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THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS

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Message par Florage le Lun 16 Mar - 6:25

bien qu'avec un titre différent, RAPPORTS HUMANITÉ-CAPITAL-NATURE et CONJONCTURE PANDÉMIQUE est la suite de cette théorisation communiste, qu'elle prolonge, complète et réactualise dans la crise
CAPITAL, ÉTAT, VIRUS
suivi de
I. LE CORONAVIRUS COMME RÉVÉLATEUR
D'UNE CRISE GLOBALE DE LA CIVILISATION CAPITALISTE


THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Corona-chuang

texte écrit avant de savoir que Macron interviendrait lundi soir et ce qu'il annoncerait. Posté chez dndf en commentaire de Contagion sociale / Guerre de classe microbiologique en Chine, Revue Chuang, 1er mars 2020
(peut-être pas le bon sujet, mais pas à moi d'en créer un plus adéquat)

on peut quand même s'inquiéter qu'il soit plus facile d'importer une analyse sur la situation en Chine que d'en proposer une sur ce qui se passe chez nous, concernant le rapport entre capitalisme et épidémie, et dans cette merde la fonction de l'État français pour préserver "en même temps" l'exploitation (travailler), la reproduction du prolétariat (manger) et la démocratie politique (voter), car tout y est, de façon concentrée et concentrationnaire

quelques miens tweets sur la situation récente en France (version augmentée pour plus de clarté) :

1. se déplacer uniquement pour travailler, manger, et voter : l'idéal de la démocratie et de l'économie politique du capitalisme réalisé grâce au coronavirus

2. à deux jours d'intervalles on aura eu l'incitation à voter et l'armée dans la rue pour assurer le confinement total. Le retard à annoncer ce qui s'est déjà décidé hier avant consultation d'experts demain n'est que double discours d'État

3. "en même temps" on envoie les "citoyens" aux urnes et l'on fustige leur promenade dans les parcs et les marchés alimentaires, "en même temps" on pousse au confinement chez soi et l'on montre du doigt ceux qui stockent de la nourriture pour éviter des courses quotidiennes à risque, tenus qu'ils sont de télétravailler, se nourrir eux et leurs enfants

4. la "distanciation sociale" serait-elle à géométrie variable selon qu'elle arrange ou non le monde politique et celui des affaires ? Le capitalisme repose sur l'exploitation du travail et la reproduction des travailleurs plus leur embrigadement démocratique

5. une vérité qu'il ne faudra pas dire, et qui relève de la seule analyse radicale et communiste c'est que le démocratisme et le citoyennisme de tous les partis y compris d'extrême-gauche auront provoquer plus de morts que souhaitable

bon, c'est un peu taillé à la serpe, mais on pourrait relever dans les interventions ministérielles et de dirigeants politiques quelques pépites d'une "Union sacrée" qui va beaucoup plus loin que ne le dit sa critique de gauche parce que sa dimension politique a une fonction idéologique qui lui échappe, union sacrée à laquelle au demeurant participe très activement un Mélenchon des plus soumis, ou un Poutou des plus rangés

quant à la critique de ce texte, c'est peu de dire qu'un raisonnement par l'absurde sur les perspectives communistes peut aussi devenir un raisonnement absurde, remarque qui m'a valu un "like" de Chuang...

plus prosaïquement, il y aurait une bonne étude comparative à engager, comme l'on dit marginalement quelques médecins, entre les mesures d'État et leur rythme chez nous et celles prises en Chine, à Taïwan ou au Japon, avec la réaction et les comportements de populations beaucoup moins obsédées par la démocratie politique et moins enclines à jouer les "rebelles" en gueule. Tout ça pour prendre, avec un retard meurtrier, des mesures considérées comme propres à la dictature

désolé que ce ne soit à ce stade guère plus clair dans mon esprit que je ne l'expose confusément ici. Je pense qu'il y a matière à un sujet spécifique, et qu'il n'y a aucune raison que la critique radicale se sente mal à l'aise, à condition de ne pas plaquer des présupposés analytiques faisant fi de réalités plutôt complexes

I. LE CORONAVIRUS COMME RÉVÉLATEUR
D'UNE CRISE GLOBALE DE LA CIVILISATION CAPITALISTE
- quant aux comportements socialement égoïstes, autant collectifs qu'individualistes, il n'a pas fallu attendre l'incivisme face au risque de se contaminer soi et les autres. Cf sur la route et dans la rue, d'automobilistes, moto- cyclistes, trottinettes et piétons...

- l'exemple est montré en proportion massive par les "élites" du "tout pour ma gueule" et dont les sourires ravageurs le revendiquent cyniquement. Gueules qui remplissent les écrans et la litanie de procès au cours incessant, de bas en haut de la société : vous voulez des noms ?

- la crise éthique du capitalisme accompagne sa crise économique et politique au stade d'une crise de civilisation, un critère d'appréciation historique réside dans le fait que toutes les classes sociales sont atteintes : il n'y en a pas une pour sauver les autres

- c'est ainsi que, sinon l'apparition, la propagation du coronavirus comme les réactions de défense, ou pas, des États et des populations, sont un indicateur d'une crise globale de la civilisation capitaliste déjà cernée par la critique radicale en termes de diagnostic sinon de solutions

- il serait faux de considérer que la classe dirigeante et dominante, la classe capitaliste, en serait inconsciente, elle est la mieux placée pour savoir ce qu'elle fait et pourquoi, et les ravages que cela produit au-delà de l'humanité même, dans le vivant. La différence avec ceux qu'elle exploite et domine sous tous aspects de la vie sociale et des rapports avec une nature considérée comme ressource à exploiter, c'est qu'elle doit résoudre le problème de pouvoir continuer à le faire. Cela même était perceptible dans l'intervention de Macron jeudi dernier


Dernière édition par Florage le Dim 7 Juin - 13:40, édité 9 fois

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Message par Florage le Lun 16 Mar - 12:43


II. LA CRISE DANS LA CRISE
III. SUR LA LÉGITIMITÉ DE MESURES "ANTI-DÉMOCRATIQUES"
II. LA CRISE DANS LA CRISE
il y a bien sûr, dans la tradition marxienne de Critique de l'économie politique, sous-titre du Capital de Marx, la veille sur la crise économique supposée situation favorable à la révolution prolétarienne. Si je ne m'inscris pas dans cette vision optimiste de la lutte de classes et réductrice de la perspective communiste, je ne nie pas l'importance d'une crise de reproduction globale du capitalisme

je ne suis pas armé pour jouer les devins quant à La crise qui vient, et ne suis plus disponible pour faire cette analyse, que je relaie donc à d'autres, dont je me contenterai de signaler les textes

la première idée qui vient est de comparer la situation économique actuelle et ses risques à la précédentes crise de 2008. Voici un court texte de France Culture qui donne quelques repères


En 2008, la qualité des dirigeants et la coopération entre eux; notamment au G 20, a permis de limiter les dégâts. Cette fois, les dirigeants ne sont pas à la hauteur et les Etats manquent de solidarité entre eux. On est mal partis...

L’épidémie de COVID-19 est partie de Chine, comme la crise des subprimes avait pour origine les Etats-Unis. Cette dernière crise, celle de 2008, avait été provoquée par l’imprudence des grandes banques américaines, incitées par l’Etat fédéral à prêter à des emprunteurs trop fragiles, désireux d’acquérir des maisons. C’était, à l’origine, une crise financière : les banques, insuffisamment capitalisées, avaient brusquement cessé de se faire mutuellement confiance.

Les instruments, utilisés lors de la crise de 2008, ne sont pas adaptés à celle qui vient
La crise actuelle n’a rien à voir. Elle est causée par l’interruption prolongée de l’atelier du monde, la Chine, puis par la mise en panne progressive de l’activité économique, dans des pays de plus en plus nombreux. C’est une crise des chaînes d’approvisionnement, trop éparpillées par la mondialisation, trop dépendantes de l’atelier chinois. Un choc de production.

C’est pourquoi les solutions qui ont été déployées pour lutter contre la crise de 2008 ne sauraient conserver leur efficacité face à celle-ci. Comme l’ont montré, chacun à leur manière, les économistes Kenneth Rogoff, Barry Eichengreen et Daniel Gros, les politiques budgétaires, de stimulation de la croissance par la dépense publique et monétaires, de baisse des taux d’intérêt, ne seront pas d’une grande efficacité. La FED vient d’annoncer qu’elle baissait les siens à zéro. Ayant tiré ses dernières cartouches, ne peut descendre plus bas. Quant à la dépense publique, elle est handicapée dans de nombreux pays par le niveau inquiétant des dettes publiques déjà accumulées.

Une crise de l'offre, et non pas de la demande, comme en 2008

Mais le problème ne vient pas tant de la demande, que de l’offre. Ce n’est pas l’argent qui va le plus manquer, mais les biens et les services à la disposition des consommateurs. On risque de se trouver face à des pénuries, qui pourraient se traduire par des hausses de prix et donc une flambée d’inflation.

Le précariat en première ligne
Il faut aider d’urgence le précariat, écrit Raghuram G Rajan, l’ancien gouverneur de la Banque de réserve indienne. Dans nombre de pays, les personnes travaillant dans l’économie de plateforme n’ont pas accès aux mutuelles et renoncent à se faire soigner.

James Galbraith écrit que les Etats-Unis sont très exposés, car si le pays est bien équipé sur le plan hospitalier, des millions de gens sont mal assurés, ou pas assurés du tout, illégaux, ou simplement réticents à aller consulter, pour cause de reste à charge. « Dans une pandémie, écrit-il, toute personne contaminée est un danger pour tous les autres. »

Des dirigeants pas à la hauteur
Reste, comme l’écrit un autre économiste, Anders Aslund, que cette crise du coronavirus est en train de conjuguer ses effets à d’autres problèmes, créés, eux, par des décisions politiques inadéquates.

La première est la guerre du pétrole. Face au refus des Russes de reconduire leurs quotas de production, les Saoudiens ont répliqué en inondant les marchés. Résultat, les prix du brut se sont effondrés. Le baril retombant à 34 dollars. Il y a dix ans, nombre de prévisionnistes nous assuraient que les prix dépasseraient durablement les 200 dollars au tournant de la décennie, pour cause d’épuisement des ressources…

Cet effondrement des cours, combiné à l’annonce de Trump que les Etats-Unis suspendaient l’entrée des Européens sur leur sol, a précipité une série de crises boursières. « La combinaison de du ralentissement de la croissance provoquée par le coronavirus, et la panique financière signifie qu’une récession mondiale est virtuellement certaine », écrit Aslund. Elle va provoquer des faillites, non seulement de PME, mais aussi de sociétés importantes. Les compagnies aériennes et voyagistes sont, évidemment, en première ligne, étant donnée l’interruption de leurs activités.

En 2008, poursuit Aslund, le monde a eu la chance de pouvoir compter sur des dirigeants nationaux décidés à coordonner leurs efforts afin de rétablir les circuits financiers et à restaurer ensemble la croissance. George W Bush a réuni le G 20 dès novembre à Washington, afin d’organiser cette riposte collective. Barack Obama a organisé, sitôt élu, le sauvetage des banques américaines et il s’est engagé à maintenir l’ouverture américaine au commerce international.

Cette fois, la situation est, hélas, très différente. Le leadership américain est aux abonnés absents : la crédibilité internationale de Donald Trump est très faible. Et l’accord bipartisan, qui existait au Congrès en 2008, n’est plus au rendez-vous à Washington. Quant au G20, il est en ce moment présidé par l’Arabie saoudite. En pleine guerre des prix du pétrole, l’autorité morale de ce pays n’est pas des plus reluisantes.

La coopération internationale nécessaire n'est pas au rendez-vous

La crise nécessiterait pourtant, comme en 2008, une coopération internationale sans arrière-pensées.

Comme l’écrit Raghuram Rajan, « les pays qui ont obtenu des résultats relativement satisfaisants dans la gestion de l’épidémie, tels que la Chine et la Corée du Sud, devraient partager leur expérience, afin d’inspirer le comportement des autres."

Mais cette crise de production se double d’une crise de la demande : pour ralentir la progression du coronavirus, les Etats restreignent les possibilités de consommer. Il faut tout mettre en œuvre pour contrer la dépression qui vient. Mais les moyens disponibles apparaissent plus limités que la dernière fois…

À ÉCOUTER AUSSI
Réécouter Coronavirus : une crise économique pire encore que celle de 2008 ?

17 mars, 7:12
III. SUR LA LÉGITIMITÉ DE MESURES "ANTI-DÉMOCRATIQUES"
la crise du coronavirus aggravant celle du capitalisme est particulièrement propice à la critique théorique radicale de l'économie politique dans la tradition de Marx et à l'analyse de la fonction de l'État, démocratie ou dictature, en Europe comme en Chine ou partout ailleurs

les pays dits "communistes" à régimes "autoritaires" relèvent bien sûr de l'économie politique capitaliste. La comparaison avec les "démocraties occidentales" permet de vérifie que, confrontés à une crise mettant en cause leur fonctionnement "normal", ils tendent à réagir identiquement, et, par conséquent, que la raison essentielle en est la nature capitaliste de l'économie et de l'État

16 FOIS PLUS DE MORTS EN ITALIE QU'EN CHINE rapportés à la population
un rapide calcul ce matin :
- CHINE : 1.386.000.000 hbts, 3200 morts, 0,023 pour 1000
- ITALIE : 60.000.000 hbts, 2158 morts, 0,360 pour 1000
- FRANCE : 67.000.000 hbts, 148 morts, 0,021 pour 1000

l'aspect le plus rapide et le plus choquant la sensibilité européenne démocratique est le paquet de mesures brutales prises, d'abord en Italie, puis en Espagne et en France, et qui s'étend à toute l'Europe communautaire habituée depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, et à l'exception d'épisodes propres à chaque pays (en France la Guerre d'Algérie), à l'exercice de "libertés démocratiques" concernant notamment le droit de circulation

des mesures anti-démocratiques jugées légitimes par le grand nombre dans le consensus démocratique

il faudra remplir une attestation sur l'honneur, si j'ai bien compris à chaque sortie et selon la destination, visée en cas de contrôle par la police. Ce qui éclairerait l'objectif réel : dissuader les gens de sortir par le simple fait d'avoir à remplir un papier à chaque fois

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dans le contexte de la « Guerre contre le Covid-19 » (Macron 16 mars 2020), il est certain que ces mesures, toutes choquantes qu'elles seraient en d'autres circonstances, tel par exemple qu'en réponse à des émeutes (novembre 2005) ou des luttes sociales (grèves et manifestations massives depuis le début du siècle, récemment Mouvement des Gilets Jaunes, Lutte contre la Réforme des retraites), ces mesures font globalement l'objet d'un consensus, étant considérées comme indispensables à la préservation de la santé du plus grand nombre : la légitimité dont il s'agit, à la limite du droit, est toute subjective, accordée par l'immense majorité des "citoyens", définis en essence comme la base même de l'existence de la "Société civile" face à l'État (Marx, écrits de jeunesse)

il est trop tôt pour connaître les éventuelles oppositions politiques, puisque à l'heure où j'écris ces lignes, elles ne sont pas encore entrées en vigueur, et il est probable que les gauchistes ne manqueront pas de sortir leur couplet sur le fait que l'État instrumentalise l'épidémie pour s'en prendre aux libertés publiques et particulièrement à celle de manifester. L'appel, bien que controversé au dernier Acte des Gilets Jaunes en pleine montée du danger sanitaire, en a donné une idée, mais il était équilibré par celui de toute la classe politique, y compris les mêmes gauchistes, à se rendre aux urnes

du point de vue de notre critique radicale, nous ne pouvons nous permettre une telle légèreté d'analyse, mais constater que dans une situation de mise en danger de sa raison d'être, l'État du Capital ne recule devant aucune mise en cause de ses propres règles démocratiques de fonctionnement, selon le principe "à situation exceptionnelle, État d'exception"


« Le confinement forcé met nos économies dans une situation semblable à celle d'une guerre. »
Mario Centeno, président de l'Eurogroupe, le 16 mars
SputnikFrance « Situation semblable à celle d'une guerre », le coronavirus met KO l'économie mondiale, 16 mars  

faire le rapprochement avec une situation de guerre n'est pas anodin de la part du Président de la République, bien que, lourdement répétée durant son allocution, face à l'ennemi virus, il ne s'agisse que d'une métaphore. Faire de notre point de vue ce rapprochement avec une situation de luttes disons "révolutionnaires" est tentant, mais à mon sens un peu rapide si l'on ne fait pas les distinctions essentielles et les rapprochements que j'ai rappelés en début de sujet : oui le virus menace le capitalisme en tant qu'économie politique, et c'est pourquoi l'État le combat sur cette base, et pourquoi aussi il rencontre comme alliés tous les partis politiques sans exception, au nom d'une démocratie qui n'est plus que de nom

tout au plus peut-on constater que l'État rencontre ici les mêmes alliés qui seraient les ennemis d'une tentative révolutionnaire insurrectionnelle. La guerre contre l'épidémie rencontre les mêmes adversaires que la guerre civile rêvée par les partisans de la communisation

(à suivre)


Dernière édition par Florage le Jeu 19 Mar - 3:33, édité 2 fois

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Message par Florage le Mer 18 Mar - 16:09

IV. ÉTAT ET CAPITAL, MÉDECIN ET FOSSOYEUR
V. LE RÔLE ÉCONOMIQUE DE L'ÉTAT POUR LE CAPITAL

LA CONTRAINTE AU TRAVAIL et LE RETOUR DES NATIONALISATIONS
V. LE RÔLE ÉCONOMIQUE DE L'ÉTAT
POUR LE CAPITAL
rien de nouveau sous le soleil, mais c'est le temps qui change
LA CONTRAINTE AU TRAVAIL
et
LE RETOUR DES NATIONALISATIONS
relevons comme fondement du rapport entre l'État et le Capital que l'intervention comme le désengagement du premier a toujours pour but la sauvegarde et le développement du second. La compréhension "de gauche" de ce rapport n'est pas communiste mais keynésienne, il en va ainsi pour les nationalisations, dont l'idée revient, voir plus bas
« Lorsque l'État intervient directement comme agent économique, le caractère productif ou improductif de ses activités ne peut être établi que par rapport à cette même norme. L'intervention de l'État ne change rien à la nature de l'économie de marché qui demeure fondée sur le profit. Elle n'est motivée au contraire que par la nécessité de compléter l'activité privée et de lui apporter un soutien dont l'objectif est son développement fructueux. L'activité étatique est donc productive si elle stimule le profit en général et favorise l'accumulation du capital. Improductive dans le cas contraire, elle constitue alors un fardeau pour le capital qui tôt ou tard visera à la réduire, à en modeler le fonctionnement sur celui de l’entreprise privée ou à la privatiser. »
Louis Gill, UCAQ, 2008
en attendant une analyse, quelques citations qui montre que la trilogie travailler, manger, voter pour le Capital, fonctionne dans l'injonction contradictoire, la même qui envoyait voter au nom de la démocratie envoie travailler au nom de l'économie
Bruno Le Maire, ministre de l'Économie
continuer à travailler pour faire tourner l'économie
"J'invite tous les salariés dont les entreprises sont encore ouvertes, dont les activités sont indispensables au bon fonctionnement du pays, à se rendre sur leur lieu de travail.

Nous allons apporter des solutions mais il faut que tous les salariés dont les secteurs d'activité sont encore ouverts, qui ne sont pas des restaurants, des bars mais des industries, de l'industrie agroalimentaire, de la grande distribution, se rendent sur leur lieu de travail pour assurer la sécurité économique du pays. Sécurité économique et sécurité sanitaire doivent aller de pair.

Il faut bien que nous puissions continuer à nous nourrir. (...) Il faut que les marchandises alimentaires puissent circuler, il faut qu'il y ait de l'électricité pour vous éclairer chez vous.

Nous devons assurer la continuité économique du pays... Nous protégerons notre patrimoine industriel... pas question de voir des grandes entreprises françaises disparaître."
BFMBusiness, 18 mars

des nationalisations envisagées face à la récession annoncée
Coronavirus : Bruno Le Maire n’exclut pas des nationalisations, Le Monde, 18 mars
Le ministre français de l’économie et des finances est prêt à voler au secours des grandes entreprises du CAC 40 malmenées en Bourse :

«... des recapitalisations, des prises de participation ou même des nationalisations si nécessaire. »

Les Herbiers. Contraints de travailler, des salariés d’ID Logistics ont débrayé
Des salariés de l’entreprise de textile ID Logistics, aux Herbiers, ont débrayé ce mercredi 18 mars. Ils refusent de continuer à venir travailler en raison des risques liés à la propagation du coronavirus COVD-19. Ouest-France


THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS MjAyMDAzYzY1MDA2ZjQwOTJkMThlM2JhNTgyNTE3MTBjYzU0ZTg?width=1260&focuspoint=50%2C60&cropresize=1&client_id=bpeditorial&sign=fe864e329e323ce3e2477059b858bbf97946b244434644fafae0cb78ff0fe6f9

RestezChezVous @DocArnica
- J’ai une patiente qui travaille à la chaîne dans une usine connue de confection de sièges auto . Ils sont au coude à coude et ça continue de bosser pour Ford sans aucune protection. Les gens toussent etc...,
@arcange
- Je bosse dans l industrie, ç est pareil ici, la direction refuse de mettre les gens au chômage partiel, l argent avant les gens...
@MMEletweet
- Dans les Vosges, des salariés ont refuser de continuer à travailler...
@MelanieL_E_M
- Pareil dans mon EHPAD. On se fait engueuler si on met un masque parce qu'il faut les économiser...
@leblat07
- A quoi s'attendre de la part des patrons ?

réponse des patrons :
Le Medef met en garde contre un arrêt de l’activité économique, Sud-Ouest, 18 mars

Patrick Martin, président délégué du Medef a mis en garde mercredi contre un arrêt de l’activité économique, y compris dans les secteurs essentiels. "Il y a eu dans tous les secteurs d’activité, y compris dans ceux très nombreux dont l’exploitation n’est pas interdite par les mesures sanitaires, un changement d’attitude extrêmement brutal des salariés"

Après l’allocution télévisée du président Emmanuel Macron lundi soir, "de nombreux salariés ont demandé à ce que leurs employeurs prennent des mesures d’activité partielle, sans quoi ils exerceraient un droit de retrait", a-t-il ajouté, se disant "très préoccupé" par la situation. "Cela met à l’arrêt la plupart des secteurs d’activité, dont ceux dont l’activité n’a pas été suspendue par les récentes mesures", a affirmé le responsable du patronat. "Les entreprises ne sont plus en mesure de poursuivre leurs activités sous la pression des salariés".

Trump lance un plan massif pour sauver l'économie américaine, Le Figaro, 18 mars
Son administration s'apprête à annoncer un ensemble d'aides pour les entreprises et les ménages les plus affectés par la pandémie, de l'ordre de 850 à 1000 milliards de dollars.

l'État, aujourd'hui, c'est au-delà du niveau national le niveau multinational, "chez nous" l'Europe :
- Coronavirus : la Commission européenne réfléchit à une suspension du pacte de stabilité, Le Monde, 18 mars
Bruxelles va aussi étudier la création d’obligations européennes destinées à financer la relance économique. Autre piste de travail : la possibilité d’utiliser le Mécanisme européen de stabilité, doté de 410 milliards d’euros.
- Coronavirus : la BCE débloque une enveloppe de 750 milliards, Le Figaro-Sciences, 18 mars
La Banque centrale européenne a annoncé mercredi soir le déblocage d'une enveloppe de 750 milliards d'euros destinés à des rachats de dette publique et privée pour tenter de contenir les répercussions sur l'économie de la pandémie de coronavirus.
Ces rachats, venant au-delà de l'enveloppe supplémentaire de 120 milliards d'euros pour 2020 décidée six jours auparavant, se feront d'ici à la fin de l'année, a précisé l'institution dans un communiqué publié à l'issue d'une réunion téléphonique du conseil des gouverneurs.


des deux côtés, État et Capital, cela tempère l'appréciation du commentateur de dndf cité précédemment :

Nononyme a écrit:Il est quand même curieux que se soit l’État qui force à l’arrêt du travail et au ralentissement de l’économie et non les ouvriers eux-mêmes… C’est comme une grève générale par le haut !

18 mars, 5:29
IV. ÉTAT ET CAPITAL, MÉDECIN ET FOSSOYEUR

THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Citation-malade-on-voulut-lui-faire-venir-un-medecin-et-il-declara-non-je-veux-un-fossoyeur-car-je-xavier-forneret-147122

« Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs.»
Marx et Engels, Manifeste du Parti communiste, 1847

« On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. »
Agnès Buzyn, médecin, ministre, et candidate, Le Monde

'se rendre à un enterrement est interdit'
Edouard Philippe, Premier Ministre, France 2, 17 mars
En annonçant le report du second tour des municipales le lendemain de la tenue du premier, le chef de l'Etat a involontairement révélé l'absurdité, pointée notamment par les médecins, qu'il y avait à maintenir ce scrutin, dimanche. "C'est l'erreur majeure principale d'Emmanuel Macron, c'est une erreur politique qui, à mon sens, ressurgira à la fin de l'épidémie quand on aura le bilan", assure Jean-Christophe Alquier, spécialiste en communication de crise. "Cela va marquer toute la classe politique, qui a fait preuve d'inconséquence sur ce sujet", ajoute-t-il. Emmanuel Macron a d'ailleurs dès à présent ouvert un pare-feu, en assurant qu'"un consensus scientifique et politique s'[était] formé pour maintenir le premier tour des élections municipales".
France Info, 17 mars

c'est une analyse que l'on retrouve, après les "révélations" d'Agnès Buzyn, dans la bouche de nombreux leaders politiques, Marine Le Pen en tête, et plus largement chez de nombreux commentateurs d'en-bas, dans les réseaux sociaux. Pour ce qui nous concerne, nous n'avons pas à distinguer les objectifs propres au personnel politique, ni même à considérer que telle opposition aurait fait mieux à la place du pouvoir actuel, puisque aucune n'a souhaité le report du premier tour, alors que des voix dissidentes d'épidémiologistes s'exprimaient conseillant le contraire des experts du Comité scientifique conseillant le Comité de défense de l'État. Rémi Salomon, président de la Commission médicale de l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris : « N’allez pas voter. »

un article scientifique des plus complets : Coronavirus : Agissez Aujourd’hui
Politiciens, Managers : Que Devez-Vous Faire, et Quand ?
, Tomas Pueyo, 8 mars
THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS 1*tOaIFFjLcMVlActT8uXmSw

un commentateur de dndf écrit hier :

Nononyme a écrit:Toutefois contrairement à la guerre ce n’est pas l’industrie de l’armement qui bat son plein mais celui de la santé… L’aspect éthique de la situation fait une grande différence dans le consensus…

Il est quand même curieux que se soit l’État qui force à l’arrêt du travail et au ralentissement de l’économie et non les ouvriers eux-mêmes… C’est comme une grève générale par le haut !

c'est aller un peu vite en besogne que de voir là une grève contrainte du secteur ouvrier, car le télétravail concerne potentiellement 8 millions de personnes, selon la Ministre du travail hier, soit 27% d'une population active de 30 millions, et par définition, tous ceux qui ont un travail manuel ne peuvent l'accomplir numériquement à distance, ce qui englobe toutes les activités de production/stockage/transports et distribution/vente de marchandises, donc particulièrement la nourriture, avec l'interface contaminatrice que sont tous les points de vente pour le personnel du commerce comme pour les clients/consommateurs

que ressort-il de tout ce méli-mélodrame, comme chantait Bobbi Lapointe ? Agnès Buzin, "en même temps" scientifique/médecin et politique/fossoyeur, exprime le mieux la conscience diffuse de la classe capitaliste d'être prise à son propre jeu, dans une logique incompatible avec la préservation du vivant, que ce soit ici les êtres humains, ou la nature du point de vue écologique : nous assistons au surgissement d'une contradiction profonde et essentielle du capitalisme

les politiques et citoyens qui affirment vouloir "régler les comptes des responsables politiques une fois passée la crise" ne feront qu'en choisir d'autres qui ne feront pas mieux la prochaine fois, pour autant que la situation ne se dégrade pas en une crise généralisée qui poserait la nécessité d'autre chose qu'une "résistance passive" consistant à rester chez soi pour sauver... le système


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Message par Florage le Jeu 19 Mar - 13:32

4:30, mis à jour
VI. CAPITAL, TRAVAIL, VIRUS
UN RAPPORT... DE CLASSES ?

dessous : le coronavirus sème la zizanie dans le BTP

suivi de : Macron demande aux entreprises et aux salariés de poursuivre leur activité

anonyme n°3 a écrit:... savoir ce qu’il en sera du rapport capital travail (et non-travailleurs exclus) est peut être prématuré, mais s’il y’a déjà des hypothèses, ça peut faire passer le temps du confinement…
dndf, 18/03/2020 à 17:53 #7
remarque préalable ici : personnellement, je n'ai pas pour habitude de faire de la théorie au doigt mouillé, c'est un boulot, un suivi en quasi temps réel, comme je l'ai fait pour les Gilets Jaunes durant un an, ce qui m'a permis de voir assez tôt où cela allait et de dire bien moins de conneries que beaucoup... À défaut d'enquêtes soi-même "sur le terrain", confinement ou pas,  on trouve dans la presse suffisamment de matériaux de qualité pour engager une analyse
la version de V. LE RÔLE ÉCONOMIQUE DE L’ÉTAT POUR LE CAPITAL publiée chez dndf et moins complète qu'ici, où figure LA CONTRAINTE AU TRAVAIL, autrement dit esquisse du rapport de classes à travers les positions exprimée par l'État, le patronat, et des salariés

"l'hypothèse" n'est pas nouvelle, et fréquemment exprimée y compris entre pays ou continents "riches et pauvres", selon laquelle les conséquences de l'épidémie sont et seront plus lourdes pour les classes inférieures, même si, comme note Anonyme n°3 « le problème pour les capitalistes, c’est qu’ils respirent le même air que nous, partagent la même planète, ont les “mêmes” besoins…», renvoyant à ma suggestion de « questionner le rapport capital nature ». Ce n'est d'ailleurs plus une hypothèse mais un constat*, et il tient à la nature potentiellement conflictuelle de ce rapport

en effet, le "rapport Capital-Travail" est d'emblée un rapport de classes par la fonction du travail pour le capital, retirer du profit (je passe ici sur la rigueur théoricienne), et ceci avant d'être un rapport de lutte de classes, un saut que font parfois rapidement les "marxistes". Or, dans le cas présent, on voit cette double propriété du rapport de classes s'exprimer immédiatement de façon quasi simultanée. Un article avec quelques exemples

Les riches à la maison, les pauvres envoyés au front ? Le sentiment d'injustice monte chez les non-confinés, Sibylle Laurent, LCI, 18 mars 21:20

THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Salarie-terrain-9a8a48-0@1x
GUERRE DES MONDES ? - Avec les mesures de confinement, se dessinent deux réalités pour les travailleurs : ceux qui peuvent se préserver, en télétravail, et ceux qui sont sur le terrain. Avec parfois, le sentiment d'y risquer leur santé.

"Quarantaine à deux vitesses : repos et loisirs pour les uns, précarité et risque sanitaire pour les autres." "Le confinement, c’est pour les riches." "On est 300 à bosser sur le site et les cadres sont en télétravail. Nous, qu’on se mette en danger, tout le monde s’en fout." Les riches à l’abri, les pauvres au turbin ? Les aisés, en télétravail depuis leur maison secondaire du bord de mer, les précaires à l’usine ?  La formule est caricaturale, mais illustre ce sentiment diffus qui pointe, depuis quelques jours, chez certains travailleurs de terrain : deux salles, deux ambiances. Ou plutôt, deux poids, deux mesures.

Car si Bruno Le Maire a appelé ce mardi, sur BFMTV, "tous les salariés des entreprises qui sont encore ouvertes, des activités qui sont indispensables au fonctionnement du pays, à se rendre sur leurs lieux de travail", pointe parfois, chez ceux qui sont mobilisés sur le terrain, l'impression d’être "envoyé au front", dans les usines, les bureaux, pour faire tourner la machine, et s’exposer, pendant que les autres, les confinés, préservent, au chaud et en télétravail, leur santé. Et tout ça pour très peu de reconnaissance.


