être végétal” », s’alarmaient-ils.

« Plan de communication pour le secteur de la forêt et du bois », rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAER) de novembre 2017.
Les deux fonctionnaires ont déjà désigné les coupables : le célèbre jardinier Gilles Clément, l’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi, Jacques Tassin, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) ou Bruno Moulia, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), sans oublier le forestier Peter Wohlleben, dont le livre La Vie secrète des arbres s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires.

La boite de conseil Comfluence alerte, de son côté, la filière : « Ces positions minoritaires pourraient à terme façonner un environnement législatif et réglementaire plus contraignant. » Le 28 novembre 2018, le député de la France insoumise, Ugo Bernalicis n’a-t-il pas exigé l’interdiction des coupes rases ? Sa collègue La République en marche (LREM) Anne-Laure Gattelot n’a-t-elle pas demandé au gouvernement de stopper « les coupes excessives dans la forêt de Mormal » ?

« Prévenir les risques de protestation du public contre l’exploitation des forêts »
« Il apparaît de plus en plus nécessaire de trouver de nouvelles façons de parler de la forêt », analysent Éric Bardon et Charles Dereix. Ces deux fonctionnaires censés représenter le bien public qui se sont métamorphosés en chantres de la sylviculture industrielle. Pour eux, la filière doit « déjouer l’offensive médiatique (…) améliorer l’acceptabilité sociale des coupes d’arbres (…) et prévenir les risques de protestation du public contre l’exploitation des forêts ». En somme, aménager les consciences.

La puissante fédération France bois forêt (FBB) — qui regroupe vingt interprofessions, du producteur de plants d’arbres aux fabricants de produits finis — a donc investi dix millions d’euros pour organiser une campagne publicitaire multimédia : « Pour moi, c’est le bois. » Elle se compose d’un film publicitaire diffusé sur internet et à la télévision, d’un spot radio émis sur les stations nationales et de posts sur les réseaux sociaux.

Cette communication se fait en parallèle du plan national 2016-2026 de mobilisation du bois qui vise à prélever 12 millions de mètres cubes supplémentaires dans les forêts françaises. Séquencée sur trois ans, de 2017 à 2019, parrainée par le ministre de l’Agriculture de l’époque, Stéphane Travert, son ampleur reste inédite. Son enveloppe aussi. Elle représente un tiers du budget de la fédération sur trois ans, les sommes collectées par la FBB auprès du secteur étant chaque année de l’ordre de huit millions d’euros. La campagne a été confiée à l’agence TBWA Corporate, qui conseille aussi McDonald’s, Total, Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR), EDF ou BNP Paribas.

Dans son film de 45 secondes, on voit un bûcheron avec une tronçonneuse affirmer face caméra, « comme ça, elle respirera mieux », ainsi qu’une petite fille qui dit : « Moi, je préfère les jouets qui sentent la forêt. »



Dans leur rapport, nos deux fonctionnaires invitent la filière à communiquer encore « plus et mieux ». Pour neutraliser la critique des ONG qu’ils qualifient « d’hostiles », ils proposent de collaborer avec d’autres associations, des usagers des bois plus malléables, avec qui il s’agirait de « coconstruire un argumentaire commun ». Un moyen efficace pour marginaliser « les détracteurs de l’exploitation des forêts, très actifs sur les réseaux sociaux et dans la presse ».

La forêt serait considérée comme un « patrimoine végétal à préserver au même titre que des monuments »
La boite de conseil Comfluence, elle, préconise de « s’inspirer de certaines des réponses apportées par la filière agricole » contre les tenants de l’agriculture biologique. Comme casser la « croyance en des modèles alternatifs » ou « préempter le discours environnemental pour profiter d’un mouvement que la filière aurait pu canaliser et reprendre à son compte ».

On retrouve chez tous les acteurs de la filière, le même engouement à caricaturer les opposants de la sylviculture industrielle. « Des personnes sensibles à la souffrance végétale », « des écolos qui veulent construire des maisons en bois sans accepter de couper des arbres », etc. L’ancien directeur de l’Office national des forêts (ONF) Christian Dubreuil parlait même d’un « syndrome Idéfix » pour décrier ses contempteurs. « À chaque fois qu’un végétal est déraciné, le petit chien blanc se met à pleurer. »


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Un des éléments de la campagne « Moi, c’est le bois ».
Selon l’agence Comfluence, nous serions entrés dans une époque où la forêt serait « personnifiée » et « sacralisée », « ancrée dans un archaïsme primordial et édénique ». La forêt serait considérée comme un « patrimoine végétal à préserver au même titre que des monuments ».

