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célébrations graves

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Re: célébrations graves

Message par Patlotch le Sam 10 Nov - 18:07

j'ai une prédilection pour le grave, opposé à l'aigu, non au futile ou au bénin

cela tient sans doute à ce qu'il produit, dans le spectre de fréquences audibles par l'oreille humaine (inférieures à 20KHz), le plus d'harmoniques. Ces harmoniques n'étant pas produites comme des notes sont couvertes par le volume de la fréquence fondamentale, et participent à la différenciation du timbre des instruments  (j'ai abordé cette question dans célébrations acoustiques le 3 novembre)

la même note grave jouée par une contrebasse et un piano n'a pas le même son. Les harmoniques aiguës d'un son grave entrent en résonance avec les notes aiguës et font qu'un instrument joué seul ne sonne pas comme dans un orchestre, puisqu'il fait résonner d'autres instruments, et réciproquement. Je reviendrai ailleurs sur l'exploitation de ce phénomène par les musiciens ou compositeurs

il est rare que les instruments à la tessiture grave soient utilisés en solistes, dans un concerto par exemple, où que les auditeurs leur porte attention dans l'orchestre quand ils ne sont pas mis en avant. Pourtant, procurant pour les raisons expliquées plus haut les bases de l'harmonie, comme la note la plus basse d'un accord, leur importance est capitale et de ce point de vue plus importante que leur sonorité. Dans les premiers orchestres de jazz, les basses étaient jouées au tuba, non à la contrebasse

je consacrerai ce sujet aux instruments graves, courants ou plus rares, qui appartiennent souvent à une famille : les cordes, les vents, bois ou cuivres, les tambours


Connaissez-vous la famille des flûtes traversières ? La « grande flûte » en do, la plus jouée, le piccolo en do qui sonne une octave au-dessus, la flûte alto en sol, une quarte plus grave que la grande flûte, et la flûte basse en do, une octave en dessous de la grande flûte, avec une tête recourbée pour permettre au musicien d’atteindre les clés.


Mais ce n’est pas fini, la flûte contrebasse sonne deux octaves au dessous de la grande flûte, elle est repliée en forme de 4. Instrument peu connu, on la rencontre en général dans les ensembles de flûtes.


La flûte subcontrebasse, trois octaves en dessous de la grande flûte, est longue de plus de 4 mètres et n’existe qu’en quelques exemplaires, en métal ou PVC.


Peter Sheridan est un spécialiste des flûtes graves. Il est à l’origine de la plus grave des flûtes, l’hyperbass, plus de 8 mètres, 4 octaves en dessous de la grande flûte. Sa note la plus grave, le do 0, autour de 16Hz, passe la frontière des infrasons.



mon propos est toutefois de faire entendre de la musique, pas des anecdotes

la tessiture de la flûte grave va du Do2, une octave en dessous du Do central, au Do5, deux octaves au-dessus du Do central, c'est-à-dire proche de celle du violoncelle, de la clarinette basse, ou d'une guitare 7 cordes, dont l'une supplémentaire dans le grave

le multi-saxophoniste James Carter joue de la flûte basse sur un thème de Jackie McLean, accompagné par Craig Taborn au piano, Dave Holland à la contrebasse (solo à 1:00), et Leon Parker aux cymbales. Solo de flûte à 2:56


Annie Parker n'est pas de sa famille, sauf pour l'instrument


on peut entendre cet instrument sur le thème d'Ennio Morricone pour la série italienne Secret of the Sahara (à 0:42) et Peter Sheridan dans (!) A Small Sonata for a Large Flute de Gary Schocker



le même Sheridan descend bien (plus) bas, en duo flûtes subcontrabasses avec Dominy Clements. Ça fait bien les canards mais ça casse pas trois pattes à... une tirelire


de la marque Eva Kingma, des flûtes contrebasses à plus de 20.000 euros
en argent, dans tous les sens du terme !
on n'en à rien à célébrer...