- Khedidja Zerouali @khedidjabe 8:58 AM - Mar 18, 2020
Ce matin, un salarié d’une grosse usine de l’agro-alimentaire : «  Le confinement c’est pour les riches. On est 300 à bosser sur le site et les cadres sont en télétravail. Nous, qu’on se mette en danger, tout le monde s’en fout. »

- Mory Kush Powa @jahsensie 11:57 AM - Mar 17, 2020
Comme Chaplin l'avait décrit dans les Temps modernes ! Les ouvriers charbonnent pendant que le patron fait un puzzle à son bureau et ordonne à distance d'augmenter la cadence

Ils sont caissiers, ouvriers, préparateur de commandes, logisticien, travaillent dans les transports, le commerce, ce sont les invisibles, ceux qui travaillent dans les tréfonds des usines, ceux qui ont les mains dans le cambouis. D'après le ministère du Travail, c'est un peu plus de quatre emplois sur dix qui peuvent être exercés à distance. Mais dans la conjoncture actuelle, les remarques fusent : "On ne peut pas aller voir la grand-mère, ni la famille, mais par contre, vous pouvez aller bosser. Et empilés les uns sur les autres", dit un salarié. Lâchés seuls en première ligne ? L’incompréhension monte. Le sentiment d’injustice aussi. Tout ça prépare la colère, car ils se sentent en danger.

A la RATP, c’est un salarié affecté au Poste de manœuvre local, qui dit : "Nous sommes déjà 7 et j'ai déjà croisé plus de 15 collègues ! Je ne suis pas en train de dire que je refuse de travailler, je souhaite et j'exige des précautions pour nous protéger." A La Poste, c'est une employée qui travaille sur un site logistique, mêlant facteurs, colis et courriers, qui raconte l’inquiétude, et même la frayeur, qui s’insinue, peu à peu. "Un agent a signalé que son enfant avait 40 de fièvre et une toux, et que lui-même commençait à tousser. Il a demandé au chef de se mettre lui-même en quarantaine, il n’a pas voulu", nous confie-t-elle. "Donc, nous avons un cas possiblement porteur du virus avec nous. Un autre agent, dont la femme est suspectée de coronavirus, a été mis en quarantaine, mais personne au bureau n'est au courant, à part quelques-uns. Dans un bureau voisin, ils ont laissé partir une factrice avec de la fièvre en tournée."

En vérité nous sommes juste résignés à attendre la maladie- Une factrice

La Poste se veut rassurante : "Nous nous adaptons un peu tous les jours", indique-t-on à LCI, en insistant sur l'attention portée aux règles d'hygiène : "Seuls 1600 bureaux sont ouverts sur 7700 en France, nous faisons tourner les équipes avec certaines qui restent chez elles, pour ne pas exposer tout le monde. Et pour les 80% de facteurs qui continuent les tournées le matin, tout est fait pour qu'ils aient le moins de contacts possible: on ne fait plus signer sur les smartphones, on va se laver les mains chez les buralistes. Mais notre rôle est aussi de rassurer la population, il est hyper important."

Depuis le terrain, la factrice tique : "La seule consigne que nous avons est de ne pas faire signer les clients sur nos téléphones, raconte-t-elle. "Pour le reste, c'est comme si de rien n'était : nous n'avons pas de mètre de sécurité car c'est impossible à appliquer, nous continuons le tri côte-à-côte." Elle a bien reçu des gels hydroalcoolique, la semaine dernière, "mais en tournée il est impossible de s'en servir toutes les demi-heures où dès que l'on touche une lettre ou un colis" : "Nous n'avons aucun gant ni masque, on nous dit que le masque n'est pas obligatoire. Les voitures sont partagées et non désinfectées, nous sommes ensemble 6 jours sur 7 sans protection, nous touchons les sonnettes, les portes... " Elle est désabusée : "Nos chefs s'en fichent royalement, les syndicats nous disent que nous ne pouvons pas appliquer le droit de retrait car toutes les mesures de sécurité sont prises... Du gel hydroalcoolique  !" Elle en rit jaune, vert, bleu, elle en grince : "En vérité nous sommes juste résignés à attendre la maladie", reprend-elle. "Et pourtant, j'aime mon travail. Ils sont en train de nous dégoûter. Je suis tellement déçue."

C'est une dinguerie ce qu’il se passe. Les salariés vont bosser la boule au ventre -
Laurent Degousée, de Sud Commerce

Reste ce sentiment d’être envoyé au casse-pipe que perçoivent bien les syndicats, qui relaient depuis quelques jours ces inquiétudes. Que des commerces doivent ouvrir ? Aucun problème, c’est une évidence, pour Laurent Degousée, co-délégué de la fédération Sud-Commerces. "Je ne remets évidemment pas en cause le fait que, de Franprix à Carrefour, il faut que ce soit ouvert", explique le syndicaliste à LCI. "Mais les salariés travaillent dans des situations indigentes, malgré des mesures de protection extrêmement simples à mettre en œuvre." "C'est une situation d'incurie, avec impréparation complète du côté des employeurs et du gouvernement", pointe-t-il. "En première ligne, on a le service public et les soignants, mais aussi 700.000 salariés de la distribution alimentaire. Et c'est une dinguerie ce qu’il se passe. Les salariés vont bosser la boule au ventre."

Le syndicaliste raconte pèle-mêle les témoignages qu’il n’arrête plus de recevoir : "Cela va des gens qui n’ont pas de gants, à ceux qui en ont, mais des gants pour le pain qui se déchirent au bout de dix minutes, à ceux qui n’ont pas de masques, parce qu’on leur dit que c’est anxiogène. Ce sont encore des salariés qui doivent s’acheter eux-mêmes le gel hydroalcoolique. Et ceux qui, quand ils en ont, ils ne disposent pas de temps de pause pour se laver les mains." Il pointe aussi le non-respect des distances de sécurité, le fait qu'il n'y ait pas toujours d’agents de sécurité – alors que certains magasins ont vécu des incidents parfois violents... Ce sont, aussi des vitres de protection boutiquées avec du plastique et des films alimentaires... "Mais avant de vouloir fabriquer des vitres en plexiglas, donnez donc d’abord des gants !" martèle-t-il.

Ce qui entretient encore plus particulièrement le sentiment d’injustice, c’est qu’on "laisse ouvrir des activités qui devraient être fermées", souligne Laurent Degousée.  "Le 14 mars, on a un arrêté qui indique la fermeture des commerces non utiles. Le 15, un autre arrêté liste les exceptions : les magasins de vapotage ont le droit d’être ouvert, la jardinerie, animalerie, la téléphonie mobile… On  se moque de qui ?" Qu’est-ce qui est utile, qu’est-ce qui ne l’est pas ? Pour certains salariés ou travailleurs, la réponse est toute trouvée : ils sont sacrifiés pour des besoins non-utiles. Les livreurs de plateformes se considèrent ainsi comme des "travailleurs sacrifiables pour du récréatif".

La colère des salariés de terrain

Certains sites de production font face à une grogne des équipes, depuis quelques jours. Comme La Redoute, à Wattrelos dans le Nord où, explique 20 minutes Lille, 20 salariés ont débrayé mardi matin ; ou encore Amazon, particulièrement dans le collimateur des syndicats. Laurent Degousée y va à la sulfateuse pour "dénoncer l’attitude criminelle de la direction" : "La seule chose qu’ils ont, dans les entrepôts, ce sont des gants. Les mêmes qu’en temps normal, contre les coupures. Le respect de la distance minimale de sécurité, le fait de pouvoir se laver les mains, il n’y a rien. La seule mesure forte, c’est, à la cantine, de laisser un siège à côté de soi !"

De son côté, Amazon assure que la sécurité des personnels est "la priorité absolue", et souhaite aussi "pouvoir continuer à livrer les clients les plus touchés, dont beaucoup n'ont aucun autre moyen d'obtenir des produits essentiels." Et rappelle les mesures prises : nettoyage de tous les installations, désinfection des postes au début et à la fin des shifts, l’aménagement des lieux de travail pour garder une "distance sociale", la mise en place de "pauses échelonnées" pour réduire le nombre de personnes dans les espaces de restauration.

Pas suffisant pour la CFDT Amazon electrics : "Pour la direction, tout va bien, il faut travailler, quelques lingettes par-ci par-là, un peu de gel hydroalcoolique. Mais nous sommes des centaines de personnes à nous croiser chaque jour sur ces sites logistiques." Et dénonce au passage des petits coups de pression : "Amazon en est à proposer des augmentations de salaire temporaires, jusqu'au 30 avril, pour faire venir les salariés. Les services RH Amazon menacent également les salariés faisant usage de leur droit de retrait." Or, les syndicats appellent ainsi à ce droit de retrait : "L'activité d'Amazon n'est pas essentielle à la nation, les godemichets et DVD attendront quelques semaines pour être livrés", indiquait la CFDT dans un communiqué. D'autant que l'inquiétude sourd : "Plusieurs salariés Amazon sont désormais confinés chez eux car malades et suspectés de coronavirus", indique la CFDT.

Et le droit de retrait ?

Ce droit de retrait, souvent invoqué par les syndicats, reste délicat dans la pratique. Il est en effet prévu par le Code du travail, et permet à tout salarié de quitter son poste s’il s’estime soumis à un "danger grave et imminent", et que son employeur ne le protège pas. La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, puis la ministre du travail Muriel Pénicaud, ont redit début mars que ce droit de retrait ne pouvait pas être invoqué dans le cas de l’épidémie en cours, si l'employeur a mis en place les précautions de sécurité sur le lieu de travail. Solliciter son droit de retrait dans ces conditions, c’est donc s'exposer sur le moment à une perte de salaire. Qui pourrait être invalidée par les Prud'hommes, mais dans de long mois. Ce qui rend beaucoup de salariés frileux, comme le raconte cet employé de la RATP : "J'ai milité auprès de mes collègues pour un droit de retrait afin de réclamer des mesures adéquates aux instructions données et également pour avoir des réponses aux questions qu'on se pose. Ils sont tous d'accord avec moi mais personne n'est prêt à exercer son droit !"

Dans certaines usines, le rapport de force se fait en faveur des ouvriers. Est-ce un effet de l’exemple italien, où des usines de tous secteurs se sont mises en grève la semaine dernière pour obtenir des règles de sécurité strictes et des protocoles de sécurité ? Quoi qu’il en soit, le constructeur automobile PSA a annoncé lundi qu’il fermait ses usines en Europe. Renault a stoppé l’usine de Douai dans la foulée. Chez Amazon, la mobilisation est lancée : selon les syndicats, environ 200 salariés du site de Douai (Nord) ont fait valoir mardi leur droit de retrait. Mercredi, ce sont 50% des CDI qui ont fait la même démarche ou étaient en débrayage à Montélimar (Drôme). En attendant, la CFDT prêche dorénavant pour une sorte grève du zèle... par l'hygiène, en appliquant les consignes à la lettre : 1 mètre entre chaque salarié, du gel hydroalcoolique à chaque changement de chariot, s’hydrater toutes les 15 minutes, et donc prévenir son manager qu’on va aux toilettes, nettoyer ses outils dès qu’ils changent… "Amazon veut qu'on vienne bosser, faisons-le sans penser productivité."

THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Nous-ne-savons-plus
"Le président de la Fédération française du bâtiment FFB pour la Nouvelle-Aquitaine, également président de la commission sociale du syndicat professionnel demande au gouvernement un arrêt total de l’activité." Sud-Ouest
"Il y a la promiscuité, par exemple deux ouvriers dans un véhicule, comment fait-on ?", s’interroge Aline Meriau, présidente de la FFB45. "L’aménagement de règles de distanciation se révèle particulièrement difficile à tenir dans nos métiers du bâtiment. Je demande un arrêt complet des chantiers du département, sauf maintenance ou dépannage d’urgence (électricité, gaz, chauffage, eau chaude, fuites…). Que l’on soit tous confinés un temps, et ensuite on relance les chantiers. J’ai appelé les patrons de collectivités pour leur dire et je vais saisir le préfet et les parlementaires sur la question."
Le coronavirus sème la zizanie dans le BTP, Fabienne Leroy Batirama.com,  18/03/2020
Alors que les syndicats des entreprises de construction demandent à suspendre les chantiers, le gouvernement annonce que ces activités ne sont pas interdites.

La crise sanitaire inédite qui frappe le monde et le pays a plongé la filière de la construction dans le plus grand désarroi. Alors que le syndicat des négociants en bois et matériaux, FNBM, avait obtenu le maintien de l’ouverture de ses points de vente, pour satisfaire à la demande de sa clientèle professionnelle, les organisations syndicales de la construction ont demandé 24 heures plus tard, l’arrêt pur et simple de leurs activités, pour des raisons de santé et sécurité.

Un communiqué commun signé par la Capeb, la FFB et la FNTP demande en effet un arrêt temporaire des chantiers pour pouvoir s’organiser. « La santé et la sécurité des personnes est une priorité absolue pour les entreprises de Bâtiment et de Travaux Publics » fait valoir le communiqué.

"Face à des mesures de protection qui ne sont pas toujours assurées pour les salariés, en l’absence notamment de masques de protection, face à des donneurs d’ordre qui, de manière éparpillée, arrêtent certains chantiers, face à des difficultés majeures d’approvisionnement, face à certaines interventions des forces de l’ordre pour interrompre des chantiers, le BTP est confronté à une désorganisation, à des risques sanitaires et à une incompréhension mêlée d’inquiétude légitime à la fois des chefs d’entreprise et des salariés.

Pour rappel, le BTP emploie en France plus de 2 millions de salariés sur tout le territoire national. Il est de notre responsabilité collective de limiter au maximum les risques de propagation du coronavirus et de trouver avec le Gouvernement des solutions pour protéger la santé des salariés et assurer la poursuite de l’activité dans de bonnes conditions"
concluent les signataires du communiqué.

Pagaille générale sur les chantiers
Les syndicats de la construction n’ont pas tort : la désorganisation et la pagaille semble générale sur les chantiers, face aux incertitudes de la crise sanitaire. Une pagaille accrue par la diversité des situations rencontrées sur le terrain selon la typologie des chantiers et des acteurs en charge des projets de construction.

Si certaines entreprises de travaux ont rapidement pris la décision d’arrêter leurs activités au moins pour 15 jours, d’autres se posent encore des questions… tout en constatant des obstacles de plus en plus nombreux.

D’une part, l’approvisionnement en matériaux devient compliqué : certaines centrales à béton suspendent leurs activités de même que les gros acteurs du béton préfabriqué (Compobaie et Alkern ont fait part de leurs décisions de stopper leurs usines).

Comment garantir la sécurité des salariés sur les chantiers
D’autre part, il est difficile pour les entreprises de garantir la sécurité de leurs salariés vis à vis du virus sur les chantiers. « Est-ce simple ? demande Jean Balas, président du groupe Balas. Nous, dirigeants d’entreprises du Bâtiment devons prendre les mesures pour protéger nos salariés, respecter les consignes du gouvernement pour éviter tout déplacement, répondre aux demandes de nos clients, payer nos salariés et nos fournisseurs, expliquer à nos salariés l’explicable et en même temps réaliser la production indispensable à notre survie en attendant que l’état nous rembourse ou tout simplement nous paye nos factures dans les délais… Si vous avez une solution… »

De son côté, certains comme Nicolas Baudy, de Bati services, se demandent si le gouvernement connait bien les spécificités de l’activité du BTP. "Le gouvernement est-il au courant que pour se rendre sur chantier, une voiture ou camionnette avec plusieurs personnes à l’intérieur est nécessaire ? Est-il au courant que sur le chantier, nous pouvons éternuer dans nos gants et passer de la main à la main un outil" se demande l'entrepreneur.

"Est-il au courant que des surfaces métalliques ou en acier, comme des élingues ou encore les garde-corps sont touchés par des dizaines de personnes par jour ? ou que le matériel électroportatif se passe de la main à la min et non par e-mail ?" termine-t-il.

D’ailleurs, certains se demandent aussi qui doit prendre la responsabilité d’arrêter les chantiers en cours : maître d’ouvrage, dirigeant d’entreprise, conducteur de travaux, ingénieur de sécurité ?

Quel est le rôle des coordinateurs santé ?
Certains acteurs se renvoient la balle, ainsi tel architecte regrettant que les coordonnateurs SPS n’aient pas pris la décision de mettre fin aux chantiers en cours. Et ceux-ci de leur rétorquer que la réponse n’est pas simple compte tenu de la situation inédite.

« En effet, en tant que tel, le CSPS ne peut pas arrêter le chantier mais il peut faire cesser une situation de danger grave imminent conformément à son contrat. Il peut également jouer un rôle pour éviter « les risques », mais le risque du virus génère-t-il une obligation d’arrêt de chantier ? » s’interroge Eddie Gimenez de la société Secure coordination. Il est vrai que cette situation exceptionnelle n’est pas à ce jour mentionnée dans les textes.

Enfin, de leurs côtés, les négociants agissent en ordre dispersé : certains qui avaient décidé de maintenir l’ouverture de leurs points de vente ont finalement décidé de les fermer (dont Point.P chez SGDB) tandis que d’autres tentent de poursuivre leur activité, en appliquant les consignes sanitaires.

La fédération nationale des bois et matériaux explique dans un communiqué que les négociants « conscients de leurs devoir de civisme et de solidarité  souhaitent dans les délais les plus brefs, organiser la réouverture de leurs agences… ».

Les chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire refusent de fermer leurs portes malgré le peu de protection et la proximité entre les ouvriers - Vidéos CNEWS, JeanMarcMorandini.com, 18 mars
Les chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire refuse de fermer [complètement] leurs portes malgré le peu de protection et de la proximité entre les ouvriers. Mais la direction ne veut pas fermer les portes car les carnets de commandes sont pleins. une décision inacceptable pour de nombreux ouvriers mais aussi par les syndicats qui rappellent que l'Etat est actionnaire à plus de 80% de cette entreprise et que c'est ce même état qui demande aujourd'hui le confinement.

Sous la pression des syndicats et salariés, la direction des Chantiers de l’Atlantique a accepté hier de suspendre une grande partie de l’activité industrielle. Tous les ateliers de fabrication ont été mis à l’arrêt, y compris l’usine Anemos dédiée à la réalisation de sous-stations électriques et l’unité de production de cabines de Brais, près de Saint-Nazaire. Concernant l’armement du paquebot MSC Virtuosa, en achèvement à flot, ainsi que l’assemblage du Wonder of the Seas, le choix est laissé aux salariés de travailler ou non à bord. Ces mesures complètent celles déjà déployées depuis la fin de semaine dernière pour privilégier partout où cela est possible le télétravail. C’est le cas par exemple pour des fonctions administratives et aux bureaux d’études, où les équipes peuvent désormais travailler entièrement à domicile pour ceux qui le peuvent.

"Sous la pression des syndicats et salariés, la direction des Chantiers de l’Atlantique a accepté hier de suspendre une grande partie de l’activité industrielle. Tous les ateliers de fabrication ont été mis à l’arrêt, y compris l’usine Anemos dédiée à la réalisation de sous-stations électriques et l’unité de production de cabines de Brais, près de Saint-Nazaire. Concernant l’armement du paquebot MSC Virtuosa, en achèvement à flot, ainsi que l’assemblage du Wonder of the Seas, le choix est laissé aux salariés de travailler ou non à bord. Ces mesures complètent celles déjà déployées depuis la fin de semaine dernière pour privilégier partout où cela est possible le télétravail. C’est le cas par exemple pour des fonctions administratives et aux bureaux d’études, où les équipes peuvent désormais travailler entièrement à domicile pour ceux qui le peuvent." Mer et Marine

à peine le Ministre de l'Economie et le MEDEF se sont-ils exprimés que le Président de la République, en chef de querre-banquier vient sanctifier leurs vœux
Coronavirus : Macron demande aux entreprises et aux salariés de poursuivre leur activité, Le Figaro avec AFP, 18 mars 12h.

Emmanuel Macron a exhorté jeudi les entreprises et les salariés à poursuivre leur activité «dans le respect des règles de sécurité sanitaire», malgré les difficultés provoquées par la crise du coronavirus, selon l'Elysée.
A l'occasion d'une visioconférence avec le Premier ministre Edouard Philippe et plusieurs ministres, le chef de l'Etat a appelé à «la responsabilité civique des entreprises pour poursuivre leur activité lorsque cela est possible» et sur «l'importance pour les salariés des entreprises qui se sont mis en conformité avec les règles sanitaires d'aller travailler sur les sites de production», a précisé la présidence.


La Poste : « Il n’y a pas de raison d’exercer le droit de retrait », estime Bruno Le Maire
Le droit de retrait n’a pas lieu d’être, selon le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a estimé sur France Inter le 19 mars que « dès lors que La Poste garantit les bonnes pratiques ».

Cette réunion de travail, intitulée «Task force Économie», rassemble le Premier ministre et les ministres de l'Economie, des Comptes publics, du Travail, de la Transition écologique, et de l'Agriculture et Alimentation. Son objectif devait être d'examiner «les mesures adéquates» à prendre «face aux difficultés que rencontrent d'importants secteurs économiques pour assurer la continuité de l'activité, après le repli de nombreux salariés du secteur privé, dans le secteur de la production et de la distribution, qui appliquent les mesures de confinement», a précisé l'Elysée


Dernière édition par Florage le Lun 23 Mar - 9:54, édité 1 fois

Florage

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Message par Florage le Ven 20 Mar - 5:40

VII. REMARQUES MÉTHODOLOGIQUES, et critique de l'économie politique
VIII. ET LES FEMMES DANS TOUT ÇÀ ?
VIII. ET LES FEMMES DANS TOUT ÇÀ ?

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Face au coronavirus, les femmes davantage en première ligne que les hommes Rachel Knaebel, Bastamag, 16 mars 2020
La revue médicale The Lancet appelle les gouvernements à prendre en compte les conséquences particulières du coronavirus sur les femmes.

Les hommes auraient plus de risques que les femmes de mourir du Covid-19, selon les données encore parcellaires à disposition [1]. Mais ce sont les femmes qui sont en première ligne pour affronter l’épidémie. Elles composent l’essentiel des personnels soignants, au contact direct des malades, et courent donc davantage le risque d’être infectées.


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« Des données officielles chinoises indiquent que plus de 90 % des soignants de la province du Hubei [la région la plus touchée par le coronavirus en Chine] sont des femmes », relève la revue scientifique médicale britannique The Lancet. La proportion est similaire en France : parmi le million de personnes qui composent la fonction publique hospitalière, 78 % sont des femmes. Ce ratio grimpe à 90 % pour les infirmières et les aides-soignantes (pour les médecins, toutes spécialités, libéral ou hospitalier, le taux de femmes est de 45 %). Or, ce travail de soins largement féminin est « pour une grande partie non-payé ou sous-payé » pendant les crises sanitaires, pendant lesquelles l’État leur demande des efforts inouïs, sans forcément les protéger. Comme on le voit dans plusieurs hôpitaux français avec la pénurie de masques ou de vêtements adaptés et de solutions désinfectantes. Au même moment, les efforts de l’État en la matière se sont portés vers les bureaux de vote ce dimanche pour tenter de protéger assesseurs et votants.

« Les politiques de santé publique ne se sont pas intéressées jusqu’ici aux impacts genrés des épidémies. Ce n’est pas différent pour le coronavirus », écrit la revue, qui fait le point sur les effets genrés de l’épidémie de Covid-19 [2]. Et pourtant, « déterminer la manière dont les épidémies affectent différemment les femmes et les hommes est une étape fondamentale pour comprendre les effets des situations d’urgence sanitaire sur les individus et les communautés ».

Confinement, quarantaine et recrudescence des violences domestiques
La fermeture des écoles, une mesure prise en France comme dans de nombreux autres pays pour lutter contre la propagation, a aussi des effets spécifiques sur les femmes. Ce sont elles, souvent, « qui fournissent la plus grande partie des soins informels dans la famille, avec la conséquence de limiter leur travail et leur opportunités économiques ». The Lancet n’oublie pas de mentionner le statut encore plus compliqué et précaire des travailleuses domestiques employées dans un autre pays que le leur : « Les restrictions de voyage provoquent des lourdes incertitudes financières pour la plupart des travailleuses domestiques étrangères, dont beaucoup voyagent en Asie du Sud-est entre les Philippines, l’Indonésie, Hong Kong et Singapour ».

Autre conséquence pour les femmes, liée à l’instauration du confinement : en Chine, dans les zones mises en quarantaine, les femmes se retrouvent d’autant plus exposées aux violences conjugales. « Depuis que les gens sont confinés à domicile, les ONG ont signalé une augmentation de la violence domestique », écrit l’hebdomadaire britannique The Economist [3]. Un réseau a même été créé pour aider les victimes de violences pendant l’épidémie. Il s’appelle « vaccins contre la violence domestique ». Yuanzhong, une ONG basée à Pékin qui travaille sur les droits des femmes, a publié récemment un nouveau guide », qui inclut « des conseils comme "comment faire une demande de divorce sous quarantaine" ».

Les femmes en première ligne pour soigner, mais exclues des prises de décision

Lors de l’épidémie d’Ebola qui a sévi en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, et a tué, selon les chiffres officiels, plus de 11 000 personnes [4], « les normes de genre ont eu pour conséquence que les femmes avaient plus de chances d’être infectées par le virus, compte tenu de leur rôle prédominant comme aidants dans les familles et comme personnels soignants de première ligne », rappelle The Lancet. Dans le même temps, « les femmes avaient moins de possibilité d’être en position de prendre les décisions sur l’épidémie, leurs besoins ont été largement été ignorés ». Les moyens normalement attribués à la santé reproductive et sexuelle ont ainsi été redirigés, pour répondre à l’urgence sanitaire du virus Ebola. Ce qui a contribué à une augmentation de la mortalité maternelle, dans une région où ce taux est déjà très élevé.

C’est tout le paradoxe que souligne The Lancet : les femmes sont particulièrement exposées aux épidémies parce qu’elles sont largement sollicitées pour prendre soin des malades et pour gérer les familles. Pourtant, elles sont sous-représentées dans les instances qui prennent les décisions de gestion de la crise sanitaire. « En dépit du fait que le conseil exécutif de l’OMS [Organisation mondiale de la santé] reconnaisse le besoin d’inclure les femmes dans les prises de décisions pour répondre aux épidémies, la représentation des mêmes femmes aux niveaux nationaux et global dans les espaces politiques qui traite du Covid-19 est inadéquate », conclut la revue, prenant pour exemple la task force mise en place par le gouvernement des États-Unis pour lutter contre le coronavirus, composée en grande majorité d’hommes. L’article se termine par un appel : « Nous demandons aux gouvernements et institutions internationales de la santé de considérer les effets genrés du Covid-19, directs et indirects, et d’inclure les voix des femmes qui sont en première ligne dans la réponse à l’épidémie. » Sera-t-il entendu ?

Photo : © Anne Paq

VII. REMARQUES MÉTHODOLOGIQUES
et toujours la critique de l'économie politique
tant il est vrai, comme disait Desproges, qu'« on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui », il y a toujours dans cette discussion (dndf ou ailleurs) place pour l'humour, qui n'est drôle que s'il est juste, et pas une manière de planquer son incompréhension par de l'ironie à deux balles

en écrivant le 17 mars "la crise du coronavirus aggravant celle du capitalisme est particulièrement propice à la critique théorique radicale", j'avais en tête d'une part quelques critères d'analyse qui la distinguent d'une critique de gauche radicale, gauchiste, démocratique, voire tiquniste ou lundimatinesque, d'autre part la palette de désaccords qui hantent le milieu radical et communisateur autour des thèmes de la domination masculine, du racisme, de l'écologie et, au cœur du rapport de classes, les couches moyennes (cf celles, télétravailleuses, qui fuient les villes pour rejoindre leur résidence secondaire pour s'y retrouver comme en vacances)

par exemple, quand nous parlons de riches et pauvres, nous savons bien que cela ne définit pas le rapport de classes comme exploitation, mais davantage sur le versant virtuel, ou potentiel, de la paupérisation vs la prolétarisation comme cheminement inéluctable vers "sans réserves"

ce qui ressort d'ores et déjà de la situation, perceptible dans cette discussion, c'est l'importance de la trilogie posée au départ :
- rapport au Capital comme économie (travail, salariat, chômage, précariat...);
- vie et survie (nourriture et santé);
- rapport à l'État, et comme interface une Société civile anesthésiée politiquement, avec le citoyennisme et le civisme idéologiques comme injonction contradictoire : "Confinez-vous comme citoyens, mais pas comme travailleurs !", mesures de polices pour y contraindre, ce qui permet de relier le tout, d'aller plus loin que la dénonciation des "violences policières", mais sans considérer comme les gauchistes que la police et l'armée seraient, comme "bras armé du capital", le "dernier rempart" bla bla, car si ce n'est pas absolument faux, ça n'a d'intérêt que dans ce lien avec le tout des contradictions

trilogie capitale mais pas une raison pour enfoncer des portes ouvertes par des généralités, "on le sait bien, c'est la faute au capitalisme...". La fonction de la théorie est de comprendre au jour le jour la spécificité de la situation concrète, non de vérifier la justesse d'une analyse passée, et peut-être dépassée par les événements

vers une crise systémique de reproduction ?
en titrant au départ sur le coronovirus révélateur/accélérateur de la crise de l'économie politique capitaliste globale, j'avais en tête que l'épidémie pourrait aussi à terme être le déclencheur d'une crise de reproduction telle que celle imaginée par la Théorie de la communisation, crise favorisant une conjoncture de rupture. Alain de Benoist, dans une vidéo de RÉACnROLL (Causeur), avance ainsi l'idée que "Le coronavirus a peut-être provoqué une crise systémique" (pas écouté, c'est payant...)

à ce stade, constatons que les dirigeants capitalistes, économiques et politiques, sont très préoccupés par l'évolution de la situation économique

Coronavirus : la BCE s'attend à une récession "considérable" en Europe, L'Express avec AFP, 19/03/2020 à 21:41

La présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde a dit s'attendre à une récession "considérable" en zone euro en raison de l'impact de l'épidémie de coronavirus, dans une tribune à paraître vendredi dans plusieurs journaux européens. "Une grande partie de l'économie est temporairement à l'arrêt, par conséquent l'activité économique dans la zone euro va se contracter considérablement", a estimé la dirigeante française dans ce texte, publié notamment dans Le Figaro en France, le Handelsblatt en Allemagne, le Financial Times au Royaume-Uni, la Repubblica en Italie et El Mundo en Espagne. [étrange comme l'Europe se réduit dans cette situation, et comme le Royaume-Uni en fait toujours partie...]

LIRE AUSSI >> Coronavirus : "Le libéralisme sera la victime idéologique de cette crise sanitaire"

Cette tribune a été diffusée au lendemain de l'annonce par l'institut monétaire d'un plan massif de 750 milliards d'euros pour tenter de soutenir l'économie européenne face à l'impact de l'épidémie. Et si cela ne devait pas suffire, la BCE fera "tout ce qui est nécessaire dans le cadre de [son] mandat pour aider la zone euro à surmonter cette crise", car l'institution "est au service des Européens", martèle Christine Lagarde. La présidente française a pris ses fonctions en novembre et la crise du coronavirus constitue son baptême du feu.

Aux États de prendre le relais
Si la BCE a été amenée à sortir l'artillerie lourde mercredi soir, c'est parce que "les conditions financières dans la zone euro se sont nettement détériorées" ces derniers jours, et que "notre évaluation de la situation économique s'est assombrie", explique Christine Lagarde dans sa tribune. Le dispositif d'"urgence" face à la pandémie représente "7,3 % du PIB de la zone euro" et a pour but d'offrir une bouffée d'oxygène à une économie grippée par le virus.

Mais si la politique monétaire a apporté une réponse forte, "les politiques sanitaires et budgétaires sont au premier plan", met-elle en avant. Une manière d'appeler les gouvernements à délier eux aussi les cordons de la Bourse. Ses exhortations adressées aux Etats européens il y a une semaine, puis lors de réunions de l'Eurogroupe à Bruxelles, pour que ceux-ci apportent une réponse budgétaire coordonnée à la crise, sont restées pour le moment lettre morte.

"On attend le tsunami" : face au coronavirus, les hôpitaux au bord de la rupture
Sur la question budgétaire Emmanuel Macron est sur la même ligne que Christine Lagarde. "À nous, États européens, d'être au rendez-vous par nos interventions budgétaires et une plus grande solidarité financière au sein de la zone euro", a-t-il dit mercredi. Traditionnellement plus orthodoxe, l'Allemagne est plus prudente sur le sujet mais elle a mis de l'eau dans son vin. Selon des médias allemands, Berlin pourrait assouplir dimanche ses règles en matière budgétaire afin de pouvoir faire du déficit.

Florage

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Message par Florage le Dim 22 Mar - 10:11


“un nouveau classique de la théorie de la communisation.”