« Ils n’ont rien compris, c’en est risible, déclarent des adhérents de SOS Forêt et du Réseau pour les alternatives forestières. Nous ne voulons pas mettre les forêts sous cloche mais défendre un modèle de sylviculture respectueuse du vivant. »
Pour France Nature Environnement, « il est réducteur de considérer la contestation de l’exploitation des forêts comme le résultat d’un manque de connaissance ou d’un dogme. Si la perception des citoyens a évolué, elle l’a fait en écho de certaines pratiques sylvicoles constatées depuis plusieurs décennies : mécanisation, conséquences de la coupe rase, enrésinement, multiplication des usines à biomasse, diminution du nombre de forestiers ». Avec ses publicités, la filière préférerait-elle s’enfermer dans le déni ?

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Message par Florage le Ven 29 Mar - 4:18


une des dernière forêts vierges d'Europe

VIRGO, une plongée immersive pour alerter
sur la disparition des forêts vierges de Roumanie

Emeline Férard  08/01/2019

Deux jeunes réalisateurs, Lise Hendrix et Vlad Săcăleanu, ont réalisé un périple de 5.500 kilomètres au coeur des dernières forêts vierges de l'Europe, en Roumanie. Un voyage qui leur a permis de réaliser VIRGO, un documentaire immersif qui alerte sur la déforestation dont ces forêts sont victimes.

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La végétation s'étend à perte de vue. Les ruisseaux s'écoulent paisiblement à travers les rochers. Les bruits de la nature résonnent. Nous sommes en plein cœur de la forêt en Roumanie. Une forêt qui semble déborder de vie. Pourtant, cet écrin de verdure est victime depuis une trentaine d'années d'un phénomène préoccupant, une déforestation que rien ne semble pouvoir enrayer.


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Selon un rapport dévoilé par les autorités roumaines, le pays a perdu entre 1990 et 2011, quelque 80 millions de mètres cubes de bois coupés et vendus illégalement. Et cette déforestation se poursuit à un rythme effrayant : ce sont pas moins de trois hectares qui disparaissent chaque heure en Roumanie qui aurait ainsi perdu quelque 26% de sa couverture forestière initiale.

Pour mettre en lumière cette menace, deux jeunes réalisateurs, Lise Hendrix et Vlad Săcăleanu, se sont lancés dans un véritable périple. A l'été 2017, ils ont parcouru 5.500 kilomètres au cœur des forêts de Roumanie, de la chaîne montagneuse des Carpates jusqu'au delta du Danube. C'est de ce voyage qu'est né VIRGO, leur documentaire immersif que nous avons eu la chance de découvrir.

Les derniers "poumons de l'Europe"
Si la situation de ces forêts préoccupe tant, c'est qu'elles ont une particularité devenue rare sur notre planète : apparues il y a environ 10.000 ans, elles représentent les 2/3 des dernières forêts vierges (ou forêts primaires) de l'Europe, en excluant la Russie. N'ayant jamais été modifiées ou exploitées par l'homme, elles abritent des arbres centenaires voire millénaires ainsi qu'une biodiversité unique.

La déforestation progressant, les forêts ont toutefois grandement perdu de leur virginité. Selon Vlad Săcăleanu, co-fondateur de l'équipe Volod Hendrix, à peine 1 à 3% peuvent aujourd'hui encore être considérés comme intactes. D'origine roumaine, le jeune réalisateur a toujours connu ces étendues verdoyantes mais ce n'est que récemment qu'il a réalisé la menace qui pesait sur elles.

"Les forêts vierges de Roumanie sont les poumons de l'Europe. C'est un trésor qui a commencé à changer de façon dramatique à cause de l'homme", expliquait-il en 2017 alors que l'équipe était en plein périple. Après 55 jours sur la route, les deux jeunes réalisateurs ont pu constater la richesse et l'importance des lieux comme ils le dévoilent dans leur documentaire VIRGO.