je n'ai franchement rien entendu d'intéressant musicalement sur cet instrument, et je la préfère en bois

cet ensemble de flûtes à bec ("recorders") du conservatoire d'Amsterdam joue de la sopranino de 15 cm à la sub-contrabasse de 3 mètres, mais dans l'œuvre ci-dessous d'Ascanio Trombetti, il n'y a pas les flûtes les plus aiguës. Elle est écrite à 6 voix (partition PDF) que l'arrangeur a habilement réparties pour quatre flûtes de la famille : 3 altos, 6 ténors, 2 basses et 2 contrebasses, pour plus de volume et de profondeur. La vidéo qui suit donne des explications, où l'on comprend mieux au début de la pièce d'Innocentio Alberti que le registre de flûtes d'un orgue sonne réellement comme un ensemble de flûtes


c'est magnifique, et bien filmé, non ?

si vous n'êtes pas d'accord, c'est pas grave, et puis flute, alors !

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Re: célébrations graves

Message par Patlotch le Dim 11 Nov - 14:39

je ne sais pas si vous avez remarqué, les flûtes graves sonnent un peu comme les clarinettes dans le "chalumeau", c'est-à-dire dans leur registre bas, ou comme la clarinette basse


il existe aussi une clarinette contrebasse, qu'utilise le multi-saxophoniste et compositeur Anthony Braxton dans ce disque de 1974, sur un thème de Charlie Parker


remarque : sur le solo du pianiste catalan Tete Montoliu (3/51), on entend que le youtubeur a refourgué un disque noir sur une platine TD qui "pleure" (vitesse non régulière). Je garantie que l'enregistrement magnétique original est parfait. Le piano ne pardonne pas...

quoi qu'il en soit de la performance de Braxton, elle évoque très peu un oiseau, et je préfère cette version de Charlie Parker. Le thème qui évoque son surnom "Bird" est un démarquage mélodique sur les harmonies du standard How High The Moon

c'est Eric Dolphy qui a fait de la clarinette basse un instrument soliste, notamment auprès de Charles Mingus


Oslo 1964

on peut l'entendre aussi dans un disque enregistré avec le contrebassiste Ron Carter, cette fois au violoncelle


Rally, 1961

autres

à vrai dire, Duke Ellington avait écrit une sorte de concerto pour clarinette basse mettant en avant le saxophoniste baryton Harry Carney : I Can’t Begin To Tell You, 1945


le célèbre bassiste Marcus Miller est également un expert sur l'instrument


et notre Louis Sclavis national


sans quoi l'on trouve toutes sortes d'œuvres adaptées pour ensemble de clarinettes ou quatuors de clarinettes. J'aime cet instrument sur lequel j'ai fait mes premiers couacs, mais rien ne m'a convaincu de la nécessité de faire un orchestre dans la famille

« Familles je vous hais » ?


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Re: célébrations graves

Message par Patlotch le Ven 16 Nov - 11:15


prendre son pied

de tous les instruments de musique avant l'apparition des synthétiseurs, c'est incontestablement l'orgue qui a la tessiture la plus large, puisqu'elle couvre celles de tous les autres, aussi bien dans le grave que dans l'aigu

c'est aussi avec la batterie un des seuls instruments qui se joue avec les quatre membres et nécessite donc leur indépendance, elle même renvoyant à la capacité d'entendre simultanément plusieurs voix. Comme à la batterie, il existe une technique utilisant talons et pointes, ce qui facilite la vélocité (bien qu'affaire de pédales, il n'y est pas question de vélo dans la cité)
Certaines œuvres de référence de Johann Sebastian Bach sont visiblement et techniquement écrites pour que les traits de pédale soient exécutés en utilisant les pointes et les talons. On entend par là que l'organiste aura de plus grandes difficultés à les exécuter en utilisant uniquement les pointes. On peut citer comme cas d'école le prélude et fugue en ré majeur BWV 532 que Bach avait d'ailleurs composé pour faire une démonstration de sa virtuosité au pédalier. Le thème de la fugue, ré mi fa mi ré, se joue plus facilement avec talons et pointes. Avec les pointes seules on a un chevauchement incessant des pieds, malaisé et risqué. Un autre cas d'école encore plus flagrant est le prélude de choral BWV 686 imposant une double partie de pédale.