IX. SANS BLAGUE ?


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Agitations, @AgitationsToto
bienheureux les porteurs de masques, car le royaume des cieux est à eux
d'après Matthieu 5:3

* allusion à Un "Meeting Permanent" ! Sans Blague ? - François Danel, 19 juillet 2004, Meeting 2, 2005

la discussion complète chez dndf

dndf 20/03/2020 à 10:01 | #15
reconnaître et déplorer que c’est le texte de Chuang est le seul en circulation serait plus prudent, car cette affirmation doit faire sourire les théoriciens de la communisation comme ceux de ses partisans sérieux qui en connaissent les fondements, principales thèses, et par suite les incompatibilités

également symptomatique de cette faiblesse théoricienne et de ce grand écart d’appréciation, la diffusion par Agitations, en guise d’analyse, du seul texte de Wallace, avec cette conclusion :

“Peut-être devrions-nous nous abstenir de choisir entre l’un ou l’autre des cycles d’accumulation capitaliste : le cycle étatsunien finissant ou le cycle chinois en plein essor (ou, comme Reid le fait, opter pour les deux). Une autre option est de n’en défendre aucun, au risque de se faire accuser d’adopter une position internationaliste du type « troisième camp ».

Si nous devons prendre parti dans ce Grand Jeu, rangeons-nous à un ÉCOSOCIALISME qui surmonte la rupture métabolique entre écologie et économie, entre urbain et rural et entre rural et sauvage, en évitant dès le départ que les pires de ces pathogènes n’apparaissent. Choisissons la solidarité internationale entre exploités du monde entier.

Réalisons un communisme des êtres vivants, loin du modèle soviétique. Tissons ensemble UN NOUVEAU SYSTÈME MONDIAL associant libération indigène, autonomie des agriculteurs, réensauvagement stratégique et agroécologie localiste qui, en redéfinissant la biosécurité, réintroduise des coupe-feux immunitaires de toutes sortes dans le bétail, la volaille et les cultures.

Réintroduisons la sélection naturelle en tant que procédé écosystémique et laissons le bétail et les cultures se reproduire sur place, afin qu’ils transmettent à la génération suivante l’immunogénétique qui a connu l’épreuve du feu épidémique.”

quant à mézigues, sans me gonfler les chevilles, et tout en assumant mes désaccords avec le corpus communisateur particulièrement sur la question dite écologique, je considère que ma série THÉORIE RADICALE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS, CAPITAL, ÉTAT, VIRUS, est plus proche et en tout cas plus respectueuse de ce corpus que la facilité avec laquelle on saute sur un CanadaDry théorique à l’odeur de sainteté noyée dans le hydroalcoolique

20/03/2020 à 12:54 | #17
ne cessant moi-même de construire mes analyses avec des textes de sources clairement opposées à mes convictions, ce n’est pas ce que je reproche, ni même à dndf, mais à Agitations de considérer le texte de Chuang comme “un nouveau classique de la théorie de la communisation”, et par ailleurs, au texte de Wallace d’être en pleine incompatibilité avec les thèses de la communisation, toutes tendances confondues, en revendiquant l’écosocialisme, ce qui vu le niveau du débat sur la question écologique, est un comble

maintenant, si l’on n’est pas capable de discerner des matériaux utiles, faits, enquêtes et textes scientifiques voire critiques mais sur une base incompatible avec le corpus communisateur, cela pose un problème de clarté, comme je l’ai souligné avec le texte de Despentes ailleurs, car ça devient la patinoire idéologique

dans ‘Meeting’, il y avait ce souci réciproque des participants de cerner leurs “accords et divergences”, “désaccords et convergences”, la base minimale à partir de laquelle il peut y avoir un débat fécond

pour le dire simplement, la situation peut appeler à une certaine tolérance ou solidarité bien au-delà des positions radicales, mais sans compromis sur le plan théorique, ceci non en termes de pureté, mais de clarté

à part ça, ce sujet fait un tabac qui le propulse parmi les plus lus depuis la création de dndf il y a 12 ans, cela mérite d’être souligné car ce n’est pas anodin

Pepe 20/03/2020 à 14:15 | #18
On est d’accord!!

Pepe 21/03/2020 à 20:00 | #20
Suite de l’article de Robert Walace publié par AGITATION et signalé dans un commentaire plus haut.

“Grève pandémique et coronavirus – Suite de l’entretien avec Robert G. Wallace”

22/03/2020 à 07:19 | #21
au risque d’insister lourdement, j’attire l’attention sur le fait que les chapeaux d’Agitations sollicitent le texte de Wallace, ce dernier particulièrement :

Nous publions ici la suite de l’interview avec le biologiste de l’évolution et phylogéographe marxiste Robert G. Wallace. Après les « notes sur le nouveau coronavirus », cette troisième contribution datée du 15 mars clôt le triplet des analyses de Wallace. En insistant sur le rôle de la lutte des classes sous forme de « grève pandémique » – et nous pourrions y ajouter les révoltes dans les prisons -, l’auteur pointe les moyens nécessaires pour réaliser pleinement la « distanciation sociale » si fortement prônée par la quasi-totalité des gouvernements. Si cette mesure d’urgence semble raisonnable d’un point de vue épidémiologique, elle rencontre néanmoins les limites pratiques de l’État capitaliste (et de sa bureaucratie syndicale en Italie), dès qu’il s’agit de son application concrète : les impératifs capitalistes à maintenir au maximum les échanges marchands et le salariat malgré la pandémie entrent alors en contradiction avec l’intérêt de santé des salarié·es. Enfin, la criminalisation de la grève en Italie, incarnée par les arrestations arbitraires de grévistes suite à l’état d’urgence, nous montrent que la « distanciation sociale » promue par l’État est nécessairement biaisée et empêche l’auto-défense de classe.

concernant les point 2 et 3, nul besoin d’être un scientifique ni même théoricien marxiste pour les pointer, et je l’ai fait dès mes premiers commentaires sur la pandémie et ses conséquences causales (une forme de rétroactivité suite à une événement déclencheur, constituant une nouvelle conjoncture)

le label de «grève pandémique » est ce qui m’avait fait dire à Chuang que parfois les raisonnements par l’absurde deviennent des raisonnements absurdes

au positif dans ces textes, je soulignerais la prise en compte de la dimension écologiste, et la comparaison de la situation de crise provoquée avec les réactions d’État, puisqu’ici l’exemple chinois est somme toute très comparable avec ce qui s’est passé “chez nous”, particulièrement depuis une semaine

une remarque générale : j’ignore quelle sorte de “marxiste” est Robert G. Wallace « biologiste de l’évolution et phylogéographe marxiste », mais j’ai tendance à me méfier quand je vois réunis “sciences” et “marxisme”, comme si les premières labellisaient le second comme “scientifique”. On sait ce qu’il en advint pour le pire sur le versant stalinien, qui hante d’une façon générale tous les gauchismes, de l’esthétique à la science. Je ne nie pas qu’il y ait un usage capitaliste des sciences, et même qu’il ait été globalement ça, comme, disait Marx, les progrès techniques et scientifiques quant à l’exploitation (productivité et plus-value)

il me paraît douteux, dans une démarche théorique, de ne s’appuyer que sur des théoriciens ou des textes parce qu’y figurent les mots que l’on aime bien, et l’on s’aperçoit qu’ils le sont assez souvent pour cette seule raison – ce n’est pas nouveau ici et dans le milieu de prendre l’étiquette pour le contenu, avec quelques déconvenues entre la communisation dont on parle au présent et celle que l’on prétend faire au présent

pour revenir à l’observation théorique radicale, communisatrice ou pas, je pense que la notion de dynamique et limites franchies ou non, ou si l’on veut celle d'écart théorisée par TC, est un bon repère pour guider la réflexion sur ce que sont réellement les résistances ou luttes contre la ré-intégration dans l’économie de tout ce qui tendrait à en sortir. Et là, ça n’a rien d’évident, ni même de potentialité à “pousser jusqu’au bout”, comme on dit chez les activistes soucieux de transformer toute ‘agitation’ en situation révolutionnaire insurrectionnelle

disons que ça me rappelle par trop une certaine précipitation, dans SIC, à voir se multiplier des “écarts” dès que des prolos se retiraient, plutôt contraints, de la règle du jeu capitaliste, sans pour autant avoir la moindre intention, ni surtout les moyens, d’en établir une autre

un “communisateur” averti en vaut deux


Twisted Evil

bon, après ça, qui en d'autres circonstances pourrait prêter à sourire, je pense qu'il me faut éviter de réveiller mes vieux démons. Ce qui frise le ridicule ne vaut pas d'être critiqué, et il ne faut pas s'étonner que presque personne ne prête attention à la balle dans le pied à répétition que se tire ce milieu qui n'a souvent de théorique que la prétention et d'autonome que l'auto-suffisance. Pis, cela risque de me détourner de mon agenda, poursuivre une analyse sérieuse sur les bases posées dès le départ

Florage

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Message par Florage le Lun 23 Mar - 6:50


dans le vif du sujet
X. OÙ VA LA CRISE ?
comment la caractériser ? quelle sortie possible pour le Capital ?
relance keynésienne ? restructuration globale ?
probabilité de guerre mondiale augmentée ?

petite théorie de la relativité mortuelle
complétée de données scientifiques
au fil de cet épisode, on trouvera des citations de textes de l'analyse marxiste des crises (Grossman, Mattick, Hic Salta), et le renvoi à de rares textes actuels de cette obédience depuis le début de l'épidémie (Michael Roberts, Critique de la valeur...)
on pourrait s'accorder sur le fait que la pandémie, qui n'en serait qu'à ses débuts, ne fait que révéler et creuser les failles de l'économie politique mondiale et aggraver les facteurs d'une crise que la plupart des économistes annonçaient avant comme probable à court terme
Episode 11 – Le ménage à trois dans la crise qui vient R.F. – B.A., Hic Salta, juin 2019
Introduction

Chez un grand nombre d’experts, il est désormais admis qu’une nouvelle crise mondiale est prévisible à court/moyen terme. Si nous pouvons être d’accord avec une partie de leur propos, notre objet demeure le rapport contradictoire entre les classes en ce qu’il porte son dépassement ou sa reproduction à un niveau supérieur. Nous convenons qu’une grave crise économique aura lieu dans un délai relativement proche, mais l’essentiel pour nous est qu’elle constituera un facteur décisif d’exacerbation de la lutte entre le prolétariat, la CMS et la classe capitaliste. Une telle exacerbation doit logiquement déboucher sur un affrontement de classes d’ampleur mondiale, et se solder ou bien par une révolution communiste victorieuse ou bien par une restructuration ultérieure du MPC. Tel est, pour nous, l’alternative qui marquera la (les) décennie(s) à venir. Et si cet affrontement doit comporter une possibilité de dépassement communiste, il inclura une insurrection majeure, mondiale, du prolétariat. La défaite éventuelle de cette insurrection constituerait la meilleure condition d’une restructuration capitaliste, mais celle-ci pourrait également avoir lieu sans insurrection défaite, comme issue d’une phase revendicative intense. Les autres classes ne resteront pas simplement spectatrices dans l’arène historique. Ceci vaut en premier lieu pour la CMS, qui occupe une place centrale dans ce feuilleton, et dont nous verrons ce qu’elle devient au milieu du clash of the titans entre les deux classes fondamentales. Mais c’est tout aussi vrai – même si nous n’en traiterons pas ici – pour les masses paysannes qui perturbent, dans les pays semi-périphériques et périphériques, le ballet des trois classes du MPC développé sur ses propres bases.

Axé sur l’analyse du futur prévisible, cet épisode ne cherche cependant pas à écrire une histoire détaillée de l’avenir. Il s’agit d’identifier les tendances fondamentales qui sont à l’œuvre depuis les dernières crises (surtout celle de 2008) pour tenter de comprendre si – et si oui, comment – elles joueront dans la prochaine. Il est d’ores et déjà légitime de penser :
- que la prochaine crise mondiale, qui déchaînera la collision entre classes, accentuera également les fractures dans la classe capitaliste mondiale, dressant ses fractions principales les unes contre les autres, jusqu’à la possibilité de vastes conflits armés ;
- que, dans la durée de la crise, la marche vers la guerre et/ou la guerre elle-même constitueront un motif de désarticulation majeure de la structure établie du rapport entre les classes dans les pays développés et émergents, passible de placer des fractions prolétariennes sur le terrain de la lutte insurrectionnelle.

sans même parler de cette perspective communisatrice des plus improbables selon moi comme longuement expliqué ailleurs depuis un an, en quoi, comment, et vers quoi la pandémie du coronavirus perturbe-t-elle les prévisions sur les caractéristiques de cette "crise qui vient" ? Ne peut-on d'ores et déjà lire les prémisses d'une restructuration du MPC (mode de production capitaliste) qui ne serait pas consécutive à « une insurrection majeure, mondiale, du prolétariat », tant il n'est pas évident aujourd'hui que se produise une « exacerbation de la lutte entre le prolétariat, la CMS et la classe capitaliste [devant] logiquement déboucher sur un affrontement de classes d’ampleur mondiale. » ?  

force est de constater que si les États sont confrontés à la contradiction sauver la population vs sauver l'économie, et sauver la face politiquement et idéologiquement par l'appel à l'Union sacrée dans la "guerre" (Macron) à l'ennemi commun, ils s'inscrivent dans la logique de sauvegarde du système qui est leur fonction essentielle, et toutes les tendances politiques, au pouvoir ou dans l'opposition, s'inscrivent déjà dans cette perspective. Quelques exemples, entre Union sacrée et relance keynésienne :

- Les Etats-Unis vont débloquer 4.000 milliards de dollars pour les entreprises, latribune.fr, 22 mars
- L’UE valide le plan français de soutien aux entreprises, 20 minutes, 21 mars
300 milliards d’euros [de l'État français] de prêts vont être accordés par les banques aux entreprises [françaises] touchées par la pandémie de coronavirus
- Covid-19 : "Nous devons aller vers une forme d'union sacrée", Geoffroy de Bézieux, MEDEF, Le JDD, 21 mars



le thème de "la guerre" mis en avant par Macron, Trump... nous invite à nous pencher sur le rapport entre guerre et capitalisme du point de vue hérité de Marx d'une destruction-dévalorisation du capital, un grand ménage cassant une partie de l'appareil de production et détruisant une partie des forces productives (la population), pour déboucher sur une relance des gagnants de ce jeu à mort de la concurrence inter-capitaliste. Voir Le capitalisme, les crises, la guerre (II) Robert Rollinat, Alencontre, 23 mai 2016. Nous ne sommes pas du tout dans la situation où l'industrie d'armement est favorisée par rapport aux autres secteurs, qui fait citer :
- Henryk Grossman, La loi d’accumulation et d’effondrement du capitalisme, 1929 :

Les destructions et la dévalorisation dues à la guerre sont un moyen de prévenir l’effondrement [du système], de créer un espace de respiration pour l’accumulation du capital... La guerre et la destruction de valeurs-capital qui lui sont liées retardent l’effondrement du système et fournissent une nouvelle impulsion à l’accumulation... Le militarisme est une sphère de consommation improductive. Au lieu d’être sauvées, les valeurs sont pulvérisées.
- Paul Mattick, Crises et théories des crises, 1976, est une introduction critique aux théories de Grossmann. Dans Marx et Keynes, 1969, à propos de la Seconde guerre mondiale, il écrit :
Considérée dans ses effets, la production de guerre… fut un instrument pour relancer le processus d’accumulation. En ce sens, les subventions versées à l’industrie de guerre eurent pour conséquence d’améliorer à plus long terme la rentabilité du capital. Telle est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les capitalistes s’opposent au lancement de programmes de travaux publics utiles ou d’assistance sociale mais non à l’accroissement du budget de la défense.

probabilité de guerre mondiale augmentée ?
si comme certains le prédisent, c'est l'économie américaine et occidentale qui pourrait le plus souffrir de cet épisode historique, accélérant la fin de sa domination sur l'économie mondiale, et l'Asie en profiter en relevant plus vite son appareil productif, alors la guerre mondiale serait encore plus probable que l'annoncent les Cassandre depuis quelques années, puisque ce serait pour les États-Unis le dernier recours de sa puissance à l'agonie

c'est déjà "l'après", la "saine" et sainte économie
sans attendre, il en est aujourd'hui* pour considérer que les commerces fermés contraignent aujourd'hui les ménages confinés à faire des économies qui permettront une relance massive de production et de consommation "à la sortie du confinement". D'ici à 1 ou 2 ans, un vaccin enrayera l'épidémie, on y verra plus clair

* Coronavirus : une récession profonde, mais brève - le scénario «optimiste», Le Soir, 20 mars

reçu par mail de Le fil rouge

Michael Roberts a écrit:On pourrait appeler cette dernière approche, la réponse Malthusienne. Le plus réactionnaire des économistes classiques du début du XIXe siècle était le révérend Thomas Malthus, qui soutenait qu’il y avait trop de pauvres “improductifs” dans le monde, de sorte que des maladies et fléaux réguliers étaient nécessaires et inévitables pour rendre l’économie plus productive.

C'est la faute au virus, traduction de It was the virus that did it, blogging by a marxist economist, 15 mars

somme toute, et même si le nombre de victimes est impressionnant, il ne serait que marginal voire salutaire (une forte majorité de vieillards et de malades, improductifs coûteux) pour le capitalisme car il n'a pas besoin de 7,8 milliards d'humains* pour se relancer, contraint qu'il est déjà de se débarrasser de la population excédentaire, inexploitable (les "expulsés" de Saskia Sassen, Nègres du monde d'Achille Mbembe)
* population mondiale (Wikipédia)

1850 1,1 à 1,4 milliard
1900 1,55 à 1,75
1910 1,75
1920 1,86
1930 2,07
1940 2,3
1950 2,5
1960 3
1970 3,7
1980 4,46
1990 5,38
2000 6,13
2010 6,95
2020 7,8

depuis fin 2019, le coronavirus est la cause de moins d'une mort sur 1000 dans le monde
la brutalité et la vitesse d'arrivée et d'expansion mondiale du virus comme la focalisation quasi-exclusive des médias sur l'événement ne permettent en aucun cas de relativiser le choc qu'il produit. Un jugement froid conduit à rapporter le nombre de morts quotidiens dus au coronavirus avec ce qu'il en temps normal. En France environ 1650 personnes meurent chaque jour, actuellement environ 1 sur 6 du coronavirus* : sur 100 morts, 17 du Covid19*. Dans l'hypothèse de 100 par jour, dont 50 seraient mortes dans l'année d'autres causes. On ne parle pas en temps normal de ces 1650 morts-là, mais seulement, le temps d'une statistique, des morts de la route, du cancer, de la grippe... À l'échelle mondiale, 157.000 décès par jour (source), 11.000 décès dus au virus en 3 mois, soit 120 par jour en moyenne depuis le début en décembre 2019

ajout 17:17
les conclusions auxquelles je suis arrivé par quelques calculs statistiques comme ceux qui précèdent sont corroborés par un article que conseille Lisneth Salender, dndf 23/03/2020 à 15:23 #25 : Covid-19 : fin de partie ?!. Il est à lire entièrement pour mesurer à quelles aberrations ont conduit le refus de prendre en compte des données qui n'avaient pas l'heur de rentrer dans le discours politique, donc médiatique, officiel appuyé sur des experts scientifiques pilotés par les mêmes objectifs politiques, dénigrant et marginalisant les positions du professeur Raoult de Marseille, « accueillie[s] avec scepticisme et même sarcasmes par la communauté scientifique, [alors que] trois semaines plus tard, la réalité est en train de lui donner raison. »

Banal ou pas banal ?
Depuis le début de l’émergence du coronavirus, je partage mon analyse qu’il s’agit d’une épidémie  plutôt banale. Le terme peut choquer quand il y a des morts, et a fortiori dans la crise sanitaire et la dramaturgie collective hallucinée que nous vivons. Pourtant, les données sont là : les affections respiratoires habituelles que nous vivons chaque année font bon an mal an 2'600'000 morts à travers le monde. Avec le Covid-19, nous en sommes, au quatrième mois, à 12'000 décès, et avec le pays initialement le plus touché qui est parvenu à juguler l'épidémie. Nous sommes très très loin d'avoir un effet statistiquement significatif au regard de la mortalité habituelle et en particulier de la surmortalité saisonnière.

Je l’ai dit et je le répète : le même traitement politique ou journalistique appliqué à n’importe quel épisode de grippe saisonnière nous terrifierait tout autant que l’épidémie actuelle. Comme la mise en scène (avec décompte en live des victimes) de n’importe quel problème sanitaire d’envergure, qu’il s’agisse des maladies cardiovasculaires, des cancers ou aux effets de la pollution atmosphérique nous ferait frissonner d’effroi tout autant et même infiniment plus !

Nous savons aujourd’hui que le Covid-19 est bénin en l'absence de pathologie préexistante. Les plus récentes données en provenance d'Italie confirment que 99% des personnes décédées souffraient d'une à trois pathologies chroniques (hypertension, diabète, maladies cardiovasculaire, cancers, etc.) avec un âge moyen des victimes de 79,5 ans (médiane à 80,5) et très peu de pertes en-dessous de 65 ans.
[...]
Fin du monde ou pas ?!
Pareillement, les projections qui sont faites pour imaginer le nombre de morts possibles sont rien moins que délirantes. Elles reposent sur un « forçage » artificiel et maximal de toutes les valeurs et coefficients. Elles sont faites par des gens qui travaillent dans des bureaux, devant des ordinateurs et n’ont aucune idée ni des réalités de terrain, ni de l’infectiologie clinique, aboutissant à des fictions absurdes. On pourrait leur laisser le bénéfice de la créativité et de la science-fiction. Malheureusement, ces projections, littéralement psychotiques, font des dégâts massifs.
en complément dans  lundimatin#235 : Entretien avec un jeune retraité de la recherche pharmaceutique. « Ce qui préside à la gestion de cette crise sanitaire n’obéit pas à une logique de santé, mais à des impératifs économiques, c’est-à-dire politiques. » [j'aurais dit l'inverse, économiques donc politiques]

Twisted Evil

dans ce contexte, quelle est et sera la réaction du "prolétariat", des salariés en général ? Un ami m'écrit :
En ce qui concerne dndf que j'ai relu à propos du texte chinois, j'avoue que cela ne me passionne pas, faut-il être spécialiste ? En tout cas je décroche très vite.
En revanche j'ai lu un texte "critique radicale de la valeur" que j'ai trouvé pas mal, je t'envoie le lien : Capitalisme et coronavirus, Notes à propos de l'épidémie économique, Maurilio Lima Botelho, 7 mars 2020
D'autre part j'apprends que les grèves se multiplient, Italie, Espagne, Canada et USA, trouvé sur Kaos en la red : en castillan bien sûr.

(à suivre)

Florage

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Message par Florage le Mer 25 Mar - 4:40

extrait de la discussion chez dndf, mes interventions pour l'insistance sur la méthode

XII. BON ALORS, QU’EST-CE QU’ON FAIT ?

allusion à Bon alors qu’est-ce qu’on fait ? - Bernard Lyon, Meeting 3, non publié, 14 juillet 2005
Patlotch a écrit:24/03/2020 à 14:25 | #34
@Ah no Nîmes
mais entre
« ça ne sert pas à grand-chose de jouer aux apprentis épidémiologistes derrière nos claviers, et de perdre du temps là-dessus, pour la simple raison qu’en la matière, tout ne pourra être fixé que plus tard »
et
« L’angle d’attaque “lutte des classes” dans le quotidien paraît plus intéressant »

n’y a-t-il aucun lien ?

ici, personne n’a “joué aux apprentis épidémiologistes”, mais considéré l’aspect économique et politique que souligne Raoult dans ses controverses certes pas nouvelles de ce franc-tireur avec la Communauté scientifique, particulièrement réunis derrière Macron, de façon plus hypocrite qu’Hypocrate. Est-ce un hasard s’il réunit cette après-midi un nouveau Conseil de chercheurs pour assurer “le suivi des études thérapeutiques autorisés en France et les essais engagés sur des traitements à l’étranger, présidé par Françoise Barré-Sinoussi, virologiste à l’Institut Pasteur et à l’Inserm, lauréate du prix Nobel de médecine en 2008 pour son rôle dans la découverte du virus du sida” ? N’est-ce pas un désaveu du Comité existant qui lui a déconseillé de suivre les préconisations de Raoult, Olivier Véran étant envoyé aux avants-postes avec des contorsions inhabituelles ? Coronavirus : Emmanuel Macron réunit un nouveau comité de chercheurs pour conseiller l'exécutif

s’il y a effectivement une question de méthode c’est quand la “théorie” prétend donner des leçons à la “pratique”, cad à l’expérience “de terrain”, et Pasteur lui-même fut dénigré avant d’être reconnu par l’Académie de médecine. S’il nous ne pouvons trancher en béotiens quant à la controverse médicale scientifique, il nous est possible d’affiner la méthodologie de la théorie communiste radicale, y compris d’un point de vue méta-théorique

chacun son “métier”, à nous de faire le nôtre, et je trouve qu’on n’est pas si mauvais. Mon commentaire #30 avait pour titre XI. THÉORICIENS COMMUNISTES, QUE FAISONS-NOUS ?

24/03/2020 à 16:57 | #37
@anonyme n°3

“Quand je disais vouloir “passer le temps du confinement”, c’était surtout une façon de dire qu’à mon avis, dans l’immédiat, on ne risque pas d’aller bien loin dans la théorie. Que faire à part partager des doutes et quelques vagues hypothèses à chaud au fil de l’actualité ?”

j’ai donné, RS aussi, quelques repères à l’activité théoricienne, alors désolé mais je ne souhaite pas tourner en rond en les répétant

il faut quand même un peu d’aveuglement pour ne pas voir qu’il se passe quelque chose de déterminant sur la base de ces critères : la crise de l’économie politique, la résistance faible mais réelle des soutiers salariés conviés à aller bosser en dépit des conseils contraires à rester chez soi sous peine d’amende

un peu de presse patronale toute fraîche :

Challenges : Bruno Le Maire lance un appel au "patriotisme économique". “Face à une “crise économique sans précédent depuis 1929”, Bruno Le Maire réaffirme l’engagement de l’Etat auprès des entreprises. Le ministre de l’Economie précise les mesures de soutien et appel à un “patriotisme économique”.”

Bourse Direct : Marchés interdits: Le Maire appelle la distribution à privilégier les agriculteurs français

sans réagir à tout :

“Pas de crime délibéré ? Quid Bolsonaro ?… Que d’un point de vue théorique ça ne nous intéresse pas de savoir si c’est “criminel” ou pas, soit. Mais sur le plan factuel, ça peut compter non ?”
bien sûr, et si tu veux aller par là, le Capital EST criminel par essence, preuve “factuelle” par les faits, mais de ce point de vue Bolsonaro n’est pas plus criminel que n’importe quel dirigeant économique ou politique, de par les conséquences, plus loin, moins visibles parfois, de leurs décisions

Bolsonaro, Trump, Johnson… sont dans le jeu spectaculaire du populisme, provocateurs à souhait, mais on ne peut en rester à cette “apparence trompeuse des choses”, il faut chercher “dessous” pour comprendre les motivations, les raisons de leurs décisions, non de leur grimaces


« La vérité scientifique est toujours un paradoxe, au jugement de l’expérience journalière,
qui ne saisit que l’apparence trompeuse des choses. »

Marx - Salaires, prix, profits, 1865

ce qui est dessous, les structures, les causes des phénomènes visibles, ne relève pas du “secret” ou du “complot”, mais d’une compréhension du rapport entre ce qu’est le capitalisme en essence et les formes sociales, les rapports sociaux, qu’il détermine. Bien sûr que les dirigeants de la classe capitaliste n’entendent pas jouer cartes sur tables, mais dans un moment pareil, ils montrent plus que jamais leur jeu, De Bézieux et l’Union sacrée, Le Maire plus haut, et ça encore :

“Philippe Martinez : « Tous les syndicats sont d’accord pour maintenir les activités indispensables » Le patron de la CGT prend position sur le travail dans les entreprises : oui, seulement quand c’est nécessaire (la santé, l’agroalimentaire, la logistique, l’énergie…) et si le salarié est protégé. Non, dans tous les autres cas.”

alors tu vois, sur le plan théorique, il y a du boulot pour tous, témoignages, articles intéressants éclairant tel aspect de la discussion. J’ai toujours rêvé en matière théorique d’un travail collaboratif, mais si on tourne en rond sans rien considérer d’acquis, alors oui, on ne risque pas d’avancer, on doute de tout non au sens de la devise de Marx, mais du doute qui ligote. C’est déjà assez navrant comme ça de constater au fil des années l’inertie dans l’élaboration théorique, pas besoin d’en rajouter, ni de laisser s’échapper les vedettes du blabla en solitaires de la théorie communiste

maintenant, si tu considères que cette discussion n’éclaircit rien, ne permet pas à chacun d’avancer dans sa propre réflexion du point de vue de notre “en commun” communiste, je ne peux guère t’aider davantage

“L’humanité se divise en trois catégories :
ceux qui ne peuvent pas bouger, ceux qui peuvent bouger, et ceux qui bougent.”

Benjamin Franklin
24 mars
XI. THÉORICIENS COMMUNISTES, QUE FAISONS-NOUS ?

THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Martin10
Le philosophe, André Martin de Barros, 2004

signe des temps et importance de la théorie communiste par temps de coronavirus, la discussion chez dndf s'avère plus intéressante qu'attendue, et donc merci à ceux qui l'ont permise ou participent à ce qui est une élaboration collaborative par-delà le confinement
anonyme n°3, dndf #28 : - "Difficile de comprendre pourquoi les tests à grande échelle mettent autant de temps à être mis en place."

encore fallait-il en disposer, c'est comme les masques et le matériel médical, les respirateurs... On a adopté des stratégies par défaut, en prétendant que c'était les meilleures du monde, là encore non sans une suffisance française, européenne ou occidentale à l'égard des Asiatiques : quel camouflet ! Et voilà, Cuba, la Chine et la Russie à la rescousse des Européens...

