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avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

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avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Sam 17 Nov - 14:10

je commence par regrouper les billets épars sur le mouvement des Gilets jaunes avant le 17 novembre

Patlotch a écrit:
sommaire sommaire
d'une théorisation au fil du mouvement

10 novembre
- social ou sociétal ?
16 novembre
- du pays virtuel au pays réel ?
17 au 20 novembre
- prolétariat, es-tu là ? Enquête et controverses dans le milieu radical
20 novembre
- le mouvement des Gilets Jaunes est-il populiste et nationaliste ?
- extension du domaine de la lutte : syndicalistes, lycéens...
- du prix de l'essence à la revendication sur le pouvoir d'achat
21 novembre
- le jaune et le brun, le rouge et le vert, le noir et le blanc : faut-il en être ou pas ?
22 novembre
1. réalité sociale vs théorie "restreinte"
2. peut-on minimiser la menace populiste-fasciste ?
3. extension du domaine de la lutte : raffineries en grève (CGT)
4. quelques appels à rejoindre la manifestation des gilets jaunes samedi à Paris (Paris-Luttes.info)
5. quelques réflexions générales
23 novembre
1. un débat qui s'ouvre dans le milieu radical : lutte de classe ou pas ?
2. la lutte de classe en questions dans le capitalisme vert : le rôle de l'État
- retour sur « les luttes antifiscales [structurant] l'histoire populaire de la France » (Gérard Noiriel)
- structurer ou pas le mouvement ? Le piège de la représentation, de la centralisation et de la politisation
24 novembre
- forte baisse de la mobilisation dans toute la France, sauf ici où là selon les régions
- une dynamique plus revendicatrice que politique, ne posant aucunement un quelconque dépassement des limites du capital. L'auto-organisation par défaut d'une représentation, d'où la médiatisation des "leaders émergents"
25 novembre
1. des femmes dans le mouvement et le féminisme en même temps
2. du populisme au fascisme et à l'anarchisme, l'idéologie française et ses extrêmes
3. la question centrale de la représentation : bataille pour un leadership
4. ils sont venus, ils sont tous là : un mouvement qui présente toutes les facettes du moment présent français
26 novembre
un tournant du mouvement :
1. cacophonie représentative
2. une délégation et des revendications : le texte
3. commentaire minimum syndical et fin d'une séquence particulière
27 novembre
1. feuille de route théorique
2. au-delà de revendicative, la nature syndicale du mouvement
(avec le sondage Facebook sur les revendications à retenir)
3. réactions de Gilets jaunes à la délégation, à Macron... paroles et actes
28 novembre
1. « Black, Blanc... Beurre ? » Où en sommes-nous ?
2. du gentil de Rugy au méchant Philippe comme dans la police : allez vous faire foutre !
3. piège à cons doléances : le retour du"peuple" de 1789 ?
4. la panne du grand communicant : après le discours de Macron, 8 Français sur 10 soutiendraient les Gilets Jaunes
29 novembre
1. les gilets jaunes, l'État, et le capital, remarques critiques sur l'analyse de Théorie communiste repris par dndf
2. sur la dimension écolo-populaire des mouvements actuels, un appel "justice verte et gilets jaunes"
3. le populisme sans leader et la démocratie directe : malaise dans la représentation
30 novembre
1. de l'ouverture d'un débat aux questions qu'il doit aborder (au-delà de TC et moi...)
2. question de méthode pour une analyse globale des luttes en France
contre la convergence des luttes, leurs particularités face au capital
2 décembre
3. un 18 brumaire de Macron ? suivi de loin de la journée d'hier
4. un 18 brumaire dans le brouillard des grands communicants
3 décembre
1. un effort de clarification : tableau d'ensemble du mouvement
2. pas de quartier : les "racisé.e.s" dans le mouvement
3. dynamique du mouvement des Gilets Jaunes, auto-organisation vs représentation
4. coup de gueule : l'intox des journalistes, on connaît, mais des théoriciens communistes en herbe, ça suffit !
5. violences dans le mouvement et violence policière d'État. Aperçu

dans SOCIAL et/ou SOCIÉTAL ?

10 novembre

social, car manifestement affaire de fric, mais pas seulement


cet article nous mène-t-il plus loin que les analyses de ce mouvement comme « transclassiste » ? Voire, mais on a déjà eu cette question avec le « Mouvement des bonnets rouges »* en 2013, bien qu'ancré en Centre-Bretagne. Il est clair qu'il traverse de même le clivage droite-gauche, et prend aussi davantage un contenu de protestation sociale. Il n'empêche qu'autour de la bagnole, il y a du sociétal, du "culturel"...

* Le Monde du 6 novembre pose la question ici le 6 novembre : Les « gilets jaunes », nouveaux « bonnets rouges » ?


Les gilets jaunes, ou la révolte de la France des ronds-points
Jean-Laurent Cassely Slate.fr 9 novembre 2018

L’appel au blocage des routes le 17 novembre a tous les aspects d’un mouvement social «périphérique», dans tous les sens du terme.


Un rond-point de l'est parisien, le 15 juin 2018 | Thomas Samson / AFP

Le mouvement de blocage du 17 novembre soulève un certain nombre de questions politiques: à une époque où on évoque volontiers le déclin des partis et la constitution de nouveaux clivages, les pétitions et les pages Facebook sont-elles l’embryon d’une action plus structurée? Ce type de mouvement aux accents poujadistes sera-t-il intégré à l’offre politique partisane actuelle? Les «nouvelles têtes» qui émergent vont-elles jouer un rôle dans le débat public après leur mobilisation ponctuelle ?

Réponses le 17 novembre et dans les mois qui suivront. Tentons d’ici là de décaler le regard sur le mouvement pour en proposer une lecture culturelle, paysagère et, si j’ose dire, esthétique.


Le gilet jaune, emblème de la culture bagnole

Le premier trait culturel du mouvement du 17 novembre est indéniablement son objet de colère: le carburant et, par extension, l’automobile et la place centrale qu’elle occupe dans la vie des mécontentes et mécontents qui appellent au blocage. C’est donc tout naturellement que les groupes à l’origine de la mobilisation à venir ont puisé leur signe de ralliement dans le vocabulaire de cette culture de la bagnole, choisissant le «gilet jaune» du kit de sécurité que les automobilistes sont tenus de conserver dans leur habitacle pour le cas où elles ou ils devraient s’aventurer sur la chaussée. Obligatoire en France depuis 2008, ce « gilet de haute visibilité » selon son appellation technique a une fonction fédératrice forte: quiconque possède une voiture sait de quoi il s’agit et peut associer à ce vêtement un ensemble de contraintes (les trajets quotidiens domicile-travail, les radars, les contrôles, les taxes sur le carburant, etc.). À l’inverse, celles et ceux qui ne possèdent pas de voiture voient dans le gilet jaune un objet un peu exotique vendu chez Norauto et, pour tout dire, plutôt moche.

La particularité de l’automobile est d’être à la fois un outil nécessaire à la production et un objet de consommation: elle sert autant aux trajets boulot-dodo qu’aux déplacements personnels, de loisir ou d’achat

La particularité de l’automobile est d’être à la fois un outil nécessaire à la production et un objet de consommation: elle sert autant aux trajets boulot-dodo qu’aux déplacements personnels, de loisir ou d’achat. Elle est donc plus qu’un objet économique, et c’est pourquoi on rate probablement le sens profond du mouvement spontané en cours de coagulation si l'on s’en tient à une revendication de pouvoir d’achat. Les pages personnelles des organisateurs, organisatrices et soutiens du mouvement font apparaître nettement que ce folklore automobile est un élément central dans leurs interactions sur les réseaux sociaux. La voiture n’est pas uniquement l’outil de déplacement quotidien, elle est aussi objet de culture, d’esthétique, de loisir. Du tuning à la photo artistique, elle reste un signe de statut pour une partie de la population, alors même qu’une autre partie de la France s’éloigne de plus en plus de ce modèle de civilisation automobile au point d’en ignorer les codes.

Certes, toutes celles et ceux qui possèdent une voiture ou qui roulent quotidiennement sur les routes de France, et qui constituent une majorité statistique de la population, ne s’identifient pas nécessairement à cette culture de la bagnole. Il est probable que cet investissement dans un objet courant de la vie quotidienne soit plus fort parmi les milieux populaires, ce que tendrait à confirmer la profession des leaders du mouvement interviewés dans la presse. On découvre qu’elles et ils sont employé, vendeur, chauffeur routier, travailleur du bâtiment, au chômage – OK, je mets à part le cas de Jacline Mouraud, l’internaute à l’origine d’une vidéo très relayée, « hypnothérapeute sous le régime auto-entrepreneur » par ailleurs organisatrice « de séances d’ectoplasmie ».



La carte de la France auto-dépendante

Dès lors qu’on se penche sur la carte des blocages annoncés, que centralise une page Facebook gérée par les organisateurs du mouvement du 17 novembre, quelques controverses bien familières portant sur le périmètre et l’ampleur des fractures territoriales rejaillissent instantanément. Comme l’analyse la cellule data du Parisien, qui recense à partir du site du mouvement de blocage 583 appels locaux, les départements qui comptent le plus d’appels au blocage sont le Nord et les Bouches-du-Rhône, deux départements particulièrement urbanisés (et démographiquement importants), ainsi que des départements moins peuplés: Eure, Charente-Maritime et Seine-Maritime.

Les porte-parole à l’initiative du mouvement et leurs soutiens qui s’expriment dans les médias résident eux-mêmes dans des communes de taille moyenne de province (comme la Tour-du-Pin), situées aux franges de la région parisienne (comme en Seine-et-Marne et dans l’Essonne), ou dans des territoires peu peuplés (comme la Nièvre). Ces territoires rappellent la définition amplement discutée qu’a donnée le géographe et essayiste Christophe Guilluy de « la France périphérique ». Ou encore celle des « petits-moyens » de la banlieue pavillonnaire, tant scrutés par les instituts d’opinion et les responsables politiques depuis l’élection présidentielle de 2007 et, plus encore, celle de 2012. De manière encore plus imagée, ils évoquent une France « des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel » comme cela a été récemment synthétisé par le porte-parole du gouvernement à propos de l’électorat que séduit de manière décomplexée Laurent Wauquiez –bien que le mouvement soit composé de personnes relativement jeunes, actives et ne soit pas uniquement représenté par des hommes, contrairement à ce que l’association avec la culture automobile aurait pu laisser présager.

En somme, il s’agit de communes que l’Insee peut classer comme des villes-centres ou des banlieues, mais dans lesquelles l’éloignement des centres de décision économique et de production culturelle et symbolique peut créer le sentiment d’un déclin commun, réel ou perçu, et qui s’avère de plus en plus favorable à un vote de protestation pouvant prendre diverses expressions: souverainisme, populisme ou extrême droite.

Les ronds-points sont les places de la France étalée


Évidemment, la périphérie est un concept, et l’opposition binaire entre le centre et la périphérie masque une diversité de situations plus complexes ou enchevêtrées. Mais la tonalité d’ensemble de ce mouvement est, à n’en pas douter, d’inspiration «périphérique», dans tous les sens du terme. Et sur le plan esthétique et paysager, les conséquences sont assez nettes. C’est peut-être, plus que l’homogénéité sociale du mouvement qui resterait à démontrer, ou qu’une orientation politique clairement affirmée, le point le plus marquant des manifestations annoncées. La majorité des appels à bloquer le trafic routier mentionne comme lieu de rassemblement un équipement de voirie, un type de lieu ou une forme urbaine qui fait partie de l’écosystème de l’étalement urbain: une station-service, un parking de centre commercial, un péage, une bretelle d’accès à l’autoroute ou un rond-point. Beaucoup de ronds-points.


Eric Dobro Photos a écrit:@ericdobro
Blocage des routes du 17 novembre pour le département 04 mise à jour !
Rond point Nord de l autoroute à Sisteron.
Rond point de l autoroute Les Mées.
Rond point Super U à Manosque.
Please faites plutôt des copier coller que des partages,
Partagez... https://www.facebook.com/100000701810747/posts/2187706114596094/

Voici des extraits d’un article publié sur le site de France 3 Hauts-de-France, qui recense les blocages annoncés dans la région :
Herlies : les automobilistes mèneront une opération escargot en direction de Lille. Ils se donneront rendez-vous à 13h sur le parking du rond-point des 4-Chemins.
Cambrai : le rond-point de Petite-fontaine ainsi que les stations essence environnantes seront bloqués.
Orchies : l’A23 sera bloquée au niveau du pont de Carvin à partir de 9h. Les stations d’Auchan et d’Intermarché seront également inaccessibles.
Amiens : plusieurs points de rassemblement ont été donnés, notamment à Carrefour Amiens Nord, à la zone industrielle ou encore la gare dès 7h30.
Péronne : blocage du rond-point de l'avenue de l'Europe à côté de la sortie Péronne Nord de l'Autoroute A1 (Lille-Paris). Les trois rond-points à l'entrée de la ville pourraient également être bloqués.


Plan du blocage du rond-point de Petit-fontaine à Cambrai.

« Nous allons nous rejoindre sur un parking de centre commercial à Sens », témoigne encore le créateur d’un groupe Facebook local appelant au blocage. Dans le territoire marqué par l’étalement urbain, le rond-point devient l’équivalent logistique et symbolique du rôle joué par la place dans les mouvements de protestation de centre-ville, dont l’expression française fut la tenue, place de la République à Paris, du rassemblement Nuit Debout. La place conserve, à gauche, une connotation politique forte, comme en témoignent encore récemment le cas de l’aménagement du quartier de La Plaine à Marseille, ou le mouvement politique lancé par Raphaël Glucksmann, baptisé « Place publique ».

À l’opposé de cette culture politique, en tout cas assez loin de ses habitudes, l’automobile devient le langage de la protestation des mouvements périphériques. Si les unes et les uns se réunissent en grappes humaines, forment des assemblées et des cortèges, nourrissant une culture politique marquée par les grands mouvements sociaux, les luttes passées qui peuplent l’imaginaire collectif du « peuple de gauche » et un idéal de démocratie directe et participative, les autres, dans un rapport au corps et à l’espace différent, forment des « opérations escargot » et autres figures chorégraphiques d’un grand ballet motorisé qui se danse depuis l’intérieur de son habitacle. C’est par le « périph » que les manifestants ont prévu de rouler (et non de marcher) sur Paris. C’est aussi sur le périphérique des grandes villes que se sont réunis plusieurs groupes locaux pour préparer la journée du 17 novembre.

À l’heure enfin où les flux de données ont tendance à prendre le dessus sur les flux matériels, tous les lieux n’ont pas la même charge symbolique ni la même efficacité politique. Des manifestations peuvent bloquer des flux logistiques importants et avoir une portée faible sur le plan des symboles : la manifestation bloquante annoncée pour le 17 novembre pourrait donc passer inaperçue depuis les centres des grandes agglomérations, à la fois sur le plan territorial, du fait de l’éloignement physique des zones de blocage, et en raison des bulles de filtres propres à chaque camp sur les réseaux sociaux. La dissociation des expériences aggravant un peu plus le fossé entre France des places et France des ronds-points.

voir aussi « Les gilets jaunes, une jacquerie numérique », Francis Brochet Le Figaro, 09/11/2018


quoi qu'il en soit, si c'est indéniablement un mouvement social, les syndicats ne le soutiennent pas (encore) sauf des syndicats de policiers par une grève des PV

on peut même dire que c'est un mouvement revendicatif de base, puisqu'il demande à l'État de payer le carburant moins cher

15 novembre

un texte critique du  « pseudo mouvement des Gilets jaunes ». Mes commentaires dessous

C’EST JAUNE, C’EST MOCHE ET ÇA PEUT VOUS POURRIR LA VIE…
Défense Collective 14 novembre 2018
Pourquoi nous n’irons pas au 17 novembre ?


intro, sous-titre et conclusion. Gras dans le texte
Ce 17 novembre n’a pas encore eu lieu que pourtant déjà fleurissent un peu partout des commentaires qui érigent cet appel en « mouvement » . On parle ainsi d’agrégat de colères diverses et variées, de vent de révolte populaire au sens strict du terme, et de formes de mobilisation échappant aux organisations conventionnelles. Un mouvement social aux formes inédites et capable de dépasser la situation sociale actuelle serait en gestation ? Pour l’heure, le moteur et le seul trait commun de l’ensemble des appels à l’action est une grogne antifiscale, devant se manifester par le biais d’un blocage routier…

« On bloque tout » ? On rit jaune…
La « France périphérique » s’en va-t-en guerre
Bonnets rouges et gilets jaunes : l’extrême droite reprend des couleurs

La politique de la défaite : adieu lutte des classes, bonjour « peuple en colère »


Tout de même un minimum conscients de mettre le doigt dans un engrenage douteux, des commentateurs tels que Nantes Révoltée mettent judicieusement en garde contre la tentation d’endosser un gilet jaune « sans esprit critique », quand d’autres comme Rouen dans la rue concèdent prudemment que ce « mouvement » est « confus ». Quel degré de cécité volontaire est nécessaire pour être si complaisant envers un mouvement dans lequel on identifie clairement la marque de l’extrême droite ? Il n’y a là aucune naïveté : les divers articles sur le sujet ne manquent pas de dresser la comparaison avec des mobilisations effectivement assez similaires ; les Bonnets rouges, bien sûr, mais aussi le « Jour de colère » ou encore le mouvement Poujade dans les années 50, en somme des épisodes lors desquels l’extrême droite s’est trouvée particulièrement forte et mobilisatrice. La question saute aux yeux : mais qu’irions-nous faire dans cette galère ?

À en croire les articles en question, il se passerait pourtant quelque chose d’intéressant, quelque chose qui serait plus prometteur que les grèves « inutiles » des mouvements sociaux des dernières années. Dans un retournement assez stupéfiant, on en vient même à prétendre que ces gilets jaunes ont déjà presque accompli davantage que le camp du mouvement social depuis 10 ans, alors que rappelons-le, cet événement n’a pas encore eu lieu, et ne peut assurément pas prétendre à la dénomination de « mouvement ».

On touche là le nœud du problème : un opportunisme à peine dissimulé, motivé par la défaite, qui serait prêt à se ranger derrière les mots d’ordre les plus flous et les mobilisations les plus réactionnaires, pourvu que ça bouge, qu’il se passe quelque chose. Quitte, pour cela, à mettre en concurrence les « gilets jaunes » apolitiques, interclassistes et antigrève d’un côté, et de l’autre les syndicats qui ont encore la prétention minimale de se battre face au patronat, et affirmer que les premiers sont en passe de gagner là où les seconds ont échoué. Gagner quoi, pour qui ? Comme on l’a rappelé, le mouvement Bonnets rouges, en plus de structurer l’extrême droite bretonne, a abouti sur la satisfaction des revendications patronales ; encore une grande victoire pour le prolétariat…

C’est cette focalisation sur l’échec du mouvement social qui conduit tant de monde à trouver un quelconque intérêt dans un faux blocage économique, appelé par des chefs auto-désignés, aux côtés de patrons et d’entrepreneurs. Historiquement, l’extrême droite a souvent existé sur un mode concurrentiel au camp révolutionnaire bien qu’elle se présente souvent (d’autant plus lorsque la période n’est pas à son avantage) sous le masque de l’apolitisme : il s’agit d’une option politique qui peut être prise par des prolétaires à la place de la lutte des classes, lorsqu’ils estiment que celle-ci a échoué ou ne présente plus d’intérêt.

C’est donc dans les moments de défaite de notre camp que l’extrême droite fait son beurre, agrégeant des « colères » structurées dans une lecture populiste, qui aurait la prétention de nous allier au patronat honnête contre les « élites corrompues ». Dans un tel contexte, même si l’action et le rôle des syndicats est évidemment critiquable et dépassable, s’attaquer aux modes d’action habituels des mouvements sociaux, les taxer d’inutilité et regarder avec bienveillance la naissance d’un mouvement qui a pour ambition de jeter aux oubliettes la lutte des classes, ce n’est décidément pas se placer du côté des prolétaires ni adopter une perspective révolutionnaire ou émancipatrice.

c'est un texte intéressant (symptomatique), d'analyse classiste et classique, anticitoyenniste et anti-fasciste. Étonnamment, ou pas, il n'y est pas question d'écologie, pourtant au centre d'un bras de fer sur la base du "capitalisme vert", ni du fait que si La France Insoumise appelle à cette journée de protestation, le RN de Marine Le Pen, s'il agit en sous-main et sur le terrain, n'y appelle pas. S'il engrange, c'est en termes d'organisation, de structuration interclassiste, politiquement à terme pour un carton (jaune ?) aux Européennes

le label "mouvement social" a tellement de succès depuis les années 90 qu'il s'agirait de montrer que celui-ci n'en est pas un, alors qu'il en a toutes les apparences ; je ne vois pas l'enjeu de cette guerre des mots. Quoi qu'il en soit, cette mobilisation s'adresse à l'État avec une telle ampleur qu'il est à ce stade assez gêné pour tenter d'y répondre par des mesures préventives de désamorçage sans doute un peu vaines

dans "TOUT EST POLITIQUE !"

16 novembre

du Pays virtuel au Pays réel ?


titre par allusion à Benjamin Griveaux confondant Marc Bloch et Charles Maurras opposant pays légal et pays réel. Ici le problème se pose, tant que les manifestations n'ont pas eu lieu, de savoir si la réussite préalable sur Facebook/Tweeter... se transformera en capacité, sinon d'organiser, de rassembler, donc de passer du pays virtuel au pays réel

Gilets jaunes : ce ne sont ni des professionnels, ni des politiques,
selon les renseignements

Timothée Boutry et Jérémie Pham-Lê Le Parisien 16 novembre 2018

Dans une note, les renseignements* ont établi le profil des Gilets jaunes, un mouvement venu de la base, en dehors des champs partisans ou syndicaux.

* le SRCT reprend les fonctions des ex RG, voir l'historique : Service central du renseignement territorial
Ni des professionnels, ni des politiques. Si l’on voulait une nouvelle preuve de la spontanéité du mouvement des Gilets jaunes, la note du service central du renseignement territorial (SCRT) que nous nous sommes procurée sur les « profils des initiateurs de l’événement Facebook Blocage national contre la hausse du carburant le samedi 17 novembre 2018 » le confirme.

Dans ce document en date du 29 octobre, révélé par RTL, les policiers du renseignement évoquent « des internautes aux profils plutôt neutres ne révélant aucun engagement militant ». Un mouvement venu donc de la base, en dehors des champs partisans ou syndicaux.

« Huit initiateurs du mouvement identifiés »
Les enquêteurs pensent avoir identifié huit initiateurs, à partir de leurs comptes Facebook : cinq hommes et trois femmes âgés de 27 à 37 ans. A une exception près, ils résident tous en Seine-et-Marne. « Le contenu des profils des créateurs de l’événement est, pour l’essentiel, à caractère familial et expose, parfois, sans restriction privative, la vie personnelle de ces internautes qui affichent notamment une passion commune pour les véhicules automobiles. Aucune proximité avec des groupes à risque n’a, jusqu’à présent, été détectée », constate le SCRT. Le ciment de ce noyau originel est donc à rechercher au niveau de l’attrait pour la voiture.

De fait, les policiers constatent la situation inconfortable dans laquelle se trouvent les professionnels du transport (syndicats et entreprises). Car s’ils protestent contre la hausse du carburant, cette grogne ne se traduit pas par des appels officiels à manifester samedi aux côtés des Gilets jaunes. « Sur le plan national, une majorité de professionnels privilégie une sensibilisation parlementaire en vue d’interpeller les pouvoirs publics, notamment lors de l’officialisation de la suppression du taux réduit, qui touche plus particulièrement les artisans et les petites entreprises ». Une vision en somme très classique de la négociation.

Difficile de mesurer par avance la traduction sur le terrain
Les pouvoirs publics sont donc confrontés à un phénomène plus mouvant. Les policiers observent à quel point la mobilisation sur les réseaux sociaux a été efficace et s’est propagée dans la société. « Depuis sa mise en ligne, l’appel à la mobilisation contre la hausse des carburants pour le 17 novembre 2018 est largement relayé dans la quasi-totalité des départements de métropole. Malgré de nombreuses ressemblances, il interpelle un public plus large que l’opposition au passage à 80 km/h sur le réseau secondaire mené à l’époque, principalement, par la Fédération française des motards en colère (FFMC) et le mouvement Colère (NDLR : au mois de janvier, ce mouvement informel initié également sur les réseaux sociaux avait appelé à manifester contre la baisse de la limitation de vitesse) ».

La relative volatilité de ces nouveaux modes de mobilisation collective est donc un défi pour les services de renseignement qui peinent à en mesurer par avance la traduction réelle sur le terrain. Le SCRT rappelle que le mouvement Colère avait comptabilisé 162 000 mentions d’intérêt sur les réseaux sociaux mais que la manifestation du 27 janvier n’avait rassemblé que 11 200 personnes.

Plusieurs désengagements de leaders
« Si beaucoup d’actions sont envisagées sur les réseaux sociaux par le mouvement contre la hausse des carburants, il convient d’attendre que ces annonces soient suivies de démarches auprès des préfectures », explique prudemment la note. Les policiers ont d’ailleurs constaté que plusieurs leaders sur Internet s’étaient désengagés après un contact avec l’administration en « réalisant la responsabilité de l’organisation de ce type d’action ».

Malgré ces difficultés d’anticipation, le SCRT mise sur un mouvement d’ampleur : « l’appel à mobilisation contre la hausse des carburants dépasse désormais les initiatives similaires lancées par le passé par des organisations structurées (associations, syndicats, partis politiques). Touchant le plus grand nombre, il recueille sur Internet toujours plus de soutiens. 157 points de blocage sont annoncés, à l’heure actuelle, dans 75 départements de France métropolitaine. »

la non absence de leaders objectifs est donc un point sur lequel certains radicaux sont (presque) d'accord avec la police :
Le mouvement des gilets jaunes tiendrait également sa spécificité d’une forme d’organisation éclatée « jamais vue ». Il se structurerait informellement autour de Facebook, sans chef identifiable. On tient là le nœud du problème, puisqu’à vouloir prendre pour vérité le miroir déformant d’Internet, on passe à côté des éléments les plus importants d’analyse. Tout d’abord, il est faux de considérer que ce mouvement est un tant soit peu horizontal ou sans chef, c’est un effet de complète dispersion des mots d’ordres qui procure cette impression. Même Libération (ici) nous le rappelle : « Dans ces mouvements grassroots venus d’Internet, le chef, c’est l’admin de la page Facebook. Rien de plus. »

C’EST JAUNE, C’EST MOCHE ET ÇA PEUT VOUS POURRIR LA VIE…
Défense Collective 14 novembre 2018

ces chefs virtuels ne sont donc ni des politiques ni des organisateurs de terrain, mais il y a, aurait, récupération politique. Les mêmes antifacistes nous assurent que « des Bonnets rouges au Gilets jaunes, l’extrême droite reprend des couleurs » et que « La seule analyse intéressante à produire concerne la nature du mouvement, et les effets qui se produiront à l’intérieur même de sa réalisation politique. Et la principale menace que porte le mouvement des gilets jaunes est bien ici : il a toutes les caractéristiques du terreau idéal qui va permettre à l’extrême droite de se structurer. »

franchement, autant les Nuits Debout, pseudo-autoorganisées, ont permis, via Ruffin, au vote Mélenchon de se structurer au demeurant avec d'ex-militants, autant là je n'en sais rien. Penser que 3 Français sur 4, qui soutiennent les Gilets jaunes, serait dupes d'une issue politique nécessairement d'extrême-droite, c'est vraiment les prendre pour des imbéciles. Si les partis (RN, FI et gauche du PS) espèrent en récolter les fruits, ce sera dans la montée de la colère anti-Macron pour la traduire dans les urnes aux élections européennes de 2019 et municipales de 2020

si j'ai bien compris le souci de la police et donc de l'État, c'est la difficulté d'encadrer des manifestations, au demeurant pas toutes légales (déclarées), qui ne sont pas conduites par des organisations institutionnelles, partis, syndicats ou associations. Et pas besoin d'être organisé pour y participer. Ce serait au fond une belle démonstration anti-politique d'auto-organisation sur le tas, et cette perte de contrôle, les gauchistes ne l'aiment pas plus que les flics. Quant aux partisans de l'auto-organisation directe et autre Black Blocs, il y a de quoi les rendre jaloux d'un tel blocage ou qu'il inquiète le Premier Ministre : « Bloquer un pays n'est pas acceptable. »

quoi qu'il en soit je conseille à ma lectorate d'adopter d'emblée ce type de gilet (il existe naturellement aussi en noir)


PS : mes autres billets sur les Gilets Jaunes sont dans SOCIÉTAL ET/OU SOCIAL ? Initialement, le 10 novembre, j'interrogeai la nature de ce mouvement et la part du sociétal/culturel dans sa montée. Les RG nous disent que les initiateurs ont Une passion commune : les rassemblements automobiles. Pour se rassembler, faut payer l'essence...


Dernière édition par Patlotch le Mar 4 Déc - 22:42, édité 9 fois

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Sam 17 Nov - 14:33


carton jaune

extrait de LA PAROLE EST À LA DÉFONCE, hier

bon d'accord, j'en mets partout du Gilet jaune, je surfe sur l'actualité, je fais dans la Presse People, je compte y gagner 7.056 lecteurs (et lectrices), mais c'est que je trouve ça vraiment intéressant, si si, autant parce ce que ça fait, ou fera, que par ce que ça fait écrire. Tenez, celui-ci, je le trouve particulièrement con, c'est à ce titre que je lui donne la parole. C'est pas son mépris qui me choque, mais sa connerie. Il en met pas une dedans, c'est à lire pour penser le contraire, ou presque

dès le titre, c'est barré pour l'abonné d'âne : il y a en France 2 millions d'abonnés au câble pour 43 millions de véhicules dont 3 millions de deux roues motorisés, à peu près autant de détenteurs du permis de conduire, et les abonnés au câble ne sont pas socialement portés à se manifester ensemble, ni d'ailleurs les consommateurs de PQ

Gilets jaunes : le retour du Français moyen, très moyen
Laurent Sagalovitsch Slate.fr 16 novembre 2018

Cette fois c'est l'essence. La fois prochaine, ce sera le papier-cul. Ou l'abonnement au câble.
Ce n'est un secret pour personne mais le Français est de nature gueulard. Métaphysiquement insatisfait, philosophiquement râleur, psychologiquement malheureux, il traîne sa mauvaise humeur aux quatre coins de l'Hexagone. Rien ne va jamais. Tout part toujours en couilles: le pays, l’identité nationale, la jeunesse, les politicards, les élites mondialisées, les gens qui nous gouvernent qu'ils soient de droite, de gauche, du centre, les petits branleurs de la cité d'en face, les connards de tout bord qui empêchent les honnêtes travailleurs de vivre de leur labeur. Les étrangers qui n'en foutent pas une et s'empiffrent à nos dépends. Les assistés de tout poil qui se sucrent sur le dos des contribuables. Les glandouilleurs de travailleurs immigrés qui envoient tout leur blé au bled et vivent entre-temps des aides sociales. Alors que nous, c'est marche ou crève.

Tout pour les autres, rien pour ma gueule.

Cette fois c'est l'essence. La fois prochaine, ce sera le papier-cul. Ou l'abonnement au câble. Tous ces trucs décidés dans les ministères juste pour emmerder le peuple pendant que ces messieurs de la haute administration s'en mettent plein les fouilles. Tandis que nous, on crève debout. Oui, on crève. On n'en peut plus. On est à bout. Le frigo est vide, les moutards agonisent de faim, le clébard n'a plus à rien à béqueter, on n'arrive même plus à se chauffer, tout augmente, le coût de la vie, les prix des espadrilles, la part de pizza, la portion de Reblochon, la bouteille de rosé.

C'est la fin du monde, la fin des haricots, le début de la fin. Le matraquage fiscal, le matraquage tout court. Tout le temps. On en a marre. Marre, vous comprenez cela? Les impôts par-ci, les radars par-là, les taxes tout au long de l'année. Ras-le-bol. On veut notre mort, c'est pas possible autrement. La mort du peuple français. La strangulation du coq gaulois. La pendaison de la vache charolaise. Et pendant ce temps-là, à Paris, à Bruxelles, ces cochons de haut fonctionnaires ventripotent comme des porcs avec leur voiture de fonction, leur secrétaire particulière, leur bouteille de champagne au petit-déjeuner. Des enflures. Tandis que nous on trime, on tire la langue, on bosse nuit et jour sans que pour autant nos conditions de vie s'améliorent.

La France des aigris, des rassis, des mécontents de tout poil, de tout bord, de tout horizon. La France cocardière, la France qui rouspète comme d'autres p..ent, la France xénophobe, nationaliste, pas raciste pour un sou même si, il faut bien le reconnaître, on est de moins en moins chez nous. La France éternelle, poisseuse, ringarde, poujadiste, pétainiste, souverainiste, trumpiste. La France complotiste, zémmouriste, calculatrice. La France du repli, du chacun chez soi, du dénigrement permanent. La France du « tous pourris sauf moi et maman ». La France du « c'était mieux avant ».

La vieille, la très vieille France. Qui crève de peur. Qui rêve d'autorité, de rétablissement de la peine de mort, qui n'a que le mot sécurité à la bouche. Qui trouve que Poutine sait y faire. Que Trump n'a pas raison sur tout mais que quand même, sur le fond, il n'a pas complètement tort. Qui veut des barbelés, des miradors à chaque carrefour parce que les étrangers, les migrants sont là, prêts à débarquer, à nous envahir, à nous chasser de chez nous. Qui trouve qu'on leur cache la vérité. Qu'on ne leur dit pas tout. Que les journalistes, ces vendus logés dans des palaces parisiens, passent leur temps à mentir, complices des politiques parisiens qui ne comprennent rien à la réalité du pays.

La France des beaufs, des Dupont-la joie, des Bigard, de Jacquie et Michel, de Nadine Morano, la France vulgaire et grossière, la France qui au fond n'en a strictement rien à foutre de la France qui souffre vraiment, des sans-logis, des itinérants, des précaires, des enfants mal-nourris, des familles décomposées qui s'épuisent à rester dignes malgré le chômage, la pauvreté vraie, la mise à l'écart, la vie dans les taudis que personne ne veut voir.

La France sous son jour le plus blafard.

tiens, c'est comme si je disais que Laurent Sagalovitsch est payé par Slate.fr, filiale d'un magazine en ligne américain ayant (la filiale française) pour principaux actionnaires les banquiers Benjamin et Ariane de Rothschild, qui en ont tant « à foutre de la France qui souffre vraiment, des sans-logis, des itinérants, des précaires, des enfants mal-nourris, des familles décomposées qui s'épuisent à rester dignes malgré le chômage, la pauvreté vraie, la mise à l'écart, la vie dans les taudis que personne ne veut voir », comprendre, comme l'écrit X, le démago-gauchiste sur Indymédia : « Petite leçon d'économie : Les plus pauvres n'ont pas les moyens de se déplacer en bagnole. »

mais je le dis pas, ce serait antisémite, et je veux pas passer pour un Français aussi moyen que Laurent Sagalovitsch

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alors que la mobilisation est en cours, montrant une moindre ampleur qu'annoncée, deux articles sortis du lot

le premier émane d'un ami d'Alain de Benoist, intéressante à comparer avec le texte épinglé de Slate.fr, plus haut


Les gilets jaunes, nouveaux «ploucs émissaires» ?
François Bousquet Le Figaro 17/11/2018

François Bousquet voit dans la jacquerie des «gilets jaunes», et le mépris dont elle fait l'objet, le symptôme du déclassement de la France périphérique.

François Bousquet est journaliste et écrivain. Il participe à la revue Éléments. Il a publié notamment La droite buissonnière (éditions du Rocher, 2017), un essai sur l'influence de Patrick Buisson sur la droite française.


Philippe Hugen / AFP

Les gilets jaunes font l'objet d'un mépris de la part du pouvoir, et les récentes déclarations du président de la République, avec son timide mea culpa au 20 heures de TF1, n'y changeront rien. Depuis longtemps, cette France périphérique et ses habitants ont été immolés sur l'autel de la mondialisation. Ce sont les nouveaux «malgré-nous». Nulle sollicitude médiatique à leur encontre, à la différence des migrants. L'assignation à résidence est leur condition historique puisque la liberté de circulation a pris pour eux la forme d'une relégation territoriale dans le périurbain, la ruralité et les petites agglomérations. C'est une sédentarité subie. Où aller? Les centre-villes sont hors de prix et les banlieues hors-sol.

C'est l'élite-kérosène en butte au populisme-diesel.

L'histoire est ancienne. Dès 1947, le géographe Jean-François Gravier, ancêtre de Christophe Guilluy, soulignait, dans un livre qui rencontra un écho retentissant à sa parution, les extraordinaires disparités territoriales françaises : Paris et le désert français. On avait quelque peu oublié ces fractures territoriales, mais elles sont réapparues aux yeux de la France entière au soir du premier tour de la dernière présidentielle à travers la géographie du vote en faveur de Marine Le Pen. Depuis, plus rien, ou presque, jusqu'au mouvement des gilets jaunes. Macron a bien créé un ministère de la Cohésion des territoires, mais... qui en connaît le titulaire ? Personne. Et de fait on a découvert le nom de Jacques Mézard le jour où il a quitté son ministère à l'occasion du remaniement d'octobre. Tout indique que Jacqueline Gourault, qui lui a succédé, connaîtra le même sort. La France, on la survole en avion. C'est l'élite-kérosène en butte au populisme-diesel. Cette élite rêverait-elle d'une politique de développement séparé, en d'autres termes : la mise en place d'un apartheid territorial ? La conception que se fait Macron du progressisme, dont il s'est fait le chantre, relèverait alors du darwinisme social (la théorie de l'évolution appliquée au champ de l'économie).

On n'ose dire que le pays légal s'est coupé du pays réel, de peur de se fâcher avec Benjamin Griveaux confondant Marc Bloch et Charles Maurras. Mais si Christophe Guilluy et quelques autres n'avaient pas exhumé ce pays réel, le pays légal en ignorerait jusqu'à l'existence. De loin en loin, il y a bien un politique comme Jean Lassalle pour entreprendre d'en parcourir les contours ou un journaliste comme Gérald Andrieu pour en sillonner les frontières (Le peuple de la frontière). Le reste du temps, ce monde est rejeté dans les ténèbres extérieures, un trou noir d'où ont émergé, il y a une quinzaine de jours, ces lucioles dans la nuit que sont les gilets jaunes fluorescents.

Cette méconnaissance de la France périphérique est si profonde que les éditorialistes donnent le sentiment de l'appréhender dans une perspective quasi-ethnologique, entre curiosité perplexe, incompréhension et vague inquiétude. Mais qui sont donc ces Papous des hauts plateaux du Limousin, ces sans-culottes à bonnet rouge du Finistère, ces sans-dents à gilet jaune du Pas-de-Calais ? On prenait leur résilience pour de la résignation si bien qu'on est presque surpris de les voir élever une protestation du fond de leur double détresse, culturelle et sociale. Quoi ! Les gueux ont l'outrecuidance de se révolter. S'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent des brioches ! S'ils n'ont pas de voitures, qu'ils roulent en Vélib' ! Naguère signe extérieur de richesse, la voiture s'est ainsi transformée en moyen de déplacement des «ploucs émissaires», pour reprendre le bon mot de l'irremplaçable Philippe Muray.

La France périphérique est si profonde que les éditorialistes donnent le sentiment de l'appréhender dans une perspective quasi-ethnologique.

À écouter certains commentateurs, on se croirait même dans Le Dîner de cons, avec Thierry Lhermitte, au chevet d'une province arriérée peuplée de clones de Jacques Villeret, de sosies de Johnny et d'indigènes gaulois indécrottablement archaïques. Des « gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel. Ce n'est pas la France du XXIe siècle que nous voulons », suivant la sortie de l'inénarrable Benjamin Griveaux, porte-parole d'un gouvernement qui semble ignorer que la voiture est le seul moyen de locomotion pour une écrasante majorité de Français (deux tiers des Parisiens, mais pas les ministres, on s'en doute, se rendent à leur boulot en transports en commun, 7 % sur le reste du territoire). Et le diesel, le carburant le moins cher.

Mais plus encore qu'une fronde contre le prix du diesel, l'écotaxe, les radars, la limitation de la vitesse, c'est l'expérience quotidienne de l'injustice dans laquelle ils se trouvent plongés et du déni médiatique dans lequel ils sont maintenus qui a poussé les gilets jaunes à se soulever. Avant toute chose, ils ont besoin de considération. Car ce qui se joue, c'est bel et bien une lutte pour la reconnaissance. Or, cette lutte n'est pas même reconnue. Toutes les politiques dites de reconnaissance chères à la philosophe anglo-saxonne ne s'adressent qu'aux minorités, sexuelles ou ethniques, pour lesquelles elles ont été conçues, pas aux majorités déclassées qui entrent toujours par effraction dans l'actualité, coup de pistolet dans le ciel sans nuage de l'élite : le référendum sur le traité de Maastricht, le premier tour de la dernière présidentielle, l'enterrement de Johnny.

Déni, indifférence, mépris. Les médias nationaux ne célèbrent pour ainsi dire jamais la France périphérique, exception faite du JT de Jean-Pierre Pernaut, qui en livre une image mythifiée fonctionnant comme un anxiolytique qui entretiendrait la fiction d'une campagne inchangée, ce qu'elle n'est plus depuis longtemps. Car la réalité de cette France périphérique est aussi éloignée du regard condescendant des élites parisiennes que de la vision patrimoniale et pétrifiée des conservateurs orwelliens. Elle est même devenue à beaucoup d'égards un non-lieu. Il suffit du reste d'observer dans le détail la carte de France des blocages en ce samedi 17 novembre pour voir qu'elle se confond avec l'étalement périurbain dont les temples emblématiques sont les zones commerciales, les stations-essence des «hypers» et les ronds-points, un monde dans lequel il est inconcevable qu'on puisse faire 500 mètres à pied pour aller acheter son pain.

La carte de France des blocages en ce samedi 17 novembre se confond avec l'étalement périurbain dont les temples emblématiques sont les zones commerciales, les stations-essence et les ronds-points.

Ici aussi donc, on retombe sur les deux grands blocs historiques qui s'affrontent : les «Anywhere» (ceux de nulle part) et les «Somewhere» (ceux de quelque part), pour reprendre la terminologie de David Goodhart. Aux premiers, l'urbanisation verticale - l'Olympe jupitérien, le gigantisme des tours, la «start-up nation» - ; aux seconds, la périurbanisation horizontale galopante. Ce que les Américains appellent «Suburbia», l'habitat pavillonnaire à perte de vue qui a multiplié les oasis individuelles. Si on doit d'ailleurs ramener le rêve américain des classes moyennes - très largement plébiscité par les catégories populaires (il suffit de s'intéresser à la sociologie des prénoms pour s'en assurer) - à sa plus simple expression, il tient en deux mots: la voiture et le pavillon. L'une étant la condition de l'autre, et les deux réunis le symbole d'une vie bonne, quoiqu'à crédit.

S'il y a toutefois une nouveauté dans ce mouvement des gilets jaunes, c'est que cette fois-ci l'incendie est collectif, les départs de feu contagieux. Jusqu'à présent, la France périphérique se présentait en ordre dispersé, des bonnets rouges confinés à la pointe de la Bretagne à la récente démission de soixante-dix élus nivernais privés de ressources par l'État. Comment en aurait-il été autrement au vu de son éclatement géographique ? Or, pour la première fois, la hausse du prix des carburants est parvenue à cristalliser et à fédérer toutes les rancœurs au niveau national. C'est donc un pays à l'unisson, soutenu par une très large majorité de Français, qui s'apprête à bloquer les axes routiers. Mais quelle que soit l'ampleur de ces blocages, on ne voit pas trop sur quoi ils pourraient déboucher. Le gouvernement cédera ponctuellement, se contentant de-ci de-là d'allouer quelques aides et autres primes à la casse (il a déjà commencé). Mais l'autre casse, celle du territoire, ne s'en poursuivra pas moins.

Rien de nouveau sous le soleil, dira-t-on. Les révoltes populaires ont certes pris à travers les âges tant de visages différents, couvert tant de fronts, qu'il est assurément impossible d'en dresser une typologie. Il n'empêche : toutes ces protestations (et les protestations antifiscales furent de très loin les plus nombreuses) - des Jacques, Croquants et autres Nu-pieds jusqu'aux boutiquiers poujadistes - raconte la même histoire depuis le Moyen-Âge tardif où elles commencèrent, avec la naissance de l'État : celle d'un échec programmé, tant il est dans la nature de ces soulèvements d'être des phénomènes irruptifs, spontanés et passagers. Au nom de quoi la révolte des gilets jaunes échapperait-elle à cette fatalité de l'échec ? Tout l'appelle, au grand regret des populistes, jusqu'à la composition socioprofessionnelle du mouvement (interclassiste), mêlant artisans, ouvriers, intérimaires, auto-entrepreneurs, chauffeurs routiers, ce qui n'est pas sans évoquer les « fureurs paysannes », lesquelles réunissaient « les trois ordres du royaume reportés à l'échelle du clocher », comme l'a dit un historien.

On a fait grand cas de la politisation du mouvement, à tout le moins de sa récupération partisane ou syndicale, mais la vérité, c'est que la révolte des gilets jaunes, pareille en cela à la plupart des révoltes (ce en quoi elles constituent l'exact antonyme des révolutions), est plus impolitique encore qu'elle n'est faiblement politisée. Or, c'est de politique qu'a besoin la France périphérique pour la tirer de son marasme économique et identitaire. L'homme ou la femme politique qui sera capable de tenir ce langage sera assurément susceptible d'en recueillir les suffrages. Les gilets jaunes auront alors vengé les ploucs émissaires.

le second article est d'une géographe

Mobilisation des "gilets jaunes" :
"Nous sommes plus face à une colère qu'une révolte"

propos recueillis par Vincent Daniel France Télévisions 17/11/2018

La mobilisation qui se tiendra samedi est régulièrement comparée à une jacquerie, en référence aux révoltes paysannes contre des taxes. Une comparaison pas forcément pertinente aux yeux de Béatrice Giblin, géographe.

La mobilisation des gilets jaunes en préparation, à Nantes (Loire-Atlantique), le 16 novembre 2018.La mobilisation des gilets jaunes en préparation, à Nantes (Loire-Atlantique), le 16 novembre 2018. (MAXPPP)

DIRECT. Mobilisation des "gilets jaunes" : environ 124 000 manifestants et plus de 2 000 rassemblements à la mi-journée, selon le ministère de l'Intérieur

je souligne en gras
Quelle sera l'ampleur de la mobilisation ? Les "gilets jaunes", un mouvement nouveau, protéiforme, émanant de collectifs de citoyens en colère sur les réseaux sociaux contre les hausses de taxes sur les carburants, mais pas seulement, ont prévu environ 1 500 actions partout en France, samedi 17 novembre, mais seule une centaine d'entre elles ont été déclarées en préfecture. Malgré la baisse des prix à la pompe constatée, les "gilets jaunes" comptent bien perturber ou bloquer samedi les accès aux villes, aux aéroports ou aux dépôts de carburant, ainsi que les grands axes routiers. Sur les pages Facebook des appels à manifester, on peut constater une agrégation des colères qui dépasse largement la question des carburants. Que se cache-t-il derrière cette mobilisation inédite ? Franceinfo a posé la question à Béatrice Giblin, géographe et auteure du Paradoxe français : entre fierté nationale et hantise du déclin (éd. Armand Colin).

Franceinfo : Que révèle le mouvement des "gilets jaunes" qui s'est construit sans syndicat, ni parti politique ?

Béatrice Giblin : Nous sommes face à l'expression d'une colère liée à un sentiment d'injustice. Les carburants ne sont que le révélateur de quelque chose de plus large pour des gens qui se disent : "C'est toujours sur nous que ça tombe". Avec les carburants, ils payent des taxes dans la même proportion que les plus riches. C'est l'"automobiliste vache à lait". Et cela fait partie du reproche fait à Emmanuel Macron d'être le président des riches.

En un mois, on a pu voir sur les réseaux sociaux les revendications des "gilets jaunes" s'élargir. La question des taxes sur les carburants est parfois reléguée derrière la démission d'Emmanuel Macron...

Ce n'est pas un mouvement construit ou rationnel, donc tout y passe. Là, nous sommes face à quelque chose d'extrêmement hétérogène, un phénomène de ras-le-bol. Il est impossible par exemple de faire un personnage-type du "gilet jaune". Il y a des personnes avec des intérêts très différents. On compte ainsi des gens qui sont à cinq euros près pour leur plein d'essence. Mais on entend aussi des discours réclamant de payer moins d'impôts, tout en voulant plus d'Etat, plus de services publics... Il y a des paradoxes dans les modes de vie.

Comme le fait de s'être installé à la campagne, d'avoir une ou deux voitures et d'en avoir besoin le samedi pour faire ses courses. On ne demande pas des comptes à la famille Mulliez qui y a mis ses Auchan, ses Boulanger, ses Kiabi, ses Leroy Merlin, ses Flunch, etc. en périphérie urbaine ou aux élus locaux qui ont permis cela. Ce sont des questions d'aménagement du territoire sur 30 ans. De même, on est conscient du réchauffement climatique, mais que fait-on ?

Certains observateurs comparent les "gilets jaunes" avec une jacquerie. Cela vous semble-t-il pertinent ?

Peut-être en raison de l'aspect spontané de la mobilisation, mais la comparaison s'arrête là. Il s'agissait de révoltes paysannes qui n'avaient pas lieu dans des démocraties. Elles étaient très localisées et ne se diffusaient pas. Face à des taxes imposées de façon injuste par la royauté, des gens qui vivaient une situation insupportable et douloureuse se révoltaient. Aujourd'hui, nous sommes plus face à une colère qu'une révolte.

De la même façon, on compare cette mobilisation aux "bonnets rouges", mais ce n'est pas du tout la même chose. Les "bonnets rouges" n'étaient pas un mouvement spontané, c'était organisé, il y avait des leaders identifiés et c'était localisé en Bretagne. Les militants bretons savent se faire entendre. Là, la géographie du mouvement sera intéressante à regarder.

Comment cette mobilisation massive sur le web va-t-elle se traduire sur le terrain ?

Même si je ne doute pas que les gens mobilisés seront nombreux, on peut être frappé par le faible nombre de déclarations en préfecture. Les médias ont contribué à donner une épaisseur et une réalité que n'ont pas encore ces "like" sur les réseaux sociaux. Un clique, ce n'est pas la même chose que de prendre sa voiture, sur un temps défini et bloquer une voie publique... C'est un mouvement qui bénéficie d'une couverture médiatique absolument exceptionnelle, certainement parce que c'est inédit et parce qu'on ignore comment cela va se passer... Donc cela suscite une grande curiosité médiatique.

Pour autant, les "gilets jaunes "ne sont pas une construction médiatique...

Attention, je ne dis pas qu'il n'y aura pas de mobilisation, ni de conséquences ou d'impacts à cette journée du 17 novembre. Mais on voit partout cette carte de France où il y a des points jaunes partout. Cela donne l'impression que la France est jaune, que le pays entier va se mobiliser toute entière. C'est une fausse représentation qui donne une image de puissance.



(DR)

Derrière un gilet jaune sur cette carte, il y aura peut-être un péage de bloqué ou un carrefour coincé par 30 ou 40 personnes, ce n'est pas rien ! Mais ce n'est absolument pas toute la France bloquée, comme le laisse croire cette carte. Cela me fait penser aux cartes de certains médias lors des émeutes en banlieue en 2005, ça laissait penser que la France était à feu et à sang. Certes, les choses étaient très sérieuses, mais ce n'était heureusement pas le cas. On peut aussi observer sur les réseaux sociaux une mobilisation, ou une expression, de personnes qui ne sont pas d'accord avec les "gilets jaunes". Mais on n'en parle pas. C'est frappant, c'est comme si tous ceux qui ne suivent pas les "gilets jaunes" se taisaient ou n'existaient pas.

de 3/4 des Français qui soutiendraient le mouvement selon un sondage, à 120.000, chiffre probablement sous-estimé, c'est la différence entre mobilisations virtuelle et réelle. Le "pays réel" est entre les deux


Dernière édition par Patlotch le Sam 24 Nov - 9:33, édité 3 fois

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Sam 17 Nov - 23:11

mise à jour permanente

prolétariat, es-tu là ?

une lutte massive sur le salaire dans une forme inédite

une "lutte sur le salaire", c'est pour les marxistes une lutte sur le pouvoir d'achat, y compris le salaire indirect déduit des impôts et taxes

les analyses nous diront peut-être la proportion parmi les Gilets jaunes d'ouvriers, de prolétaires industriels en activité, au chômage ou retraités. Mon petit doigt me dit qu'elle est au moins aussi importante que dans les manifs contre la loi travail, exceptée dans les cortèges de militants syndicaux. Quoi qu'il en soit, selon la même source officielle (la remontée des préfectures), qui donne 287.710 participants, « À titre de comparaison, la plus grosse manifestation contre les ordonnances réformant le code du travail qui a eu lieu le 21 septembre 2017 avait rassemblé 224.000 personnes en France. » et « contre la loi Travail dite El-Khomri, le 31 mars 2016, 390.000 personnes avaient défilé dans toutes la France.» Évidemment, les syndicats chiffraient le double ou proche du million symbolique, et là, ils ne vont pas la ramener, car c'est pour eux une sérieuse défaite, et mieux vaut la minimiser. Les radicaux anti-État, anti-politique et anti-syndicats non plus, pour apprécier le succès d'une action directe auto-organisée, dont fort peu ont parlé, ou en antifascistes, comme les médias, mais au nom du prolétariat...

il y aurait de quoi alimenter la controverse sur le prolétariat comme classe, la perspective de sa constitution en classe révolutionnaire. Beauf et populiste pour les uns, annonciateur de la révolution pour les autres

il me semble que dndf s'avance beaucoup en publiant, avec sa réactivité et son flair prolétarien coutumiers, le texte C’est jaune, c’est moche et ça peut vous pourrir la vie… en le disant « Basique… c’est une première analyse…». Ce n'est en tout cas pas une analyse dans la ligne générale de Théorie Communiste. On attendra les commentaires venant éclairer cette contradiction

si l'image illustrant ce texte antifasciste, dans son déni de réalité, représente quoi que ce soit de cette révolte, je me fais curé




2008, l'année du gilet jaune obligatoire

de Slate.fr encore, pas toujours à côté de la plaque

Les «gilets jaunes» ou le monde du travail abandonné
Denis Maillard Slate.fr 13 novembre 2018

On pouvait s’attendre à ce que les syndicats, officiellement chargés de défendre le monde du travail, s’emparent du sujet. Ce n'est pas le cas.


Des policiers évacuent des «gilets jaunes» lors d'une manifestation contre l'augmentation des prix du carburant, le 9 novembre 2018 à Albert (Somme). | Philippe Huguen / AFP

je souligne en gras
La France connaîtra-t-elle un véritable blocage samedi 17 novembre ? Il est encore trop tôt pour le dire même si certains signes de préparatifs laissent penser qu’elles et ils seront nombreux à sortir leur gilet jaune ce jour-là. D’ores et déjà, la mobilisation est massive sur les réseaux sociaux –là où elle est née– et dans l’opinion. 65% des Français approuvent ce mouvement et 78% des ouvriers et employés (contre seulement 46% des cadres) lui apportent leur soutien, selon un sondage BVA pour La Tribune.

Perçue d’abord comme une révolte fiscale contre l’augmentation des taxes sur les carburants, la mobilisation des «gilets jaunes» s’est peu à peu gonflée d’autres significations (des cahiers de doléance appelant à la suppression de l’augmentation de la CSG sur les retraites pourraient même être remplis). Le journaliste Jean-Laurent Cassely y voit, à juste titre, une «révolte de la France des ronds-points».

Il remarque en effet une opposition entre deux modes de vie : d’un côté, les personnes –plutôt urbaines– pour qui la «bagnole» est un repoussoir et ces blocages un véritable égoïsme social se souciant seulement de pouvoir continuer à polluer comme avant; de l’autre, celles pour qui l’automobile n’est pas seulement un objet utilitaire qu’on pourrait remplacer par des transports en commun ou des véhicules électriques, mais un «objet de culture, d’esthétique, de loisir. Du tuning à la photo artistique, elle reste un signe de statut pour une partie de la population, alors même qu’une autre partie de la France s’éloigne de plus en plus de ce modèle de civilisation automobile au point d’en ignorer les codes». De ce point de vue, le rond-point est le marqueur de cette «civilisation automobile». C’est autant un symbole de liberté permettant de ne jamais vraiment s’arrêter en s’insérant dans un flux continu que le symbole d’une contrainte impliquant de freiner sa course, à l’instar des radars ou de la limitation de vitesse à 80 km/h, autant d’obligations, d’ailleurs, qu’une France privilégiée ferait peser sur l’autre plus fragile.