Une connexion avec la nature bientôt perdue ?
Le film a la particularité d'être non-verbal et d'offrir une plongée immersive au cœur de la forêt mais aussi à la rencontre de ces habitants qui vivent encore étroitement en lien avec la nature. "Nous avons voulu adopter un angle positif, montrer la beauté de cette nature et se focaliser sur ce qui existe encore", commente Lise Hendrix.

Avant de partir, l'équipe a mené tout un travail de documentation sur les forêts de Roumanie. Toutefois sur le terrain, la situation s'est révélée moins négative qu'imaginée. Equipés de leur caméra, les réalisateurs ont bien immortalisé des arbres abattus par des tronçonneuses, mais ils ont aussi pu documenter la connexion entre l'humain et la nature qui reste forte en Roumanie où les traditions demeurent.

Pour combien de temps ? C'est la question que l'équipe Volod Hendrix a voulu mettre en avant. "Sommes-nous la dernière génération à bénéficier de cet environnement unique ?", interroge la jeune Française. Bien que les chiffres restent préoccupants, ce n'est pas la première fois que cette déforestation est dénoncée et des progrès ont été faits au cours des dernières années.

A l'heure actuelle, à peine 20% des forêts roumaines sont protégés de l'exploitation mais depuis 2011, le pays a renforcé les contrôles, a commencé à cartographier ses forêts et lancé des opérations de reboisement. Des ONG comme Agent Green mènent également un travail appuyé sur le terrain pour dénoncer et mettre fin à la déforestation en Roumanie.

Présenté à plusieurs festivals
Dévoilé en avant-première le 9 juin en Roumanie, le documentaire VIRGO a été très bien accueilli et a permis à ses deux réalisateurs d'alerter une nouvelle fois sur la situation des forêts vierges de Roumanie. Il a depuis été diffusé dans plusieurs festivals en Roumanie et à travers l'Europe, malgré sa nature non-verbale et donc "un peu expérimentale", reconnaissent Lise Hendrix et Vlad Săcăleanu.

Si les deux réalisateurs réfléchissent déjà à de futurs projets, ils espèrent que leur documentaire séduira d'autres festivals notamment en France pour continuer à éveiller les consciences. "Nous pouvons voir les effets [des progrès menés], la forêt est un peu plus protégée mais il reste encore beaucoup de travail qui doit nécessiter une coopération internationale", soulignait en 2017, la co-fondatrice de Volod Hendrix.

L'APPEL DE LA FORÊT 20170310-_D807831


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Message par Florage le Ven 26 Avr - 15:14

En 2018, le monde a perdu 12 millions d'hectares de forêts tropicales, soit la superficie du Nicaragua, a révélé le World ressources institute (WRI), dont 3,64 millions de forêts tropicales primaires essentielles pour le climat et la biodiversité. Selon ce rapport annuel mené par Global Forest Watch, publié ce jeudi, 2018 se classe comme la quatrième plus mauvaise année en terme de déforestation de la forêt tropicale, après 2016, 2017 et 2014.


L'APPEL DE LA FORÊT 19_Blog-GFW_2018_Update_FRENCH-05


Les pays les plus concernés sont le Brésil, l'Indonésie, la République démocratique du Congo, la Colombie et la Bolivie. «Il est tentant de saluer une deuxième année de baisse après le pic de 2016», commente Frances Seymour de WRI. «Mais si on regarde sur les 18 dernières années, il est clair que la tendance globale est toujours à la hausse». La perte de forêts tropicales primaires représente une surface équivalente à celle de la Belgique. «Ce sont les forêts qui ont le plus grand impact en terme d'émissions de carbone et de biodiversité», souligne Mikaela Weisse, du WRI, alors que ces espaces boisés stockent du carbone et abritent une faune et une flore importante.

Classement des 10 pays ayant perdu la plus grande superficie de forêt.