- "La Chine et la Corée sont citées en exemple. A quoi le doit-t-on ?"

il y a eu la réactivité, la rapidité de mise en place des mesures à l'apparition des premiers morts, et la nature de ces mesures, l'expérience accumulée et les moyens à disposition (on pourrait comparer avec les Etats-Unis vs Cuba en cas d'ouragans)


THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS ET1cS1vXkAQ6Qk8?format=jpg&name=large

dans ce graphique comparatif (source @pascalriche Dir. adj. de la rédaction de L'Obs, cofondateur de Rue89 : "Dernières nouvelles du front. Nombre de morts quotidiens du coronavirus. Ce qui est important, c’est la pente des trajectoires"). En effet, on voit la double différence avec une meilleure réactivité et la mise en place des tests pour se concentrer sur les porteurs symptomatiques (malades) ou non. Certaines pentes de mortalité tendent à s'inverser, courbure vers le haut. Celle de la France est quasi rectiligne, il n'est pas exclu que ça s'aggrave. Celle des USA est particulièrement inquiétante

il me semble que Raoult, et quelques autres, en tant que spécialistes bossant sur les épidémies depuis des décennies, question d'habitude, ont eu la distanciation leur permettant de relativiser d'une part la gravité de la maladie et de sa progression, d'autre part les réactions politiques et médiatiques

- "Maintenant j’entends que peut-être on avait un traitement depuis 2018 qu’on savait qu’il fonctionnait, mais qu’on voulait pas le diffuser. Alors il ne s’agit plus de la part du (des) gouvernement(s) d’un homicide “possiblement” involontaire, mais d’un crime parfaitement délibéré !"

il n'y a pas de "crime délibéré", sauf à tomber dans les théories du complot, et alors pourquoi pas le virus fabriqué à dessein ? Dans les décisions de la plupart des dirigeants capitalistes, le cynisme est plus économique que politique, mis à part Trump au début et Boris Johnson durablement (miser sur l'auto-immunisation à terme, cad laisser crever en masse les maillons faibles de la population). Les dirigeants économiques voient leurs profits, les politiques les conditions de ce profit. Il serait faux de considérer qu'ils veulent détruire la poule aux œufs d'or, la population laborieuse comme force productive, mais pris dans leur logique, ils ont reçu le coup en pleine poire, sans recul et même en refoulant inconsciemment (ou pas dans certains cas) leurs propres décisions antérieures (le syndrome Buzyn, qui craque et lâche le morceau). Si l'on tombe dans cette critique morale des responsables-coupables, on rejoint le troupeau politique d'extrême-gauche à extrême-droite, les populistes et démagogues qui demandent des comptes, comme Iznogoud pour devenir calife à la place du calife

dans cette histoire le capital est malade de lui-même, et, en termes de récit, de son idéologie. J'écrivais le 16 mars : « la classe capitaliste est la mieux placée pour savoir ce qu'elle fait et pourquoi, et les ravages que cela produit au-delà de l'humanité même, dans le vivant. La différence avec ceux qu'elle exploite et domine sous tous aspects de la vie sociale et des rapports avec une nature considérée comme ressource à exploiter, c'est qu'elle doit résoudre le problème de pouvoir continuer à le faire. » RS #23 : « Si cela est une résultante du MPC [mode de production capitaliste], il s’agit alors d’une lutte des classes (c’est là l’existence réelle de la chose) la classe dominante (et son “bloc historique”) en est parfaitement consciente. » C'est le classique de Marx, la classe capitaliste est immédiatement classe pour soi, consciente d'elle-même

le point de vue communiste a la même conscience "du capital" que les capitalistes, comme dirait Endnotes, mais avec l'objectif de le détruire, et il est le seul, mais en l'absence d'un sujet révolutionnaire pour le faire, il ne l'est qu'en théorie, et même en théorie virtuellement, parce qu'il n'est pas univoque et à l'abri d'erreurs, d'où nos désaccords jusqu'à certaines incompatibilités, puisqu'après coup, nous n'aurons pas tous eu raison. Dans la discussion il faut faire avec

les communistes n'ont donc pas à se prendre pour le sujet révolutionnaire en puissance, c'est la différences avec les activistes même quand ils se revendiquent des positions communisatrices, ou radicales en général. L'utilité de la théorie, c'est de prendre la distance mais sans être hors sol, avec des généralités trop générales (cf RS encore : « Dire que le coronavirus est une résultante du MPC , que cela provient des modalités actuelles de l’exploitation, c’est très bien, mais c’est un peu général, ou pas assez.»)

quand je dis que "la crise du coronavirus aggravant celle du capitalisme est particulièrement propice à la critique théorique radicale”, ce n'est pas une posture intellectuelle pour tromper l'ennui pendant le confinement, c'est une nécessité, c'est une activité qui est dedans, "en théoricien"

je crois que les visiteureuses de ce sujet ne s'y trompent pas, puisqu'en moins d'un mois, hormis la soute de TC (un "classique de la communisation" ;-), il est le plus lu en 12 ans de dndf, et n'a pas à ma connaissance d'équivalent ailleurs. Ça vaut bien un Spring Meeting !*

* allusion aux SummerMeetings de la revue Meeting pour la communisation, dans les années 2000


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Message par Florage le Lun 30 Mar - 12:58

24 mars 2020
XIII. "LA" CRISE EST LÀ
c'est le principal résultat, non de la théorie, mais du cours quotidien du capital

à force de parler, en l'attendant schizophrénétiquement, de "la crise qui vient", on confinerait (toucher aux limites) à ne pas la voir, en partie masquée par le confinement qui anesthésie la lutte des classes côté prolétariat, ce qui n'est peut-être pas dû au hasard

tout l'indique : l'arrêt d'une partie de l'appareil productif, chute brutale de la consommation et des cours boursier, annonce tous azimuts de la récession, relations dégradées entre États dans la concurrence inter-capitaliste exacerbée, tous les rapports sociaux et sociétaux affectés, mobilisation liberticide de l'appareil policier, panique de ceux d'en-haut et angoisse de ceux d'en-bas, précaires du travail et "les plus fragiles" frappés de plein fouet, toute la classe politique tournée vers la sauvegarde de l'économie par des mesures keynésiennes de relance en sortie de crise pandémique, la gauche et la gauche radicale en tête pour ce qu'il reste de son influence, les syndicats en plein compromis de classe...

(voir presse citée en XII)

l'État et la contrainte au travail :

- La Tribune : La durée du travail portée jusque 60 heures par semaine dans certains secteurs. "Ces dérogations pourront s'appliquer par exemple dans "l'énergie", "les télécoms", "la logistique", "les transports" ou encore "l'agroalimentaire", a précisé l'entourage de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud"

la crise est là mais elle n'est pas venue comme on l'attendait. L'affrontement de classe espéré par les théoriciens de la communisation comme produit de cette crise n'est pas encore au rendez-vous, elle n'est pas encore comme annoncé par Hic Salta* "un facteur décisif d’exacerbation de la lutte entre le prolétariat, la CMS et la classe capitaliste", ni ne débouche encore "logiquement sur un affrontement de classes d’ampleur mondiale". Hic Salta qui envisage aussi l'hypothèse que "la restructuration capitaliste pourrait également avoir lieu sans insurrection défaite, comme issue d’une phase revendicative intense"

* dans l'Introduction à Episode 11 – Le ménage à trois dans la crise qui vient

ce texte de Hic Salta, je l'ai dit quand il est paru, et dans les conditions prévisibles au moment de son écriture, est plus rigoureux sur le plan de l'économie politique que des perspectives révolutionnaires qui en sont tirées à grands frais de programmatisme communisateur et de coups de baguette magique faisant fi de la logique dialectique. À lire ou relire donc ces chapitres sur les caractéristiques d'une restructuration prenant en compte les "Limites de la formule actuelle de la plus-value" en 1.1.1 et questionner "1.1.4 – Dénationalisation de l’État"

[las but not the liste]

Pepe ramasse les copies à la rentrée des classes en lutte sur son blog dndf, ICI

du 30 mars, complété
XIV. DES SOURCES ET DE LA RADICALITÉ CRITIQUE
ou
épater la galerie ?
THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS 5dea6df80a262447168b456a
quant à mes sources, les actualités Google générales et thématiques renvoyant aux principaux médias, des recherches ponctuelles sur les thèmes croisés du capitalisme, du marxisme, de l'écologie... et de la pandémie, un balayage du hashtag #coronavirus sur Twitter avec l'avantage d'infos de l'étranger et de témoignages individuels, des infos que m'envoient quelques ami.e.s. En tant que de besoin, des recherches plus poussées sur tel aspect, pour m'éviter de dire des bêtises

comme annoncé, je ne retiens pas la plupart des textes gauchistes ou prétendus radicaux, car la plupart ne font que ré-injecter leurs pré-supposés dogmatiques au lieu de voir ce qui change la structure même des problèmes, l'analyse, et les perspectives*. Inutile d'engorger mon suivi avec des apparences de radicalité

* exemple : Coronavirus : Mise au point et bilan politique, Agitations autonomes, 23 mars 2020, avec le concept fumeux de Lutte des classes pandémique, propre à épater la galerie

de ce point de vue, quelque chose a changé dans mon rapport à ce milieu, dont je vérifie plus encore la sclérose théorique, et le plus souvent la suffisance, dans tous les sens du terme
le marteau et son maître

Carbure sait. Il savait avant, il sait pendant, il saura après. Tout est écrit sur le Grand rouleau d'Alain Corne le fataliste. Avec ou sans virus,- le mot est absent du texte -, le capital c'est pareil et la théorie aussi

le capitalisme porte le virus comme l'orage porté par le cumulonimbus

si Jaurès eu, j'aurais pas venu, ya plus de rebus


si, comme l'écrit Pepe@dndf, “ les auteur.e.s sont des accidents de la pensée”, Carbure en est un marteau. Assène Lupin, Le Capital n'a pas de mystère. À qui se demande pourquoi ses textes sont si peu commentés, c'est qu'après lui, il n'y a rien à dire, à découvrir. Pas de questions parce que pas d'autre réponse possible. Il est son maître, à penser tout seul, Dieu de la communisation sans communication. Et n'insistez pas, Carbure bloque. Son langage le dit, à la manière de thèses du Coran, dans le grand froid d'une petite musique contemporaine




QUEL SUIVI THÉORIQUE DE LA CRISE ?
dans la collecte d'information sur la crise pandémique du capitalisme, la dimension de suivi de l'évolution de la pandémie reste première, car elle explique la "surmédiatisation" dont parle Didier Raoult, qui traduit la panique des dirigeants capitalistes et de leurs valets, comme on disait jadis. Il ne faut pas s'y tromper, ce qui ne signifie pas négliger la dimension économique et sociale, mais voir comment elle est produite

affirmer comme le communisateur Carbure que « Crise sanitaire, crise économique et crise sociale sont une seule et même chose », c'est enfoncer la porte ouverte à une théorie qui ne sert à rien, pour autant qu'elle en soit une (voir le marteau et son maître). Comme l'écrivait RS chez dndf le 23 mars : « Dire que le coronavirus est une résultante du MPC, que cela provient des modalités actuelles de l’exploitation, c’est très bien, mais c’est un peu général, ou pas assez. »

j'ajoute, parce que c'est souvent un raccourci chez Théorie Communiste*, qu'une réciprocité de causes et conséquences en boucle n'est pas nécessairement une "implication réciproque" confondue avec une stricte équivalence, une quasi-égalité, ceci sans mettre en évidence le niveau de généralités et le point de vue dans les passages de Marx cités comme à preuve. Donc ici, la "même chose" que seraient ces trois crises en une seule doit être discerné, distingué, et reconstruit pas à pas y compris avec ces rétroactions complexes, non à l'emporte-pièce

* Les Fondements... de RS sont remplis de formules de ce genre, par ex. entre Baisse du taux de profit et Lutte des classes...

moralité, il faut faire le boulot théorique, et non le considérer comme acquis au nom de présupposés plaqués par avance sur la réalité, comme si le structuralisme conceptuel tenait lieu de voyance extralucide

à titre de comparaison, pour ne pas perdre la tête
actuellement  ~ 35.000 décès dus au coronavirus

THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS 10-main-causes-death-2016-fr
- la France est actuellement le pays du monde qui compte le plus de "cas critiques"
"Serious Critical" dans le tableau https://worldometers.info/coronavirus/
USA 2 970, Iran 3 511, Italie 3 906, Espagne 4 165, France 4 632 / Monde 27 125

15 pays européens parmi 20 > 10 morts/million habts



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Message par Florage le Mar 31 Mar - 9:21


XV. DES RONDS-POINTS AUX BALCONS,
DES GILETS JAUNES AUX COMBATS CONFINÉS :
UN MÊME CONTENU ?


THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS X240
bleu-blanc-rouge-blanc-vert même combat'l'con ?
Patrick Cohen craint « un début de “Gilet Jaunisation” dans cette crise sanitaire ! » Issues, 25 mars
Le journaliste Patrick Cohen a réalisé un éditorial sur la défiance des français vis-à-vis du gouvernement. Il évoque un début de “gilet-jaunisation” face à ce qui ressemble de plus en plus à un nouveau scandale d’Etat.

L’union sacrée plébiscitée par les autorités pour empêcher toute critique des choix du gouvernement n’aura pas fait long feu. La pénurie de masques pour les soignants, le manque de moyens dans les hôpitaux ou encore les mensonges d’Etat répétés dans les médias auront fini par ouvrir les yeux des français.

La multiplication de plaintes contre les principaux responsables politiques en pleine crise sanitaire démontrent que les soignants ont clairement désavoué l’action du gouvernement.
on peut se demander ce que vient faire ici une telle appréciation. Il n'est cependant pas incongru ni inutile de faire le lien puisque le mouvement des Gilets jaunes est le dernier d'ampleur en France, et que tous les observateurs l'ont tenu pour symptomatique de l'état de la France profonde. Le suivi que je fais de cette crise s'embraye aussi, à 6 mois d'intervalle, avec mes derniers commentaires sur ce mouvement

pour l'heure, je ne discerne pas dans les réactions française de grandes différences de contenu avec ce mouvement, et dans la forme, si l'on tient compte de la contrainte au confinement qui vide les rues comme les ronds-points, il n'y a guère que les réseaux sociaux pour montrer les similitudes, évidentes dans le type de critiques (et revendications vindicatives) adressées au gouvernement, c'est-à-dire à l'État, mais non en tant qu'il est État du Capital, tout au mieux du libéralisme, ce qu'on retrouve aussi à gauche, à gauche de la gauche voire à l'extrême-gauche, aussi bien qu'à l'extrême-droite et dans la tendance "conservatiste"


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l'ami Adé m'écrivait hier
holala, dans un peu moins d'une demie heure : casserolade, trompettade, clochade, parfois feux d'artifice, fumigène coloré, dans le quartier ça tape fort, puis le silence -rempli de silence trop plein-, et c'est là que je crie, à gorge déployée, suivant l'inspiration : moins de keufs, plus de masques, ou plus de tests, moins keufs, ou tè ce soir : hourra pour les infirmières...

j'ai aussi, sur le plateau entre Fontenay-sous-Bois et Montreuil, cette séquence quotidienne de tintamarre, du balcon d'un immeuble à deux trois encablures, un type avec gueulophone et force voix éraillée comme dans les manifs, invitant à "faire du bruit", suivi de "casserolade... fumigène", n'entraînant guère plus de quelques dizaines de voisins. Dans les cités populaires des quartiers avoisinants, ça n'a pas l'air de faire un tabac. Mon sentiment est mitigé, je ne suis pas contre, ni pour, il faut bien que le corps exulte... mais de telles platitudes comme récitées du même programme du Nord au Sud et d'Est en Ouest, et qui font tellement par faire écho à l'Union sacrée que souhaite le pouvoir...

alors de fins experts-conseils en auto-organisation prônent rassemblement et action "par immeubles et quartiers"... bof ! Pas encore que je vais taper sur une casserole toussensembleu-toussensembleu

pour le reste et sans préjuger de la suite, le plus probable me semble une restructuration globale du capitalisme, un déséquilibre accru en faveur de la Chine et de puissances économiques montantes en Asie, au détriment des USA et de l'Occident, Europe en queue. C'était somme toute ce que j'entrevoyais depuis plusieurs années, mais certes pas venue comme ça

Pepe a écrit:dndf 30/03/2020 à 09:44 | #62
Et pour compléter Nononyme #61, on peut même imaginer qu’une crise d’une telle ampleur, crise sanitaire, crise économique, crise sociale provoque l’effet “boost” d’une guerre mondiale : un appareil productif très abîmé mais pas complètement à terre voire même modernisé; des prolétaires vaincus, dominés, domestiqués par le confinement et les flics dans les rues, prolétaires mobilisés en un front d’unité contre le virus, comme par le passé par le piège antifasciste, et qui devront reprendre le boulot sous peine de mourir de faim, même s’il y a toujours la possibilité d’émeutes, insurrections ou autre refus de marcher au pas; une population écrêtée de ses plus vieux et de ses plus malades, des plans Marshall à l’échelle de la planète…; et nous voila prêts pour une restructuration post crise en pleine forme et à l’échelle immédiatement planétaire, sans passer par les mises en place locales qui mettent toujours du temps à s’installer ici ou là !… Si on veut pousser un peu le cauchemar, cela pourrait être la première restructuration du Capital qui se fasse d’un bloc partout en même temps !
Alors oui, les héros d’aujourd’hui redeviendraient les zéros de toujours, et en particulier les actuels soutiers invisibles qu’on ne salue pas à 20h aux fenêtres…


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Message par Florage le Jeu 2 Avr - 12:33


XVIII. LA VIE RUSE CONTRE LE VIRUS
et la norme révolutionnaire prolétarienne
il me faut commencer à chercher une synthèse théorique cohérente des différentes critiques et pistes ouvertes depuis le début de cette crise systémique de la civilisation capitaliste. Je le fais à partir d'un texte extérieur à la problématique classique des marxistes où je crois lire un rapport avec le concept d'Inversion forgé en 2012 par Jacques Camatte

un texte long, mais bon, sans prêchi-prêcha, pas trop conceptuel, anti-économique à souhait, écologique de surcroît. Riches notes et références

il n'est pas impossible que ce texte résonne avec le concept d'Inversion de Jacques Camatte, un des plus récents et des plus à même de rendre compte de façon optimiste de ce qui pourrait se passer. Il est défini en 2012 dans Inversion et Dévoilement :

Jacques Camatte a écrit:Maintenant il est possible d’esquisser comment se présente la dynamique d’inversion dévoilement[130] - qu’on peut désigner aussi inversion et émergence, celle-ci pouvant être considérée comme le contenu du dévoilement - qui nécessite un cheminement, préparé par celui de quitter ce monde, qui doit nous permettre de nous rendre apte à saisir et à percevoir la naturalité et, au cours duquel, se produira l’émergence d’un nouvel être. Cette inversion, rappelons-le, s’impose à la suite d’un dévoilement consécutif à la perception profonde d’une impasse, d’un blocage, forçant l’individu à trouver une solution hors du champ de ce qu’il a vécu jusqu’alors et, à partir de là, divers dévoilements s’opéreront lui révélant les possibles masqués habituellement par le recouvrement et par la réduction qu’il subit enfant, ainsi que ceux des hommes et des femmes ses contemporains et contemporaines, l’amenant à accéder à la dimension individualité-Gemeinwesen. Ceci est également vrai au niveau des groupes, des collectivités.

dans cette hypothèse théorique, ce qu'il conviendrait de rechercher au présent c'est,-expression que je forge dans la conjoncture que décrit le texte ci-dessous -, une dynamique d'écarts à l'inversion plutôt qu'une « dynamique d'écart à l'intérieur de la limite » en termes de confrontation de classe aboutissant à la révolution communiste (Théorie de la communisation selon TC)

l'expression Sans toi aucun rouage ne tourne (Des Agents du Chaos, Sic n°2, 2014), renvoyant au strict prolétariat productif (la classe ouvrière de Marx) se trouve conditionnée par la possibilité même de travailler, d'en avoir la santé, donc de la préserver, ce qui renvoie au soutien massif des "personnels soignants" dans la crise actuelle, autrement dit à la dépendance du rapport particulier entre classes dans le niveau supérieur de généralité : la vie, le vivant, dont RS/TC avoue ne pas savoir ce qu'il est (cf controverse dans L'HUMANITÉ CONTRE LE VIVANT ? ET LE CAPITAL ?)

que le courant communisateur en soit réduit à publier, sous un texte des plus normatifs de Carbure, "des nouvelles du front" portant sur des grèves syndicales ou sauvages sur les conditions de travail (CLN), autrement dit ne comportant aucun écart, est symptomatique de l'écart entre leurs attentes et ce qui se passe, du moins aujourd'hui et ce qu'ils ne peuvent pas voir parce que cela sort de leur imaginaire révolutionnaire : quelque chose ne leur est pas "dévoilé"

de même, la critique de la notion idéologique de travail essentiel, du réseau d'ultragauche Prole Wave, « Diviser les prolétaires en deux catégories, « travailleur·ses essentiel·les » et « travailleur·ses non-essentiel·les », est un reflet de l’idéologie capitaliste », a bien quelque chose d'immédiatement juste, mais d'un point de vue militant plus que théorique, et considérer le secteur de la santé comme essentiel n'a justement pas été évident jusque-là, ni aux capitalistes, ni aux théoriciens de la révolution qui n'ont jamais pris en bloc "le personnel soignant" comme appartenant au prolétariat/classe ouvrière. De même, s'il est vain de distinguer des marchandises selon qu'elles répondent à des besoins essentiels ou non, personne ne va nier qu'il en est de plus inutiles que d'autres à la vie, point sur lequel insiste le texte ci-dessous. C'est encore le signe d'un écart et d'un retard dans l'approche théorique mettant au centre le prolétariat ouvrier et négligeant le point de vue écologique au sens de rapport humanité-capital-nature *

* lire à ce sujet chez dndf le commentaire de #67 FD, un des premiers a faire substantiellement de la théorie... depuis mon départ. Ce texte ne sort pas de la thèse communisatrice, mais veut « intégrer la question écologique au problème de la communisation [...] comme question particulière, sur la base même de la critique marxienne de l’économie politique » (le stade où j'en étais en janvier 2014 avec ma rupture), car « la menace fait peser à terme le capital sur la vie humaine est une surdé-termination de première importance ». FD ajoute plus haut qu'« il n’y a aucun risque de dérive théorique :  il s’agit bien pour Chuang du rapport capital / nature – non du rapport homme / nature, ce qui nous ramènerait à « l’errance de l’humanité » selon Camatte ». C'est aussi ce que je pense en restant dans le cadre de la théorie de la communisation (d'où mes interventions limitées chez dndf soulignant leurs contradictions propres), et quant à Camatte, disons que soit je ne l'ai pas compris ainsi, soit je n'utilise pas ainsi son œuvre et particulièrement le concept d'Inversion


Twisted Evil

THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Twitter

Coronavirus, un saut de l’ange existentiel et politique
Quentin Hardy, Terrestres,  31 mars 2020

1er avril

XVII. UNE CRISE NOUVELLE DU CAPITAL
exige une
THÉORIE NOUVELLE DU COMMUNISME
suivi de
XVI. EN ATTENDANT LA MORT DANS "LE SUD"
pas de restructuration du capital sans restructuration de la théorie communisme

dire que la crise actuelle du capitalisme est sans doute la plus profonde que le mode de production capitaliste (MPC) ait connu depuis qu'il existe aboutit à la nécessité de la plus profonde réactualisation des critères de la critique radicale, comparable aux cycles caractérisés, au début du siècle par le passage de la subsomption formelle à la subsomption réelle, débouchant sur le fordisme et le keynésianisme, et aux lendemains de 1968 à la mondialisation/globalisation, fin du programmatisme ouvrier, fin de la théorie prolétarienne de la révolution

à titre d'exemple, Trump envisage 2 à 4 fois plus de morts américains que n'en a fait la Guerre du Vietnam. L'économie des États-Unis aura le plus grand mal à maintenir son niveau de domination mondiale en évitant la guerre

nous mesurons les difficultés qu'il y a aujourd'hui à vouloir faire les meilleures soupe théoriques dans les vieux pots des dogmes et normes marxistes, du vieux programmatisme ouvrier mâtiné de démocratisme radical à la théorie de la communisation

on le mesure aux textes poussifs, y compris les plus synthétiques, que produit le milieu radical actuellement, une sorte de bouillabaisse tendancielle du taux d'exigence théorique. Parfois il y a peu de théorie ‘Du coté de la théorie/Around theory’

quand je fais guère mieux, je le sais
XVI. EN ATTENDANT LA MORT DANS "LE SUD"

« La prudence est le fruit des longs jours. »
Proverbe de Job ; XII, 12 - Ve av. J.-C.
jusque-là, la pandémie s'est concentrée dans les "pays riches et développés", alias "le Nord", et notre suivi en a rendu compte au rythme de son évolution, la Chine puis l'Europe en tête avant que les États-Unis ne les dépassent, annonçant peut-être la plus grande catastrophe économique et sociale du monde occidental

bientôt, jours, semaines... apparaîtront les effets plus encore tragiques de la maladie dans les pays pauvres. Sans doute cela ne changera-t-il pas la donne en termes de perspectives d'une restructuration sans guerre mondiale, ou avant guerre mondiale, du capitalisme global

mais qu'en sera-t-il des effets démographiques, dans la mesure où se concentre dans le Sud la jeunesse du monde autant que la pauvreté de masse, celle des exclus, Nègres du monde (Achille Mbembe), expulsés (Saskia Sassen), populations en surplus (Endnotes), qui ont été au centre des réflexions théoriques depuis une dizaine d'année ?

et qu'en sera-t-il d'un retour en « boomerang » dans les pays riches à partir des pays pauvres (Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, 1er avril)

nous avons peut-être tendance, le nez dans le guidon de l'immédiateté et sa projection somme toute aléatoire dans le moyen terme, à sous-estimer des facteurs d'évolution qui n'ont fait qu'apparaître comme signaux légers, un peu comme les scientifiques et prévisionnistes tirent leurs conclusions de courbes prolongées sans accidents et sans surprises. À titre d'exemple :


- Nous ne sommes pas à l'abri d'une crise alimentaire. L'ONU alerte sur d'éventuelles perturbations de la chaîne d'approvisionnement en nourriture liées à la pandémie.
Les pays producteurs de nourriture s'affolent et commencent à imposer des restrictions commerciales ou à stocker leur production... Un tel protectionnisme alimentaire pourrait faire gonfler artificiellement les prix et perturber l'approvisionnement. Le Vietnam a commencé à faire des réserves de riz, le Kazakhstan et la Russie ont décidé de limiter temporairement leurs exportations de céréales.

- Coronavirus : quels impacts sur le marché des céréales ?

gardons-nous de la prétention d'avoir déjà tout dit, et tout compris


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Message par Florage le Ven 3 Avr - 4:51

XIX. synthèse
BANALITÉS PHILOSOPHIQUES DE BASE
LA CRISE EST LÀ, LA RESTRUCTURATION DU CAPITAL AUSSI
on est dedans
je ne suis pas très bon ni pour les textes longs à prétention exhaustive dont raffolent les amateurs contemplatifs de la théorie radicale, ni pour les synthèses. Mon truc, c'est l'analyse à chaud, au feeling, et la tentative de théoriser mes intuitions. Il y a donc un peu de conceptualisation chez moi, et la reprise partielle de concepts marxiens notamment de la critique essentielle et structurante de l'économie politique, alias chez Marx Le Capital

1. BANALITÉS PHILOSOPHIQUES DE BASE
nous sommes confrontés dans cette crise, ce n'est pas nouveau, aux rapports humanité-capital-nature, qui ne peut se réduire au rapport direct humanité-nature, ni au seul rapport humanité-capital. Je critique le réductionnisme de la théorie de la communisation qui voit le tout dans "la lutte des classes", la totalité dans le capitalisme en subsomption réelle. Y intégrer, comme le suggère FD à RS de Théorie Communiste (TC), la dimension écologiste comme particularité, est une erreur de hiérarchisation des "niveaux de généralité" chez Marx, tels que décrits dans le chapitre 2. VI. de Bertell Ollman, La dialectique mise en œuvre, 2005, livre que j'ai signalé dès sa publication au milieu de la théorie de la communisation, et qui n'en a rien fait. On ne donne pas à boire à un âne qui n'a pas soif

ni historiquement dans l'arc de l'humanité de ses origines à aujourd'hui, ni structurellement depuis la domination du mode de production capitaliste et de sa mondialisation, les rapports de classes ne sauraient englober tous les rapports de l'humanité à la nature, mais c'est pourtant ce que fait FD en proposant d'« intégrer la question écologique au problème de la communisation [...] comme question particulière, sur la base même de la critique marxienne de l’économie politique. » Les mots ayant un sens, rappelons que le particulier, chez Marx et donc TC, s'inscrit dans la tradition philosophique avec cette hiérarchie

Universel / Général /Particulier / Singulier

Universel
1. Qui concerne l'univers tout entier.
2. Qui ne souffre aucune exception.
3. Qui concerne tous les éléments d'une classe.
4. En logique classique, une proposition universelle est une proposition dont le sujet est pris universellement, c'est-à-dire dans toute son extension. Ex.: "Tous les hommes sont mortels".

Général
1. Qui s'applique à plusieurs, voire, à la majorité.
2. Par abus de langage, synonyme d'universel.

Particulier
1. Qui appartient en propre à un individu (dans ce cas, synonyme de singulier) ou à une classe restreinte d'individus.
2. En logique classique, une proposition particulière est une proposition dont l'extension du sujet est restreinte à une partie de ses membres. Ex.: "Quelques hommes sont grands".

Singulier
1. Ce qui est unique.
2. Ce qui est un individu.
3. En logique classique, une proposition singulière est une proposition dont le sujet est singulier. Ex.: "Socrate est un homme".

source Philosophie au LOG

dans cette hiérarchie, l'humanité et le capital relèvent du général, ni l'un ni l'autre n'est le tout, l'universel qu'est le rapport complet humanité-capital-nature, celle-ci étant le cosmos et non la seule sphère terrestre. C'est bien ainsi que Camatte voit les choses, moi aussi

quand FD précise pour Pepe : « Tant qu’il ne s’agit que d’intégrer une idéologie, ce n’est a priori pas trop difficile – et d’ailleurs l’écologie politique est déjà totalement intégrée. », ce n'est pas l'intégration de l'écologie qu'il critique, mais celle de la politique, dont les 'communisateurs' font une critique radicale, en fait celle de l'État, du citoyennisme et de la démocratie politique, que je fais mienne. On ne peut pas évacuer l'écologie au nom de l'écologie politique*

* étymologiquement, le mot est défini en 1910 dans un champ scientifique, au IIIe Congrès international de botanique à Bruxelles : le terme écologie comprend l'ensemble des relations existantes entre les individus végétaux ou les associations végétales d'une part et le milieu d'autre part. Source CNRTL. Un siècle après, il s'est étendu à tous les champs de la science, mais ces théoriciens, Camatte compris dans son interview en 2019, le réduisent à une approche politique...

2. LA CRISE EST LÀ, LA RESTRUCTURATION DU CAPITAL AUSSI
"nous sommes dedans"et c'est en elles que se pose, comme toujours, la perspective communiste, bien évidemment, fort de ce qui précède, pas uniquement en termes de lutte des classes

RS/TC a écrit:Le communisme, on s'en fout. Ce qui compte c'est la lutte des classes, et dans cette société, tu es dedans. Ça va théoriquement avec mes critiques de toutes les normes, du normativivisme...
Lola Miesseroff, Voyage en outre-gauche, 2018, p. 275

la "critique de toutes les normes" débouche étonnamment sur une norme au nom de laquelle le reste et le tout sont évacués par tous les moyens de la rhétorique sectaire

nous sommes dans une crise de restructuration du capital à froid : pour l'heure pas de guerre, et pas de guerre sociale non plus dans laquelle la lutte des classes serait le "moteur de l'histoire". Hormis quelques réactions revendicatives de défense - travailler sans sacrifier sa santé -, le prolétariat ne manifeste nulle part le désir de se débarrasser de son exploitation et du capitalisme, qui lui mène sa guerre de classe et ses guerres intestines dans la concurrence sur le dos des populations, chaque État embarquant la sienne dans cette concurrence, avec l'ensemble des partis politiques qui inscrivent la "sortie de crise" dans la fin du capitalisme néolibéral (Patrick Artus, Natixis 30 mars : Tout ceci signifie bien la fin du "capitalisme néolibéral")


Macron célèbre le "Made in France" (« il nous faut produire davantage en France sur notre sol pour réduire notre dépendance », 31 mars), de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, on crie victoire à la fin de l'Europe et au retour des frontières, en version marxiste, c'est Georges Gastaud du PRCF avec les 10 leçons du coronavirus saluant « les efforts de Cuba Socialiste, du Venezuela, de la Chine populaire contre la pandémie ». Tout ceci rappelle les élans du PCF en 1977 : "Ils détruisent nos usines et investissent à l'étranger. Fabriquons français ! Made in France ! D'accord"

il n'est donc pas du tout exclus que la prévisible explosion des luttes sociales à la sortie du confinement des pays "développés" se traduise par l'inscription politique de ces luttes dans un néo-programmatisme prolétarien à forte tendance nationale voire nationaliste mâtiné de populisme et de conservatisme jusqu'à l'extrême-droite, mouvement perçu depuis plusieurs années, davantage que dans un retour de l'alternative mondialiste du démocratisme radical des années 1995-2007, avant la crise de 2008 qui génère ce que j'ai nommé un populisme radical

la restructuration est là et elle n'a pas les caractéristiques espérées et attendues par les partisans de la communisation. Nous sommes dedans et c'est de cela qu'il s'agit de rendre compte

posé là en attendant mieux : la crise de la rente pétrolière...