L’augmentation du prix du carburant, associée à une certaine culpabilisation des Françaises et Français qui ont quotidiennement besoin de leur voiture –en leur expliquant qu’ils sont responsables de l’aggravation de la dégradation de la santé du climat–, n’est pas seulement perçue comme une agression contre un mode de vie, elle est aussi vécue comme une atteinte à la possibilité de travailler, un camouflet infligé à celles et ceux qui sont obligés de prendre leur voiture pour se rendre à leur travail ou occuper leur emploi.

On pouvait donc s’attendre à ce que les syndicats, officiellement chargés de défendre le monde du travail, s’emparent du sujet et soutiennent à leur tour le mouvement du 17 novembre. Mais rien n’est moins vrai.

Priorité aux luttes contre l’extrême droite et le changement climatique

Les réactions syndicales aux blocages prévus le 17 novembre reflètent moins les préoccupations des «gilets jaunes», travailleurs de villes moyennes et du périurbain peinant à boucler les fins de mois, que celles de chaque organisation.

Ainsi, la CGT dénonce le mouvement parce qu’elle y reconnaît « clairement une mobilisation d’extrême droite ». Elle s’interroge toutefois sur « l’apparent engouement massif pour cette mobilisation […] alors qu'[elle] pein[e] à créer un rapport de force suffisan t». La centrale de Montreuil voit bien que « pour certains, ce genre de mobilisation, et la réponse aux revendications portées, apparaissent plus compatibles avec leur niveau d’engagement et plus atteignables en terme revendicatif ». Tandis que « la société civile organisée, dont font partie les syndicats, serait déconnectée des préoccupations, disqualifiés tant sur le fond que sur la forme, pour contester et porter un certain nombre de sujets et obtenir des résultats ».

Pour la CGT, les mobilisations en un clic ne valent rien. Elle appelle donc à une manifestation classique contre le chômage et la précarité le 1er décembre à Paris. Peu importe, comme on a l’a montré ailleurs, que la manifestation de République à Bastille ne fasse plus recette, il ne faut rien changer… C’est un peu, en creux, la position adoptée par François Hommeril, le patron de la CFE-CGC lorsqu’il explique au Monde que les syndicats sont toujours «gênés» quand « un mouvement de la société civile prend une forme qu’[ils] aur[aient] pu organiser »; il dénonce, lui aussi, le manque d’indépendance politique.

« Le modèle actuel n’est pas écologiquement soutenable »

De son côté, la CFDT « comprend et soutient les salariés qui manifestent leur mécontentement face à une nouvelle hausse des prix du carburant ». Mais « l’appel au blocage du 17 novembre n’est pas la réponse la plus adaptée ». En effet, le véritable objectif de la CFDT est de lutter contre le réchauffement climatique, ce qui « nécessite un changement de comportement dont nous ne pouvons plus faire l’économie ». Condamnés d’un côté parce qu’ils seraient trop proches de l’extrême droite, les travailleurs des villes moyennes et du périurbain le sont cette fois-ci parce qu’ils ne comprennent pas l’urgence climatique.

C’est en quelque sorte la position de Sud-Solidaires qui rejette l’extrême droite et « le modèle actuel (qui) n’est pas écologiquement soutenable ». Le syndicat appelle donc à « travailler sur les alternatives énergétiques mais aussi sur l’accroissement des réseaux de transport en commun »... mais aussi sur l'augmentation des salaires. Tout en un !

Empêtrée dans une crise liée à la démission de son secrétaire général, Force ouvrière est quant à elle muette sur le sujet : elle ne consacre sur son site qu’une revue de presse à la grogne fiscale et a réalisé l’exploit d’envoyer un communiqué consacré à la hausse des carburants pour demander une « prime transport » sans mentionner la journée du 17 novembre. Il n’y a que le syndicat Unité SGP Police FO qui s’est démarqué de la Confédération en demandant à ses policiers adhérents de ne pas verbaliser les manifestants le 17 novembre. Une manière de soutenir ces derniers et de répondre à ce qui apparaît comme l’une des craintes majeures des «gilets jaunes» : être pénalisés par la gendarmerie et la police ou subir des provocations de leur part.

Quoi qu’il en soit, derrière ces réactions officielles, c’est une part du monde du travail, composée de salariés modestes et de retraités, de routiers au long cours et de transporteurs locaux, de livreurs et de représentants, de professions libérales et d’auto-entrepreneurs, qui est ainsi abandonnée par les organisations syndicales et renvoyée, de fait, dans les bras de ceux qui cherchent à capter le mouvement à leur profit, extrême droite en tête. La critique des syndicats adressée aux «gilets jaunes» est en quelque sorte une prophétie auto-réalisatrice.

Les organisateurs des blocages du 17 novembre l’ont d’ailleurs si bien compris qu’ils se méfient en retour des syndicats. Dans un post Facebook publié le 12 novembre sur l’une des pages les plus suivies du mouvement, Éric Drouet se situe directement en réaction aux organisations syndicales. Prenant exemple sur Mai 68 – la référence la plus citée dans les commentaires sur Facebook, peut-être aussi la référence historique la mieux identifiée en matière de mouvement social populaire – il explique que ce que les syndicats ont obtenu en négociant, l’État le leur a repris depuis. Il invite donc à ne pas présenter de revendications qui pourraient faire l’objet de négociations. Ce n’est pas la peine, ce n’est pas le sujet non plus.

À l’heure de l’individualisation des relations sociales, le conflit organisé ne fait plus recette : soit on se débrouille par soi-même, soit on passe à l’action directe à partir d’une mobilisation sur les réseaux sociaux. Ce qui donne à cette journée de blocage du 17 novembre un visage particulier à cheval entre un mouvement de citoyens, de consommateurs, de contribuables et de travailleurs. C’est à partir d’une de ces positions dans la société que les «gilets jaunes» prennent la parole –d’où le blocage essentiel des ronds-points– non à partir d’un lieu officiel (une adhésion à un syndicat, un boulevard où manifester, une préfecture où négocier…). Cela les éloigne un peu plus des syndicats et les rend proprement incompréhensibles alors qu’il s’agit d’une manière d’être sociale qui est en jeu.

La révolte du «back office» de la société ?

À la suite des réflexions de Jean-Laurent Cassely rassemblées dans son ouvrage La révolte des premiers de la classe (Arkhe éditions, 2017), j’avais proposé une grille d’interprétation des phénomènes sociaux reposant sur une différence entre un back office de la société, composé d’une classe de serviteurs dont le travail est contraint et souvent invisible, et un front office où le travail se fait dans la lumière et peut aisément être mis en scène dans une narration de soi ou sur les réseaux sociaux. Plus phénoménologique que statistique, fondée sur l’expérience vécue du travail, cette distinction (pondérée par le degré d’autonomie dans son travail) me paraissait compléter les oppositions en termes d’inclusion ou d’exclusion, de niveau de diplôme, d’intégration à la mondialisation, de dispersion géographique ou de sédentarisation, en réinstallant le travail au centre de la compréhension politique.

Le 17 novembre, c’est une partie de ce back office qui compte donner de la voix et se rendre visible. C’est l’alliance de tous ceux qui ne veulent pas rester à la remorque d’une société qui semble ne plus vouloir d’eux, de ce qu’ils sont et qui leur renvoie au visage le signe de leur extrémisme, de leur ringardise, de leur pollution…

Toutefois, cette mobilisation se fait dans un style propre à la représentation du monde que partagent ces travailleurs du back office : le blocage du flux des échanges routiers émane paradoxalement de ceux qui en sont aussi les plus dépendants. C’est pour cette raison que le blocage a été initialement prévu un samedi – ce que ne comprend pas la CGT qui en fait un de ses axes de critique du mouvement : le samedi, c’est le moment où ces travailleurs contraints disposent d’un peu de temps à eux qu’il peuvent alors investir dans des combats sociaux.

C’est aussi un des risques que prennent les «gilets jaunes» : passé ce samedi de blocage, le mouvement est-il susceptible de se maintenir durant la semaine comme le demandent les organisateurs ? En d’autres termes, une grève de la voiture et des ronds-points est-elle possible en dehors de structures organisées de type syndicales ? Une rotation des bloqueurs va-t-elle se mettre en place au risque d’affrontements avec la police ? Un financement participatif sur une plateforme numérique de crowdfunding peut-il voir le jour comme une marque de soutien à un mouvement né à l’origine sur les réseaux sociaux ? A priori, le mouvement cherche encore ses marques et réfléchit aux débouchés politiques de son action en même temps qu’il en prépare les modalités concrètes pour le 17 novembre et les jours suivants.

Fernand Pelloutier, l’organisateur des Bourses du travail qui furent à la naissance du syndicalisme au XIXe siècle, voulait que les travailleurs possèdent « la science de leur malheur » afin de n’être pas, comme le dit pertinemment le poète américain Wendell Berry, « une foule dont le mécontentement n’a pas dépassé le niveau des slogans »; ajoutant aussitôt qu’« une foule qui comprend les raisons de son mécontentement et qui en connaît les solutions nécessaires est une communauté vivante, dont il est impossible de ne pas tenir compte ». C’est cette « science de son malheur » que les travailleurs du back office de notre société tentent plus ou moins maladroitement de mettre au jour à travers l’action directe; une science directement appliquée, pourrait-on dire. Dommage que les syndicats ne le comprennent pas, eux, si prompts pourtant à enfiler leurs gilets fluo.

il n'est pas que les syndicats (la direction de la CGT avec sa grille de lecture antifasciste...) pour être seuls à ne pas comprendre ce qui se passe. À trop vouloir opposer "peuple" et "prolétariat" quand le premier remplace le second dans le discours, on ne voit plus son action de classe dans son impureté interclassiste

du texte antifasciste relayé par dndf
Quel degré de cécité volontaire est nécessaire pour être si complaisant envers un mouvement dans lequel on identifie clairement la marque de l’extrême droite ?

On en vient même à prétendre que ces gilets jaunes ont déjà presque accompli davantage que le camp du mouvement social depuis 10 ans, alors que rappelons-le, cet événement n’a pas encore eu lieu, et ne peut assurément pas prétendre à la dénomination de « mouvement ».

On touche là le nœud du problème : un opportunisme à peine dissimulé, motivé par la défaite, qui serait prêt à se ranger derrière les mots d’ordre les plus flous et les mobilisations les plus réactionnaires, pourvu que ça bouge, qu’il se passe quelque chose. Quitte, pour cela, à mettre en concurrence les « gilets jaunes » apolitiques, interclassistes et antigrève d’un côté, et de l’autre les syndicats qui ont encore la prétention minimale de se battre face au patronat, et affirmer que les premiers sont en passe de gagner là où les seconds ont échoué. Gagner quoi, pour qui ? Comme on l’a rappelé, le mouvement Bonnets rouges, en plus de structurer l’extrême droite bretonne, a abouti sur la satisfaction des revendications patronales ; encore une grande victoire pour le prolétariat…

dndf se plante en relayant une analyse antifasciste comme étant "basique" au sens de ses références théoriques habituelles (Théorie Communiste, TC, qui vient pourtant de consacrer un numéro entier à démontrer que la lutte des classes n'était pas pure, mais c'est vrai du côté de la "race", pas du salaire...)

car c'est à l'évidence de la part des prolos qui y participent, au sens où TC le conçoit, une lutte sur le salaire, en quelque sorte une lutte revendicative même si s'y mêlent des revendications patronales. Les quelques miettes lâchées par le gouvernement pour tenter de désamorcer ce mouvement social, c'est du salaire indirect. Martinez en convient aujourd'hui : « Tout en regrettent sa récupération par « une minorité », le leader syndical juge « légitime » les manifestations des Gilets jaunes et réclame une augmentation des salaires. » source Ouest-France. La mort du syndicalisme dans l'âme, il regrette de ne rien contrôler de ce mouvement social


FRANCK DUBRAY / OUEST-FRANCE

en attendant les commentaires sur dndf, on pourra se reporter à ceux d'Indymédia Nantes, pour une fois balancés
À Rouen les amis des enfichés de la zad suivent la même voie que leurs amis et l'assume...
https://rouendanslarue.net/gilets-jaunes-en-voiture-notes-sur-le-17-novembre/
"Il va falloir s’habituer à l’idée que mettre le nez dehors c’est toujours prendre le risque d’avoir de mauvaises fréquentations…"

Bref les gilets jaunes ne sont pas chimiquement purs mais en étant anti centralistes de part le bordel qu'ils peuvent planter, la gauche et ses acolytes ne peut que les rejeter comme une forme venimeuse pour ses efforts d'encadrement des dynamiques sociales. Donc les désigner comme objectivement d'extrême droite pour ne pas entendre la remisé en cause sous jacente du verrouillage actuel du modèle politique en place. Après tout, février 1917 commence par une marche de protestation de femmes contre le rationnement du pain...

"... Un mouvement qui a pour ambition de jeter aux oubliettes la lutte des classes". Défense collective
croit vraiment que les bourgeois et les classés moyennes supérieures iront se faire chier dans les bouchons avec leurs caisses flambant neuves... Difficile à croire. Bien sûr c'est pas les participants à la lutte contre la loi travail qui feront le gros des bouchons... Mais par chance il n'y a pas de Peppe Grillo à la française -pour le moment--et comme lors de Nuit debout - qui pouvait aussi déraper vers n'importe quoi dans certains bleds comme Béziers au hasard- va se poser la question des contenus politiques qui s'y exprimeront ou pas... Ce n'est pas comme avec les curés de la manif pour tous qui ont sciemment choisi l'angle d'attaque et le terrain. Oui rouler pollue mais la mobilité est une nécessité décisive qui de tout temps à structuré la société. Chevalier ce n'était pas la piétaille qui... Allait à pied ! Et aujourd'hui idem, le prolo roule en caisse quand le bourge prend l'avion.
La lutte des classes ne se manifeste que rarement clairement surtout quand elle est comme aujourd'hui face à un dispositif inédit de détournements, de captations, de dévoiement, mais il faut faire le pari du premier pas qui coûte le plus et aussi de la mise en cause du pouvoir macronien et de ses technos par la rue : changement d'ambiance garanti.

Vous ânonnez les poncifs du MEDIA ! Ce mouvement ressemble à la Pool Tax qui avait fait tomber Thatcher et pas à un remake de Gérard Nicoud au pays des bisounours!!!

L'analyse est intéressante mais est trop catégorique. C'est bien d'avoir une grille d'analyse mais il faut savoir aussi s'interroger plus finement avant de cracher sur tout ce qui bouge. Clair qu'à Rennes, les organisateurs ont l'air gratiné mais on ne peut pas passer à côté du fait qu'un tas de personnes veulent se mobiliser car la vie est trop chère... Et puis aucun mot sur l'écologie quasiment, c'est chelou, la DC caricature le marxisme...



pour les amateurs d'«enquêtes ouvrières »,
deux articles de la « presse bourgeoise »


La voiture leur est indispensable, pour se rendre au travail. Les habitants de la périphérie rennaise sont mobilisés contre la hausse des carburants. Mais la contestation des « gilets jaunes » traduit un « ras-le-bol » plus général, lié à des fins de mois difficiles. Témoignages de quelques-uns, rencontrés ce samedi matin.



Rassemblement de gilets jaunes à Cap-Malo, à La Mézière, au nord de Rennes,
samedi matin, avant le départ pour la rocade.
OUEST-FRANCE

Les habitants de la périphérie rennaise sont mobilisés contre la hausse des carburants. Mais la contestation des « gilets jaunes » traduit un « ras-le-bol » plus général, lié à des fins de mois difficiles. Témoignages de quelques-uns, rencontrés ce samedi matin.

Les quatre sœurs : Carolane, Sonia, Andréa et Sylvina, de 21 à 32 ans.

Elles sont fières d’être, ensemble, de ce mouvement atypique qui illustre le « ras-le-bol » d’une France rurale et périurbaine. À la dernière présidentielle, aucune n’a donné son bulletin de vote à Emmanuel Macron. « On voudrait qu’il y ait un vrai changement. Qu’on arrête de nous prendre pour des cons. Là, nous sommes juste des pompes à fric. »

Andréa travaille dans la restauration et gagne 1 500 € net/mois. Elle louait un appartement qu’elle a quitté parce que « c’était trop cher pour mon budget. Une fois les charges payées et les courses pour manger, il ne me restait plus grand-chose ». À 29 ans, elle est retournée vivre chez sa mère. « La France est belle… », peste-t-elle.

« Pour un plein de courses, l’autre jour, j’ai payé 300 € »
Sa sœur Carolane, 26 ans, gagne un peu plus que le SMIC (1 153,82 € net mensuel). « J’ai 1 200 € pour un 35 heures. Pour un plein de courses, l’autre jour, j’ai payé 300 €, sans viande ni lessive. J’ai une fille de 2 ans, je fais comment  ? »

Vendeuse dans une boulangerie, elle prend sa voiture pour aller travailler. Elle a acheté une maison à Bonnemain, à 45 km de Rennes, où elle héberge temporairement sa petite sœur, Sonia, qui « met de l’argent de côté, pour passer le permis de conduire. Mais je ne veux pas tout mettre dans l’essence, après… »


« On voudrait qu’il y ait un vrai changement. Qu’on arrête de nous prendre pour des cons. Là, nous sommes juste des pompes à fric. » OUEST-FRANCE

Yannick, 54 ans
Cet habitant des Côtes-d’Armor dit avoir vu le fossé se creuser entre les politiques et les travailleurs. « Le gouvernement est déconnecté du monde du travail. » Il a le sentiment d’être lui-même pris au piège. Le prix de l’immobilier l’a éloigné de la ville. Mais il dépense toujours plus en carburant.

« On ne peut pas éviter de prendre la voiture quand on habite à des kilomètres de notre travail. J’ai vécu pendant quarante-trois années, à Rennes. Ma femme et moi voulions y construire une maison, mais c’était impossible. Même à Vern-sur-Seiche, il fallait compter 120 €/m2. Alors nous sommes partis à 45km de Rennes. »
Il a décidé de rejoindre le mouvement des « gilets jaunes » plutôt que de « râler sans rien faire » .

« Les vacances, c’est quinze jours pas plus »

Il se souvient de sa mère qui élevait, seule, ses six enfants. « Toute la famille partait ensemble en vacances, un mois dans l’année. Aujourd’hui, ma femme et moi nous travaillons tous les deux, avec des salaires corrects. Moi, je touche 2200€ par mois et ma femme 900€, à temps partiel. Nous ne sommes pas les plus malheureux, mais même avec deux salaires, on n’y arrive plus. Alors les vacances, c’est quinze jours pas plus. »


« Je paie 900€ par mois pour mes déplacements professionnels, alors que j’étais à 500€ par mois, il y a moins d’un an. » OUEST-FRANCE

Maxime, 24 ans
Le jeune homme s’est enroulé d’une couverture, à cause du froid. Il est arrivé tôt pour exprimer son « ras-le-bol contre l’augmentation des prix : le péage augmente, le carburant aussi… » Commercial à son compte, il roule 2000 km chaque mois. « Le prix du baril diminue (1), à un niveau inférieur à 2016. Mais aujourd’hui, je paie 900€ par mois pour mes déplacements alors que j’étais à 500€ par mois, il y a moins d’un an. » Il espère que le mouvement fera « bouger les choses » . Et que le gouvernement recule, notamment, sur les prochaines hausses des prix du carburant.

(1) Cours du baril de pétrole en euros : 49.78 €. Prix au litre (1 baril = 159 litres) : 0.313 €.

Paroles de gilets jaunes : « A la fin, les pauvres n’auront plus le droit de rouler »
Mathieu Livoreil L'Union 17/11/2018


... trop de coups bas pour la France d'en bas »

Les propos suivants ont été recueillis ce matin, au rond-point de Thillois puis celui de la route de Witry-lès-Reims.
Patrick, 62 ans, chauffeur de bus : « J’en ai ras-le-bol des taxes. C’est aussi parce qu’il n’y a pas de syndicats que je suis là ce matin. Macron, j’ai cru en lui. L’Europe, j’y ai cru aussi mais là, c’est bon, y en a marre. »

Yoann, 24 ans, éboueur en intérim : « Le carburant, c’est la goutte d’eau. Il y a aussi la taxe d’habitation, les impôts, la nourriture… C’est la première manifestation de ma vie. »

Karl, 42 ans, salarié dans l’industrie du médicament : « Cette journée, c’est pour dire le raslebol du coût de la vie. Le prix de l’essence, les médias ne parlent que de ça mais c’est juste la mèche. Si on est là, c’est à cause du rapport entre le salaire et le coût de la vie. L’Histoire dit qu’il n’y a jamais eu d’avancée sociale sans violence. Là, les Français ont bien compris qu’on se foutait de leur gueule. Aujourd’hui, il faut marquer les esprits. Les syndicats ? Ils ne sont pas là mais on a quand même besoin d’eux. »

Pierre-Maël, 22 ans, peintre-carrosier : « Moi, je gagne 1400 euros par mois, 1600 grâce aux heures sup’ et j’ai du mal à mettre 100 euros de côté par mois. Quand je vois qu’à l’Elysée, ils prennent pour 450000 euros de vaisselle, c’est n’importe quoi ! Aujourd’hui, c’est une manifestation citoyenne, on est là pour parler des salaires, pas du travail ! »

Mickaël, 35 ans : « Je suis là parce qu’on en a ras-le-bol. On est trop taxés partout. C’est la première manifestation de ma vie ! »

Patrick, 65 ans, retraité : « C’est la première fois que je suis mobilisé, je n’ai jamais fait un jour de grève de ma vie. Je touche 1400 euros de retraite, elle n’a pas été revalorisée depuis cinq ans et là, j’ai perdu 25 euros de CSG et la coût de la vie – essence, etc – augmente. . C’est toujours les mêmes qui se serrent la ceinture ! Ce qui va se passer, c’est qu’à la fin, les plus pauvres n’auront plus les moyens de rouler ou de fumer ! »

Propos recueillis par Mathieu Livoreil

de ces témoignages, il y en a plein les journaux. Voir encore LCI : Les fermetures d'usine se sont multipliées à Amiens. Sur place, les revendications des gilets jaunes dépassent la contestation de la hausse des prix du carburant. (c'est pas Ruffin qu'il faut entendre...)

il semble que pas mal de participants aient élargi la base "bagnole" virtuelle à une revendication salariale réelle...

les médias ont certes joué le rôle de caisse de résonance, mais pas dans le sens de la majorité des articles, éveillant la méfiance des participants. Même le contenu des appels initiaux sur Facebook a été dépassé, sont venus beaucoup qui ne s'expriment pas sur les réseaux sociaux, transformant la portée de ce mouvement en lutte sociale

c'est aussi une forme d'action directe autoorganisée, un modèle du genre court-circuitant syndicats, partis politiques, qui n'en sont pas à l'origine même s'ils ont couru après ou marginalement agi en sous-main pour le canaliser plus tard vers les urnes (Ruffin à Amiens, Mélenchon à Paris, Wauquiez au Puy, Le Pen depuis la Bulgarie où elle réunissait l'extrême-droite européenne...)

si ça annonce quelque chose, très loin, trop loin, c'est que l'insurrection contre le capital n'aura pas l'allure qu'attendent tous les gauchistes, et qu'ils sont bien foutus de ne pas la voir venir, de même qu'ils ne voient pas l'activité de leur prolétariat quand elle est là. Ils préfèrent se boucher le nez, genre c'est jaune, ça pue...

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Mar 20 Nov - 13:56

19 novembre

via dndf, encore un texte d'analyse sur la ligne anti-populiste de droite. Mes commentaires dessous

à propos des gilets jaunes
Guillaume Deloison Facebook 19/11/2018

les fautes d'orthographe sont dans le texte
La colère ne donne pas la science infuse. La colère est nécessaire à l’émancipation mais n’est pas toujours émancipatrice. L’horizon prolétarien et tout ce qui lui est lié, service publique, parti politique, syndicat, s’effondre car il est hérité d’une autre période. Mais il ne mobilise plus non pas simplement car il ne fait plus sens avec la situation actuelle mais aussi parce que depuis des décennies nous faisant face à une répression à touts les niveaux de toute mobilisation quelque peu subversive et émancipatrice. Si nous perdons ce n’est pas juste parce qu’essoufflés, mais parce que mutilé, et lorsqu’on voit comment son traité les gilets jaunes, autant dans la presse que par les CRS qui leur offre du serum phy’, il n’y a pas de doute à voir la dynamique réactionnaire qui s’exprime ici. Ce n’est pas simplement gangrené par la droite ou l’extrême droite, cela en est l’expression même dans sa banalité. Le capitalisme privilégiera tous ce qui lui évitera sa fin, notre émancipation. Il nous faudra plus que le spontanéisme de la colère pour organiser sa fin.

Mais ce mouvement est plus complexe et il serait bien simpliste de le réduire à l’expression clair et organisé de la réaction, car a vrai dire c’est surtout la banalité de la réaction qui s’affiche ici, la confusion et tous ce qui témoigne de la décomposition politique des consciences. Parce que beaucoup sont de droite par défaut et sans même le verbaliser. On peut espérer qu’en se confrontant au politique cette agrégat de colère mette à jour les fractures sociales, que les jaunes comprennent ce qui les divisent plus que ce qui les réunie artificiellement, le nationalisme. Peut être que beaucoup comprendrons que le peuple n’existe pas, il n’est qu’une chimère qui masque toutes les fractures sociales, fracture de classe, de genre, de race auquel il faut s’attaquer. L’union ne se proclame pas mais se construit dans l’abolition de ce qui nous divise et nous hiérarchise. Le mouvement est surement préférable à l’apathie, mais il n’y a rien de pire que la réaction. Nous n’avancerons pas, dans et contre cette confusion avec de simple posture, il n’y a pas d’espoir à avoir, tous reste à faire et la lutte continue.

Il n’y a aucune concession à faire, participer à cette confusion nous desservira, le populisme est toujours au service de la réaction, affrontons les avec discernement, comme nous luttons contre les insoumis qui avec cet événement achève leur transition vers la réaction. Ne laissons pas ce jaune nous éblouir, leur colère ne doivent pas en invisibilité d’autres, comme celle de Marseille qui s’exprime ces temps à la plaine.

j'ai moi aussi, à travers photos et reportages, vu des drapeaux français (plus souvent aucun drapeau), entendu quelques Marseillaises (parfois refusées), lu qu'ici où là s'étaient manifestés homophobes, islamophobes et anti-Noirs (ici). Les CRS interviennent majoritairement pour débloquer autoroutes, raffineries et dépôts pétroliers. Alors je n'en démords pas : un mouvement social, une lutte s'analyse à partir de faits massifs, de ses contenus, mots d'ordres et revendications majoritaires, et de sa composition sociale. Comme disait un commentaire sur Indymédia, on retrouve ici la grille d'analyse anti-populiste des médias voire de ceux proches du pouvoir (des exemples plus haut), bien plus qu'une analyse de classe dont se réclament pourtant et Deloison et dndf, hors la référence de principe à la révolution prolétarienne. Il a presque les qualités que reproche TC26 au militant "ouvrier conceptuel", sans parler de cette contradiction, dire que « L’horizon prolétarien ne mobilise plus non pas simplement car il ne fait plus sens avec la situation actuelle » et accorder au clivage politique droite-gauche une telle importance, dans une confusion avec le clivage de classe

j'ai dit ailleurs qu'on ne pouvait analyser les luttes actuelles à l'aune des contenus que l'on assigne à une révolution prolétarienne (« l'horizon prolétarien » comme s'il était une certitude, voir LE CONCEPT DE RÉVOLUTION et sa structure d'horizon). Personne n'est à convaincre que nous ne sommes pas face à une situation révolutionnaire, mais je ne saisis pas bien comment l'on peut appliquer à ce qui est ici nouveau, inédit, une grille de lecture normative typiquement gauchiste, ramenant ce mouvement à « l’expression même dans sa banalité » de « la droite ou l’extrême droite ». Je saisis encore moins pourquoi dndf, donc Théorie Communiste, relaie cette analyse sans commentaire

deux choses sont passées à la trappe dans ce texte quasi hors-sol par son absence de faits concrets, hormis ceux sélectionnés pour la démonstration : son caractère non organisé par les partis et syndicats, et son contenu revendicatif "sur le salaire" au-delà des taxes sur les carburants

déjà les jours précédents et plus encore depuis, tous les partis politiques d'opposition courent après : Gilets jaunes : l’opposition appelle à la poursuite du mouvement (Le Monde d'hier). L'article cite Les Républicains, le Rassemblement national, Les Patriotes, le NPA, le PCF et bien sûr Les Insoumis, et il est possible que dans les urnes, cela s'équilibre peu ou prou, d'autant qu'on ignore la proportion d'abstentionnistes passés ou futurs parmi les Gilets jaunes

qu'on le veuille ou non, ce mouvement est sans doute celui qui, depuis des années, a mobilisé le plus grand nombre de prolétaires en même temps que les mots d'ordre syndicaux d'en-haut n'ont pas empêché des militants d'en-bas d'y participer. Cela mérite sans doute de sortir avec plus de discernement une véritable "analyse de classe"

à comparer, de Jean-Louis Roche hier sur son site Le prolétariat universel : VIVE LE MOUVEMENT DES GILETS JAUNES ! Assez de résignation !

plus que tout, je pense que ce type de mouvement traduit la contradiction entre économie (social) et écologie, sur le terrain du capitalisme vert (la transition énergétique) et c'est à cet égard une première. La question ne se pose pas en terme de soutien ou participation aux "gilets jaunes", mais par le fait que cette contradiction de classe, embarquant aujourd'hui la problématique écologique dans les contradictions de l'économie politique, est centrale. Il faut donc s'attendre à ce qu'il se démultiplie parce que c'est une caractéristique importante de la période


parmi les analyses, celle, toujours intéressante de Jérôme Sainte-Marie : « Les «gilets jaunes» font converger des électorats populaires jusqu'ici opposés » : « un puissant révélateur des clivages sociaux. Le soutien au mouvement de trente points supérieurs chez les employés et ouvriers que chez les cadres. [...] Quant aux participants eux-mêmes, les témoignages disponibles et les échanges que j'ai pu avoir avec certains d'entre eux attestent du caractère populaire, à tous les sens du terme, de la mobilisation. » Il ne faut sans doute pas ici confondre populaire et populiste...
Ainsi lorsque l'on proclame que la «lutte des territoires» a remplacé la «lutte des classes»: que la seconde existe fait débat, mais la réalité de la première me semble brumeuse. Les résultats des élections et des sondages montrent bien des différences géographiques, mais une fois que l'on a pris en compte la dimension sociologique de la répartition de la population selon les territoires, ces contrastes s'estompent. Donc, au sujet du mouvement des «gilets jaunes» aussi, la dimension horizontale, celle du territoire, me paraît fille de la dimension verticale, celle de la situation sociale.

PS : je ne comprends pas toujours Guillaume Deloison, sur tweeter où il a diffusé ce texte, il a "aimé" ma réaction : par le seul fait que je réagisse ou pour son contenu opposé au sien ?
Guillaume Deloison a écrit:y'a effectivement tout une analyse de classe à poussé plus loin, c'est juste un billet d'humeur. Mais même si il y avait une majorité de prolétaire ça n'en ferais pas de facto un mouvement plus emancipateur.
Patlotch a écrit:le critère "émancipateur" n'est pas à l'ordre du jour, il s'agit d'une lutte "sur le salaire", comme disent les marxistes (TC en particulier), c'est ici que réside son caractère de classe, mais il n'est que revendicatif (curseur de la plus-value, non lutte contre la règle du jeu)

pour Louis Chauvel, une fracture au sein des classes moyennes
(cad la paupérisation voire la prolétarisation de celles d'en bas)


20 novembre

prolétariat, es-tu là ?

suite 2

je retiendrais volontiers la thèse d'une révolte des couches moyennes d'en-bas, ou du « bas de la classe moyenne », pour autant que le concept de "classe moyenne" tienne si j'ose dire la route

cela pose tout de même la question de la discerner du prolétariat, quand on le réduit à la classe ouvrière industrielle, pour quelques raisons dont :
- des niveaux de salaires équivalents ;
- des trajets domicile-travail grévant lourdement les revenus*
* à cet égard, si 60 à 80% des Français vont au travail en voiture, et si les cadres ont des trajets plus longs, la part du carburant les impactent moins. Corréler la mobilisation gilets jaunes aux distances selon les régions et périphéries des villes serait instructif. Il y a bien une spécificité du coût des carburants dans le coût de la vie selon la classe sociale. Je n'ai trouvé sur ce sujet que des enquêtes et statistiques ne croisant pas ces critères

concernant donc la place des ouvriers relativement aux gilets jaunes, nous avions vu qu'ils soutenaient le mouvement à 78%. Nous apprenions hier que les chauffeurs routiers ne se joindraient pas aux blocages en raison de leur impossibilité de faire grève pour des questions de fric

ci-dessous un article d'un satellite du PCF. Bon d'accord, comme J-L. Roche du Prolétariat universel, de vieux fossiles du programmatisme ouvrier, mais ils n'ont pas moins de flair prolétarien pour autant


Le gilet jaune, ce n’est pas que ce bout de tissus qu’ont de façon obligatoire suite à une directive européenne les automobilistes dans leur voiture. C’est surtout un des vêtement portés par les ouvriers. Sur les chantiers dans les usines, en gilet ou en parka, il recouvre bien souvent le bleu de travail. Le gilet jaune (ou rouge, ou orange) c’est le vêtement des cheminots, des agents électriciens gaziers, des agents des routes de la DIR, des conseils départementaux ou des autoroutes, celui des personnels des aéroports, des travailleurs du BTP, des caristes et des magasiniers, des chauffeurs routiers, des dockers….

On comprend encore mieux pourquoi le régime Macron, c’est à dire le pouvoir de l’Union Européenne et ses grands patrons méprise les gilets jaunes. Il s’agit de mépris de classe. De ce mépris de la reine Marie Antoinette criant à Paris crevant de pain, si vous n’avez pas de pain mangez de la brioche. De ce mépris de classe de Macron et Philippe et de leurs cours de députés et journalistes se foutant ouvertement de la gueule des travailleurs en France, en leur disant que s’ils veulent payer moins en essence car leurs salaires sont trop faibles… ils n’ont qu’à acheter une voiture. Quand on sait que le salaire des français est pour la moitié d’entre eux inférieur à 1700 € par mois, il n’est pas pour eux question d’acheter une voiture, encore moins une voiture neuve. De ce mépris de classe de Macron disant au près de 6 millions de chômeurs qu’ils n’ont qu’à traverser la rue pour trouver un emploi alors qu’il y a dix fois moins d’offres que de chômeurs à Pôle Emploi. De ce mépris de classe de Macron éructant contre une retraitée soulignant sa pension de misère résultat d’années de blocage et de désindexation des retraites sur les prix que les “français n’ont pas le droit de se plaindre”…. Soit disant il n’y aurait pas d’argent.

Le régime Macron a des milliards pour les grands patrons et les milliardaires, du mépris, des insultes et des coups de matraques pour les travailleurs. Le régime Macron dit qu’il n’y a pas d’argent ? il y en avait bien pour :

- supprimer l’ISF (4 milliards d’euros),
- établir le taux fixe d’imposition des revenus du capital à 30% – la sinistre flat tax -soit bien moins que le travail avec l’impôt sur le revenu ( 10 milliards d’euros par an)
- augmenter le budget militaire au service non pas de la défense nationale mais des guerres de l’OTAN (pour atteindre 2% du PIB, soit une augmentation annuelle de 16 milliards d’euros)
- exonérer de cotisations sociales les grandes entreprises avec le CICE (21 milliards d’euros en 2018), c’est à dire en réalité baisser les salaires payés par les patrons aux salariés
donner des milliards à l’Union Européenne (19,5 milliards d’euros chaque année dont 8,2 milliards de contribution nette).
Rien que ces seules mesures c’est près de 60 milliards d’euros chaque années données aux riches. Presque le double que la TICPE la taxe principale sur les carburants.

Lemaire insultant les ouvriers des usines Peugeot, Philippe se moquant des gilets jaunes


Ce mépris de classe, chacun a pu l’entendre dans les mots et jusque dans la posture de Macron et de son premier sinistre pérorant en terrain conquis sur le plateau servile du JT de France 2 dimanche soir.

Ce mépris de classe, chacun avait déjà pu le voir quand Lemaire en février dernier, avant même que l’on ne parle de mouvement des gilets jaunes, venu chanter les louanges du patron millionaire de PSA Peugeot à l’usine de Mulhouse, insultant les ouvriers en gilet jaune qui par la voix de leur délégué CGT osaient rappeler que plus de la moitié des ouvriers de l’usine ont été licenciés ces dernières années. Et que les 6 milliards prêtés par les français à la famille Peugeot ne se sont pas traduits par des embauches, même pas celles des milliers d’intérimaires travaillant dans la précarité la plus totale dans cette usine. Pourtant deux fois moins nombreux, les ouvriers produisent toujours autant de voitures. Ces DS7 – dans lesquelles les ministres du régime macron posent leurs derrières sensibles dans leurs costumes de riches – qui sont subventionnées par le régime Macron pour les riches qui peuvent les acheter, au nom de la transition écologique, et qu’aucun ouvrier qui les fabrique ne pourra jamais se payer avec leurs salaires de misères.

Chacun doit entendre Lemaire insulter les ouvriers de Peugeot, taper sur la classe ouvrière pour se mettre à genou et aux ordres du patron de Peugeot et de ses comparses à qui le régime macron accorde en plus de milliards d’euros de cadeaux la destruction du code du travail, en application des directives européennes.

Chacun devrait écouter et partager cette vidéo, et écouter ce que disent les ouvriers de PSA Mulhouse. Ils expliquent l’exploitation, ils montrent le mépris de classe, et ils démontrent pourquoi l’heure doit être à la révolte tous ensemble et en même temps.

Cette vidéo montre ce qu’est la colère des gilets jaunes : l’injustice, la misère, la précarité résultat de l’exploitation capitaliste, la dictature du Capital, ça suffit !




suite aux ennuis judiciaires de Carlos Ghosn au Japon, des micros se sont tendus pour recueillir les réactions des ouvriers de Renault-Flins. Selon France Info (ici), certains « se disent révoltés par cette affaire, par les disparités salariales et par la politique en général. Alors, le week-end prochain, ils envisagent de troquer leur bleu de travail pour un gilet jaune. » :
"- C'est la cerise sur le gâteau. On se disait que c'était un bon parce qu'il faisait des embauches. En fin de compte, c'est un corrompu comme les autres. On fait 1.500 euros par mois, lui, il fait des millions par an et il arrive encore à gratter les ouvriers, à gratter les esclaves modernes. Ça donne envie de mettre un gilet jaune et de faire le bordel comme tout le monde."

"- Ça donne envie d’y aller et d’écrire dessus 'Ghosn vs politique' car tous les deux nous la font à l’envers !"

quant à l'évolution du mouvement, sa politisation quasi inévitable puisqu'en partie souhaitée dans ses rangs, ses fantasmes de centralisation à Paris contre le gouvernement, tout cela augure mal de son caractère original autoorganisé et décentralisé. Le paradoxe me semble qu'ils ne peuvent ni gagner sur leurs revendications ni espérer gagner sur le terrain politique démocratique et institutionnel

au total, un enjeu pourrait être la jonction bas des couches moyennes-prolétariat/classe ouvrière, autrement dit un décrochage idéologique du caractère transclassiste du mouvement. Il ne s'agirait pas alors de la mise en œuvre du modèle "convergence des luttes" mais du dépassement produit vers un contenu commun et multi-fronts antagonique au capital. Rêvons, mais on en n'est pas là...

PS : sur les réactions de la post-ultragauche, des anarchistes (organisés) aux communisateurs peu bavards, en passant par le silence de lundimatin, celle de Vosstanie reste dans les clous de ses normes : L'État fera-t-il un Loto pour les #GiletsJaunes ?
Le choix des terrains et la demande d'audience ou de reconnaissance des revendications en disent long sur ce qui se déploie, plus précisément sur cet appel direct à l’État et aux références constantes à la nation par le chant patriotique que l’on a pu voir entonner jusqu’au leader de la France Insoumise devant l’assemblée.

On serait tenté de conclure un peu facilement que le jaune va mal au teint du mouvement ouvrier et chaque fois qu’il a la jaunisse [1] cela se termine toujours par la “réalisation de la renaissance nationale” et “par la réconciliation des classes”.
encore une fois, la généralisation d'exemples convenant à leur démonstration, et la frappante incapacité de reconnaître le prolétariat dans ses activités quand ils les ont sous les yeux. C'est un peu comme si ces thuriféraires de l'auto-organisation enrageaient de n'y être pour rien, eux qui n'ont jamais bloqué que les commentaires qui les dérangent dans leurs certitudes. Ils soulèvent néanmoins une vraie question :
Augmenter les salaires ou baisser les taxes ? La problématique n’est bien sûr pas la même.
dans ce cas, j'y regarderai à deux fois d'un point de vue marxien comme j'ai dit : une revendication "sur le salaire" n'est pas nécessairement une demande d'augmentation de salaire direct (passant généralement par les syndicats et ayant montré son inefficacité), mais de non-diminution du pouvoir d'achat, affaire de niveau de vie si l'on veut. Ici cela renvoie au début de mon intervention, sur la part du coût des carburants selon la classe sociale

pour la bonne bouche, cet argument :
Ce qui est flagrant, c’est que les gilets jaunes ont bloqué des lieux quotidiens et de transits qui sont finalement les leurs, ceux qu'ils empruntent tous les jours et plus précisément là où ils seraient eux-mêmes “emmerdés”.
ah bon ? et les grèves des transports ou de l'éducation nationale et autres services publics, elles ne sont pas le fait de ceux qui sont « eux-mêmes "emmerdés" » ? A-t-on jamais vu un mouvement social sans inconvénients pour qui y participe ou ses semblables ?


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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Mar 20 Nov - 19:33

j'enchaîne mes interventions sous plusieurs angles, en resserrant mon sujet d'un point de vue théorique

le mouvement des Gilets Jaunes est-il populiste et nationaliste ?

j'ai tenté d'éclairer cette question dans "CLASSES POPULAIRES" ? Peuple et Prolétariat, populisme et nationalisme, etc., à partir d'une fausse citation de Marx qui commence à traîner un peu partout : « Quand j’entends parler de peuple, je me demande ce qui se trame contre le prolétariat. ». Extraits :

Patlotch a écrit:c'est par leurs glissements sémantiques que les interprétations du mouvement des Gilets jaunes nous disent leurs idéologies. L'opposition prolétariat universel-classes populaires comme relevant strictement du populisme nationaliste est un glissement par lequel on se condamne à ne rien saisir du "prolétariat kaléidoscopique" (TC26) et du moment présent du capital dans la contradiction essentielle entre économie politique et écologie sur le terrain du capitalisme vert

le populisme sans leader ni objectif politique, ça n'existe pas

me semble aussi que pour qu'il y est populisme, il y faut un leader et que son objectif soit politique, la prise du pouvoir. Quand le populisme s'empare du "peuple", des "classes populaires" et même du prolétariat, ce n'est jamais sans leader. On le sait en France au moins depuis Jean-Marie Le Pen et sa fille, et quant au populisme de gauche avec Jean-Luc Mélenchon

or le mouvement des Gilets jaunes est parti sans leaders ni objectif politique et ne pouvait donc être compris comme populiste a priori. Qu'il le devienne en partie, nous l'observons et c'était un de ses devenirs partiels prévisibles, mais ça ne suffit pas pour le saisir dans sa totalité, sa signification essentielle ni même dans sa dynamique

il est évident qu'aujourd'hui, aucune lutte dans laquelle entre le prolétariat ouvrier, pour en rester à sa signification marxienne de "classe ouvrière exploitée", aucune de ces luttes ne saurait être à l'abri du populisme, du nationalisme et du racisme, voire du machisme. C'est un point sur lequel je ne peux qu'être en accord avec l'idée d'un kaléidoscope du prolétariat développée par Théorie Communiste dans son n°26 à propos de « la segmentation raciale dans le mode de production capitaliste », que TC insère dans la compréhension « des segmentations en général » (p.10 et 11)

la question nationale, qui hante le marxisme et les luttes de classe depuis Marx, fait retour. Incidemment, Frédéric Lordon y fait allusion à propos d'Alain Badiou dans un entretien publié hier, avec une citation de Lénine qui vaut son pesant de pneus brûlés et de blocages économiques (Auchan n'est pas content) par la so called "couche moyenne d'en-bas"
Lordon a écrit:Comment votre position s’agence-t-elle par rapport à celle du philosophe Alain Badiou, avançant que le communisme à venir doit être fondé sur « le prolétariat international et nomade » ?

Je ne peux pas répondre sans avoir au préalable dit l’immense estime que m’inspire, à part son œuvre philosophique, que j’admire même si je ne la partage pas, l’immense estime, donc, que m’inspire la force d’âme qui fait maintenir contre toute une époque : maintenir le mot communisme, maintenir la critique de la « démocratie », pendant les années 1980 et 90… Si on n’a pas traversé soi-même ces années-là, on n’imagine pas ce que ce maintien suppose d’adversité, d’opprobre même, à affronter. En ce sens, Badiou a été indiscutablement fidèle à sa philosophie de la fidélité. Maintenant, le « prolétariat international et nomade » comme le socle du communisme à venir, je dois vous dire que ça me désespère. Et le prolétariat national et sédentaire ? À la poubelle de l’Histoire ? [...]

Un internaute que je ne connais pas — il s’appelle Maxime Vivas [...] m’a envoyé récemment cette phrase de Lénine que je ne connaissais pas non plus : « Croire que la révolution sociale soit concevable sans explosions révolutionnaires d’une partie de la petite bourgeoisie avec tous ses préjugés, sans mouvement des masses prolétariennes et semi-prolétariennes inconscientes contre le joug seigneurial, clérical, monarchique, national, c’est répudier la révolution sociale. […] Quiconque attend une révolution sociale pure ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. »

source 19 novembre 2018 Ballast : « Dire ensemble la condition des classes populaires et des migrants » 1/3

en passant, l'emploi de "classes populaires" est assez parlant ici pour ne pas être populiste et non non, je ne vais devenir ni lordiniste ni léniniste, ni giletjauniste, mais enfin, il n'est pire sourd...


extension du domaine de la lutte
routiers, lycéens... même combat ?

on ne peut pas faire que de la théorie, ou plutôt pas en faire sans suivre ce qui se passe. J'écrivais aujourd'hui à 13:56 :
Patlotch a écrit:Nous apprenions hier que les chauffeurs routiers ne se joindraient pas aux blocages en raison de leur impossibilité de faire grève pour des questions de fric
mais que
un enjeu pourrait être la jonction bas des couches moyennes-prolétariat/classe ouvrière, autrement dit un décrochage idéologique du caractère transclassiste du mouvement. Il ne s'agirait pas alors de la mise en œuvre du modèle "convergence des luttes" mais du dépassement produit vers un contenu commun et multi-fronts antagonique au capital

plusieurs nouvelles alimentent la conviction d'un tournant du mouvement

FO Transports appelle à rejoindre le mouvement


Le blocage du dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer, hier, par les «gilets jaunes». AFP

C'est le premier syndicat du secteur des transports à lancer un appel à rejoindre la mobilisation des «gilets jaunes». La fédération FO des transports et de la logistique appelle ses adhérents et sympathisants à rejoindre les «gilets jaunes» et « à participer et organiser toutes actions visant à revendiquer l'augmentation du pouvoir d'achat », indique le syndicat dans un bref communiqué.

« Nous sommes aussi des citoyens », souligne Patrice Clos, secrétaire général et candidat à la succession de Pascal Pavageau à la tête de la confédération Force ouvrière. « On appelle à venir renforcer les mouvements existants » précise-t-il. Et dans le cas où la mobilisation ne porterait pas ses fruits, FO-UNCP pourrait aller plus loin. « Si le gouvernement continue à mépriser nos concitoyens, on verra si on passe à l'étape supérieure, c'est-à-dire l'appel à la grève », a-t-il averti.

De son côté, la CFDT, premier syndicat dans le secteur du transport et de la logistique devant la CGT, doit décider mercredi si elle se joint au mouvement des «gilets jaunes». Quant à la CFTC Transports, quatrième organisation de ce secteur, évoque une décision d'ici à la fin de la semaine.

Le secteur des transports, qui regroupe les chauffeurs routiers, les ambulanciers, les transporteurs de fonds ou les déménageurs, compte quelque 700.000 salariés.
FO a certes son propre agenda vu les problèmes de sa direction, mais tous les syndicats s'inquiètent d'une coupure avec leur "base". Quant à la CFDT Transports, elle a toujours été le fer de lance des positions les plus dures de ce syndicat (déjà contre Nicole Notat, à l'époque de la création des SUD dans les années 90)

Arrow

d'un autre côté, se multiplient des appels de lycéens à participer au mouvement en bloquant leur établissements : Gilets jaunes & lycéens

on sait que les lycéens sont une des populations dont les luttes sont le moins contrôlables, l'État craignant toujours que ça dérape. Avec les étudiants, ils ont par ailleurs leurs motivations propres. Exemple :

Vannes. Théo, 19 ans, étudiant et Gilet jaune
Le Télégramme, 20 novembre 2018

Il s‘appelle Théo, il a 19 ans, il est étudiant et Gilet jaune de la première heure. Avant de repartir en cours ce mardi, le manifestant perché sur le giratoire de Luscanen, à Vannes, affiche sa détermination, aux côtés d’un retraité qui, lui, a « un peu la haine ».


photo Arnaud Morvan

Il préfère ne pas montrer son visage, se cachant derrière sa cagoule. Les yeux rougis de fatigue mais le verbe assuré, Théo n’a pas trop envie d’être identifié par ses profs et de futurs employeurs. « On ne sait jamais », dit le jeune Alréen de 19 ans, sur le pont depuis samedi. Après deux nuits passées sur le barrage filtrant de Luscanen, à Vannes, (celles de samedi à dimanche et dimanche à lundi), le Gilet jaune est rentré chez lui, mardi, « à 2 h du matin » pour recharger un brin les accus. Mais avant de filer en cours, ce jour (Théo est étudiant en bac pro commerce), il est revenu encourager vite fait la vingtaine de camarades qui s’est relayée toute la nuit sur les demi-barricades toisant la RN 165.

« S’ils veulent nous déloger, on foutra le bordel ! »
« Tout se passe bien, on a des bons contacts avec les automobilistes, les routiers. Il y a très peu de personnes agressives. Beaucoup nous témoignent même de leur solidarité et nous apportent de quoi manger. Ce matin, on a eu du café et une cinquantaine de pains aux chocolats, c’est sympa ! », explique Théo. Si le jeune Gilet jaune est là et entend bien mobiliser à tour de bras, « c’est parce que je ne vois pas le bout. Je suis livreur de pizzas pour payer mes études, mon logement. Aides comprises, j’ai 800 € pour vivre chaque mois. Si c’est pour tout le temps bouffer des pâtes, non merci ! », s’indigne l’Alréen. Et de mettre en garde les autorités : « S’ils veulent nous déloger, on foutra le bordel ! », prévient l’étudiant, paré à retourner en cours ce mardi.

« Un peu la haine… »
À ses côtés, un retraité opine du chef et embraye. « Les nouvelles taxes me coûtent 60 € par mois. Cette somme, pourquoi je ne la donnerais pas plutôt à mes enfants, mes petits enfants ? », témoigne l’aîné. Indigné comme le petit jeune avec qui il a partagé la gamelle, le sexagénaire ponctue : « C’est clair, aujourd’hui, j’ai un peu la haine ! ».

PS : quant à la CGT nationale, elle appelle à une journée le samedi suivant 1er décembre...
La CGT a appelé mardi "tous les citoyens, salariés actifs et retraités" à se joindre aux manifestations le 1er décembre des privés d'emploi pour "infléchir" la politique du gouvernement et "ne pas laisser dévoyer leur colère par ceux distillant des idées xénophobes, racistes, homophobes".

"Des salariés actifs et retraités, des citoyens, expriment une colère légitime pour avoir les moyens de vivre dignement, pour plus de justice sociale", écrit dans un communiqué la CGT, sans jamais citer le mouvement des "gilets jaunes" dont elle s'est désolidarisée dès le départ.
si elle continue comme ça, elle risque sur le terrain revendicatif la marginalisation qu'a connu le PCF sur le terrain politique. Petite analyse des vieux singes du CCI, Courant communiste international : Les gilets jaunes, Lénine et la direction de la CGT, Révolution 20 novembre 2018. On y trouve la même citation de Lénine évoquée par Frédéric Lordon, plus complète :
Lénine a écrit:Quiconque attend une révolution sociale "pure" ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution. (…) La révolution socialiste en Europe ne peut pas être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement : sans cette participation, la lutte de masse n’est pas possible, aucune révolution n’est possible. Et, tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais objectivement, ils s’attaqueront au capital, et l’avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, qui exprimera cette vérité objective d’une lutte de masse disparate, discordante, bigarrée, à première vue sans unité, pourra l’unir et l’orienter, conquérir le pouvoir, s’emparer des banques, exproprier les trusts haïs de tous (bien que pour des raisons différentes !) et réaliser d’autres mesures dictatoriales [1] dont l’ensemble aura pour résultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme.

[1] note CCI : A l’époque de Lénine, c’est-à-dire avant les horreurs du nazisme et du stalinisme, le terme « dictatorial » n’avait pas du tout la résonance qu’il a aujourd’hui. Par « mesures dictatoriales », Lénine désigne simplement des mesures (économiques et politiques) par lesquelles les travailleurs imposent leur volonté à la bourgeoisie – exactement comme la bourgeoisie, sous le capitalisme, impose sa volonté aux travailleurs. En ce sens, la « dictature du prolétariat » n’est rien d’autre que la démocratie ouvrière, le pouvoir des travailleurs, une fois qu’ils ont renversé la « dictature du Capital ».


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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Mer 21 Nov - 21:20

mise à jour permanente

le jaune et le brun, le rouge et le vert, le noir et le blanc

faut-il en être ou pas ?

dans le titre, couleurS d'une colère sociale, le pluriel signifiait ce que Patrick Cingolani appelle dans « Libération « [l]a polysémie et les diverses ­dimensions de la révolte ». Tout s'y mêle de ce que produit en France la crise économique, sociale et politique. Rien n'est généralisable à l'ensemble du mouvement de ce qui ressort singulièrement dans telle ou telle région, tel lieu de blocage, où la révolte se pare des couleurs qui font la spécificité locale. Le dénominateur commun reste "la vie chère"

ainsi, à La Réunion, où la tension extrême a conduit le président de la région à annoncer, en accord avec l'État, le gel pour trois ans des taxes sur les carburants


Depuis samedi 17 novembre, la contestation contre la « vie chère » prend des tournures intéressantes à certains endroits, comme sur l’île de la Réunion. Des blocages d’axes routiers, de dépôts pétroliers et de zones commerciales se succèdent. Dans la ville du Port, l’entrée de la SRPP, la Société Réunionnaise de Produits Pétroliers, a été bloquée lundi par une cinquantaine de personnes, paralysant le « poumon économique » de l’île.  De nombreux vols pour Paris ont dû être annulés durant le week-end. Mais pas seulement, puisqu’on apprend que la routine culturelle, scolaire et étudiante est également perturbée: « Conséquences des blocages et des débordements, de nombreuses mairies ont préféré fermer les écoles. A Saint-André et à Bras-Panon, les grilles des écoles sont restées closes. Du côté de Saint-Louis, Saint-Benoît, Saint-Paul, Saint-Leu, La Possession et Saint-Denis, les administrations ont demandé aux parents de venir récupérer les enfants plus tôt afin de fermer les établissements. L’université de La Réunion avait annoncé dès samedi le report des examens prévus ce 19 novembre à une date ultérieure. De nombreux magasins ont gardé les rideaux baissés et des événements ont été annulés ».

A la nuit tombée, la colère noire prend l’ascendant sur le gilet jaune. Pillages et saccages de magasins s’enchaînent, tout comme les attaques contre les biens des riches et de l’Etat.