Le rythme de destruction des forêts primaires est particulièrement inquiétant en République démocratique du Congo, tandis qu'il a ralenti de 63% en Indonésie par rapport au pic de 2016, souligne cette étude. L'Indonésie a bénéficié de mesures gouvernementales et de deux années relativement humides, défavorables aux incendies, mais le phénomène El Nino pourrait changer la donne en 2019. Le Brésil est le pays qui a perdu la surface la plus importante de forêts tropicales primaires, devant la RDC et l'Indonésie.

En Colombie, la perte de forêt primaire a augmenté de 9% entre 2017 et 2018, alors que l'accord de paix entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) a contribué à rendre plus accessible certains territoires, selon l'étude. WRI pointe aussi du doigt la situation au Ghana et en Côte d'Ivoire, qui ont perdu le plus de forêts tropicales primaires entre 2017 et 2018 en pourcentage (60% et 26%). La situation pourrait encore empirer au Brésil car selon l'ONG Imazon, la déforestation en Amazonie brésilienne a augmenté de 54% en janvier 2019 et l'arrivée au pouvoir du président d'extrême droite Jair Bolsonaro - par rapport à janvier 2018.

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Message par Florage le Dim 28 Avr - 13:59

extrait de HOMMAGE !? HAUT DÉSESPOIR ! Ô LANGAGE ENNEMI ! CATHÉDRALE, LA DOULEUR CAPITALE, analyse symptomale

LA FORÊT DE NOTRE-DAME N'A APPELÉ PERSONNE
et quoi qu'il en soit les pompiers ont été appelés trop tard
Patlotch a écrit:puisqu'il est question de la « forêt de Notre-Dame », "première charpente posée vers 1170, composée de bois datant du 9ème siècle, surnommée "la forêt" en raison de son enchevêtrement de poutres en bois de chêne", une forêt éponyme ne m'est pas complètement inconnue, que j'ai sillonnée pour y cueillir des champignons ou des photos : dialectique de la nature et théorie du reflet française de souche, en douze photos + sept en Forêt de Notre-Dame, le 16 mars 2015

L'APPEL DE LA FORÊT Carte-arc-boise

L'APPEL DE LA FORÊT ForetND6-488b2cdb(Patlotch2013)-658

et laissons l'Ange Gabriel forer

L'APPEL DE LA FORÊT 64638951-annonciation-ange-gabriel-telling-vierge-a-propos-de-j%C3%A9sus-vitrail-notre-dame-paris-france-notre-dame-



"Après un rêve" de Gabriel Fauré
Capuçon se prend pour Rostropovitch sur le Mur de Berlin
mais compare Notre-Dame aux Tour de New-York le 11 septembre...
dans La forêt de septembre, du même compositeur, on trouve ces vers de Catulle Mendes :

Ramure aux rumeurs amollies,
Troncs sonores que l'âge creuse,
L'antique forêt douloureuse
S'accorde à nos mélancolies.

Ô sapins agriffés au gouffre,
Nids déserts aux branches brisées,
Halliers brûlés, fleurs sans rosées,
Vous savez bien comme l'on souffre!


un hallier est un groupe de buissons serrés et touffus...


L'APPEL DE LA FORÊT Couv_251891

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Message par Florage le Sam 6 Juil - 10:06

Patlotch a écrit:Une solution possible au réchauffement climatique : planter beaucoup d'arbres, étude et solution préconisée par une équipe allemande de recherche, me paraissait une évidence, qui n'est pas étrangère au titre et au plan de ce forum. Cela posé, le capitalisme y est-il disposé et peut-il le faire ? Il n'en prend pas le chemin forestier

La forêt amazonienne, plus grand puits de carbone au monde, continue de disparaître. Selon l’agence spatiale brésilienne, au mois de juin 2019, la déforestation de la partie brésilienne de l’Amazonie s’est accélérée de 88,4 % par rapport à juin 2018.

Ainsi, en un mois, 920 km2 de forêt tropicale ont disparu. Un chiffre qui confirme une tendance lourde : au cours des 11 derniers mois, 4.565 km2 de forêt ont été rasés — une superficie équivalente à celle des Hautes-Pyrénées — soit une hausse de 15 % par rapport à la même période l’an dernier.