à suivre

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Message par Florage le Lun 6 Avr - 6:09

6 avril
XXI. OÙ VA LA CRISE ? POINT D'ORGUE

THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS P-42-balaban-w
le 23 mars je posais la question X. OÙ VA LA CRISE ? comment la caractériser ? quelle sortie possible pour le Capital ? relance keynésienne ? restructuration globale ? probabilité de guerre mondiale augmentée ?, j'y revenais le 25 mars, XIII. "LA" CRISE EST LÀ, et le 4 avril, XX. CETTE CRISE EST BIEN PLUS "MONDIALE" ET PROFONDE, et MULTIDIMENSIONNELLE QUE  1929 et 2008 et toutes précédentes crises du capitalisme

je me référais à ce que je considérais comme la meilleure critique de l'économie politique, la première partie du texte de Hic Salta, en juin2019 : 1 – Les capitalistes face à la crise, dont les titres scandent l'évolution alors prévisible de la crise qui allait venir

BA et FR a écrit:1 – Montée vers la crise
i.Limites de la formule actuelle de la plus-value
ii. Renforcement de la péréquation stratifiée
iii. Surendettement
iv. Dénationalisation de l’État
v. Hégémonie américaine : fin du multilatéralisme
vi. Conclusion provisoire
2 – Rupture de la crise
i. Credit crunch… et après
ii. Lutte contre les rentes et les dépenses improductives
iii. Démondialisation fragmentée, balkanisation, guerre
iv; Conclusion : vers une nouvelle formule de la plus-value ?

je (me) posais la question de la validité de cette analyse dans les conditions de la crise présente, avec ses caractéristiques fortes à ce jour, un arrêt de la production comparable chez nous aux grandes grèves de 1968, un chômage annoncé des plus massifs, et une relance de la production vraisemblablement réorientée vers des secteurs que ne prévoyait pas la projection de Hic Salta. La dénationalisation de l'État ne semble pas l'orientation actuelle, au contraire, mais le surendettement s'annonce à un niveau inégalé depuis la mise en place de l'ultralibéralisme mondialisé, qui n'est plus de saison. Côté rente, celle du pétrole va en prendre en coup dans l'aile et donc avec les pays qui sont appuyés sur elle. La démondialisation est accélérée en même temps que montent les protectionnismes nationaux...

je n'ai pas les moyens d'expertise pour en dire beaucoup plus et ce qui va se passer va dépendre des suites de la pandémie et des conséquences économiques et sociales qui en aggraveront les effets pour les classes populaires et les pays pauvres, accroissant considérablement la population excédentaire et l'expulsion (Saskia Sassen) davantage qu'une mortalité significative ou pesant sur les rapports économiques.  Je ne sais pas imaginer le poids ni le contenu des affrontements entre classes qui en résulteront et détermineront pour partie la suite des événements dans un chaos qui ne s'annonce pas clairement classe contre classe mais plus vraisemblablement tous contre tous, chacun sa guerre pour la survie et puis la grande pour le profit...

pour l'heure, j'invite donc à (re)lire ces pages d'Hic Salta, en attendant les lumières de grosses têtes en économie politique. je renonce à développer l'incomparabilité de cette crise avec celle de 1929, elle me semble évidente et sans besoin d'un pavé rappelant les bases de Marx, Rosa Luxembourg, Paul Mattick et les autres, qui passionnent les amateurs de crise de surproduction vs crise de sous-consommation. Je suggère une piste de réfléxion avec le tableau de 1.1.2 – Renforcement de la péréquation stratifiée du taux de profit

- des oligopoles mondiaux, échappant à toute péréquation du taux de profit (GAFA, pétrole, aéronautique, pharmacie, etc.) ;
- des branches ouvertes, qui relèvent d’une péréquation mondiale du taux de profit (automobile, distribution, habillement, etc.) ;
- des oligopoles nationaux, échappant à la péréquation nationale/internationale du taux de profit (BTP, téléphonie, chemins de fer, etc.) ;
- des branches ouvertes nationales, relevant en principe d’une péréquation nationale du taux de profit, mais pour lesquelles le profit moyen est diminué du pompage qu’elles subissent de la part des oligopoles nationaux ou internationaux (sous-traitance de deuxième degré tout secteur, petite restauration, petite hôtellerie, etc.).
4 avril
XX. comparaison n'est pas raison
CETTE CRISE EST BIEN PLUS "MONDIALE" ET PROFONDE,
et MULTIDIMENSIONNELLE QUE  1929 et 2008
et toutes précédentes crises du capitalisme
les comparaisons avec 1929 (Grande dépression) se multiplient chez les experts économistes surtout, depuis que Le Maire, Ministre de l'économie, a parlé d'une « une crise économique d'une violence sans précédent depuis 1929 ». Il y a plusieurs raisons à l'impossibilité de comparer ce qui se passe et ce qui va venir avec cette situation. En vrac et en attendant de développer :

- 1929 comme 2008 ont démarré comme des crises financières, celle-ci attaque directement l'économie réelle de  la production-consommation de marchandises

- la mondialisation/globalisation était fort peu engagée en 1929, si ce n'est par le biais du colonialisme occidental, ou la fermeture économique de l'URSS. Des régions entières du monde ont été fort peu frappées. Autrement dit cette comparaison a de forts relents d'occidentalisme

- la dimension écologique, intrinsèquement liée à la nature de la pandémie, sur fond de crise écologique globale (climatique entre autres) s'invite nécessairement dans l'analyse, sous peine de n'y rien comprendre

- les dimensions géographique et démographique aussi...

- last but not least, les réactions du prolétariat organisé en syndicats et partis extrêmement puissants pouvaient déboucher sur tout autre chose, un compromis historique, le keynésianisme  mis en œuvre, le New-Deal, l'État-Providence, la lutte anti-fasciste... et la guerre

plusieurs des TEXTES CRITIQUES comportent ces aspects multidimensionnels, ce sont les plus intéressants, même s'il leur manque toujours quelque chose

Florage

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Message par Florage le Dim 12 Avr - 11:52

dessous 10 avril
import-export de la crise
XXII. LA CRISE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE
IMPORTE, EXPORTE ET EMPORTE LA CRISE SANITAIRE
12 avril
remarques de David Harvey, "géographe marxiste"

plus consistantes et concrètes que les généralités conceptuelles trouvées chez les "communisateurs", non seulement dans l'analyse économique, mais dans les mutations visibles dans la crise de la classe ouvrière au sens marxien, alors que chez dndf, RS et RF en sont à disserter sur les "travailleurs improductifs" dans la définition de Marx des Théories sur la plus-value, complètement à côté de la plaque compte tenu des mutations dans la production depuis leur écriture en 1861-1863. Ça frise la fatuité. En attendant, si leurs adeptes mêmes n'y comprennent rien, ça les impressionnent, ils y voient la preuve de leur sérieux, et ils vivent de ça, entre initiés à initiales qui n'ont jamais, à ma connaissance, cité David Harvey depuis un demi-siècle : pour eux tous les autres théoriciens marxistes sont des cons vendus à l'alternative démocrate radicale
Quelle politique anticapitaliste à l'ère du coronavirus ? jacobinmag.com 20 mars. Extraits

En essayant d’interpréter, de comprendre et d’analyser le flux quotidien d’informations, j’ai tendance à situer les événements dans le contexte de deux modèles distincts mais entrecroisés de fonctionnement du capitalisme. Le premier niveau est une cartographie des contradictions internes de la circulation et de l’accumulation du capital au fur et à mesure que la valeur monétaire circule à la recherche de profit à travers les différents «moments» (comme les appelle Marx) de production, de réalisation (consommation), de distribution et de réinvestissement. C’est là un modèle de l’économie capitaliste comme spirale d’expansion et de croissance sans fin. Ça devient plutôt compliqué au fur et à mesure qu’on l’élabore, par exemple selon l’optique des rivalités géopolitiques, des développements géographiques inégaux, des institutions financières, des politiques étatiques, des reconfigurations technologiques et de l’entrelacs des divisions du travail et des relations sociales, qui est en changement constant..

Mais je vois ce modèle comme arrimé à cadre plus large de reproduction sociale (dans les ménages et les communautés), dans une relation métabolique continue et en constante évolution avec la nature (y compris la «seconde nature» de l’urbanisation et de l’environnement construit par l’homme) et des formations sociales culturelles, scientifiques (basées sur la connaissance), religieuses et contingentes que les populations humaines créent e manière typique à travers l’espace et le temps. Ces «moments» incorporent l’expression active des envies, des besoins et des désirs humains, la soif de connaissances et de sens et la quête évolutive d’accomplissement dans un contexte d’évolution des dispositifs institutionnels, des contestations politiques, des confrontations idéologiques, des pertes, des défaites, des frustrations, et des aliénations, tous élaborés dans un monde à la diversité géographique, culturelle, sociale et politique marquée. Ce deuxième modèle constitue, pour ainsi dire, ma compréhension pratique du capitalisme mondial en tant que formation sociale distincte, tandis que le premier concerne les contradictions au sein du moteur économique qui alimente cette formation sociale sur certaines voies de son évolution historique et géographique.

En spirale
Lorsque le 26 janvier 2020 j’ai lu pour la première fois qu’un coronavirus gagnait du terrain en Chine, j’ai immédiatement pensé aux répercussions sur la dynamique mondiale de l’accumulation de capital. Je savais, à partir de mes études du modèle économique, que les blocages et les ruptures dans la continuité des flux de capitaux entraîneraient des dévaluations et que si les dévaluations se généralisaient et s’approfondissaient, cela serait le signal du déclenchement de crises. Je savais également que la Chine était la deuxième économie du monde et qu’elle avait effectivement remis à flot le capitalisme mondial dans l’après-crise de 2007-2008, si bien que coup porté à l’économie chinoise aurait de graves conséquences sur une économie mondiale de toute façon déjà en état précaire. Le modèle existant d’accumulation de capital était, me semblait-il, déjà dans une sacrée panade. Des mouvements de protestation se produisaient presque partout (de Santiago à Beyrouth), et beaucoup d’entre eux se concentraient sur le fait que le modèle économique dominant ne marchait pas pour la masse de la population. Ce modèle néolibéral repose de plus en plus sur du capital fictif, une vaste expansion de la masse monétaire et de la création de dette. Il est déjà confronté au problème d’une demande effective insuffisante pour réaliser les valeurs que le capital est capable de produire. Alors, comment le modèle économique dominant, avec sa légitimité affaissée et sa santé délicate, pourrait-il absorber les coups inévitables de ce qui pourrait devenir une pandémie et y survivre ? La réponse dépendait fortement du temps que durerait la perturbation et de sa propagation, car comme l’a indiqué Marx, la dévaluation ne se produit pas parce que les produits ne peuvent pas être vendus, mais parce qu’ils ne peuvent pas être vendus à temps.

J’avais longtemps refusé l’idée d’une « nature » hors de la culture, de l’économie et de la vie quotidienne et séparée d’elles. J’adopte une vision plus dialectique et relationnelle de la relation métabolique avec la nature. Le capital modifie les conditions environnementales de sa propre reproduction. mais le fait dans un contexte de conséquences imprévues (comme le changement climatique) et dans le contexte de forces évolutives autonomes et indépendantes qui remodèlent perpétuellement les conditions environnementales. De ce point de vue, il n’existe rien de tel qu’une véritable catastrophe naturelle. Certes les virus sont constamment en mutation. Mais les circonstances dans lesquelles une mutation menace la vie dépendent des actions humaines.
[...]
Il existe un mythe commode selon lequel les maladies infectieuses ne reconnaissent pas les barrières et les frontières de classes ou sociales. Comme beaucoup de ces assertions, il y a du vrai là-dedans. Dans les épidémies de choléra du XIXème siècle, l’importance des barrières de classe a été suffisamment dramatique pour engendrer la naissance d’un mouvement public d’assainissement et de santé qui a perduré jusqu’à nos jours. Que ce mouvement ait été conçu pour protéger tout le monde ou seulement les classes supérieures n’était pas toujours clair. Mais aujourd’hui, les effets et impacts des différences de classe et sociales racontent une autre histoire. Les impacts économiques et sociaux sont filtrés à travers des discriminations «coutumières» qui sont partout en évidence. Pour commencer, la main-d’œuvre qui devrait prendre en charge le nombre croissant de malades est généralement fortement genrée, racialisée, et ethnicisée dans la plupart des régions du monde. Le même profil de main-d’œuvre se retrouve dans les aéroports et d’autres secteurs logistiques.

Cette «nouvelle classe ouvrière» porte le poids d’être la plus exposée au risque de contracter le virus par le biais de son emploi, ou d’être licenciée sans ressources à cause du ralentissement économique imposé par le virus
. [...]

[texte complet]
un moment de bascule vers un nouveau retard stratégique en France ?
si jusque-là, et ces deux dernières semaines, le gouvernement a pu retrouver une certaine crédibilité par des explications plus claires de sa stratégie (de confinement), cela pourrait ne pas durer. Indice par les sondages : la confiance dans le gouvernement s’émousse
Selon un sondage Ifop publié ce dimanche, plus d’un tiers des Français font confiance en général au gouvernement pour combattre l’épidémie et ses conséquences, soit une baisse de 6 points, à la veille de l’intervention télévisée très attendue d’Emmanuel Macron.
mais surtout interrogations sur l'efficacité de cette stratégie, qui pourrait être la source d'un nouveau retard à la prise de mesures complémentaires, tests massifs et isolement des infectés. C'est la critique de l'ancien Directeur de la santé, au demeurant de bon sens : William Dab : "Plus on retarde le travail de terrain,  plus il va falloir prolonger le confinement", France Inter, 11 avril : "Je pense que nous ne sommes pas loin de ce moment de bascule où le confinement généralisé va avoir plus d'inconvénients que d'avantages."
ma perception, à travers les réactions notamment sur les réseaux sociaux, est celle d'une certaine lassitude et d'une impatience, plus que d'une colère, dont les effets psycho-sociaux pourraient devenir redoutables si le pouvoir ne redresse pas la barre. Début de réponse avec le discours de Macron lundi soir, qu'on dit "historique". Vrai que cette fois il a pris le temps de le préparer
11 avril
la contradiction travailler vs confiner
les rapports État-Capital ne sont pas conceptuels ni réductibles à des généralités théoriques. Il s'agirait de connaître et montrer leur interpénétration concrète à tous les niveaux, pour saisir prosaïquement que nous n'en connaissons que les rôles qu'ils jouent officiellement. Les échanges incessants des places entre ministères et Conseils d'administration des Grands groupes, leurs contacts permanents comme dans les administrations centrales et déconcentrées, rendent fumeuses les considérations sur une séparation des pouvoirs économiques et étatiques : l'économie politique est un tout insécable, et c'est d'elle que Marx a fait la critique dans Le Capital

il ne s'agit pas là de théorie complotiste quant à "l'État profond", c'est le fonctionnement quotidien des relations entre dirigeants patronaux et gouvernementaux. Je l'ai vu fonctionner dans le moindre bureau d'administration centrale avec la tutelle du BTP par la Direction des Affaires économiques et Internationales de l'Équipement/Transports/Écologie. C'est dire ce qu'il en est à Bercy et à l'Élysée...

corollaire : la contradiction travailler vs confiner ne se réduit pas à un bras de fer État-Patronat, elle est interne aux deux, même si la résultante se traduit en décisions de l'État. Ajoutons qu'il ne s'agit pas là de distinguer ultra-libéralisme et capitalisme d'État, nous le voyons bien aujourd'hui, exemples comparés des USA ou de l'Europe avec la Chine
10 avril
comme je le soutiens depuis des années, et l'ai fait des luttes du CPE en 2006 aux Gilets Jaunes en 2018-2019, le plus fécond est de théoriser de manière glissante et continue en temps réel, même si cela ne présente pas les avantages de synthèse ou d'exhaustivité des textes après-coup. Je ne suis pas un inspecteur des travaux finis

aux camarades qui attendent de la crise la communisation
THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Rm208-jj-33
il y a une douzaine d'années, le "préviseur" BL
de Théorie Communiste, l'annonçait pour 2020 !
pour rappel, ma démarche se situe dans le prolongement de mes interventions de théorie, ici : THÉORISATIONS, ainsi que globalement L'HUMANITÉ CONTRE LE VIVANT ? ET LE CAPITAL ? complété de LE MONDE BRÛLE-T-IL ? CAPITALISME et CHANGEMENT CLIMATIQUE. Avec 2650 vues en 3 semaines, ce sujet est le plus lu des sujets théoriques. La rubrique complète LE MONDE AU TEMPS DU CORONAVIRUS dépasse les 7500 vues
import-export de la crise
XXII. LA CRISE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE
IMPORTE, EXPORTE ET EMPORTE LA CRISE SANITAIRE
les aspects sanitaires surdéterminés par la récession économique et ses conséquences sociales
alors que dans un premier temps, on pouvait considérer que l'évolution de la pandémie rythmait l'enfoncement dans la crise sociale et économique, le point atteint avec l'entrée en récession des pays les plus touchés et les conséquences économiques et sociales aux quatre coins du monde y compris où le virus n'a pas encore fait ses ravages, ce point marque un tournant dans l'approfondissement de la crise, donc de son analyse théorique

certes on ne peut que suivre, angoissé et impatient de traitements efficaces, la progression alarmante du coronavirus, mais l'on dispose facilement dans les médias de toutes les informations utiles, même s'il est bon de ratisser large pour éviter l'utilisation propagandiste des chiffres

strabisme divergent, grand angle et longue focale
l'observateur attentif est appelé à loucher, un œil sur ce qui se passe près de chez lui, l'autre sur ce qui attend le monde

j'insiste depuis quelques jours sur le fait que les conséquences économiques et sociales indirectes de la pandémie dans les conditions précédentes de l'économie politique (le capitalisme) de la santé, seront plus terribles et mortelles que celles directement sanitaires : les deux sont entrées en boucle avec réactions en chaînes irréfrénables. Le fait que l'Europe et les USA soient actuellement au centre de l'expansion épidémique masque à la plupart cette réalité, qui explosera aux yeux du monde et particulièrement des Français le jour où ils subiront eux-mêmes ces contrecoups sociaux. Gage alors que le "déconfinement " vers un illusoire retour progressif à la normale ne sera plus la première préoccupation. Nous en avons déjà une petite idée


Dernière édition par Florage le Mar 14 Avr - 4:35, édité 1 fois

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Message par Florage le Sam 18 Avr - 5:35

dessous 13 avril
XXIII. LE TEMPS LONG DES CONFINS AU CHAOS, mis à jour
ma méthode inspirée par celle de Marx et sa mise en œuvre, 13 mars
XXIV. LA MORT QUI VIENT POUR LE TRAVAIL, l'État choisit le travail contre la santé
LA LUTTE POUR LA (SUR)VIE
pour la vie contre le capital, désobéissance sanitaire, restez chez vous après le 11 mai
. activisme communisateur : Léon de Mattis, le retour
XXV. RELOCALISATION N'EST PAS DÉMONDIALISATION
théoriser n'est pas naviguer entre hypothèses en sautant par-dessus les faits pour "prophétiser"
UN TOURNANT THÉORIQUE MAJEUR
"lier théoriquement compréhension du vivant et compréhension du processus révolutionnaire'
XXV. RELOCALISATION N'EST PAS DÉMONDIALISATION
théoriser n'est pas naviguer entre hypothèses en sautant par-dessus les faits pour "prophétiser"
UN TOURNANT THÉORIQUE MAJEUR
"lier théoriquement compréhension du vivant et compréhension du processus révolutionnaire'

quelques notes et interrogations
17 avril

je dois ici préciser une chose : non, je n'avais rien à faire dans les débats de dndf, car mes positions sont en dehors de la palette de celles qui s'y expriment, autour de la théorie de la communisation comme théorie de la révolution comme seul hypothèse, et strictement prolétarienne. Ce qui ne signifie pas que leurs désaccords soient inintéressants pour mon approche, car ils en recoupent d'autres au-delà de ce petit milieu de militants activistes ou théoriciens, et cela m'est utile pour préciser mes propres idées. Il se trouve que pour ce que je partage sur l'analyse de cette crise, je l'ai exprimé avant eux, y compris chez dndf, et que je le retrouve dans certaines interventions après coup dans des termes significativement voisins. RS a pris l'habitude de le faire des années sans me nommer, il l'a lui-même reconnu, mais lui en reformulant... Le travail collaboratif explicite ou non, c'est comme ça, et je ne vais pas leur demander une médaille
18:34
à voir les dernières interventions chez dndf, entre lacanaille, Annette, Jeanne, et Lisbeth, et surtout le texte de FD CONJONCTURE ÉPIDÉMIQUE, crise écologique, crise économique et communisation*, refondateur de la théorie de la communisation. Ce texte crève un abcès de plusieurs années, le débat s'annonce donc plus ouvert que désespérant, et c'est une bonne raison d'en rendre compte et d'y participer ici, de loin. Il  génère un tournant théorique majeur, dans le sens où j'écrivais le 1er avril (sic) XVII. UNE CRISE NOUVELLE DU CAPITAL EXIGE UN THÉORIE NOUVELLE DU COMMUNISME
* texte complet avec mes commentaires
4:21
« Pouvons-nous faire autrement que naviguer parmi les hypothèses ? Et comme dirait l’autre : qui ne risque rien n’a rien… » Nononyme
l'impression que trop de commentaires préfèrent "formuler des hypothèses" très générales sur ce qui va se passer plutôt que de partir de ce qui se passe pour l'analyser tel quel. Evidemment bien sûr qu'on peut faire autre chose que naviguer à vue, et l'on a déjà en main pas mal de repères et de critères pour caractériser cette crise autrement qu'en y projetant ses présupposés théoriques et ses espoirs révolutionnaires. Mais voilà, cela suppose de faire le boulot, et ils ne le font pas, ils préfèrent sauter à pieds joints sur la réalité tangible sous leurs yeux, c'est de fait ce que produit le texte CORONA CAPITAL de Léon de Mattis (LdM), approche activiste de la communisation, dans un remake de la fuite en avant constatée à l'époque de la revue internationale Sic : « il ne s’agit pas d’en être les observateurs [de la lutte], mais bien les acteurs. » Leur activité leur apparaît comme déterminante sur la base d'une "l'hypothèse" idéologique plus que théorique, les vrais "prophètes", ce sont eux, non qui critique ce déterminisme

Annette a écrit:18:22 #10
Je comprends le souci de dégager la constante structurelle qui déterminerait en dernière instance la volonté des acteurs, mais comme le dit la canaille en fait l’histoire est toujours une surprise. Si elle n’était que le script d’une contradiction saisie scientifiquement par la théorie révolutionnaire, alors elle serait comme un film au ralenti.

Je ne sais pas pourquoi la canaille me colle ce prophétisme sur le dos, d’accord c’est de bonne guerre, ça met du sel dans l’assiette de ceux qui aspirent à être des acteurs plutôt que des observateurs. Mais j’ai l’impression que toutes les observations qui n’amènent pas à réaffirmer que, structurellement, le prolétariat ne peut rien faire d’autre que ce que les acteurs anti-probabilistes de demain attendent désespérément qu’il fasse est de l’ordre de la “prophétie”.
ajout 11:05
lacanaille vient ici dans ce sujet faire une mise au point qui dans le sens de mon appréciation du texte de LdM, non seulement comme activiste communisateur*
* avant la publication du texte de LDM que je sentais venir, lui ou l'un des siens, lacanaille : « Quand je dis qu’il faudrait peut-être « se préparer » à l’exacerbation de la lutte des classes, j’entends « théoriquement », répondant à ma provoc ironique :  « quant à « S’y préparer, peut-être », chacun.e peut l’entendre à sa guise, et même en activiste par la critique des armes pour remplacer les armes de la critique »
mais aussi comme critique de la méthode des théoriciens de la communisation en général, bien qu'il s'inscrive lui aussi dans la perspective de la révolution prolétarienne sur la base de la lutte des classes unique moteur de l'histoire (sur la question 'quelle classe' voir mes dernières remarques ici à propos de la (re)constitution en classe révolutionnaire) :

lacanaille : "Concernant l’avenir, LdM lui-même ne se soumet guère à son propre conseil de ne pas « prophétiser », à la différence près avec « Annette » qu’il le fait dans l’optique de la lutte des classes. Chez « Annette » on touche davantage à la prophétie, de celle qui permet, ensuite, de dire « je vous l’avais bien dit » : tout va toujours plus mal, etc.[...]

- "Ceci pour dire qu’il est tout aussi probable qu’il se passe quelque chose de parfaitement inattendu ; dans cette optique, le seul point de vue raisonnable vis-à-vis de l’avenir est à mon avis celui de LdM qui s’attache à imaginer la chose du point de vue des luttes de classes, qui, étant la dynamique motrice de l’histoire, n’ont guère de chance de cesser."
ici, je ne peux souscrire à ce qui reste la seule hypothèse envisagée, la révolution prolétarienne, ce qui ôte un peu de sa portée à la prudence conseillée par lacanaille dans ce commentaire, quand il sort de ses propres clous :
- "je crois qu’il faut s’attacher d’abord à observer le présent, avec des yeux volontairement candides et en tous cas autant qu’il est possible dégagés des « choses que l’on sait déjà ». C’est seulement une question de méthode : une fois dégagé un aspect du présent, « tel qu’il se présente », expliquons-le, démontrons-en les origines, si on peut, etc. ; et, dès lors, on peut même s’enhardir à envisager la suite, avec une prudence minimale."

c'est en substance ce que j'essaye de faire. Lacanaille ajoute comme moi que nous ne sommes pas livrés à "naviguer parmi les hypothèses" (Nononyme) :
lacanaille : « la seule observation « au jour le jour » de ce qui est en train de se passer montre un certain nombre de phénomènes »
ce sont ceux que je m'efforce de faire ressortir, même s'ils ne recoupent que partiellement son point de vue :
- "à mon avis le grand chantier pour nous autres les théoriciens de la théorie : donner un éclairage au présent, dont l’élément actuel à mon sens le plus remarquable est le rapport de l’État à la forme socio-économique dans son ensemble, donc aux classes."
ce qui rejoint la discussion sur les divergences dans les orientations de la classe capitaliste vues ci-dessous
16 avril
- "bourgeoise capitaliste néo-nationaliste" vs "bourgeoisie néo-libérale de la mondialisation" ? relocalisation n'est pas démondialisation
à la suite de la tendance des États, dans cette crise, à rapatrier la production pour, prétendent-ils comme Macron, assurer la maîtrise des productions "essentielles" dont celles nécessaires à la santé vu le fiasco taux USA et en Europe, une étrange discussion s'est engagée ici ou là pour opposer une supposée "bourgeoisie néo-nationaliste" à celle qui a conduit "50 années de mondialisation néo-libérale", comme si la restructuration, qui est en cours selon moi, et non à venir, se faisait entre ces deux tendances. Est avancé un argument bizarre, « Les multinationales devront s’aligner ou mourir », à quoi répond « dans la plupart des scénarios un protectionnisme de nouveau genre ne pourra qu’être partiel car la bourgeoisie national ne possède pas les moyens de s’imposer sans provoquer une situation qui ne peut que lui nuire dans son objectif et donc favoriser les capitalistes multinationaux qui auront encore le privilège de déplacer leur production là où ça les avantages…», ce qui me semble bien le moins

le protectionnisme en soi n'empêche pas le capitalisme d'être global, mondial, la "démondialisation" qu'envisagent certains n'est qu'un fantasme. Les multinationales, dont certaines n'ont pas de centre national sinon leur siège, fonctionnent transnationalement, dépendent de sous-traitants comme d'acheteurs de leurs marchandises dans nombre de pays, et cela ne changera pas. La restructuration en cours a manifestement pour effet premier d'accélérer la perte de domination étatsunienne, dont la cause n'est pas liée à la pandémie

il y a d'ailleurs une différence entre reconquérir une branche industrielle nationale perdue et rapatrier la production sur le territoire national y compris avec des usines d'anciennes marques françaises sous capitaux étrangers, par la relocalisation d'usines expatriées, un mouvement qu'avait tenté de promouvoir Arnaud Montebourg sous Hollande, comme ministre de l'Économie et du Redressement productif, en favorisant l'implantation en France d'industrie à capitaux étrangers (souvent asiatiques)
- Qu'est-ce qui nous arrive ?, Jérôme Baschet, lundimatin, 13 avril : « Il n’est sans doute pas faux de dire que le Covid-19 est une maladie du Capitalocène et qu’il nous fait entrer de plain-pied dans le XXIe siècle. Pour la première fois sans doute, il nous fait éprouver de façon tangible la véritable ampleur des catastrophes globales des temps à venir »

Jérôme Baschet a écrit:Cependant, la crise du coronavirus pourrait-elle marquer une certaine inflexion dans le déploiement des forces systémiques ? Deux points semblent presque faire l’unanimité, jusque dans les cercles dirigeants et médiatiques. Il s’agit d’abord de la nécessaire relocalisation de certaines productions dont la crise a fait apparaître le caractère vital, notamment en ce qui concerne l’industrie pharmaceutique – sans parler des masques en papier, propulsés au statut de critère décisif de la souveraineté des plus grandes puissances mondiales (au moins sont-elles immunisées contre le ridicule !). Selon Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur, cette relocalisation à venir est déjà actée. Mais il serait évidemment téméraire d’en conclure à une conversion à la démondialisation : il ne s’agira probablement que d’un réajustement des chaînes de production, au sein d’une globalisation continuée. En second lieu, on évoque volontiers une revalorisation des services publics, voire un retour de l’État-Providence. Mais doit-on croire à la soudaine conversion de ceux qui, comme Emmanuel Macron, après avoir été les fidèles exécutants des diktats de l’économie néolibérale, semblent soudain parler le langage de l’intervention affichée de l’État, au bénéfice de l’intérêt collectif ? Et doit-on croire ceux qui, selon une rengaine récurrente depuis une bonne dizaine d’années, annoncent la fin du néolibéralisme ? La ficelle est trop grosse et la chose a déjà été bien expliquée : les politiques (néo-)libérales ont toujours eu besoin de l’État, à la fois pour les mettre en place (dans le cas du néolibéralisme, au cours des années 1980) et comme garant en dernier recours, de sorte qu’en cas de crise, c’est l’État qui est appelé à la rescousse pour socialiser les pertes, tandis que lorsque la machine repart, il se désengage à nouveau pour laisser libre cours à la privatisation des bénéfices. C’est ce qui s’est passé en 2008-2009 et il n’y a guère de raison pour qu’il en aille autrement cette fois-ci. Reste que, même si les paramètres fondamentaux du néolibéralisme n’ont guère été affectés, les turbulences de l’après-2008 sont restées marquées par des interventions plus affichées de l’État, moins certes dans le domaine social que par l’accentuation de sa dimension policière et répressive. Il est hautement probable que s’accentue une telle évolution vers ce qui a été qualifié de (néo-)libéralisme autoritaire.
voir aussi le tableau Hic Salta de la structure par branches, toujours "ouvertes" mais sur des aires plus ou moins large
- des oligopoles mondiaux, échappant à toute péréquation du taux de profit (GAFA, pétrole, aéronautique, pharmacie, etc.) ;
- des branches ouvertes, qui relèvent d’une péréquation mondiale du taux de profit (automobile, distribution, habillement, etc.) ;
- des oligopoles nationaux, échappant à la péréquation nationale/internationale du taux de profit (BTP, téléphonie, chemins de fer, etc.) ;
- des branches ouvertes nationales, relevant en principe d’une péréquation nationale du taux de profit, mais pour lesquelles le profit moyen est diminué du pompage qu’elles subissent de la part des oligopoles nationaux ou internationaux (sous-traitance de deuxième degré tout secteur, petite restauration, petite hôtellerie, etc.).

sans avoir bien réfléchi à la question, il me semble que c'est davantage au niveau politique des États-nations qu'il y a des oppositions internes*, car il s'agit pour les dirigeants capitalistes aussi bien politiques qu'économiques de créer par aires (États-nations ou région telle que l'Europe, l'Asie et ses clivages commerciaux et stratégiques inter-régionaux...) d'assurer la paix civile "chez eux" ou dans leur aire, quitte à ce qu'en découlent des guerres internationales continentales voire une guerre mondiale
* le sujet 'NÉO-CONSERVATISME' aborde un peu cette question, liée au souverainisme économique et politique porté à gauche et à droite, et que Macron récupère aujourd'hui face à Le Pen et Mélenchon. Pour ce qu'on peut en comprendre aujourd'hui, les prolétariats nationaux ont plutôt tendance à s'y laisser embarquer, que leur gouvernement soit ou non conduit par des populistes
14 et 15 avril
XXIV. LA MORT QUI VIENT POUR LE TRAVAIL
l'État choisit le travail contre la santé
LA LUTTE POUR LA (SUR)VIE
pour la vie contre le capital, désobéissance sanitaire, restez chez vous après le 11 mai
. activisme communisateur : Léon de Mattis, le retour
14 avril
du discours de Macron et des réactions
la décision annoncée hier soir par Macron d'une reprise de l'école, collèges et lycées, le 11 mai, conditionnant celle du travail par les parents, donne un satisfecit au patronat en privilégiant l'économie sur la santé des populations. Voir les réactions du Medef et des syndicats

l'impossibilité de faire respecter en milieu scolaire, dans les transports et dans la plupart des activités professionnelles, les mesures de protections accompagnant le confinement de masse, les tests réservés aux infectés symptomatiques*, feront déborder les services de santé** à peine sortis du "plateau" des urgences et réanimations et ouvriront les vannes à la deuxième vague mortelle du coronavirus vers la fin mai, une belle mort en été (Mishima)

* sachant que "55% et 70% des personnes infectées ne montreraient aucun ou peu de symptômes, porteurs infectieux jusqu’à quatre semaines sans le savoir." Centre national pour les maladies infectieuses à Singapour
** même si le nombre de tests à disposition est suffisant, ce qui compte c'est la capacité de leur prise en charge médicale. Le gouvernement vise-t-il sans le dire "l'immunité collective", qui serait selon Olivier Véran de 10% actuellement ? Ce serait parier sur la mort des uns au service de la vie des autres, un calcul social-darwiniste des plus cyniques, qui fut celui de Trump et Boris Johnson...