Dans la nuit de lundi à mardi,  la multinationale de fast food MacDonalds au Port s’est fait caillasser en début de soirée. Mais plus tard dans la soirée, des individus cagoulés y sont retournés pour terminer le travail. Après avoir retourné et détruit le mobilier à l’intérieur, ils sont repartis en foutant le feu. Des pillages ont eu lieu plus tôt dans la journée, visant notamment un magasin de sport de la ville de Saint-Pierre; des manifs sauvages se sont déroulées à Saint-Denis, où de nombreuses voitures ont été incendiées. Le supermarché Score dans le quartier Vauban et une pharmacie ont entre autres été pillés et saccagés. Des jeunes se sont ensuite regroupés près du magasin Simply Market à La Providence. Un attroupement s’est formé, des poubelles ont été incendiées pour empêcher toute circulation. Puis les jeunes ont attaqué les rideaux de fer du Simply Market avant de pénétrer à l’intérieur et de vider les rayons de bouffe et de boissons. A Saint-André, des enragés ont attaqué la mairie annexe de Cambuston et l’ont incendiée. Des feux nocturnes ont eu lieu à Saint-Gilles-les-Bains, tandis qu’à Saint-Paul, un bâtiment SFR et un magasin Orange ont été pris pour cible.


La nuit précédente, entre samedi et dimanche, quatre gendarmes ont été blessés à Saint-Paul. A Saint-Benoît, un magasin est parti en fumée et nombreux autres ont été pillés et saccagés, tandis qu’au Port, un concessionnaire automobile Peugeot a été pris pour cible: plus de 30 véhicules ont été réduits en cendres dans l’incendie.

Dans la nuit de samedi à dimanche, première nuit d’émeutes, des voitures et des poubelles ont été brûlées, des vitrines de commerces détruites et des affrontements avec la flicaille ont fait rage à coups de galets jusque tard dans la nuit.

Le patronat et l’Etat commencent à s’affoler sur la tournure que prend le mouvement social parti des « Gilets jaunes », notamment en raison de la multiplication des blocages de centres névralgiques de l’économie, tels que les dépôts pétroliers, les centres commerciaux, les centres de distribution alimentaire de grandes surfaces…, mais aussi et surtout de l’implication de centaines de jeunes insurgés, qui ont la dalle et la soif d’en découdre avec la domination. Un fossé les sépare d’une bonne partie de ce mouvement « citoyen », qui recherche le dialogue avec les autorités et souhaite une meilleure intégration au système. D’ailleurs, certains d’entre eux ont été invités par le préfet ce mardi.

La répression monte d’un cran. Ce mardi 20 novembre, la Préfecture de la Réunion a annoncé des renforts de gendarmes mobiles venant de Mayotte pour rétablir l’ordre. Un hélico des gendarmes tourne sans interruption depuis le début des émeutes et un couvre-feu de 21h à 6hvient d’être instauré dans 12 communes de l’île (Saint-Denis; Le Port; Saint-Pierre; Saint-Joseph; Saint-Leu; Saint-Louis; Saint-Paul; La Possession; Sainte-Marie; Sainte-Suzanne; Saint-Benoît, Sainte-Anne; Le Tampon; La Plaine-des-Cafres) et sera en vigueur jusqu’au vendredi 23 novembre (et au-delà si nécessaire).

Mardi matin, un Saint-Marien de 23 ans a été condamné à 2 ans de prison ferme. Il a été coupable du pillage du magasin Promocash de Sainte-Marie. Les faits remontent à dimanche soir. Il a expliqué à la barre qu‘il a volé parce qu’il avait faim.

lire aussi : «Gilets jaunes» à La Réunion: L'île en proie aux «gilets noirs» 20 minutes
La Réunion n'avait plus connu une telle tension depuis 1991 et les émeutes provoquées par la saisie par l'Etat de l'émetteur pirate de Télé Free Dom. Huit personnes avaient à l'époque trouvé la mort dans l'incendie d'un magasin de meubles en cours de pillage et une jeune automobiliste s'était tuée après avoir perdu le contrôle de sa voiture à la suite d'un caillassage.

Pour l'heure, certains n’hésitent pas à parler de « guérilla urbaine », comme David Cordebar. En vacances sur l’île depuis une semaine avec son épouse pour faire de la randonnée, ce sapeur-pompier professionnel originaire des Yvelines se dit choqué par la situation sur place : « En vingt-trois ans de carrière, j’en ai connu des violences urbaines, vous imaginez bien. Là, je dirais que c’est le niveau rouge. » Une source policière de métropole abonde : « La mobilisation des "gilets jaunes" est bien plus violente à La Réunion que chez nous. »

une issue généralisable ? le Sénat va proposer "d'annuler l'augmentation de la taxe", annonce Gérard Larcher Orange/AFP : « Le président du Sénat Gérard Larcher estime que l'argent récolté par ces taxes n'est pas alloué à la transition écologique. » Sans doute serait-ce la seule décision politique susceptible de mettre un terme à cet épisode, mais de là à ce que Macron la prenne et affiche autant sa défaite que la victoire, même limitée, de ce qui fait la cohérence et la force du mouvement... Par ailleurs, si celui-ci s'engage en totalité dans la montée vers la souricière parisienne samedi, il est cuit

en Bretagne, on est de moins en moins fondé à voir chez les Gilets jaunes la filiation avec les Bonnets Rouges : « Les Gilets jaunes ne sont pas les Bonnets rouges », Ouest France, entretien avec Gilles Richard, professeur d’histoire contemporaine
Un alourdissement de la fiscalité environnementale a servi de déclencheur à des manifestations d’ampleur dans l’un et l’autre cas. Faut-il pour autant voir des analogies entre le mouvement des Gilets jaunes et celui des Bonnets rouges en Bretagne à l’automne 2013 ? Pas vraiment, répond Gilles Richard, professeur d’histoire contemporaine à l’université Rennes 2.

Mobilisation contre les portiques écotaxes en 2013, grogne contre le prix du carburant et les taxes qui vont avec en 2018. Le mouvement des Bonnets rouges, qui avait bloqué nombre de routes, et celui des Gilets jaunes aujourd’hui ont-ils des points communs ? Entretien avec Gilles Richard, professeur d’histoire contemporaine à l’université Rennes 2.

Quelles sont les ressemblances entre le mouvement des Gilets jaunes et celui des Bonnets rouges à l’automne 2013 ?

Au risque de surprendre, je n’en vois pas beaucoup. Les Bonnets rouges, c’est au départ un mouvement lancé par des patrons. Ils protestaient contre la hausse de la fiscalité pesant sur les entreprises, la paperasserie et l’écotaxe qui visait les poids lourds. Avec les Gilets jaunes, on a affaire à un mouvement qui mobilise d’abord les classes populaires et les classes moyennes inférieures. Les revendications sont complètement différentes. Celles des Gilets jaunes portent sur le pouvoir d’achat des classes populaires et expriment plus largement, je crois, une profonde aspiration à l’égalité sociale, qui est une des caractéristiques de la société française depuis deux siècles.

Malgré tout, les deux mouvements ne sont-ils pas l’expression de territoires qui se perçoivent comme périphériques ?


Sans doute. Le mouvement des Bonnets rouges a surtout été fort en Basse-Bretagne, tout particulièrement dans le Finistère, dans les zones très éloignées de Paris. Les barrages de Gilets jaunes sont nombreux dans les départements ruraux et les banlieues pavillonnaires. Ce sont des zones où les habitants sont obligés d’avoir des voitures pour aller travailler et où les services publics sont de moins en moins à la hauteur des besoins.



Les Bonnets rouges s'étaient mobilisés contre l'écotaxe que le gouvernement souhaitait imposer aux poids lourds.
Archives Ouest-France Thierry Creux

Observe-t-on des analogies dans le mode d’organisation ?

À mon avis, non. On avait derrière les Bonnets rouges une forte organisation politico-syndicale : la CGPME, la FDSEA du Finistère, des élus locaux. Ce n’est absolument pas le cas avec les Gilets jaunes. Cette mobilisation est organisée par des personnes dont beaucoup ne sont encartées nulle part. Là, il y a une vraie différence. C’est ce qui fait que le mouvement est probablement très compliqué à comprendre pour le gouvernement.

En Bretagne, a-t-on d’autres exemples dans l’histoire où les frustrations s’expriment ainsi de façon incontrôlée et non encadrée ?

De manière incontrôlée par le pouvoir, oui. De façon non encadrée, non. Le dorgérisme des années 1930 ou le poujadisme des années 1950 se sont organisés autour de syndicats professionnels et étaient très centralisés. Ils exprimaient la révolte des classes moyennes propriétaires – petits paysans, artisans, petits commerçants – en voie d’être laminées par les évolutions socio-économiques. Avec les Gilets jaunes, la configuration apparaît complètement différente. Personne n’est capable de dire qui dirige et s’il y a derrière ce mouvement la moindre organisation syndicale ou politique.

dans le Nord et les régions de forte présence du Rassemblement national (ex FN) on assiste aux pires expressions du racisme décomplexé. À Calais, des migrants qui tentent de profiter du mouvement pour monter dans des camions sont dénoncés à la police
"Retourne chez toi !" "Retourne dans ton pays !" "Dégage !" "Casse-toi pouffiasse !" A Cognac, en Charente-Maritime, une automobiliste noire a été la cible de propos racistes...

A Bourg-en-Bresse, c'est l'agression homophobe présumée d'un conseiller municipal par des "gilets jaunes" qui a suscité l'indignation, notamment du ministre de l'Intérieur lequel a condamné des "actes odieux". Samedi, Raphaël Duret et son compagnon arrivent sur un barrage de "gilets jaunes". Une fois sur le rond-point, les manifestants retiennent leur véhicule. "J'ai entendu certains manifestants dire : 'Je le reconnais, c'est un pédé'. A partir de là, ils nous ont menacés"

"Gilets jaunes" : racisme, homophobie, violences et autres dérapages, L'Obs 17 novembre

Arrow

dans le milieu radical, entre silence radio et confusion, s'opposent quelques partisans de l'autonomie ouvrière et antifas d'un côté, de l'autre certains anarchistes et appellistes sur la même question qui déchire la gauche et le syndicalisme : faut-il en être ou pas ?

intéressante, une enquête parue dans lundimatin#166, ce 21 novembre : UNE ÉMEUTE ANTI-MACRON SUR LES CHAMPS-ELYSÉES ? Quelques réflexions sur le mouvement des Gilets Jaunes à Paris. Intéressante par ses remarques sur la composition, l'indétermination politique, l’éparpillement comme force, l'intelligence collective de la situation, les rapports à l'écologie...  Extraits :
A l’heure où sont écrites ces lignes, au lendemain de la première journée de mobilisation des Gilets Jaunes, ce que l’on ne peut se risquer à appeler un « mouvement » est encore en pleine évolution, de sorte que le moment de leur parution pourra leur donner tort.

il devient difficile, sinon aberrant, de coller quelque étiquette que ce soit à un ensemble imaginaire, à partir des agressions homophobes ou racistes qui ont pu s’y manifester.

Ce qui s’est passé samedi 17 novembre rappelle, s’il en était besoin, qu’il y a infiniment plus de vie et d’avenir dans ces formes sauvages de lutte que dans les manifestations fossilisées et autorisées des directions syndicales.

Perspectives politiques. Certains reprochent aux Gilets Jaunes d’être un phénomène réactionnaire « pour le droit de polluer », « pour le pouvoir d’achat et le droit de consommer ». Rien n’est plus faux. D’autres déplorent depuis leur chambre l’absence de « discours de classe », d’analyse marxiste, de revendications écologiques, etc. En réalité, il n’y a qu’à déplorer leur propre absence le 17 novembre, qui aurait permis la diffusion de ces idées et stratégies.
dans "le milieu" quand il s'exprime, tout devient "conceptuel", l'analyse de classe concrète du mouvement concret est quasi absente, quelques incidents racistes et homophobes sont montés en épingle et tournent en boucle comme représentatifs. Guillaume Deloison très perturbé, relayé par dndf, a atteint le point Goodwin : « on ne fait pas la révolution avec des fascistes » (ici), alors que personne dans ce mouvement ne propose de faire la révolution. Le 1er décembre et peut-être samedi à Paris, les Black Blocs seront de retour parce qu'il leur faut un contexte organisé pour s'exprimer, et l'autoorganisation bordélique des Gilets jaunes ne le permet pas. Chez ce membre d'autonomie-Rennes, on croit entendre Martinez de la CGT :
La conséquence des gilets jaunes c'est les fascistes qui s'organise pour bloquer les entreprises qui emploie des migrants.
Quel degrés de malhonnêté intellectuelle et d'inconséquence politique il faut avoir pour légitimer voir prendre part à ce mouvement quand on est politisé a minima à gauche, des appelistes aux trotskistes en passant par la FI tout le monde est fasciné par la force de la réaction.
Qu'on combatte ce mouvement pour ce qu'il est c'est à dire une forme d'organisation fascisante et qu'on relance le mouvement social sur nos revendications.

cette généralisation est démentie par les RG : Les gilets jaunes analysés par les services de renseignement BFMTV 21 novembre. Extrait :
Le mouvement des gilets jaunes a-t-il été récupéré par la fachosphère ? Leur "radicalisation" n’est en tout cas pas aussi évidente que le ministère de l’Intérieur le laisse entendre. Une note du service central du renseignement territorial (SCRT), que BFMTV a pu consulter, fait état de profils très disparates : "Le mouvement semble fédérer une grogne éparse, au-delà de la thématique relative à la hausse des carburants", est-il indiqué.

Certains se laissent effectivement aller à la violence, et localement, le SCRT compte des militants d'extrême droite et d'extrême gauche dans les rangs des gilets jaunes. Mais outre les quelques détracteurs qui font beaucoup parler d'eux, le mouvement semble majoritairement composé d’individus "pacifiques, bon enfant", note le SCRT. Si chaque point de blocage est différent d’un département à un autre, aucune mouvance ne prend le pas sur les autres, et le mouvement demeure très hétérogène.

Arrow

notons encore cette panique plutôt réjouissante devant l'irreprésentabilité politique du mouvement
« Il faut vite raccrocher les “gilets jaunes” aux wagons, sinon ils ne voteront plus », Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques, Le Monde 20 novembre. C'est sans doute pourquoi les médias sont si empressés de fabriquer des "leaders", et les candidats ne manquent pas, tirés de Facebook sur les plateaux des chaînes, pour devenir le nouveau 'Ruffin', passé de Nuit Debout à l'Assemblée nationale

dans l'article cité de Libération, cette remarque du sociologue :
Dans la ­dynamique des mouvements sociaux de ces dernières années, de la lutte contre la loi travail aux occupations de la place de la Répu­blique, qui ont constamment conjoint social et démocratique, on pourrait dire que ce mouvement pose pour la première fois, mais comme à l’envers, la question sociale et celle de l’environnement.
quelle que soit la durée et l'issue de cette épisode, c'est dans cette contradiction à trois bandes : économique et social / écologie et capitalisme vert / représentation politique, que se joueront désormais les luttes quelles qu'en soient les formes. Je serais tenté de rappeler la formule de Marx : « Il n'y a que la lutte » qui fasse bouger les lignes, en ajoutant que de celle-ci dans sa complexité nul ne sait ce qui sortira, mais l'on sait déjà que ce ne sera pas beau à voir

une erreur par contre serait de ne pas en être sous les couleurs du communisme, qu'il vienne ou ne vienne pas. Alors, faut-il en être ou pas ? un mouvement social ne devient que ce qu'en font ceux qui y participent

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Patlotch
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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Jeu 22 Nov - 18:54

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1. réalité sociale vs théorie "restreinte"
2. peut-on minimiser la menace populiste-fasciste ?
3. extension du domaine de la lutte : raffineries en grève (CGT)
4. quelques appels à rejoindre la manifestation des gilets jaunes samedi à Paris (Paris-Luttes.info)
5. quelques réflexions générales (Patlotch)

1. réalité sociale vs théorie "restreinte"

la théorie de la communisation est-elle soluble dans l'antifascisme ?

des visions différentes du mouvement, entre révolte sociale et « apolitisme qui ne cache toujours que l’extrême-droite ». Théoriser suppose de partir des faits dans leur généralité sur la base d'événements significatifs de l'ensemble. Pour TC, les luttes produisent leur propre théorie ("luttes théorisantes") et le théoricien la formule en "théorie au sens restreint". À l'inverse ici, des adeptes de la communisation prennent des exemples restreints dont ils tirent la généralité du mouvement

Le démographe Hervé Le Bras a dressé la carte de l'engagement dans les manifestations des "gilets jaunes". Apparaît une diagonale des départements ruraux, qui ne correspond ni à la France périurbaine, ni au vote frontiste : c'est celle des zones rurales les plus délaissées du pays, loin des villes, celle des habitants qui perdent leurs commerces, leurs maternités, leurs services publics... Et qui sont plus en demande d'Etat que de baisses d'impôts.



Le gilet jaune, symbole d’une “situation d’urgence sociale”
Jean-Luc Mounier France24 21/11/2018

Habituellement utilisé sur les routes en cas d’urgence, le gilet jaune devient l’emblème d’un mouvement porteur de revendications sociales diverses. Des incidents ont entaché la mobilisation. Le point avec une coorganisatrice des “Gilets jaunes".
Relégué depuis dix ans dans le coffre ou dans la boîte à gants, sauf en cas de panne ou de crevaison, le gilet jaune est devenu ces dernières semaines l’étendard d’un mécontentement aux multiples visages. Obligatoire à bord des véhicules depuis 2008, celui qu’on nomme aussi gilet de haute visibilité est en train de devenir l’emblème des “Gilets jaunes”, un mouvement né en octobre hors des cadres politique et syndical, à l’origine contre la hausse des prix des carburants.



©️ Pascal Rossignol, Reuters | Des "Gilets jaunes" à Haulchin, le 17 novembre 2018

"On a choisi le gilet jaune après qu’un internaute sur Facebook a lancé l’idée, on a trouvé ça super bien", explique Virginie*, 34 ans, coorganisatrice du mouvement, jointe par France 24. "Tous les citoyens en avaient forcément un dans leur véhicule."

Un gilet devenu un signe de ralliement pour des centaines de milliers de Français révoltés par la hausse des prix de l’essence et du diesel. Pourtant, à l’origine, seules huit personnes vivant presque toutes en Seine-et-Marne s'étaient mobilisées. "À la base, on n’avait rien demandé à personne, affirme Virginie, et ça a pris une envergure de ouf."

"On se demande comment on va finir le mois"


L’ampleur du mouvement s’est ainsi matérialisée dans ce gilet à bandes réfléchissantes. Un signe d’unité qui a d’abord fédéré les mécontents de l’augmentation du prix des carburants. "Je suis agent de logistique en intérim et je fais 140 kilomètres aller-retour en voiture chaque jour entre mon domicile et mon travail", explique Virginie, qui précise par ailleurs qu’elle a été "aidée, à 34 ans, par [s]es parents" pour acheter son véhicule actuel, "un diesel". Et elle interroge : "Cela me coûte 300 euros de carburant par mois, contre 240 euros en 2017, un budget énorme pour un salaire net de 1 500 euros. À l’avenir, va-t-on encore pouvoir se déplacer pour aller travailler ? Là où j’habite [En Seine-et-Marne], si je n’ai pas de voiture, je suis dans la merde."

Mais enfiler son gilet jaune ne se limite plus à contester les augmentations de prix de l’essence et du gasoil constatées ces derniers mois. "On savait que les gens allaient revendiquer autre chose en plus des carburants", précise Virginie.

Porter un gilet jaune est-il l’expression d’"un ressentiment gigantesque" de la part de "ces catégories de Français [qui] ne sont plus intégrées politiquement et économiquement" ? comme l’a expliqué au Parisien Christophe Guilluy, géographe auteur de "La France périphérique / Comment on a sacrifié les classes populaires" (Flammarion, 2014). Pour Virginie, "c’est une situation d’urgence sociale".

"On en arrive à un point où on se demande comment on va finir le mois", poursuit la coorganisatrice. "C’est stressant, ça génère de l’anxiété, c’est notre train de vie quotidien à tous qui est touché." Le week-end du 17 novembre, se croisaient, en plusieurs points de rassemblement, des retraités, des artisans, des chômeurs, des agriculteurs… porteurs de diverses revendications, mais avec un même gilet jaune, symbole d’une “France accidentée”, selon le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin.

"Il y a eu certains débordements, mais on n’est pas là pour casser"

Malgré sa diversité, le mouvement semble compter dans ses rangs des personnes qui ont pour point commun la peur de la sortie de route sociale. Virginie "ne sait pas où [elle] va demain". "Ma classe sociale est pénalisée, mais pour les ultrariches tout va bien", affirme-t-elle.

Ces derniers jours, des sorties de route d’un autre type, directement liées au mouvement "Gilets jaunes", ont été relevées en France. Deux morts et plus de 600 blessés en quelques jours, dont 95 dans les rangs des forces de l’ordre, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Ainsi que plusieurs incidents localisés entre anti et pro "Gilets jaunes", à caractère raciste ou homophobe – à Saint-Quentin, à Cognac ou encore à Bourg-en-Bresse.

"Il y a eu certains débordements, mais on n’est pas là pour casser ou pour faire du mal", affirme Virginie, qui précise que son comité d’organisation de Seine-et-Marne a été en contact avec la préfecture de police de Paris, "qui nous a donné des protocoles à suivre pour notre propre sécurité et celle des autres".

Le gilet jaune s’est aussi parfois retrouvé au centre des tensions, des automobilistes devant le mettre en évidence dans leur véhicule sous peine d’être temporairement bloqués à un barrage. Virginie évoque à ce sujet "de l’incompréhension" : "On n’a jamais voulu être méchants, c’était à prendre au second degré. On a fini par laisser passer les véhicules." Et elle poursuit : "Forcément on est humain, des tensions peuvent arriver."

Mais quel avenir pour ce mouvement naissant ? Le gilet jaune va-t-il rapidement être remisé dans le coffre ou dans la boîte à gants ? Un appel national a été lancé sur Facebook pour inciter les "Gilets jaunes" à se rendre en masse dans la capitale, samedi 24 novembre. "L’acte 2 des Gilets jaunes", un rassemblement qui ne devrait pas être déclaré en préfecture car, selon Virginie, "ce n’est pas une manifestation, c’est un mouvement populaire".

*Elle n'a pas souhaité donner son nom de famille

dndf C’est jaune, c’est moche et ça peut vous pourrir la vie…

Guillaume Deloison Facebook 21/11/2018 à 09:08
Tout ce qu’on peut espérer des gilets jaunes, c’est que leur fracture maintenant claire, qui exprime ce qu’ils sont dans leur confusion (propos racistes, salut nazi, agressions physiques contre action de blocage et sabotage intéressant (sisi “nous sommes tous des casseurs” après tout), fixette sur l’immigration contre critique de l’écologie libérale etc, les fractures sont évidemment nombreuses et auront peut-être un intérêt) les pousse à la scission, qu’ils arrêtent avec leur apolitisme qui ne cache toujours que l’extrême-droite et que cela les pousse à adopter un horizon égalitaire clair. A ce moment-là, peut-être, en mouvement ils dépasseront chaque limite de la lutte, et nous ne nous arrêterons que lorsque nous serons libres. Mais j’y crois peu. Dans tous les cas on ne fait pas la révolution avec des fascistes, aucune citation ne pourra masquer cette évidence »

Doc Sportello Kommunisierung.net 21/11/2018 à 21:14

La preuve en actes de ce qui est dit ci-dessus :

“Depuis samedi dernier, dans le département de la Somme, des Gilets Jaunes se relaient jour et nuit aux deux barrages filtrants mis en place sur la commune de Flixecourt. L’un de leur barrage est situé au carrefour de l’autoroute A16 et de la zone d’activités de la ville. Tôt mardi martin, les manifestants ont arrêté un camion-citerne immatriculé en Belgique qui sortait de l’autoroute.

A 7 heures du matin, le chauffeur en a profité pour faire une pause-café avec les manifestants qui bloquaient sa route. Ces derniers ont alors entendu des bruits qui venaient de l’intérieur de sa citerne. « Il y a des migrants dans les cuves ! y en a là », peut-on entendre dans une vidéo partagée par un Gilet Jaune sur son compte Facebook.”


http://www.leparisien.fr/faits-divers/quand-des-gilets-jaunes-remettent-des-migrants-aux-gendarmes-21-11-2018-7948308.php#xtor=AD-1481423552

passons sur "la preuve" par un exemple... Relevons cette énigme théorique : pour la théorie de la communisation, le caractère antipolitique des luttes sociales est habituellement un sain rejet de la démocratie politique, de la représentation institutionnelle et du "racket" des partis. Pour l'heure, ceux-ci sont incapables de "récupérer" un mouvement qu'ils n'ont pas lancé et ne contrôlent pas. Une critique communisatrice devrait plutôt s'attacher à montrer le caractère massivement revendicatif, de "lutte sur le salaire", adressé à l'État, et qu'ici, ce n'est pas pas même une limite qui pourrait être dépassée, puisqu'il n'y a aucune dynamique allant en ce sens. Considérer que l'apolitisme « ne cache toujours que l'extrême-droite » relève davantage d'une critique antifasciste qui n'a jamais été celle des partisans de la communisation. Il faut donc s'attendre de la part de Théorie Communiste à une analyse fort différente

2. peut-on minimiser la menace populiste-fasciste ?

remarquons d'abord que cette analyse du danger populiste-nationaliste est pour les européennes la grille de lecture de Macron, qui lui oppose la démocratie des "progressistes". On la retrouve chez Bernard Henri-Levy (BHL et les Gilets jaunes) et Cohn-Bendit. Cet alarmisme est utilisé électoralement depuis les années 80 tant par la gauche à l'origine (Mitterrand) que par la droite alternativement depuis, et sous la forme "centriste" du macronisme

la probabilité d'une accession au pouvoir de la droite unie à l'extrême-droite (Le Pen, Marion Maréchal, Philippot, Dupont-Aignan, Wauquiez...) n'est pas immédiate et contrebalancée par le populisme de gauche de la FI avec Mélenchon, Ruffin... Mais il n'y a pas que les élections dans la vie

dans la fabrication du candidat Macron aux présidentielles, nous avons vu que la grande bourgeoisie française tirait les ficelles, et elle sera seule à décider du moment où le "fascisme" pourrait être une alternative politique conforme à ses intérêts économiques. Rien ne montre qu'elle y serait réduite avant longtemps

pour l'heure, le mouvement des Gilets jaunes n'est pas porteur d'une telle perspective, et si elle s'en dégageait cela produirait en son sein une scission qui signerait la fin du soutien massif de ceux d'en-bas (on la verra peut-être se dessiner à l'occasion des tentatives de politisation et de centralisation conduite par un leader charismatique). Il est vrai que cela pourrait prendre selon la conjoncture des allures de guerre civile sans perspective révolutionnaire, mais nous n'en sommes pas là


Les raffineries Total rejoignent le mouvement de grève générale entamé samedi 17 par les Gilets Jaunes. Officiellement, il s’agit de peser sur les négociations annuelles obligatoires (NAO) en cours. Officieusement… de rejoindre les Gilets jaunes sans se faire taxer de populisme ni faire de la basse récupération. Un appel à la grève pour 24 heures a été lancé ce 21 novembre à partir de 21 heures.

A la Mède, près de Marseille, Frédéric Ambrosio cité par nos confrères de la Provence est direct : « 80% des postes sont en grèves, nous arrêtons les expéditions, camions, bateaux […] Cela donnera un bol d’air aux gilets jaunes. On est tous dans le même bateau. On a aussi notre mot à dire ».

A Donges, le site de la raffinerie est bloqué par intermittence par les Gilets Jaunes depuis mardi, les expéditions sont perturbées. Elles sont à l’arrêt depuis cette nuit. Peu avant le lancement de la grève, Fabien Privé Saint-Lanne, délégué CGT de la raffinerie, nous explique ce qu’il en est : « on ne bloque pas les raffineries, on se met en grève. Donc on n’entrave pas la liberté de passage, mais on arrête les expéditions, on baisse les débits, on arrête les chargements, les approvisionnements des dépôts et des ports ».

Le préavis est « pour 24 heures à partir de 21 heures » ce mercredi 21. Du reste, « Gonfreville et Feyzin [deux raffineries situées près du Havre et près de Lyon respectivement] sont déjà en grève », précise le délégué. Les revendications ? « Le pouvoir d’achat », comme les Gilets jaunes, mais aussi « des augmentations salariales. L’an dernier il n’y a même pas eu d’accord, ils nous proposent 0.2% alors qu’il y a 12 à 14 milliards d’euros de bénéfice annuel. On veut au moins l’inflation – 2.2% selon l’INSEE ».

Le blocage est « éventuellement » reconductible ; « du reste, on ne va pas créer une pénurie en 24 heures », tempère Fabien Privé-Saint-Lanne. Sauf si les gens se précipitent sur les pompes comme en Corse ou dans l’Hérault, après les premiers blocages de dépôts de carburant par les Gilets jaunes. Sur les 11.000 stations-service françaises, 80 stations sont déjà en rupture partielle – dont une à Saint-Nazaire – et deux en rupture totale. En Wallonie où le mouvement a commencé dès le 16 novembre, un tiers des stations sont à court de carburant.


Patlotch : on ne peut pas s'appeler Paris-Luttes.Info et faire comme si à Paris, il ne se passait rien. Ces appels témoignent des désaccords dans "le milieu radical" que j'évoquais plus haut, et valent sûrement mieux que le silence nez pincé ou pire la caractérisation du mouvement comme fascisant. Ils sont aussi disais-je, avec la montée à Paris, l'indication que cet activisme ne peut se manifester qu'autour de luttes et centralisées organisées par d'autres, de même que les Blacks Blocs n'ont jamais existé que dans les marges de mouvements syndicaux ou citoyennistes dont ils voulaient se distinguer (dans les "cortèges de tête", etc.). De ce point de vue, l'autonomie de leurs luttes n'est loin d'être autonome... Dans l'ensemble, on a ici un début de perte d'originalité de cette révolte "bololo" : l'inédit, par définition, ne pouvant pas durer, il va leur falloir de l'imagination

Le mouvement des gilets jaunes divise dans nos cercles, par son interclassisme qui permet à différentes franges de petits patrons et de réacs en tous genres de s’exprimer sur les barrages. Pourtant, cette vague semble bien plus importante qu’un simple mouvement sectoriel sur le prix de l’essence. Quelques appels circulent pour rejoindre le cortège des gilets jaunes samedi place de la Concorde.

Front de gilets jaunes antiracistes à Paris
## Pas de place pour les racistes, les homophobes et les sexistes ##

Le mouvement des gilets jaunes laisse perplexe et divise au sein des forces progressistes et révolutionnaires.

La journée du 17 novembre aura conforté celles et ceux qui y voient un mouvement régressif et quasi contre révolutionnaire, avec de multiples actes racistes, sexistes et homophobes.

Elle aura aussi conforté celles et ceux qui, au sein de la gauche radicale, y voient une chance de convaincre de nouvelles personnes de la nécessité de mettre nos forces en commun pour renverser un pouvoir qui ne sert que ses intérêts et celui des plus riches.

Face à ce constat et cette division des forces anti-racistes et anticapitalistes, nous ne voyons qu’une parade : laisser chacun.e choisir son rapport à ce mouvement, sans critiquer celleux qui auront fait d’autres choix.

Une chose nous apparaît clairement : ce mouvement est particulièrement complexe et protéiforme. D’un collectif à l’autre, les logiques et dynamiques semblent bien différentes. C’est aussi un mouvement qui évolue de jour en jour, et fait émerger une lame de fond qui couvait depuis longtemps dans la société.

Pour cette raison, nous pensons qu’il serait une erreur stratégique de laisser le terrain du prochain rassemblement vide de toute force antiraciste.

Nous ne doutons pas que samedi 24 novembre, certaines personnes isolées profiteront de l’effet de foule pour déverser leur haine de l’autre (le noir, l’arabe, l’homo...). Il sera alors important d’intervenir par la parole, et par les actes s’il le faut (en cas de danger physique pour une personne). Car sans cette riposte, le flot de haine pourrait grossir d’heure en heure, de jour en jour.

Nous devons accepter, et promouvoir, la diversité des profils, des méthodes et des objectifs de la lutte. Comme ce fut le cas dans le cortège de tête, où les syndicalistes sont venus se mêler aux retraité.es, aux lycéen.nes et aux chômeur.se.s

Mais, en ces temps particulièrement dangereux face au danger fasciste (Brésil, Italie, USA), nous nous devons de combattre cette peste brune sur le terrain et dans les luttes. Celle des gilets jaunes est particulièrement complexe et difficile à cerner. C’est d’autant plus important d’y être présent.es.

Nous ne ferons reculer l’extrême-droite qu’en remportant des batailles sociales contre un pouvoir aux abois détesté par le plus grand nombre.

24 novembre : Le péril Jaune
Le 24 novembre, bloquons Paris ! #LePérilJaune

Depuis quatre jours, tout le monde spécule sur les gilets jaunes. Certains font mine de savoir comment se positionner, quelle attitude adopter, mais en réalité personne ne sait rien de ce qui se passe.Tous ceux qui jaunissent depuis samedi ne savent pas même ce qui advient, et encore moins ce qui pourrait advenir.

Une chose nous paraît alors certaine : nous ne pouvons nier la force de contestation qui s’est ouverte samedi, et nous ne pouvons nous en séparer. Nous ne pouvons pas dire « il y a eux et nous ». Il ne s’agit plus d’observer, mais d’en être. Qui pourrait rester à sa fenêtre samedi prochain alors que des milliers de gilets jaunes comptent prendre d’assaut la capitale ?

Nous n’ignorons pas le jeu de récupération à l’œuvre, de toutes parts, mais nous voyons autre chose : déserter toutes les initiatives présentes sous prétexte de la gravitation de quelques élus ou partis autour de celles-ci reviendrait à leur donner raison par notre absence et à se faire aveugle de ce qui se joue réellement.

Nous voyons des personnes qui rejettent toute attache, toute appartenance, toute identité. Hormis un gilet et un vague désir destituant, les gilets jaunes partagent peu de choses, bousculent entièrement le jeu des identités. Rien n’aurait dû lier ces centaines de milliers de personnes, dont il est impossible d’établir un profil-type, dont l’expérience du politique et la confrontation au pouvoir étaient jusqu’alors, semble-t-il, quasi-nulles.

« Certains de ces gilets jaunes sont dans un monde parallèle, il y en a même qui pourraient devenir autonomes » (BFM-TV, 17 novembre)

Les gilets jaunes sont les nouveaux ingouvernables. On voudrait qu’ils restent chez eux dans leur train-train merdique, les voilà qui s’invitent à Paris.
On voudrait qu’ils soient d’un seul milieu, d’un seul type, d’une catégorie, les voilà divers et indéfinissables.
On les voudrait « bon enfant », les voilà émeutiers.
On veut les contenir, ils débordent.
On les matraque quand ils sont gentils, ils reviennent plus déterminés. Ils résistent à toute assignation. Hors case, hors sol, hors la loi.
Et c’est là leur force et leur faiblesse : tout le monde est un gilet jaune. Et si la confusion et le chaos de l’époque se renversaient par la confusion et le chaos même ?

C’est dans cette confusion qu’il nous faut continuer à nous mêler à eux.
D’abord, parce qu’il ne faudrait pas que les actes inqualifiables qui se sont produits à certains endroits se propagent et deviennent la note idéologique du mouvement.
Ensuite, parce qu’on ne mettra jamais fin aux catastrophes en cours sans bloquer l’économie, et que cela ne se fait que par la force et la détermination d’une masse.
Le gouvernement parle de radicalisation des gilets jaunes, il ne nous reste qu’à lui donner raison.
Organisons-nous, bloquons tout !

circule également en vidéo L’Appel de Saint-Nazaire, lu hier par le “Mouvement des Gilets Jaunes de la zone portuaire de Saint-Nazaire”, c'est très "populaire", un peu naïf, mais ni "populiste" ni "fascisant", on en est là...

5. quelques réflexions générales

non exhaustives, j'ai déjà semé en route quelques observations et questions. En voici d'autres :

1) si le mouvement est "interclassiste", autrement dit non purement "prolétarien", c'est par le fait même qu'il porte essentiellement sur le pouvoir d'achat. Incidemment, une étude nous apprend que Le pouvoir d’achat des Français a baissé de 440 euros depuis 2008 selon une étude. Donc ça touche toutes les classes sociales...
Moins d'argent à la fin du mois : une réalité pour les Français. Selon l'OFCE, le revenu disponible des ménages a baissé de 1,2% en 2016 par rapport en 2008 soit 440 euros en moins par an, ou 37 euros par mois. Les plus aisés et les classes moyennes sont les plus touchés. Pour un ménage qui a 7 500 euros pour vivre chaque mois, la perte est de 167 euros par mois en 2016 par rapport à 2008. Pour les classes moyennes, c'est 43 euros en moins pour un ménage qui gagne 2 150 euros par mois.

Principale raison : la hausse de l'impôt sur le revenu et des prélèvements financiers, par exemple sur les actions.


mais attention, c'était avant l'arrivée de Macron... Interclassisme donc, mais mesuré au revenu (salaire), qu'est-ce que le prolétariat relativement aux couches moyennes inférieures ? Ce critère sociologique n'a pas de pertinence quantitatif : des artisans et petits entrepreneurs gagnent moins que certains ouvriers de grosses boîtes

2) à propos de la présence de fachos, racistes, homophobes... et de récupération par l'extrême-droite, c'est inévitable et ce sera longtemps inévitable. Il faudra faire avec et contre, ce que beaucoup ont déjà bien compris, sans besoin des leçons de radicalisme de l'avant-garde de la conscience prolétarienne

3) si le mouvement peut être qualifié de revendicatif (il s'adresse à l'État et lui demande du pognon), il n'est pas syndical. À ma connaissance c'est une première historique. Les mouvements revendicatifs sont parfois partis "de la base", mais rarement sans syndicalistes (même minoritaires) et le plus souvent repris par les organisations syndicales. Cette "spontanéité auto-organisée" est appelée à faire des petits. Comme forme de lutte, elle peut porter des contenus variables et dépasser les limites d'une visée revendicative ou syndicale. On n'en est pas là même si certains en rêvent

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Ven 23 Nov - 22:43

d'hier, 2. mise à jour permanente en bas

1. un débat qui s'ouvre dans le milieu radical : lutte de classe ou pas ?
2. la lutte de classe en questions dans le capitalisme vert : le rôle de l'État
- retour sur « les luttes antifiscales [structurant] l'histoire populaire de la France » (Gérard Noiriel)
- structurer ou pas le mouvement ? Le piège de la représentation

1. un débat qui s'ouvre, des témoignages,
des enseignements et des questions théoriques renouvelées

je poursuis dans un nouveau post pour plus de lisibilité. Comme prévisible et annoncé, à Paris ce samedi, on retrouvera nos repères pépères, avec les Fafs et les Black Blocs ou assimilés dont on sait qu'il ne peuvent "s'auto-organiser" qu'autour de l'organisation des luttes par les autres : ils ne peuvent exister qu'ensemble

"Gilets jaunes à Paris" :
une manifestation autorisée et d'autres rassemblements non déclarés

BFMTV 22/11/2018 (mais aussi FranceInfo, la source étant gouvernementale)

Un rassemblement de "gilets jaunes" a été autorisé samedi sur le Champs-de-Mars à Paris après que plusieurs demandes ont été déposées. Par ailleurs, d'autres points de mobilisations pourraient être organisés, selon une note de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris.
Des chiffres et un dispositif qui restent à affiner. 30.000 personnes ont d'ores et déjà "likés" la page appelant à venir manifester dans la capitale ce samedi. Un élément qui donne une première indication sur le nombre potentiel de participation à ce rassemblement "gilets jaunes". Une estimation que révèle une note de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris que BFMTV a pu consulter.

Depuis ce jeudi midi, un rassemblement a été autorisé par les autorités. Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a annoncé que la manifestation des "gilets jaunes" pourra se tenir au Champs-de-Mars. "Il est en revanche exclu qu’elle se déroule place de la Concorde, pour d’évidentes raisons de sécurité", pointe toutefois le document, confirmant les déclarations mardi soir de Laurent Nunez, le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur.

Dans ce document, on y apprend qu'"un dispositif de sécurité sera mis en place pour protéger les lieux sensibles de la capitale".

30.000 "gilets jaunes"
Malgré les avertissements des autorités, les "gilets jaunes" n'ont, semble-t-il, pas reculé: certains ont prévu de se rassembler à la Concorde en bas des Champs-Elysées. Un autre point de mobilisation, non déclaré, pourrait être organisé place de la Bastille. Autant d'éléments qui servent pour les forces de l'ordre à imaginer son dispositif de sécurité.

Au total, ce sont 30.000 personnes qui pourraient venir manifester dans la capitale, alors que de nombreux appels à venir protester à Paris ont été appelés sur les réseaux sociaux depuis le début de la semaine. A cela s'ajoute la participation de 100 à 200 chauffeurs VTC et quelques chauffeurs de taxi et routiers. D'éventuels points de blocage sont à prévoir place de l'Etoile et porte Maillot.

La présence de "casseurs"
Par ailleurs, entre 80 et 120 militants d’extrême droite et entre 100 et 200 militants d’ultra-gauche pourraient tenter une action médiatique en fin de journée en direction de l’Elysée, pour provoquer la police et se livrer à des dégradations. Les "casseurs" redoutés par les forces de sécurité. Cette estimation de la direction du renseignement de la préfecture de police a été réalisée ce jeudi, et devra encore être affinée jusqu'à samedi.

La semaine dernière, environ un millier de personnes avait tenté de se rendre devant l'Elysée pour crier leur colère sous les fenêtres d'Emmanuel Macron. Les manifestants avaient été repoussés par les forces de l'ordre déployées dans le secteur.

plus intéressant, le débat dans le milieu radical s'approfondit un peu et devient moins binaire. On le constate chez Indymédia Nantes, exemple : La cagette en gilet jaune qui renvoie à ce témoignage chez Lundimatin : Que pensent les gilets jaunes ? À preuve aussi ce texte plus subtil que les précédentes "simplifications inopportunes" des antifas relayées par dndf...

Des gilets jaunes à ceux qui voient rouge
Nathan Agitations 22 novembre 2018

je souligne en gras
Depuis quelques jours, la gauche peine à appréhender politiquement un phénomène, « les gilets jaunes », puisqu’il n’émerge pas directement des formes traditionnelles de contestation. Par conséquent, toute analyse critique du mouvement est abandonnée au profit d’un soutien béat qui ne s’interroge sur rien (qui se mobilise ? pourquoi ? comment ?) ou bien d’un mépris affiché envers les « beaufs » qui ne manifestent pas pour les « bonnes causes ». En attendant, on ne peut pas résumer les événements à une manipulation grossière de l’extrême-droite basée sur du vent et fabriquant une grogne sociale tout à fait artificielle à coups de vidéos Facebook.

L’engouement suscité par les « gilets jaunes » est un symptôme de la séquence politique dans laquelle nous nous trouvons, séquence engendrée par le capitalisme en crise et par la dissolution de toute identité ouvrière reconnaissable et communément partagée. Cette perte de repères a été brutale, et certains débats au sein de la gauche radicale (parfois plus attachée à un passé fantasmé qu’à penser la composition de classe complexe des luttes sociales actuelles) ont consisté à s’interroger sur la proportion de prolétaires utilisant une voiture et étant donc directement impactés par la hausse du prix du diesel. On revient très souvent au fantasme réactionnaire de la bonne vieille France rurale paysanne où vivraient la majorité des « pauvres » (le concept de prolétariat passant très vite à la trappe). Selon nous, il est plus pertinent de s’intéresser au contenu politique de ce mouvement et à ce qu’il traduit pratiquement.

La diversité des gilets jaunes selon les points de mobilisation a permis à tout un chacun d’y apposer son petit drapeau idéologique en ne retenant que ce qui l’arrange. Ainsi l’Action Française, le Bastion Social (ex-GUD), le Rassemblement National, Les Républicains mais aussi la France Insoumise, divers groupes trotskistes du NPA à Lutte Ouvrière, ou même des anarchistes partis répandre la bonne parole ont tous pu prétendre à la victoire et se galvaniser de la réussite toute relative de cette journée d’actions du 17 novembre – rappelons que 250 000 manifestants dans toute la France, c’est considéré comme une défaite lors d’une mobilisation syndicale, et encore ici ils ne font même pas grève.

L’épisode Marcel Campion1 aurait dû servir de leçon à certains qui, emportés par la fougue de la massification, s’empêchent de penser où mène la colère de celles et ceux qui descendent dans la rue sur des bases interclassistes en suivant jusqu’aux revendications libérales du petit-patronat. Car oui, tous les sondages expriment le fait que « les gens sont en colère ». Encore faut-il se demander ce qu’on entend lorsqu’on parle de « gens » et contre quoi ils sont en colère.



Si des flics, des fachos et une partie du patronat ont pu se greffer aux revendications formulées par les « gilets jaunes », ce n’est pas par pure récupération opportuniste et aléatoire dans une convergence contre-nature : c’est que la dynamique du mouvement coïncide avec leurs intérêts de classe. Ou a minima, que la confusion qui règne ne les menace pas directement, du moins en territoire métropolitain. La situation est bien différente par exemple à la Réunion (touchée par 22 % de chômage dans la population active), où le mouvement ne prend pas sur des bases interclassistes mais précisément dans les quartiers les plus pauvres et racisés (émeutes, pillage de grands magasins, police qui donne des badges à des commerçants pour former des milices, couvre-feu, etc).

Quoi qu’en disent certains manifestants isolés exprimant leur ras-le-bol de façon désordonnée à des caméras en quête de déclarations choc, le mouvement s’est construit autour d’un discours poujadiste de protestation contre « les taxes » et « les impôts » qui « étouffent le peuple », ce qui est loin d’être un combat de classe (et contrairement à ce qui est avancé, près de 70 % de la hausse du prix vient des fluctuations du cours du pétrole et non pas d’une politique délibérée de l’Etat).

La décision de « bloquer le pays » un samedi sans s’en prendre aux lieux de production est loin d’être anodine, et il est amusant de constater que Martinez le « socdem » a une meilleure analyse de classe que la plupart des gauchistes en affirmant que « la CGT ne défile ni avec l’extrême-droite, ni avec les patrons ». Une extrême-droite qui prend de plus en plus ses aises (saluts nazis, dénonciation de migrants à la police, invitation de militants antisémites, etc), précisément car la mobilisation du 17 novembre ne s’est pas faite sur des bases sectorielles et prolétariennes mais territoriales et populistes.

A vouloir nier l’évidence et s’inventer de nouveaux alliés pour grossir les rangs du « peuple révolté », les gauchistes s’imaginent qu’ils partagent a minima un ennemi commun avec les gilets jaunes : les capitalistes ou, à défaut, « les riches ». Mais comment prétendre que ce mouvement s’oppose à la bourgeoisie quand il évite soigneusement de s’attaquer aux points névralgiques de l’économie pour organiser des marches vides de sens vers les mairies où vilipender symboliquement les élus locaux ?

Le traitement médiatique et policier réservé à cette mobilisation en dit également long sur le degré de menace qu’il représente pour l’Etat et l’économie : journaux télévisés complaisants envers ce qui aurait été qualifié d’émeutes dans tout autre contexte, interventions policières relativement rares et peu violentes pour des rassemblements non-déclarés et donc illégaux, Le Monde qui parle de « bilan sécuritaire contrasté » alors qu’on fait état d’un mort et de centaines de blessés car il n’y a pas eu de casse matérielle…

Cependant, le lendemain du 17 novembre a pu laisser entrevoir des initiatives locales allant au-delà d’une lutte fiscale. En certains endroits, l’absence de coordination stricte a permis quelques « débordements » qui se sont échappés du cadre revendicatif initial, soit en prenant une orientation parasyndicale avec notamment des blocages logistiques qui ont effrayé le patronat, soit en donnant naissance à des agressions racistes, sexistes et homophobes émergeant directement du caractère populiste de ces manifestations. En effet, « le peuple » suppose l’appartenance à une « communauté nationale » dont sont nécessairement exclus les étrangers.

Reste à savoir si les fractions éparses de « gilets jaunes » dissidents pourront subsister indépendamment d’une dynamique nationale, une fois que la vague de confusion mouvementiste sera retombée. Le mouvement s’est appuyé sur une colère diffuse et bien réelle au sein de populations variées mais, en l’absence d’un contenu stable et déterminé, il risque fort d’exploser car être des « citoyens en colère », ça ne fait pas une base politique commune, bien que tout le monde essaie tant bien que mal de s’y raccrocher. C’est ce manque de base politique commune qui avait mené à sa perte le Mouvement des Fourches, en 2013 en Italie, mouvement populiste en partie antifiscal et tout autant « fourre-tout » que le mouvement des « gilets jaunes ».



Du côté des gauchistes, les philosophes de l’ENS se prennent à « observer » leur petit moment avec « le Peuple » (pardon, les « subjectivités diffuses »), le frisson de l’insurrection citoyenne leur parcourt l’échine et ils commencent à rêver émeutes et barricades au beau milieu d’un rassemblement contre la hausse du prix du diesel. Car c’est bien cette revendication adressée à l’Etat qui constitue la moelle épinière de la mobilisation, et pas un quelconque anticapitalisme inconscient qui serait naturellement en germe dans les actions citoyennes des « indignés ».

Génération Ingouvernable appelle à « nous confondre dans la confusion », appel des plus politiques. Mais pourquoi en vouloir aux révolutionnaire romantiques, les mêmes qui appelaient au « zbeul » lors de la dernière Coupe du monde ? Et voilà d’autres poètes qui ressurgissent : Lundi Matin, affirmant que le gilet jaune a un « usage symbolique » de renversement du sécuritaire contre l’ordre sécuritaire : « Ce qui avait d’abord été imposé comme un dispositif de sécurité se transforme en pas de côté social (…). Sortis de leurs voitures, les gilets jaunes se reconnaissent mutuellement dans l’urgence provoquée par la dégradation soudaine de leur modes d’existence ».

Toutes ces extrapolations gauchistes délirantes s’inscrivent dans la continuité logique des anarchistes qui pensaient que le mouvement autour de l’indépendance fiscale de la Catalogne allait déboucher sur l’abolition pure et simple du capitalisme ou que la consolidation de l’Etat kurde au Rojava avait quoi que ce soit à voir avec la révolution communiste. Tout ce qui bouge est rouge, toute colère est révolutionnaire et on peut faire des gâteaux au chocolat avec les restes d’un gratin de courgettes.

La comparaison avec l’autonomie italienne des années 70 a même été osée, histoire d’attribuer le qualificatif « d’émeute urbaine » à une promenade citoyenne escortée par les CRS. Nous lisions même un intellectuel trotskiste faire un lien entre les gilets jaunes et des luttes contre la circulation du capital (et affirmant pour cela que les gilets jaunes étaient des ouvriers sortant du pré-carré de l’usine, alors qu’ils bossaient de manière extrêmement majoritaire samedi dernier). Il faut bien rêver quand il ne se passe rien, ça occupe les journées entre deux réunions et ça permet de ressortir les discours pétris d’idéologie qu’on avait dû ranger dans le placard à la fin du dernier mouvement social.

1 Le site Lundi Matin s’était réjoui de l’appel de Marcel Campion, « roi des forains » et accessoirement homme d’affaires multimillionnaire soutien de Marine Le Pen, à manifester à nos côtés contre la réforme du code du travail en 2017
je laisse de côté les critiques plutôt pertinentes contre les gauchistes (l'extrême-gauche institutionnelle, NPA, LO...) et Lundimatin, comme aussi la question de l'interclassisme ou du caractère fascisant supposés dans les gènes de ce mouvement, ainsi que les louanges au "SocDem Martinez" qui aurait fait preuve d'« une meilleure analyse de classe que la plupart des gauchistes en affirmant que « la CGT ne défile ni avec l’extrême-droite, ni avec les patrons ». Pfff... Martinez, il a d'abord le souci de sa boutique, et une lutte revendicative qu'il ne contrôle pas, ça l'emmerde (d'où l'appel du 1er décembre à "tous les citoyens"...). Pas mal de jésuitisme et contradictions dans ces affirmations

plus sérieusement sur le plan théorique, je questionne l'affirmation « le mouvement s’est construit autour d’un discours poujadiste de protestation contre « les taxes » et « les impôts » qui « étouffent le peuple », ce qui est loin d’être un combat de classe », en me référant à l'analyse depuis près de 10 ans par Théorie Communiste sur « l’illégitimité de la revendication sur le salaire »

autrement dit, ne peut-on voir ici, au moins de la part d'une forte proportion des Gilets Jaunes, une manière de contournement du blocage des salaires, ou plutôt du pouvoir d'achat, depuis deux décennies, et de l'inefficacité de toutes mobilisations encadrées par les syndicats ? Contournement sans doute pas prémédité, mais produit par la situation, et la coupe qui déborde avec ces taxes...

où il y a eu "luttes théoriciennes" (TC), c'est par la leçon des échecs des luttes précédentes, et il n'est donc pas étonnant que beaucoup essayent de s'y prendre autrement : et si, en faisant preuve d'humilité, nous avions quelque chose à en apprendre ?

toujours en référence à Théorie Communiste (TC), qui est ma référence préférée (pour la critiquer) en matière de perspective de révolution prolétarienne à laquelle je ne crois pas (cf LE CONCEPT DE RÉVOLUTION). Je rappelle dans les termes de TC qu'il n'y a pas de dépassement de limites possibles dans ce mouvement parce qu'il n'a de dynamique que revendicative. C'est le point qui manque en commun à toutes ces analyses du milieu qui tentent d'articuler lutte de classe et antifascisme, alors que le problème est ailleurs

pour ce qui est de mon analyse, ce qui est en jeu, une première historique à cette échelle, c'est la contradiction entre luttes sociales et luttes écologiques, toujours ramenée sur le terrain du capitalisme (vert), c'est une règle du jeu comparable à celle du curseur de la plus-value : le capital en sort toujours gagnant. Nous avons donc une double contradiction des rapports de classes et des rapports capital-nature. Elles ne feront bon ménage, comme avec la contradiction de genre, que dans un processus révolutionnaire qui les prendra en charge ensemble

23 novembre

2. la lutte de classe en questions dans le capitalisme vert :
le rôle de l'État

chacun sa grille de lecture, la mienne est dans la ligne générale de ce forum. Je ne devrais pas me laisser embarquer dans le débat propre au milieu radical, sur les critères du fascisme, du populisme et in fine de la lutte des classes avec en point de mire la révolution prolétarienne, sauf quand en émergent des questions nouvelles sur la base d'une attention au nouveau. Suffisamment de témoignages et d'appels circulent* ou d'analyses sociologiques de terrain** pour qu'on en reste pas à l'appréciation débilitante d'un Yves Coleman sur Mondialisme.org Le jaune est la couleur des briseurs de grève. Pour qu'une grève soit brisée, encore faut-il qu'elle existe...

* L’exaspération est générale : la riposte doit être générale Paris-Luttes Info 23 novembre 2018
Dans le contexte des « gilets jaunes », une quarantaine de structures et de collectifs de salarié.e.s en lutte appellent le 15 décembre à une grande manifestation nationale à Paris de l’Élysée au Medef pour faire clairement entendre notre camp social.
Une quarantaine de structures et d’entreprises dont de nombreux secteurs en lutte, comme chez Goodyear, postiers du 92, Ford, Hôpital du Rouvray, Mc Do, Deliveroo, Psychiatrie parisienne PPU, hôtel Hyatt, Monoprix, étudiants de Nanterre, enseignants du lycée Utrillo, de Touche Pas à Ma Zep, commission de mobilisation du Travail social, du collectif Rosa Parks, des cheminotEs, de Pôle emploi, de la Sécu, de l’Énergie... se sont retrouvés le 10 novembre à la Bourse du travail de Paris à l’initiative du Front Social. [...]
** exemple : Qui sont et que veulent les « gilets jaunes » ? Entretien avec Benoît Coquard, spécialiste des classes populaires rurales, entretien avec Contretemps 23 novembre 2018

Arrow

dndf a mis en devanture le texte d'Agitations autonomes Des gilets jaunes à ceux qui voient rouge, et un commentaire d'Alain Corne(bouc) de Carbure rejoignant mon appréciation de ce texte et (se) posant justement de ces questions :
Alain Corne a écrit:Pas mal d’imprécision tout de même dans ce texte, un peu trop pressé de se situer dans le champ radical en opposition aux “appello-ingouvernables” dont il s’agit de prendre le contre-pied systématique. [...]