Depuis l’élection du président d’extrême droite Jair Bolsonaro — qui ne cache pas son soutien à l’agro-industrie — la destruction des zones boisées n’a de cesse d’augmenter. Et désormais, c’est l’armée qui s’occupe de l’environnement, comme nous l’écrivions dans Reporterre. Cette militarisation du secteur environnemental du gouvernement est sous la direction du président Jair Bolsonaro lui-même et mis en place par le ministre de l’Environnement Ricardo Salles. L’objectif est, selon Bolsonaro, de « mettre fin au cadre idéologique du secteur, dirigé par des ONG et des entités qui s’occupent de l’environnement ».

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Message par Florage le Sam 27 Juil - 10:17

"NATURE ET CULTURE"
LA FORÊT DIMINUÉE
le comble de la connexion
Patlotch a écrit:un de mes plus grands plaisirs est la promenade en forêt, seul, "motivé" s'il en était besoin par la chasse photographique, la cueillette de champignons ou fruits sauvages. Enfant j'y détestais les ballades en famille, en colonie de vacances, et pire plus tard les marches de l'armée en forêt de Rambouillet. Dans tous les cas je cherchais à m'échapper, à déserter ces empêcheurs de se promener en paix. Même à deux je ne supporte pas les bruits de pas de l'autre, l'impossibilité de m'arrêter pour éviter tout bruit et baigner littéralement dans l'ambiance de la forêt. Dieu sait pourtant que je suis tout sauf un aventurier...

un comble ainsi de se référer aux promenades solitaires de Rousseau carnet en main, avec dans les oreilles des citations choisies ou de la musique, quelle qu'elle soit, dont on voit mal qu'elle ne soit pas un obstacle à toute découverte par soi-même, sans parler des enregistrements de « chant des oiseaux, aboiements de chien, cancanements ou hurlements divers »  
On a testé la forêt audio augmentée
Laurent D. Samama korii 24/07/2019

Une promenade dans les bois au cours de laquelle l'histoire des lieux vous est contée par une application.

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Située à une vingtaine de kilomètres de la capitale du Val-d'Oise, la forêt de Montmorency est la plus grande du département. Ancien territoire de chasse royale, l'espace naturel déploie sa faune et sa flore remarquables sur un relief vallonné parsemé de sites historiques, d'étangs romantiques et de sentiers difficilement pénétrables.

À ces richesses sylvestres, s'ajoute un atout culturel inestimable : c'est en ces lieux propices à l'introspection qu'aimait se promener Jean-Jacques Rousseau.

Une passion telle que le philosophe genevois, adepte de la rêverie solitaire et des promenades interminables, avait fui Paris –«ville de bruit, de fumée et de boue»– pour finir sa vie au pavillon d'Ermenonville, en lisière des bois.

Balade forestière connectée
Dans le neuvième livre de ses Confessions, l'apôtre de l'égalité détaille par un menu le programme de ses journées au grand air. « Je destinai, comme j'avais toujours fait, mes matinées à la copie, et mes après-dînées à la promenade, muni de mon petit livret blanc et de mon crayon (…) et je comptai bien que la forêt de Montmorency, qui était presque à ma porte, serait désormais mon cabinet de travail. »

Attirés par cette plongée dans l'univers du philosophe, autant que par la perspective d'un shoot vivifiant de chlorophylle, cinq millions de citadin·es hyper-connecté·es se rendent chaque année en forêt de Montmorency.

Une population que l'agglomération Plaine Vallée (regroupement de dix-huit communes alentour) s'est mise en tête de fidéliser par le biais d'un projet innovant baptisé «La Forêt Augmentée».

C'est une application téléchargeable pour smartphones et tablettes qui permet « de mettre en musique et en son la forêt de Montmorency », cette dernière devenant, de fait, « la première forêt en réalité audio augmentée d'Europe ». Baskets aux pieds, téléphone à la main et armés de nos écouteurs, nous nous sommes laissés guider.

(Re)découvrir la forêt
Direction, le Château de la Chasse, au cœur de la forêt de Montmorency et point de départ de cette «balade géolocalisée» en «réalité audio augmentée». En ouvrant l'application, deux choix sont possibles : le «parcours découverte», sous la forme d'une visite guidée d'une heure et vingt minutes au gré des époques, des poèmes et des évocations théâtrales.