source Wikipédia Pédalier (orgue)

concernant la production des sons graves par l'orgue, je m'attache ici à mettre en évidence le jeu de pédalier, aussi bien dans la musique "classique" avec l'orgue d'église que dans le jazz avec l'orgue Hammond


pour ne pas s'emmêler les pinceaux ni perdre les pédales, il existe un moyen infaillible, des chaussettes de couleurs différentes comme Benjamin Righetti dans cette Sonate pour orgue de Liszt


avec ça, je l'ai dit, Dieu sait pourquoi, j'ai toujours un peu de mal avec l'orgue d'église. Je n'irai pas jusqu'à dire que dans le jazz, il lui est complètement étranger, puisqu'il en sort aussi, mais il en sort. Le pédalier d'orgue remplace le plus souvent le contrebassiste, à preuve les trios orgue-guitare-batterie popularisés par Jimmy Smith dès la fin des années 50. Encore faut-il que les réalisateurs ou cameramen pense à faire des plans sur les pieds. Démonstration technique


on peut entendre et voir le jeu de pieds de son excellente disciple Barbara Dennerlein sur cette Jimmy's Walk (à partir de 7:20) et noter qu'elle a adopté un son de basse électrique plus que de contrebasse comme dans ce tutoriel. À l'oreille pas évident de faire la différence, l'attaque peut-être...
And she plays the pedals as if her feet were fingers, with that much dexterity and speed. I wished I had a clear view of her feet because it seemed she had more than just two...

Et elle joue les pédales comme si ses pieds étaient des doigts, avec autant de dextérité et de rapidité. Je souhaiterais avoir une vue dégagée de ses pieds parce qu'il semblait qu'elle en avait plus de deux...

source PAM, Minneapolis/MA (USA)
If there is one thing that sets Barbara apart from all other Hammond B3 artists, it is her stunning bass pedal work that has to be seen to be believed. Listeners have often assumed she is accompanied by a bassist, but in reality those complex bass lines are Barbara's blindingly fast left foot. No one has even come close to matching her stunning bass pedal work! "The bass pedals are absolutely crucial to my way of playing the Hammond", says Barbara. "They enable me to develop a very special rhythmic structure which cannot easily be imitated by a bass player, because together with the two manuals I have a kind of rhythmic triptych at my disposal".

S'il ya une chose qui distingue Barbara en dehors de tous les autres artistes Hammond B3, c'est son superbe travail de pédales de basses qui doit être vu pour être cru. Les auditeurs ont souvent supposé qu'elle était accompagnée par un bassiste, mais en réalité ces lignes de basses complexes sont le pied gauche aveuglément rapide de Barbara. Personne n'a même se rapprocher de son travail superbe pédale de basse! "Les pédales de basse sont absolument cruciales pour ma façon de jouer le Hammond", dit Barbara.  "Ils me permettent de développer une structure rythmique très spéciale qui ne peut pas facilement être imitée par un bassiste, car avec les deux [manuals = les mains et les pieds ?] j'ai une sorte de triptyque rythmique à ma disposition".

toutefois, les basses ne sont pas produites qu'avec les pieds, le clavier descendant aussi bas qu'une contrebasse. Cf Do jazz organ players play bass with their left hand?

plus près de chez nous, Rhoda Scott encore en activité. Si vous allez à un concert, placez-vous pour voir ses pieds


[À huit ans] « Je suis allée le voir quand l’église était vide. En enfonçant les touches, aucun son ne sortait. J’ai réussi à le mettre en marche puis, en manipulant les boutons, j’ai pu actionner les deux claviers. C’était fascinant. Mais il y avait un troisième clavier au sol. C’est alors que j’ai enlevé mes chaussures, pour le tâter de mes pieds. »* Ayant continué de jouer déchaussée, Rhoda Scott deviendra « The Barefoot Lady » (la femme aux pieds nus), une formule marketing qui inspirera le bon mot du contrebassiste Luigi Trussardi : « Elle a l’orteil absolu. »

* elle dit ailleurs « je me déchaussais pour ne pas abîmer le bois du pédalier. »

Rhoda Scott, la joueuse de jazz aux pieds nus, 80 ans et toujours sur scène Télérama juillet 2018

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Re: célébrations graves

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