Au bout du compte, avec les Gilets Jaunes [...] on a surtout un problème avec la lutte des classes, et là on passe un peu à côté. La “fin de l’identité ouvrière” est (infernalement) une situation positive, effective, et pas un simple manque. Et la restructuration se poursuit depuis si longtemps qu’il faut se demander ce qui est restructuré.
« on a un problème avec la lutte des classes » et l'on ne peut l'analyser comme simplement son « manque ». Sauf mauvaise compréhension de ma part, car l'extrait en dit trop ou pas assez, c'est une critique majeure du concept même au centre de la théorie du prolétariat et de celle de la communisation en particulier. Bonne question que « se demander ce qui est restructuré », la lutte de classe elle-même bien sûr, et donc sa théorisation, mais jusqu'où et comment ?

on ne comprend pas un mouvement social sans voir ce qu'il provoque de la part de l'État. Les limites internes du mouvement, sur le terrain du capitalisme vert, sont exprimées par Hulot confronté hier à un Gilet Jaune : il faut « un accompagnement social de la transition énergétique et écologique, avec des propositions concrètes », et dans la foulée, déjà pressé par Bayrou et ses propres troupes 'en marche' Macron annoncera mardi un nouveau cap pour rendre la transition écologique « acceptable et démocratique ». Ce sera pour l'État l'occasion de remettre en selle « « Seules les "forces vives", c’est-à-dire les organisations syndicales et patronales, des associations environnementales, des parlementaires et des élus locaux. » (source LCI), autrement dit tous ceux que dérange l'auto-organisation incontrôlable par eux du mouvement

c'est quand même fou le nombre de bien intentionnés voulant faire entrer ce mouvement dans leurs clous de la représentation politique et syndicale, comme de leur représentation théorique (« La classe ! La classe ! »...). L'historien Gérard Noiriel en donne une mise en perspective intéressante dans Les gilets jaunes et les « leçons de l’histoire ». Il écrit :
Les commentateurs qui ont utilisé le mot « jacquerie » pour parler du mouvement des « gilets jaunes » ont voulu mettre l’accent sur un fait incontestable : le caractère spontané et inorganisé de ce conflit social. Même si ce mot est inapproprié, il est vrai qu’il existe malgré tout des points communs entre toutes les grandes révoltes populaires qui se sont succédé au cours du temps. En me fiant aux multiples reportages diffusés par les médias sur les gilets jaunes, j’ai noté plusieurs éléments qui illustrent cette permanence.

Le principal concerne l’objet initial des revendications : le refus des nouvelles taxes sur le carburant. Les luttes antifiscales ont joué un rôle extrêmement important dans l’histoire populaire de la France. Je pense même que le peuple français s’est construit grâce à l’impôt et contre lui. Le fait que le mouvement des gilets jaunes ait été motivé par le refus de nouvelles taxes sur le carburant n’a donc rien de surprenant. Ce type de luttes antifiscales a toujours atteint son paroxysme quand le peuple a eu le sentiment qu’il devait payer sans rien obtenir en échange. Sous l’Ancien Régime, le refus de la dîme fut fréquemment lié au discrédit touchant les curés qui ne remplissaient plus leur mission religieuse, et c’est souvent lorsque les seigneurs n’assuraient plus la protection des paysans que ceux-ci refusèrent de payer de nouvelles charges. Ce n’est donc pas un hasard si le mouvement des gilets jaunes a été particulièrement suivi dans les régions où le retrait des services publics est le plus manifeste. Le sentiment, largement partagé, que l’impôt sert à enrichir la petite caste des ultra-riches, alimente un profond sentiment d’injustice dans les classes populaires.
[...]
Au-delà de ces enjeux économiques, la classe dominante a évidemment intérêt à privilégier un mouvement présenté comme hostile aux syndicats et aux partis. Ce rejet existe en effet chez les gilets jaunes. Même si ce n’est sans doute pas voulu, le choix de la couleur jaune pour symboliser le mouvement (à la place du rouge) et de la Marseillaise (à la place de l’Internationale) rappelle malheureusement la tradition des « jaunes », terme qui a désigné pendant longtemps les syndicats à la solde du patronat. Toutefois, on peut aussi inscrire ce refus de la « récupération » politique dans le prolongement des combats que les classes populaires ont menés, depuis la Révolution française, pour défendre une conception de la citoyenneté fondée sur l’action directe. Les gilets jaunes qui bloquent les routes en refusant toute forme de récupération des partis politiques assument aussi confusément la tradition des Sans-culottes en 1792-93, des citoyens-combattants de février 1848, des Communards de 1870-71 et des anarcho-syndicalistes de la Belle Epoque.
mais au lieu de le prendre comme une nouvelle nécessité de la lutte (de classe et au-delà), Noiriel ne peut s'empêcher de conclure :
L’absence d’un encadrement politique capable de définir une stratégie collective et de nommer le mécontentement populaire dans le langage de la lutte des classes est un autre signe de faiblesse car cela laisse la porte ouverte à toutes les dérives. [...] Le mouvement des gilets jaunes place les syndicats et les partis de gauche face à leurs responsabilités...
avec ou sans "dérives" loin d'être une "faiblesse", c'est jusque-là la force de ce mouvement, et c'est pourquoi il faut absolument qu'il rentre dans le rang de la représentation : c'est le vœu commun des partis, des syndicats, des patrons, et de Macron, et l'alimenteront les « leaders émergents » des Gilets Jaunes fabriqués par les médias

pour le chercheur Romain Pasquier « ce manque de leadership est aussi la force des "gilets jaunes" car ils sont insaisissables pour les pouvoirs publics » Pour dialoguer avec le gouvernement, le mouvement doit-il se structurer ? 20 minutes

comme le dit L'Appel de Saint-Nazaire (à 3:25), dont l'ineffable Pepe@dndf prétend ici qu'« il pourrait être signé par tout le monde sur l’échiquier politique, de Le Pen à Besancenot » :
Nous n’attendrons plus que les solutions viennent d’en haut. Les directions politiques, financières et industrielles seront toujours incapables de résoudre à notre place les problématiques sociales et environnementales que bien souvent elles ne voient même pas. La solution est en nous, en nous, les TRAVAILLEURS, CHÔMEURS, RETRAITES de toutes origines et de toutes couleurs.

pour tenter de désamorcer ce mouvement revendicatif, l'État ne peut lui répondre que là où il est sollicité : le pouvoir d'achat alias le salaire (direct ou indirect par redistribution des taxes et impôts), le curseur de la plus-value. La part de lutte de classe dans le mouvement est là, et c'est en ceci qu'il n'a rien de révolutionnaire même s'il n'est pas que populiste

mais de là à dire qu'on va entrer dans une configuration classique telle que citer TC en 2010 en donnerait la clef, qui n'aime pas les normes et les dogmes est servi

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Sam 24 Nov - 21:04

mise à jour permanente

journée de test... théorique

baisse de la mobilisation, ratage national à Paris...
légitimité revendicative mais sombres perspectives ?

aujourd'hui devait être l'occasion de vérifier empiriquement quelques-unes de mes considérations :

- l'ampleur de la montée centralisatrice organisée à Paris relativement à la mobilisation dans le reste du territoire, en métropole et Outre-Mer
- les caractéristiques de la politisation qui s'annonce concurrentielle entre l'extrême-droite et la France insoumise à gauche : les appels de Marine Le Pen à défiler sur les Champs-Élysées et d'Asselineau à la "destitution" de Macron ont toute l'allure des provocations fascisantes de type 6 février 1934
- les tentatives de débordement de type Black Blocs ou répondant aux appels tels que Gilet ou gilet pas ? Il faut de l’essence pour tout cramer (relayé par Pepe@dndf)
- la réaction de l'État dans sa conduite des opérations de police et du discours politique
- la médiatisation des "leaders émergents"
- last but not liste d'éventuelles surprises

20h32 - reprise de quelques éléments saillants :
Patlotch a écrit:- forte baisse de la mobilisation dans toute la France, sauf ici où là selon les régions, et à la Réunion. À Paris c'est un fiaschaos largement provoqué par l'ultra-droite. Pour l'Intérieur « 106 301 manifestants dans toute la France, contre plus de 280 000 la semaine dernière »


Sylvain Boulouque, historien des mouvements sociaux : « Vous aviez un drapeau bleu-blanc-rouge frappé du cœur vendéen. Il y avait des drapeaux avec des fleurs de lys, Civitas, etc. Tout cela indique une couleur politique. » France-Info

- malgré la concentration parisienne et le bordel de l'ultra-droite, ce n'est pas une réussite de l'extrême-droite. Il semble que les manifestations racistes, homophones et sexistes aient été largement éradiquées, relativement à la semaine écoulée (haie d'honneur des Gilets jaunes à #NousToutes à Montpellier)

- Mélenchon : « La vérité est que c'est la manifestation massive du peuple », ce qui en fait un vrai leader populisme courant après un mouvement loin de n'être que ça

- Martinez peut se réjouir ce soir de cet échec de la montée nationale à Paris, et espérer que la CGT fera mieux samedi prochain. Entre temps, Macron aura fait ses propositions « pour une transition énergétique acceptable et démocratique » devant les « seules "forces vives", c’est-à-dire les organisations syndicales et patronales, des associations environnementales, des parlementaires et des élus locaux », qui pourront ainsi se refaire une santé dans la légitimité d'État de la représentation... des absents : des "forces mortes" ? Restera à voir s'ils n'auront roulé que pour être roulés...

- intéressante remarque piochée dans Le Figaro : « Volontaire ou non, la stratégie des «gilets jaunes» a inversé la pyramide de la légitimité : leur colère, réelle, en vient à rappeler implicitement, par un effet de jeux de miroirs déformants, l'isolement sociologique originel du macronisme.» À rapporter avec la possible inversion de l'illégitimité de la revendication salariale, à propos de laquelle je m'étais interrogé il y a quelques jours

on a vu au fil de ce mouvement émerger une dynamique plus revendicatrice que politique, ne posant quoi qu'il en soit aucunement un quelconque dépassement des limites du capital. Mais, et je m'en tiens ici à la forme de cette lutte, le « volontaire ou non » de cette « stratégie » pointe (involontairement) l'absence d'une conscience de l'auto-organisation nécessaire. Pour nombre de participants, elle s'est faite par défaut d'une organisation, d'un représentation, d'où le succès des "leaders émergents"

Question

9h30 - francebleu  : « Des gilets jaunes de région commencent à arriver à Paris. "On ne sait pas où on va, on suit le groupe" »  scratch

9h44 - n'oublions pas l'extrême-gogoche. Lu de Jean-Louis Roche, Le prolétariat universel : les charognards rappliquent :
Après le chef Berger de la CFDT, 150 petits soldats CGT en Auvergne, c'est le brave Poutou qui ramène sa fraise, après s'être tu pendant une semaine avec sa secte NPA et avoir chié sur le mouvement tancé comme "poujadiste", mais c'est pour "l'encadrer" et mieux le protéger au final de l'extrême droite (qui est un danger plus important que la bande à Macron) et lui demander de se soumettre aux pompiers sociaux, CGT en tête :

"L'ex-candidat à la présidentielle et délégué CGT Philippe Poutou a exprimé sa « solidarité » aux gilets jaunes, les appelant à « s'organiser » sur des « revendications communes ».« Ras-le-bol d'un niveau de vie de plus en plus précaire », a-t-il déclaré. « Le problème est posé d'une révolte sociale contre le système économique actuel. Il faut donc s'organiser pour éviter que le mouvement soit récupéré par des Le Pen ou Dupont-Aignan ». Il a estimé que « ce qu'il faut maintenant, c'est qu'il y ait une jonction avec les syndicats sur des revendications communes comme les augmentations de salaires, la défense des services publics et une juste répartition des richesses ».

source Cnews Matin

10h31 - hier, pour éviter que les routiers ne rejoignent le mouvement de contestation contre la hausse du carburant, le gouvernement a reporté la taxe poids lourd

12h13 - à propos de populisme Le gilet jaune comme signifiant flottant Félix Boggio Éwanjé-Épée Contretemps 22 novembre 2018. Cet auteur est un ex-NPA proche du PIR, animateur de la revue Période
7/ Il est ironique qu’après plusieurs années de controverses parmi les Insoumis, la théorie du populisme version Laclau et Mouffe s’incarne non pas sous la forme d’un programme ou d’un leader, mais qu’elle se fasse vivante et active dans un mouvement social sans précédent. Par un contresens absolu, populistes de gauche et de droite avaient une lecture de Laclau et Mouffe comme une tactique de com’, et se battaient pour savoir si la Marseillaise, le drapeau tricolore ou la sortie de l’euro était le meilleur « signifiant vide » à hégémoniser. C’était oublier que ni la Marseillaise, ni la république, ni le drapeau tricolore ne sont des signifiants vides : ils sont chargés de l’histoire coloniale et du « pétainisme transcendantal » français. Un gilet jaune est, de ce point de vue, un bien meilleur candidat : quoi de plus vide qu’un gilet jaune ? Un signe de reconnaissance visible, dont la seule définition légale est d’être obligatoire en matière de sécurité routière, ni un signifiant national, ni citoyen, ni racial, ni social, ni générationnel. Le gilet jaune réalise le rêve tant du populiste laclau-mouffien, de la démocratie rancièrienne (« l’égalité de n’importe qui avec n’importe qui »), du générique badiousien, voire la singularité quelconque du bloom agambenien.
oui ben là, pas besoin de jargon intello pour savoir que le signifiant ne flotte pas tant que ça quand domine le signifié pouvoir d'achat. Et reste à voir si l'on peut parler de populisme pour un mouvement revendicatif sans leader ni visée du pouvoir politique. J'en ai causé dans "CLASSES POPULAIRES" ? Peuple et Prolétariat, populisme et nationalisme, etc.. Il est juste que si se dégageait un leader Gilet jaune comme candidat à des élections, cela basculerait dans le populisme, mais au prix de combien de divisions ?

12h50 - victoire des Gilets Jaunes sur le forum avec 1000 vues pour ce sujet, soit ~100 par post, 100 fois moins que l'ancien forum, où ~100 sujets dépassaient 10.000 vues  Sad

13h00 - le point à la mi-journée comme on dit dans la presse : au vu des chiffres de l'Intérieur (23.000 dont 8.000 à Paris) et reportages divers, la "montée sur la capitale" ne l'emporte pas sur la mobilisation "en Province", ce qui signerait l'échec d'une centralisation voire d'une politisation du mouvement. C'est à relativiser par la difficulté, même pour des orgas bien organisées, pour réussir à Paris des "manifestations nationales" pourtant préparées des semaines à l'avance. Quant à connaître la composition politique des "casseurs" sur les Champs Élysées, c'est pas évident mais vraisemblablement davantage d'extrême-droite (Le Pen y avait appelé, on y a repéré quelques fachos notoires, et l'on voit mal les Black Blocs dits "ultra-gauche" s'y mélanger contre les flics)
rappelons que l'Intérieur annonçait 125.000 participants la semaine dernière à la même heure (5 fois plus), et ~300.000 pour toute la journée... Mélenchon qui prédisait hier une "énorme mobilisation" pourrait se confirmer en voyant extralucide comme avec sa "marée populaire - fête à Macron" en mai dernier

14h40 - "Ça barde !" : Jocelyne, ex soixante-huitarde, raconte la mobilisation des "gilets jaunes" sur les Champs-Elysées France-Info

« ça ne rigole plus [...] Il y a plein de jeunes, on est en train de faire une barricade au milieu de la route avec tout ce qu’on trouve, avec des panneaux, des pots de fleurs, des chaises de restaurants, tout ce qu’on trouve pour empêcher les CRS d’avancer, parce qu’ils n’arrêtent pas de nous envoyer du gaz lacrymogène, ça pique.

Là, les gens sont montés sur des barricades et ça barde. Et ça barde. On n’est peut-être pas 50 000, mais on n’a pas besoin d’être plus parce que je vous assure que là ça ne rigole plus. Il y en a qui ont même enlevé les pavés des rues. [...] Que les jeunes se révoltent et que la France se réveille. [...] Y en a marre, on ne peut profiter de rien [sic]. Travailler pour payer des factures, c’est tout ce qu’on peut faire. »
autres témoignages dans Le Monde 14:46
- Isabelle, 42 ans, après sa nuit d’aide-soignante à l’hôpital : « On a commencé à descendre tranquille les Champs Elysées et ils nous ont gazé ! Après les gens s’énervent, c’est normal. On a le droit d’être vus et entendus ! C’est eux qui nous cherchent ! ça va pas nous faire baisser les bras au contraire. On est de plus en plus motivés et ça va nous mettre de plus en plus en colère ».
- Patrice, retraité de 67 ans, sourit : « Vous ne pensiez pas qu’ils allaient gazer ? Ils ont peur ! C’est pas bon pour la gorge mais c’est bon signe pour nous ! »
- Maxime, conducteur de train âgé de 21 ans : « Ça fait qu’attiser la haine, sérieux. Ils nous gazent mais nous on est pacifistes. J’espère que Macron va finir par nous écouter et changer d’axe politique ».
Quelqu’un peste derrière en crachant : « Ils font du gazage à tout va et ils appellent ça de la démocratie ? »
- Cécile, venue d'Eure-et-Loire, mère au foyer de 3 enfants : « Ils font ça pour nous faire peur, et du coup ça marche parce qu’on hésite à rentrer. »
- Aurélien, cariste de 23 ans venu de Douai (Nord) : « Faut qu’on tienne. En Mai 68, y’a eu des pavés de lancés. Et bien s’il faut des pavés, on tiendra. Mais pourquoi les policiers ne sont pas avec nous ? »

15h10 - focalisation générale des médias sur Paris et les Champs-Élysées donc les violences, mais bonne couverture ailleurs de la presse régionale

15h38 - « A Montpellier, les "gilets jaunes" et la marche #NousToutes se sont croisés. Pour l'occasion, les premiers ont fait une haie d'honneur au cortège contre les violences sexuelles et sexistes, comme l'a filmé un journaliste sur place. » Le Monde @ortega_stef_

16h09 - rien de nouveau dans ce mouvement, TC vous l'avait déjà dit : dndf (Re)lecture de circonstance TC25 Une séquence particulière avril 2016
Dans la crise de la société sala­riale, les luttes qui se déroulent autour de la dis­tri­bu­tion désigne l’État comme le res­pon­sable de l’injustice. Cet État, c’est l’État déna­tio­na­lisé, tra­versé par et agent de la mondialisation. La citoyen­neté devient alors l’idéologie sous laquelle est menée la lutte des classes, nous voyons par­tout des drapeaux.

Dans la recons­truc­tion idéo­lo­gique des conflits, le local est au car­re­four de plu­sieurs autres déter­mi­na­tions [...] : il ras­semble le « peuple authen­tique » contre les élites, les « intel­los », ce qui est étran­ger, ceux qui pro­fitent du sys­tème social et des impôts des autres. Dans ce type de révolte, le sen­ti­ment d’abandon des zones rurales et péri-urbaines, face à l’hégémonie des métro­poles met en cause la légi­ti­mité de l’État déna­tio­na­lisé, il rejoint « l’exaspération contre la pres­sion fis­cale » et le « car­can réglemen­taire » sous la volonté géné­rale de mettre fin au « dum­ping social » et de « conser­ver l’emploi au pays ».”
à part « le sen­ti­ment d’abandon des zones rurales et péri-urbaines » et « l'exaspération contre la pression fiscale », qu'est-ce qui reste chez les Gilets Jaunes ? Même sur les Champs-Élysées, on ne voit que quelques drapeaux : images. Comme quoi, il ne faut pas confondre être visionnaire et avoir des visions, et puis surtout, selon « l'anti-normativisme inhérent au "système TC" [qui] a toujours été le petit maillet qui indique où cela "sonnait creux" » (TC26, p.322), formuler une théorie "falsifiable" : c'est la falsification qui est venue, non de TC, mais de dndf, qui n'est pas TC (voir MÉSAVENTURIERS DE LA CLASSE PERDUE)

16h45 - le point à 15h30 selon LCI qui chapeaute :
s'est surtout les Champs-Elysées, à Paris, où se sont cristallisées les tensions. Et c'est sans doute l'image qui restera de cette 2e journée de mobilisation nationale des Gilets jaunes : des barricades en feu sur les Champs-Elysées
restera, donc, l'image qu'ils en donnent et disent qu'elle restera...  clown
- Selon le ministère de l'Intérieur, 80.976 personnes manifestaient samedi dans toute la France

- A Paris, les manifestations rassemblaient plus de 8.000 personnes en fin de matinée. 35 personnes interpellées, dont 22 placées en garde à vue, 8 personnes blessées, dont 2 gendarmes. Les tensions se concentraient sur les Champs-Elysées, où les forces de l'ordre ont fait usage à de nombreuses reprises de gaz lacrymogène pour empêcher les manifestants de se rapprocher de l'Elysée. De nombreuses barricades ont été dressées.
- Sur les autoroutes, plusieurs barrages filtrants répertoriés par le gestionnaire Vinci, notamment sur la barrière de Vienne sur l’A7, au niveau de la frontière espagnole sur l’A9, à la Ciotat sur l’A50, à Pont de l’Etoile sur l’A52, à Saint-Arnoult en Yvelines sur l’A10, à Ancenis sur l’A11, et à la Gravelle sur l’A81.
- La mobilisation était très suivie samedi matin sur l'île de la Réunion, avec déjà plusieurs centaines de personnes rassemblées.

17h10 - (I Can Get Now) Zadisfaction
Zone À Défendre a écrit:@ZAD_NDDL il y a 3 minutes

#GiletsJaunes saint-Nazaire occupation de la sous préfecture. 115 RUE DE LA BERTHAUDERIE, L'OBJECTIF EST D'EN FAIRE UN LIEU D'ORGANISATION DE LA LUTTE SUR LE BASSIN AVEC SALLE DE RÉUNION, RADIO, REPAS COLLECTIF, ETC... NOUS AVONS BESOIN DE MONDE POUR TENIR LE LIEU CE SOIR.

17h25 - sur les Champs, pain trop cuit : mais que fait la police ?


résultat : devant la boulangerie Paul à Vincennes (et peut-être partout), des militaires avec mitraillettes...

18h07 - alors que la Préfecture de police, suivie par bonne part de la presse, fait état aux Champs Élysées de violences perpétuées par quelques dizaines de militants d'ultra-droite, @lundimatin / tweeter propose un reportage photos/vidéos avec quelques rares commentaires enflammés : Jeux jouets et fête... Jamais vu une manifestation aussi folle... Tout ça, il faut bien dire, n'est pas encore très clair, des "pacifiques" sont gazés, frappés, nassés...

18h37 - le Collectif Alternative Libertaire Bruxelles Pour des gilets rouges et noirs (reçu via Tweeter). Un texte intéressant qui mêle témoignage/enquête et analyse. On peut y lire :
Très vite (presque directement en fait), la colère ne se cristallise plus uniquement sur la question du prix du carburant mais plutôt sur la baisse du pouvoir d’achat en général

Au début, le mouvement est plutôt pacifiste et citoyenniste. On y retrouve des personnes de toutes les classes sociales : du/de la petit·e patron·ne à l’ouvrier·e en passant par le/la travailleur·euse sans emploi ou encore le/la cadre moyen·ne. Cependant, il est important de noter que la majeure partie des personnes présentes font quand même partie de la classe des travailleur·euse·s et des précaires. [...] Alors, même si la colère est bien présente, il est encore difficile de savoir où va le mouvement (faute d’homogénéité, de politisation et d’organisation mais cela pourrait très vite changer).

D’ailleurs, lors des blocages, on constate déjà des cassures et des évolutions dans le mouvement, etc.

[...]

Bref, prouvons leur par l’exemple que les syndicalistes combatif·ve·s se soucient de leurs luttes et sont prêt·e·s à se battre au sein de ce mouvement ! Désormais, si on ne veut pas voir ce mouvement de grogne spontané mourir dans l’œuf et générer pour une énième fois de la rancœur et du pessimisme, nous, syndicalistes combatif·ve·s et militant·e·s de la gauche révolutionnaire, devons absolument bâtir une solidarité effective dans cette lutte sans plus attendre de mot d’ordre de nos directions.

On vous attend.
j'y reviendrai ultérieurement...

18h52 - judicieuse expression dans un article du Figaro pour le reste sans grand intérêt, les «gilets jaunes» sur les Champs-Élysées, «l'agit-com» de Castaner dans l'impasse :
Volontaire ou non, la stratégie des «gilets jaunes» a inversé la pyramide de la légitimité : leur colère, réelle, en vient à rappeler implicitement, par un effet de jeux de miroirs déformants, l'isolement sociologique originel du macronisme.
je pense à la formule de TC il y a quelques années, l'illégitimité de la revendication salariale, à propos de laquelle je m'étais interrogé il y a quelques jours. On a vu au fil de ce mouvement émerger une dynamique plus revendicatrice que politique, ne posant quoi qu'il en soit aucunement un quelconque dépassement des limites du capital. Mais, et je m'en tiens ici à la forme de cette lutte, le « volontaire ou non » de cette « stratégie » pointe (involontairement) l'absence d'une conscience de l'auto-organisation nécessaire. Pour nombre de participants, elle s'est faite par défaut d'une organisation, d'un représentation, d'où le succès des "leaders émergents"

19h15 - dans le 'live' du Monde : Au cours de leurs congrès, les communistes affichent leur soutien aux "gilets jaunes"
Jusqu'ici en retrait sur les "gilets jaunes", les communistes ont clairement soutenu le mouvement samedi lors de leur Congrès, le futur numéro un Fabien Roussel critiquant un gouvernement qui "joue le pourrissement". Les quelque 800 délégués du congrès réuni à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) ont aussi voté une motion de soutien au "mouvement contre la vie chère et l'injustice sociale et fiscale".

"Le gouvernement porte une importante responsabilité", a attaqué M. Roussel. "Alors que des violences ont eu lieu sur les Champs-Elysées, il joue le pourrissement et fait le choix de ne pas répondre à la légitime indignation populaire. La colère ne se déclare pas en préfecture !"
ça mange pas de pain dit comme ça, et comment le PCF pourrait-il dire autrement qu'il courre après les Gilets Jaunes en espérant "engranger" aux futures élections ?

19h48 - sans attendre les anecdotes de la fin de cette journée, ni les protestations des compteurs-raconteurs, elle traduit une forte baisse de la mobilisation dans toute la France (sauf ici où là, et à la Réunion). À Paris c'est un fiaschaos : « Le ministre de l'intérieur, Christophe Castaner, annonce 106 301 manifestants dans toute la France, contre plus de 280 000 la semaine dernière. Il y a eu plus de 1 600 actions menés par les "gilets jaunes", selon M. Castaner. » Mélenchon : « La vérité est que c'est la manifestation massive du peuple », ce qui en fait un vrai leader populisme courant après un mouvement loin de n'être que ça

Martinez pour la CGT peut se réjouir ce soir de cet échec de la montée nationale à Paris, et espérer que la CGT fera mieux samedi prochain. Entre temps, Macron aura fait ses propositions « pour une transition énergétique acceptable et démocratique » devant les « seules "forces vives", c’est-à-dire les organisations syndicales et patronales, des associations environnementales, des parlementaires et des élus locaux », qui pourront ainsi se refaire une santé dans la légitimité d'État de la représentation... des absents : des "forces mortes" ? Restera à voir s'ils n'auront roulé que pour être roulés...

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Dim 25 Nov - 22:37

mise à jour permanente...

1. des femmes dans le mouvement et le féminisme en même temps
2. du populisme au fascisme et à l'anarchisme, l'idéologie française et ses extrêmes
3. la question centrale de la représentation : bataille pour un leadership

c'est aujourd'hui dimanche
il va falloir penser encore
sans oublier les femmes

flashback et retour au futur


1. des femmes dans le mouvement et le féminisme en même temps

dans ma tentative de penser le mouvement des Gilets jaunes depuis deux semaines, il y a eu deux phases, l'avant et l'après 17 novembre

j'ai en quelque sorte pris la voiture en marche puisque l'origine remonte à une pétition lancée le 29 mai par une ex-cadre dans la finance devenue présidente d'une entreprise de commerce cosmétique, une Martiniquaise de 33 ans


la pétition en ligne frôlera le million de signatures, ce qui n'est pas sans rappeler, début 2016, celle lancée par la féministe, ex chef d'entreprise et ex-PS Caroline de Haas contre la réforme du code du travail proposée par la ministre Myriam El Khomri : « Loi Travail : non, merci ! », qui dépassera le million de signatures


étrange rapprochement ? Voire... la première est à l'origine d'un mouvement où s'exprimeront plus que marginalement racisme et sexisme de beaufs décomplexés, et la seconde instigatrice de la marche féministe #NousToutes, « la plus grosse mobilisation (féministe) qu'on ait connue en France », dira-t-elle (presse). Les deux appels ont mobilisé des participations comparables de l'ordre de 100.000, peu pour la première, beaucoup historiquement pour la seconde qui a fait l'objet à la fois d'une moindre couverture et de moins d'opposition critique : elle est tout aussi "interclassiste"

je reviendrai sur cette non coïncidence des faits débouchant sur l'événement français 24 novembre dans sa totalité et sa complexité

scratch

dans la première semaine de mes considérations sur les Gilets jaunes, j'ai tâché en même temps d'en avoir une approche "objective" et d'utiliser la grille d'interprétation initiée avec ce forum, les nouvelles contradictions dans la société, entre capitalisme vert de la transition écologique et luttes socio-économiques interdisant l'application d'une stricte approche de classe

dans la semaine de luttes, du 17 novembre à la journée d'hier, j'eus à polémiquer avec les critiques se réclamant de la classe dans une perspective de révolution prolétarienne, au pire dans sa version antifasciste caricaturant le mouvement. Ces analyses n'ont pas manqué d'évoluer elles-mêmes pour prendre en compte les faits et désaccords internes à ce milieu radical, ce dont témoignent plusieurs textes que j'ai signalés, ou de plus récents :


Pour des gilets rouges et noirs
Collectif Alternative Libertaire Bruxelles

Classes d’encadrement et prolétaires dans le « mouvement des gilets jaunes »
Agitations Autonomes 25 novembre 2018

la chute de ce dernier texte, « Dans la phase politique actuelle, seules deux perspectives se dégagent. Celle du fascisme, ou celle du communisme » traduit bien ce méli-mélo objectiviste et subjectiviste, dans l'illusion immédiatiste qu'on pourrait comprendre le présent à la lumière d'un futur qu'il n'annonce en rien, nonobstant cette illusion de transcroissance de ce mouvement revendicatif :
si l’ensemble des franges du « mouvement social » (en particulier syndicales) tentent de mobiliser et de charpenter ce mouvement des gilets jaunes sur des bases saines (notamment antiracistes, comme certaines Union Locales et Fédérations le tentent actuellement), il est fort probable qu’il y ait un intérêt stratégique dans certains espaces pour structurer la contestation sur des bases classistes (prolétariennes).
c'est également le fond de ma critique à la perspective révolutionnaire prolétarienne de la théorie de la communisation dans la rubrique DU PASSÉ FAISONS TABLE RASE

Shocked

dans le futur proche, cf encadré en haut du post précédent, se présente, sur la base du relatif échec des Gilets jaunes hier, la reprise en main conjointe de l'État et des organisations syndicales, la tentative de casser ce qui a fait la singularité d'un mouvement revendicatif auto-organisé par défaut, où se joue donc la question de la représentation politique dans le vent mauvais du populisme avancé

cette semaine viendront également, avec plus de recul, les analyses de la presse hebdomadaire, celles des sociologues et autres ténors universitaires du crachoir idéologique, et des textes plus théoriques de la mouvance radicale héritée du marxisme et de l'anarchisme

j'essaierai d'en retenir le meilleur sans oublier le plus mauvais (il faut bien rigoler), et de tenir ma ligne générale en estimant, tout bien considéré, que mes cogitations ne peuvent faire de mal à personne, et qu'elles ne sont nulle part ailleurs. J'y suis encouragé par le fait que ce sujet atteint les 1200 vues, dont 200 pour la journée d'hier : merci ma chère lectorate

cheers

quelques mots donc sur le texte d'Agitations Autonomes (sic) : Classes d’encadrement et prolétaires dans le « mouvement des gilets jaunes ». C'est dimanche, on ne peut se fâcher avec tout le monde, et comme j'ai dit ce que je ne partageais pas, j'en retiens ici le meilleur revu selon mes critères, de haut en bas (sans citations, on n'a qu'à lire) :

- l'émergence de «meneurs» (et meneuses), les «maillots jaunes», leaders locaux, de réseaux sociaux ou de terrain, locaux ou nationaux, toujours favorisés pour leur charisme par les médias régionaux ou nationaux. C'est le point faible de cette autoorganisation par défaut, par lequel s'insinue la tentation de représentation et le glissement vers le populisme politique institutionnel (voir l'intéressant témoignage de Jean-Louis Roche du Prolétariat Universel : Stéphanie représente la police pour les gilets jaunes d'Etaples) : « elle a assez à faire avec la femme responsable des renseignements généraux avec qui elle discute régulièrement et qui a toute sa confiance, elle prévient aussi la gendarmerie la veille des lieux qui seront barrés. Tout se passe bien les gendarmes sont gentils. »


- les disparités, selon les régions, l'histoire ouvrière, de la présence plus ou moins forte d'ouvriers (les vrais prolétaires de la vulgate marxiste) dans ce mouvement "interclassiste" à forte composante de "classe moyenne" confrontée à sa paupérisation, plus qu'à sa prolétarisation au sens où le prolétariat serait le sujet à venir d'une révolution communiste

- l'extension de la présence dans la lutte de syndicalistes et de « militants antifascistes » jugés comme traîtres à « notre camp » par les purs et durs conceptuels de la lutte des classes. Le texte ne parle pas de militants écologistes : Des écologistes proclament « leur soutien total aux gilets jaunes » Reporterre 24 novembre 2018

- si la baisse de mobilisation se confirme, c'est la nature « réactionnaire » du mouvement qui l'emportera (et non  « se confirmera ») : il ne s'agit pas de savoir ce que ce mouvement aurait été par essence dès le début, mais de voir où il en est et vers quoi il mène

c'est l'enjeu d'une lutte en son sein dans son rapport à l'État et au capital, mais celle-ci ne se joue pas strictement sur un front de classe mythique hérité du programmatisme, ni dans une opposition « communisme-fascisme ». Cet enjeu se situe sur le terrain des contradictions du capitalisme dans le moment actuel, qui embarque le problème des rapports humanité-capital-nature (le vivant en tête de gondole du forum), et de plus en plus, les femmes en figures de prou des luttes sur tous les fronts antagoniques au capital y compris celui de l'antiracisme

je passe sur les considérations fumeuses convoquant Henri Lefebvre, « le droit à la ville tend à devenir le droit à la mobilité... droit à la centralité », qui fait penser à celles tout aussi aclassistes de Christophe Guilluy sur « la France périphérique » : étonnant paradoxe chez ces prolétaristes

remarquable absence dans ce texte des femmes et de l'écologie sans lesquelles on ne comprend rien à ce qui se passe aujourd'hui

cyclops

2. du populisme au fascisme et à l'anarchisme, l'idéologie française et ses extrêmes

« Ils sont venus, ils sont tous là »

un mot encore sur le caractère populiste du mouvement, qui suppose je l'ai dit l'émergence d'un.e leader avec un objectif politique institutionnel. Un texte d'Égalité et Réconciliation, dans un entretien avec Louis Alexandre, rédacteur en chef de Rébellion*, pose la question : Les Gilets jaunes sont-ils en train de cimenter le Rassemblement national et La France insoumise par le bas ?

* voir l'enquête de RÉFLEXes sur cette revue assurant « la promotion du «national-anarchisme» ou «nationalisme libertaire» ». Ici, le niveau national est plutôt européen, comme dans le nazisme = national-socialisme


voici la réponse de ce socialiste identitaire :
À la base, il semble bien que des militants ou sympathisants RN et LFi se mélangent sans le savoir ou en le sachant mais en bonne entente dans un objectif commun. Les Gilets jaunes seraient donc en train de cimenter une espèce d’union nationale contre la trahison des élites, alors que les états-majors de ces deux partis d’opposition, l’un national l’autre social, sont théoriquement en frontal.
l'intérêt de l'émergence d'un leader pur GiletsJaunes sans attache politique connue serait alors de donner à cette alliance « ni de droite ni de gauche mais d’en bas », typique de ce que j'ai nommé l'idéologie française, la possibilité d'une structuration en parti (ou "mouvement") politique entrant dans le jeu électoral, à l'italienne (Mouvement 5 étoiles). Il n'est pas sûr qu'il trouve son créneau en France, et il en serait fini des Gilets Jaunes. C'est pourquoi cette politisation inquiète dans ses rangs : Un représentant des "gilets jaunes" dément tout appel pour le 1er décembre, avec un "Acte 3 Macron démission !"

ne nous étonnons pas non plus de la confusion entre "casseurs" d'ultra-gauche et d'ultra-droite, puisque les transfuges n'ont pas manqué dans les eaux troubles de l'idéologie française. Le reportage photos de lundimatin, sur tweeter, hier aux Champs Élysées, était assez troublant de ce point de vue, comme la promotion déconcertante par l'idiot inutile de la communisation : Pepe@dndf > “Gilet ou gilet pas ? Il faut de l’essence pour tout cramer”


avec ou sans drapeau, pouvait-on vraiment les confondre avec des "casseurs d'ultra-gauche" ?

pour Valeurs Actuelles c'est plus compliqué : Champs-Elysées : des casseurs de l'ultragauche et des banlieues, et n'oublions pas qu'antisocial et antiflics on peut casser pour casser...
D'autres clichés publiés sur le réseau social présentent des signes distinctifs de l'extrême gauche. On y voit pas exemple des mentions contre les « flics » et les « fachos », des drapeaux à l'effigie de Che Guevarra ou encore le « A » des anarchistes tagué sur des bâtiments dégradés, sur les Champs-Élysées.



Enfin, rappelons cette séquence publiée ce dimanche dans un sujet de BFM TV : un homme, cagoulé, déclare : « Nous on vient des banlieues, on n’a rien à voir avec la manif. On vient pour casser, on a des problèmes avec la justice donc on vient se venger ».

pour Marianne, même chanson : Ultradroite et ultragauche réunies : ces faux "gilets jaunes" qui ont mis à sac les Champs-Elysées


Arrow

3. bataille pour un leadership
« Ôte-toi de là que je m'y mette ! »

encore sur la question de la représentation des Gilets Jaunes : les vedettes médiatiques à l'initiative du mouvement, se sentant plus légitimes que d'autres, s'engageraient dans une structuration du mouvement la préservant de "récupération" et de "manipulation"


Les manifestants s'organisent et vont désigner cinq porte-parole ce dimanche soir, selon RTL.
Jacline Mouraud, Benjamion Cauchy ou Priscilla Ludosky vont-ils représenter le mouvement des "gilets jaunes", toujours sans leader, une semaine après le début des premières manifestations, samedi 17 novembre ?

Aujourd'hui sans leader, le mouvement des "gilets jaunes" souhaite désormais s'organiser. Il devrait bientôt avoir cinq porte-parole officiels, rapporte RTL, qui révèle également que les manifestants vont se réunir ce dimanche 25 novembre au soir pour désigner leurs futurs leaders. [quels manifestants ? étrange formulation qui plaira aux "Gilets Jaunes d'en-bas" qui ont apporté leurs propres idées ou les ont fait évoluer : « Certains"gilets jaunes" refusent l'idée de porte-parole et estiment que chaque "gilet jaune" porte la parole du mouvement. »]

Des manifestants un peu perdus

Une nomination de leaders qui pourrait aider le mouvement à s'inscrire dans la durée et aiguiller les manifestants, parfois perdus entre les différentes informations qui circulent sur les réseaux sociaux.

Dimanche, un compte Facebook se présentant comme la "page officielle" des "gilets jaunes" a ainsi créé un événement intitulé "Acte 3 Macron démissionne !" pour le samedi 1er décembre à 14H00. Dimanche à 16H00, plus de 21.000 personnes s'étaient déclarées "participantes" et plus de 104.0000 "intéressées".

Mais Benjamin Cauchy [cadre commercial ex UNI étudiant, ex élu UMP, fréquentant un groupe nationaliste...] , un représentant du mouvement a démenti cet appel, dénonçant "de la manipulation, de la récupération". "Je suis en relation avec d'autres initiateurs du mouvement. Nous démentons formellement cet appel. Nous verrons ce que nous ferons en fonction de ce que dira Emmanuel Macron mardi. A l'heure actuelle, il n'existe pas d'acte 3 des gilets jaunes"

on le voit, comprendre ce mouvement qui présente toutes les facettes du moment présent français, qu'on y soit favorable ou pas, qu'on y participe ou non, relève toujours de sa propre idéologie. Sur le plan théorique, on applique une grille de lecture fonction de critères qui n'ont rien d'objectifs. Je n'y échappe pas, mais au moins m'efforcé-je d'être clair et cohérent, sans simplifier ni écarter ce qui me dérange, car ce qui se passe est sous tous aspects la matière même de la théorisation

scratch


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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Lun 26 Nov - 23:15



un tournant du mouvement

1. cacophonie représentative
2. une délégation et des revendications : le texte
3. commentaire minimum syndical : fin d'une séquence particulière

1. cacophonie représentative

j'ai évoqué hier le combat des chef.fe.s pour la représentation nationale du mouvement. Plusieurs figures de prou sont devenues indésirables aux yeux de ceux dont ils prétendaient porter la parole. Ce fut d'abord le cas de Frank Buhler, ex-FN... C'est aujourd'hui celui de Benjamin Cauchy : Toulouse : les gilets jaunes rejettent Benjamin Cauchy qui se disait leur porte parole. Il avait démenti l'appel à un « Acte 3, Macron démission ! » : « Nous démentons formellement cet appel. Nous verrons ce que nous ferons en fonction de ce que dira Emmanuel Macron, mardi. » Il se retire et lance le mouvement Citron : « 'Citron' parce qu'on en a marre d'être pressés, qu'on ne veut pas de pépins, et qu'on est jaunes aussi, tout simplement. » C'est le moment de la ressortir :


roman 2017

Citroën Citron, 1921-1926

l'annonce d'une réunion hier soir pour désigner des leaders est restée sans suite : « les cinq noms sont d'ores et déjà contestés. »
Benoît Julon, "gilet jaune" dans les Côtes-D'Armor a ainsi dénoncé :
« On était au courant d'absolument rien, on a été mis au pied du mur et on ne sait pas comment ces personnes là ont été choisies. Il n'y a rien eu de prévu, c'est fait à la dernière minute. Il existe des dissensions dans chaque région, les groupes ne veulent pas forcément agir de la même manière »

s'il y a des désaccords sur la stratégie, il n'y en a guère sur l'orientation générale revendicative, qui semble le ciment de l'unité. Globalement, les tentatives de structuration sont surtout le fait en interne de « maillots jaunes » qui ont des options voire un passé politique, le plus souvent à droite. Le même Benoît Julon : « Mais on veut tous aller dans le même sens, ça c'est une certitude. Et on va rester unis, jusqu'à ce qu'on ait satisfaction et qu'on soit entendus.»

selon France-Info Des "gilets jaunes" créent une "délégation" officielle de huit personnes et publient leurs revendications
Une "délégation" de huit "communicants officiels" du mouvement des "gilets jaunes" a été créée pour "engager une prise de contact sérieuse et nécessaire avec les représentants de l'Etat et de son gouvernement", annonce un communiqué publié lundi 26 novembre.

Après avoir consulté ses sympathisants sur Facebook, cette délégation adresse "deux propositions principales" au gouvernement : "revoir à la baisse toutes les taxes" et la "création d'une assemblée citoyenne" pour débattre des thèmes de la transition écologique. Elle demande également la "prise en compte de la voix des citoyens", l'augmentation du pouvoir d'achat ou encore la lutte contre la précarité.

pour le reste, on assiste à des tentatives de "récupération" par tous les partis politiques, excepté LREM de Macron. Elles sont plus ou moins subtiles...

du blog 19h17 dont je partage pour une fois l'avis : Des représentants ? Pourquoi faire ? Cela sert-il le pouvoir ?
Le mouvement contre la vie chère, dits des « gilets jaunes » est entré dans sa deuxième semaine. De nombreuses questions stratégiques s’y posent. Le pouvoir pèse pour obtenir des interlocuteurs et cela est intensément discuté, notamment sur les réseaux sociaux. On s’y demande aussi s’il vaut mieux rester sur les ronds points, aller bloquer des lieux stratégiques, ou appeler à la grève générale… Nous répondrons à tout cela en plusieurs articles. Voici le premier, sur les représentants.

Pourquoi le pouvoir veut-il des représentants ?
A quoi servent les représentants ? A négocier, servir d’interlocuteurs. Mais aussi à bloquer le mouvement : si tant est que les représentations soient fidèles, elles ne le sont que d’un moment précis.

Pour figer la mobilisation.
Contenir le mouvement dans ce qu’il était au tout départ, notamment sur le prix de l’essence, voici le premier enjeu. Si une part croissante des gilets jaunes et plus généralement des personnes intéressées par la lutte se prononce pour l’extension du mouvement, fait le lien entre le coût de l’essence et la crise du logement, parle de la hausse des salaires, cela ne fait pas les affaires du pouvoir. Alors, il met la pression pour obtenir une représentation dés maintenant, avec qui il espère bien négocier sur la base des revendications de départs.

Pour négocier la fin, et à bon compte !
A bon compte, car comme nous venons de le dire, sur la base des toutes premières revendications, grosso-modo du coup de colère contre le prix de l’essence. On ne sait pas quel mesurette ils lâcheront mais on sait déjà que ce sera de ce tonneau.

Mais surtout, un interlocuteur pour l’état, un représentant, c’est à dire une direction, car c’est ainsi que cela s’appelle, doit être en situation de gérer « son » mouvement. Comme c’est d’ailleurs le cas des directions syndicales, par exemple.

Diriger, cela veut dire quelque chose de très précis : il s’agit de maintenir l’ordre lorsqu’on le décide. Qu’est ce qu’une direction qui ne peut pas siffler la fin d’une mobilisation ? Une direction dépassée. Une direction qui ne décide plus rien.

Alors ne nous leurrons pas : si le pouvoir veut des représentants, c’est pour qu’ils trahissent le mouvement, le forcent à entrer dans un cadre trop étroit, le tuent.

Pour nous, c’est non !
Opposons nous tant que nous le pouvons à cela. Ce mouvement n’a pas besoin de ces représentants auto-proclamés. S’ils sont sincères, ils et elles n’ont rien à faire dans cette galère… Et s’ils poursuivent des ambitions politiques personnelle, à l’instar de ce Cauchy (soit-disant porte-parole des gilets jaunes à Toulouse) très visible dans les médias (il vient de lancer un mouvement « citron » qui laisse le goût amer de la récup….) Eh bien qu’ils ne se servent pas du mouvement comme marche-pied pour cela !

Le pouvoir est fébrile
Voilà pourquoi il cherche à négocier. C’est dans ces moments là qu’il faut augmenter la mise, étendre la mobilisation. Des lycéens appellent à bloquer leurs établissements dés vendredi. La grève est sur beaucoup de lèvres. On cause blocages stratégiques (et nous y reviendrons dés le prochain article de cette série). Ce n’est pas le moment de lâcher : plutôt d’amplifier la lutte.

Contre ces conditions d’existences pourries. Ces fins de mois tellement à découvert que le 13 du mois suivant on est à nouveau a sec.  Ou en guise de perspectives pour se loger, on a « le choix » entre des immeubles qui nous tombent dessus ou habiter en périphérie en déboursant un bras en essence… Ou on nous répète que le bio c’est bon pour la santé mais qu’on a même pas les moyens de s’acheter des œufs élevés en plein air… Quand ce n’est pas tout en même temps. Ou tout augmente sauf les revenus des prolos. Ou pour le futur ce sera aujourd’hui en pire. Et sur tout cela, notre galère, ils vont négocier quoi, les représentants ?

Organisons nous pour tout bloquer, barrages, grèves et manifs partout.
ça sent un peu l'idéologie du blocage et la transcroissance des revendications en révolution, mais bon, comme dit l'autre : Le petit bassin de ma lectorate est assez équipé pour trouver par lui-même ce qu’il faut penser de tel ou tel texte, sans se faire une

fracture du bassin

2. Création d'une délégation de communicants et rencontre avec le Président de la République, le Premier Ministre et son gouvernement, et des revendications FranceInfo avec AFP
Le 26 novembre 2018, Conscient ​qu’il convient d’obtenir des avancées pour l’ensemble des citoyens se donnant corps et âme depuis l’événement du 17 novembre lancé par Eric D., le mouvement des Gilets Jaunes est en mesure de vous présenter un groupe de communicants officiels. Composé de 8 citoyens, ce groupe ​a pour mission d’engager une prise de contact sérieuse et nécessaire avec les représentants de l’Etat et de son gouvernement et de faciliter la communication entre citoyens manifestants et coordinateurs/coordinatrices de manifestations. Depuis de nombreux jours, une coordination nationale s’est construite avec plusieurs dizaines de Gilets Jaunes de tous horizons. Celle-ci était ouverte à toutes celles et ceux qui souhaitaient s’investir pour une concrétisation des revendications exprimées par des millions de Français. Chacun a eu l’occasion de l’intégrer sur simple sollicitation, certaines personnes régulièrement présentes dans les médias ne se sont toutefois pas manifestées pour y prendre part. Aussi, cette coordination, étant donc composée de manifestants identifiés par leurs actions sur le terrain et connu des médias, a reçu de nombreuses demandes de citoyens réclamant une structure apolitique leur permettant d’identifier une seule source d’informations et réclamant de savoir à qui s’adresser pour tous sujets relatifs au mouvement. C’est cette coordination nationale, qui s’est réunie, comme elle le fait régulièrement, pour se mettre d’accord sur la formation d’un groupe de communicants que voici :

- Éric Drouet (création événement du 17/11/18)
- Maxime Nicolle (Dpt 22)
- Mathieu Blavier (Dpt 13)
- Jason Herbert (Dpt 16)
- Thomas Miralles (Dpt 66)
- Marine Charrette-Labadie (Dpt 19)
- Julien Terrier (Dpt 31)
- Priscillia Ludosky (Auteure de la pétition contre la hausse des taxes sur les carburants ayant réuni près d’un million de signatures)

Maintenant créé et connu ​de tous, ce groupe de communicants forme une délégation, laquelle demande au Président de la République, au Premier Ministre et à son gouvernement une première rencontre. Le mouvement des Gilets Jaunes précise que la mission de cette délégation ne sera jamais de donner des ordres à l’ensemble des Gilets Jaunes, ces personnes ne sont pas des leaders ni des décisionnaires, mais des messagers. Aucun membre de cette délégation n’en tirera un quelconque profit de quelque nature que ce soit.

Les objectifs sont clairs, il s’agit :

- de porter les revendications issues du sondage qui était accessible pendant plusieurs jours sur le groupe Facebook « La France en colère » et de nombreux groupes régionaux. Sondage où un grand nombre ​des Gilets Jaunes a eu l’opportunité de faire entendre sa voix et de voter pour la ou les revendications considérées comme indispensables.

- d’avoir des Gilets Jaunes clairement identifiés, ils seront les interlocuteurs nationaux des médias pour des confirmations ou démentis afin d’éviter toute récupération de quelconque parti politique et de tout autre personne. Pour rappel, le soutien des syndicats est accepté à l’unique condition qu’il ne serve pas les intérêts d’une branche d’activité qu’ils représentent, mais seulement des citoyens qu’ils soient adhérents ou non au-dit syndicat. Les revendications ayant été les plus plébiscitées lors de ce référendum et ce par près de 30 000 personnes sont jointes en annexe du présent communiqué. ​Elles seront toutes portées de vive voix à la connaissance du Président de la République, du Premier Ministre et de son gouvernement.

L’unique volonté est que l’ensemble de ces propositions soient soumises à un référendum populaire.

Par conséquent, nous demandons aux représentants de L’Etat et du gouvernement de nous recevoir dans un délai raisonnable. A défaut de rencontre ou de propositions sérieuses lors de cet éventuel échange, les actions se poursuivront et se renforceront jusqu’à l’aboutissement d’une solution concrète. Par ailleurs, aucune scission de quelque nature est en cours contrairement aux récentes déclarations de certains individus, les personnes portant ce message devant les médias ont besoin d’extérioriser leur frustration, mais il n’y a pas de place pour la gloire dans un mouvement citoyen et en sommes désolés pour ces personnes. Nous rappelons que toutes formes de blocages complets et de violences ne sont pas représentatives du mouvement des Gilets Jaunes, nous les condamnons fermement. Enfin, nous saluons les médias et les journalistes traitant ce mouvement avec objectivité et impartialité, il est important de le reconnaître car ce n’est pas le cas de tous.

Les Gilets Jaunes, giletsjaunescontact@gmail.com

Un prochain communiqué présentera la liste des Coordinateurs de manifestations en régions afin que les citoyens puissent s’y retrouver.

les revendications
Un « référendum populaire »
« L’unique volonté est que l’ensemble de ces propositions soient soumises à un référendum populaire »

« Revoir à la baisse toutes les taxes » et la « création d’une assemblée citoyenne » pour débattre des thèmes de la transition écologique, la « prise en compte de la voix des citoyens », l’augmentation du pouvoir d’achat ou encore la précarité

3. commentaire minimum syndical : cette démarche, ce texte et ces demandes à l'État confirment a minima que ce mouvement est revendicatif. Cela pouvait paraître une évidence, mais sur le plan de la théorie communiste, c'est la distinction avec un mouvement révolutionnaire, cad qui veut abolir l'exploitation donc le salariat et non faire bouger le curseur de la plus-value. Pour les marxistes radicaux, il n'y a pas "transcroissance" de l'un à l'autre, le passage est qualitatif et pas seulement quantitatif. Ceci dit à toutes fins utiles pour les agités du bocal qui en attendraient le contraire

je ne commenterai pas davantage ce qui devrait être clair pour qui a lu mes précédentes considérations sur le mouvement ds Gilets Jaunes. Je pense qu'il n'est pas utile de le faire passer pour autre chose qu'il n'est par des simplifications caricaturales. Il y aura bien sûr des Gilets jaunes qui ne se reconnaîtront pas dans ces "communiquants" ni dans l'objectif de négocier avec le pouvoir d'État, ou de pousser à une dissolution de l'Assemblée nationale et des référendums sur les taxes ou autre. Je n'ai ni vu ni entendu de Gilets Jaunes demander une rencontre avec Macron, et la dissolution de l'Assemblée n'était pas une exigence courante. Il y a effectivement dans ce glissement politique une dimension populiste, et des leaders pas tout à fait autoproclamés, mais...

demain, Macron fera part de ses décisions, qui ne seront amendables qu'à la marge, et fonction de la lutte, non des qualités indiscutables de ces huit délégué.e.s. Il n'a jamais été question pour lui, contrairement à un titre du Monde, d'ouvrir une « concertation », et pour le reste il les enverra paître au nom des règles institutionnelles

fin d'une séquence particulière et pronostic qui n'engage que moi : l'auto-organisation par défaut aura vécu ce que vivent les roses, l'espace d'un automne. Les choses vont rentrer dans le rang d'une confrontation sur le fond assez classique, quelles que soient ses formes sur le terrain, et le reste est littérature de la concurrence sur le marché politique et syndical : il ne serait pas surprenant de voir de ces "communicants" ou des futurs coordinateurs régionaux "officiels" se présenter à des élections nationales (listes aux européennes) ou locales, voire, comme dit plus haut, créer un mouvement politique en bonne et due forme : citoyenne

Twisted Evil

PS : dans les jours qui suivront, je m'attacherai davantage aux actions "de terrain", dont les « blocages », partiels ou « complets » puisque ces vaseux communicants les considèrent « non représentatifs du mouvement » et les « condamnent » d'avance



Les vases communicants, Diego Rivera, 1938
d'après André Breton 1932




Dernière édition par Patlotch le Mer 28 Nov - 18:45, édité 1 fois

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Mar 27 Nov - 18:53

mise à jour permanente : j'ai mis le haut en bas, par solidarité  Suspect

Patlotch a écrit:"récréation" ou "séquence particulière" dans mon suivi théorisant du 'mouvement' :

Note sur le mouvement des gilets jaunes de Théorie Communiste

je conseille à tous les aficionados de "la classe" de prendre le temps de le lire et d'essayer de le comprendre avant de sortir des âneries en leurs noms (de la classe et de TC, on trouve les deux ensemble ou séparément)

accessoirement il répond à la question de Stive à lui-même chez dndf : « Pour nous aider, tu pourrais pointer précisément ces quelques textes marqués par le «normativisme complètement décalé », et renvoie à leurs études prolétariennes ceux dont « on saura APRÈS, par-delà leurs silences ou leurs simplifications PENDANT, qu'ils avaient tout compris AVANT. »


TC a écrit:Pour évi­ter tout nor­ma­ti­visme, il faut évi­ter de juger le mou­ve­ment sur ce qu’il ne fait pas ou « mal ». C’est en déga­geant les dyna­miques à l’œuvre, en mon­trant ce que nous dit un mou­ve­ment de là où nous en sommes dans la crise qu’on le juge et qu’on se posi­tionne, non à par­tir d’une idée tou­jours déjà là de la révo­lu­tion et de la bonne lutte de classe. Pre­nons garde, nous serons jugés comme nous avons jugé (Mat­thieu 7 : 2).
[...]
Si ce n’est sur inter­net et sous pseudo, qui va aller dire à l’ouvrier retraité de la sidé­rur­gie et à sa femme employée de col­lec­ti­vi­tés qui ne bouclent pas leurs fins de mois et aident un peu leurs enfants au chô­mage qu’ils sont « nau­séa­bonds » ? Il faut dis­tin­guer ce qui fait indi­vi­duel­le­ment la pré­sence impor­tante d’ouvriers, retrai­tés, employés (pro­por­tion­nel­le­ment car en chiffres abso­lus les ras­sem­ble­ments et mani­fes­ta­tions sont réduits) et la confi­gu­ra­tion d’ensemble que construit, dans le contexte actuel, leur mobi­li­sa­tion. Il faut dis­tin­guer les moti­va­tions de cette pré­sence et le dis­cours poli­tique qui en découle. C’est pré­ci­sé­ment en les dis­tin­guant que l’on com­prend la néces­sité de ce dis­cours à par­tir de ces moti­va­tions. La trans­mu­ta­tion poli­tique avec tout ce qui l’accompagne s’impose indé­pen­dam­ment de la volonté indi­vi­duelle de chaque par­ti­ci­pant, c’est leur com­mu­nauté indé­pen­dante d’eux qui existe ainsi de par leur pré­sence et leurs moti­va­tions mêmes. Il faut encore pré­ci­ser que dans un mou­ve­ment dis­pa­rate comme celui-ci, cette « indé­pen­dance » (j’ajoute ici expres­sé­ment des guille­mets) trouve dans une frac­tion du mou­ve­ment ses repré­sen­tants et incarnation.

si je ne l'ai pas dit comme ça, je n'ai pas sur ce point dit autre chose

mais attention : comme tout texte de TC malgré sa rigoureuse cohérence interne, il ne peut pas répondre aux questions qu'il ne pose pas. Comprenne qui pourra

en marche et en même temps
intégration et contradictions
réactions

1. feuille de route théorique
2. au-delà de revendicative, la nature syndicale du mouvement
(avec le sondage Facebook sur les revendications à retenir)
3. réactions de Gilets jaunes à la délégation, à Macron... paroles et actes

3. réactions de Gilets jaunes à la délégation, à Macron... paroles et actes

remarque : j'aurai un problème de sources (je n'ai pas Facebook). Il faut du temps pour éplucher la presse régionale. Il semble y avoir un affaiblissement des blocages à plusieurs endroits. Moins de quotidiens en parlent. Effet des annonces de la délégation "officielle" qui les condamne et du discours de Macron, et recrudescence des déblocages policiers ? Linternaute.com dresse une liste et publie ces témoignages :
12:27 - Les gilets jaunes réagissent au discours du président
"Des paroles en l'air", "un coup d'épée dans l'eau" : à Cavaillon, sur le rond-point du Melon, les réactions ne sont pas franchement positives après le discours d'Emmanuel Macron. Le Dauphiné a interrogé des gilets jaunes du Vaucluse et de la Drôme après les mesures annoncées par le chef de l'Etat. "Le président nous entend mais il ne nous écoute pas", lance un organisateur de blocage. "Il faut qu'il vienne ici, dans la rue. Que Jupiter redescende sur terre". D'autres gilets jaunes, à Valence, décrient la façon dont Emmanuel Macron s'exprime. "On n'est pas à la maternelle ! On n'a pas besoin qu'il nous explique. Pour nous, son intervention ne change rien et on va désormais taper là où ça fait mal".