Les autres, plus téméraires [sic], préfèreront le «parcours libre», une déambulation au fil des divers points d'intérêt disséminés dans la forêt de Montmorency. À la clef : deux expériences didactiques, immersives et poétiques. Bref, une nouvelle façon de vivre la forêt.



« L'objectif est de proposer une offre touristique de qualité à forte valeur ajoutée pour attirer les visiteurs sur le territoire de l'agglomération », nous expliquent Nathalie Mathou et Alexandre Boulet, respectivement responsable communication à Plaine Vallée et directeur de l'Office de tourisme intercommunal.

« À l'échelle du département, Plaine Vallée se positionne comme une porte d'entrée vers les autres pôles touristiques, comme Auvers-sur-Oise et l'Isle-Adam, Pontoise ou le parc naturel régional du Vexin. Pour les habitants du territoire, il s'agit de leur faire (re)découvrir différemment la richesse du patrimoine local. »

Et redécouverte il y a: à son rythme, le visiteur flâne au gré du surgissement des bruits de forêt (chant des oiseaux, aboiements de chien, cancanements ou hurlements divers) et des fragments littéraires (Rousseau bien sûr, mais également Ronsard, La Fontaine ou encore Baudelaire).

L'impression est celle de murmures apparaissant délicatement à travers le bruissement des feuillages. Il s'agit bel et bien d'une expérience, d'une déambulation à la lisière du réel et de l'onirique. Reste une question: jusqu'ici préservée du diktat technologique, la forêt doit-elle s'envisager avec un casque vissé sur les oreilles et un écran à portée de main? Le débat est ouvert.

La technologie comme outil didactique
Balayant d'un revers de main l'argument technophobe, Alexandre Boulet précise: « L'application s'inscrit à contre-courant des tendances des guides touristiques numériques accaparant l'attention des visiteurs sur leur smartphone. »

« Elle se conçoit comme un simple support au service de la flânerie : une fois l'application démarrée et son casque sur les oreilles, le visiteur peut glisser son téléphone dans sa poche pour le reste de la balade. Les musiques, commentaires audio et lectures de textes littéraires se déclenchent automatiquement en fonction de la géolocalisation du promeneur, l'invitant à porter son attention sur un arbre remarquable, une anecdote historique, une curiosité cachée. »

L'APPEL DE LA FORÊT _dsc4513
Le Château de la Chasse. | SP / Plaine Vallée

En tout et pour tout, il aura fallu 40.000 euros d'investissement (largement subventionné par les collectivités locales) et «un peu plus de six mois» pour concevoir et mettre en forme l'application.

« Un processus qui englobe notamment les échanges avec les divers partenaires, à l'instar de l'Office national des forêts et du Centre des arts d'Enghien-les-Bains sans oublier les “personnes ressources“, comme les historiens locaux ou encore le service départemental d'archéologie du Val-d'Oise », précise Nathalie Mathou.

La tentative n'a rien d'un one-shot. L'avenir semble tout tracé et les perspectives nombreuses. « La Forêt Augmentée a vocation à s'enrichir de nouveaux points d'intérêt et d'un nouveau parcours audio augmenté. » L'arrivée d'une déclinaison de l'application à destination du public scolaire et jeune public, serait également à l'ordre du jour.


L'APPEL DE LA FORÊT ForetND21bis
"la forêt est un état d'âme", photos Patlotch 2014-2015

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Message par Florage le Jeu 29 Aoû - 16:48


La surface forestière française a doublé en deux siècles. Mais en dépit de son insolente santé apparente, à l'heure où le monde a les yeux braqués sur l'Amazonie, des professionnels pointent les risques pour nos forêts - notamment à cause du sapin Douglas - et craignent que la politique forestière soit peu à peu remise en cause.

L'APPEL DE LA FORÊT Amazonie-foret-france-incendie-deforestation
Des professionnels craignent que la politique forestière française soit peu à peu remise en cause.
JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
Rarement l'état d'une forêt aura autant occupé la Une des journaux. Victime de violents incendies ayant entraîné la disparition en fumée de plus de 950.000 hectares, l'Amazonie est au centre de toutes les discussions. Alors que le monde a les yeux braqués sur l'Amazonie, la forêt française affiche, elle, une progression presque insolente. Depuis le XIXème siècle, la surface forestière a même doublé.