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on constate la mise en œuvre d'un déconfinement précipité visant les mêmes objectifs en Italie, Espagne, Allemagne... même si les circonstances sont variables en raison de stratégies sanitaires différentes

dans sa nature et ses objectifs et nonobstant sa forme, la décision de Macron et d'autres dirigeants européens n'est pas différente de la politique menée par Trump, sur le point de virer son conseiller scientifique en matière de stratégie anti-pandémie qui avait bien du mal à corriger le tir de ses déclarations irresponsables et tonitruantes


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l'habilité avec laquelle Macron a présenté son nouvel "en même temps" du déconfinement pour les travailleurs et du confinement prolongé pour les improductifs (personnes âgés, handicapés, malades...) masquera-t-elle aux yeux de l'opinion le cynisme de l'objectif réel pour le capital ? Des réactions simples et de bon sens permettent d'espérer mieux. Voire... Des oppositions et des luttes pourraient apparaître dans ces circonstances, annonçant un très chaud mois de mai, dans la contradiction le capital ou la vie. Gage aussi qu'un clivage ne manquerait pas d'apparaître chez ceux d'en bas et du milieu entre pro-travail et pro-santé

pour autant que je puisse prendre position, mon slogan* serait à ce stade :


POUR LA VIE CONTRE LE CAPITAL
DÉSOBÉISSANCE SANITAIRE
RESTEZ CHEZ VOUS APRÈS LE 11 MAI !

c'est en ce sens que j'ai relevé des oppositions diverses à cette reprise du 11 mai, dans LUTTES. RÉACTIONS SYNDICALES et POLITIQUES, et RÉACTIONS SOCIÉTALES. CONFINEMENT/DÉCONFINEMENT

je ne pense pas que s'impose la précipitation en "luttes suicidaires" créant des "écarts" à la "limite" des lois du capitalisme, sur le thème la communisation ou la mort, mais je ne doute pas que certains leaders de l'auto-organisation des autres les pousseront au front comme chair à canons de leur révolution de papier


* slogan plus que "mot d'ordre", il est rare que je prenne une position militante, disons qu'ici cela me semble affaire d'opportunité politique au sens stratégique. C'est un vœu de théoricien dans la compréhension qu'il a de la conjoncture. J'y vois une raison de plus pour ne pas faire de la théorie après coup en gros textes parfaits qui arrivent trop tard

15 avril
le retour de l'activisme communisateur avec le "leader objectif" Léon de Mattis
peut-être que cette première réaction de masse, appelée à s'amplifier, contre une décision politique de retour au travail forcé au risque de la santé de la population, doit nous inciter à suivre une hypothèse simple : nous en tenir aux luttes qui apparaissent au présent, dans la crise en tant que pandémique autant qu'économique et sociale, et non déjà "lors du reflux de la crise épidémique, lorsque le danger se sera éloigné", "lorsque les luttes cesseront de s’autolimiter pour éviter d’aggraver la situation sanitaire", "axe de réflexion [qui] sera développé dans la deuxième partie de ce texte : « Lutte de classe et pandémie »" de Léon de Mattis, imaginant en quelque sort non un "retour à la normale" effectivement "impossible", mais un "retour à la norme" révolutionnaire prolétarienne, qu'il projette de manière présupposée et anticipée, bien qu'il ait annoncé en introduction : "La théorie n’a pas pour fonction de prédire l’avenir. L’objectif de ce texte n’est pas de faire de la politique-fiction." Un texte rassurant intellectuellement pour ceux qui ont besoin d'un guide qui savait avant et qui sait pendant, et pour qui l'avenir est écrit sur le grand rouleau communisateur*, comme aussi Alain Corne de Carbure.blog, son succès, ses traductions, l'absence de toute critique dans le milieu radical

* de quoi rappeler l'interrogation de Théorie Communiste TCn°26, 2018, page 309 :
TC n°26 a écrit:Toute la question que nous devons sans cesse avoir en tête et sous les yeux se ramène à savoir si notre schématisation historique est arbitrairement plaquée sur les luttes, les adaptant à un ensemble de théorèmes fonctionnant a priori, ou si nous la considérons comme adéquate à la nature changeante des luttes de classe et du rapport d'exploitation dans les périodes que nous identifions.
Léon de Mattis ne s'embarrasse même pas d'avoir de telles luttes sous les yeux, ils les imagine "à la sortie de crise épidémique" dans laquelle nous sommes encore. Texte prêt-à-porter de l'activisme : « L’objectif est de se mettre en situation, en tant qu’acteurs des luttes, de prendre ou de rejoindre les initiatives qui peuvent aller dans le sens d’une remise en cause du rapport social capitaliste. ». 15 ans après Meeting, le clivage du courant communisateur reste patent, et nous verrons si les désaccords s'expriment avant que RS ne remette sur les rails de la vraie foi qui voit là « un texte d’une clarté remarquable qui mérite d’être largement diffusé »... Je me garderai d'intervenir pour ne pas introduire dans ce milieu un biais méthodologique

Twisted Evil

luttes pour la (sur)vie d'abord*
osons ce lieu commun : la lutte se mène d'abord pour vivre, survivre au sens de ne pas mourir, lieu commun oublié en nos pays de production et consommation "inessentielles". Se retrouve "sans réserve" en ce sens même celui qui en a mais qui ne lui servent à rien contre l'épidémie. En somme, nous retrouvons la contradiction directe du capital contre le vivant dont l'humanité d'abord, contradiction qui ressort de plusieurs des textes retenus, y compris d'obédience marxiste : le Capital ne s'intéresse à la santé de la population qu'en tant qu'elle est productive, et l'État garantit cette priorité. Cf le Capital vs l'Humanité, J.G.F. Héctor, Praxis in América Latina
* Réouverture des écoles : au Québec, le gouvernement a dû reculer face à la gronde populaire

comme dans la guerre, le Capital peut se permettre de détruire une partie du capital vivant, la force de travail du prolétariat pour relancer le taux de profit. Dans les conditions de la surpopulation actuelle, "l'armée de réserve" des expulsés, qui n'ont réellement que leurs chaînes à perdre, lui donne de la marge. Mais ce qu'ils veulent d'abord, c'est manger pour vivre, quitte à être exploités, puisque ces "Nègres du monde" n'étaient même plus exploitables (Achille Mbembe, 2013 : « il y a toute une humanité subalterne dont le capitalisme n'a pas besoin. Le drame d'aujourd'hui, c'est de ne même plus pouvoir être exploité, alors qu'hier le drame était d'être exploité. »

13 avril
XXIII. LE TEMPS LONG DES CONFINS AU CHAOS
ma méthode inspirée par celle de Marx et sa mise en œuvre


« Si le monde n'est qu'un récit qui d'autre que le témoin peut lui donner vie ? »
Cormac McCarthy
La trilogie des confins, tome 2, Le grand passage

que pouvons-nous théoriser qui ne viendrait de ce qui se passe, de ce qui est passé et dépassé, et de ce qui peut venir, sans y projeter trop nos espoirs, ou nos désespoirs ?

ce qui nous re-tombe dessus n'est rien d'autre que le monde tel qu'il était, colosse aux pieds fragiles, s'effondrant au présent dans le temps et l’espace. En rendre compte avec quelque clarté est une tâche énorme. Pour la plupart qui la tentent n'ayant pas connu la guerre depuis leur naissance, c'est une situation totalement inédite, qui justifie de prendre du recul avec humilité relativement à leurs certitudes, modes et méthodes de penser le réel

il était attendu que ceux qui croyaient savoir continuent de croire, et ne pas voir ce qu'ils ne veulent pas qui secoue leurs croyances, et que de tout point de vue auto-centré l'on ne voit qu'un aspect des choses. C'est une grande leçon méthodologique de Marx que d'avoir exposé sa critique selon divers points de vue et niveaux de généralité (La dialectique mise en œuvre, Le processus d’abstraction dans la méthode de Marx, Bertell Ollman, 2005)

une deuxième leçon de Marx, qu'il n'a pas davantage exposée en tant que tel, mais qui ressort de ses écrits politiques et du plan du Capital, c'est l'alternance de matériaux d'observation alimentant leur théorisation, ce qui définit son matérialisme. Ce ne sont donc pas, comme le faisait ressortir Roland Simon, des "exemples" déclinant ce qui aurait été d'abord une théorie conceptuelle descendant du monde des idées sur la terre des réalités pour en expliquer le fonctionnement. Il n'y a pas chez Marx de Théorie avec un grand T, élaborée une fois pour toute, et jusque dans des points essentiels, il évoluera toute sa vie

c'est pourquoi j'ai construit un plan selon différents thèmes rendant compte de ces points de vue sur la base de faits comme matériaux, et pourquoi j'ai sélectionné des textes de différentes natures, dans une large palette d'approches, philosophie, marxisme, écologie, féminisme... susceptibles de rendre compte des niveaux de généralités, certains, paradoxalement les moins "marxistes", les intégrant eux-mêmes. Il s'agit de les faire jouer ensemble dans une approche critique multidimensionnelle... et déconfinée de son cercle d'habitudes et de relations privilégiées

pour revenir au présent, à son énormité, il va sans dire que mettre en œuvre une telle méthode, à chaud et alors que nous ne pouvons que formuler des hypothèses sur la suite, est un exercice difficile et périlleux. Il en est qui, ne saisissant ni la méthode de Marx ni comment elle a inspiré la mienne, me reprochent, ici, de ne produire que « propos décousus donnant sur d’autres propos décousus, rien n’est avancé, rien n’est construit ou réfuté... », me suggérant d'« envisager d’écrire de manière lisible » et le maître de ce lieu de toujours confiné, qui n'a pas davantage produit par lui-même, de voir là "une vraie critique de fond" : sans blague !? On ne peut pas grand chose contre la méchante bêtise, mais le confinement a son bon côté : s'épargner la fréquentation des cons finis, dont l'équipe de bras-cassés radicaux est infoutue d'assurer sur son blog un suivi ne serait-ce qu'informatif, hormis les textes des copains. Les sujets que j'animais ont suscité le plus de commentaires, et le silence qui suit mon retrait montre que le troll 'Anonyme' n'avait qu'une fonction, dénigrer mon travail

ce soir s'exprimera Macron, très attendu puisque pour la plupart, ce qu'il annoncera déterminera leur vie à court et moyen terme. Pour l'essentiel on le sait déjà, tous les éléments sont exposés d'un "en même temps" dans la contradiction entre pandémie et économie, travailler et confiner, confinement et déconfinement, qui sont l'expression des opposés d'un même tout, l'impossibilité pour le capital et ceux qu'il exploite et domine de s'en sortir à bon compte et court terme, tant sont vivaces leurs antagonismes au-delà même des classes sociales, ou pas celles du marxisme classique, dans les rapports dialectiques complexes temps et espace, humanité-capital-nature

nous en sommes là, avec la vague angoisse du chaos qui vient, et selon moi de ce chaos, fort peu de chance qu'il sorte une dynamique communiste vers la communauté humaine et du vivant. On peut rêver, on doit rêver, mais pas bâtir des théories sur des rêves


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Florage

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Message par Florage le Mer 22 Avr - 7:32

du 20 avril, maj 22, modifications et notes en complément
cet épisode est placé avant le précédent, synthèse à ce stade de ce qui précède


XXVII
théorie à la française ?
déconfiner et décoloniser le marxisme

CHIENS DE FAÏENCE DÉFAILLANTS
ou hommes de marbre ?
peut-on déconfiner le marxisme ?
il y a maintenant beaucoup de textes "marxistes" en circulation (voir recension), davantage de temps pour les lire et commenter, mais il est frappant que dans chaque courant et même l'entre-soi à l'intérieur, on reste ni plus ni moins confiné qu'avant. Très rares ceux qui discutent "dans le texte" entre eux, ou font discuter de façon ouverte dans les blogs où ils sont diffusés. Ce blocage est réciproque, on ne prend même plus la peine de critiquer les adversaires objectifs, en fait des concurrents à qui l'on risque de faire plus de publicité que d'en sortir vainqueur aux yeux des lectorat.e.s. Dans le "milieu théorique radical", des années qu'on ne se cause plus, chacun verrouille en lorgnant sur les "camarades" d'à côté


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il ne faut pas espérer que cela tienne à laisser le temps de lire avant de réagir, des idées ont pu rester ignorées, isolées, des années, au temps d'Internet comme à celui de l'édition papier et des délais d'échanges, sauf entre ceux qui s'écrivaient, alors abondamment, leurs correspondances n'étant publiées que bien après, celle de Marx et Engels* comme de Flaubert et Louise Collet
* à ce propos, les Éditions Sociales mettent en ligne des lectures de lettres entre Marx et Engels, issues du tome 13 de la correspondance qui doit sortir bientôt. Lecture par Isabelle Garo, philosophe, de la lettre 60 de Engels à Marx à Karlsbad Ramsgate, vendredi 25 août 1876

cela me rappelle les mots du cerbère de la liste de discussion de la revue Multitudes, vers 2003 : « Patlotch, vos positions ne nous intéressent pas. » Aussi, anecdote, le fait que sur cette liste dite mondiale, on s'étonnait que j'écrivis en dehors du fuseau horaire de Paris

les derniers textes sortis dans le milieu radical, de celui de LdM Corona Capital à celui de DDT21, Quoi qu’il en coûte. Le virus, l’État et nous, analysent la "crise" en termes proches de ceux publiés dès fin mars, avec l'impression qu'ils ont attendu pour ne prendre aucun risque de se planter, tout en se présentant comme anticipant sur ce qui peut se passer... selon leurs présupposés idéologiques respectifs, deux textes aux extrêmes du courant communisateur*, de l'activisme objectif au sage principe "ne pas perdre la tête". Les 3 scénarios d'Alain Bihr n'y échappent pas, politiquement, mais au moins sont-ils substantiels en termes de critique de l'économie politique et d'ampleur prenant en compte (comme moi) « le double caractère mondial de la crise déclenchée par la pandémie de Covid-19, à la fois mondiale et multidimensionnelle (non seulement sanitaire mais aussi économique, sociale, politique, idéologique, psychique, etc.) » ou la critique de l'idéologie du « capitalisme vert ». Il faudra un jour appeler un théoricien un théoricien, et un amateur un imposteur

* il faudrait se demander quel en-commun perdure aujourd'hui sous le label de communisation, d'une part si l'on considère les distances entre les points de vue des véritables théoriciens, d'autre part le rapport entre théorie et propagande, par exemple entre le travail conséquent de Hic Salta-Communisation, et le racket militant en langue allemande de Kommunisierung.net, des distances pas moins grandes qu'entre courants marxistes, surtout si l'on y intègre comme le souhaite FD, bien seul, la dimension écologique. Comme autrefois, et encore, pour le nom communisme, il y a comme un leurre, mais mettez-en un autre sur cette théorie, et elle perd son crédit faute d'existence : « Il y a donc eu des banquiers dès la plus haute antiquité et les historiens signalent leur existence dès la civilisation babylonienne. » Baudhuin, Crédit et banque, 1945

pressés de caser leurs généralités et concepts, les textes sont épuisés aussitôt publiés, par manque de commentaires, mais surtout de suivi quotidien de ce qui se passe, un manque de chair. En effet, ayant tout écrit, que pourraient-il ajouter au récit de ce qu'il veulent voir venir ? Par exemple cette remarque d'un économiste "bourgeois", François Bourguignon, sur « le cas très préoccupant de l'Afrique, un système paradoxal où les vies sont épargnées par le virus mais pas par les sévices de l’économie », et plus généralement, d'un grand intérêt pour la critique de l'économie politique, la théorie des crises d'héritage marxien re-production/consommation : "Nous n'avions jamais vécu une crise simultanée de l'offre et de la demande"

c'est évidemment l'intérêt d'une méthode menant de front observation quotidienne et analyse théorique, les matériaux de la première alimentant la seconde, qui permet en retour de mieux comprendre ce qui se passe, comment les interpréter, comme s'en faire un représentation (cf Marx théoricien de la représentation, Isabelle Garo, Une critique de la philosophie, 2000)

bien de "chez nous"
les textes français parlent la plupart de la France et alentours seulement, comme surconfinés dans leur confinement eurocentré (je parle du regard, pas du fait qu'ils puissent écrire sur la Chine ou l'Argentine). Ma question se pose plus encore qu'avant : la perte de suprématie occidentale sur le capitalisme global ne s'accompagne-t-elle pas d'une baisse de la capacité des marxistes de ces pays à comprendre l'histoire au présent ? Après tout, Marx en son temps voyait le monde avec ses yeux occidentaux, jusqu'à parler d'une révolution par les prolétaires des "nations civilisées", mais par certains côtés, il ne manquait pas d'en exprimer plus de doute que d'aucuns aujourd'hui

une pandémie (encore ?) plus occidentale que mondiale
l'Europe (105.000) et l'Amérique du Nord (45.500) cumulent 88,5% des décès dans le monde (170.000). Même pourcentage hier avec ~4.700 décès sur ~5.400 dans le monde, ce qui donne l'allure d'une pandémie plus occidentale que mondiale, contrastant avec la vision médiatique, comme si l'Occident se prenait là aussi pour le monde. Cette donnée devrait retenir l'attention des analystes et théoriciens communistes, pour ne pas reproduire le même travers, par le prisme du choc psychologique en Occident
caractères et évolution de la pandémie, 21 avril[/b]
Gianfranco Sanguinetti, situationniste historique, dans lundimatin : LE DESPOTISME OCCIDENTAL. « Cela explique pourquoi la stratégie de réponse à la pandémie est avant tout une stratégie de contre-insurrection. »
- admettons que la "contre-insurrection" en question puisse être préventive, et donc ne pas signifier la réaction à une insurrection réellement engagée, pour en empêcher le surgissement
- admettons que vienne un "despotisme" dans la décomposition et à la fin d’un monde et d’une civilisation, celle de la démocratie bourgeoise..."
- mais pourquoi "occidental" ? Mystère. Même moi qui suis porté à critiquer la domination occidentale, voyant comme beaucoup la fin de sa suprématie, je ne vois pas pourquoi ce "despotisme" ne viendrait pas en Chine, au Brésil, et bien ailleurs, ni même si quelque part il n'est pas déjà là...

et s'il s'agit de ne pas voir plus loin que le bout de son Occident, qui caractérise la plupart des textes européens, pourquoi pas parler de despotisme en Occident ? Ironie du sort, cela donne à penser que cette critique de l'Occident reste très occidento-centrée

quant à voir la fin d'une époque (cycle ?) du capitalisme, celle de la démocratie bourgeoise dans celle de la fin de ce mode de production comme civilisation, je serai davantage porté à le suivre, mais j'y reviendrai ultérieurement de façon plus générale
ainsi Alain Badiou, le 26 mars, ne s'y serait pas trompé, qui écrit dans Sur la situation épidémique :
Alain Badiou a écrit:J’ai toujours considéré que la situation actuelle, marquée par une pandémie virale, n’avait rien de bien exceptionnel. [...] Hormis le fait que la situation de la pandémie actuelle frappe cette fois à grande échelle l’assez confortable monde dit occidental, je ne voyais pas qu’au-delà des mesures de protection évidentes et du temps que mettra le virus à disparaître dans l’absence de nouvelles cibles, il faille monter sur ses grands chevaux.

THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Web-tp-formac-karl-marx-imag
Diego Rivera, History of Mexico, peint entre 1929 et 1935, détail

oui, le marxisme reste à décoloniser
Ana Cecila Dinerstein a écrit:20 avril
El libro sers Realidad! se llamará Decolonising Marxism. For a theory of struggle without borders’ y se publicará en 2021 por Pluto Press

individus immédiatement asociaux ?
une autre question déjà posée, et bien qu'on attende pas des "révolutionnaires" qu'ils se comportent aujourd'hui comme dans le rêve de la révolution et le monde d'après d'« individus immédiatement sociaux », qu'est-ce qui pourrait faire, au présent, que leurs relations entre eux et avec les autres changent en proportion de ce qui se passe autour d'eux ?

mais c'est promis, après le 11 mai,
rien ne sera plus comme avant


la vie d'avant et l'avide après, c'est pas pareil



Dernière édition par Florage le Ven 24 Avr - 6:32, édité 2 fois

Florage

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THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Empty Re: THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS

Message par Florage le Jeu 23 Avr - 11:55

XXVI
SEPT THÈSES PROVISOIRES
DANS LE SALE AIR DU TEMPS et DE LA PEUR
pour favoriser l'émergence de luttes efficientes
contre la pandémie, l'État, et le Capital

et suites dans la discussion
j'inverse les deux derniers feuilletons (sommaire ci-dessus), mes "thèses" étant à compléter pour intégrer cette dimension de "crise plus occidentale que mondiale", au sens où la pandémie le frappe davantage, pour l'heure

j'ajoute, à propos du texte CONJONCTURE ÉPIDÉMIQUE crise écologique, crise économique et communisation, que ce titre est ambiguë, puisqu'il n'y est pas question de la communisation comme processus révolutionnaire, mais de la théorie de la communisation, ce qui justifie plus encore les distances que j'ai prises avec cette tentative, un peu saugrenue et vouée à l'échec théorique, de lui intégrer la dimension écologique, ce que son structuralisme prolétarien ne permet pas, expliquant pourquoi ça n'a pas pu être fait. En effet, ses théoriciens ne sont pas idiots au point de ne pas voir la crise écologique et son péril pour l'humanité, et le capital même, mais leur problème est de pouvoir construire cette articulation sans "secondariser" la lutte du prolétariat, ce qui s'était déjà posé à Théorie Communiste avec "la race" en 2012

Bernard Lyon a écrit:Genre et classe sont essentiellement liés, les races non, et cela nous devons l’affirmer de façon très nette voire, polémique parce que l’intégration de l’abolition des genres comme élément inséparable de l’abolition des classes dans la communisation est dévalué, secondarisé par la mise de question des races au niveau de celle du genre.
Utérus versus Mélanine, décembre 2012
suivi de
20 avril : pourquoi ma dédicace à Christian Charrier, qui m'avait confié que pour lui, les deux meilleurs théoriciens étaient Roland Simon et... Jacques Camatte
19 avril : notes ajoutées, qui pourraient éclairer certains passages, et intéresser les amateurs de théorie, c'est un cycle de la théorie communiste qui est bouclé, pour moi depuis le début du siècle, pour le capitalisme et la théorie de la communisation depuis les années 70
suivi de Patlotch e ben mal capito
18 avril
ceci n'est pas un 'manifeste', ni un 'appel', mais une simple contribution destinée à stimuler la réflexion critique. J'ai voulu y concentrer certains points saillants de ce qui précède et de mes considérations depuis des années, au stade de ce que j'ai pu ou cru comprendre de la crise actuelle et des moyens de l'éradiquer en même temps que favoriser la fin du capitalisme qui en est la cause profonde[/color]
XXVI
SEPT THÈSES PROVISOIRES
DANS LE SALE AIR DU TEMPS
et DE LA PEUR

pour favoriser l'émergence de luttes efficientes
contre la pandémie, l'État, et le Capital

à Christian Charrier

mise au point dessous : refonder la théorie communiste dépasse largement l'idéologie de la communisation
1. la crise déclenchée par la pandémie du Covid-19 est d'emblée mondiale bien qu'en soit progressive et inachevée l'expansion des conséquences sanitaires, économiques et sociales, sociétales et écologiques, subjectives et psychologiques de tous ordres et désordres. Elle présente des caractères historiquement inédits depuis les débuts du capitalisme comme mode de production au XIXe siècle, et fait remonter au présent des contradictions profondes de l'activité humaine séparée de la nature depuis des millénaires (1) : c'est une crise écologique dans celle du système capitaliste, qui va chercher à se perpétuer par une restructuration globale
- corollaire 1
cette restructuration poursuivra, une fois surmontée l'arrêt de l'industrie, la mise en œuvre improbable de l'idéologie du capitalisme vert, sous les masques séduisants de greenwashing, de transition énergétique ou écologique, entraînant au nom de la démocratie leur approbation politique par une grande partie des populations
- corollaire 2
cette crise n'a pas de solutions nationales, d'alliances continentales ou transnationales. Elles conduiraient inévitablement à des guerres à toutes échelles
- corollaire 3
cette crise crée une conjoncture (2) offrant, localement ou plus largement, l'opportunité de luttes conséquentes contre le système capitaliste, mais aussi celle de l'embarquement de prolétaires et d'autres dans des mouvements politiques et luttes de caractère nationaliste, populiste, néo-conservateur et réactionnaire
- corollaire 4
cette crise appelle une refondation de la théorie communiste intégrant la dimension écologique (3), avec la perspective de la communauté humaine dans le vivant

2. dans le capitalisme actuel, l'intrication des champs de la production, de la circulation et de la valorisation des marchandises est telle qu'ils sont tous des moments essentiels et complémentaires dans le cycle de reproduction du capital
- corollaire 1
tous les salariés sont appelés à être "déconfinés" de gré ou de force pour reprendre le travail, car tous essentiels les un.e.s et les autres en proportions variables à la production, aux transports et à la circulation, à la vente et, en tant que force de travail ou simplement comme êtres humains pour leur reproduction, à la consommation des marchandises
- corollaire 2
le prolétariat, classe ouvrière, paysanne salariée ou sans terre, n'est pas "déconfiné" de façon "sélective" (4). Rarement et non durablement confiné en masse concernant le travail dit "essentiel", il continuera cependant d'être le plus soumis à l'exploitation et à la domination capitalistes, comme aux dangers de l'épidémie, et en première ligne les femmes et les personnes soumises à la domination raciste de couleurs de peau, origines et religions variables selon les contrées
- corollaire 3
le prolétariat ne peut seul en tant que classe abolir toutes les classes (5). Il n'a ni mission historique centrale ni rôle de direction à tenir dans les luttes pour sortir de cette crise et du capitalisme, mais il y tient une fonction spécifique essentielle liée à sa place dans les rapports sociaux de production. Sans cette activité productrice, et donc sans l'arrêter pour en changer les formes et objectifs par ses luttes particulières, sortir du capitalisme serait impossible
- corollaire 5
les classes ou couches moyennes sont diversement impliquées dans ces moments de la reproduction du capital, jusqu'à des fonctions d'encadrement du prolétariat productif (6), ou des activités professionnelles parfaitement inutiles voire nuisibles au bien-être de la population, ou de façon idéologique et illusoire (7). C'est seulement dans l'activité de lutte révolutionnaire et contre elle que ces aspects émergeront pour préserver ce que beaucoup voudront retrouver ou ne pas perdre leurs chaînes (7) nécessitant l'élimination ou la réorientation de fonctions socio-économiques et "culturelles" défavorables au mouvement communiste. Des luttes violentes en surgiront inévitablement, qu'il n'est au pouvoir de quiconque d'empêcher. Une insurrection n'est pas un dîner de gala (Cool

3. la seule conscience à même d'armer en théorie et en pratique les luttes révolutionnaires est la conscience du capital (9), compréhension de l'existence de la classe capitaliste comme source en dernière instance des problèmes de l'humanité. Cette classe, à la différence des autres, est consciente d'elle-même, de son action pour sa reproduction, sans bornes à la destruction de l'humanité et du vivant
- corollaire
il découle des points précédents que la théorie sourd des luttes telles qu'elles sont, jamais en avance sur elles, ni guide pour les orienter (10). Son rôle est fort. Il consiste à favoriser l'émergence de cette conscience du capital et d'une subjectivation des luttes en ce sens (11), deux temps successifs ou simultanés selon à qui la théorie est adressée, autant que possible en termes simples et sans concepts qui n'auraient d'intérêt théoriques ou pratiques concrets

4. le caractère écologique et épidémique de la crise actuelle est surdéterminé par la crise économique et sociale, mais ne disparaîtra pas tant qu'un vaccin n'aura pas été découvert et mis à disposition dans le monde entier
- corollaire
les activités humaines doivent s'en protéger, qu'elles soient inhérentes à la vie économique et sociale du capitalisme, ou activités de luttes contre lui. Les luttes suicidaires sous le slogan « Le communisme ou la mort ! » ne sont pas de mise. Il est assez du capital et de l'État pour se charger de laisser crever ceux qui lui sont inutiles, de réprimer les salariés en luttes, les communistes en premier lieu, sans qu'ils se contraignent à servir leurs cadavres sur le plateau de leur désespoir

5. dans la période actuelle, les luttes contre le capital comportent celles contre l'incapacité des États à enrayer la pandémie, car leur priorité est l'économie, parfois allant avec la préservation de la population comme force de travail, mais le plus souvent contre, d'autant que n'y contribuent pas personnes âgées ou malades ni surpopulation exclue de l'exploitabilité. Ces luttes contre le capital sont donc de fait inséparables des moyens de combattre la pandémie, notamment dans le secteur de la santé
- corollaire 1
ces luttes sont inévitablement interclassistes car elles intègrent d'une part les contradictions de toutes luttes revendicatives ou défensives sous le capitalisme, d'autre part dans cette conjoncture épidémique l'activité de salariés de la santé, dits "personnels soignants", de toutes classes sociales. On peut difficilement y discerner pour les en séparer celles qui, menées par le prolétariat, seraient de nature à dépasser ces distinctions entre classes non capitalistes
- corollaire 2
se présentant comme avant-garde révolutionnaire dans un "nous prolétaires" qu'il n'est pas très souvent, l'ultragauchisme théorique et activiste cherchera à attiser cette segmentation des luttes, mais n'aboutira qu'à reproduire la mascarade anti-policière et ses dérisoires destructions des symboles du capital et de l'État, vitrines de banques, mobilier urbain, bâtiments et véhicules de police, commerciaux et administratifs... apportant sa contribution débilitante à l'appareil répressif de l'État, comme on l'a vu dans le mouvement des Gilets jaunes (12) qu'il a fini par faire péricliter en prétendant le pousser plus loin

6. (librement inspiré par le Manifeste du parti communiste de Marx et Engels, 1847)

les communistes ne forment pas un parti, leur association est anti-représentative et anti-politique. Ils participent selon la conjoncture du moment à l'auto-organisation des luttes les plus efficientes contre le capital

n'étant pas nécessairement des prolétaires, les communistes n'ont pas à se prendre ou se faire passer pour tels

ils ne cherchent pas à guider ni conduire les luttes. Leurs interventions théoriques ou pratiques sont performatrices et sinon contre-productives

pratiquement, ils sont la fraction la plus stimulante des luttes pour la communauté humaine; théoriquement, ils tentent de saisir dans la conjoncture du moment les occasions qu'elle produit de franchir les limites du capitalisme

leurs conceptions théoriques ne reposent nullement sur des idées, des principes inventés ou découverts par tel ou tel théoricien qu'ils se donneraient pour leader objectif. L'apparition de tels prétendants doit les alerter comme ils doivent en préserver les luttes et leur auto-organisation effective

ces conceptions sont l'expression générale des conditions concrètes des luttes existantes au présent sous nos yeux, aux échelles locales, régionales, et mondiale

7. ces lignes sont écrites par un (13), qui se veut communiste ou anarchiste, des noms sans importance, car ce qu'ils signifient n'est pas dans un nom. C'est celui de la lutte pour l'émancipation vers la communauté humaine dans le vivant, à laquelle chacun.e peut contribuer du meilleur de lui- ou elle-même, de multiples façons complémentaires sans hiérarchie de tâches nobles ou subalternes, sans besoin d'étiquette ni de label révolutionnaire

(à modifier ou compléter)

notes
ces notes, plus longues que le texte même, signalent des sources, emprunts ou détournements, discussions et idées que j'ai reprises à un moment ou un autre depuis une vingtaine d'années. Elles donnent des éclaircissements sur 'd'où ça sort tout ça ?', et montrent que ça vient de loin par multiples chemins

0. Thèses provisoires est un clin d'œil et un hommage à Christian Charrier, La Matérielle N°3 janvier 2003, "Notre époque (Thèses provisoires)" : « La théorie du prolétariat n'a plus de raison d'être théorique », p. 46

1. Jacques Camatte, Invariance, à partir de 1976 série III puis IV : Émergence de Homo Gemeinwesen

2. Théorie Communiste, TC n°24, La conjoncture, 2012

3. Patlotch, Carrefour des émancipations, 2004
La Canaille, Conjoncture épidémique, crise écologique, crise économique et communisation, 11 avril 2020

4. Carbure.blog, Déconfinement sélectif et expérimentations sanitaires : la colère et le dégoût, 16 avril 2020

5. Théorie Communiste depuis son origine en 1977 : « La question théorique centrale devient alors : comment le prolétariat agissant strictement en tant que classe de ce mode de production, dans sa contradiction avec le capital à l’intérieur du mode de production capitaliste, peut-il abolir les classes, donc lui-même, c’est-à-dire produire le communisme ? » Dndf 26/10/2008. C'est à peu près à cette époque que je réponds : c'est bien simple, elle ne peut pas