12:12 - Que pensent les gilets jaunes du discours d'Emmanuel Macron ?
"Ces paroles, ce sont des somnifères", moque un gilet jaune sur BFM TV, interrogé sur le discours d'Emmanuel Macron. Plusieurs groupes de gilets jaunes sont interrogés à la suite du discours prononcé par le président. De manière générale, les quelques annonces du chef de l'Etat ne semblent pas bien accueillies par les manifestants. D'après le quotidien Paris-Normandie, "la déception prime", même.
FranceInfo a écrit:des manifestantes à Fontainebleau : - "Je n'ai plus envie de l'écouter, par contre je ne lâcherai pas le mouvement". - "Il faut aller dans la rue maintenant, il faut se défendre".

une près de Bordeaux : - "On sait bien que notre planète, il faut la protéger, mais on veut pouvoir manger"

à Nancy : - "moi je ne veux pas spécialement la démission de monsieur Macron. Monsieur Macron, il a été élu, c'est la démocratie, mais en même temps on a le droit, nous, de dire en fait qu'on n'est pas d'accord avec le système qu'il veut mettre en place".
- une dame : "c'est dur pour les fins de mois, et moi je pense à mes enfants, c'est pour eux qu'on se bat aussi."
L'Alsace a écrit:Colmar - Pour Michel, un des porte paroles du groupe colmarien, "C'est de l'enfumage. S'il faut attendre trois mois, c'est trop tard. Nous voulons du concret maintenant. On aurait aimé l'entendre dire qu'il enlève la CSG pour les retraités, qu'il arrête d'augmenter les taxes sur l'essence, l'électricité, le chauffage... Qu'il ait le courage de proposer un référendum sur le fait de le garder comme président, qu'il ait le courage de De Gaulle."

Pour un gilet jaune colmarien, souhaitant conserver l'anonymat, Macron "nous prend pour des cons en disant que c'est la faute de ses prédécesseurs ; ce que nous voulons, c'est qu'il dise qu'il n'applique pas la hausse de la taxe carbone. On n'en veut pas de sa réponse dans trois mois. On veut qu'il démissionne tout suite, qu'il ait des couilles comme De Gaulle. Sinon, les têtes vont tomber, pour tout le gouvernement."
France3 Normandie a écrit:sur le rond-point de Verneuil-sur Avre (Eure)
- "C'est trop d'un coup. On nous matraque (en référence aux événements des Champs Elysées samedi 24 novembre 2018, NDLR). On étouffe. On en a marre. C'est un mouvement national qui concerne tout le monde, les jeunes, les retraités, les chômeurs. On se sent délaissé par le gouvernement"

2. au-delà de revendicative, la nature syndicale du mouvement

- ce mouvement revendicatif porte massivement si ce n'est dans le verbe des huit communiquants, sur le pouvoir d'achat, c'est-à-dire au plan théorique sur le salaire. Un commentateur écrit ce matin en substance que le pouvoir d'achat est à Macron ce que la courbe du chômage était à Hollande

- c'est ici que dans la concurrence déjà exacerbée entre les organisations syndicales existantes vient s'imposer ce syndicalisme improvisé hors de la représentation institutionnelle. On le voit de plus en plus avec le ralliement de cégétistes aux Gilets jaunes et la tentative de résister à l'avalement de Martinez samedi

incidemment, arrive une preuve de la nature syndicale (revendications et négociations) que les représentants nationaux veulent imprimer au mouvement. On ne peut pas avoir de double carte :
Jason Herbert, le Charentais membre du conseil national de la CFDT-journalistes, qui figure parmi les huit communicants officiels nommés hier est déjà sur la sellette. « Nous avons découvert qu'il y a une personne sur les huit qui aurait apparemment caché qu'elle était syndiquée », explique à Marianne un autre des huit, Maxime Nicolle. Et de promettre : « Si c'est vérifié, la personne sera sortie de la délégation (…), elle ne pourra pas rester. On veut à tout prix préserver la neutralité du mouvement. Il n'y a que comme ça que l'on pourra garder notre crédibilité auprès de gens qui se battent tous les jours pour leur survie. »
LE CHARENTAIS PARMI LES HUIT "COMMUNICANTS" DÉJÀ MENACÉ D'EXCLUSION Charente Libre 26 novembre

- la dimension syndicale, propre au démocratisme radical et au populisme, avec des programmes de gouvernement promettant de réaliser les revendications des électeurs, n'est pas étrangère à la dimension politique des Gilets jaunes de la base au sommet

- parmi les Gilets jaunes opposés à l'auto-nomination d'une délégation nationale, beaucoup certainement ne sont pas opposés à la négociation, mais pour sa décentralisation dans le cadre législatif, comme dans cette échange sur tweeter :
@Giletsjaunes3 : - Est ce qu’un #GiletsJaunes à été contacté pour choisir les 8 portes paroles ? Comment ont ils étaient choisis ? Par qui ?

Lise-Ma @lise__marie : - Les gilets jaunes ont déjà leurs représentants : le député de leur circonscription! Il faut aller le voir, faire remonter les demandes! On verra qui sont les députés les plus couillus !!!

d’Or Nombre @ItZaMayem: - Exactement ! Très bonne stratégie ! Que chaque groupe sur chaque circonstriptions [sic] se rendent chez leurs députés respectifs ! Super idée !

- et cette autre confirmation : Le ministre de l'Ecologie François de Rugy va recevoir les représentants des "gilets jaunes" cet après-midi à la demande d'Emmanuel Macron France Info

- les revendications. Ici je ne m'y intéresse pas en tant que telles (encore que la "baisse des charges patronales...") mais pour leur allure de plate-forme syndicale fourre-tout. Voici, outre des infos significatives sur le pedigree des 8 communicants, la base sur laquelle ont été rédigées celles en annexe du texte des "huit communicants", un sondage sur les "Propositions en cas de rencontre avec les membres du Gouvernement" auquel plus de 30.000 personnes auraient répondu par oui ou non (source : SeenThis ¿’ ValK) :
1 - Transport – Ecologie / Développement d’une Transition écologique viable, réfléchie et durable
– Réduction de le TICPE ainsi que de la taxe carbone
– Suppression de projet de loi visant à interdire le Gasoil Non Routier « fioul rouge » (pour les agriculteurs)
– Interdiction du glyphosate
– Annulation du projet de loi du biocarburant à l’huile de palme (gaz de schiste, OGM)
– Abandon du projet de renouvellement du parc automobile français en électrique et mise sur le marché de bio-carburants

2 - Election - Lois - Citoyenneté / Pour que la voix du citoyen soit réellement prise en compte
Consultation du peuple plus fréquente, par voie de referendum national mais également local
– Mise en place d’une Assemblée citoyenne participative et renouvelable tous les 6 mois
– Suppression du sénat (système parlementaire bicaméral)
– Reconnaitre et comptabiliser le vote blanc aux différents scrutins électoral
– Promulgation des lois par les citoyens eux-mêmes

3 - Emploi – Entreprises / Augmentation du pouvoir d’achat et revalorisation du travail
Baisse des charges patronales
– Augmentation des aides financières publiques pour l’embauche en CDI et CDD ainsi que pour les contrats d’apprentissage (plus particulièrement accentuée pour l’embauche des personnes à mobilité réduite et favorisant les emplois non précaires)
– Augmentation du smic alloué et revaloriser en conséquence le calcul du quotient familial
– Exonération des heures supplémentaires (pour encore plus de pouvoir d’achat)
– Aide au retour à l’emploi ou à la reconversion professionnelle grâce à des formations efficaces et valorisantes
– Respecter la parité homme/femme : alignement de la qualification et du poste occupé à rémunération égale

4 - Précarité
– Augmentation des retraites
– Retraite au calcul identique pour tous
– Augmentation des aides financières aux étudiants pour l’installation, la mobilité et la culture
– Réévaluation de l’Allocation pour le logement (APL)
– Fin des régimes spéciaux (retraite)

5 - Réduction du budget des comptes public
– Réduction significative des salaires des membres du gouvernement
– Suppression des privilèges (salaires après mandats, emplois fictifs..)
– Contrôle des notes de frais des élus
– Présence physique obligatoire des élus en Assemblée

DIVERS SUJETS DE SOCIETE / EDUCATION - CULTURE – SUCCESSION - SANTE
- Création d’un vrai POSTBAC
– Inclusion des personnes handicapées dans tous les domaines de la société
– Accès à la culture pour tous
– Diminution de l’assistanat
– Suppression de l’article 80 (ambulanciers)
– Refonte proportionnelle totale du barème des droits de successions

1. feuille de route théorique



1) nous partons maintenant de là : il y a eu tournant du mouvement des Gilets jaunes. Incidemment, j'ai découvert après l'avoir écrit hier le titre de Libération : «Gilets jaunes» : le mouvement à un carrefour. Je n'avais franchement pas pensé avoir fait un jeu de mots, sur la route, voire les « ronds-points », puisque tant de carrefours sont en « périphérie rurale », et de plus en plus en banlieue des ronds-points*

* ceci s'explique en France tout bonnement par la "mafia du BTP" où les corps d'ingénieurs de l'ex-Équipement (sic : Corps des Ponts-et-Chaussées et des TPE, Travaux Publics de l'État) et les responsables de la voirie dans les collectivités locales sont comparables, d'une autre façon, aux relations du patronat et de l'État au Japon. J'en ai eu les preuves sous les yeux dans ma "carrière" au sein de ce ministère

2) dire tournant dans la lutte implique tournant dans sa théorisation. Je vais m'attacher davantage, ai-je dit, à ce qui se passe et se dit dans cette lutte sans précédent qui n'a pas fini d'avoir des implications sur ce qui viendra ensuite, dans toutes les luttes, dans le rapport des luttes à l'État

ce qui se passe dans les formes et le contenu des luttes se rattache plus ou moins aux "Gilets jaunes", il s'agit d'un clivage plus que d'une « scission » dans ce mouvement. Le texte des "huit communicants officiels" dit qu' « aucune scission de quelque nature est en cours contrairement aux récentes déclarations de certains individus... », mais c'est ici rapporté à celui, ou ceux, qui ont largué les amarres (Cauchy, mouvement Citron...) contre la « radicalisation » du mouvement, sic, vu la teneur de la structuration par le haut et le jeu de poker menteur plus ou moins conscient auquel se livrent les "leaders". Or le clivage en cours ne tient pas fondamentalement à ce qui se passe à la tête du mouvement, et dont on peut peut-être dire que le ver populiste était dans le fruit de l'auto-organisation par défaut, et non du choix conscient de la nécessité d'un combat sans chefs foncièrement incontrôlable.

3) l'auto-organisation révolutionnaire n'est concevable qu'avec un contenu révolutionnaire, il n'en a jamais été question dans ce mouvement, et ce n'est pas son affirmation immédiatiste, comme forme, qui pourrait en changer la nature. L'auto-organisation révolutionnaire ne saurait porter un débouché politique comme celui que nous avons sous les yeux, et c'est ce qui ressort déjà en partie dans les critiques que cette initiative de "délégation" provoquent chez les Gilets jaunes de 'la base'. Je le mettrai en évidence

4) de ce point de vue, il y a sans doute eu une clarification par l'éviction des composantes d'extrême-droite et des propos racistes, sexistes et homophobes les plus visibles (celles de Buhler ex-FN/Debout la France et Cauchy aux accointances de droite nationale en témoignent). Elle va dans le sens de la recherche de la négociation avec le pouvoir, c'est le deal non-dit entre les huit et Macron, la condition de possibilité de la négociation avec l'émergence de ce syndicalisme spontané

ironie de l'histoire quand on connaît les règles, même formelles et détournées, du fonctionnement démocratique des syndicats et l'élection de leurs dirigeants, tout ce qui s'est exprimé depuis 30 ans sur la représentation, les délégués dans les partis, mouvements, coordinations et assemblée depuis 1995. Certains militants doivent bien rigoler de ce véritable « coup de force » pour s'imposer comme légitimes représentants tombés d'en-haut et comme le disent certain.e.s en-bas, « de nulle part » :
- Ils sortent de nulle part, c'est une vaste blague. On est plusieurs à penser çà. On connaît ceux qui ont lancé le mouvement, d'accord. Mais pas les autres.

- Je suis très surpris. Comment ont-ils été trouvés ? Ils ont dû passer à la télé avant. Ils doivent tous avoir envie de faire de la politique.


[dit avec regrets très légalistes, mais dit quand même :] - Les gars sur les barrages, ils risquent de ne pas les écouter. Comment vont-ils structurer le mouvement ? Ils ont pas fini : ça se chamaille partout. Il faudrait surtout que nos députés viennent nous voir. Les 8 là, ça va pas aller très loin. J'ai peur qu'ils tombent dans le système habituel. On va les acheter et leur trouver une place bien au chaud. J'espère me tromper, mais ça va tourner court. On va finir avec une insurrection !

source : une délégation officielle qui ne fait pas l'unanimité en Auvergne La 3 Auvergne-Rhône-Alpes

les subtiles distinctions entre "communicants" et "décisionnaires" ne sont que clauses de style, parce qu'une fois que tu es délégué autour d'une table de négociation, c'en est fini de ton autonomie vis-à-vis de l'État : « tu tombes dans le système habituel, [tu as déjà] trouvé une place bien au chaud »

5) cette clarification vis-à-vis de l'extrême-droite n'empêchera pas le mouvement d'intégrer, plus ou moins visiblement, sa composante nationaliste, populiste, identitaire nationaliste mais se sentiront encouragées l'extrême-gauche et l'ultragauche dans leur entrisme tel qu'il a explosé dimanche dernier

6) le "mouvement", encore moins homogène qu'avant, se verra investi, sous le nom ou non de Gilets jaunes, de toutes les contradictions du moment politique, économique et social français, et son "esprit" s'étendra à toutes les luttes qui viennent. Sans illusion sur ce qui pourrait en sortir, c'est néanmoins ce qui nous intéresse

7) j'ai donc, sans attendre les propos de Macron aujourd'hui, ma feuille de route théorique

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Mer 28 Nov - 19:11

le plus récent en haut. Le sommaire complet du sujet est dans le premier post.

1. « Black, Blanc... Beurre ? » Où en sommes-nous ?
2. du gentil de Rugy au méchant Philippe comme dans la police : allez vous faire foutre !
3. piège à cons doléances : le retour du"peuple" de 1789 ?
4. la panne du grand communicant : 8 Français sur 10 soutiendraient les Gilets Jaunes

4. la panne du grand communicant : 8 Français sur 10 soutiendraient les Gilets Jaunes

on ne fait pas de la théorie avec des sondages, et j'utilise le conditionnel. Pourtant, et alors que leurs actions (blocages...) faibliraient, le soutien après avoir baissé remonterait grâce... à l'intervention de Macron. Dans les sondages, il n'a jamais été si fort et le Président si bas... Je me garderais de considérations sur Jupiter, son machiavélisme et sa stratégie, on en trouve partout, mais je ne suis pas sûr qu'il soit un grand politique. TC fait cette remarque : « il fal­lait que l’Etat déna­tio­na­lisé en arrive à sa propre cari­ca­ture dans la figure de Macron, il ne faut pas sous-estimer l’impact des petites phrases du Pré­sident et de ses aco­lytes. » Macron, c'est dans l'État l'homme du 'Grand capital' qui n'avait pas d'autre choix, on l'a vu pendant la campagne présidentielle. Il dirige en technocrate la politique selon l'économie. Sans le sous-estimer, il va trouver ses limites. Lire sur Causeur, de Gérard Mamou : Macron, le président qui ne savait pas être président. Il fait les erreurs du technocrate qu'il est.

sondage communiqué, donc, comme un indice


Près de huit Français sur dix n'ont pas trouvé le président convaincant lors de son intervention mardi.
Le discours d'Emmanuel Macron sur la transition écologique mardi n'a pas réussi à atténuer le soutien des Français aux "gilets jaunes", selon un sondage Odoxa-Dentsu consulting pour franceinfo et Le Figaro publié mercredi 28 novembre. Bien au contraire, ils sont plus nombreux que jamais à soutenir le mouvement.

Les "gilets jaunes" sont toujours aussi soutenus par les sympathisants d’extrême gauche (90%), de la gauche traditionnelle (90% au PS), d'extrême droite (96%), de la droite traditionnelle (75%), mais aussi par un sympathisant LREM sur deux (50%).  

Emmanuel Macron n'a pas convaincu
66% des Français indiquent avoir écouté le discours d'Emmanuel Macron mardi. Parmi eux, 78% n’ont pas trouvé le chef de l'État convaincant. C’est le pire niveau enregistré après une intervention ou annonce d'Emmanuel Macron. La parole présidentielle ne semble plus imprimer dans l'opinion.

Mais les Français semblent faire la différence entre Emmanuel Macron et les mesures annoncées. En effet, six Français sur dix en moyenne estiment que les quatre principales mesures annoncées sont plutôt de bonnes mesures. 56% soutiennent la réduction de la part du nucléaire à 50% à l'horizon 2035, 61% sont favorables à la modulation de la taxe sur les carburants du prix du pétrole, 66% soutiennent la concertation nationale sur la transition énergétique et 67% l'augmentation de l'investissement dans les énergies renouvelables.

Mesures jugées inefficaces

Même si les Français interrogés soutiennent ces mesures, ils doutent de leur efficacité. Ainsi, une nette majorité de Français (55%) jugent que ces mesures ne "permettront pas d’agir efficacement sur l’environnement et le climat". De plus, 54% pensent qu’elles ne pousseront pas les Français à modifier leur consommation d’énergies fossiles. Pire, une écrasante majorité, trois quarts des Français, estiment que ces mesures vont "accentuer les inégalités entre les Français" (75%) et qu’elles vont "nuire au pouvoir d’achat" de nos concitoyens (73%). Enfin, aucune de ces mesures ne répond à l’attente unanime des "gilets jaunes", partagée par huit Français sur dix : revenir sur la décision de hausse des taxes sur les carburants prévue pour janvier 2019.

Le sondage a été réalisé par internet les 27 et 28 novembre 2018 auprès d’un échantillon de 1 005 Français âgés de plus de 18 ans.

3. piège à cons doléances : le retour du"peuple" de 1789 ?

des "cahiers de doléances", ce mot évoque ceux, en usage depuis le xive siècle, plus particulièrement ceux qui ont conduit aux États généraux de 1789 à Versailles*. C'est sous cette forme que se multiplient l'expression locale de revendications

* grand ancêtre écolo-populaire, « les habitants de Daspich et Ebange en Lorraine se plaignent de la forte pollution du ruisseau de Fenche, chargé des résidus des forges, des moulins et du lavage du minerai de cuivre...» (Wikipédia)
« A postériori, les cahiers de doléances de 1789 livrent l'expression généralement touchante et naïve de la vénération que ceux qui représentaient alors le peuple (...) éprouvaient pour le faible Louis XVI » (P. Goubert, L'Ancien Régime,Les Pouvoirs, Paris, Armand Colin, 1973, p. 27).
dans Les luttes : de la coexistence à la coextension ? publié aujourd'hui par Temps Critiques, sont distingués 1 – Des mou­ve­ments situés, 2 – Des mou­ve­ments sociaux plus tra­di­tion­nels et
3 – Des mou­ve­ments à caractère fédératif, auto-orga­nisés et ne dépen­dant pas d’ins­tan­ces natio­na­les cen­tra­lisées. Leur mobi­li­sa­tion se fait hori­zon­ta­le­ment à tra­vers les réseaux sociaux. Les partis poli­ti­ques, les syn­di­cats et les médias sont contre leur exten­sion. Notre-Dame-des-Landes en a fourni un exem­ple assez contrasté puisqu’il n’avait pas coupé les ponts avec cer­tai­nes auto­rités régio­na­les, mais dévelop­pait par ailleurs une large auto­no­mie de mou­ve­ment.

Il semble que l’actuel mou­ve­ment dit des « Gilets jaunes » cor­res­ponde à un type de mou­ve­ment qu’on pour­rait définir comme un soulèvement du peuple fédéré. On pour­rait rai­son­na­ble­ment y voir des ana­lo­gies avec le soulèvement des Fédérés pen­dant la Révolu­tion française.
"raisonnablement", oui, parce que je ne vois pas trop l'intérêt ni de cette savante partition ni de ces analogies transhistoriques, comme on l'a vu entre gilets jaunes et "jacqueries". Une de plus pour les Jacques Guigou et Wajnsztejn associés...

toujours est-il qu'on voit surgir des cahiers de doléances dans les Hautes-Pyrénées, le Perche, les Côtes-d'Armor... (source)

à Roanne, ma bonne ville :


à Pontivy, les Gilets jaunes ont porté le leur au sous-préfet


12:39

2. du gentil de Rugy au méchant Philippe comme dans la police : allez vous faire foutre !

« Nous augmenterons les taxes sur les carburants comme prévu le 1er janvier. » Il y aura « une revalorisation et ce sera la revalorisation légale. Notre politique n’est pas de faire des coups de pouce au Smic, c’est de faire en sorte que le travail paie. »

le Premier Ministre recevra certes une délégation des Gilets Jaunes, répondant ainsi à la demande de Priscilla Ludosky, mais repousse et leur principale revendication et celle Martinez qui « réclamait le 17 novembre une augmentation du Smic à 1.800 euros brut mensuel. »

le leader de la CGT persiste et signe : « Il faut exiger plus fort et plus nombreux une revalorisation importante du Smic. Il faut beaucoup de monde dans la rue samedi 1er décembre, une date que nous avions prévue depuis longtemps... » (France.Info 09:34), comprendre 'nous n'avons pas attendu les Gilets Jaunes', tout en affirmant qu'ils ne sont « pas du tout des concurrents » des syndicats (LCI). Chacun ses problèmes avec sa 'base'...

9:31

1. « Black, Blanc... Beurre ? » Où en sommes-nous ?



Macron peut se frotter les mains, le piège de la représentation-négociation sociale et politique s'est mis en marche. Même s'il ne s'est pas refermé sur un accord, il a fonctionné, largement à l'image, dans la communication étatique avec celle des "communicants" gilets jaunes, pour entériner ce tournant. En prime et sans émeute, la présence d'une Antillaise au sommet garantit la visibilité et l'intégration des "racisé.e.s" dans le mouvement et n'est peut être pas étrangère à l'appel du Comité Adama à rejoindre les Gilets jaunes

la liste des revendications transmises à Rugy, un mixte social revendicatif et politique :
Des demandes autour de la transition écologique, mais aussi sur des questions bien plus générales. Reçus mardi soir pendant trois heures au ministère de la Transition écologique par François de Rugy pour une première réunion, deux porte-parole des gilets jaunes ont remis au ministre un cahier de doléances synthétisant les demandes du mouvement.

Parmi les demandes transmises par Eric Drouet et Priscillia Ludosky, tous deux à l'origine du mouvement de contestation, deux grandes revendications dominent :
- la baisse de toutes les taxes et
- la création d'une assemblée citoyenne

Mais des doléances plus précises et diverses sont également formulées, notamment en matière de transition écologique. Parmi elles :
- la réduction de la taxe carbone
- la taxe de consommation sur les produits énergétiques (TICPE),
- l'annulation du projet de loi sur le biocarburant à l'huile de palme,
- l'interdiction du glyphosate, et
- l'abandon du projet de renouvellement du parc automobile français en électrique.

les gilets jaunes réclament également :
- une consultation plus fréquente du peuple par voie de référendum,
- la suppression du Sénat, [...] contestant l'utilité de la chambre haute.

les deux représentants des gilets jaunes [...] réclament un rendez-vous "avec Benjamin Griveaux ou Edouard Philippe".

Eric Drouet appelle à une nouvelle manifestation samedi prochain à Paris, sur les Champs-Élysées.
il ne suffit pas de dire que le mouvement est revendicatif, s'adressant à l'État sur le revenu. Il faut regarder la teneur des revendications qui, avec la composition sociale des protestataires, indique son contenu en termes de classe

- si cette liste est complète on y voit disparaître la revendication salariale proprement dite, sur la vie chère, et privilégier ce qui concerne le bas de la classe moyenne utilisant la voiture pour travailler, artisans et petits patrons, entrepreneurs de l'auto...

- y sont introduites des revendications écologistes, traduisant ainsi l'enfermement dans le capitalisme vert et tendant une perche à l'État macronien

- sur le versant politique, référendum, assemblée citoyenne, suppression du sénat... on baigne dans la démocratie représentative du peuple, alias le populisme

symptomatiquement, sur la liste Facebook "La France en colère", à la question "Par qui remplacer Macron ?", les réponses vont de Dupont Aignan à Nathalie Artaud (LO), passant par Ruffin et "tout sauf un politicien", mais aussi par "le peuple !"

on dira que tout ça était dans la nature du mouvement dès la pétition de Priscillia Ludosky adressée au Président de la République en février et demandant à le rencontrer, et son évolution vers le mouvement de lutte proprement dit des Gilets Jaunes lancé par Eric Drouet en octobre. Tout se passe comme si l'auto-organisation par défaut, embarquant une partie plus prolétarienne de travailleurs, ouvriers, employés..., n'avait servi que de base de manœuvre pour créer le rapport de force aboutissant à ce recul en trompe l'œil du gouvernement. Encore fallait-il le mettre en marche...

le mouvement va donc continuer, plus lisible dans ses clivages, plus susceptible d'entrisme par la gauche de la gauche comme par la droite et leurs extrêmes avec leurs actions directes et leurs sections d'assaut. Prochaine étape, le rapport aux syndicats institutionnels dans la concurrence avec ce nouveau venu sur le marché revendicatif

le grand intérêt théorique de ce mouvement est qu'il condense et rend plus lisibles encore toutes les contradictions de la situation française dans sa spécificité, et qu'y sont présentes toutes les expressions politiques, ou anti-politiques puisque dans ce moment du capital, celui-ci n'est pas touché directement au niveau de la production, mais par le biais de la politique dans le champ de la distribution, du "partage du gâteau" dans lequel s'investit massivement l'espoir des miettes sous la table de négociation

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Jeu 29 Nov - 21:40

mise à jour permanente, chronologique de bas en haut. Sommaire complet dans le premier post

1. les gilets jaunes, l'État, et le capital, remarques critiques sur l'analyse de Théorie communiste
repris par dndf ici : « Nous le relayons en raison de son importance dans le débat actuel sur le mouvement des gilets jaunes. » Merci donc, pour l'enjeu d'aborder en retour ces désaccords du point de vue de la théorie de la communisation. "Tournant dans la lutte => tournant dans sa théorisation", disais-je...
2. sur la dimension écolo-populaire des mouvements actuels, un appel "justice verte et gilets jaunes"
3. le populisme sans leader et la démocratie directe : malaise dans la représentation

3. le populisme sans leader et la démocratie directe : malaise dans la représentation

j'ai affirmé le 20 novembre qu'il n'y avait pas de populisme sans leader, mais c'est discutable, quand on entend, en réponse à Mélenchon : "On n'a pas besoin de vous" ou "On n'a pas besoin de ces politiques. Nous allons vaincre". Le caractère anti-politique est plus profond et complexe qu'il n'y paraît : pourquoi le mouvement des Gilets Jaunes ne se range-t-il pas sous la bannière des leaders populistes existants à gauche ou à droite ? À la question « Par qui faut-il remplacer Macron ? », plusieurs Gilets jaunes répondent sur Facebook : « Par personne ! » « Par le peuple ! »

TC dit à juste titre que « le populisme partage bien des carac­té­ri­stiques avec le démo­cra­tisme radi­cal » dont « le rêve de la démocratie directe », or « la démo­cra­tie semble inexo­ra­ble­ment deve­nir popu­liste parce que c’est le tra­vail de repré­sen­ta­tion qui est en crise » et « Le vita­lisme popu­liste, c’est l’hostilité à tout ce qui peut faire écran entre le peuple et ceux qui sont cen­sés l’incarner au pou­voir » (source : À pro­pos du popu­lisme et de la « crise de la démocratie » Extraits de M. Le Pen et la dis­pa­ri­tion de l’identité ouvrière, 2003/2010)

j'ai beaucoup insisté sur la question de la représentation de type politico-syndicale de ce mouvement (voir la liste de revendications), sur son auto-organisation par défaut, et sur ses difficultés face aux tentatives de récupération politique, aux manipulations internes de "maillots jaunes", et aux oppositions de "la base" à toute auto-nomination de leaders, représentants, porte-paroles...

on voit bien d'une part ce qui peut là séduire par définition des anarchistes, mais d'autre part que les GJ adoptent finalement une structuration comparable à celles des organisations existantes, en miroir des institutions de l'État centrales ou décentralisées, ce qui caractérise la posture de demande à l'État, serait-il un coquille vide où installer "le peuple"

on trouverait donc dans ce mouvement une tension au dépassement de la démocratie représentative, mais sans débouché dans une subjectivité de classe ayant pour sujet révolutionnaire le prolétariat. Je ne pense pas que l'on puisse en induire que c'est parce qu'il n'est pas encore là, constitué en classe selon le structuralisme prolétarien des fondements marxistes. Pour le dire plus positivement, sont davantage posés des problèmes pour un dépassement du capitalisme (y compris vert) en tant qu'il détruit la vie humaine et le vivant

(à creuser)

2. sur la dimension écolo-populaire ds mouvements actuels

cet appel ne relève pas d'une conception communiste de l'écologie, mais dans la dynamique actuelle des luttes et leurs contradictions dans le capitalisme vert, peut-on faire la fine bouche ?

Marche pour le climat : justice verte et gilets jaunes, organisée le 8 décembre par Désobéissance Ecolo Paris
INVITATION À NOUS REJOINDRE AUX PREMIERS RANGS DE LA MARCHE MONDIALE POUR LE CLIMAT A PARIS
Nous marcherons ensemble, uni-e-s, nous porterons des combinaisons blanches pour faire masse et en symbole de l'action pour le climat. Parce que nous célébrons la (bio)diversité, nous viendrons avec nos masques de chouettes, de hiboux, chapeaux de sorcières et feuillages pour nous couvrir, pour supporter le froid et les caméras. Certain-e-s d'entre nous porterons des gilets jaunes, d'autres des kways noirs : nous partageons les mêmes colères, parce que nous subissons les mêmes oppresseurs. Nous marcherons également aux côtés des groupe de gilets jaunes qui ont déjà appelé à participer à la marche pour le climat le 8 décembre !

Le 8 décembre, des citoyen-ne-s du monde entier marcheront pour le climat.

Nous marcherons pour le climat, mais aussi contre ses ennemi-e-s politiques.

Nous désignerons des coupables. Nous scanderons leurs noms, nous afficherons leurs logos. Pour un cortège politique et radical, ciblons les vrais pollueurs. Parce que marcher pour le climat, c'est surtout marcher contre celles et ceux qui contribuent inlassablement à le mettre en péril, au mépris des plus vulnérables, du monde vivant et des générations futures. Nous marcherons,

• contre les multinationales qui détruisent les vies, les habitats et les écosystèmes en toute impunité, surtout en dehors de nos frontières européennes,
• contre les banques qui financent ce système extractiviste,
• contre les armées qui le défendent,
• contre nos dirigeant-e-s qui n'ont pas mieux à faire qu'à nous diviser, à coups de taxes injustes, de mépris social et de cadeaux aux plus riches,
• contre toustes celles et ceux qui veulent nous faire croire que trier ses déchets nous sortira de « l’affaire » et qui dressent un écran de fumée « solutions » largement insuffisantes pour ne pas se remettre en question.

Bien sûr, dénoncer et nommer ne suffit pas, et nous ne le savons que trop bien. Il faudra bloquer, il faudra désobéir et nous sommes prêt-e-s à le faire.

Nous avons des allié-e-s et souhaitons les soutenir : les peuples autochtones qui opposent leurs corps aux méga-projets pour défendre leurs terres, les zadistes et ruraux, les gilets jaunes dont nous partageons les colères, les squateu.rs.ses et toustes les autres qui crient avec hargne leur volonté de voir ce monde s'effondrer et tentent de construire leurs rêves.

Nous ne nous laisserons plus diviser

Si le changement climatique est avant tout le produit des pays dits développés, ses effets touchent d'abord les pays du Sud. En dehors de nos frontières, des populations déjà précarisées sont les premières victimes de la désertification des sols, la montée des eaux et autres désastres environnementaux dus à la lancée écocide des plus aisés.

A l'intérieur de nos frontières, nous faisons également le constat de la débâcle sociale en cours, et de l’intolérable montée des inégalités. Aujourd’hui, nous ne croyons plus aux mensonges d'un capitalisme vert qui fonctionne aux LED, et qui fait porter ses défaillances sur les plus démuni-e-s.

L'heure est trop grave, les enjeux trop grands, nos ennemi-e-s trop fort-e-s. Notre lutte est collective, et elle ne se contentera plus de petits gestes écocitoyens à la simple échelle individuelle.

Le changement climatique est le résultat d’un système raciste, colonialiste, patriarcal : notre écologie doit être décoloniale, féministe et anticapitaliste.

1. les gilets jaunes, l'État, et le capital
remarques critiques sur l'analyse de Théorie communiste

à ce jour, la Note sur le mou­ve­ment des gilets jaunes de Théorie Communiste est le meilleur texte sur la question... du point de vue du structuralisme prolétarien*, ou si l'on préfère la meilleure analyse de classe de ce mouvement.

* voir à ce sujet Althusser n'est pour rien dans le 'structuralisme prolétarien', de TC ou de quiconque

1) ce texte est la meilleure analyse de classe... (citations résumées en substance) :

- la critique de « l'interclassisme », "coexistence et non somme d'intérêts communs fondés sur une revendication commune, ici sur la question du niveau de vie, des reve­nus, qui de ques­tion éco­no­mique devient immé­dia­te­ment poli­tique."

- celle du populisme : « les taxes, les impôts, c’est l’Etat » et cette « résultante » revendicatrice « consacre l’hégémonie d’une de ses com­po­santes : les arti­sans et petits patrons qui fédèrent le « peuple ».

- les approches sociologiques en terme de « France péri­phé­rique » (Chris­tophe Guilluy),  for­mule per­for­ma­tive qui fait exis­ter ce qu’elle est cen­sée dési­gner »

- « une reven­di­ca­tion éco­no­mique où le salaire n’est qu’un rap­port de dis­tri­bu­tion (bien sûr injuste) et corol­lai­re­ment le mode de pro­duc­tion est occulté, réduit au détour­ne­ment du tra­vail du peuple. [Ici] des luttes, des pratiques dési­gnent les rap­ports de dis­tri­bu­tion pré­ci­sé­ment comme « l’envers des rap­ports de pro­duc­tion », c’est-à-dire qui se situent dans la réflexi­vité. Tout en sachant qu’il peut y avoir de nom­breuses situa­tions inter­mé­diaires. La dis­tinc­tion peut tra­ver­ser une même pra­tique et/ou un même groupe social (sub­di­vi­sions de classe) [...] Dans [ce] cas, la reven­di­ca­tion contre l’injustice, la pau­vreté, l’Etat déna­tio­na­lisé, dési­gne­rait les rap­ports de pro­duc­tion à l’intérieur même de la façon dont les rap­ports de dis­tri­bu­tion sont atta­qués. Et, il est impos­sible de dire que dans les mobi­li­sa­tions des gilets jaunes la chose est absente. [...]  Il y a tou­jours jeu et non dicho­to­mie entre rap­ports de pro­duc­tion et rap­ports de distribution. »

- "Dif­fé­rentes ten­dances peuvent se croi­ser dans un même mou­ve­ment, se com­battre ou s’ignorer. Dans ce jeu, toutes sortes de cir­cons­tances peuvent inter­ve­nir, mais il faut défi­nir sur quelle matière celles-ci inter­viennent, non seule­ment qu'elle soit sus­cep­tible d’être « dyna­mi­sée », mais encore qu'elle [...] déter­mine les rela­tions de classes qui vont la « dyna­mi­ser » ou inver­se­ment « l’absolutiser »."

- « C’est para­doxa­le­ment là où, atta­quant l’Etat, le mou­ve­ment appa­raît comme le plus « radi­cal » qu’il se défi­nit et se limite comme le peuple. Il ne s’agirait plus que de rame­ner l’Etat dans le peuple » C'est le populisme de droite (Le Pen, Dupont Aignan) comme de gauche (Mélenchon...), et même apolitique puisque rejetant les deux

- « Dans les formes poli­tiques actuelles du cours de la crise, on peut rele­ver une crise de 'l’hégémonie' de la classe capi­ta­liste. Domination et hégémonie ne sont pas identiques [...]. L’hégémonie consiste à pro­duire le cadre incon­tour­nable des débats et des oppo­si­tions, c’est impo­ser à l’autre les termes mêmes de son oppo­si­tion. Le pro­ces­sus de deve­nir hégé­mo­nique de la bour­geoi­sie fut très long à s’achever en France, on peut dire qu’il n’arrive à terme qu’avec la troi­sième Répu­blique, il s’effondre actuel­le­ment. Ce qui est loin de signi­fier ipso facto l’émergence d’une dis­cours révo­lu­tion­naire par­lant sa langue propre, c’est plu­tôt un puzzle, un émiet­te­ment qui occupe la place de l’hégémonie, émiet­te­ment que le peuple vient sub­su­mer et couronner.

Avec les gilets jaunes, c’est dans la poli­tique et la cri­tique de l’Etat actuel que sont abso­lu­ti­sés les rap­ports de dis­tri­bu­tion avec leur cor­tège idéologique. »


- « Seuls les révo­lu­tion­naires pro­fes­sion­nels se pré­ci­pitent tête bais­sée sur n’importe quel blo­cage, voyant la dyna­mique révo­lu­tion­naire à l’œuvre dans tout ce qui bouge ou, inver­se­ment, sachant ce qu’est la révo­lu­tion com­mu­niste de ses débuts à sa fin se bouchent le nez quand les cases de leur tableau à double entrée ne sont pas toutes cochées. »

-  « tant que la crise de la mon­dia­li­sa­tion se dérou­lera ainsi ce n’est que la dyna­mique conflic­tuelle de la restruc­tu­ra­tion [...] qui est à l’œuvre. Rien d’autre. Même si de telles oppo­si­tions ne doivent pas être sous-estimées [...], le capi­tal est pré­sent des deux côtés et reste l’avenir du monde. »

c'est bien sûr condensé à l'extrême, mais mieux vaut en retenir ça que rien du tout parce que le lire serait une prise de tête

2) ce texte est excessivement partiel, sa cohérence tient à tout ce qu'il manque ou évacue

TC nous dit d'emblée que « Ce n’est pas que le mou­ve­ment dit des « gilets jaunes » n’apporte rien de nou­veau, mais si on relit Une séquence par­ti­cu­lière (TC 25), la grille d’analyse pos­sible du mou­ve­ment dit des « gilets jaunes » est déjà en quasi tota­lité pré­sente : le pas­sage de la crise du rap­port sala­rial à celle de la société sala­riale ; la délé­gi­ti­ma­tion de l’Etat res­pon­sable de l’injustice (que ren­force la fis­ca­lité) ; le peuple et le popu­lisme (dont il fau­drait redon­ner la défi­ni­tion...) ; le local, les élites, les riches et les pauvres, le peuple avec sa culture et sa « com­mon décency ». Cer­tains para­graphes de ce texte sont même qua­si­ment « pré­mo­ni­toires » », qui renvoie sans le dire à une critique que j'ai faite et proposée en commentaire de dndf, non publiée

- le mouvement des Gilets Jaunes n'aurait jamais existé sans "la révolution Macron" du capitalisme vert, la "transition énergétique", et il est impossible de le comprendre sans cette dynamique d'une implication réciproque autrement plus complexe que la stricte contradiction prolétariat-capital, une de mes critiques à TC formulée en 2006 !

- l'analyse en terme de classe moyenne, que ce soit au singulier ou au pluriel, ne peut rendre compte de la dimension écologique du mouvement, de la contradiction entre le capital et le vivant

- les femmes y jouent un rôle considérable, et nonobstant sa "double contradiction de classe et de genre", TC n'en parle pas

- la place des "racisé.e.s", du racisme et de l'antiracisme, n'y est pas abordée, alors qu'elle est selon TC26 essentielle dans la fragmentation/segmentation du prolétariat déjà là comme potentiel sujet de la révolution. De ce point de vue, les efforts de Carbure.blog comme 'communisateur' sont appréciables, voir les Gilets Jaunes et les "racisé.e.s"

- les retraités, les chômeurs, la "population en surplus"... bref, tous ceux qui ne sont pas des travailleurs en activité sont-ils pour autant absent de ce mouvement ? Voire... Et s'ils se tournent contre l'État plutôt que leur patron ou le capital, c'est parce que tous les revenus en dépendent. Oui, c'est de la redistribution, du salaire indirect, mais l'État n'est pas ici médiation, il est le capital même dans sa fonction économique autant que politique. TC a une vision marxiste très classique de l'État, et Temps Critiques l'a pertinemment relevé

- si les ouvriers des grosses boîtes ne sont pas massivement gilets jaunes, ou ne se mettent pas en grève (vrai que la sauce n'a pas pris avec les blocages des raffineries), c'est que leurs revenus ne le permettent pas. La CGT le sait qui appelle à manifester le week-end pour l'augmentation du SMIC. Mais on sait qu'ils soutiennent aussi massivement le mouvement, sûrement en préférant qu'il inclue davantage des revendications sociales (voir leur faible part dans celles proposées à Macron/de Rugy et les cahiers de doléances locaux). On verra samedi comment ça se passe entre mobilisation des gilets jaunes et manifestations syndicales

- le phénomène auto-organisation par défaut n'est pas analysé, ni les enjeux de la représentation entre exigence de démocratie directe et populisme. D'une certaine façon, certains anarchistes ne s'y sont pas trompés, qui ne « sautent pas sur tout ce qui bouge », mais estiment indispensables d'être présents dans ce combat

non, dans "une séquence particulière", texte de 2014, rien de tout ça n'a été vu de façon quasi « prémonitoire », pour la bonne raison que ce n'était pas prévisible, et que ce mouvement ne s'analyse pas dans les termes du structuralisme prolétarien. Le "on vous l'avait bien dit", désolé, ça ne marche pas. À raisonner en boucle tautologique depuis 40 ans, TC s'imagine encore que son système tient la route. Il ne la tient qu'avec les œillères de ses certitudes narcissiques, et de plus sans intégrer dans ses analyses son "colmatage" permanent, qui vaque d'un copié-collé à un autre

il n'en demeure pas moins que ce texte est incontournable comme analyse de classe, contradiction que je n'ai jamais rejetée sans l'absolutiser comme TC, et je reconnais que certains passages m'ont alerté sur des points que je n'avais pas creusés, comme le rapport production/distribution par le fait qu'une lutte sur le revenu n'est pas exactement une lutte sur le salaire

PS : c'est écrit d'une traite, j'ai sans doute omis certains points, il faudrait le construire mieux. Nos façons de faire de la théorie sur la base des luttes se sont pas comparables et je ne prétends pas à des textes qui disent tout, mais ma cohérence interne comme externe, elle, n'évacue rien pour se donner raison


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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Dim 2 Déc - 22:11

mise à jour permanente

30 novembre
1. de l'ouverture d'un débat aux questions qu'il doit aborder (au-delà de TC et moi...)
2. question de méthode pour une analyse globale des luttes en France
contre la convergence des luttes, leurs particularités face au capital
2 décembre
3. un 18 brumaire de Macron ? suivi de loin de la journée d'hier
4. un 18 brumaire dans le brouillard des grands communicants

4. un 18 brumaire dans le brouillard des grands communicants
suivi de la journée du 2 décembre

. 20:21 maj 21:10
- La France en colère... site officiel du mouvement des Gilets Jaunes vient d'ouvrir
cette source (Drouet, Ludosky) ne vaut que parmi d'autres, le mouvement ne peut être compris qu'au-delà des Gilets Jaunes "officiels" ou non, et quels que soient ses formes et contenus
mais c'est d'génial : ici on peut voter pour la démocratie directe !
- j'ai jeté un œil sur la structuration nationale par la désignation de 13 porte-parole régionaux, un vrai bololo ! sont pas près d'en sortir un Comité central... Les trois non-leaders (Drouet, Ludosky, Rider) communiquent peu et mal. Ils « ne parleront plus au gouvernement ni aux médias avant d'être structurés ». Ils sont conseillés par un coach mystérieux (source Eric Rider)
- de l'autre groupe plus "popu liste de droite", Jacline Mouraud n'acceptera de voir Philippe que si la taxe/carburants est retirée...
- le gouvernement attise leurs divisions tout en ayant besoin d'eux pour faire mine de négocier
. 18:09
Ruffin aussi veut que Macron parte pour « ramener la paix sociale, la concorde nationale. »

"Macron démission !" et un discours complètement creux...

. 17:07 maj 17:47
alors qu'un groupe de Gilets Jaunes "modérés" (Benjamin Cauchy et Jacline Mouraud...) se répand dans la presse, les Gilets jaunes officiel d'Éric Drouet, Priscillia (Ludosky) et Fly Rider (Maxime Nicolle) poursuivent leur structuration nationale par la désignation de représentants régionaux et s'exprimeront vraisemblablement ce soir : malgré le mot d'ordre "Macron démission" on sent une large volonté d'aboutir à une sortie négociée
cela correspond du côté des GJ comme du pouvoir à la volonté d'écarter les trouble-fête nationale. J'apprends d'ailleurs à l'instant (17:47) qu' « Emmanuel Macron a demandé au premier ministre, Edouard Philippe, de recevoir "les chefs de partis représentés au Parlement, ainsi que des représentants des manifestants". »
. 16:21
- ya pas le feu : impressions ci-dessous corroborées par le fait que le Président Macron, qui saute sur tout ce qui bouge pour parler, ne s'exprimera pas aujourd'hui. Étonnante "réunion de crise" à cinq : Macron, Philippe, Castaner/Nuñez, de Rugy, dont rien de communicable ne serait sorti...
- qu'est-ce que ce Collectif Rosa Parks au nom duquel s'exprime le PIR ? Voir luttes antiracistes
- l'insurrection est-elle venue avant lundi matin ?
. 14:15
le Ministère de l'Intérieur révise ses chiffres pour être plus crédible tout en affichant une diminution : 136.000 manifestants hier et 166.000 samedi 24, 280.000 le 17 novembre

3. le 18 Brumaire de Macron ? suivi de loin de la journée du 1er décembre
décalage complet de perception de ma part

7:23, 2 décembre
de loin on ne voit pas moins bien. Je n'y étais pas comme prévu, j'ai suivi de mon lit, à peu près tout ce qui se diffusait, médias, facebook et tweeter des Gilets Jaunes et témoignages sur place. Impressions mitigées. Je sais qu'elles choqueront partie de ma lectorate, mais aussi combien participer à un tel mouvement, comme à telle manifestation enthousiaste, ne rend pas très réaliste sur le nombre et le rapport de force réels, ce qui à mon sens explique encore l'espoir du pouvoir que cela ça n'ira pas très loin

- 99 % de la population n'est pas descendue dans la rue

j'ai parlé jusqu'ici de contenus et de formes, de qualitatif pas du quantitatif

me frappe non la diminution de la mobilisation, mais un nombre relativement faible de participants, bien que dans tout le pays, pour une journée où les appels étaient plus nombreux, de toutes formations politiques hormis gouvernementales, de la CGT, etc. même si les chiffres de l'intérieur sous- évaluent (280 000 le 17 novembre, 106 000 le 24, 75 000 à 15 heures hier et rien depuis), alors que le "soutien de la population" augmente selon les sondages (entre 70 et 84 %) ; même si on multiplie les chiffres d'hier jusqu'à 500.000, la participation est loin d'atteindre le million symbolique (1% de 5 millions)

relativement à ces chiffres, les commentaires de toutes parts sont singulièrement décalés : comparaison avec mai 68, révolution citoyenne, et même "le peuple dans la rue"... Certes une étonnante représentativité sociologique de la France d'en bas et du bas du milieu, sociologiquement, et politiquement de tout l'éventail hormis les soutiens à Macron, mais rien de ce que les uns et les autres annonçaient comme marée humaine les jours précédents, en réaction au discours du Président

tout ce que nous pouvons dire doit être relativisé par ce fait : 80 % de Français.e.s soutiendraient, mais 99 % ne se sont pas manifestés

globalement, si les chiffres n'augmentent pas, c'est que la plupart ayant défilé sous des cortèges issus d'alliances organisations étaient déjà présents la semaine précédente : on diversifie et chacun retrouve ses repères, ayant éliminé les fachos et populo-nationalistes on sépare le bon grain de l'ivraie mais quand on ajoute, ça fait pas plus de monde

- sur la convergence CGT/syndicats - gilets jaunes : aller simple sans retour
d'une façon générale en France, j'ai vu des cégétistes et sympathisants en gilets jaunes parmi leurs gilets rouges, mais pas l'inverse dans leurs manifestations propres. Manifestement (sic), des cégétistes, d'eux-mêmes ou sur consignes, se "déguisent" pour donner le change, ce qui donne tout son sel à la déclaration très fine de Philippe Martinez : « Dans beaucoup d’endroits, il y a des gilets rouges et des “gilets jaunes” » Le Monde avec AFP hier à 15h35


manifestation commune Gilets Jaunes CGT à Vichy ©️ Dominique PARAT

le déguisement en gilet jaune est d'ailleurs une tendance générale, de toutes obédiences et motivations, et sans exagération complotiste de la police aussi. C'est le côté 18 brumaire, farce dans la tragédie, Hegel en aurait perdu sa dialectique, et Marx son analyse de classe


le cas de la manifestation très "militante" d'extrême-gauche, partie de Saint-Lazare vers Opéra-Concorde, réunissant quelques milliers de personnes, avec le Comité Adama, le NPA, des Cheminots, des Verts, des NuitDeboutistes à l'appel romantique de Lordon-Ruffin sous le charme d'Assa Traoré est un phénomène très, trop circonscrit pour qu'on en tire des généralités




@Stef_Burlot, photographe Revue Ballast il y a 16 heures
Assa Traoré et @olbesancenot prêts a investir la rue de Rivoli @laveritepradama

un mot de compassion pour le Gilet Jaune dans le coma suite à l'arrachage d'une grille aux Tuileries à laquelle il a sans doute participé. La chute a soulevé un concert d'applaudissements, on a vu quelques types pas fier s'enfuir en constatant leurs dégâts autonomes...


- les violences ont augmenté (casse et blessés), venues d'ultra-droite, "ultragauche", gilets jaunes excédés, casseurs par goût, pilleurs par opportunité

- le pouvoir reste droit dans ses bottes, provocateur à souhait y compris par ses ordres à plus de 65.000 policiers et gendarmes censés assurer le clame et la sécurité, fatigués disent leurs syndicats, plutôt mauvais au regard du rapport de force physique. Moralité : les violences étaient souhaitées par le gouvernement, ce que devrait confirmée la "réunion de crise" autour de Macron aujourd'hui, et le ton de sa déclaration hier soir depuis l'Argentine. Le 2 décembre/18 brumaire, c'est aujourd'hui...

- dans ma bonne ville de Roanne, un article de vendredi à propos de la "jonction Gilets jaunes - syndicats". Ce qui s'est passé hier confirme les dissensions et rapprochements, dans une clarté plus saine qu'à Paris

Roannais : Gilets jaunes vs Gilets rouges, convergence sur le fonds, distance sur la forme Le Progrès 30 novembre
Les représentants locaux des syndicats, dans un double discours, adhèrent aux gilets jaunes, mais se doivent de respecter leur volonté de combattre sans étiquette.
Ce samedi, les Gilets jaunes préparent l’Acte III de leur mobilisation, à Paris comme en province. Le mouvement roannais a pris une dimension inédite. Bien que les syndicats traditionnels n’aient pas officiellement rejoint les Gilets jaunes, les luttent convergent.

Le Roannais est une terre syndicale. À chaque mouvement social, chaque manifestation intersyndicale, ils sont des centaines à sortir dans la rue. Parfois un millier. Mais jamais plus de 3200, comme ce fut le cas le 17 novembre au centre de Roanne.* Jamais plus de deux semaines d’affilée, non-stop jour et nuit au bord de ronds-points aux quatre coins du Roannais. En tout cas pas depuis 50 ans. Les Gilets jaunes l’ont fait. Sans étiquette politique ou syndicale. Pourtant, ils portent les mêmes revendications, de manière moins homogène du côté des Gilets, dont la plus centrale : le pouvoir d’achat.

* c'est complètement faux, on a vu des manifs à plus de 10.000 tout au long des manifestations depuis 15 ans, retraites, lois travail...