A la mi-juillet, un article du magazine The Economist saluait même le "quatrième pays le plus boisé de l'Union européenne, après la Suisse, la Finlande et l'Espagne". L'hebdomadaire britannique, pourtant si prompt d'habitude à critiquer son voisin français, remarquait que la surface occupée par les forêts françaises avait augmenté de 7% depuis les années 1990. Mais la France n'est pas exactement irréprochable, que ce soit en Guyane... ou dans les forêts hexagonales.

UN HÉRITAGE DE NAPOLÉON III
"Cette progression est particulièrement frappante dans un contexte mondial de déforestation, note Sandrine Chauchard, enseignante-chercheuse à l'université de Lorraine en écologie des communautés, elle s'explique par une politique française de gestion des forêts comme un bien collectif qui date du XIXème siècle, avec la création pendant le consulat de l'ancêtre de Office national des forêts (ONF), l'administration générale des forêts". Sous l'impulsion de Napoléon III, la France reboise son territoire. "Cette reforestation connaît un regain après la Seconde guerre mondiale", poursuit la chercheuse.

Délaissées par les agriculteurs à la faveur de l'automatisation, des parcelles entières sont reconquises par la nature, en particulier dans les régions montagneuses du sud de la France. Au total, les zones forestières françaises ont doublé depuis les années 1820. "Il faut mettre ces chiffres en perspective, nuance Patrice Martin, garde forestier dans le Jura. Beaucoup des surfaces aujourd'hui qualifiées de "forêts" dans le cadastre ne sont en réalité que des friches et des prairies abandonnées. Il faudra beaucoup de temps avant de pouvoir les considérer comme telles."

LA PASSION DE LA MONOCULTURE
Membre du Syndicat national unifié des personnels des forêts et de l'espace naturel (SNUPFEN), Patrice Martin est loin de partager la vision enthousiaste des forêts françaises présentée par nos voisins britanniques. En septembre et octobre dernier, il a organisé une marche des forestiers à travers la France pour alerter contre la "marchandisation" du patrimoine forestier. "Au départ, l'Office national des forêts est censé avoir trois services : l'exploitation de la forêt, sa gestion, et l'accueil du public. Ces deux dernières missions sont en train de disparaître au profit d'une industrialisation des forêts", regrette-t-il.

Dans son viseur : le remplacement des forêts naturelles par des plantations "intensives" en monoculture, dont les arbres sont, à terme, destinés à être coupés et vendus. "Le meilleur exemple de cette tendance est la multiplication des sapins Douglas : ils ont d'abord été plantés dans la forêt des Landes, mais on en trouve aujourd'hui dans le Limousin ou encore dans le Morvan". Venant d'Amérique du Nord, le sapin Douglas pique depuis les années 50 l'intérêt des forestiers et des industriels. "Ils ont une croissance rapide et fournissent un bois qui n'a pas besoin d'être entretenu en extérieur, ce qui le rend parfait pour sa commercialisation", note Brigitte Musch généticienne au département recherche et développement de l’Office national des forêts (ONF).

LE FLÉAU DU SAPIN DOUGLAS
Mais la plantation de ce bois enchanteur pose problème à nombre de forestiers : "La monoculture est souvent plus vulnérable dans son ensemble aux champignons, qui peuvent faire des ravages sur une seule forêt", avance Patrice Martin. Pas de quoi rassurer, alors que 17% des forêts françaises ne comptent qu'une seule essence. Autre grief : l'atteinte à la biodiversité. "Un arbre, c'est un écosystème à lui tout seul, avec ses insectes, ses bactéries, ses champignons, ses oiseaux, poursuit-il. On se prive de forêts avec des feuillus, des conifères, des centaines d'espèces différentes, et la diversité qui va avec". D'autant que l'exploitation intensive des sapins de Douglas affecte aussi les sols : "Les coupes rases à répétition tassent la terre et l'empêchent de respirer. C'est désastreux pour les espèces en sous-sol comme les vers de terre", ajoute le forestier.