6. renvoi d'une façon générale à l'idée que les classes moyennes sont contre-révolutionnaires par essence, lieu commun de la post-ultragauche, théorisé par Hic Salta dans Le ménage à trois de la lutte des classes à partir de mai 2017, et dont j'ai causé dans Sur l"interclassisme", un renversement théorique de perspective, et 3 débats en 1. C'est Alain Bihr qui a parlé de "Classe de l'encadrement capitaliste" à partir de 1984. Pour un résumé, voir Encadrement capitaliste et reproduction du capital : Vers un nouveau paradigme marxiste des rapports de classes., UCAQ, 2005. Les théoriciens de la communisation ne disent pas toujours ce qu'ils ont pris chez Bihr, notamment RS dans Fondements critiques d'une théorie de la révolution en 2002 aux deux tomes de La Reproduction du capital. Prolégomènes à une théorie générale du capitalisme, 2001

7. « Les prolétaires n'ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont le monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Le Manifeste, 1847. S'en suit que ce sont les prolétaires "sans réserve" qui font la révolution, ce qui pose l'articulation entre prolétariat comme classe de ceux qui n'ont pour vivre que leur force de travail à vendre, donc classe ouvrière productrice, et prolétariat comme "sans réserve", situation que sont appelés à connaître les paupérisés et prolétarisés des classes moyennes, dont BL de Théorie Communiste considéraient que le prolétariat devait achever leur prolétarisation par la communisation

« Il s’agit de dissoudre ces masses en tant que couches moyennes, en tant que paysans, de briser les relations de dépendance personnelle entre « patrons » et « salariés » ou la situation de « petit producteur indépendant » à l’intérieur de l’économie informelle, en prenant des mesures communistes concrètes qui contraignent toutes ces couches à entrer dans le prolétariat, c’est-à-dire achever leur "prolétarisation" »
Bernard Lyon, Communisation vs socialisation. Le pas suspendu de la communisation, juin 2009
il s'agissait surtout de peaufiner le schéma-récit de TC pour justifier que seul le prolétariat strictement en tant que classe peut faire la révolution. C'est une astuce rhétorique de présentation, puisque dans la crise communisatrice, plus personne ne travaillant, comment être défini comme prolétaire ? "Sans réserve", oui, mais venant directement d'autres classes, et jamais prolétarisé au sens de productif. On trouve nombre de rustines de ce genre chez TC, qu'il fait passer pour de la dialectique : oui au sens de Schopenhauer, l'art d'avoir toujours raison, 1864
je revendique aussi un certain héritage du Raoul Vaneigem vitaliste, dans le retournement/détournement d'édifices notamment religieux, par exemple des églises transformées en lieux de cultures et de fêtes païennes, ou pourquoi pas, aujourd'hui, en hôpitaux et lieux d'accueil pour migrants, SDF, jeté.e.s à la rue... On retrouve ces idées joyeuses et certes un peu idéalistes chez Bruno Astarian de Hic Salta. On ne peut pas complètement nier les apports théoriques de l'Internationale Situationniste, notamment Guy Debord dans sa lettre à Eduardo Rothe, 21 février 1974, Correspondance V, p.126 : « L’époque ne demande plus seulement de répondre vaguement à la question «Que faire ?» [...] Il s’agit maintenant, si l’on veut rester dans le courant, de répondre, presque chaque semaine, à la question : « Que se passe-t-il ?», que j'ai cité en 2006 en exergue à Dépasser Debord et ses critiques(post-)prolétariennes

8.  Mao Zedong : « La révolution n'est pas un dîner de gala. » Le petit livre rouge, 1964. J'ai voulu par ce détournement remplaçant révolution par insurrection signifier que celle-ci, moment révolutionnaire, n'est qu'un moment d'un long processus qui ne s'y réduit pas, et qui ne résout qu'une infime partie des problèmes posés à l'humanité par la sortie du capitalisme pour construire la communauté humaine. J'en ai traité dans Critique du concept de révolution à partir de 2016

9. Endnotes, LA Theses, décembre 2015, 8 : « nous disons que la conscience de classe, aujourd'hui, ne peut plus être que la conscience du capital. ». J'ai avec Endnotes un désaccord sur (thèses 6) : « Nous décrivons ce problème comme le problème de la composition : des fractions prolétariennes diverses doivent s’unifier, mais ne trouvent pas une unité faite dans les termes de cette société déréglée. » J'ai longuement montré, partant de la genèse du concept de classe chez Marx, qu'il avait forgé celui de classe ouvrière à partir de classe bourgeoise, comme problème davantage de constitution en classe que de composition (sociologique) de classe. La décomposition du programmatisme, thème cher à la théorie de la communisation, c'est la défaisance de la classe ouvrière constituée (classe pour soi), qui pose à la vision de cette classe sujet révolutionnaire le problème de sa re-constitution en classe. "Classe pour soi" signifiant dotée de la "conscience de classe", c'est une incohérence chez Endnotes entre ses thèses 6 et 8

10. l'idée que la théorie n'est pas un guide pour la pratique est une de celles qui opposent pour faire simple communisateurs théoriciens et communisateurs activistes, et particulièrement TC et LdM (Léon de Mattis) depuis la revue Meeting, puis SIC, dont nombre de textes se renvoient la balle. J'avais prévu que cela reviendrait, comme par hasard sous la plume de LdM, et ce fut Corona Capital. Cela ne signifie pas que LdM soit exactement le "leader objectif" (expression de BL/TC dans un échange téléphonique ) propos des anarchistes de gauche dits totos), la concurrence est forte avec les "Appellistes" notamment, mais l'auto-organisation n'y est souvent qu'un leurre, une idéologie, car ils n'auto-organisent qu'eux-mêmes, "auteurs" et non "observateurs" dixit, bref les vrais prolos révolutionnaires bla bla bla

11. j'ai traité de la subjectivation révolutionnaire en discutant de textes d'Ana Cecilia Dinerstein, théoricienne argentine rencontrée sur le thème commun du "marxisme décolonial", et qui a travaillé sur l'utopie concrète à partir du Principe Espérance de Ernst Bloch, 1954-1959. Ses textes en français ont été traduit par notre ami Adé. Ana me précise que Decolonising Marxism. For a theory of struggle without borders, Décoloniser le marxisme. Pour une théorie de la lutte sans frontières, sera publié par Pluto Press en 2021, avec un titre plus judicieux que "marxisme décolonial", "marxisme décolonisé" eût été préférable, mais ça n'a pas eu lieu, et moins encore dans la très eurocentrée théorie de la communisation, qui ne voit le monde qu'à travers ses yeux de la  petite Europe Occidentale

12. cf mon analyse au fil du mouvement des Gilets jaunes

13. allusion à Lautréamont : « La poésie doit être faite par tous. Non par un. » qui fut ma phrase-culte dans l'écriture de LIVREDEL et la peinture à partir de 1989. Ce texte par le jeu de renvois à divers.e.s auteur.e.s, ce dont témoignent ces notes, est de fait un travail collaboratif dont je ne suis que le scribrouilleur, ceci valant pour la théorie, mais plus encore pour les luttes à faire émerger par tous

en relation mes commentaires au texte CONJONCTURE ÉPIDÉMIQUE, crise écologique, crise économique et communisation de FD, publié le 17 avril

PATLOTCH E BEN MAL CAPITO
réponse à l'auteur d'un texte qui s'est cru récupéré
Dieu m'en garde ! L'Homme aussi

vos dispussions ne sont pas les miennes
FD a écrit:dndf 19/04/2020 à 08:59 | #4
je réponds d’abord à son interpellation directe : « allez, saute ! », rejoins-moi donc pour refonder le milieu communisateur sur un bon vieil humanisme théorique du troisième type, non seulement « post-prolétarien » et « post-révolutionnaire » mais « post-écologiste » càd fondé sur l’idée fausse de l’errance de l’humanité.
le temps d'une méprise
il y a peut-être méprise sur mes intentions, qu'éclaiciront certainement les notes que j'ai ajoutées à ce texte modifié depuis sa publication chez dndf par ce coquin de "Sheldon Cooper", sic vu le personnage ;-) Quand je ne vais pas à dndf, c'est dndf qui vient à moi, par l'entremise de quelque pseudonyme nouveau surgi "de nulle part" pour la circonstance

non ce n'est pas une interpellation adressée à FD mais à tout le milieu communiste au-delà de celui de la communisation. Quant à l'errance de l'humanité selon Camatte, je l'ai critiquée comme incompatible avec la critique marxienne de l'économie politique. Si on joue au petit jeu de déformer ce qui est explicite et clair, bonjour la "discussion" !


la théorie communiste ne se réduit pas à la théorie de la communisation

l'étiquetage "humaniste-théorique" qui écarte le danger, mille fois usé par RS
y compris contre ses pairs théoriciens de la communisation Dauvé et Astarian

réduire mes "thèses" au "bon vieil humanisme théorique du troisième type" est un tour de passe-passe, et c'est moi, pas FD, qui pose la question en termes de refondation de la théorie communiste bien au-delà de celle de la communisation, non à partir de son texte, mais de mon travail depuis 2002, avant de connaître la théorie de la communisation, fin 2004. On y trouve des discussions avec TC, Hic Salta, Endnotes... dans le champ de cette théorie, mes positions ne devant rien à l'humanisme théorique, cf ce que je pense de Temps Critiques. Soit c'est une blague de plus, soit tout comme d'hab' un moyen d'évacuer les questions que je pose depuis une douzaine d'années. J'ai l'habitude, qu'on ne s'inquiète pas pour moi, mais plutôt du pourquoi je dérange, comme le regretté Christian Charrier depuis 20 ans au moins, à qui j'ai voulu dédié ces "thèses provisoires" en reprenant un de ses titres en 2003

surgie de nulle part, la rencontre aléatoire de l'écologie et de la communisation : clic amen !
quant à FD, débarqué d'on ne sait où* 40 ans après, pour faire le procès de ses camarades, il m'a tout l'air de retarder un peu sur les débats de ces dernière années, car si j'ai posé la nécessité d'intégrer la question écologique, c'est contre la théorie de la communisation, non pour l'y intégrer. Non je n'ai pas voulu récupérer son texte et fait bien plus que "rebondir" dessus, mes désaccords avec lui sont signalés en #1  dans mes commentaires à son texte. Je ne pense pas qu'il soit possible d'intégrer la dimension écologique (au sens scientifique de fonctionnement du vivant) dans la théorie de la communisation, et je m'étonne même que FD le pense possible structurellement pour le corpus de TC, qui a déjà eu tout le mal du monde à bricoler la double contradiction classe-genre, ou pis avec Hic Salta qui n'en a jamais parlé. Si j'ai quitté ce milieu en 2014, j'ai compris un peu après que cet intégration théorique était impossible


* ces gens-là sont les meilleurs experts en masques bien avant le coronavirus, entre pseudos d'anonymes et initiés à initiales, seuls eux se reconnaissent dans leur bal masqué, et encore pas sûr. Il serait pourtant si simple de s'exprimer en son nom, ou pseudonyme constant, que chacun.e s'y retrouve et sache d'où l'on parle, ce qui faciliterait la compréhension de ce qu'on dit. À moins qu'ils  ne se cachent de la police, qui a très peur, ou des leurs, qui les surveillent
si, non démenti, il s'avérait que FD est François Danel, plus técéiste que TC dans Rupture dans la théorie de la révolution - Textes 1965-1975, 2004,, et qui avait refusé Meeting dans Un "Meeting Permanent" ! Sans Blague ? - F.D., il serait compréhensible que son intégration de l'écologie ne s'adresse de fait qu'à TC, et non aux concurrents Astarian, théoricien du "récit" et Dauvé l'humaniste-théorique


"La lutte intérieure donne au parti la force et la vitalité : la preuve la plus grande de la faiblesse du parti, c'est son amorphisme et l'absence de frontières nettement délimitées; le parti se renforce en s'épurant..."
Extrait d'une lettre de Lassalle à Marx, 24 juin 1852, en exergue à Que Faire ? Lénine, 1902

ce bon vieil activisme théorique
je suis donc curieux de voir si FD parviendra mieux que moi ne serait-ce qu'à obtenir une franche discussion sur son sujet "écologie et communisation", puisqu'il n'a rien d'un "humanisme théorique du troisième type", et, gage pour TC, qu'il croit dur comme fer à la révolution par le seul prolétariat, à condition de dépasser un petit problème que j'ai rencontré à l'époque de Sic, ou RS préférait LdM à Patlotch : FD, combien de divisions ? Allez, vous le savez, dndf en témoigne, mais pas comment vous en dépêtrer, les activistes sont votre meilleur public, et sans eux vos rouages ne tournent pas plus que se diffusaient les Meetings permanents. Mais vos dispussions ne sont pas les miennes, et je n'entrerai pas dans votre partie de billard à trois bandes

c'est un cycle de la théorie communiste qui est bouclé, pour moi depuis le début du siècle, pour le capitalisme et la théorie de la communisation depuis les années 70

après 3 jours (20 avril) mes commentaires à ce texte sont les seuls, il serait dommage que la discussion ici soit détournée du texte de FD, ce n'est pas moi qui ai importé de quoi le faire, et ce n'est pas mon intention de squatter ce sujet, ni d'autres chez Pepe@dndf, dont je n'ai pas besoin pour avoir dix fois plus de lectures ici que chez lui, ses propres lecteur.eus.es préférant venir à la source aussi, on y voit mieux les dessous de cartes dans la partie de poker menteur

plus important, la publication chez dndf donne l'impression trompeuse que la théorie de la communisation serait au centre de mes préoccupations et considérations théoriques, mais c'est bien sûr ! quand on évacue en règle générale ce qui ne les intéresse pas ou les dérange. Petite parano humaine trop humaine, mais qui va aux contenus de mes interventions depuis 2014 sait fort bien que je m'en suis (r)échappé  


Dieu m'a sauvé, les femmes aussi

Twisted Evil

20 avril

pourquoi avoir dédié mon texte à Christian Charrier ?

THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Xarton62.jpg.pagespeed.ic.vCvUZKm-bb

la collection Senonevero d'Entremondes est accessible gratuitement en PDF. Parmi les 3 livres de rééditions, celui de François Danel dont j'ai parlé plus haut, et les textes de La Matérielle du site de Christian Charrier fermé en 2007. L'extrait de la préface ci-dessous éclaire mes raisons de le considérer comme le premier à avoir interroger la théorie de la communisation dans ses fondements, le syllogisme marxien du prolétariat. J'en donne un extrait. J'ajoute que j'ai rencontrer Christian Charrier lors d'une réunion de Meeting à Montreuil en 2005 et que je l'ai hébergé une nuit. La nuit on parle. Discutant de ses désaccords notamment avec Théorie Communiste et notamment son ami de plus de trente ans Roland Simon, il s'effrayait des conséquences sur leurs relations et environs camarades et familiaux : « Si je leur dit ce que je pense vraiment... »
Zaschia Bouzzari a écrit:Avec pour pierre de touche le cours actuel de la lutte des classes, La Matérielle engage donc la tâche d’un rééquilibrage de notre position pratique et de notre position théorique. Mener la critique du paradigme ouvrier jusqu’au bout revient à la porter jusqu’à
la forme même de la théorie postprolétarienne, à savoir cette spéculation systématisante qui donne un sens à l’histoire de la lutte des classes. Rien d’étonnant, alors, à ce que cela se répercute sur les textes eux-mêmes, nécessairement fragmentaires et provisoires. Il s’agit d’assumer, en théorie également, qu’il n’y a rien qui trace d’ores et déjà le chemin des luttes actuelles à la révolution. Cependant, La Matérielle tient ici un équilibre précaire, puisqu’elle souhaite par ailleurs maintenir l’horizon de la communisation comme transformation immédiate des rapports sociaux capitalistes. Comment
comprendre que la lutte des classes soit à appréhender en et pour elle-même, dans son actualité pure, mais que d’un autre côté, il s’agit de conserver la perspective d’une rupture profonde avec cette actualité ? C’est que cette rupture profonde ne doit pas être conçue comme la conséquence de la prémisse du capital comme « contradiction en procès », c’est-à-dire comme la révolution nécessairement produite par un antagonisme de classe formalisé dans les termes d’une contradiction. [souligné, ce qui suit] L’horizon de la rupture ne doit pas primer sur l’analyse de la lutte des classes. Les perspectives d’une pratique autonome communiste par excellence, d’une extériorité du prolétariat vis-à-vis de la société du capital ou de luttes spécifiquement « anti-travail » ne font qu’instaurer un rapport sélectif et téléologique à la lutte des classes. En lieu et place de cela, c’est l’analyse des activités de lutte du prolétariat dans leur ensemble
qui doit éclairer la forme qu’une révolution pourrait prendre aujourd’hui, mais aussi et surtout « ce qui n’est pas elle », autrement dit les formes que prennent l’absence de rupture ou, si l’on veut, la non-révolution. À son tour, cet infléchissement de la théorie de la révolution n’est pas sans effets sur notre conception du prolétariat.

Si la révolution n’est plus inscrite au cœur du rapport capital-travail, on ne peut pas non plus présupposer l’existence de son acteur principal à l’instar des courants situationnistes et opéraïstes en quête d’un sujet révolutionnaire. Le prolétariat n’existe plus, alors, que dans un processus de constitution infini, inséparable du capital, dont l’issue n’est pas fixée d’avance. Les hypothèses développées dans La Matérielle constituent comme un correctif de toute théorie contemporaine de la révolution comme communisation, en ramenant celle-ci à sa seule raison d’être : les mutations profondes de l’antagonisme de classe.
— Zaschia Bouzarri, mars 2018
on pourra remarquer que son ami Roland Simon (RS) aura plus que les autres théoriciens de la communisation, et plus que ses adeptes-mêmes, surtout les communisateurs activistes, normatifs et dogmatiques, retenu sa leçon. Depuis quelques temps, comme il l'a souligné, il ne parle plus de communisation, ni au présent (toujours en exergue de dndf), ni même au futur, mais seulement de la luttes des classes car on est "dedans"

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Message par Florage le Ven 24 Avr - 5:49

notes pour la suite
XXVIII
OÙ EN SOMMES-NOUS DANS LA CRISE ?
rappel méthodologique
la véritable deuxième vague sera économique et sociale
aussi mondiale qu'occidentale
dans une crise doublement mondiale, épidémique et capitaliste
rappel méthodologique
ce fil de théorisation doit se lire en parallèle du JOURNAL CRiTiQUE DE LA CRiSE. Celui-ci n'est pas fait pour illustrer celle-là, ou démontrer que la théorie serait en avance sur la réalité, projetant ses présupposés ou sélectionnant les informations susceptibles de la conforter, tendance systématique de toutes approches idéologiques (extrême-gauche, gauchistes, post-ultragauche, mais aussi extrême-droite, le cas des "émeutes" en banlieue étant caractéristique de ces torsions du réel)

il s'agit à l'inverse d'une observation accumulant les matériaux fondant l'analyse, et d'un aller-retour orientant le regard. Nous ne sommes pas ici dans une pédagogie infantilisante expliquant au prolétariat ce qu'il ne saurait pas qu'il vit, ou récupérant sa colère, par ceux qui (Badiou) « songent moins à combattre efficacement la tragédie qu’à en jouir. » Les discours gauchistes ont cette jouissance du "camp du bien". Ils sont comme les curés, ils jouissent des malheurs qu'ils dénoncent, ou du moins de les dénoncer, c'est leur fond de commerce

Alain Badiou a écrit:Ces déclarations péremptoires, ces appels pathétiques, ces accusations emphatiques, sont d’espèces différentes, mais toutes ont en commun, outre justement une secrète jouissance, un curieux mépris de la redoutable simplicité, et de l’absence de nouveauté, de la situation épidémique actuelle.
Sur la situation épidémique, 26 mars
il est néanmoins patent que Badiou sous-estime non la situation épidémique surtout à cette date (un mois a passé), mais ses impacts en retour économiques et sociaux, en quoi perce à nouveau son idéalisme et sa faible connaissance de l'économie politique, tout héritier de Marx qu'il se réclame

la tâche requiert une focale large autant que longue
du grand-angle au téléobjectif

THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS 15_objectifs

la véritable deuxième vague sera économique et sociale, aussi mondiale qu'occidentale
affirmer que la crise pandémique serait plus occidentale que mondiale n'est pas contradictoire avec son aspect doublement mondiale (Alain Bihr), épidémique d'une part, économique et social, multidimensionnelle d'autre part. La caractéristique occidentale porte essentiellement sur la crise sanitaire et le choc qu'elle produit en Occident, ou si l'on préfère au "Nord", mais attention, car la crise économique et ses conséquences sociales n'ont pas encore produit tous leurs effets, que l'on commence à percevoir en France dans les secteurs les plus pauvres, notamment la "France périphérique" des Gilets jaunes, France d'en-bas, et les banlieues populaires, le cas de la Seine-Saint-Denis étant le plus visible, comme les "quartiers" de certaines grandes villes (Toulouse)

prudence est mère de sûreté et fille de méfiance

dans les pays ayant subi les premiers le choc de la pandémie, en passe d'entrer en déconfinement, une question domine : quid d'une "deuxième vague" ? Les pronostics sont aussi partagés parmi les "experts" que dans la population, et les gouvernements pilotent à vue de l'immédiat, comme en Chine, ou en Allemagne, vers laquelle se tournent les regards français, sans parler de l'hypothèse optimiste du professeur Raoult, qui penche pour une pandémie saisonnière qui s'arrêterait d'elle-même, au "Nord", aux beaux jours

devant ce tableau incertain, mon avis est, quant à sa protection, de faire preuve quand on le peut de la plus grande prudence, ce qui vaut aussi pour l'analyse, qui se trouve par ce fait entre deux, suspendue à ce qui se passera en mai et juin, et invitée à déchausser les lunettes idéologiques et politiques : la panique occidentale tord systématiquement l'appréciation médiatique ou son interprétation, nous avons vu le cas du Japon, celui du Brésil est également symptomatique

par ailleurs, les contradictions internes au couple Capital-États, relevées par plusieurs textes, s'exacerbent dans la montée du rôle double des États : d'une part assurer la continuité du fonctionnement des sociétés donc la protection des populations y compris comme force de travail (cf au plan mondial l'OMS, par ailleurs le FMI et les instances internationales) pour d'autre part prendre en charge ce qui ne peut l'être par le capitalisme économique d'entreprises (relance économique souhaitée par Macron au plan européen). Entre les deux, les banques centrales font tourner la planche à billets qui grossit la dette, à faire payer plus tard par qui l'on sait...

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Message par Florage le Mer 29 Avr - 10:14

26 avril 03:31, compléments :
1) 26 avril, mon texte de 2012 sur la "positivité communiste" : les activités à maintenir, débarrassées du joug de l'État
2) 27 avril, précautions préliminaires : la "séparation du commun et de l'étatique" et le "dépérissement de l'État" chez Dardot et Laval
3) 28 avril, pour ne pas conclure
4) 29 avril, Balibar sur Althusser et Gramsci, 2014, à propos de réforme et révolution

c'est bien sûr une question qui mériterait un sujet à part entière, et l'on peut se demander pourquoi je ne l'ai pas ouvert plus tôt. Pour l'avouer franchement, je pense que c'est une question qui m'éloignerait encore plus radicalement des anarchistes et 'communisateurs', soupçonné que je serais d'évidence de vouloir maintenir l'État, la politique et sa démocratie, puisque pour eux, l'administration sociale, sociétale, des choses, n'est pas envisageable sans l'État. Du moins l'"l'immédiateté sociale entre individus" n'y laisse-t-elle pas la place, et plutôt que repasser des robinsonnades, ils s'abstiennent d'en parler

toujours est-il que, hasard ou nécessité, le coronavirus me l'a posée
XXIX
notes sur un vieux problème du communisme
LE POUVOIR POLITIQUE D'ÉTAT vs L'ADMINISTRATION DES CHOSES
Marx a écrit:« Quelle transformation subira l’Etat dans une société communiste ? Autrement dit : quelles fonctions sociales s’y maintiendront analogues aux fonctions actuelles de l’État ? Seule la science peut répondre à cette question; et ce n'est pas en accouplant de mille manières le mot Peuple avec le mot Etat qu'on fera avancer le problème d'un saut de puce.»
Critique du programme de Gotha, 1875

THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS C.-H.%20de%20Saint-Simon-19223424
une citation fausse, introuvable, ou impossible
un moindre mérite de la crise actuelle n'est pas qu'elle nous invite à reposer, au-delà de son issue à court ou moyen terme, des questions essentielles au mouvement communiste d'abolition du Capital, en l'occurrence celle du "dépérissement de l'État" au moment même où il accroît son importance dans une contradiction apparente aux nécessités du capitalisme dont il est l'instrument

dans la crise pandémique en effet, la montée en puissance de l'État national ou transnational, pour protéger les populations en tant qu'elles sont la force de travail à préserver et reproduire, ceci contre des décennies de néo- et ultra-libéralisme ayant fait oublier au capital cette fonction pour lui vitale, est aujourd'hui soutenue par l'ensemble des forces politiques au pouvoir ou dans l'opposition. Elle est soulignée par les auteurs de la critique radicale, anarchistes ou communisateurs, favorables à la révolution détruisant l'État*

* voir entre autres Coronavirus, croissance de l’État, crise de reproduction, La Canaille, mars 2020


cela relance inévitablement une question que ceux-ci n'ont pas vraiment approfondie : la distinction entre fonctions de l'État comme bras armé du capital, et celles assurant l'administration des choses, autrement dit ce qu'on appelle en France "les services publics", eux-mêmes mis à mal depuis 40 ans (thatchérisme...). Cette distinction est-elle seulement possible, non dans le capitalisme, mais pour en sortir ? N'est-elle pas vouée à n'être posée que sur le terrain de la représentation par la démocratie politique ? Dit autrement, l'administration des choses est-elle séparable de la politique et de la démocratie ? Telles sont les questions que je voudrais rouvrir en commençant par les alimenter de quelques citations

selon Alain Supiot* c'est par erreur qu'attribue à Saint-Simon cette citation selon laquelle il faut « remplacer le gouvernement des hommes par l’administration des choses », alors qu’en accord avec la doctrine libérale, Saint-Simon enseignait au contraire qu’« il s’agit non seulement d’administrer des choses, mais de gouverner des hommes, œuvre difficile, immense, œuvre sainte. » Mais ce renversement n'est pas explicite chez Marx même, et la formule de l'administration des choses sans État attendra 1878 avec l'Anti-Dühring de Engels
* La gouvernance par les nombres, 2015

pour Henri Maler dans Retour critique sur le dépérissement de l’État, 2002, Marx dans la Critique du Programme de Gotha, 1875, se dérobe à cette question : « Le programme n’a pas à s’occuper (...) de l’État futur dans la société communiste », affirmation qui ne peut que complaire aux théoriciens de la communisation, contre tout programmatisme ou l'idée que le communisme serait un projet, mais qui ne saurait exempter de se poser plus concrètement la question de la possibilité et des formes d'une administration des choses non politique

« La classe laborieuse substituera, dans le cours de son développement, à l’ancienne société civile, une association qui exclura les classes et leur antagonisme, et il n’y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est précisément le résumé officiel de l’antagonisme dans la société civile ». Marx, Misère de la Philosophie, juin 1847

« Lorsque dans le cours du développement, les différences de classes auront disparu et que toute la production sera concentrée entre les mains des individus associés, le pouvoir public perdra son caractère politique. Le pouvoir au sens strict du terme est le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre . »
Marx et Engels, Manifeste du parti communiste, décembre 1847
« Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son rôle de classe dirigeante et d’imposer à la société, comme loi régulatrice, les conditions d’existence de sa classe. Elle ne peut plus régner, parce qu’elle est incapable d’assurer l’existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu’elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La société ne peut plus vivre sous sa domination… »
id.

« La Commune, notamment, a démontré que la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre telle quelle la machine de l'Etat et de le faire fonctionner pour son propre compte. » Marx,  Préface au Manifeste Communiste , 1872

« La liberté consiste à transformer l’Etat, organisme qui s’est mis au-dessus de la société, en un organisme entièrement subordonné à elle. [...] Quelle transformation subira l’Etat dans une société communiste ? Autrement dit : quelles fonctions sociales s’y maintiendront analogues aux fonctions actuelles de l’État ? »
Marx, Critique du programme de Gotha, 1875

« L'intervention du pouvoir d'État dans les relations sociales devient superflue dans un domaine après l'autre, et s'assoupit ensuite d'elle-même. Au gouvernement des personnes se substituent l'administration des choses et la direction du processus de production. L'État n'est pas « aboli » ; il dépérit. »
Engels, Anti-Dürhing, 1878

« Les contradictions de l’utopie léniniste
En gros pour Lénine, il s’agit de « prendre possession » en l’état de l’appareil de production, sans avoir à le changer. Lénine persiste dans son utopie gestionnaire en imaginant que, lorsque l’Etat et l’autorité politique disparaîtront, « les fonctions publiques perdront leur caractère politique et se transformeront en simples fonctions administratives ». Il s’agit bien ici, non seulement du dépérissement de l’Etat, mais bel et bien du dépérissement de la politique, soluble dans l’administration des choses. Mais l’utopie libertaire se retourne en utopie autoritaire. Le rêve d’une société qui ne serait « tout entière qu’un seul bureau et un seul atelier », ne relève que d’une bonne organisation de son fonctionnement. L’« Etat prolétarien », conçu comme un « cartel du peuple entier », conduit à la confusion totalitaire de la classe, du parti, et de l’Etat, et à l’idée que, dans ce cartel du peuple entier, les travailleurs n’auraient plus à faire grève, puisque ce serait faire grève contre eux-mêmes. »

Daniel Bensaïd, Détruire ou changer l’État, 2007. On sait que L’État et la révolution fut inspiré à Lénine en 1917 par Gorter, qui en fut "remercié" en 1920 par Lénine dans La maladie infantile du communisme (le "gauchisme")

« Puisque l’‘État’ en tant que tel était défini comme l’appareil destiné à gouverner les hommes, l’appareil qui lui survivrait pourrait être accepté à condition d’être cantonné à l’‘administration des choses’ et par conséquent de n’être plus un État. La distinction entre le gouvernement des hommes et l’administration des choses était probablement tirée de la pensée socialiste qui avait précédé. Ce fut précisément Saint-Simon qui la rendit familière . »
Eric Hobsbawm, How to Change the World, Reflections on Marx and Marxism, 2011

« L'urgence : réinventer la conception de l'Etat
L’urgence c’est de restaurer et de réinventer une conception large de l’Etat, celle de Gramsci : celle qui n’est pas centrée sur la souveraineté mais sur toutes les fonctions d’organisation et de hiérarchisation à l’intérieur de la société. Et il faut savoir si toute la vie sociale doit être quadrillée par des administrations de type étatiques, même quand il s’agit de remplir des fonctions d’intérêt public indispensables... J’appartiens non pas à l’idée que nous pourrions nous passer d’Etat du jour au lendemain comme par enchantement, mais à l’idée qu’il y a d’autres capacités d’initiatives, de solidarités, d’interactions collectives que celles qui sont encadrées par la machine de l’Etat.
»
Étienne Balibar, France Culture, avril 2020

on pourrait formellement mettre tout le monde d'accord, de Marx à Balibar et même les anarchistes et communisateurs, en cessant d'appeler État ce qui relèverait de cette administration non politique des choses, mais l'on voit bien que par là, on n'aurait pas même commencé d'y regarder de plus près
1) Patlotch et la positivité communiste : la reprise d'activités, connaissances, savoirs-faire, techniques, du capitalisme au communisme
tout à fait dans le sens de la question de Marx en exergue, voici ce que j'écrivais en 2012 dans Pour en finir avec mon communisme-théorique, premier pas de ma séparation d'avec la théorie prolétarienne de la communisation, et l'on y verra apparaître... le secteur de la santé

Patlotch a écrit:Un autre point de désaccord essentiel que j'ai avec cette façon de mettre en perspective une possible communisation, ce sont les éléments positifs actuels, dans l'activité humaine, à partir desquels il peut être produit comme "état" (guillemets pour éviter toute confusion avec État. Je ne trouve pas d'autre mot, et je fais aussi allusion aux mots de Marx et Engels dans l'Idéologie allemande : « Le communisme n'est pour nous ni un idéal, ni un état...»).

Je me suis trompé (je crois l'avoir déjà reconnu), en considérant qu'il était nécessaire de parler positivement du communisme comme état post-capitaliste, autrement dit de le décrire sous un jour attractif à même de lui apporter des adeptes (double idéalisme, de prévisionniste, et de militant). On a beau jeu d'y voir de l'idéalisme, ou pour le moins un moteur dans la subjectivation révolutionnaire - nonobstant la puissance de la négation (de la négation), il ne suffira pas d'agir que pour détruire, de faire "table rase", de considérer que « tout ce qui existe mérite de périr » (Faust Gœthe détourné par Marx et repris par un membre de TC). Vrai que cela vous pose comme plus radicalement radical que tout le monde : plus révolutionnaire que moi tu meures, on a déjà entendu ça sous tous les registres...