Gilets jaunes vs Gilets rouges : mêmes combats

Depuis le départ du mouvement, aucun appel des syndicats historiques à le rejoindre, si ce n’est la branche Transport de FO. Mais des adhérents de chacun ont été aperçus sur les ronds-points. Et depuis ce vendredi, à demi-mot, la CGT qui prépare sa journée d’action annuelle, en même temps que « L’Acte III » des Gilets. « On appelle à la convergence », dit Serge Lenoir, secrétaire de l’Union locale de la CGT, qui prépare la manifestation syndicale de ce samedi à Roanne. « On n’est pas là pour leur faire de la concurrence. Je ne fais pas la différence entre gilets rouges et gilets jaunes. Ils sentent qu’ils n’ont pas besoin d’organisation syndicale derrière eux. Mais leurs revendications, ce sont les nôtres depuis des années. Tous ceux qui portent cette lutte, nous les soutenons. »

Les syndicats pouvaient-ils seulement anticiper l’ampleur du mouvement Gilets jaunes. Qui le pouvait vraiment ? « Ce n’est pas faute d’avoir avertis les responsables politiques de ce pays, retrace Frédéric Le Griel, secrétaire général de l’union locale FO. La marmite bout depuis des années. Elle vient d’exploser. » Jérôme Lorton, représentant de l’union locale Sud, est admiratif : « C’est énorme ce qui se passe. Cela faisait tellement longtemps qu’on attendait que les gens se révoltent. Et ça risque de durer. »

C’est la pérennité du mouvement qui épate aussi Nicolas Zeimetz, secrétaire général de l’union locale CFDT : « Je trouve ça fort et très appréciable de voir une mobilisation qui s’inscrit dans la durée, où les gens sont très impliqués. »

Grosse remise en question des syndicats historiques
Aussi, les responsables syndicaux locaux se remettent en question. « Le mouvement démontre aussi la faiblesse du syndicalisme, il faut le reconnaître, convient Jérôme Lorton (Sud). Il n’est plus vraiment capable de mobiliser autant qu’un mouvement citoyen. Mais l’idée des gilets est excellente. » Son de cloche similaire à la CFDT : « L’exécutif a introduit un tel mépris pour les corps intermédiaires que les gens ne se sentent pas représentés et agissent eux-mêmes, reprend Nicolas Zeimetz. Ils trouvent des formes d’action différentes. Leur méthode a déstabilisé le gouvernement. » Et Frédéric Le Griel (FO) d’ajouter : « Malgré notre légitimité démocratique supérieure à celle des politiques, nous avons été minorés. » Ces années de lutte auront donné des idées.

Les patrons aussi ont revêtu le gilet
La force du mouvement est son éclectisme. Il regroupe des RMIstes, des salariés, des artisans, des commerçants. Mais aussi des patrons d’entreprises. Et ils sont nombreux. Thierry Brun, président du Medef Loire Nord Roanne, voit les choses ainsi : « Notre position est double. Dans le sens où le matraquage fiscal en France est très préoccupant. Alors où va-t-on ? On paye de plus en plus pour un endettement qui ne fait qu’augmenter. Le matraquage fiscal peut toucher des salariés, comme des patrons d’entreprise. Le mouvement des gilets jaunes est citoyen, et non corporatiste. »

GILETS JAUNES : « LES SYNDICATS SE RÉVEILLENT MAINTENANT »

«  Ils nous ont contactés pour connaître notre positionnement ce samedi, explique Raphaël Pessoa, porte-parole du principal mouvement Gilets jaunes du Roannais. Ils ne nous ont pas rejoints au début du mouvement, mais si des gilets jaunes veulent les accompagner, ils sont libres. On n’impose rien, on n’est pas une dictature. Mais certains gilets jaunes sont remontés contre les syndicats pour ne pas nous avoir rejoints dès le début. Ils veulent qu’on grossisse leurs rangs, ça nous déplaît un peu. Mais chacun fait ce qu’il veut. Nous ne ferons rien en centre-ville de Roanne ce samedi, pour ne pas les troubler. Les syndicats se réveillent maintenant, mais on souhaite rester apolitique et sans étiquette syndicale. » Le message est clair
.


2. question de méthode pour une analyse globale des luttes en France
contre la convergence des luttes, leurs particularités face au capital


si le sujet s'intitule GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale ; si ce mouvement focalise l'intérêt des commentateurs de tous ordres (politiques, médias, sociologues et historiens, théoriciens... une grande part de la population) ; s'il a été déclencheur et booster d'autres luttes, syndicales, lycéennes... ; s'il comporte tous les ingrédients qu'il coagule en portant toutes les contradictions du moment actuel, il ne faut pas le considérer comme l'alpha et l'oméga des luttes en France. En tant que tel et vu son contenu que symbolise l'uniforme gilet jaune, il n'est pas leur centre de gravité : on n'en est plus à se demander "qui sont les gilets jaunes ?" ni à leur coller une étiquette de signification homogène

le ministre de l'Intérieur, Castaner, ne s'y est pas trompé qui affirme « On n'est pas sur un phénomène de masse, hier, il y avait 13.000 personnes mobilisées sur toute la France. », mobilisation qui faiblit en même temps que le soutien de la population augmente (~ 80%) comme celui de toute la classe politique hormis le parti du Président

demain, la CGT et d'autres syndicats, des associations antiracistes, des lycéens et étudiants... seront dans la rue, et revient la rengaine de la "convergence des luttes", le grand fleuve de tous les petits ruisseaux de la colère qui conduirait à la mer de l'insurrection française telle qu'on la rêve de l'extrême-gauche à l'extrême-droite
Alain de Benoist a écrit:Avec les gilets jaunes, la France se trouve déjà en état pré-insurrectionnel. S’ils se radicalisent encore, ce sera tant mieux. Sinon, l’avertissement aura été majeur. Il aura valeur de répétition. En Italie, le mouvement Cinq étoiles, né d’une « journée de colère » lui aussi, est aujourd’hui au pouvoir. Chez nous, la déflagration définitive surviendra dans moins de dix ans.
« Les gilets jaunes ? La revanche des ploucs émissaires ! » Boulevard Voltaire,  27 novembre
chez Causeur, Patrice Guillamaud, déjà auteur de théorie de la révolution anti-Macron, voit dans les gilets jaunes, une révolution anti-Macron, estimant qu'
un mouvement, pour avoir du sens et de l’efficacité, a toujours besoin d’unification, de simplification, d’orientation autant dire de théorisation. Pour passer de la révolte vague, polymorphe et épidermique à la réalisation effective et efficace d’une action authentique et orientée. Cette théorisation doit concerner aussi bien le contenu d’un projet que les méthodes stratégiques et tactiques d’action permettant la réalisation de ce projet. Il faut, pour les gilets jaunes, une orientation de signification pour que leur révolte, dans la puissance émotionnelle aussi bien que dans la puissance d’adhésion globale qu’elle suscite, puissent déboucher sur une imprégnation politique authentique.
texte intéressant dont la chute est téléphonée
Patrice Guillamaud a écrit:Macron doit céder car la puissance qui anime le peuple est celle du cœur et du ventre. Contre le déclassement et le mépris, le peuple seul fera l’histoire car le peuple seul a le génie des événements authentiques et incontournables ! Contre la révolution en faux-nez de Macron, le peuple va accomplir la révolution authentique en profondeur de l’organisation politique, il va réaliser rien de moins que les deux aspects dont le présent texte est la tentative théorique amorcée, à savoir d’une part la démocratie directe et d’autre part l’égalité des sacrifices pour la seule grandeur de la nation.
je choisis des stratèges de la droite dure (au choix Nouvelle droite, droite extrême ou nationaliste identitaire), mais au fond, le schéma militant est le même pour tous : la canalisation, alias la convergence. Au demeurant, plutôt que casser du facho, on serait mieux inspiré de critiquer leurs théoriciens, bien plus efficients que ceux de l'ultragauche

si vous voulez une stratégie révolutionnaire, lisez Les gilets jaunes dans l’œil du cyclone de 19h17, le site d'info de la révolution. Ils ont même lu la note de travail de TC, qu'ils n'ont pas eu besoin de travailler pour vous livrer la ligne clé en main, une alouette de théorie, un cheval de pratique, car « les mots d’ordre à tenir sont clairs »
Comprendre le phénomène politique des gilets jaunes est une nécessité pratique, celle de se positionner pour agir. [...] Voici le point d’achoppement de la mobilisation, voici la place des révolutionnaires : dans les prochains jours et semaines, tout ce qui va dans le sens d’un renforcement de la lutte et de son efficacité ira aussi dans le sens de sa polarisation de classe.
la "polarisation de classe", version révolutionnaire de la "convergence des luttes" comme produit d'alliances entre organisations, syndicales, politiques, etc. antonyme de l'auto-organisation, sa mort sans situation du commun dans la confrontation au capital tel qu'il exploite, domine, détruit... avec une remarquable faculté d'individualisation comme pour vendre ses marchandises

perso, je n'ai aucune stratégie à conseiller, aucun contenu à promouvoir pour des "alliances", une homogénéisation qui ne serait source que de mauvaises disputes, comme samedi dernier entre gilets jaunes et manifestation féministe #NousToutes (voir QUELLE COHÉRENCE DES LUTTES ?)

ma conviction est que la ligne de partage dans une perspective révolutionnaire est dans la capacité de chaque lutte particulière à se définir sur sa propre base face au capital, autant de lignes de fronts spécifiques mais portant la généralité sans uniformité, uniforme unité

je suis indécrottablement pour des luttes plurielles comme pour des communismes pluriels, et notre théorisation doit promouvoir les moyens de cette fin. Cette exigence passe aujourd'hui par une sortie de la focalisation théorique et pratique sur les Gilets Jaunes


1. de l'ouverture d'un débat aux questions qu'il doit aborder

1) la publication par dndf de mon texte 1. les gilets jaunes, l’État, et le capital, remarques critiques sur l’analyse de Théorie communiste est un petit événement qui dépasse le cadre étroit de nos relations tourmentées pour poser nos accords et divergences "sur la table de la communisation", comme il fut dit 'jadis' de "la race" (The race question has yet to be put on the table for communisation theory. P. Valentine, 2012). Je remercie donc dndf de le faire dans cet esprit : « Nous le relayons en raison de son importance dans le débat actuel sur le mouvement des gilets jaunes. »

cela a largement été rendu possible du fait que TC reconnaît lui-même son 'structuralisme' (ajouter 'prolétarien' n'a rien d'«infamant»), comme je l'ai relevé dans Althusser n'est pour rien dans le 'structuralisme prolétarien', de TC ou de quiconque, « TC est assez grand pour tenir debout sans Althusser » : un désaccord essentiel est reconnu et cerné, c'est mieux pour la suite

2) quelle suite ?

j'attends beaucoup de critiques en retour, et depuis longtemps, parce que théoriser tout seul dans son coin ne rend pas facile l'autocritique même. Pour autant, ce débat ne concerne pas que TC, ses environs, et moi. C'est dans tout le milieu théorique, et au-delà du milieu dit "radical", qu'il devrait être ouvert, avec un enjeu qui déborde l'actualité française

le chantier est immense au vu des problématiques abordées dans la perspective d'une sortie du capitalisme, et c'est une chance que le mouvement en cours ne soit pas celui des seuls "gilets jaunes", car s'il sort de lui-même, ce sera sans gilets, et c'est d'ailleurs ainsi que je (me) manifesterai demain à Paris, "en théoricien" et soucieux de confronter mes considérations à l'infinie richesse qu'il nous est offert d'avoir "sous les yeux", comme disait Marx. Car c'est une chance que ce mouvement, au sens élargi de toutes les luttes qu'il entraîne du pour au contre, porte toutes les contradictions du capital, avec le prolétariat en termes de classes, avec la question féminine ou sexuelle en terme de patriarcat, avec celle du racisme et de l'antiracisme, de l'écologie comme lutte pour le vivant. Il ne pouvait bien entendu en aller autrement, cette condensation de toutes ces contradictions était devenue nécessaire et le moment est donc historiquement important

3) une suite immédiate : populisme, peuple, et classe

un point particulier doit être considéré partie intégrante de ma critique de TC et contribution à la nécessité qu'il souligne de « redon­ner la défi­ni­tion du peuple et du populisme…». Depuis 15 ans à chaque fois que le populisme est en question, TC renvoie à son texte de 2003 M. Le Pen et la dis­pa­ri­tion de l’identité ouvrière, qui consacre certes un passage au populisme avec des remarques toujours pertinentes mais insuffisantes pour aborder ce que j'ai précisé hier sur la forme de la lutte dans 3. le populisme sans leader et la démocratie directe : malaise dans la représentation. Quelques éléments de réflexion cette fois sur le contenu :

- "peuple-classe"
il y a quelques années, je ferraillais dans le Club Médiapart avec Christian Delarue, populiste s'il en est avec son concept de peuple-classe dans lequel même la classe ne doit rien à Marx puisque Delarue, qui n'en connaît que la vulgate française et proudhonienne, ignore autant ce qu'est le capital. S'il jubile aujourd'hui avec Le peuple-classe en gilet jaune [qui] s'oppose à l'austérité !, c'est parce que son "concept" pose en deux mots, peuple et classe, une articulation dans l'air du temps

- peuple vs prolétariat
à l'opposé on voit traîner de plus en plus cette fausse citation de Marx : « Quand j’entends parler de peuple, je me demande ce qui se trame contre le prolétariat », elle-même déformée de celle en 'dixit' de DDT21 : « Chaque fois qu'à la place de prolétariat, je lis "peuple", je me demande quel mauvais coup on prépare contre le prolétariat.», Dauvé et ses amis ne sachant d'où elle sort, bien que 'dixit' « serve à introduire l’auteur d'une citation, celle-ci étant implicitement présentée comme exacte.» Elle ne peut l'être par son anachronisme, je l'ai montré dans "attention ça glisse, Marx's Fake" ouvrant le sujet "CLASSES POPULAIRES" ? Peuple et Prolétariat, populisme et nationalisme, etc.

ça glisse donc des deux côtés, celui des populistes de gauche et celui des marxistes "anti-peuple"

concernant ce que peut encore nous apporter Marx sur le sujet, à lire Isabelle Garo dans Le peuple chez Marx, entre prolétariat et nation, 16 juin 2016, dont j'écrivais le 4 novembre ici
Patlotch a écrit:"peuple" est donc effectivement lié chez Marx à l'État-nation, mais pas nécessairement de façon nationaliste, ou populiste, « à la place de prolétariat » comme prend soin de préciser la citation de DDT21. C'est d'ailleurs le cas du sens commun, certes avant le populisme, quand il parle de classes populaires en un sens assez proche de prolétariat voire de son internationalisme supposé, prolétariat que les marxistes eux-mêmes ont mis à toutes les sauces, à commencer par les mêmes que Marx, entre ouvriers producteurs de plus-value (classe ouvrière en soi) et "sans réserves" en devenir de classe sujet révolutionnaire
on le voit, Marx ne peut pas nous aider à redéfinir aujourd'hui un populisme qui n'existait pas à son époque, et le nationalisme du 19e siècle n'était pas non plus celui qu'implique ce populisme, d'une part après le colonialisme capitaliste, d'autre part dans « la restructuration mondiale du capital qui interdit la reproduction de la force de travail sur une aire nationale » (TC)

en résumé, du côté de l'histoire (et celle du marxisme comme programmatisme prolétarien) et du côté du présent (pas seulement en France), l'articulation peuple et classe est à revoir à nouveaux frais à la lumière des luttes dans leur contenu et dans leur forme (auto-organisation par défaut, démocratie directe, etc.), et particulièrement 'chez nous' de celles qu'ont déclenchées les Gilets Jaunes

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Lun 3 Déc - 23:36

mise à jour permanente

1. un effort de clarification : tableau d'ensemble du mouvement
2. pas de quartier : les "racisé.e.s" dans le mouvement des Gilets Jaunes
3. dynamique du mouvement des Gilets Jaunes, auto-organisation vs représentation
4. coup de gueule : l'intox des journalistes, on connaît, mais des théoriciens communistes en herbe, ça suffit !
5. violences dans le mouvement et violence policière d'État. Aperçu

5. violences dans le mouvement et violence policière d'État. Aperçu

Gilets jaunes : à Paris, une utilisation historique des armes du maintien de l’ordre
Ismaël Halissat Libération 3 décembre 2018
Grenades lacrymogènes, de désencerclement, GLI-F4… Les volumes tirés par les forces de l'ordre samedi dans la capitale ont été historiques.
Le 1er décembre 2018 rentrera sans aucun doute dans les mémoires du maintien de l’ordre. Tout d’abord parce que c’est un pan entier d’une fierté de la police française qui est en train de vaciller. Cette «gestion démocratique des foules» est vantée depuis des décennies comme l’un des savoir-faire des forces de l’ordre. D’autant plus à la préfecture de police de Paris, grande spécialiste en la matière, qui est traditionnellement au cœur des événements lors des mouvements sociaux.

Si l’organisation des unités de forces mobiles est particulièrement adaptée pour faire face à des violences au sein d’un cortège délimité, la police et la gendarmerie étaient à la peine pour contenir de plus petits groupes mobiles et épars. Au-delà de la prospective tactique qui naîtra forcément de cette journée au sein de la hiérarchie policière, c’est aussi le volume ahurissant de l’usage des armes qui est historique.

En une seule journée à Paris, la police a tiré des volumes parfois plus importants que sur toute une année en France. Selon les bilans consultés par Libération, pour les seules compagnies républicaines de sécurité (CRS) et les compagnies de sécurisation et d’intervention de la préfecture de police (CSI), ont été comptabilisés plus de 8 000 grenades lacrymogènes, 1 193 tirs au lanceur de balles en caoutchouc, 1 040 grenades de désencerclement et 339 grenades GLI-F4, munition composée notamment d’une charge explosive de 25 grammes de TNT.

Déjà sidérants, ces chiffres ne comprennent donc pas ceux des gendarmes mobiles, engagés également en nombre samedi, ou d’autres unités de commissariats appelés à la hâte. Sollicitée, la préfecture de police de Paris a refusé de communiquer un bilan global. Une attitude habituelle des différentes directions des forces de l’ordre. A ce titre, la gendarmerie n’applique aucune transparence concernant l’utilisation de ses armes.

Infirmités permanentes
Pour certaines munitions, ces volumes, même incomplets, sont largement supérieurs à ceux utilisés pendant toutes les manifestations, parfois violentes, contre la loi travail à Paris. Selon un tableau récapitulatif des CRS pour l’ensemble de ces mobilisations, récupéré par Libération, ce sont 418 grenades de désencerclement qui avaient été tirées. Soit un peu plus d’un tiers par rapport à samedi. Pour l’ensemble de l’année 2016, l’Inspection générale de la police nationale a recensé 866 utilisations de cette même grenade. En 2012, seuls 59 tirs étaient déclarés, selon le rapport administratif qui a suivi la mort de Rémi Fraisse, mort à la suite d’un tir de grenade OF-F1, également composée d’une charge de TNT et supprimée de l’arsenal depuis.

Ce même document pointait d’ailleurs les risques des autres armes toujours en dotation. Des rapports récents du défenseur des droits et d’organisations de défense des libertés publiques l’ont aussi souligné. Elles sont connues pour provoquer d’importantes blessures, voire parfois des infirmités permanentes, comme des énucléations, des fractures, voire des amputations de membres.

Plusieurs personnes auraient ainsi été blessées par des tirs de grenade GLI-F4, lors de la manifestation précédente du 24 novembre sur les Champs-Elysées. Un jeune homme avait notamment eu la main arrachée par le souffle. Depuis deux jours, plusieurs récits de manifestants visiblement blessés par ces munitions commencent à apparaître. Les hôpitaux parisiens ont annoncé que 162 personnes avaient été prises en charge. Lundi, 17 d’entre elles étaient encore hospitalisées.

Le Monde vidéo « Samedi soir, à Paris, Mehdi s'est fait violemment tabasser par 8 policiers en marge des manifestations des "gilets jaunes". Nous venons de le rencontrer à l'hôpital de la Pitié Salpétrière. »


Marseille : « mort d'une Algérienne de 80 ans, blessée par une grenade lacrymogène en marge des incidents »

Toulouse : « Un gilet jaune est dans le coma depuis ce samedi 1er décembre. Il aurait été blessé à la tête par un tir de flash-ball dans le secteur de la gare »

etc. etc.

Heurts à Paris: le préfet de police évoque des violences d'une gravité "sans précédent"
Au total, 412 personnes ont été interpellées, "un niveau jamais atteint dans les dernières décennies", a ajouté le préfet de police lors d'une conférence de presse, en déplorant une "violence extrême et inédite" contre les forces de l'ordre avec "des jets de marteaux", de "billes en acier" ou de "gros boulons". Au total "249 feux" ont été recensés par les pompiers, visant "112 véhicules, 130 mobiliers urbains" et "six bâtiments", a-t-il énuméré, précisant que "le recensement complet des dégâts est en cours". [...]

parmi elles se trouvaient "des groupuscules d'extrémistes d'ultra-droite et d'ultra-gauche". Mais il y avait aussi "un très grand nombre de manifestants portant un gilet jaune" et qui n'ont pas hésité par "désinhibition" ou un effet d'"entrainement", "à se livrer eux aussi à des violences injustifiables"

Il y avait aussi "des profils plus jeunes, des Franciliens" qui étaient "plus motivés par une délinquance d'appropriation" et sont "venus profiter des pillages"

résultat immédiat : Macron promet une prime exceptionnelle pour les forces de l'ordre. L'urgence est de s'assurer qu'ils continueront le boulot...

Castaner : « Face à ces nouvelles formes de violence, il faut des moyens différents dans le renseignement et dans le maintien de l’ordre public. / Je ne considère pas que l’état d’urgence renforcerait nos moyens d'intervention. / Nos doctrines ne sont plus adaptées aux violences dont on fait l’objet. / Nous allons travailler sur la mobilité des forces pour intervenir partout dans la capitale. »

La Commune est morte, Nicolas
on peut aussi parler de l'inévitable "lutte armée" dans une insurrection révolutionnaire, mais dans ce cas on ne vient pas se plaindre de la destination militaire des armes de la police française. Pour l'heure, elle en a fort peu usé comme ça (pour tuer), les manifestants qui en ont ne les ont pas sorties et aucune insurrection ne serait en capacité aujourd'hui en France de vaincre son armée si l'État y avait recours. Tout s'y résout encore dans le champ politique. Qui croit pouvoir un jour crier "guerre sociale ! guerre civile ! communisation !", qu'il carbure d'abord avec toute sa tête

interlude, un air de 68 : Stéphane Peu, PCF (Castaner devant la commission des lois de l'Assemblée nationale)
Si l'absence de réponse politique la hauteur devait se traduire par une jonction avec les quartiers et la jeunesse de notre pays, je crains que nous soyons en très grande difficulté pour maintenir l'ordre et la sécurité publique dans notre République

4.  coup de gueule : l'intox des journalistes, on connaît, mais des théoriciens communistes en herbe, ça suffit !

AC/Carbure.blog relaie ceci sur Facebook
"Gilets jaunes": et si "l'acte 4" se transformait en blocage total le 10 décembre ? BFM 03/12/2018 à 15h45, extraits
Sur Facebook, plusieurs appels sont lancés par les "gilets jaunes" pour manifester à nouveau samedi prochain. Mais entre les "gilets jaunes radicaux", les "historiques" et les "modérés", les discours varient.

De nombreux rendez-vous pour un "acte 4"

Mais aucun de ces événements n’a été lancé par des figures du mouvement, notamment ceux qu’on appelle les "gilets jaunes modérés" comme Jacqueline Mouraud ou Benjamin Cauchy, sensés rencontrer le premier Ministre cette semaine. Aucun d’entre eux n’appelle pour l’instant à manifester samedi prochain.

Lancement d'un "site officiel des gilets jaunes"

Mais dans le même temps dimanche soir, un site, qui se présente comme le "site officiel des gilets jaunes" a été lancé, à l’initiative de ceux qu’on peut appeler les "gilets jaunes historiques", tels que Priscillia Ludosky et Éric Drouet. Eux non plus n’appellent pas à manifester, mais se montrent très critiques vis-à-vis des prises de contact de certains "gilets jaunes" avec le gouvernement.

un, les "gilets jaunes libres" dits "modérés" (Cauchy, l'homme au mouvement citron, Jacline Mouraud...) populistes de droite, n'iront pas demain, sauf peut-être le vauclusois Chalençon, déjà épinglé pour appartenance à la droite identitaire et "islamophobie" (Le Figaro...). Pas évident que le premier ministre le reçoive...

deux, j'ai écouté il y a deux heures le camionneur (salarié) Éric Drouet en live discutant avec Fly Rider : il a clairement dit  « j'incite à tout bloquer samedi » et « moi le premier, j'y serai même en cas d'état d'urgence ». Rider a montré son casque à croix rouge et son masque à gaz. Priscilla Ludosky n'a rien dit, elle est aux Antilles sauf erreur, ou à l'étranger. Leur nouveau site n'est pas géré et son forum complètement trollé par les "Foulards rouges"

les appels à ce blocage Acte 4 ne sont au demeurant pas spécialement de droite ou de gauche, de précédents ont été lancés par des Gilets Jaunes, dont nombreux proches de Le Pen et Dupont Aignan. Ainsi, ce qui était "nauséabond" serait devenu "insurrection révolutionnaire"

allez à la source, et faites votre boulot en lisant jusqu'au Figaro en vous bouchant le nez, au lieu de déformer les positions, les propos, et la conjoncture... Je rappelle que cet AC/Carbure, ce fort en blocage, m'a bloqué sur son compte twitter dès son ouverture l'an dernier. Putain de milieu de "camarades" où le copinage sectaire passe avant la vérité des faits !

sur le fond, les blocages des raffineries j'y croirai quand elles viendront aussi des prolos de la raffinerie et sur autre chose que des revendications corpos. On n'arrête pas une raffinerie pour deux jours, ce qui suppose la grève et sa reconduction. On en est loin

rappel : réunion d'urgence à l'Élysée ce soir avec les ministres de l'Économie et des Finances, un désamorçage de la suite du mouvement serait déjà dans le tuyau gouvernemental, sinon un gel de la taxe sur les carburants des mesures fiscales d'allègement, en attendant le résultat de la concertation en cours de 3 mois. Plusieurs Gilets jaunes affirment : « Dans ce cas, on rentre chez nous ». Forcément, des jaunes... On comptera alors les divisions de "l'insurrection autonome"


3. dynamique du mouvement des Gilets Jaunes, auto-organisation vs représentation
à Saint-Lazare, pas de hasard !

j'ai rappelé en 1. que la dynamique propre demeure foncièrement revendicative, avec sa dimension politique d'adresse à l'État et ses velléités de le remplacer, après avoir "dégagé Macron" pour mettre à sa place un "gouvernement du peuple par le peuple", via plus de démocratie "directe" ou une "assemblée citoyenne"...

cette dynamique m'apparaît en quelque sorte comme inversée par rapport à celle que voyait RS/TC dans le mouvement contre le CPE en 2006, qu'il y ait eu "écarts" ou pas, ce qu'on peut discuter, par l'activité des débordements qui ont accompagné le mouvement et participé à la "victoire" sur l'objectif "retrait du projet Villepin !"

le fond populiste persistant ne permet pas de penser que cette dynamique revendicative le dépassera, quoi qu'en pensent les interventionnistes ultragauchistes, à l'esprit aussi récupérateurs que les partis politiques

Alain Corne est venu chez dndf justifier son texte 1er décembre 2018 : porter plus loin le désordre, mais enfin, il s'agit d'une "intervention", au sens de l'activisme immédiatiste. Où est passé AC aspirant théoricien de la communisation, et accessoirement partisan en attendant la fin, de l'auto-organisation ? Les Gilets Jaunes sont auto-inorganisés, mais lui a fini par choisir cette "alliance" qu'il semblait critiquer dans Gilets jaunes : questions pour ceux qui cherchent des alliances : quoi de plus organisé et prévisible que ce genre de manif ? à Saint-Lazare pas de hasard ! Quel opportunisme, pas très loin de celui du NPA...

AC : « Rien n’est écrit : il y a de la conjoncture, de la « défaisance », et aussi du n’importe quoi dans les luttes. » Il y a toujours de fait une "conjoncture", pas toujours des "écarts", ni donc une dynamique possible de dépassement, et moins encore ici une "défaisance", il y a surtout du n'importe quoi dans ce texte. À vrai dire, je ne pense pas comme Pepe@dndf qu'il s'agisse d'un excès d'« optimisme* », mais d'un aveuglement théorique. Il me semble que le pouvoir d'État est loin d'avoir utilisé toutes ses possibilités d'en sortir, avec** ou sans Macron cible d'une haine méritée, mais le "système capitaliste", non, désolé, rien de ce mouvement ne le remet consciemment en cause : il n'y a pas de révolution sans conscience.

* Le Prolétariat universel fait part du même "optimisme" de la transcroissance des luttes revendicatives à la révolution, quoiqu'avec des remarques plus pertinentes dans son fouillis : MACRON FAIT LE DOS ROND ET LES MANIFESTANTS TOURNENT EN ROND

** 18:53 : réunion à l'Élysée ce soir avec les ministres de l'Économie et des Finances, un désamorçage de la suite du mouvement serait déjà dans le tuyau gouvernemental, supposant a minima un gel de la taxe sur les carburants ou des mesures fiscales d'allègement en attendant le résultat de la concertation en cours de 3 mois

j'informe ma lectorate qu'il ne s'agit pas non plus de négliger les désaccords propres aux Gilets Jaunes, entre populisme de droite et de gauche, volonté de négocier ou pas, etc. qui se traduisent par les clivages actuels dans la représentation et la structuration de groupes concurrentiels. J'ai donné de quoi les suivre hier

2. pas de quartier : les "racisé.e.s" dans le mouvement des Gilets Jaunes

au pas de mon quartier, vers le bas la Cité des Larris près du RER Fontenay-sous-Bois, ou plus haut vers la tour de La Redoute, aucune voiture n'a brûlé comme en 2005 et parfois depuis. Depuis le début du mouvement, on peut traverser la ville sans voir un Gilet Jaune. Des "quartiers", il en est certes de plus chauds, tout près en Seine-Saint-Denis, en région parisienne et autour des villes françaises. Quartiers de "racisée.e.s" et de "petits blancs", quartiers dits "populaires et distingués aujourd'hui des "périphéries" (Guilluy & Cie)

si le Collectif Adama et par ailleurs le Collectif Rosa Parks sont aujourd'hui partie prenante (voir luttes antiracistes), c'est bien sûr parce que formés et entraînés sur la base de réalités sociales et racistes de ces quartiers, mais en tant que cherchant à les représenter, ce qu'ils ont fait non 'chez eux', mais à Paris rejoignant le premier le cortège de Saint-Lazare (Cheminots, Nuit debout, NPA...), ou le second celui de la CGT entre Nation à République

des "racisé.e.s" mais pas que, 'issus et venus des quartiers', ont trouvé opportun de participer... au pillage des magasins autour des affrontements de samedi. On a vu ça partout depuis Watts en 1965 (Debord jubilait parce qu'ils s'en prenaient "à la marchandise"), à la Nouvelle-Orléans, en Haïti, aux Antilles françaises, à l'occasion de manifestations en métropole depuis les années 1990, pendant la lutte contre le CPE en 2006... Ils étaient alors au moins aussi nombreux que les "Autonomes" et autres Black Blocs

plus proche des "émeutes de 2005", ici en lien avec les lycéens à Aubervilliers : Violents incidents et scènes de pillages lors d’une mobilisation de lycéens qu'Alain Corne relaie sans discernement sur facebook, « Aubervilliers n'y va pas par 4 chemins » : où mène-t-il, ce chemin ?

je n'ai pas fait le tour de telles actions dans le pays (qui n'est pas La Réunion) mais il faut vraiment avoir mis de côté toute sa science de "l'auto-organisation premier pas vers la communisation" pour généraliser, et faussement, ce à quoi on a fièrement participé sur place, comme ce lecteur de Carbure et dndf
F a écrit:dndf 03/12/2018 à 14:18 #2

Carbure : “la rencontre avec les « quartiers » lui a apporté ce qui lui manquait pour correspondre au « mouvement réel “. dndf : Où et quand y a t’il eut rencontre ??

Et bien à partir de 17h dans tout le secteur de la place de l’Etoile. Quiconque n’a pas vu la présence des “jeunes de banlieue” et leur contribution aux affrontements et aux pillages n’a pas dû voir grand chose…
assez affligeante, cette vision proche du point de vue médiatique de ceux qui ne mettent jamais les pieds dans les dits "quartiers" et sautent sur leurs représentants* quand ils viennent à Paris

* je ne veux pas dire qu'Assa Traoré, ayant perdu son frère Adama, ou Amal Bentounsi le sien de 7 ans en 2012, et fondatrice du Collectif Urgence-notre-police-assassine, ne sont pas représentatrices "des quartiers" où elles habitent. Fadela Amara l'était aussi, qui sombra de "Ni putes ni soumises" au gouvernement de Sarkozy, et passa de représentatrice à représentante reconnue et choyée


Amal Bentounsi, Marche de la Dignité, octobre 2015
photo Patlotch

à l'époque, en 2015, où je participais à des actions telle que la Marche de la dignité et tentais de théoriser l'articulation classe-"race", les mêmes n'étaient pas si empressés de leur faire la cour, ce à quoi j'ai d'autant moins songé que mes considérations ne les intéressaient pas. À l'époque, toute organisation autonome des "racisé.e.s" était vue par certains des mêmes comme "racialiste". Mais dès qu'"eux" viennent à "nous", aussitôt elles changeraient de nature : ils ont enfin trouvé leurs bons "négros"

qui a perdu la tête, ses repères et fondamentaux marxiens, de classe et tout le tremblement ? Pour quelle autonomie infoutue de luttes autonomes auto-organisées par eux, toujours à se coller à ce qui bouge pour exister, et qui plus est, dispenser leurs leçons de révolution remise à la semaine prochaine ?

il y a bien évidemment cent fois plus de "racisée.e.s" parmi les Gilets Jaunes, mais qui ne sont pas là en tant que tels, à commencer par l'initiatrice Priscilla Ludovsky (actuellement en Martinique), et qui viennent ou pas des "quartiers". Mais celleux-là (sic), bien sûr, en sus d'être noirs ou beurs, sont des jaunes !

pas de quartiers de la part de la police, c'est vrai, qui globalement dans ce mouvement a tapé sur tout le monde sans considérations de couleurs... de peaux


1. un effort de clarification : tableau d'ensemble du mouvement

j'ai consacré mon suivi d'hier à mettre un peu de clarté dans le brouillard des communiqués, tant du côté des manifestants à partir de leurs situations et/ou de leurs idées, que du message de l'État, qui « garde son cap ». Avec ce qui s'y greffe, le mouvement des Gilets Jaunes est dans tous les sens du terme et de toutes parts débordé sans être dépassé, mais est-il dépassable, et vers quoi ?

tableau simplifié du mouvement d'ensemble (je ne reviens pas sur la position réciproque de l'État) :

- demeure foncièrement une dynamique propre : le caractère revendicatif du mouvement, avec sa dimension politique d'adresse à l'État et ses velléités de le remplacer, après avoir "dégagé Macron" pour mettre à sa place un "gouvernement du peuple par le peuple", via plus de démocratie "directe" ou une "assemblée citoyenne" (voir le sondage du site "officiel" : « Pour ou contre un système plus démocratique (Assemblée citoyenne, Démocratie directe..) ? Pour / Contre »)

cela va du populisme, de droite ou de gauche, mais sans leader (difficulté ou opposition à une représentation) à la tentation de structuration en mouvement politique. Cela s'accompagne encore d'une forme d'auto-organisation par défaut, un véritable casse-tête pour tous, y compris l'État, d'une incontrôlabilité dans laquelle s'engouffrent tous les fantasmes politiques et insurrectionnalistes

- s'y sont greffés d'une part les "soutiens" politiques, à vrai dire des tentatives de récupérations populistes de droite (Le Pen...) et de gauche (Mélenchon, PCF...) exigeant la dissolution de l'Assemblée nationale et des élections législatives anticipées, et d'autre part l'embarras des centrales syndicales, sur la base de leurs agendas respectifs (CGT, CFDT, FO...)

- la participation au mouvement, aux blocages et manifestations de la gauche démocratique radicale, gauchistes institutionnels (NPA, LO...) dans des "alliances" avec des associations telles que le Comité Adama et tentant la jonction avec l'esprit des Nuits debout, Frédéric Lordon pour la "théorie", François Ruffin pour faire le lien avec l'issue politique ci-dessus

cette mouvance est naturellement traversée des contradictions déjà présentes depuis des années dans les conflits sociaux (contre la loi travail, SNCF...)

- inséparable de ce reste de démocratisme radical et citoyenniste dont il est l'accompagnement critique "en armes", l'activisme immédiatiste "révolutionnaire", son discours et ses pratiques d'action directe qui se mêlent dans la forme avec celles de l'ultradroite, des casseurs en tous genre et autres pillards d'opportunité, sans parler d'une légitime violence propre aux Gilets Jaunes sur leur base revendicative

c'est à cette aune qu'il convient d'apprécier le petit texte publié sur Carbure.blog 1er décembre 2018 : porter plus loin le désordre, dont l'auteur Alain Corne (pseudonyme) a participé samedi au défilé Cheminots-NPA-Adama... de Saint-Lazare et milite sur Facebook, un rien démagoque-pédagogue, pour un Acte 4 dans son prolongement, tout cela restant très parisien, surestimant cette particularité

je prévenais hier de l'enthousiasme excessif qui accompagne sur le moment le fait d'en être, et c'est en ces termes que dndf présente ce texte d'un "camarade si proche"
dndf a écrit:Nous ne pouvions pas ne pas relayer un article aussi “à chaud” sur l’événement et venant de camarades dont nous sommes si proches.

Nous tenons tout de même à signaler que nous avons, cette fois ci, quelques réserves (le mot est faible) quant à l’enthousiasme et au manque de distance par rapport à l’événement, ce qui est le propre d’un texte écrit au cœur du dit événement…

Le niveau violence n’a jamais suffit à qualifier le contenu d’un mouvement.

Nous sommes en attente des commentaires que les lecteurs feront de ce texte de Carbure mais, d’ores et déjà, nous avons “du mal” avec des phrases comme  celles qui suivent :


“le contenu révolutionnaire de la période actuelle a commencé à apparaître sous la croûte des discours et des idéologies”.
Quel contenu ?

“la rencontre avec les « quartiers » lui a apporté ce qui lui manquait pour correspondre au « mouvement réel “. Où et quand y a t’il eut rencontre ??

“Cet état de fait porte aussi bien la guerre civile comme limite que le dépassement révolutionnaire : franchir le pas qui mène de l’insurrection à la révolution, c’est marcher sur la lame d’une épée”.

“on pourra imaginer passer de l’émeute ou du soulèvement à la révolution.”

“Ce mouvement porte tout ce que peut être aujourd’hui une révolution communiste, ses limites, ses dangers, son caractère imprévisible”


Nous pouvons entendre l’enthousiasme et la prise de parti. Nous avons tout de même besoin  de distance et d’analyse plus à fond du mouvement en cours…. A suivre
alors que RS de Théorie Communiste faisait remarquer que ces derniers temps, il parlait peu de communisation ("au présent"...), le 'communisateur' Alain Corne (ex Cornebouc), en héritier de Léon de Mattis, n'hésite pas à foncer, tel un bélier, et à dépasser "en Parisien" plus qu'en théoricien, les limites de l'objectivité par son objectivisme/subjectivisme militant

le mur de l'État et du Capital, il ne suffit pas d'un bélier conceptuel et de quelques pavés pour le mettre à bas. La critique désarmée des armées n'est que l'envers des armes d'une critique gauchiste toujours déjà là dans l'ultragauchisme immédiatiste

je ne pense pas nécessaire de m'étendre davantage sur le poids quantitatif de cette mouvance radicale ni sur l'impact de ce papier précipité et plutôt décevant de la part de son auteur, relativement à ses questions pour ceux qui cherchent des alliances, auxquelles il apporte ici une réponse assez éloignée de la théorie de la communisation même, ceci quelles que soient mes divergences avec elle

pour terminer sur une vacherie à l'égard des agités du local national, il est somme toute logique que ceux qui pensent que


en viennent à avoir la même analyse qu'elle


PS 1 : il me faudra creuser mon analyse du mouvement d'ensemble du point de vue des contradictions dans le capitalisme vert et des luttes en son sein avec leur caractère de classe ou pas

PS 2 13h13 : pour info, l'analyse de Temps Critiques publiée par lundimatin#168 : Sur le mouvement des Gilets Jaunes, 3 décembre[/i]

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Mar 4 Déc - 22:41


Acte 3 bis

vu la tournure des événements, qui n'est pas traduite par les seuls Gilets Jaunes qui l'ont déclenchée, et ma conception du mouvement comme tout, j'ajoute "avec ou sans..." au titre du sujet

1. nouveau tournant dans le rapport réciproque entre mouvement et État du capitalisme vert
2. ne se tromper ni d'analyse ni d'enjeux : je maintiens mon cap théorique
3. un texte d'Alain Bihr et mes commentaires
4. vu, lu, entendu dans le mouvement, "Tout le monde ira samedi, il ne faut pas lâcher"

4. vu, lu, entendu dans le mouvement

21h30 info du soir, espoir ?
dans le registre "avec ou sans gilet", mais il s'agit essentiellement d'une revendication corporatiste
Transport routier : CGT et FO appellent à la grève à partir de dimanche soir
Les deux fédérations du secteur du transport routier appellent à un mouvement pour une durée indéterminée
Les fédérations CGT et FO du secteur du transport routier ont appelé à la grève à partir de dimanche soir 22 heures et pour une durée indéterminée afin de défendre le pouvoir d’achat, qualifiant de "miettes" les mesures annoncées mardi par le Premier ministre.

Les deux syndicats sont par ailleurs mécontents d’une récente décision du Conseil d’État qui a annulé les dispositions d’un décret de 2016 fixant des majorations de 25% et 50% aux heures supplémentaires des chauffeurs routiers et réclament "une réunion en urgence" au ministère des Transports, dans un communiqué commun.

"Ni le courrier reçu ce jour de Madame la ministre Elisabeth Borne, ni les explications du conseiller social du ministère, ne nous ont convaincu, bien au contraire!"
, écrivent les deux syndicats de concert dans leur communiqué.

"Nous sommes persuadés que depuis la décision du Conseil d’Etat le verrou des heures supplémentaires majorées a sauté pour le transport routier de marchandises", ajoutent-ils.

Le ministère des Transports a immédiatement réagi: "les deux organisations syndicales concernées prennent un mauvais prétexte pour lancer un appel à une grève qui n’a aucune raison d’être", affirme-t-il dans un communiqué, alors que le gouvernement est englué dans le conflit des gilets jaunes.

La CGT, qui avait relevé que cette "décision du Conseil d’État risque d’avoir des répercussions négatives sur (le) pouvoir d’achat" des routiers, avait appelé lundi à des journées d’actions à partir du 14 décembre. Elle a donc accéléré son calendrier.

La décision du Conseil d’Etat, ramenant à 10% les majorations des heures supplémentaires des routiers, leur ferait "perdre entre 300 et 1.200 euros par mois", avait déclaré lundi à l’AFP Patrice Clos, secrétaire général de FO Transports et Logistique.

Le ministère des Transports a lui affirmé à l’AFP que cette décision, datée du 28 novembre et annulant un décret du 17 novembre 2016, "n’aura aucune conséquence et ne change rien en pratique". "Elle était attendue pour des raisons juridiques et avait été parfaitement anticipée par le gouvernement", selon le ministère.

Depuis le 20 novembre, FO transports soutient le mouvement des Gilets jaunes.

Le secteur, qui regroupe les chauffeurs routiers, les ambulanciers, les transporteurs de fonds ou les déménageurs, compte quelque 700.000 salariés, selon FO.

La CFDT Route, premier syndicat du transport routier et de la logistique devant la CGT, avait elle décidé de ne pas appeler ses adhérents à rejoindre le mouvement, tout en exhortant le gouvernement à rétablir un "dialogue social normalisé".
 
vu entre 17h15 et 19h15
"Tout le monde ira samedi, il ne faut pas lâcher", assure le gilet jaune Eric Drouet, "La France en colère", invité de BFMTV ce soir. Il exige entre autres une augmentation du SMIC. Les réactions sur leur page facebook sont dans l'ensemble « moratoire enfumage, on continue », et quelques rares pour suspendre manifestations et blocages. Initiateur en octobre du mouvement proprement appelé des Gilets Jaunes, il est toujours là, assez porteur de la sensibilité majoritaire traversant les positions politiques et idéologiques : il ne semble donc pas comme le prétend AC/Carbure que « ce mouvement a échappé à ceux qui l’avaient initié ».

Des Sans-Gilets des Cévennes : « Ce mouvement polymorphe est en constante évolution [...] Au fur et à mesure qu'il mûrit, il est contraint d'être en accord avec la compréhension qu'il a de lui-même. Quant à affirmer que « le stade populiste des premiers jours est aujourd'hui en cours de dépassement », on peut là parler d'optimisme et c'est effectivement partant de la compréhension qu'il a de lui-même, ou par des AC/Carbure...

s'il est possible de discerner un relatif clivage de classe dans le mouvement, ce n'est pas entre initiateurs et nouveaux venus plus "prolétaires", mais au sein même des gilets jaunes et de leurs "porte-paroles", le côté "(petits-)patrons" pouvant lâcher cette semaine

Mélenchon n'en rate pas une :

@JLMelenchon
18h27 C'est un processus révolutionnaire qui est en cours...
18h29 Les gens sont dans une logique de survie. Ils ne demandent pas des mille et des cents. Ils veulent juste vivre normalement.

17h27
3. un texte d'Alain Bihr et mes commentaires

d'Alain Bihr, théoricien marxiste néo-trotz-libertaire. En partie dépassé par les événements vu la date, très "sociologiste" et rien en termes de classes pour lui qui se réclame pourtant d'une critique non vulgaire du capital comme économie politique, très "extrême-gauche" malgré les critiques, d'où la chute dont je donne le texte : démocratie assembléiste, décentralisée et sans représentants. Aucune critique du populisme sans leader, comme chez les anarchistes séduits par cette auto-organisation d'où qu'elle vienne
Les « gilets jaunes » : pourquoi et comment en être ?, Divergences, 1er décembre 2018
- Les caractéristiques sociologiques du mouvement
- Les caractéristiques politiques et idéologiques du mouvement
- Critique de l’attitude des organisations syndicales et politiques de gauche et d’extrême gauche
- Propositions pour pérenniser, étendre et renforcer le mouvement
Surtout ne pas intervenir en donneurs de leçons et, encore moins, en donnant l’impression de vouloir récupérer le mouvement au profit d’une organisation quelconque ou d’un programme politique défini. Défendre au contraire l’autonomie intégrale du mouvement par rapport à l’extérieur et la démocratie interne. Et se contenter de défendre, en son sein, un certain nombre de propositions parmi lesquelles je livre les suivantes à la discussion.

Quant aux formes d’organisation. Promouvoir la démocratie assembléiste dans les collectifs. Faire de chaque rassemblement un lieu de discussion et de délibération. Défendre l’autonomie des collectifs locaux tout en plaidant pour la plus large coordination possible entre les collectifs locaux sur une base territoriale définie par eux. Mandater strictement les délégués aux coordinations en question. Ne pas accepter l’institution de soi-disant représentants nationaux chargés de négocier avec le gouvernement. Mais chercher autant que possible à favoriser le rapprochement avec les organisations syndicales et politiques qui se seront déclarées favorables au mouvement et lui auront apporté leur soutien, sans tentative d’instrumentalisation, à commencer par celles (essentiellement syndicales) qui sont déjà engagées dans des actions revendicatives sur leur terrain propre.

Quant au contenu revendicatif. Proposer l’élaboration d’une plate-forme revendicative intégrant des revendications immédiates tout en défendant la nécessité de les élargir et de les approfondir. A titres d’exemples :

- Baisse immédiate du prix des carburants par l’intermédiaire de la TICPE, qui constitue actuellement la quatrième source de recettes fiscales de l’État (après la TVA, l’IRPP, et l’IS). Institution d’un prix administré de manière à éviter les dérapages à la pompe.
- Forte revalorisation des principaux revenus dont vivent les couches populaires mobilisées : porter le Smic et les pensions de retraite au niveau du salaire médian actuel (environ 1700€) ; revalorisation équivalente de l’ensemble des prestations sociales ; porter les minima sociaux au-delà de l’actuel seuil de pauvreté (par exemple à 1200€).
- Adoption et mise en œuvre urgente d’un plan de lutte contre la misère. Relogement de tous les SDF dans des logements vacants comme la loi l’y autorise.
- Instaurer un encadrement des loyers. Lancement d’un programme pluriannuel d’isolement de l’ensemble des logements, sociaux ou non, financés sur fonds publics, en commençant par ceux occupés par des ménages en état de précarité énergétique.
- Allègement de la fiscalité indirecte (par exemple élargissement du panier des biens et services soumis au taux de TVA réduit avec imposition d’un prix plafond – pour éviter que les commerçants n’empochent la différence). Allègement de la fiscalité directe pesant sur le travail (par exemple des taux de la CSG). Alourdissement de la fiscalité directe sur le capital, les hauts revenus et les grandes fortunes : rétablissement des tranches supérieures de l’IRPP ; augmentation du taux d’imposition des revenus de la propriété au titre de protection sociale ; forte taxation de la part des profits distribués sous forme de dividendes ; augmentation du taux de l’IS ; rétablissement de l’ISF. Suppression du CICE et de l’ensemble des niches fiscales.
- Adoption d’un moratoire sur la dette publique. Ouverture d’une procédure d’audit de cette dette pour en déterminer la part illégitime qui ne sera pas remboursée.
- Élaboration d’un cahier revendicatif contre la dégradation des services publics et, inversement, pour le renforcement de ces services, notamment en matière de transports (réouverture de lignes locales de chemin de fer fermées, gratuité des transports en commun), de santé (institution d’une période de présence obligatoire des jeunes médecins dans les déserts médicaux, réouverture des hôpitaux et services hospitaliers fermés, en les dotant de moyens supplémentaires) et d’éducation (aucune fermeture de classe dans le primaire, institution d’une distance minimale à parcourir par les élèves de l’enseignement secondaire et mise en place de ramassage scolaire systématique, des moyens supplémentaires pour les activités périscolaires).
- Abrogation de l’ensemble des mesures visant au démantèlement de la protection sociale : abrogation des mesures de déremboursement des médicaments ; plan d’urgence pour pouvoir les hôpitaux publics de moyens supplémentaires et abandon de toute subvention aux cliniques privées ; instauration d’un droit à la retraite pour tous après 30 ans d’activité sur la base de 75% du meilleur revenu brut d’activité plafonné à deux fois le SMIC.

Quant aux formes d’action. Sans abandonner les opérations de blocage ou de filtrage de la circulation automobile aux abords des villes (pour discuter avec les automobilistes, les inciter à rejoindre le mouvement, leur faire connaître les revendications), adopter des formes d’action adaptées aux revendications précédentes (par exemple blocage ou occupation de services publics pour appuyer les revendications des personnels de ces services et informer les publics des revendications à leur sujet ; investissement des mairies, des conseils départementaux et régionaux, des permanences des députés et sénateurs pour les contraindre à relayer les revendications précédentes). Mais, surtout, il me paraît nécessaire de privilégier les actions décentralisées mais coordonnées en province plutôt que des actions centralisées sur Paris : pour permettre au maximum de personnes d’y prendre part ; pour permettre aux collectifs locaux de rester maîtres de leurs décisions et de leur calendrier ; pour paralyser progressivement le pays ; pour épuiser le gouvernement et ses soi-disant « forces de l’ordre » en les obligeant à multiplier leurs points d’intervention et leur déplacement.

Par delà les propositions précédentes, qui peuvent et doivent être débattues collectivement au sein du mouvement, c’est surtout la nécessité et l’urgence d’intervenir au sein de celui-ci pour lui permettre d’aller le plus loin possible qui ne devrait plus faire débat au sein des organisations syndicales et politiques anticapitalistes. Et, quelle que soit son issue, ce mouvement aura révélé l’existence d’un immense champ de couches populaires qui doit constituer une véritable terre de mission [sic] pour ces organisations dans les années à venir. Sans quoi il ne faudra pas s’étonner et se plaindre de voir ces couches populaires céder encore un peu plus aux sirènes de l’extrême droite qui sauront, pour leur part, y attiser le ressentiment, y semer la xénophobie et racisme et y favoriser le repli identitaire.

16h32
2. ne se tromper ni d'analyse ni d'enjeux : je maintiens mon cap théorique

annonce confirmée, pas besoin d'être un voyant. Ce mouvement est le premier à embarquer tous les problèmes du moment actuel, dans une partie de billard à trois bandes sur le terrain du capitalisme vert (y compris celui-ci contre les tenants des énergies fossiles : Trump, Bolsonaro...) :

- la contradiction sociale-économique du capital sur le terrain revendicatif et politique
- l'impossibilité d'une "transition énergétique" résolvant la contradiction capital-humanité/vivant
- le devenir de luttes promouvant la "démocratie directe" dans un mélange d'auto-organisation et de populisme sans leader (on y retrouve les caractères du démocratisme radical et du citoyennisme, avec sa marge critique "ultragauche", Black Blocs, action directe...)

c'est dans ce tableau d'ensemble que l'on peut apprécier les réactions de toutes parts, jusqu'aux désaccords internes au milieu radical tenant de la révolution prolétarienne et de la communisation, dont AC/Carbure donne une variante proche de l'extrême-gauche gauchiste :
dndf 04/12/2018 à 11:18 #8

AC : - On est sortis d’un mouvement sur le « harcèlement fiscal ».
Patlotch : - c'est aussi ce que tente de faire le gouvernement dans une réciprocité remarquable attisant les clivages, la modération pour l'encourager et la "radicalisation" pour mieux l'isoler et la combattre

AC : - Ce qui s’est passé samedi [...] des racisés et des prolétaires blancs se sont trouvés côté à côte pour « tout casser », résume une situation anomique, une situation de débordement produite et désirée par ce mouvement tel qu’il est devenu, et qui abolit au moins momentanément les barrières entre les sujets.
P : - c'est résumé à ce qu'AC a vu à Saint-Lazare, alliances d'organisations qu'il confond avec les sujets "prolétariat blanc" et "racisé.e.s" : une petite enquête sur la composition sociale de cette manif serait instructive

AC : - Le 1er décembre, ce mouvement a échappé à ceux qui l’avaient initié, et ceux qui devaient en être de simples figurants sont arrivés sur le devant de la scène.
P : - ni les initiateurs ni ceux qui les suivent ne sont massivement débordés, leurs revendications ont évolué d'elles-mêmes aussi et les "figurants" en sont complètement dépendants, renvoyés à ce qu'ils ont toujours fait, se raccrocher à ce qui bouge et se présenter comme autonomes, en tête... dans les manifestations syndicales (exemples, contre la loi travail, SNCF...)

AC : - Si je dis que le mouvement dans cette phase traduit le « mouvement réel », c’est que tel qu’il existe désormais il porte les contradictions de la classe qui l’anime, et se trouve dans cette situation où explose l’impossibilité de toute amélioration de nos existences dans le capital, et la prise de conscience du caractère insupportable de cette situation. Cette impossibilité [...] c’est cela que nous avons toujours qualifié de situation révolutionnaire, et je crois que quelque chose de cet ordre s’est manifesté le 1er décembre. Ce constat n’est en rien une prédiction.
P : - AC "constate" ce qu'il veut voir depuis son dogme prolétarien, mais il devrait relire ses classiques communisateurs, où la situation révolutionnaire réside dans une conjoncture où la dynamique de classe dépasserait les limites et remettrait en cause l'existence du prolétariat comme être du capital, conduisant à son auto-abolition et celle des classes. Je ne l'ai pas vu se manifester le 1er décembre. Bizarrement AC relaie sur Facebook la "situation confuse au dépôt pétrolier du port de Sète" : « #Segmentation La classe ouvrière défend son outil de travail », le contraire d'un "écart"
le "nous" qu'il utilise « que ce que nous sommes socialement, et qui nous définit entièrement, est précisément ce qui nous empêche d’exister... » est celui en vigueur dans le milieu qui se prend pour le prolétariat, ou plutôt pour son avant-garde. Un point de vue typique de classe moyenne et pas loin de "l'ouvrier conceptuel" qu'assassine Théorie Communiste dans TC26. Fais gaffe, Alain Corne, RS va t'habiller pour l'hiver... en jaune ?