L'exploitation de forêts de sapin de Douglas ne couvre actuellement qu'entre 3 et 5% de la totalité de la surface forestière. Mais selon le syndicaliste, celle-ci pourrait être amenée à s'accroître. Car depuis le début des années 2000, le budget de l'Office national des forêts diminue. L'ONF compense donc le manque à gagner en partie par la vente de bois. Or, "en 40 ans le volume récolté dans les forêts domaniales a augmenté de 29 % mais la recette correspondant à cette récolte a baissé de 40 %", constatait l'intersyndicale de l'ONS dans un rapport publié en avril 2018. A cela s'ajoute des diminutions d'effectifs : les quelque 15.900 employés du milieu des années 80 sont à présent 9.000.

MANQUE DE MOYENS
L'ONF est loin d'être le seul organisme forestier dans la difficulté. Son pendant responsable des forêts privées, le Centre national de la propriété forestière (CNPF) n'est pas en reste. Début août, les élus de l'organisme responsable de près de 75% des forêts françaises s'alarmaient de la forte baisse de la taxe additionnelle à la taxe foncière sur les propriétés non bâties : "Nous sommes déjà en effectifs restreints : 465 personnes s'occupent de 12,6 millions d'hectares de forêts. Comment voulez-vous que les forêts soient préservées correctement si nos moyens sont encore réduits ?", glisse un membre de l'organisation. Une situation qui suscite l'incompréhension des forestiers : "Emmanuel Macron a affiché une volonté très forte de préservation de la forêt ces derniers jours, mais ce ne sont que des discours, assène avec amertume Patrice Martin. La forêt est redevenue un territoire d'où l'on veut tirer un maximum de profit".

D'autant que l'exploitation des zones forestières ne se limite pas qu'à l'Hexagone. Si, ces derniers jours, Emmanuel Macron s'est positionné en défenseur de la forêt, qualifiant la France de "puissance amazonienne", la réalité du terrain est plus complexe. En témoigne la tribune, publiée ce dimanche sur le site de France info, du Grand conseil coutumier des peuples amérindiens et bushinengué. Ce dernier y déplore ainsi : " Le véritable problème est politique et économique, et est soutenu par la majorité des dirigeants au niveau mondial". "Le feu n'est pas le seul danger qui menace ou qui détruit l'Amazonie", poursuit-il, pointant en premier lieu "l'extractivisme" : "Nous sommes dans l'étonnement face au positionnement" d'Emmanuel Macron qui "attribue 360.000 hectares de forêts aux multinationales minières en Guyane, en Amazonie française".

LES FORÊTS VULNÉRABLES AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Dernier cas médiatique en date : le projet de la Montagne d'or, dont la construction devait engloutir au minimum 2.000 hectares de forêts tropicales primaires. Bien qu'abandonnée en mai dernier, son ouverture est loin d'être la seule portée par l'exécutif français. Au début du mois, un permis d'exploration exclusif a été délivré sur les communes de Régina et Ouanary, à l'est du territoire guyanais. Ce discret arrêté du ministère de l'Economie et des Finances, paru au Journal officiel le 3 août, donné à la société Sand Ressources, couvre cinq mille hectares de terres."La protection de la forêt guyanaise est une réussite, assure Patrice Martin. Elle constitue 80% de la biodiversité française. Mais même si les projets miniers les plus médiatiques ont du plomb dans l'aile, la volonté de préservation de la forêt se heurte souvent au désir d'exploitation de ces territoires".

Fragilisé par l'exploitation industrielle, le parc forestier français doit aussi désormais faire face au changement climatique. "Un seul degré d'élévation de température équivaut à des changements de conditions de 250 kilomètres de latitude, note Gilles Brouillet, directeur adjoint du CNPF. Deux degrés, et le changement est de 500 kilomètres." Les risques d'incendies se multiplient : "Des incendies de forêts jusqu'ici typiquement circonscrits au sud de la France se répandent plus en avant dans le territoire", poursuit-il. Le remède à cette situation ? "Il va falloir faire des tests, poursuivre les expériences pour adapter les forêts à ces changements rapides, note Brigitte Musch. Surtout, il faut une prise de conscience générale sur l'importance des forêts. Elles sont capitales pour notre avenir". Qu'elles se trouvent en Amazonie ou ailleurs.

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