à rappeler, la faiblesse en nombre de la mobilisation, qu'accroîtront encore les divers clivages. Pour l'heure la mobilisation lycéenne porte sur 100 à 150 lycées, sur environ 2600 publics (1 012 lycées professionnels et 1 567 lycées d'enseignement général). Tout se compliquera bien sûr par les réformes de 2019 : prélèvement à la source, retraites... et le contexte électoral qui laisse présager une très forte abstention de la part de ceux qui ont manifesté le besoin de "démocratie directe"

commencent à circuler des analyses intéressantes, j'en ferai une sélection pour la commenter. Quand ça bouge socialement, ça carbure un max, tout le monde remue ses méninges, même lundimatin, et moi aussi  

cheers

1h38
1. nouveau tournant dans le rapport réciproque entre mouvement et État du capitalisme vert

aujourd'hui, ou demain, s'annonce un nouveau tournant dans le mouvement : Macron et son gouvernement vont faire « un geste fort d'ouverture pour atténuer les tensions durant les 3 mois de concertation » a dit en substance le ministre de la Culture au sortir de son entrevue avec le Président au titre de son parti Agir

c'est dit sans ironie car s'il gèle la hausse annoncée des taxes sur les carburants et prend des mesures fiscales répondant aux couches moyennes en gilets, plusieurs l'on dit : « dans ce cas on rentre chez nous »

le mouvement ne s'éteindra pas pour autant, mais sa dynamique revendicative en prendra un coup. Le relais sera-t-il pris sur le pouvoir d'achat et les salaires (CGT 14 décembre) ou d'ici là sur une base élargie (samedi 8 décembre, blocages, Acte 4) ? Que deviendra le soutien (par sondages) de 3 Français.e.s sur 4 si le mouvement se durcit ?

Castaner l'a dit hier soir en le regrettant, impossible de négocier avec des représentants reconnus d'un mouvement aussi disparate quand ceux qui s'y risquent se coupent de la base, démontrant ainsi que la puissance des Gilets Jaunes jusqu'ici tenait à l'auto-organisation, même par défaut de structuration et de représentation

qu'en sera-t-il de ce côté ? Un texte circule (je l'ai trouvé chez Indymédia Bruxelles) que même Claude Guillon publie, grande première pour l'écrivain-anarchiste qui n'avait pas moufté jusqu'ici. Et pour cause, on aurait là une variante des "Conseils ouvriers", enfin, en version "peuple à la place de prolétariat". Voici ce texte, qui va faire causer plus et mieux que L'appel de Saint-Nazaire promouvant la jonction avec la CGT le 23 novembre. Comme quoi les choses ont bougé depuis, le 1er décembre est passé par là comme les rencontres avortées avant et après avec le Premier Ministre

APPEL DES GILETS JAUNES DE COMMERCY À DES ASSEMBLÉES POPULAIRES PARTOUT
REFUSONS LA RÉCUPÉRATION !
VIVE LA DÉMOCRATIE DIRECTE !
PAS BESOIN DE «REPRÉSENTANTS» RÉGIONAUX !

Depuis près de deux semaines le mouvement des gilets jaunes a mis des centaines de milliers de personnes dans les rues partout en France, souvent pour la première fois. Le prix du carburant a été la goutte de gasoil qui a mis le feu à la plaine. La souffrance, le ras-le-bol, et l’injustice n’ont jamais été aussi répandus. Maintenant, partout dans le pays, des centaines de groupes locaux s’organisent entre eux, avec des manières de faire différentes à chaque fois.

Ici à Commercy, en Meuse, nous fonctionnons depuis le début avec des assemblées populaires quotidiennes, où chaque personne participe à égalité. Nous avons organisé des blocages de la ville, des stations services, et des barrages filtrants. Dans la foulée nous avons construit une cabane sur la place centrale. Nous nous y retrouvons tous les jours pour nous organiser, décider des prochaines actions, dialoguer avec les gens, et accueillir celles et ceux qui rejoignent le mouvement. Nous organisons aussi des «soupes solidaires» pour vivre des beaux moments ensemble et apprendre à nous connaître. En toute égalité.



Mais voilà que le gouvernement, et certaines franges du mouvement, nous proposent de nommer des représentants par région ! C’est à dire quelques personnes qui deviendraient les seuls «interlocuteurs» des pouvoirs publics et résumeraient notre diversité.

Mais nous ne voulons pas de «représentants» qui finiraient forcément par parler à notre place !

À quoi bon ? À Commercy une délégation ponctuelle a rencontré le sous-préfet, dans les grandes villes d’autres ont rencontré directement le Préfet : ceux ci-font DÉJÀ remonter notre colère et nos revendications. Ils savent DÉJÀ qu’on est déterminés à en finir avec ce président haï, ce gouvernement détestable, et le système pourri qu’ils incarnent !

Et c’est bien ça qui fait peur au gouvernement ! Car il sait que si il commence à céder sur les taxes et sur les carburants, il devra aussi reculer sur les retraites, les chômeurs, le statut des fonctionnaires, et tout le reste ! Il sait aussi TRÈS BIEN qu’il risque d’intensifier UN MOUVEMENT GÉNÉRALISÉ CONTRE LE SYSTÈME !

Ce n’est pas pour mieux comprendre notre colère et nos revendications que le gouvernement veut des «représentants» : c’est pour nous encadrer et nous enterrer ! Comme avec les directions syndicales, il cherche des intermédiaires, des gens avec qui il pourrait négocier. Sur qui il pourra mettre la pression pour apaiser l’éruption. Des gens qu’il pourra ensuite récupérer et pousser à diviser le mouvement pour l’enterrer.

Mais c’est sans compter sur la force et l’intelligence de notre mouvement. C’est sans compter qu’on est bien en train de réfléchir, de s’organiser, de faire évoluer nos actions qui leur foutent tellement la trouille et d’amplifier le mouvement !

Et puis surtout, c’est sans compter qu’il y a une chose très importante, que partout le mouvement des gilets jaunes réclame sous diverses formes, bien au-delà du pouvoir d’achat ! Cette chose, c’est le pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple. C’est un système nouveau où «ceux qui ne sont rien» comme ils disent avec mépris, reprennent le pouvoir sur tous ceux qui se gavent, sur les dirigeants et sur les puissances de l’argent. C’est l’égalité. C’est la justice. C’est la liberté. Voilà ce que nous voulons ! Et ça part de la base !

Si on nomme des «représentants» et des «porte-paroles», ça finira par nous rendre passifs. Pire : on aura vite fait de reproduire le système et fonctionner de haut en bas comme les crapules qui nous dirigent. Ces soi-disant «représentants du peuple» qui s’en mettent plein des poches, qui font des lois qui nous pourrissent la vie et qui servent les intérêts des ultra- riches !

Ne mettons pas le doigt dans l’engrenage de la représentation et de la récupération. Ce n’est pas le moment de confier notre parole à une petite poignée, même s’ils semblent honnêtes. Qu’ils nous écoutent tous ou qu’ils n’écoutent personne !

Depuis Commercy, nous appelons donc à créer partout en France des comités populaires, qui fonctionnent en assemblées générales régulières. Des endroits où la parole se libère, où on ose s’exprimer, s’entraîner, s’entraider. Si délégués il doit y avoir, c’est au niveau de chaque comité populaire local de gilets jaunes, au plus près de la parole du peuple. Avec des mandats impératifs, révocables, et tournants. Avec de la transparence. Avec de la confiance.

Nous appelons aussi à ce que les centaines de groupes de gilets jaunes se dotent d’une cabane comme à Commercy, ou d’une «maison du peuple» comme à Saint-Nazaire, bref, d’un lieu de ralliement et d’organisation! Et qu’ils se coordonnent entre eux, au niveau local et départemental, en toute égalité !

C’est comme ça qu’on va gagner, parce que ça, là haut, ils n’ont pas l’habitude de le gérer ! Et ça leur fait très peur.

Nous ne nous laisserons pas diriger. Nous ne nous laisserons pas diviser et récupérer.

Non aux représentants et aux porte-paroles autoproclamés ! Reprenons le pouvoir sur nos vies ! Vive les gilets jaunes dans leur diversité !

VIVE LE POUVOIR AU PEUPLE, PAR LE PEUPLE, POUR LE PEUPLE !

Si vous vous retrouvez dans les bases de cet appel chez vous, dans votre groupe local de gilets jaunes, ou autre, contactez-nous sur

giletsjaunescommercy@gmail.com

et coordonnons-nous sur la base d’assemblées populaires et égalitaires !

c'est une pierre dans le jardin virtuel des Gilets Jaunes (historiques) de La France en colère ! (Drouet, Ludovsky, Rider), qui tentaient d'organiser cette structuration régionale pour un groupe de 13 porte-paroles nationaux, ne souhaitant pas négocier avant sa constitution

on a donc là un mixte de populisme sans leader et d'auto-organisation délibérée héritant de l'expérience acquise en la matière depuis 1968, passant par 1995, CPE, etc.

le contenu est à la fois revendicatif et politique, bien que succinct et non dépourvu de naïveté
une chose très importante, que partout le mouvement des gilets jaunes réclame sous diverses formes, bien au-delà du pouvoir d’achat ! Cette chose, c’est le pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple. C’est un système nouveau où «ceux qui ne sont rien» comme ils disent avec mépris, reprennent le pouvoir sur tous ceux qui se gavent, sur les dirigeants et sur les puissances de l’argent. C’est l’égalité. C’est la justice. C’est la liberté. Voilà ce que nous voulons ! Et ça part de la base !
on n'est pas loin de la trilogie de 1989 Liberté, Égalité, Fraternité
La liberté et l'égalité sont posées comme principe dans l'article 1er de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, texte qui fait partie du préambule de la Constitution de la Cinquième République française : « Article Premier. - Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits », puis dans l'article 2e de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793 qui en propose deux autres « Article 2. - Ces droits sont l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété. ». La fraternité arrive le 14 juillet 1790 sur les drapeaux des fédérés lors de la fête de la Fédération au Champ-de-Mars

en historien de la Révolution française, Claude Guillon sait tout ça, et en anarchiste, la différence avec les "conseils ouvriers". Mais il n'en a rien dit. La question sociale a toujours été le cadet de ses soucis

la chanson est de 1792



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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Mer 5 Déc - 23:56

mise à jour permanente, sommaire du sujet dans le premier post

demain, j'ai lycées

cheers

1. réflexions sur le rôle de la violence dans ce mouvement : contribution à son caractère revendicatif
2. au fil des heures, en vrac : recul et manœuvre du pouvoir contre la manif de samedi. Extension de la mobilisation

2. au fil des heures, en vrac : recul et manœuvre du pouvoir contre la manif de samedi. Extension de la mobilisation


23h56
les centrales syndicales se concertent demain, les organisations patronales aussi
« Dépassés par les événements et guère audibles, les numéros un des grands syndicats nationaux - CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU et Solidaires - ont décidé de se réunir ce jeudi matin, au siège de la CFDT, pour jouer la carte de l'unité. Une initiative lancée par Laurent Berger et Philippe Martinez, les patrons de la CFDT et de la CGT.
Prévue de longue date, une réunion entre les numéros un des organisations patronales - U2P, CPME, FNSEA, UDES, Medef - doit également se tenir ce jeudi matin, au siège du Medef. »
Le Figaro 19:29
- la ministre des Transports reçoit demain les organisations syndicales du secteur
- le ticket chic
Le syndicat Sud Rail appelle à laisser les gilets jaunes voyager gratuitement ce samedi France.Info 18:23
« Les gilets jaunes reçoivent le soutien du 3e syndicat ferroviaire. Le syndicat de cheminots appelle aussi à manifester avec les gilets jaunes samedi 8 décembre partout en France, et dépose un préavis de grève reconductible »

21h48
La Confédération paysanne appelle à rejoindre les Gilets jaunes (communiqué) Ouest France 20:41

21h34
le gentil Macron annule le moratoire du méchant Philippe et la hausse de la taxe/carburants
Emmanuel Macron affirme que la hausse des taxes sur le carburant prévue au 1er janvier est "annulée" et exclut un rétablissement de l’ISF France.Info 19:45
l'Élysée précise que « l'augmentation n'est pas "suspendue, ni différée", mais bien "annulée". »

19h06
Tolbiac revient, les trostzko-gauchistes à la manœuvre. Parmi les revendications de l'Assemblée Genérale de Tolbiac
du mercredi 5 décembre (450 présents sur 12 000 inscrits, source Commune Libre De Tolbiac @TolbiacLibre) : « - mettre en place un cortège étudiants samedi 8/12 à 10h à Saint-Lazare avec les cheminots et le Comité Adama. »
c'est super auto-organisé, Besancenot vous le dira, et le 'communisateur' AC/Carbure, depuis ce cortège parisien sans tête, y verra la preuve d'une prolétarisation révolutionnaire du mouvement. Patlotch il déforme tout, il exagère toujours, Corne Alain nous l'a pourtant espiqué ici :
AC a écrit:Ce mouvement, parce qu’il est lutte des classes, porte tout ce que peut être aujourd’hui une révolution communiste, ses limites, ses dangers, son caractère imprévisible : mais pour en arriver là, il faudra sans doute que brûlent encore beaucoup de ces choses qui se dressent entre nous, que ce soient des voitures ou des rapports sociaux.
[...]
Ce mouvement, qui au départ est celui d’une petite classe moyenne craignant le déclassement, qui mettait en avant les situations les plus difficiles pour améliorer la sienne propre, s’est trouvé pris à son propre jeu, et a réussi à rassembler les franges les moins stables du prolétariat. Il s’agit de composantes prolétaires issues de la restructuration et de la crise, et qui existent hors des syndicats et des instances de représentation traditionnelles. [comme le NPA...] [...] Le 1er décembre, ce mouvement a échappé à ceux qui l’avaient initié, et ceux qui devaient en être de simples figurants sont arrivés sur le devant de la scène. Si je dis que le mouvement dans cette phase traduit le « mouvement réel », c’est que tel qu’il existe désormais il porte les contradictions de la classe qui l’anime [...] c’est cela que nous avons toujours qualifié de situation révolutionnaire »
18h49
Et si la crise des "gilets jaunes" était la première crise climatique en France ?
« A l'origine du mouvement, la crise des prix des carburants rappelle que la raréfaction des ressources naturelles risque de provoquer des bouleversements "périlleux", dans notre pays comme dans le monde entier, souligne l'économiste Olivier Damette [...] »
c'est un des premiers articles où je vois l'«inédit» posé comme ça. Et si je l'avais dit autrement et mieux ? car c'est évidemment dans le cadre du capitalisme vert pour la "transition énergétique" qu'il faut re-situer les affrontements de classes, dans la perspective d'abolir le capital pour émanciper l'humanité de sa domination sur le vivant conduisant à leur destruction commune

17h28
d'un syndicat de policiers émanant de la CGT...
Le syndicat de police Vigi dépose un préavis de grève à partir de samedi BFM 05/12/2018
"Notre hiérarchie va encore nous envoyer prendre les coups [et en donner aussi] à sa place et à la place du gouvernement", déplore le syndicat.


"Nous savons que nous aurons des blessés et nous craignons d’avoir des morts parmi nous", poursuivent les responsables, critiquant la "prime" exceptionnelle promise par Emmanuel Macron pour les forces de l'ordre mobilisées, "d’un montant inférieur du coût des heures sup' sur la journée du 1er décembre". Revendication partagée par d'autres représentations syndicales.

Le préavis de grève ne concerne pas l'ensemble des fonctionnaires de police mais les personnels administratifs, techniques, scientifiques et ouvriers d'Etat du ministère de l'Intérieur. "Sans les adjoints techniques et ouvriers cuisiniers, les compagnies de CRS peuvent être immobilisées. Sans les adjoints administratifs, des services peuvent fermés. Sans les ouvriers d’état l’entretien de bâtiments et de véhicules ne pourront plus être fait."
17h14
quelle flippe, ce Philippe ! quel bouffon, ce Lordon !
si elle n'avait que le discours d'Édouard Philippe à l'Assemblée et celui de Frédéric Lordon dans le Monde diplomatique, la France s'ennuierait. Aussi soporifiques l'un que l'autre, et je ne jugerais pas du plus morgueux ou morgueilleux quant au style. Le premier veut, dit-il, « renforcer notre État providence », et le second voit ce pouvoir au bord de « tomber ». Laisse béton, camarade, chaud devant !
« Ce messager lui proposait rien moins qu’une troupe d’honnêtes garçons, tout dévoués aux idées de liberté, et prêts à verser leur sang, pour aider les braves paysans à secouer le joug des aristocrates morgueux. » Martine Maury, Mathilde ou Les Écirs de la passion, éditions Créer, 2005
15h04
plus jaune que jaune, on est "libre"
"Il est inutile de retourner à Paris" samedi, selon Cédric Guémy, membre des "gilets jaunes libres" France.Info 5 décembre

14h12
j'ai trouvé instructif et amusant ce petit test publié hier dans Le Monde : Sur un axe de Mélenchon à Le Pen, où se situent les revendications des « gilets jaunes » ? : « Nous avons comparé point par point les principales revendications émises par des représentants ou des groupes de « gilets jaunes » aux propositions des principaux candidats à la présidentielle de 2017. [...] En replaçant les quarante-neuf propositions sur un axe allant de la gauche radicale à l’extrême droite, on visualise nettement cette alliance des radicalités. » À la fin, le résultat vous présente les candidats des plus proches aux plus éloignés de vos choix... cornéliens. Mais n'oubliez pas de ne pas voter !

13h39
la contribution du patronat au recul du gouvernement
« Gilets jaunes » : le patronat satisfait de la réponse de l'exécutif Les Échos 04/12/2018
Les organisations patronales, pressées de voir l'activité économique reprendre son cours normal, ont accueilli favorablement le moratoire sur les taxes annoncé ce mardi par Edouard Philippe.

C'est un double soulagement pour les organisations patronales. La suspension de la hausse de la fiscalité applicable aux prix des carburants et de l'énergie devrait d'une part permettre aux entreprises de reprendre  leur activité parfois perturbée par les blocages routiers, si les « gilets jaunes » rentrent chez eux. Et, d'autre part, elle devrait satisfaire une bonne partie des chefs d'entreprise eux-mêmes impactés par la hausse des... [la suite est taxée]
12h52
Gilets jaunes : les syndicats, sauf la CGT, saluent un premier pas mais demandent des négociations salariales SudOuest.fr avec AFP 04/12/2018

Trois figures du "vieux monde"
, en phase...

Les syndicats ont majoritairement plutôt bien accueilli les annonces du premier Ministre.
Jacques Demarthon


12h30
cela faisait partie de mes questions, étant donné que le mouvement tient avec une popularité "face à Macron" égale à son rejet. C'était un des buts du gouvernement que faire baisser ce "soutien" avec opu sans participation
Sondage : un report de la hausse du carburant justifierait l’arrêt des Gilets jaunes pour 70% des Français Sud Ouest 04/12/2018 à 20h04
Le sentiment qu’une telle mesure justifierait l’arrêt des manifestations est le plus prégnant chez les retraités (82%), les classes aisées (79%) et moyennes supérieures (77%) et chez les personnes proches des Républicains (82%), du Parti socialiste (81%) et de La République en Marche (80%). Les moins convaincus sont en revanche les proches du Rassemblement national (62%) et le La France insoumise (63%), ainsi que les personnes se définissant comme faisant partie des "classes moyennes modestes" (65%).

C’est cependant la mesure de "revalorisation des retraites", qui selon les personnes interrogées, serait la plus adaptée (82%) pour que les "gilets jaunes" arrêtent les manifestations, devant la "revalorisation du Smic" (77%) et le rétablissement de l’ISF (71%).

Selon ce sondage, 71% des Français approuvent le mouvement des Gilets jaunes, soit 6 points de plus qu’un précédent sondage début novembre. Pour 75% des Français, la politique économique menée actuellement est "mauvaise" (+8 pts) et 81% se disent pessimistes quant à l’évolution de leur pouvoir d’achat d’ici 2022 (+7 pts).
en résumé, "71% des Français approuvent le mouvement des Gilets jaunes" mais "un report de la hausse du carburant justifierait l’arrêt des Gilets jaunes pour 70%". Cette contradiction s'explique du fait que le sondage a été réalisé "lundi et mardi", soit à cheval sur l'annonce des mesures

11h15
Alain Corne/Carbure sur sa page Facebook, a vu deux camps et « deux côtés de la barricade », en oubliant que l'autre côté, c'est d'abord l'État et le capital, et que sans ces gilets jaunes là, il n'y aurait pas de mouvement, et que ces mouches du coche pourraient se barricader dans leur lit, ça ferait autant d'effet que des mouches : bzz bzz
Un syndicaliste, bien soulagé qu'au fond tout ça ne soit pas "insurrectionnel", pour l'alliance de classe raisonnable et le retour à l'ordre à n'importe quel prix. Lire les revendications qui le satisfont suffisent à savoir de quel côté de la barricade il se trouve, lui, les syndicats et toute revendication : celui du "mouvement social", des trois-francs-six-sous pour les gueux (les revendications parlent de "hausse du SMIC" sans aucune précision de montant), de la soumission des prolétaires à la bourgeoisie.

"J’avoue, j’ai un peu tiqué quand j’ai lu l’expression « charges des PME », parce que j’imagine qu’il est question de cotisations et qu’en l’état elles sont indispensables à la protection sociale (retraites, santé, allocations chômages) : c’est d’ailleurs pour ça que Macron veut taper dedans. J’ai aussi tiqué sur les mutuelles, parce que je préfèrerais une Sécurité sociale assurant des soins gratuits pour toutes et tous plutôt que la multiplication de mutuelles de merde. Mais globalement, j’ai été agréablement surpris par ce qui émergeait : des revendications sociales fortes, accompagnées d’une préoccupation écologique affirmée.
(...)
C’est pas forcément révolutionnaire, mais j’ai déjà participé à des mouvements sociaux pour moins que ça. Ça n’a pas forcément le caractère insurrectionnel que certains camarades de circonstances souhaiteraient y voir, mais c’est un élan rejoignable sur des bases de classe. On est bien face à des doléances qui ont à voir avec la vie chère, plutôt qu’à une mobilisation aux relents poujadistes."


Témoignage d’un syndicaliste d’abord sceptique.
j'ajoute que la lutte revendicative, particulièrement sur le salaire, est partie intégrante de la lutte de classes, réformiste et non révolutionnaire certes, mais Alain Corne a vu ce mouvement globalement revendicatif ouvrir la porte d'un dépassement. Plus dure sera la déception, alors lui et ses semblables viendront théoriser les "raisons de l'échec" de ce qui n'a été entrepris que dans leurs têtes. Ils feront mieux la prochaine fois ?

11h02
Priscillia Ludovsky est bien gentille mais complètement dépassée par la situation. Hier à 23h : Mon analyse.. Ma vision des choses... Sa vision est entièrement limitée, dans ce communiqué, à la question de la légitimité ou non des porte-paroles médiatisés et main tendue à toutes les tendances, hormis celle qui ne veut plus que "la démocratie directe" sans aucune représentation. Son collègue Éric Drouet, plus clair, appelle à la poursuite et au blocage samedi, pour l'augmentation du smic..., mais leur site site officiel de "La France en colère !" n'en parle pas... Quant aux 'live" de Drouet depuis son camion et à ceux de Fly Rider, ils sont "sympas" et preuve de leur sincérité autant que de leur immaturité, mais comme tout le monde, ils apprennent en marchant, c'est intéressant

10h44
Griveaux ce que ça vaut : « si on ne trouve pas de solution, on renoncera" à la hausse des taxes ». Il n'exclut pas un retour à l'ISF. Devant l'insuffisance de son premier recul, le pouvoir laisse entendre qu'il peut encore reculer. Voir Sun Tzu, Les 275 commandements « 42. Se dérober à un ennemi qui nous surclasse sur tous les plans. 46. Savoir quand il faut combattre et quand il faut s’en abstenir. 58. Chercher à vaincre sans péril. » etc. au choix

1. réflexions sur le rôle de la violence dans ce mouvement : contribution à son caractère revendicatif

je ne me lancerai pas dans un grand laïus sur le rôle de la violence dans l'histoire en général ni sur son caractère révolutionnaire ou non, sa légitimité d'un côté ou de l'autre en fonction de ses cibles et motivations. Je m'en tiendrai à son rôle et à son résultat, sa contribution à l'évolution de la situation dans ce mouvement dont la dynamique est restée revendicative, y compris en devenant politique

qu'elle ait été dirigée contre des manifestants ou contre des policiers ; qu'elle ait cassé des vitrines choisies comme symboliques (voitures, boutiques de luxe, banques, monuments, préfectures...) ou pour le pillage ("reprise" diront certains); qu'elle ait contribué à des blocages (péages, barricades...) ; qu'elle ait eu des effets économiques (baisse des ventes en pré-période de fêtes, trouble dans les flux et la distribution...), etc., le résultat est là

qu'elle ait été offensive ou défensive, approuvée comme nécessaire ou tolérée comme inévitable, condamnée comme illégale, inadmissible, intolérable, contre-productive, ceci dans tous les camps qu'on y approuve ou non les gilets jaunes, qu'on soutienne le mouvement ou déteste Macron pour ne l'avoir pas enrayé et empêché cette violence (comme lundi lors de son passage aux Champs Élysées et en partie au Puy-en-Velay après l'incendie de la préfecture), qu'on soit policier ou antiflics, etc., le résultat est là

et le résultat, c'est le recul du gouvernement, manœuvre certes de sa part mais vrai recul sur les revendications mêmes à l'origine du mouvement et au-delà de la taxe sur les carburants partie sur "la vie chère" (électricité, gaz, autres à venir)

quelles qu'aient été ses motivations, la violence n'y est pas pour rien, d'autant que la mobilisation, la participation, nous l'avons vu, est quantitativement faible

ironie du sort ultragauchiste, la violence, même prétendue révolutionnaire par quelques-uns qui en ont usé ou l'ont soutenue comme telle, a globalement joué un rôle revendicatif, et c'est peut-être une différence avec les habituelles interventions type Black Blocs dans les manifestations légales encadrées par les syndicats, où elle n'est qu'un épiphénomène et n'a aucun effet tangible autre qu'amener le pouvoir à adapter sa stratégie policière, et proposer à la télé une série B à production gratuite

non seulement, comme l'écrit dndf en chapeau du texte d'AC/Carbure 1er décembre 2018 : porter plus loin le désordre : « Le niveau violence n’a jamais suffit à qualifier le contenu d’un mouvement », mais ici, c'est ce contenu qui a déterminé son rôle

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Ven 7 Déc - 1:49

d'hier soir, maj pour le 'hors champ' en bas

23h30
ce sera tout pour aujourd'hui. Je crois de ma vie ne pas avoir entendu en une journée un tel déluge de propagande d'État par tous les canaux politiques et médiatiques possibles : de l'État au sens de tout ses appareils idéologiques y compris les partis d'opposition, les syndicats, la presse, les vedettes de tous écrans... C'est très net dans la fréquence de reprise des messages du pouvoir élyséen, en titre et dans les "éléments de langage". À faire pâlir d'envie feue la démocratie soviétique

si ce n'est pas un révolution, ça donne un avant-goût de l'ambiance. Bonne nuit, demain est un autre jour


1. en même temps, remarques méthodologiques et questions
2. une journée derrière la vitre : ce qui ressort d'important

2. une journée derrière la vitre : ce qui ressort d'important

22h50
un ordre au service d'un autre ?
Gilets jaunes : les syndicats prêts à mobiliser leurs services d’ordre pour "sécuriser les Gilets jaunes"
Des responsables de la CGT et de FO ont proposé aux Gilets jaunes de mettre à leur disposition leurs services d’ordre pour protéger les cortèges.

Alors que se profile un samedi noir à Paris avec la crainte des pires débordements dans la capitale, déjà en proie à deux nuits d’émeutes, certains au sein des syndicats ont décidé de tendre la main aux Gilets jaunes. Selon nos informations, des responsables de la CGT et de FO se sont dits prêts ces derniers jours à mettre leurs services d’ordre et des moyens d’organisation à leur disposition.

Objectif : « Sécuriser les cortèges [sic] de Gilets jaunes » et les protéger des casseurs, des ultras et des violences policières. Dans leurs offres de services, des responsables CGT et d’autres instances syndicales ont proposé d’envoyer leurs militants en renfort, à Paris comme en Province.

« On a fait la démonstration le samedi 1er décembre dans notre défilé de République à Bastille que quand une organisation syndicale est là, les choses se passent bien », souligne un haut cadre de la CGT. « Personne n’a intérêt à une guerre civile, poursuit-on de même source. Il faut que ce samedi, on insuffle l’esprit CPE (NDLR : au printemps 2006, les manifestations étudiantes contre le Contrat première embauche, finalement abandonné, avaient été soutenus par certains syndicats qui avaient participé aux services d’ordre). »

Des appels restés sans réponse [...]
tu m'étonnes, Charles, ils en attendent une officielle des GJ après consultation de leur base et réunion de leur État major ? Et les militants des Services d'ordre sont-ils aux ordres au point de ne pouvoir prendre leurs responsabilités ? À moins que ce ne soit une sorte d'appel à leurs "troupes" sans avoir à baisser le froc, vu leur réactivité. Une façon de se faire pardonner...

22h29
un mouvement efficace qui reste populaire malgré sa violence
article de France.Info 20:06 dont je change le titre vu ce que me dis ce sondage. 54% à le juger efficace, soit 11% de plus après le 1er décembre, et 6 sur 10 pour le trouver « "pas incohérent", malgré la diversité des revendications », que demande le peuple ?
Plus de huit Français sur dix estiment que le mouvement des "gilets jaunes" est "populaire", selon un sondage Odoxa pour franceinfo et Le Figaro publié jeudi 6 décembre, soit trois points de plus que la semaine dernière. Cette enquête a été réalisée le 5 décembre, avant l'annonce de la suppression de la hausse des taxes sur le carburant.

Un mouvement "efficace" pour plus de la moitié des sondés
Pour la première fois, le mouvement des "gilets jaunes" est perçu comme "efficace" par plus de la moitié des personnes interrogées (54%), alors que ce n'était pas le cas jusqu'ici. Cette proportion a augmenté de 11 points en une semaine. Près de huit Français sur dix considèrent qu'il s'agit d'un mouvement "solidaire", "courageux" et "luttant pour l'intérêt général". Six sur dix considèrent qu'il n'est "pas incohérent", malgré la diversité des revendications.

L'inquiétude grandit quant à la violence
Néanmoins, l'inquiétude se développe : 59% des Français indiquent que ce mouvement les inquiète, soit 15 points de plus que la semaine dernière, et près d'une personne sur deux le trouve "violent" (47%, soit 10 points de plus en une semaine). Par ailleurs, 55% des sondés jugent ce mouvement "partisan", et 42% estiment qu'il commence à "perturber leur quotidien", un chiffre en hausse de trois points.

La classe politique désavouée
La classe politique, majorité comme opposition, sort désavouée du conflit des "gilets jaunes" pour plus de sept français sur dix. Seule l'attitude des "gilets jaunes" est saluée par une large majorité des personnes interrogées (69%). Emmanuel Macron est le plus grand perdant : 84% ont une mauvaise opinion du chef de l'État dans cette crise. L'attitude d'Édouard Philippe est critiquée par 77% des Français. Mais les leaders de l'opposition n'en profitent pas : 81% ont une mauvaise opinion de l'attitude de Laurent Wauquiez, le président des Républicains. Le chef de file de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon recueille 74% de mauvaises opinions et Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, 69%.


Cette enquête a été réalisée auprès d'un échantillon de 995 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogé par internet le 5 décembre 2018.
20:20
geste d'apaisement de Philippe LCI direct 20:15
« 89.000 policiers et gendarmes [admirables] dont 8000 à Paris samedi »

19h12
à vos RIC et périls
le RIC, référendum d'initiative citoyenne, agite beaucoup la yellow gilosphère sur les réseaux sociaux. Le principe est l'adoption de lois sans passer par l'Assemblé nationale, une revendication qui semble faire consensus. On trouve même des "sondages" présentant jusqu'à 7 versions, dont une pour une Assemblée nationale citoyenne... finalement un comble, puisqu'elle est censée exister, représenter les "citoyens", sans doute pas très bien...


derrière on sent aussi la revendication de la proportionnelle chère au RN et qui ne déplairait pas à Mélenchon. C'est dire combien des revendications sans étiquettes laissent accès aux manœuvres en gilets jaunes de partis avançant masqués, au demeurant la stratégie de Marine Le Pen depuis le début. De fait il y a aussi rencontre de positions politiques et d'une émanation du "peuple"... Les gilets jaunes c'est le peuple, le peuple populaire autant que le peuple national, mais pas forcément populiste ni nationaliste, le peuple qui croit naïvement à la démocratie pouvoir du peuple

18h20
plus jaune que jaune... suite
« Le collectif des "gilets jaunes libres" demande à être reçu vendredi par Emmanuel Macron, pour "calmer" la France qui se trouve "au bord de l'insurrection et de la guerre civile", a annoncé jeudi un de ses représentants, Benjamin Cauchy. » Paris-Match avec AFP 15h06
Nous en appelons au sens des responsabilités et au sens de l'Etat d'Emmanuel Macron. Le pays est au bord de l'insurrection et de la guerre civile. Nous demandons à être reçus pour négocier avec lui sur le pouvoir d'achat, qui est ce qui relie toutes les colères" de ce mouvement hétéroclite.
Les lycéens, les agriculteurs, plusieurs corporations sont dans la rue, des commerçants sont obligés de fermer, l'économie commence à avoir un genou à terre, combien de temps mettra-t-il [Macron] pour entendre la détresse des Français ? Combien faudra-t-il de morts ?
Revalorisation du Smic, des retraites, des pensions d'invalidité et des pensions handicapés, il n'y a que ça qui calmera.
somme toute très syndicaliste, sans les syndicats auquel il fait écho, comme à l'appel de Macron au "calme"

18h12
"mobilisation générale" de la flicaille d'État samedi RTL 17:59
Selon nos informations, la gendarmerie a décrété la "mobilisation générale", entraînant une suspension de l'ensemble des repos et quartiers libres, ainsi qu'un rappel de l'ensemble des escadrons de gendarmerie mobile, y compris les permissionnaires.

Un dispositif similaire a été acté côté police
. Les jours de repos des fonctionnaires de police sont suspendus, et des réservistes sont rappelés pour s'occuper de l'accueil des commissariats et libérer des effectifs pour le terrain.
la gendarmerie a proposé d'engager 12 véhicules blindés de maintien de l'ordre. Ceux-ci ne seront pas armés mais uniquement diffuseurs de gaz lacrymogènes. Leur mission ne sera pas d'affronter la foule mais de déblayer des barricades, d'aider les forces de l'ordre à circuler et de protéger les institutions.
17h21
le pouvoir, qui panique et manœuvre un max, prêt à relever le Smic !
« Le Premier ministre a déclaré, devant le Sénat : "Je suis prêt à examiner toutes les mesures qui permettraient d'augmenter les rémunérations au niveau du Smic sans pénaliser excessivement la compétitivité de nos entreprises." » 15h15 au Sénat

16h15
d'un appel à investir l'Élysée, de sa réalité et des réactions, suite de 12h45
l'appel d'Éric Drouet à « rentrer dans l'Élysée » très repris et manipulé par les médias, est fort discuté par les Gilets jaunes de La France en colère dans un fil qu'il a ouvert en se défendant d'avoir dit « pour casser ». Un fort courant se dégage pour éviter ce piège, la nasse, la prison, et « laisser les Champs Élysées aux casseurs », « trouver autre chose »... L'un suggère d'« aller au Champ de Mars, pour les faire chier »

15h13
l'enquête "ouvrière"* à ne pas manquer, dans le moment présent qui rebat les cartes de l'histoire * par allusion au concept d'enquête ouvrière non parce qu'il s'agirait majoritairement de "vrais prolos"

dans les réparties sur facebook, me frappent la naïveté confondante, le côté bon enfant au-delà des violences verbales, la spontanéité sincère et sans calculs mais la non-conscience des enjeux, chez beaucoup le français de ceux qui ne savent ni écrire ni parler, assez différent des textos, un foisonnement in fine sans grande imagination, une inculture historique et politique crasse, pas étonnant que remonte la référence à 1789 comme la base minimale de ce qui reste connu du passé, on n'y parle jamais de la Commune (elle est bien morte, Nicolas), la révolution ne peut y être que citoyenne...

bref aussi la facilité à se faire embarquer dans tout et n'importe quoi, une somme d'individus en foule, rien qui se constituerait en "classe" ou même trouverait son unité de "peuple" en formes et contenus de luttes

un fonctionnement en AG virtuelles permanentes où tout le monde parle en même temps et ne peut décider de rien, accompagnant le foutoir auto-organisationnel qui reste la vraie puissance d'un mouvement dont on ignore où il mènera (enfin, restons sans illusions...). Un parfum de fraîcheur comparé aux habituels échanges sur Internet, dans les forums politiques ouverts (Médiapart...), les tweets d'orgas et médias "radicaux" avec leur propagande sectaire et l'atavique incapacité de discussion, ou dans le milieu entre fortes et grosses têtes, et qui n'ont aucune conséquence sociale

je parle de dizaines de milliers de réparties, pas de dizaines des mêmes... et certes il n'est question là que de mots, pas d'actions, mais dans une tout autre conjoncture, de LA révolution communiste de ses fantasmes*, qui prêche l'auto-organisation serait servi au-delà de ses rêves avant de franchir le pas suivant, mais lequel ? *voir LE CONCEPT DE RÉVOLUTION en questions

14:13
pour 63% des sondés, la mobilisation doit se poursuivre. En baisse de 6% sur fin novembre, le pouvoir espérait plus... Sondage réalisé après l'annonce des mesures gouvernementales, via Cbanque 6 décembre
Pour près de huit Français sur dix (78%), les annonces du gouvernement ne répondent pas aux attentes exprimées par les « gilets jaunes », selon un sondage Elabe diffusé mercredi. L'approbation de la mobilisation reste par ailleurs élevée après les annonces d'Édouard Philippe, avec 72% (-3) des Français qui ont de la sympathie pour le mouvement ou le soutiennent.

Dans le détail, 46% (=) disent soutenir et 26% (-3) avoir de la sympathie pour le mouvement. 21% (+4) des Français interrogés y sont opposés et 6% (-2) indifférents, selon cette enquête pour BFMTV.

L'approbation du mouvement est la plus forte chez les proches de la gauche non socialiste (LFI, PCF...)(91%) et du Rassemblement national (ex-FN, 81%), mais aussi chez ceux qui n'ont aucune préférence partisane (77%).

38% des sympathisants de La République en Marche soutiennent ou ont de la sympathie pour le mouvement. Ces proportions sont toutefois à prendre avec prudence, compte tenu de la faiblesse des échantillons.

Aucune des mesures annoncées mardi par Édouard Philippe n'est réellement perçue comme efficace pour améliorer le pouvoir d'achat. Avec toutefois en tête la suspension de l'augmentation des tarifs du gaz et de l'électricité, jugée « efficace » par 45% des personnes interrogées, loin devant la suspension de six mois de la hausse des taxes sur les carburants (32%).

Pour près de deux Français sur trois (63%), la mobilisation doit se poursuivre, un pourcentage en nette baisse (-6) par rapport à une précédente enquête fin novembre. Pour 37% (+6), elle doit s'arrêter.

La proportion de ceux qui se définissent comme « gilets jaunes » est stable à 20%.

Les Français condamnent en revanche massivement (82%) les violences qui se sont produites samedi durant la mobilisation, même si 37% disent les comprendre.

Avec plus de 70% d'approbation, le mouvement est dans la moyenne haute des mobilisations approuvées par les Français, derrière celle des policiers pour dénoncer le manque de moyens en 2016 (88%) et celles des personnels des Ehpad (86%) et des retraités (81%) en mars dernier.
13h05
taxation des géants du Web "au niveau national" même sans accord européen, mesures pour «mieux rémunérer le travail» (Le Maire)... les annonces gouvernementales se multiplient dans une course contre la montre pour démobiliser et enrayer l'extension des conflits sur le pouvoir d'achat, massivement au centre des luttes des salariés

12h45
chez les gilets jaunes, un débat "interne", autant qu'il pourrait l'être...
"Si on arrive à l’Elysée, on rentre dedans", lâche Eric Drouet sur BFMTV. Si ce n'est pas exactement pour « prendre le thé » comme l'écrit AC/Carbure qui ajoute « On a les fantasmes qu'on peut, moi le côté dorures et petits fours ça me fout un peu la gerbe », c'est assez symptomatique d'un mouvement ciblant principalement Macron comme on assaillait "le château" symbole et lieu du pouvoir absolu : Drouet : « Tous les gens veulent aller là-haut, c’et le symbole du gouvernement. »
symptomatique encore du populisme toujours adressé à l'État, dans la contradiction entre démocratie directe, sans leader, et fascination pour le pouvoir central, comme en témoigne sur facebook l'adulation des grandes gueules, Fly Rider, Xavier Mathieu ex-Conti CGT devenu comédien..., une tension perceptible entre ceux qui ne veulent pas de représentants, et ceux qui souhaitent se structurer avec des porte-voix à la hauteur dans les médias

12h35
pour éviter un "mouvement des occupations" comme en 68, il semble que la stratégie gouvernementale consiste à fermer les établissements : Sorbonne, Mont-Saint-Aignan à Rouen, Sciences Po Paris et Rennes... lycées...

12:11
comme "oubliant" que la violence, les violences, furent dans la dynamique revendicative ce qui a fait reculer le pouvoir (voir hier), ce que même Corbière (FI) reconnaissait hier :
Gilets jaunes : sept syndicats dénoncent les violences L'Express.fr avec AFP 12:00
Seule l'union syndicale Solidaires s'est désolidarisée de la déclaration commune visant "toutes formes de violences" des gilets jaunes.
"Le dialogue et l'écoute doivent retrouver leur place dans notre pays", écrivent jeudi sept syndicats dans une déclaration commune. Ensemble, la CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC, la CFTC, l'Unsa et la FSU ont dénoncé "toutes formes de violences dans l'expression de revendications" des gilets jaunes. La veille, Emmanuel Macron avait demandé aux partis politiques et aux partenaires sociaux de "lancer un appel clair et explicite au calme".

Les syndicats s'engagent
"Aujourd'hui, dans un climat très dégradé, la mobilisation des gilets jaunes a permis l'expression d'une colère légitime. Le gouvernement, avec beaucoup de retard, a enfin ouvert les portes du dialogue", assurent les syndicats dans leur déclaration. Ils promettent donc d'appeler "le gouvernement à garantir enfin de réelles négociations".  

Sur les sujets du pouvoir d'achat, des salaires, du logement, des transports, de la présence et de l'accessibilité des services publics, de la fiscalité, les syndicats estiment que les autorités "doivent trouver enfin des débouchés concrets, créant les conditions sociales d'une transition écologique efficace parce que juste". Ensemble, ils promettent de s'y engager, chacun "avec [ses] propres revendications et propositions, en commun chaque fois que cela sera possible".
11h10
De nombreux secteurs syndicaux d’Île-de-France rejoignent la mobilisation samedi, Démosphère via Paris-Luttes.Info, 6 décembre 2018

1. en même temps, remarques méthodologiques et questions

10h50
il se passe tant ce choses en même temps que cela pose la question : comment suivre ? En rendre compte tout en théorisant est une gageure, avec les inconvénients de ses avantages

avantages parce que je ne vois pas la valeur ajoutée d'une théorisation ne permettant pas d'agir en connaissances de cause, sinon de conséquences. La saisie d'une conjoncture, un ensemble d'événements se tissant et changeant la qualité de chacun, se fait en temps réel, ou n'a que l'intérêt rétrospectif d'analyser ses erreurs, ses "échecs". Mais théorisant après coup, on a plus de recul et moins de risques de se planter, le recul d'un canon refroidi, qui met un certain temps...

avantages de ne pas prendre ses désirs pour des réalités par la lunette déformante d'une norme inadéquate à saisir le nouveau, la dynamique réelle

inconvénient de vouloir ramener le foisonnement des contenus et formes des luttes et leur richesse à une dimension qui lui donnerait son sens unique : la "convergence", la "jonction", la "cristallisation" (Temps critiques 29 novembre), le "dépassement", mais par qui et de quoi, vers quoi ? Dire convergence, jonction, cristallisation... c'est reconnaître la pluralité des raisons d'entrer en luttes sur des bases à la fois singulières, particulières et communes, où chacun voit le commun à l'aune de ses présupposés, théoriques et/ou idéologiques, passées à la centrifugeuse d'intérêts politiques

la dynamique essentiellement revendicative, devenant politique, sur fond de populisme radical (démocratisme radical + populisme avec ou sans leader) est-elle valable à la fois pour les gilets jaunes, les lycéens, les secteurs déjà en luttes avant (services publics) ou entrant dans la danse... et le tout comme s'il était déjà une unité en devenir, et dans ce cas, laquelle ?

aujourd'hui se passe, vont se passer, beaucoup de choses qui détermineront la suite, la mobilisation de samedi, le positionnement des syndicats aux niveaux confédéraux, sectoriels ou locaux, par entreprises (la grève relaiera-t-elle le blocage externe de l'économie par la circulation ?) ; les lycées donc où s'étendent les blocages alors que les étudiants commencent à s'y mettre (c'est pas comme en 68...) ; les réactions d'un pouvoir dont chaque recul ne semble pas en mesure de juguler l'extension tous azimuts

plus de questions que de réponses et autant dire que la forme de présentation de ce suivi adoptée jusque-là ne permettrait pas de suivre. Mais, tout bien considéré, j'inviterais ma lectorate à les avoir en tête, qu'elle soit "dans la rue" ou "derrière sa fenêtre". Attention en fermant les volets de ne pas vous prendre une balle non perdue
La vieille dame se trouvait chez elle au quatrième étage, fermant les volets de son appartement pour éviter les fumées de bombes lacrymogènes, elle a reçu une grenade en pleine face, près de la Canebière, à Marseille. Elle est morte à l'hôpital.

- une astuce pour suivre en temps réel : un thème, actualités Google, tri par date. Exemple : lycées, gilets jaunes, syndicats, et au besoin croiser pour cibler CGT "gilets jaunes", etc.

hors champ


CONTRIBUTION À LA RUPTURE EN COURS
« Viser juste, donc, mais aussi durer, avant toute chose. »

Des agents destitués du Parti Imaginaire, 6 décembre 2018
publié par lundimatin, ce texte stylé mais non verbeux est présenté comme étant sans doute « la meilleure analyse sociologique et politique qui ait été produite jusqu’à maintenant sur le mouvement des gilets jaunes et la séquence actuelle ». Lu en diagonale et pour tout ce qu'il comporte, je ne suis pas loin de le penser, c'est-à-dire de considérer modestement qu'il rejoint essentiellement mes cogitations théoriques embarquées, en version optimiste et littéraire... À vérifier ce qu'il signifie exactement

j'ouvre un sujet pour intégrer ce texte à l'approche d'ensemble de ce forum :
RUPTURE EN COURS DANS LA CONTRIBUTION, Bienvenue au club, les amis
j'y aborderai la séquence actuelle de façon plus générale que dans le présent journal hyper-détaillé et devenu touffu pour la compréhension. Nous avons pour ce faire suffisamment d'accords sur son analyse et les perspectives qu'elle ouvre aux luttes comme à leur théorisation

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Sam 8 Déc - 1:07

mise à jour permanente

vendredi jeûne, samedi jaune
la chair est triste mais l'esprit sain

(presque) comme Macron et Théorie Communiste qui prudemment attendent la semaine prochaine pour s'exprimer, je fais aujourd'hui relâche dans un suivi dont ma lectorate a bien repéré la méthode et les critères et peut trouver ailleurs les ingrédients : voilà comment je pêche, à chacun son poison, le mien reste la théorie, en marchant

en attendant demain, j'annonce le basculement de mes considérations théoriques, les plus récentes émanant de ce sujet, dans RUPTURE EN COURS DANS LA CONTRIBUTION

samedi 8 0h40
RIC et périls, suite : Chouard superstar
une partie non négligeable des Gilets Jaunes sur les réseaux sociaux se fait embarquer par Étienne Chouard qui vend sa version du Référendum d'Initiative Citoyenne (RIC) par le biais du même Fly Rider (Maxime Nicolle) qui a tenté de leur refourgué le gourou "Monsieur X". Ici c'est un peu plus sérieux vu le parcours politique de Chouard, la proximité d'Alain Soral, le complotisme, etc. Chouard ratisse large, avec Natacha Polony de Marianne, Jean Lassalle, François Ruffin, etc. cf tweeter @Etienne_Chouard

à "enquêter" sur les réseaux sociaux dans les différents #groupes* de Gilets Jaunes, on peut distinguer en gros les trois catégories répertoriées "citoyennistes... négociateurs... dégagistes..." par le texte RUPTURE EN COURS... traversées par les nationalistes et l'extrême-droite, tout ça dans un magma de naïveté, d'ignorance, de bêtise et de beaufitude en tous genres (et sexes). Il n'y a vraiment pas grand chose qui tienne la route, et les quelques remarques disons censées tombent souvent à plat. Ça manipule en tous sens comme dans une AG virtuelle avec des centaines de participants qui ne s'écoutent pas, mais comme rien n'en sort de "majoritaire", les "non-leaders" des groupes finissent par devenir des figures de prou entraînant leurs adeptes inconditionnels. C'est globalement désespérant. Cela dit, je ne suis pas allé sur des ronds-points, des blocages de péages ou de raffinerie, où c'est peut-être plus... raffiné, et quoi qu'il en soit avec des actions qui elles ont un sens, une efficience, des effets concrets... Les gauchistes peuvent à cette aune virtuelle paraître plus "équipés" idéologiquement, mais perso je les trouve plus encore insupportables

* j'ai compté une centaine de comptes "gilets jaunes" sur facebook dont deux tiers sont locaux (du rond-point à la région), les autres généralistes d'une dizaine à 8000 membres (qui peuvent intervenir, tout le monde pouvant lire même sans compte facebook) : le Nord-Gironde a plus de membres (7,8K) que La France en colère ! (7,2K). Les comptes ou groupes "généralistes" peuvent donc recouvrir les différentes sensibilités ou ramasser le tout-venu

sur la journée de demain (aujourd'hui...) je suis incapable de faire le moindre pronostic, si ce n'est très une forte participation élargie aux secteurs entrés en bololo cette semaine

bonne nuit, sortez couverts

22h50
plus jaune que jaune, suite
« comme un père, avec amour et respect »
22 heures. « Un débat très intéressant, très constructif », d’après Jacline Mouraud. Elle affirme que le Premier ministre a reconnu devant eux qu’il y a eu des « erreurs ». « C’est au tour du président de la République de prendre ses responsabilités », déclare ensuite devant les journalistes Benjamin Cauchy. Selon lui, le Premier ministre a été « attentif, sérieux, à l’écoute et conscient de la gravité de la situation ».
@BFMTV Vidéo intégrée
La porte-parole des gilets jaunes libres Jacline Mouraud "attend la parole du Président maintenant"
21h52. Fin de la rencontre entre le Premier ministre et les représentants des « Gilets jaunes libres ». La rencontre a duré 1h30. L’un des porte-parole, Christophe Chalençon, affirme qu’ils ont été « entendus » par Edouard Philippe et que ce dernier « va être le messager auprès du président de la République ». « On n’était pas là pour négocier avec lui quoi que ce soit », affirme-t-il. « La clé, c’est le président de la République qui l’a. J’espère qu’il va parler au peuple de France comme un père, avec amour et respect, et qu’il prendra des décisions fortes. »
Chalençon et Cauchy frayent avec la droite populiste identitaire, dernier rempart de la "République" ?

17h40
pour info, de gilets jaunes "en colère !", mais "pacifiques"...
rassemblement à la Porte Maillot vers le périphérique pour une "marche citoyenne"


16h42
"pour leurs chefs, des policiers chair à canon"
Contribution à la rupture... a écrit:Le dispositif policier est paradoxalement l’autre maillon faible du pouvoir en place. C’est une machine usée, surexploitée, aux pièces et aux armes souvent rouillées et dont les rouages humains ont des conditions d’existence socio-économiques très proches de celles des « gilets jaunes ».
source


16h23
c'est dégueulasse, bis, mais Drouet ni roué ni doué
Appel à "rentrer" dans l'Elysée : le Gilet jaune Eric Drouet visé par une enquête LCI
ENQUÊTE -
Il a appelé publiquement à "rentrer dans l'Elysée" samedi. Eric Drouet, l'une des figures des Gilets jaunes, est désormais visé par une enquête pour "provocation à la commission d'un crime ou d'un délit".

07 déc. 13:57 -
"Si on arrive à l'Elysée... on rentre dedans". Pour ses propos tenus mercredi sur le plateau de BFM TV, Eric Drouet - l'une des figures des Gilets jaunes - fait désormais l'objet d'une enquête. Celle-ci a été ouverte pour les chefs de "provocation à la commission d'un crime ou d'un délit et organisation d'une manifestation illicite."

L'homme avait déclenché de vives réactions après ce qui a été considéré comme un appel à la violence envers un des symboles de la République. La secrétaire d'Etat Marlène Schiappa  - sur le même plateau de télévision - avait dénoncé des propos d"inacceptables". D'autant que cette phrase semble mûrement pesée. Le chauffeur routier avait aussi déclaré sur Facebook que la manifestation de ce samedi à Paris devait être "l'aboutissement final" du mouvement des "Gilets jaunes" : "Samedi c'est l'Elysée (...). Il faudra vraiment que samedi (...) on avance en direction de l'Elysée", ajoutait-il. Jeudi, l'intéressé à tenté de s'expliquer, indiquant qu'il n'avait dit qu'il voulait aller à l'Elysée pour casser mais "pour se faire entendre".

Dans le contexte de violence inédite qui a marqué la manifestation de samedi dernier, ces précisions ne passent pas. Selon une source proche de l'enquête, Eric Drouet sera entendu dans le cadre de cette enquête, "dont l'objet est de faire préciser la portée des propos qu'il a tenus".
« la portée de ses propos », une fois sortis du contexte et coupés, je ne sais pas s'il l'a lui-même mesurée, ni sûr que la formule ait été « mûrement préméditée » dans sa polysémie : rentrer à l'intérieur ou rentrer dedans comme à la castagne. Il s'en est depuis expliqué, hier, à 13:51 : « J'ai jamais dit que je voulais aller à l'Élysée pour tout casser ! »
ce qu'il n'a pas mesuré, c'est l'improbabilité d'arriver devant l'Élysée sauf en sang, et de pouvoir y entrer sans casser du flic, sa tête servie sur un plateau, où il s'est fait piéger en beauté par des pervers.e.s réuni.e.s
sa réaction il y a une heure, 2 800 commentaires, ici :
Éric Drouet a écrit:Salut a tous je ne suis pas en garde à vue mais je devais y être si j'étais chez moi ,mais perquisition et ma femme a été auditionné ! Il m'attende demain matin pour moi
Deux chose reprocher
Manifestation interdite
Insitation a commette un deli de rentrer dans un lieux du gouvernement ( un truc comme ça )

Voilà voilà voilà
il pourra compter pour sa défense sur le 'communisateur' Alain Corne/Carbure.blog, qui témoignera que Drouet voulait y aller pour « prendre le thé et des petits fours sous les dorures » (source, hier à 00:59)

aux dernière nouvelles en fin de matinée : « Éric Drouet ne veut plus aller à l'Élysée, mais sur le périphérique »
Le porte-parole officieux appelle les gilets jaunes à ne pas se rassembler au cœur de la capitale, pour se dissocier des casseurs.. C'est effectivement ce qui ressortait cette nuit des palabres sur la page de La France en colère, où il avait soumis sa sortie à la télé à la discussion, dans laquelle il n'est pas intervenu : il écoutait

preuve qu'il n'a pas compris le rôle des violences dans la dynamique en tant qu'elles ont produit le recul sur les revendications, ni voulu reconnaître que des "vrais gilets jaunes" y ont participé de plein gré, ou pas

14h47
"fermez la télé, descendez dans la rue !"
il est regrettable que Jean-Louis Roche, du Prolétariat universel, ne tire pas toutes les conséquences de ce que ses connaissances historiques, son expérience des luttes depuis 1968, un flair "de classe" assez lucide, et une participation depuis le début aux blocages basiques des gilets jaunes aux ronds-points ou autres, lui donnent à témoigner, décrire et tant pester dans la tempête. Je ne connais pas un ultragauchiste, un "autonome", ou un théoricien plus attentif à ce qui se passe en y participant, et en même temps aussi fermé à une théorisation en conséquence de ses remarques. Exemple, quand il détourne un vieux mot d'ordre de 68 :

ÉTEIGNEZ VOS TV !
Ancien flic, commerciaux et planqués, voilà ce que nous servent les médias, et les mêmes ânes qui déplorent la violence mais encouragent les autres à s'y livrer. Ce zigoto qui est dénoncé sur les réseaux a surtout l'ambition de créer son propre parti poujadiste si ça tourne mal, et il gagne 2600 euros à ne rien faire. Les médias de l'Etat alternent une terreur répressive avec toujours la même "pédagogie" pour enfants de 5 ans et tête de cons en gilets jaunes. L'Etat souhaite en effet "la plus grande violence" samedi. C'est dégueulasse !

"Gilets jaunes" : Jean-François Barnaba, omniprésent sur les plateaux TV, fonctionnaire "sans activité" depuis 10 ans

et aussi les collabos de la CGT : Gilets jaunes: le double jeu scandaleux et irresponsable de la CGT

voilà de l'époque une image que me rappelle une autre aujourd'hui

11 Juin 1968, "CRS SS" ?

source

Mantes-la-Jolie, 6 décembre 2018

voilà surgir le véritable anniversaire de 68 qu'on rata au printemps, y compris dans l'enterrement de première de la classe que lui servit Lola Miesserhoff avec Voyage en Outre-gauche. Tiens, elle a disparu des écrans radars, encore un coup des gilets jaunes, elle doit rouler pour eux trop vite, sa caisse radicale. Mais que son masque agace !

on a le droit de le crier, dans le silence du dégoût :

L'Etat souhaite en effet "la plus grande violence" samedi. C'est dégueulasse !


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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Dim 9 Déc - 0:22

la journée d'hier

émeute cérébrale
éloge de la fuite sur Internet
petite chronique de la farce en colère

Éloge de la fuite, Henri Laborit 1976, Le dispositif policier fuite sur internet


23h25
hashtags d'extrême gauche Attention, chef-d'œuvre de réalisme socialiste !
« Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement » #Boileau dans le tiède océan des calculs militants
Iñaki Echaniz a écrit:@Inakiechaniz Conseiller Principal d'Education Rep 93 & Moniteur de Ski 64

Quelques minutes avant le cortège était calme, pas de violence ni de casse depuis le départ de #SaintLazare avec @laveritepradama, le @NPA_officiel, des #GiletsJaunes, des #cheminots, des #postiers, des #profs, des #lyceensencolere et des #etudiants ! #convergencedesluttes
sûr.e qu'illes n'ont.e oublié.e personne.e ?

23h08
métaphore, bis
je vous passe, chère lectorate, une revue de presse du soir comme celle de ce matin. Les éléments de langage de Philippe et Castaner plastronant sur les Champs Élysées reconquis n'ont pas encore infusé la médiasphère "monopolistique", mais attention :
Science décalée : le réchauffement climatique rend les requins droitiers...


... contre les sans dents

22h27
Des agents destitués du Parti Imaginaire en consultants des Gilets jaunes ?
Gilets jaunes : On reprend le contrôle des médias !



CONTRIBUTION À LA RUPTURE EN COURS a écrit:On se plait à imaginer qu’une partie des « gilets jaunes » s’immisce dans les plus brefs délais au sein d’une ou plusieurs chaînes de radio et de télévision, si possible nationales, en s’associant des journalistes défecteurs, et laissent mieux apparaître les développements historiques en cours.
21h42
la farce venue, l'essouflement qui vient ?
CONTRIBUTION À LA RUPTURE... a écrit: Nous ne sommes pas à l’abri que ce samedi le dispositif décidé par le ministère de l’Intérieur se montre plus insidieux, évitant les conflits frontaux au profit d’interpellations ciblées de façon à contenir la tension jusqu’à essoufflement. source
je parlais avant-hier, nonobstant mes accords sur l'analyse générale, d'un excès d'optimisme de ce texte. La dynamique du mouvement n'a pas cessé d'être revendicative, en dépit des tentatives de débordement, qui ont fait flop, sauf à voir sur le plan politique, le populisme (RIC, démocratie directe coquille vide ouverte à tous vents, etc.). Et Macron tirant les ficelles discrètement pour une fois, a cassé en même temps cette dynamique par ses reculs et les débordements pas l'adaptation de la stratégie policière. Franchement, pourquoi tant et partout l'ont-ils autant sous-estimé, lui et ses ministres ?

dernière phrase du texte :
La journée du 8 décembre n’est que le quatrième acte de la mobilisation. Toutes les bonnes tragédies en ont cinq.
aurai-je la cruauté de rappeler la première du 18 brumaire de Napoléon ?
Marx a écrit:Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d'ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce.
comme dit mon titre, nous avons vécu la farce de la France en colère

20h00
c'est dégueulasse quand même
On s'est planté, le gouvernement ne souhaitait pas la plus grande violence, car il n'y avait pas intérêt, mais foutre la trouille, et démontrer qu'il tient les choses en mains, ce que viennent de confirmer Philippe et Castaner dans un "point sur la situation" il y a 42 minutes. Source @gouvernementFR via @prefpolice. Le calme est revenu sur las Champs Élysées. Le chiffre annoncé de 125.000 manifestants vise sans doute à se prévaloir d'une baisse de la mobilisation depuis le début du mouvement. Dans l'ensemble, et à ce stade, c'est plutôt réussi. Les Gilets Jaunes n'ont pas fait une démonstration de force, ni calme, ni violente. Le terrain est dégagé, Macron peut parler de la France tranquille : Make France Green Again !



19h31
la banlieue qui vient en tête d'un cortège sans tête ?
« Édouard Louis en tête d'un cortège de gilets jaunes à Saint-Lazare. La députée de la France insoumise Clémentine Autain était également présente, accompagnée de la sénatrice EELV Esther Benbassa, du député La France insoumise Eric Coquerel (qui a enfilé brièvement un gilet jaune) »
#SaintLazare au milieu des cheminots et des étudiants, on peut apercevoir Edouard Louis, Besancenot, le comité Justice pour Adama, l'extrême gauche, la banlieue va bientot débarquer .. ça va dégéner ! #8Decembre #Recuperation
z'ont oublié le 'communisateur' Alain Corne/Carbure, en guerre très très civile, un tlain qui va tlè tlè vite !



19h24
Mélenchon vs Coupat ou comment conduire la France sans permis
Mélenchon ne portera pas de gilet jaune : « Non… je n’en ai pas… Je ne conduis pas donc je n’en ai pas ! » Il n'a pas son permis de conduire : « La conduite n'est pas faite pour moi, j'ai trop de choses en tête pour n'être concentré que sur la route. » source Gala (la révolution n'est pas un...)

18h41
élections piège à cons : un bon geste anti-RIC
« Dans le Haut-Rhin, des "gilets jaunes" brûlent leur carte d'électeur aux abords d'un rond-point »

18h26
météo
Vents violents : six départements du sud-est en vigilance orange
un conseil ? Gilet jaune et chaud fourré


Saint-Brieuc, 1er décembre

18h16
enfin des nouvelles du monde : l'hôpital turc se moque de la charité française
Erdogan dénonce la "violence" des autorités françaises
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé suivre "avec préoccupation" la nouvelle manifestation des gilets jaunes et a tenu à critiquer la "violence disproportionnée" selon lui des autorités françaises face aux gilets jaunes.
"Ah ! Voyez un peu ce que font les policiers de ceux qui critiquaient nos policiers [...] Le désordre règne dans les rues de nombreux pays européens, à commencer par Paris. Les télévisions, les journaux regorgent d'images de voitures qui brûlent, de commerces pillés, de la riposte des plus violentes de la police contre les manifestants" a-t-il déclaré.
17h48
bout portant à 10 mètres, carton jaune

Image accablante à #Paris, sur les #ChampsÉlysées, où un manifestant, faisant partie du mouvement des #GiletsJaunes, a été victime d'un tir de flash-ball à bout portant, alors qu'il avait les bras levé sans provocation. Situation très tendue.
17h20
Julien coupable, rupture en cours dans l'auto-organisation
@lundimat1 : Julien Coupat et des amis arrêtés préventivement ce matin au volant de sa voiture. Selon sa famille il serait poursuivi pour « groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations ». On souhaite bien du courage aux OPJ qui sont en train de l’interroger.

orange.fr : Selon une source proche du dossier, il était à bord d'un véhicule accompagné d'un proche. Les policiers ont découvert un gilet jaune [obligatoire !], un masque de chantier et des bombes de peinture lors de l'interpellation, a précisé cette source.
17h00
RIC et périls, suite, l'urgence est à la conférence
Fly Rider avec Étienne Chouard en direct avec Yvan Bachaud, de Riposte laïque (rediffusé sur Youtube)
strict médite ?
étrangement, Fly Rider n'a pas livré aujourd'hui de live comme samedi dernier en direct des Champs Élysées, équipé de son masque à gaz et de son casque à croix rouge

16h17
rêve prémonitoire
j'ai été rêveillé par une voix qui me disait : « Je suis allé aux impôts comme à la source », et, dans mon demi-sommeil, j'ai d'abord pensé à Picasso : « Je suis venu au communisme comme à la source », mais bien vite il m'a fallu déchanter
Le gouvernement appelle les entreprises à augmenter les salaires
Augmenter les salaires ? Pour le Medef "le problème c'est d'abord les impôts"
résultat théorique : ce mouvement est un match de boxe française entre le méchant Roux de Bézieux et le gentil Philippe Édouard, arbitré par les Gilets Jaunes eux-mêmes déchirés


10h43
vigile pirate, nouvelle du front
@LaMeutePhoto m'a neutralisé, enfin, je ne peux plus lire leurs conneries. Comment vais-je survivre à ce vide d'infos ? Mais je reconnais qu'ils sont bons en blocage :
Vous avez été bloqué, vous ne pouvez ni suivre @LaMeutePhoto, ni voir les Tweets de @LaMeutePhoto.
je retourne me coucher. Plus la peine de me réveiller, ne le répétez pas mais il ne se passera rien d'important aujourd'hui

10h20
métaphore
une lectrice me réveille pour me signaler que La Chine lance un module d’exploration vers la face cachée de la Lune. C'est un peu ça, la théorie embarquée dans l'espace-temps, et jusque-là, quel des astres, on n'a rien vu derrière !

09h39
décalage horaire
je vais me coucher, réveillez-moi s'il se passe quelque chose d'important dans le monde

08h10
12 %
RATP : 36 stations de métro sont fermées sur 302, à la demande de la Préfecture de police

07:58
Escaliers d'Odessa, remake moins le bébé du bain sans foule
ça s'est passé près de chez moi hier, le lycée est derrière à droite (mon fils y a raté son bac)

l'article de 94.Citoyens : Émeute urbaine potache devant le lycée Picasso à Fontenay-sous-Bois

07h40
suivez le guide
Acte IV à Paris : Cartes, Dispositif, Rendez-Vous. Paris-Luttes.Info diffuse la carte du Monde Diplomatique


il n'est donné qu'Un rendez-vous possible à Saint-Lazare à 10h, celui des vrais prolos cheminots, vrais révolutionnaires de Tolbiac, vrai Comité Adama des pas tous racisé.e.s des quartiers, vrai mais pas frais Besancenot, et invraisemblabe mais vrai 'communisateur' Alain Corne/Carbure. Les gilets jaunes vrais ou faux seront partout ailleurs avec ou sans rendez-vous

07h15
extimité et rébellion congénitale
la fraction de ma lectorate qui se demande encore si Patlotch va entrer en lutte concrète au lieu de se masturber derrière son écran est priée de ne plus grossir les statistiques du forum. Si l'envie m'a bien effleuré de peser de mon poids dans la masse, ou la nasse, sûrement pas celle d'intervenir pour que ça aille ailleurs que ça irait sans moi, étant persuadé qu'où que ç'aille, je ne m'y retrouverai pas. Et puis non, je n'irai pas. Je ne suis donc pas de ceux qui participent comme les autres tout en poussant aux limites dans l'écart, bla bla bla. D'écart là n'y a pas. Je suis au fond un déserteur impénitent de toutes guerres qui ne sont pas les miennes, et dans celles-ci, je n'ai ni amis ni ennemis. Elles me passionnent et en même temps, à titre individuel, je m'en fous. Étant de la couche moyenne contre-révolutionnaire, je dois avoir trop de chaînes à perdre

tiens au fait il paraît qu'Éric Hazan a sorti ça chez Médiapart et ça fait une de ces guerres, avec les totos

l'article est payant,et  j'aurais aimé lire ce plaisant en entier

06h40
Révolution française, euh... et la mémoire du mouvement ouvrier, heu... scratch
avec tout ça, je me disais que c'est bizarre, cette tendance assez générale, dans le mouvement et chez ses commentateurs, à comparer le mouvement présent à 1789, d'un côté avec son aspect Monarchie vs République, d'un autre avec les Sans-Culottes et les gueux brûlant les châteaux inspirant jusqu'aux anarchistes. En ce temps là, ils avaient des armes et ils ne votaient pas. Ils n'avaient pas le choix d'être représentés démocratiquement. Elles moins encore. Ils ne faisaient pas de politique ni d'anti-politique. Avec tout ça le temps passant, ils n'y ont pas gagné grand chose, elles encore moins

mais ce qui frappe, déjà noté, c'est l'absence quasi absolue de référence au mouvement ouvrier, à 1848 ou à La Commune, quand l'État-nation est formé et la fonction de la politique avec, dans les termes décrits par Marx à l'époque. L'absence de référence aux révolutions ouvrières, Octobre 17, Allemagne 1918-19, Espagne anarchiste et France du Front populaire  en 1936, où se croisaient pour le PCF drapeaux rouges et tricolores...

tout se passe comme si la mémoire des luttes avait sauté à pieds joints sur un siècle et demi de mouvement ouvrier. Cela dit sûrement quelque chose de plus que la « disparition de l'identité ouvrière » et la « décomposition du programmatisme prolétarien », qu'une page se tourne, et qu'une rupture doit accompagner ce vide par une contribution à la critique de la philosophie de l'économie politique

6h23

Aux Champs-Elysées,
au soleil, sous la pluie
à midi ou à minuit
il y a tout ce que vous voulez
aux Champs-Elysées
Joe Dassin, 1970



5h45
'monopole médiatique', 'instruments défecteurs', et moi, et moi, émoi
à la sélection "Mouvement des Gilets jaunes" de Google, voici les premiers titres :
- Gilets jaunes : "La balle est dans le camp de M. Macron", dit Jacline Mouraud à la sortie de Matignon - LCI
- Franck Dubosc ne soutient plus les Gilets jaunes - France.Info
- Gilets jaunes : le comédien Franck Dubosc ne soutient plus le mouvement de contestation - Le Parisien
- l'arrivée d'un mystérieux "monsieur X" au sein du mouvement a tourné à la mauvaise blague - La Provence
- Eric Drouet, Maxime Nicolle, Xavier Mathieu : mais qui est le gilet jaune en chef ? - franceinfo
- Crise des «gilets jaunes»: Bernard Tapie confie tout ce qu'il a «sur le cœur» - Le Figaro
- Ce Gilet jaune a porté secours à un CRS [à] l’Arc de Triomphe : «J’ai fait un truc normal» - Le Parisien
- Comment la mobilisation des "gilets jaunes" a mis Edouard Philippe sur la sellette - franceinfo
- Les gilets jaunes vus de l'étranger : «Dites donc, c'est la révolution en France !» - Libération
- Sur Facebook, les « gilets jaunes » divisés sur leurs propositions et leurs méthodes - Le Monde
- Eric Drouet, le routier poursuivi pour avoir déclaré vouloir "rentrer" dans l'Elysée - franceinfo
- Mobilisation des gilets jaunes: les grands magasins fermés samedi - BFMTV
- "Gilets jaunes" : "Quel gâchis", après l'espoir suscité par l'élection de Macron,... - RTL
- Les peurs et l'autre colère des anti-« gilets jaunes » - Le Monde
- A quoi va ressembler "l'acte IV", la nouvelle manifestation des "gilets jaunes"... ? - franceinfo
- Les « gilets jaunes libres » ont eu « un débat très constructif » avec Philippe - Le Parisien
- «Gilets jaunes»: Christophe Castaner annonce porter plainte contre Nicolas Dupont-Aignan - 20minutes
- Paris : Le dispositif opérationnel de la police prévu pour demain a fuité sur internet. - Le Parisien
- "Gilets jaunes" : le mouvement reste très populaire mais inquiète de plus en plus - franceinfo et Le Figaro
etc.
RUPTURE EN COURS... a écrit:Les réseaux sociaux et les divers sites contestataires ne corrigent qu’en partie la tendance monopolistique des médias audiovisuels traditionnels quand ils ne sont pas eux-mêmes gagnés par des contre-vérités éhontées. On se plait à imaginer qu’une partie des « gilets jaunes » s’immisce dans les plus brefs délais au sein d’une ou plusieurs chaînes de radio et de télévision, si possible nationales, en s’associant des journalistes défecteurs, et laissent mieux apparaître les développements historiques en cours. À moins qu’il ne faille d’abord grossir au maximum les instruments de contre-information dont nous disposons déjà. source
on aimerait que l'idéologie ou la contre-idéologie ne soit qu'affaire de propagande et la Société du Spectacle que le spectacle de la société. Malheureusement, ça ne marche pas comme ça. D'eux-mêmes, à partir de leurs vie, "les gens" produisent et reproduisent la même chose, avec ou sans médias. Incroyable le nombre de ceux qui disent sur Facebook qu'ils n'écoutent plus Macron depuis longtemps et ne l'écouteront pas lundi, comme des gosses se bouchant les oreilles quand papa dit : Fais pas ci, fais pas ça

mon fils, 21 ans, qui vend des chaussures dans une boutique cotée sur un boulevard près des Halles est curieux pour la première fois de sa vie de ce qui va se passer dans un mouvement social. Faut dire qu'il est au Smic. Samedi dernier, il a vu passer un gilet jaune un peu ouf qui gueulait tout seul dans la rue. Aujourd'hui, il est probable que les quartiers non protégés vont être le lieu de scènes épiques, dont il faut envisager que je ne parle pas, la vie du mouvement me semblant massivement ailleurs

pourquoi chercher chez moi la « contre-information » qu'on peut trouver ailleurs ? Alors, chère lectorate, si vous n'êtes pas tenue de m'être infidèle et de me préférer la presse "monopolistique" ou les blogs "défecteurs", lisez-moi plutôt sans songer un instant que mon « instrument » puisse grossir la « défection ». Dans mon émeute cérébrale je n'en suis pas encore à prendre la grosse tête

Evil or Very Mad


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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Dim 9 Déc - 12:40

mise à jour permanente

gloses au centre d'une réalité

L'État comprime et la Loi triche,
L'impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s'impose au riche ;
Le droit du pauvre est un mot creux

L'Internationale

« Ce qui est réel est rationnel »
Hegel, Préface à la philosophie du droit

action vs "cortège funèbre obsolète et dérisoire"
une manifestation, un cortège, avec tête ou sans, n'est même plus une action. Les Gilets jaunes ont perdu en "manifestant" ce qu'ils avaient gagné en bloquant les flux, peut-être sans le savoir... Ils vont perdre encore plus en faisant de la politique pour la démocratie directe de leurs fantasmes, RIC & Cie

chabbat insurrection ?
« Cette colère est celle de la France qui travaille. »
Édouard Philippe devant l'Assemblée naitonale, 5 décembre

si l'on accepte l'idée qu'il y a eut insurrection, force est de prendre acte qu'elle fut hebdomadaire, le jour de repos assigné au septième jour de la semaine de travail, le samedi, qui commence dès la tombée de la nuit du vendredi soir. Élément fondamental de sa religion, il est observé par beaucoup de travailleurs.

du "parti de la trouille" au New-Deal
« C’est la tolérance aux destructions et aux violences de rue
qui s’est considérablement affaiblie dans les cent dernières années. »

CONTRIBUTION À LA RUPTURE EN COURS, MAILLONS FAIBLES

formidable : dérivé de formido, peur, terreur, effroi

formidable capacité du pouvoir à retourner la situation et à dessiner le compromis restructuré dans la réciprocité de la dynamique revendicative et interclassiste :

- changer "le rapport de forces" physique, d'abord par la stratégie policière, casser la casse, avec 1 723 interpellations dont 1 220 gardes à vue la plupart préalables ont contribué à « ramener l'apaisement », soit 1 manifestant sur 100, énorme au vu de la proportion des "casseurs"

« Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants,
la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi,
et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée. »

Déclaration des droits de l'homme de 1789, article 14
cité par Gérard Noiriel ici

- puis idéologique, « retisser cette unité nationale par le dialogue, par le travail, par le rassemblement », » en miroir de celle réclamée par les Gilets Jaunes : « rendez-nous notre France »

- en même temps qu'économique, Le Maire ayant donné le ton suivi du MEDEF, « diminuer les impôts » : que demande le peuple ?

« Quand il y a de la haine, c'est qu'il y a aussi une demande d'amour. »
Emmanuel Macron à ses conseillers

- déblayer le terrain pour le "retour" politique de Jupiter, jamais parti à Baden-Baden s'assurer de la loyauté de l'armée comme de Gaulle fin mai 68, un Macron discret mais qui n'a pas cessé d'écouter et même là d'entendre ce qui était en jeu, et qui viendra demain siffler la fin de la récré, sur la base même de ce qui s'est produit : il va « faire du sur-mesure » dit Griveaux ici ce matin, comprendre à la taille des gilets

- "les routiers sont sympas"
et sans attendre, flux débloqués, FO et la CGT des Transports ayant fait ce qu'il faut en accord avec le gouvernement pour lever un appel à la grève, ça roule, ma poule : « Les poids lourds sont exceptionnellement autorisés à rouler cette nuit et ce dimanche en France, pour permettre l'acheminement des marchandises sur les sites stratégiques et le retour des chauffeurs à leur domicile » décision des préfets des sept zones de défense et de sécurité en France

« On va réfléchir à un truc pour samedi prochain », Éric Drouet*, 8 décembre 22h

* relevons que la montagne de sa mise en cause pour supposé appel au putsch (Schiappa) accouche d'une souris : pas de suite judiciaire, voir Communiqué de DROUET et son avocat. La mise en scène a joué son rôle dans la trouille. Il est achevé

sur les réseaux sociaux, le calme revenu le palabre a repris, et le brainstorming pour l'organisation de l'Acte V, sans considérations de ce que dira Macron demain soir, comme si ça n'avait aucune importance, « le combat continue, on ne lâche rien », la revendication initiale, la taxe sur es carburants, ayant disparu, l'objectif est devenu plus politique mettant en évidence le vide de son contenu, la démocratie directe via un référendum d'initiative citoyenne (RIC)

aux urnes, citoyens, signons nos pétitions

Priscillia Ludovsky, inititiatrice de la pétition de février, avait donné le ton dès jeudi 6 décembre
SONDAGES REVENDICATIONS. Je donne les résultats actuels des votes en ligne
1- Pour ou contre un système de Référendum d'Initiative Citoyenne ? En vue de mettre fin à un système de démocratie représentative et laisser place à un système de démocratie participative. Pour 22.000, 96,55%
2- Pour ou contre la Création d'une Assemblée citoyenne ? Pour 50.000, 93,75%
3- Revoir à la baisse le pourcentage de toutes les taxes relatives aux produits/services de premières nécessités. Pour 18.500, 98,13%
4- Réduction significative des salaires des membres du gouvernement; Suppression des privilèges, Contrôle des notes de frais. Pour 20.000 98,24%
scores soviétiques et poudre de merlin pinpin contre le "système", les privilèges des seuls "riches" visés : les membres du gouvernement, dont il s'agit de baisser les salaires, et non de relever ceux d'en-bas, très compréhensif du message de Roux de Bézieux. On ne sait pas encore si l'entrepreneuse compte ses cosmétiques en ligne comme de première nécessité



Message à ceux qui n’ont plus leur carte d’électeur
ALLEZ VOUS INSCRIRE AVANT LE 31/12
si nous obtenons la victoire un référendum risque d’être présenté
on devra donc voter en masse sinon notre combat aura servi à rien


panneau sur le site La France en colère à 12h10


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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Lun 10 Déc - 21:21

3h06, complété

- 1. points de vue, images du monde
- 2. il a parlé, et après ?

2. il a parlé, et après ?
quoi de neuf sous Jupiter ?

il a parlé, au bout d'une longue mise en scène et de l'orchestration des derniers jours. Il n'a pas parlé pour ne rien dire, mais pour garder le cap sans rien lâcher contre les patrons, les augmentations annoncées étant allégées de charges (100 € sur le Smic en prime d'activité non en salaire, retour aux heures sup de Sarkozy supprimées rétablies par Hollande), non obligatoires (primes salariales) et imputables à l'impôt d'une façon ou d'une autre, sans oublier la TVA sur les produits dont le prix augmentera. Hormis ceux d'en-haut qui sont totalement épargnés (sic), seront sans doute satisfaits, et donc calmés, ceux qui bénéficieront de ces mesures, dans les couches moyennes en termes de revenus.

quant au Smic, cela dépend aussi de la situation familiale. Quant aux chômeurs, s'annonce la police du travail, qui est l'axe idéologique de ce discours (« vivre mieux de son travail »), et n'auront rien de plus ceux qui n'ont déjà rien. Quant aux retraités (CSG), me voilà donc riche avec mes 2.000 € mensuels, et payant déjà plus d'impôts que pendant mon activité et un salaire de 3.000 € (au passage, l'analyse que j'avais esquissée "salaires # revenus" laisse à désirer, on a bien une revendication sur le salaire à laquelle il n'est pas répondu. Dans les termes de TC, elle n'est pas redevenue 'légitime')

ce qui concerne la gouvernance n'est pour l'heure que promesse de concertations, au demeurant plutôt contradictoire avec le style du personnage, l'essence même du pouvoir macronien, qui n'a rien de girondin, et même fort peu de républicain, comme le montre un tel discours dans la bouche du Président de la République qu'on eût plutôt attendu et entendu, il y a quelques trente ans (sous Mitterrand et même Chirac) dans celle du premier ministre. Pourquoi ces considérations qui n'ont rien de 'marxistes' ? Parce que c'est aussi en ces termes anti-monarchistes que s'est exprimée la révolte jaune dans ses références à la Révolution française :



la politique se mène selon l'idéologie, non selon nos désirs révolutionnaires

si Macron2 a parlé des violences, il n'a rien dit sur celles de sa police, et le cadre annoncé laisse attendre que le tournant anti-Gilets jaunes est appelé à se généraliser à toutes protestations d'où qu'elles viennent, à commencer par la jeunesse, puisqu'il faut bien que générations se fassent (Ségolène Royal à propos des humiliations à Mantes-la-Jolie : « Ça ne leur a pas fait de mal, à ces jeunes, de savoir ce que c'est le maintien de l'ordre, la police, de se tenir tranquilles. Ça leur fera un souvenir. Et c'est pas mal pour leur redonner le sens de la réalité. »)

je n'ai pas écouté les réactions, mais gage que celles des gilets jaunes* suivront les lignes de la satisfaction relative au cas de chacun.e.s. Le mouvement continuera, affaibli, et peut-être plus 'prolétarien', dans le sens où c'est en dessous des couches moyennes que rien ne va changer socialement. Plus politique aussi, mais il y a peu de chances qu'il sorte de ses balises populistes, avec ou sans leader, vain combat pour le référendum d'initiative populaire (RIC), Le Pen ou Mélenchon. Rendez-vous aux européennes, puisque c'était aussi l'inquiétude de Macron : si des gilets jaunes saisissent son idée de listes citoyennes hors partis, il aura fait le coup de Mitterrand contre la FI et le RN !

* Éric Drouet a lancé une discussion sur Facebook par ces mots : « Trop peu Trop tard Après trop de violance et de mépris !!! À samedi !!! »

que ma lectorate veuille bien m'excuser de ce service théorique minimum, je n'attendais pas grand chose, mais ce soir j'ai la nausée

PS : s'il y a encore des gauchistes pour me lire, foutez-moi le camp !

1. points de vue, images du monde

la vérité sort de la bouche du NPA
La vérité pour Adama a écrit:@laveritepradama, il y a 5 heures

Cette photo entre Assa Traoré et Edouard Louis, c'est un projet politique à elle toute seule !




Chouard, excellent utilisateur d'Internet
l'avantage et le succès de Chouard chez les gilets jaunes, c'est que son populisme de 'démocratie directe' est indépendant de tout parti et peut être repris ouvertement, à la différence du populisme de droite (Le Pen, Dupont-Aigan, Lassalle, Asselineau...) ou du populisme de gauche (France Insoumise, ~PCF...) puisque leurs militants, notamment d'extrême-droite, sont tenus d'avancer masqués (c'est pourquoi l'extrême-gauche et les antifascistes les démasquent). La revendication du Référendum d'initiative citoyenne (RIC) peut séduire toutes les composantes de ce mouvement et au-delà, un sacré sac de nœud idéologique en perspective. Le RN et la FI sont évidemment inquiets de leur possible percée aux européennes (cf sondage européennes gilets jaunes), et c'est pourquoi ils font ressortir que leurs programmes reprennent largement leurs revendications (Mélenchon veut être «récupéré» par le mouvement, mais aussi Fabien Roussel (PCF) aux «gilets jaunes» : «Rencontrons-nous, «convergeons»)


Étienne Chouard ‏ a écrit:@Etienne_Chouard, il y a 3 heures

Bonne nouvelle : [je suis] invité demain 19 h chez Taddéï sur @RTenfrancais, pour parler des #GiletsJaunes & de vraies revendications démocratiques, comme 1 puissance populaire directe, via le RIC, pour que les pauvres puissent enfin se défendre contre les riches.


Blog du Plan C
Pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens

Invité demain chez Taddéï, sur RT France, pour parler des #GiletsJaunes


"Marianne battue retire elle-même son bâillon…
Elle va bientôt apprendre à instituer elle-même sa propre puissance.
Fil Facebook correspondant à ce billet"


les amis de nos amis sont nos amis
Contretemps est une revue no-trotzkiste dans la mouvance du NPA, de la revue Période, etc.
Contretemps.web a écrit:@SRContretemps  il y a 3 heures

Soutien total à Julien Coupat !


lundimatin a écrit:@lundimat1

Exclu: Après 2 jours de GAV, Julien #Coupat et son ami Julien B. vont être déférés pour "groupement en vue de commettre des violences ou dégradations". Le parquet et le ministère assument donc cette arrestation purement préventive et scandaleuse. #IlVaYAvoirDuSportEtDuMonde

en sus d'un gilet jaune (obligatoire), on a trouvé « un masque de chantier et des bombes de peinture » dans la voiture de Coupat

ce que ne disent pas ses amis, c'est s'il est, ou s'ils sont, partisans de leur usage pour des slogans sur les murs et dans ce cas lesquels. Non que je veuille par là prouver qu'il s'agissait d'armes de la critique par destination, mais que leur défense, comme lors du procès du "groupe de Tarnac", me semble reposer sur la mise en cause de la vérité judiciaire, et policière, autrement dit exiger "justice", comme on dit "justice pour Adama !", voire "la justice avec nous !"

c'est de bonne guerre bien sûr, ils ne méritent pas pour ça la prison, mais en même temps, ça pisse pas loin

on attend de voir s'il y aura autant de monde pour défendre les gilets jaunes qui se sont fait prendre par inexpérience, que pour cette vedette de l'insurrection qui est venue à l'insu de son plein gré

à contretemps ou décalage horaire des clowns de l'avant-garde ?
Verso Books est l'éditeur de Joshua Clover, Riot. Strike. Riot
Gilets Jaunes : le "nationalisme vert" qui vient ?
Commune a écrit:@commune_mag


Commune a retweeté Verso Books
"These two problematics—global circulation of populations and ecological crisis—will not simply serve as occasions to consolidate state power but are certain to converge, over the next decade, into something like “green nationalism”  
Ces deux problématiques — circulation mondiale des populations et crise écologique — ne serviront pas simplement des occasions de consolider le pouvoir de l’État mais sont appelées à converger, durant la prochaine décennie, vers quelque chose comme un « nationalisme vert »  

l'article de Clover est de 2016...
Dough a écrit:@FarmOnDharma

En réponse à @VersoBooks @bookofriot

The article implies that the Chicago Reader article is current, but in fact it was written in 2016. Otherwise an interesting take on the riots.
L’article laisse entendre que celui [de Joshua Clover] pour le Chicago Reader est actuel, alors qu'il a été écrit en 2016. Néanmoins intéressant sur les émeutes.

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch le Mar 11 Déc - 22:17

mise à jour permanente, un ajout en bas

l'économie politique ramenée à l'essentiel par Roux de Bézieux, patron du MEDEF : "Les mesures annoncées hier soir par Emmanuel Macron répondent à l’essentiel des demandes." Europe 1
avec en contrepoint le premier ministre : « Les mesures visent à faire en sorte que le travail paye » source

1. au cinquième pas de la valse
2. et les Français dans tout ça ?
3. le référendum qui vient... et sans exclure l'insurrection

3. le référendum qui vient... sans exclure l'insurrection

Etienne Chouard : «Le référendum d’initiative populaire est la cause commune des Gilets jaunes»
à écouter pour comprendre le tournant politique en cours dans le mouvement


on pourrait le définir comme un populisme démocratique radical, un pur citoyennisme, ou autres labels conceptuels dont nous sommes experts. L'important est de saisir ce qui se passe afin de s'y situer en théorie comme en action. Avec ce sac de nœuds idéologique, ce n'est pas de la tarte. Avec nos repères de classe, avec ou sans critique écologique, l'analyse du cours actuel du capitalisme, nous ne pouvons y voir qu'une chose, ça n'en parle pas. C'est un projet complètement vide de contenu, mais la forme en est un : « une puissante constituante du peuple » qui nous rappelle la multitude de Toni Negri...

2. et les Français dans tout ça ?

Sondage OpinionWay-LCI : une majorité de Français d'accord avec les mesures annoncées par Emmanuel Macron
Après l’allocution d’Emmanuel Macron lundi 10 décembre, une majorité de Français estiment que les mesures annoncées par le président répondent bien aux revendications des Gilets jaunes, et jugent que le mouvement doit s’arrêter. (déduction hâtive ? Je n'ai pas trouvé cette question dans le sondage...)

dans ce mouvement somme toute peu massif sur le terrain, le "soutien" de l'opinion a pesé d'un point considérable, mais on n'a sans doute pas assez dit qu'il était aussi composite que les gilets jaunes eux-mêmes, lourd d'oppositions qui sont en train d'apparaître

ce sondage est toutefois contredit par un autre : 54% des Français souhaitent la poursuite des actions des "gilets jaunes", en baisse de 12 points par rapport à fin novembre Odoxa pour Le Figaro et France.Info : « Ils sont aujourd'hui 46% des sondés à vouloir un arrêt de ces actions. »
Parmi ceux qui souhaitent la poursuite des blocages et des manifestations, ils sont 81% dans les rangs des sympathisants de La France insoumise et 81% dans ceux des sympathisants du Rassemblement national. La majorité des sympathisants des autres partis politiques veulent l’arrêt des actions des "gilets jaunes" (52% chez Les Républicains, 61% au Parti socialiste et 88% à La République en marche). Les cadres sont 61% à vouloir que cela cesse. À l'inverse, 63% des ouvriers et employés veulent que le mouvement continue.
ces chiffres confirmeraient une "prolétarisation" sinon du mouvement de son soutien

1. au cinquième pas de la valse

l'intervention du Président accélère une "structuration" des gilets jaunes différente de celle qui était en question comme organisation verticale pour une représentation du tout. Des lignes de partage et divisions apparaissent selon des objectifs prioritaires pour les uns ou les autres. En le prenant tel que cela s'exprime, entre contenus et formes, entre revendications et politisation, inventaire à la Prévert :

- le pouvoir d'achat
- la démission de Macron
- la représentation pour la négociation
- le référendum d'initiative citoyenne (RIC, Étienne Chouard nouveau gourou, via Fly Rider qui l'a affiché en haut de sa page)

- la sortie du mouvement par les "modérés" (Jacline Mouraud : "sortir intelligemment du mouvement")
- la poursuite de l'action entre blocages locaux et montée à Paris (Eric Drouet et La France en colère...)

- la constitution d'un parti politique
- une liste aux européennes (Hayk Shahinyan...)
- etc.



cela se brasse dans un mélange où l'on retrouve la tripartition décrite par le texte contribution à la rupture (lundimatin), et conduit à la structuration de groupes, du moins sur les réseaux sociaux et par l'entremise de figures dans les médias devenant des leaders objectifs, autour desquels se structurent ces groupes. Les objectifs à courts termes se rangent dans des visées plus politiques en drainant toujours l'existant, populismes de droite et de gauche, et nouveau, "pur" populisme de démocratie directe et dégagisme sans perspective

Alain Corne, de Carbure, reviendrait-il à plus de réalisme ? Chez son facebook avec une discussion intéressante dessous
vers 9h
Nous voilà pris entre deux feux : celui de la répression pure et simple, voire de l'écrasement d'une part, l'Etat ayant reculé ceux qui insistent sont des séditieux. L'opinion y est préparée par les médias et le discours de fermeté de l'exécutif. Et d'autre part la politique, avec le "Macron démission" et le fameux référendum d'initiative populaire réclamé par le RN et qu'on entend partout. Cette voie politique est aussi celle de l'écrasement, avec les populistes venant fatalement au pouvoir, autant dire qu'on risque de salement morfler côté gauchistes, et encore pire dans les quartiers et pour les migrants.

Dans le moment actuel, le populisme au pouvoir signifie la poursuite des politiques d'austérité avec un vernis compassionnel et une polarisation sociale féroce entre "les autres et les nôtres", comme ils disent. Dans "le peuple" le prolétariat n'est autorisé à exister que comme force de travail humble et honnête, et à condition de n'être ni femme (en tant que femme on est mère, basta), ni homosexuel, ni Noir ni Arabe, ni étranger, ni chômeur, ni délinquant, etc. Si on en reste, comme c'est probable, à ce face à face politique entre peuple et Etat et à une bagarre sur la légitimité démocratique ça va fatalement mal tourner à mon avis.

Je doute fort que ça se transforme au point que des masses de prolétaires aillent simplement chercher ce dont ils ont besoin au lieu de réclamer d'autres médiations. L'espoir, bien faible, est peut-être dans le pourrissement et le maintien et l'extension des barrages, mais honnêtement on dirait que maintenant les rôles sont solidement distribués. Advienne que pourave désormais

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch Hier à 21:17

la fréquentation de ce sujet augmente de jour en jour, ~175 par post en moyenne, plus de 200 pour les derniers. Comme on dit : merci de votre confiance et, d'accord ou pas, de votre intérêt

comparaison : il est plaisant de constater comment, sur les réseaux sociaux, chaque groupe "apolitique" de Gilets jaunes fait la chasse aux sorcières des autres : allégeance au "non-leader", insultes et menaces contre le dissident ou "l'infiltré", dénonciation de "trolls", suppression de posts, unité contre les tendances et risques de fractions... On se croirait chez qui, à votre avis ?

1. discuter avec des gilets jaunes malgré les difficultés, pourquoi pas, mais comment ?
2. brèves avec ou sans comptoir

2. brèves avec ou sans comptoir

19h40
Onfray mieux d'en rire
Grandeur du petit peuple, par Michel Onfray RTFrance 10 déc. 2018
J'aurais pu écrire ce tract [ramassé dans une rue de Paris et envoyé par un ami] auquel je ne retranche rien ! Il est la feuille de route de la démocratie directe. C'est sur ce projet positif, concret, dynamique, qu'il faut désormais travailler. [...]
C'est simple, clair, net, direct et programmatique : la démocratie directe ; un gouvernement d'union nationale constitué en dehors des partis politiques parce qu’ils sont discrédités et qu'ils guettent la récupération ; une baisse des taxes et des charges pour la population la plus éprouvée [...]


18h00
gilets jeunes du bled
59 nouvelles interpellations de lycéens en Val-de-Marne 94Ciyoyens.Com aujourd'hui
on ne peut pas être partout, même de loin. Là j'y passe matin et soir, devant le lycée Picasso. Hier matin, les fils ont cogné à ma vitre pour m'enjoindre de passer au rouge, je les gênais dans leurs œuvres. À ce moment-là, les lycéens étaient simplement rassemblés devant le lycée

Jamais autant de lycéens n'ont été interpellés en si peu de temps en Val-de-Marne. Après 50 vendredi dernier et 60 ce lundi, encore 60 lycéens ont été envoyés en garde à vue ce mardi, pour être soit relâchés soit déferrés à un juge pour mineurs.
Par rapport à lundi, les débordements n’ont toutefois pas eu lieu au même endroit. Créteil est resté calme tandis qu’à Fontenay-sous-Bois, de nouveaux débordements ont eu lieu devant Pablo Picasso. Des interpellations ont aussi eu lieu au Kremlin-Bicêtre, à Villejuif, à Villeneuve-Saint-Georges, à Cachan…
17h45
infos : les blocages continuent !

17h35
la fuite avare-haine
En plein mouvement des "gilets jaunes", le Sénat vote l’allègement de l'"exit tax" et indigne la gauche
"C'est-à-dire que ceux qui fraudent et qui sont susceptibles de recevoir une amende, eh bien finalement il y a un vote qui fait que ces gens ne vont pas être sanctionnés", a critiqué Olivier Besancenot
17h15
la peur est une idée nouvelle en Europe, c'est Just ?
Espagne : Pedro Sanchez augmente le salaire minimum espagnol de 22%

16h50
économie politique suite
Primes exceptionnelles : Total, LVMH et d’autres grandes entreprises répondent à l’appel de Macron Le Monde
LVMH, Kering, Publicis, Valeo… Dès mardi, plusieurs grands noms du CAC 40 se sont empressés d’annoncer qu’ils apporteraient leur écot. Egalement réactive, la direction de Total a proposé un versement de 1 500 euros à ses personnels français, couplé à une hausse des salaires de 3,1 %. Dans les télécoms, Altice et Iliad envisagent, eux, une prime de 1 000 euros. Chez Orange, elle serait de 500 à 1 000 euros ciblés pour les salariés gagnant moins de 30 000 euros brut par an.
voilà une preuve que si le mouvement n'est pas que revendicatif, il s'agit de tout faire pour qu'il le reste

16h40
RIC racket
je suis bloqué sur le compte tweeter Gilets jaunes : Une seule revendication: le #RIC maintenant ! @Civis_Ryais, un militant de Chouard depuis avril 2017. Je n'y avais fait qu'une remarque sur la représentativité dont il se prévalait

15h50
le vrai "complot" n'est pas au départ mais bien à l'arrivée, c'est ce qui se dit surtout dans les groupes GJ/réseaux sociaux
Après l'attaque de Strasbourg, des politiques demandent l'arrêt des «gilets jaunes» : ils ne sont pas des masses, LR, LREM, RN... mais ça suffit pour le service propa du Figaro
l'ineffable Fly Rider en live : « Dites-vous bien que le mec qui veut faire un attentat vraiment, il attend pas qu'il y ait 3 personnes dans une rue le soir à 20 heures, il va au milieu des Champs-Élysées quand il y a des millions de personnes et il se fait exploser » "Non-leader" dont la page est suivie par 135.000, il attend 1000 pour commencer à parler, ça monte à plusieurs milliers dont la plupart suivent béatement, comme le gourou qu'il a tenté de leur vendre, et puis le RIC, avec plus de succès...

15h15
du rififi tactique droite-gauche dans le populisme
Wauquiez et Le Pen lâchent les "gilets jaunes", toujours soutenus par Mélenchon France.Info 12:37
"Mon souhait est qu'il n'y ait pas de manifestations samedi 15 décembre", a déclaré Laurent Wauquiez, président de LR. "Le meilleur moyen de changer la situation, c'est par le vote. La révolution doit se faire dans les urnes", s'est exclamée Marine Le Pen, députée RN.
"Ils ont intérêt à continuer pour essayer de faire céder Emmanuel Macron", estime Éric Coquerel, député LFI. Mardi après-midi, Édouard Philippe a répété qu'il maintiendra le cap des réformes quoi qu'il arrive. Environ 54% des Français souhaitent la poursuite du mouvement des "gilets jaunes".
14h40
Acte V Gilets jaunes : la place des femmes et LGBT est dans la lutte Femmes en Lutte 93



13h40
grèves
- Grève générale annoncée en Belgique vendredi
- La CGT-Spectacle lance un appel à la "grève illimitée" à compter du 18 décembre, c'est le lundi après l'Acte V
- Grève Nationale de la Fonction publique vendredi 14 décembre, dégâts collatéraux pour les bourges Les Républicains : dans la commune de Rambouillet, sont pas loin d'êtres des Versaillais
- PSA Poissy : un scoop, ou la classe ouvrière aux tripes, la presse n'en parle pas encore
« sans nous , pas de voitures, et sans voitures, pas de profits [...] moi si vous voulez le badge CGT, je l'enlève...»

Gilets jaune pour dénoncer l'enfumage des annonces de Macron hier, et dire la nécessité de se mobiliser dans les entreprises pour faire plier les grands patrons et le gouvernement par la grève ! Premier rendez-vous, la grève de vendredi 14 décembre

13h20
pas de quoi en faire un complot, mais coïncidence, ça tombe à point sur les ronds-points, d'autant que certaines des mesures de l'état d'urgence post-janvier 2015 (Charlie Hebdo...) sont rentrées dans le droit concernant la "radicalisation" en général et donc politique en particulier
Fusillade de Strasbourg : trois et douze blessés, la France passe en « urgence attentat »

12h48
signalés, en français
- Sur cette révolte en général et sur celle des Gilets jaunes en particulier Temps critiques 10 décembre 2018
la Révolu­tion de 1789 est une référence du mou­ve­ment2. Mai-68 apparaît aussi en fili­grane à tra­vers des références au caractère d’événement que cons­ti­tue­rait le mou­ve­ment des Gilets jaunes comme on a pu parler de « l’événement 68 »
2. C’est d’ailleurs la seule référence expli­cite à une révolu­tion avec celle sur la Commune ou des doc­tri­nes com­mu­na­lis­tes (cf. L’Appel de Commercy) qui appa­rais­sent par­fois sur quel­ques écri­teaux dans les mani­fes­ta­tions. Aucun dra­peau rouge. Très peu d’Internationale, même chez ceux qui l’enton­nent systémati­que­ment d’habi­tude.

- La représentation démystifiée
- De la revendication particulière à une révolte plus générale
- Le retour des « lascars » de banlieue
- Un corps collectif en formation
- Que faire ?
Quelques constatations
- un texte d'André Dréan (Peter Vener) qui ne casse pas trois patte à un canard
Réfléchir, pour ne pas fléchir et pour agir via Mondialsme.org 5 décembre 2018

12h37
signalé, en anglais
“The Gilets Jaunes have blown up the old political categories” 11 décembre, ROAR Magazine, « un trimestriel de l’imaginaire radical, offrant des perspectives de base sur les lignes de front de la lutte globale pour une démocratie réelle. »

12h26
trouvé quelque part


11h51
économie politique
Macron : « Je demanderai à tous les employeurs qui le peuvent de verser une prime de fin d'année, qui n'aura ni impôts, ni charges »
PDG de Total a écrit:Patrick Pouyanné @PPouyanne 22:36 - 11 déc. 2018

Après une journée d’écoute & de débats et compte tenu des bons résultats de @Total en 2018, nous proposons à nos organisations syndicales une enveloppe globale d’#augmentation de +3,1 % et une #prime exceptionnelle de 1500 € pour tous nos salariés en France.
hé bien, les travailleurs français de Total n'auront pas eu besoin de faire grève, la supposée "classe moyenne" a pour une fois lutté pour eux par procuration. Et quelle victoire pour les syndicats de Total remis en selle par l'État et leur patron ! Au passage, notons que ce non-Grenelle est un peu à l'envers de 1968

11h34
Des militants CGT menacent de déchirer leur carte
[La décision de se rendre à la réunion convoquée à l’Elysée lundi matin] a semé, selon Le Parisien, « la colère dans les rangs des militants, partagés sur la position à adopter samedi vis-à-vis ’’de tous ceux qui se battent dans rue pour vivre dignement’’ ». Le journal affirme : « C’est raté ! Ils jettent de l’huile sur le feu et se coupent de la base. Catastrophique dans une période aussi mouvementée » se désole un responsable syndical cégétiste opposé à la décision prise par son syndicat de ne pas être aux côtés des Gilets jaunes. « ’’Ils sont inconscients !’’ lance un autre gradé mécontent, cette fois dans les rangs de FO. »

« Sur les réseaux sociaux, de nombreux militants CGT menacent même de déchirer leur carte. » Le Parisien continue : « On savait qu’on ne pouvait pas compter sur eux ! » résume dépité l’un d’eux. « Ce sont des traîtres ! » twitte rageur un autre. Des réactions qui n’ont pas surpris de nombreux militants syndicaux. Sur le terrain, à la CFDT comme chez FO, une partie de la base se disait désorientée. Dans les rangs de la CGT, c’est même une véritable déflagration de colère qui a suivi l’envoi du communiqué. « Chez nous aussi c’est l’insurrection ! On est en train de se vendre au gouvernement. La CFDT nous a bien utilisés dans cette affaire » s’emporte l’un d’eux. »

« C’est un signal catastrophique envoyé à toutes celles et ceux qui luttent. Nous mettons en danger nos militants » dénonce l’Union régionale des Bouches-du-Rhône au travers un mail adressé à Martinez. « En cas de refus nous prendrons toutes nos responsabilités », quitte à aller jusqu’à désavouer le patron de la centrale de Montreuil, explique le communiqué vu par le Parisien.

1. discuter avec des gilets jaunes malgré les difficultés, pourquoi pas, mais comment ?

à titre d'exemple, si j'argumente contre le RIC, ce n'est pas pour convaincre les anarchistes ou les partisans de la communisation. Dans un échange long et pénible mais toutefois instructif sur facebook, hier soir :
petit gaulois a écrit:oui, en effet si tu appliques les "idées " de Chouard dans un seul pays, celui ci se fera littéralement bouffer par les autres et les financiers de toute sorte. ça c'est un truc à faire au niveau mondial, pas dans un seul pays. maintenant pour le RIC ce que je reproches également, c'est que cela peut en fait représenter un danger tout bonnemnet pour le pays et sa population à vrai dire. le RIC n'est pas uniquement fait pour faire de bonnes choses. imagine que l'on puisse lancer un RIC par exemple pour supprimer le droit à l'avortement, rétablir la peine de mort (moi je suis pour mais c'est pas la question), ou après une campagne médiatique massive te bourrant le crane, ne fuse que sur la question de manger de la viande ou pas.....; le RIC pourra être employé "pour le bien" du pays et du peuple, mais absolument rien n'interdit de s'en servir pour faire passer des intérêts personnels, financiers...., moi avoir le RIC, je suis pour en fait, mais avant de l'appliquer à un pays, surtout comme la france, il faut évaluer les risques surtout que cela peut entrainer car en france, la population est loin d'être homogène et une partie du peuple français n'a tout simplement pas la même base civilisationnelle ou/et religieuse. dans un pays où c'est le cas, c'est risqué d'avoir un RIC à vrai dire car c'est la partie du peuple qui au final fera le plus d'enfants qui dominera l'autre et imposera ses choix via le RIC tout bonnement. ce n'est pas pour 20/30 ans que le RIC sera en place, mais pour 200/300 ans et plus, il faut faire une évaluation des risques avant de mettre en place un RIC sinon c'est purement et simplement suicidarie. pourquoi ça marche en suisse, parce qu'ils ont une population homogène et de la même base civilisationnelle tout simplement.
Patlotch a écrit:C'est vrai, le RIC c'est une coquille vide, on peut y fourrer ce qu'on veut, et le gouvernement par la majorité, sous le capitalisme en plus, au secours !

Ça marche en Suisse ? Pour des "votations" sérieusement bridées sur toutes questions institutionnelles et budgétaires, impôts... Id. en Italie, aux États-Unis...
petit gaulois a écrit:concernant étienne chouard faut dire ce qui est, c'est un utopiste qui voit la société idéale, mais la société idéale n'existe pas tout simplement. c'est un rêveur tout simplement mais qui voit son rêve dans la société pour ainsi dire parfaite. il est sur la lune car il ne voit pas que ce qu'il propose ne pourra pas être la panacée à tout dans la société actuelle.
Patlotch a écrit:Chouard n'a surtout rien compris à ce qu'est le capitalisme, alors les rêves de démocratie directe et dans un seul pays qui plus est, ça vaut pour ceux qui y croient, comme les promesses.
je pourrais en citer des kilos comme ça, qui ne valent certainement pas une discussion sur un rond-point, mais beaucoup des intervenant.e.s sur facebook y vont aussi, et l'on y trouve bien des échanges représentatifs de ces situations. Il est extrêmement difficile de s'y glisser, et l'on a conscience alors de la distance qui nous séparent par le langage. Je pense que cela explique largement la déconnexion des gauchistes quand ils s'adressent au gilets jaunes comme autrefois aux prolos à la porte des usines. Il me semble que là réside une incapacité de la théorie conceptuelle à redescendre sur le plancher des luttes, et la raison pour laquelle elle ne le fait pas

j'ai signalé Jean-Louis Roche, du Prolétariat universel, marxiste dogmatique s'il en est, qui du fait qu'il a participé depuis le début aux actions des gilets jaunes, fait des remarques des plus intéressantes même s'il ne parvient pas à les intégrer en cohérence avec ses certitudes programmatistes. C'est tout de même un comble que des militants aussi "retardés" sur le plan théorique en viennent à être plus attentifs à ce qui se passe que des vieux croûtons de la théorie de la communisation qui prétendent avoir dit l'essentiel en 1979 : « ça tient la route » ? Pas en tout cas les ronds-points, que les flics sont d'ailleurs en train d'évacuer

et maintenant, il y a des gilets jaunes qui me lisent. D'accord ou pas, il arrive que nous nous comprenions et nous respections comme parties prenantes d'une lutte et d'un débat en français même truffé de fautes d'orthographes, pas en sabir théoriciste de "happy few". C'est déjà ça

pour revenir à Roche et au débat peuple vs prolétariat, il exprime quelque chose que j'ai expliqué longuement avec Isabelle Garo quant au double sens de peuple, national ou populaire au sens de ceux d'en-bas (voir à propos de la citation en exergue de Dauvé/DDT21, de sa déformation et de son attribution anachronique à Marx, le 4 novembre ici)
Le Prolétariat universel a écrit:Le terme peuple peut être un fourre-tout, Marx l'emploie souvent, et pas péjorativement même quand il met en avant la spécificité du prolétariat. Pour les marxistes bègues, peuple = nation. Archi faux. Nous ne sommes pas obligés, comme les gauchistes ignares et obéissants, de croire que la notion de peuple et de culture d'un peuple est forcément nationaliste.
il se trouve que dans ce mouvement, elle est les deux en même temps, populaire et le plus souvent nationaliste, serait-ce au niveau européen, un "chez nous" élargi (cf les anti-Marrakech). Si tu discutes avec des gilets jaunes sans l'avoir en tête, tu te fais virer comme tu le mérites

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Re: avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale

Message par Patlotch Aujourd'hui à 0:07


la conglutination populiste sans leader
du mouvement des gilets jaunes

conglutiner (CNRTL) : Assembler deux ou plusieurs corps à l'aide d'une substance visqueuse; en particulier épaissir un liquide ou une liqueur afin de le rendre visqueux et collant comme de la glu

au-delà de ce groupe, le mouvement semble se conglutiner autour du Référendum d'initiative populaire ou citoyenne, un populisme sans leader pour le moment*
* ça c'est pour faire chier le savant de Marseille RS, de Théorie Communiste, voir ici, comme ce sujet qui a reçu autant de clics en un 4 semaines que tous ceux de dndf en 10 ans, sauf un : "la soute", haut lieu de la théorie en cave

ric, rac et patatrac

conférence de presse à 13h
Versailles, face au 1 rue du Jeu de Paume




le resserrement à 4 revendications est directement inspiré par Étienne Chouard
via Maxime Nicolle, alias Fly Rider
source
Le serment du Jeu de paume est un engagement solennel d’union pris le 20 juin 1789 à la salle du Jeu de paume, à Versailles, par 300 députés du tiers état, auxquels s'associent certains députés du clergé et de la noblesse lors des états généraux de 1789. Ils firent le serment de ne pas se séparer avant l’élaboration d’une Constitution. Cet engagement, dénué d'existence juridique dans le cadre de l'Ancien Régime prévalant encore, a un fort impact symbolique et politique, qui en fait un moment décisif des préludes de la Révolution française.

Jacques-Louis David, 1792


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