Ce qui importe à mon sens, c'est de considérer que nombre d'activités humaines actuelles, même menacées et/ou redéfinies par le contexte capitaliste, portent des potentialités de reconversion dans un contexte de monde non capitaliste, non échangiste, non marchand, selon d'autres critères de valeur, sans jeu de mot, en admettant qu'à défaut de droit, d'Etat, le nouveau monde produise ses propres valeurs déterminant les nouveaux rapports entre individus, communauté, comme on voudra...

Naturellement, et c'est en quoi je suis d'accord avec les communisateurs, ce ne sont pas des activités susceptibles en elles-mêmes de détruire les rapports sociaux capitalistes. Il importe de ne pas créer la moindre illusion en ce sens, y compris de les combattre (idéologiquement, donc) en ce qu'elles prétendraient porter, au-delà d'un mode de vie de fuite, une stratégie de fuite possible vers "un autre monde". Je ne suis pas loin moi-même d'y avoir recours à ma manière, mais je ne le confonds pas avec une activité proprement révolutionnaire.

Pourtant, cela ressort de l'évidence pour tout un chacun et sans besoin de théorie, c'est dans un premier temps sur la base de ces activités, c'est-à-dire de ces connaissances, de ces savoirs-faire, de ces techniques, de cette imagination créatrice, etc. dont les exemples sont multiples, que la communisation pourra conjuguer la destruction de l'ancien et la construction du nouveau, et faire en sorte que l'humanité, au moins survive dans le chaos et les adversités destructrices - c'est pourquoi, au demeurant, il importe que la communisation n'apparaisse pas sous un monstrueuse utopie nihiliste. Tout simplement parce qu'il y aura encore histoire, mouvement historique, transformant un existant selon une logique de survie et de vie commune, serait-elle conflictuelle.

On notera que bon nombre de ces savoirs, de ces connaissances, de ces techniques, sont le fait de catégories de la population qui ne sont pas des prolétaires directement liés à la production (de plus-value), et l'on ne peut réduire leurs activités, même si le contexte capitaliste les (re)définies dans leur intérêt marchand ou reproducteurs du système, à leur définition capitaliste. C'est évident, sous réserve d'inventaire - qu'il ne s'agit pas de faire non plus - dans les domaines de l'agriculture (manger pour vivre), du l'habitat (avoir un toit), de la santé (lutter contre les maladies, la mort) [remarque des plus actuelles], sans parler de la teneur de moult échanges inter-individuels ou collectifs désintéressés (dont ceux-là mêmes desdits communisateurs) etc. Mais il est vrai qu'à force de confondre humanisme au sens commun et humanisme-théorique, certains doivent être proprement déchirés.

Pourquoi diantre ne faudrait-il pas y voir une positivité, une capacité présente des individus humains, prolétaires ou pas, de vivre sans le joug capitaliste et la loi de ses valeurs ? Une positivité sur laquelle seront produites d'autres valeurs ? Des valeurs communistes... Une telle considération est hors champ des élaborations de Théorie communiste, soit qu'elle relève d'une évidence (ils nous diront bientôt qu'ils ne sont pas contre, que seulement ils n'en parlaient pas jusque-là... que cela n'est pas faux mais ne sert à rien... comme ils l'ont fait naguère à propos des femmes, et comme plus généralement ils sont capables de dire le contraire de l'avant-veille en le présentant comme continuité de leur théorie, du fait de son évolution objective avec le cours capital...). Voilà qui me semble relever davantage de l'amour propre que de la recherche théorique, mais celle-ci semble par moment importer moins que la réputation du théoricien... d'être quelqu'un qui a tout vu avant tout le monde et qui depuis ne se trompe jamais.

Le problème, c'est que prendre en compte de telles considérations est incompatible, sauf à ce qu'elle change de base strictement prolétariste, avec ce qui définit Théorie communisme. À trop avoir considéré, quelque part, que le communisme est "identique" au capitalisme, il faut croire que cela vaut pour la théorie "adéquate" aussi. Tel sera pris qui croyait prendre.
27 avril
2) précautions préliminaires

parmi les plus recommandées, éviter de retomber dans les ornières du démocratisme radicale, et sa version des Communs ou du Commun dont Dardot et Laval représentent en France un vecteur idéologique, avec le retour à Proudhon contre Marx, que l'on trouve aussi chez Michel Onfray, sans parler de l'ultra-droite. Néanmoins, cela mériterait une véritable critique, et de ne pas se contenter, comme RS/TC affirmant en 2014, à propos de Silvia Federici et sans plus d'arguments que "L’idéologie des Commons n’est qu’une énième variante de l’increvable idéologie de l’alternative." D'accord pour discerner élaboration théorique et idéologie politique qu'on en tire, ou voire qui la sous-tend, mais encore faut-il aller y voir de près. Le passage ci-dessous ne pose-t-il pas, sous la labellisation en "commun", la même question que Marx en exergue ?
Dardot et Laval a écrit:Ce qui fait de ce point de vue tout le prix de la propriété commune des anciens Germains, c'est finalement la séparation du commun et de l'étatique. Dans l'ager publicus germanique comme « commun originaire », il y aurait eu, si l'on peut dire, du « public non encore étatique » qui, en vertu de sa seule existence passée, prescrirait au commun de l'avenir d'accomplir toute les virtualités d'un public non étatique dans et par le dépérissement de l'État.
Commun: Essai sur la révolution au XXIe siècle, 2014
28 avril
3) pour ne pas conclure

une telle question, à ce stade, il suffit de la poser puisqu'on ne peut pas ne pas se la poser, face à ce qui plus qu'en temps "normal" révèle ce qu'est une décision politique, comment elle est prise et pourquoi, avec des choix que, dans "notre camp", on ne voudrait pas avoir à faire. De telles questions, cette "conjoncture épidémique" en regorge, qui est tout sauf une "conjoncture révolutionnaire". Comme l'écrivent Tristan Leoni et Céline Alkamar dans Quoi qu’il en coûte. Le virus, l’État et nous, texte modeste mais des plus censés du moment :
Qu’en serait-il dans une société (« communiste » ou « anarchiste ») où, depuis longtemps, auraient été abolis les classes et l’État ? Elle ne serait évidemment pas exempte de conflits ou de drames (une épidémie par exemple), mais qu’en sera-t-il de l’autorité ou des phénomènes de dépendance ? Comment s’effectueront les choix individuels et s’équilibreront conscience individuelle et conscience sociale, notamment en cas de crise ? Serons-nous « libres » ? Nous sommes certains d’une chose : le cadre pour en débattre sera bien plus adapté et agréable.
encore à l'agréable faudra-t-il encore joindre l'utile, et que ça marche...
29 avril
Balibar sur Althusser et Gramsci, 2014, à propos de réforme et révolution

Gianfranco Rebucini : Ce qui est au fond aussi la question que tu posais concernant le rapport entre révolution et réforme ou de la distinction entre révolution bourgeoise et révolution communiste…

Étienne Balibar : Est-ce que Gramsci n’était pas quelqu’un qui travaillait à transformer la distinction entre réforme et révolution ? Dans notre idéologie de l’époque, dès que tu faisais un pas vers la réforme tu abandonnais la révolution. Je suis de plus en plus persuadé que l’on ne peut absolument pas poser le problème ainsi. Ce qui ne veut pas dire que je ne sois pas sensible à la question de savoir ce qu’est la digestion du réformisme. J’ai un peu tendance à penser que les programmes réformistes qui nous sont présentés comme tels, évidemment ne sont en rien réformistes, ils ne réforment rien du tout. J’ai fini par faire un petit amalgame, que j’ai collé à la fin du petit volume sur la citoyenneté qui a été édité par Bollati Boringhieri17. À la fin, je me suis dit, il faut reprendre l’idée marxienne de la révolution permanente ou l’idée maoïste de la révolution ininterrompue et il faut amalgamer ça avec la fameuse phrase de Bernstein, qui lui a été évidemment mortellement reprochée par toute la tradition communiste, « le but final n’est rien le mouvement est tout ». Si l’on met ensemble les deux, on obtient quelque chose qui ne me semble pas complètement étranger aux préoccupations de Gramsci. Le problème est de savoir ce que c’est qu’un « mouvement » réel ; finalement, quels sont les objectifs réformistes, à supposer qu’il y ait des forces morales, politiques, intellectuelles etc., qui les soutiennent vraiment au lieu de lâcher prise dès que c’est difficile, qui mettent le système au pied du mur, c’est-à-dire qui l’empêchent de se transformer dans le sens où lui cherche à se transformer ? Je me souviens qu’en Italie et en France, dans les années 1960 – Magri avait écrit des textes là-dessus – c’était l’idée de réforme des structures.

F. F. : Je suis convaincu que tout le projet gramscien autour de l’hégémonie n’est pas une tentative de passer de la révolution à la réforme, mais de montrer que cette alternative est fausse, c’est-à-dire que l’opposition est fausse. Tout ça a été lu comme un passage de la révolution à la réforme. Mais la tentative de Gramsci, ça a été de vouloir toujours traduire la révolution dans les termes du monde contemporain, et il le fait parce qu’il refuse de voir le capitalisme comme une pure « réaction ». Le capitalisme est une « révolution », un mouvement continuel de révolution. On ne peut pas opposer le deux fronts, la « réaction » contre la « révolution » ; en réalité elles sont deux versions alternatives d’un projet de bouleversement de l’existant. Et du reste, ceux qui aujourd’hui se déclarent réformistes font exactement ces réformes là.

B.B. : C’est dire que la question révolutionnaire est de savoir comment on peut éventuellement imposer d’autres réformes que celles que le capitalisme est en train de faire, au moins comme point de départ, pour penser une crise qui ne soit pas subie passivement. Pour ce qui concerne le néolibéralisme, il ne faut pas se représenter le néolibéralisme comme la mise en œuvre d’un plan, d’une idée, de la mise en œuvre d’un modèle de société, il faut se représenter le néolibéralisme comme un contre-plan, c’est-à-dire que le néolibéralisme est une entreprise extrêmement violente et sectaire de démolition des institutions du compromis social construit par un siècle de luttes des classes en occident et ailleurs dans le monde. Donc, c’est effectivement une entreprise réformiste et peut-être révolutionnaire entendue en ce sens là. La question est de savoir si ce cours est fatal. Naturellement, l’alternative ne peut pas consister purement et simplement à dire qu’il faut défendre les acquis de la classe ouvrière, parce que les conditions de leur existence n’existent plus, ni les conditions subjectives ni les conditions objectives. Il faut donc arriver à inventer et à mettre en œuvre – ce qui est encore plus difficile – un autre genre de réforme que celui qui est proposé par le néolibéralisme, ce qui implique une confrontation très dure.

Entretien enregistré le 7 juillet 2014 et initialement paru dans la revue d’études althussériennes Décalages. Les questions ont été traduites par Gianfranco Rebucini. Publié par Période, septembre 2016


Dernière édition par Florage le Sam 9 Mai - 6:18, édité 1 fois

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Message par Florage le Lun 4 Mai - 11:40

quelques ajouts et modifications

"sur l’événement, en temps réel,
mais avec le recul conceptuel, dégager les spécificités du moment"


XXX. TEL QUEL
1) divers aspects de la crise économique et sociale plus grave que la pandémie par elle-même
2) REFONDER LA THÉORISATION DU COMMUNISME
séparer le bon grain théorique de l'ivraie gauchiste
3) ÉTAT ET SOCIÉTÉ CIVILE : de Marx à la gestion française du confinement-déconfinement
quelques notes en vrac pour reprendre le cours de la crise économique et sociale, dont les effets seront pires que la pandémie en elle-même. C'est un moment privilégié où la logique du Capital et la fonction de l'État comme concentrant les contradictions de la Société civile se laissent voir et entendre dans la moindre déclaration d'un sous-ministre de l'économie et surtout le machiavélisme du souverain auto-conseillé Macron

les thèmes se télescopent inévitablement entre anciens au long cours et nouveaux dans la conjoncture épidémique, d'autant que celle-ci pourrait bousculer certains clivages dans les rapports sociaux autour du travail, ce qui s'observe très directement dans l'actualité quotidienne et la perception des confinés déconfinables... pour aller bosser

sans doute cet épisode du feuilleton est-il le plus dense depuis XXVI. SEPT THÈSES PROVISOIRES, qu'il pourrait amender et compléter
4 mai
État et Société civile
il a été question du "retour de l'État" et de la fin du néo-libéralisme (nationalisations, prise en charge du salaire, "démondialisation"...), de "la croissance de l'État" (lacanaille), terme que je comprends davantage comme une remontée en puissance de l'État et la concentration de sa fonction diluée dans la période néo-libérale de la restructuration globale des rapports capitalistes mondiaux

c'est un moment où l'on observe une certaine "pureté" de ce que représentait l'État pour Marx, d'un point de vue conceptuel dans ses écrits de jeunesse, plus politique en situation dans son analyse de la période entre 1848 et 1951. Aujourd'hui, du fait de l'anesthésie de la vie démocratique représentative et parlementaire, les contradictions de la Société civile, que l'État prend en charge dans le discours de "l'intérêt général", s'expriment par la voix de la poignée de ministres auxquelles sont assignés les rôles portant ces contradictions

on peut comprendre ainsi ce qui apparaît comme des différences dans l'explication et la mise en œuvre des mesures gérant le passage du confinement au déconfinement. Protéger la population contient la nécessité pour le capital d'en assurer la reproduction comme force de travail, mais ne s'y réduit pas. La distribution des rôles ministériels donnent aux uns le rôle du méchant (Véran à la santé, Schiappa à l'Égalité hommes-femmes, vs Pénicaut au Travail, Castaner à l'Intérieur, et Macron le tout "en même temps"). Ce qui apparaît, fortement critiqué, comme un flottement sur la date et les conditions de reprise est inhérent aux nécessités pour l'État de gérer ce moment. En cette période où l'État exprime directement les contradictions de classes de la société civile, le "en même temps" de Macron résume l'apparente "cacophonie" de ses ministres (La cacophonie au sommet de l’État brouille le message sur le déconfinement). Il doit "tout" dire, de la "liberté de la presse" au 1er Mai des "travailleurs". "Cynisme à l'état pur" (Stanislas Brown), mais au pur sens machiavélien du terme. Macron fait son boulot de souverain monarque auto-conseillé, et à mon avis le fait bien

Emmanuel Macron a écrit:@EmmanuelMacron 14h
La liberté de la presse est garante de la vie démocratique. L'accès à une information libre et transparente, permettant le débat, est clé en cette période. Je salue les journalistes qui, de par le monde, assurent ce travail essentiel dans des conditions parfois difficiles.
un type arborant un drapeau italien :
Mon papa est éboueur et ça me fait plaisir surtout en cette période que des gens se rendent compte de son travail. Lui aussi est en contact direct avec le virus.
mais qu'importe :
@Macron a écrit:Votre père fait un travail indispensable et est pourtant de ceux que l’on remercie trop peu. Au nom de toute la Nation : merci à lui et à l’ensemble de ses collègues. Nous leur devons beaucoup. #FranceUnie

cela n'empêche la Société civile de s'agiter dans les mêmes contradictions à tous les étages, des leaders politiques ou syndicaux aux internautes et twittoriste (dont je suis), en passant par les intellectuels médiatiques (dont je ne suis pas), mais comme interprétant la partition écrite en haut : « Quand, au sommet de l’État, on joue du violon, comment ne pas s’attendre que ceux qui sont en bas se mettent à danser ? » Marx, 18 Brumaire

en passant, dans ce texte politique, dont l'écriture s'embraye sur celle de Les Luttes de classes en France (1850), la méthode Marx est à son sommet : les remarques théoriques sont fondées sur une description détaillée, au jour le jour, de ce qui se passe à tous les niveaux de la société. Là encore, une source d'inspiration pour qui veut en rendre compte aujourd'hui. On n'est pas dans les généralités descendantes du ciel des concepts sur le plancher des vaches parisiennes, comme chez les intellos gauchistes avec leur Canada Dry de théorie
ajout : après ces lignes, je tombe sur appréciation rejoignant la mienne : Cette crise du coronavirus est un choc du réel qui nous oblige à essayer de comprendre le bouleversement civilisationnel qui est en train de se produire sous nos yeux. L'auteur est un ex député socialiste reconverti dans le domaine des sous-vêtements, avec une marque, Brumaire Paris ;-)

Eduardo Rihan-Cypel : Il faut penser l’histoire au moment où elle se passe, au moment où elle a lieu. Quand Karl Marx écrit en 1852 Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, il n’a pas la tête dans un monde-d’après messianique. Il est sur l’événement, en temps réel, mais avec le recul conceptuel qui lui permet de dégager les spécificités du moment. Quand Machiavel rédige Le Prince, il médite la nouveauté des temps présents, ses effets politiques en laissait la pensée morale de côté. Il y a un temps pour la morale et un temps pour l’utopie. Et un temps pour saisir le réel du moment, l’événement dans ce qu’il a de nouveau, de spécifique et d’inédit. Je crois que c’est cet effort qui doit être privilégié à ce stade si on veut être en mesure d’écrire le futur sur des bases solides.
Marx a écrit:C'est dans l'unité organique même des pouvoirs de l'État que réside le fait qu'il y a un esprit qui fixe l'universel et qui l'amène à son effectivité dé­terminée et l'accomplit. [...] Les états sont la contradiction posée de l’Etat et de la société civile dans l’Etat. Ils sont en même temps la réclamation de la solution de cette contradiction.
Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel, 1843
Si le pouvoir législatif est la totalité, il faudrait bien plutôt que pouvoir monarchique et pouvoir gouvernemental fussent des moments du pouvoir législatif.  
id.

[l'État] est la forme par laquelle les individus d’une classe dominante font valoir leurs intérêts communs et dans laquelle se résume toute la société civile d’une époque.
L'Idéologie allemande, 1845
C’est justement cette contradiction entre l’intérêt particulier et l’intérêt général qui amène l’intérêt collectif à prendre, en qualité d’État, une forme indépendante, séparée des intérêts réels de l’individu et de l’ensemble et à faire en même temps figure de communauté illusoire… Précisément parce que les individus ne cherchent que leur intérêt particulier qui ne coïncide pas pour eux avec leur intérêt collectif… cet intérêt est présenté comme un intérêt qui leur est étranger, qui est indépendant d’eux…
id.

La société est sauvée aussi souvent que le cercle de ses maîtres se rétrécit et qu’un intérêt plus exclusif est défendu contre un intérêt plus large.
Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, 1851
C’est pourquoi, dans la suite on put, de deux côtés, se prévaloir à bon droit de la Constitution, aussi bien les amis de l’ordre, qui supprimaient toutes ces libertés, que les démocrates, qui les réclamaient intégralement.
id.
Tandis que les suffrages de la France se dispersent sur les 750 membres de l’Assemblée nationale, ils se concentrent ici, par contre, sur un seul individu. Alors que chaque député ne représente que tel ou tel parti, telle ou telle ville, telle ou telle tête de pont, ou même la simple nécessité d’élire un sept-cent-cinquantième individu quelconque, opération dans laquelle on ne se montre pas plus difficile pour l’homme que pour la chose, il est, lui, l’élu de la nation, et son élection est l’atout que le peuple souverain joue une fois tous les quatre ans. L’Assemblée nationale élue est unie à la nation par un rapport métaphysique, mais le président élu à elle par un rapport personnel. L’Assemblée nationale représente bien dans ses différents membres les aspects multiples de l’esprit national, mais c’est dans le président que ce dernier s’incarne. Il a en face d’elle une sorte de droit divin. Il est, par la grâce du peuple.
id.
Chaque intérêt commun fut immédiatement détaché de la société, opposé à elle à titre d’intérêt supérieur, général, enlevé à l’initiative des membres de la société, transformé en objet de l’activité gouvernementale, depuis le pont, la maison d’école et la propriété communale du plus petit hameau jusqu’aux chemins de fer, aux biens nationaux et aux universités. [on s'y croirait, n'est-il pas ?]
id.
3 mai
REFONDER LA THÉORISATION DU COMMUNISME
c'est bien gentil, mais comment ?


j'ai très certainement franchi un pas en écrivant hier :
la vérité est qu'on n'a plus de théorie de la révolution mais seulement son idéologie. Mais je suis assez certain que la sortie du capitalisme, le mouvement du communisme, n'ont pas besoin d'une théorie de la révolution. C'est à partir de la que doit être refondée la théorie communiste

je tournais autour du pot depuis un certain temps, mais je ne l'aurais pas formulé ainsi en commençant fin 2017 le sujet CRITIQUE DU CONCEPT DE RÉVOLUTION sous-titré un concept central indiscutable ? La formulation est importante mais délicate, je ne dis pas que le moment révolutionnaire, sa dimension insurrectionnelle, est à exclure du processus révolutionnaire de sorte du capitalisme, mais qu'il n'en n'est ni l'alpha ni l'omega, et que la question du communisme, donc sa théorisation, dépasse en ampleur et en complexité tout ce que peut contenir une théorie de la révolution. Le concept de révolution ne doit pas y être central

j'avais au fond avancé quelques pistes en février 2019, pour refonder la théorie communiste, dans THÉORISATIONS POUR LE COMMUNISME : PROSPECTIVE !, mais sans grand succès, puisque me heurtant justement à cette idéologie révolutionnaire quasi définitoire du milieu de la post-ultragauche, qui n'arrive pas même à cerner ses antagonismes théoriques tant ils ont besoin les uns des autres pour exister

c'est, sur le plan théorique, une partie à plusieurs bandes, dans laquelle je suis plus proche que certains 'communisateurs' de considérations de Théorie Communiste par exemple, même si je n'affirmerais pas comme RS que « Le communisme, on s'en fout, ce qui compte c'est la lutte de classes. » Je n'affirmerais pas non plus que celle-ci n'existe pas, y compris comme tigre dans le moteur de l'histoire, sous réserve de repenser le problème de la constitution en classe (pour soi) au-delà de sa composition sociale et donc de la seule classe ouvrière productrice et du prolétariat dans un flou terminologique sans frontières que conjoncturelles

c'est précisément à quoi nous invite la conjoncture épidémique en ce qu'elle rend visibles des clivages, sinon de classes, mais du point de vue de la position de telle activité de travail salarié dans les rapports sociaux, suscitant une nouvelle subjectivité de "classe pour soi" relativement à la préservation de la vie par des activités légitimement (et pas seulement idéologiquement) reconnues comme "essentielles", pour produire à manger et de quoi se soigner

ainsi, la boucle se bouclerait d'une approche positive du communisme, par des activités de production et de luttes déjà là, à reprendre tant dans le processus révolutionnaire que dans notre véritable "monde d'après", la communauté humaine dans le vivant, mon credo depuis 2012 avec Pour en finir avec mon communisme-théorique

à lire sans modération, quant à la façon dont pense un authentique théoricien :
Balibar sur Althusser et Gramsci, 2014, à propos de réforme et révolution

ce qu'est et n'est pas théoriser dans une conjoncture
en lisant pareil entretien, véritable auto-réflexion par sa richesse et ses doutes même, on prend la mesure du fossé avec les textes gonflés de certitudes et de rhétorique des communisateurs de claviers et de cortèges de tête, dépourvus de sens politique de la conjoncture. À cet égard on peut être en même temps léniniste et anti-léniniste ; TC a forgé le concept de conjoncture en partant de Lénine. Lire la recension dans Tel quel, Le moment révolutionnaire comme conjoncture, TC 24, 2012

RS/TC a écrit:Lire Lénine (les Thèses d’Avril, les Lettre de loin, en général tous les textes entre février et octobre 1917) comme on lit Machiavel, Clausewitz ou Sun-Tzu, ni plus ni moins : un théoricien du moment décisif des conflits, c’est-à-dire un théoricien de la conjoncture, du « moment actuel ». Il reste de bon ton de citer Machiavel, Clausewitz ou Sun-Tzu, pourtant l’un était au service des Princes italiens, l’autre du roi de Prusse, et le troisième… alors pourquoi pas Lénine.

« Ni la nature ni l’histoire ne connaissent de miracles ; mais chaque tournant brusque de l’histoire, et notamment chaque révolution, offre une telle richesse de contenu, met en jeu des combinaisons si inattendues et si originales de formes de lutte et de rapports entre les forces en présence que, pour un esprit vulgaire, bien des choses doivent paraître miraculeuses. » (Lettre de loin 1, 7 mars 1917, Œuvres, t. 23, p. 325.)

« […] en raison d’une situation historique d’une extrême originalité, des courants absolument différents, des intérêts de classe absolument hétérogènes, des tendances politiques et sociales absolument opposées se sont fondus avec une “cohésion” remarquable. » (ibid., p. 330.)

[...]

les gauchistes d'aujourd'hui, experts en racket militant via le concept de communisation
THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Cropped-foto271
ces figures de la post-ultragauche que je nomme gauchistes pour d'autres raisons que Lénine, dans La maladie infantile, Gorter ou Pannekoek, anti-parlementaristes alors qu'eux le font du NPA ou LO électoralistes, ne corrigent jamais les erreurs manifestes de leurs "textes" passés, remplissent des pages de "circonvolutions" (RS as RF) ou de contorsions verbeuses vendues pour de la dialectique (Léon de Mattis), bouffis d'ego dans leur concurrence entre "leaders objectifs" de réseaux activistes qu'ils prennent pour un embryon de sujet révolutionnaire (le même et maintenant Nathan François, d'Agitationautonome.com, qui est au communisme réel ce que le chanteur Renaud était au prolétariat réel, un fils à papa, et en théorie du niveau de son pote de Carbure.blog), des experts en "racket militant" qu'ils font mine de dénoncer par ailleurs. Les .com et .blog disent assez que d'un clic toute cette boursouflure pourrait disparaître sans que cela ne change rien, tant ces faces et façades masquent assez mal la solitude de ces bloagueurs : c'est Tintin sans Pays des Soviets
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pour autant, ce type de réflexion brassant des idées de prédécesseurs, qu'on trouve ici chez Balibar, n'a rien à voir avec la diffusion débridée et hors contexte de textes marxistes et anarchistes anciens tels les textes sacrés chez les prosélytes religieux, ou nouveaux aussitôt pris pour paroles d'Évangile et traduits avant même d'avoir reçus le moindre commentaire critique (exemple, Le vert est la couleur du dollar... malgré un appel)

non, j'en suis persuadé, les avancées théoriques futures du mouvement communiste ne viendront pas de ces mauvais prophètes agitant le mythe désuet de LA révolution, et le mieux qu'ont à faire ceux qui veulent y participer est tout simplement de rompre avec cette engeance aussi stérile que puérile. Il y va, concernant quelques théoriciens sérieux, de leur crédibilité

La France unie avec ses "travailleurs"
- Chute historique de l’activité : le Medef, la CFDT et la CFTC appellent à la reprise du travail, Le Figaro, 1er mai. Jamais le PIB n’avait autant baissé depuis 1949. Le patronat et deux syndicats s’unissent pour limiter le «drame économique».

vous avez remarqué, il n'y a jamais eu autant de "travailleurs et travailleuses" dans la bouche des politiques. Même Macron se prend pour Arlette Laguillier : « Cet esprit de solidarité entre les travailleurs n'a jamais été aussi puissant. »
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plus intéressant Une note de France Stratégie distingue cinq catégories de travailleurs en fonction de leur vulnérabilité face à la crise sanitaire du coronavirus. Il y a Les "vulnérables de toujours", Les "nouveaux vulnérables", Les métiers au front , Les cadres sous pression,  et Les métiers économiquement préservés. Ce ne sont pas tout à fait des clivages de classes, que ça bousculerait un peu, mais à bien y regarder pas trop, si l'on considère que cette pandémie tend à les redéfinir, d'un point de vue subjectif de "classe pour soi", se reconnaissant une position dans les rapports sociaux  
1er mai
le caractère massivement occidental de la pandémie n'est pas infirmé
mais l'Occident riche ne le fait pas trop savoir, ni les textes prétendus critiques de ces pays

Alain Badiou, 26 mars : « la situation de la pandémie actuelle frappe cette fois à grande échelle l’assez confortable monde dit occidental. »
Didier Raoult, 30 avril : « Les 15 pays qui ont la plus forte mortalité ne sont que des pays riches. »


un coup d'œil sur le tableau Report coronavirus cases de worldometers.info, manipulable en tous sens, permet de voir les pays les plus atteints, en mortalité par habitants, et de vérifier que seuls y figurent l'Europe occidentale riche et les États-Unis qui se partagent plus de 80% des décès, alors que les courbes mondiales semblent indiquer l'entrée de la pandémie sur un plateau (les chiffres mondiaux agglomérés sont moins publiés que ceux par pays ou continents, traduisant aussi un repli des préoccupations au niveau national, sur quoi les données de l'OMS et de l'OIT sont précieuses, comme celles des organismes internationaux)

au dessus de 100
Belgique 655
Espagne 525
Italie 463
Royaume-Uni 394
France 373
Pays-Bas 280
Suède 256
Irlande 250
Suisse 201
États-Unis 193
Luxembourg 144

moyenne mondiale 30


en dessous

toute l'Afrique et l'Océanie, l'Asie sauf l'Iran (72) et la Turquie (38), l'Amérique latine sauf l'Équateur (51) et le Pérou (32)
30 avril
- une pandémie "décoloniale" ?
depuis le début de la pandémie, plusieurs articles et textes soulignent l'accélération de la perte de suprématie occidentale, du double fait de ses principaux impact sanitaires au "Nord", et des économies nationales d'abord touchées. Mais quand la crise économique et sociale s'étendra au "Sud", la cote de l'Occident ne sera pas prête de remonter

THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Carte-Johns-Hopkins-University

- Le coronavirus déclasse l’Occident et ouvre le «siècle asiatique», Le Figaro International, 16 avril
La crise dévoile le grand malentendu de la mondialisation, quand l’Occident croyait étendre la démocratie.
- Géopolitique. L’influence de l’Occident mise à mal par l'épidémie, Courrier International, 29 avril, traduit de Britain should brace itself for a new world order after coronavirus, John Keiger, 12 avril

Il sera plus dur pour les États-Unis, le Royaume-Uni et la France de donner le ton à l’international, prédit ce professeur de Cambridge, alors que la pandémie a exposé les failles de leurs systèmes politiques et sanitaires. En cette ère de l’information, ce qui importe, ce n’est pas de savoir “quelle armée gagne, mais quel récit gagne”.

"Lorsque cette pandémie sera terminée, la capacité des États-Unis à gérer une crise aura pris un coup et avec elle sa crédibilité. La Grande-Bretagne et la France auront également souffert. Mais surtout, la perception internationale de longue date de la supériorité des services de santé occidentaux et l’efficacité du gouvernement démocratique aussi. Un élément de la puissance douce de l’Occident aura perdu sa puissance.
[...]
Les États-Unis d’Amérique, eux aussi, ont laissé une image détériorée de la grande puissance la plus riche et la plus développée. Cela pourrait bientôt hâter un monde post-américain, tout comme le début du XXe siècle a vu un monde post-britannique ou le 19ème siècle un monde post-France.

C’est là que les choses se situent aujourd’hui, et nous n’avons même pas commencé à voir comment les États réussiront à faire surface à partir de la pandémie. Le succès, ou son absence, aura des conséquences encore plus importantes pour le pouvoir futur des États, non pas en termes de puissance douce, mais la puissance dure de l’économie d’une nation. Ce sera le vrai test qui conditionnera le réalignement des grandes puissances du monde. Et ce qui est effrayant, c’est que l’histoire suggère que lorsque le réalignement des grandes puissances a lieu, les guerres suivent."

- sur la montée en puissance de l'État
- Le chômage partiel "c'est la nationalisation des salaires pour éviter de licencier massivement", Gérald Darmanin, ministre français de l'Action et des Comptes publics,
et en même temps
- À partir du 1er juin, le droit au chômage partiel pour garde d'enfants sera plus restrictif, BFMTV, 29 avril

Les parents devront fournir une attestation à leur employeur pour justifier que l'établissement scolaire de leur enfant n'est pas en mesure de l'accueillir. Sans ce justificatif, ils n'auront plus droit au chômage partiel.
En outre, la prise en charge du chômage partiel par l'Etat devrait baisser à partir du 1er juin, sauf pour les secteurs les plus touchés par la crise sanitaire et dont les établissements seront probablement toujours fermés, comme l'hôtellerie-restauration.
Actuellement, l'Etat prend intégralement en charge jusqu'à 4,5 Smic le coût du chômage partiel pour les entreprises. La réduction de cette prise en charge devrait faire l'objet d'une discussion entre le ministère du Travail et les partenaires sociaux.

- « Il peut y avoir jusqu'à un million de chômeurs supplémentaires », estime Éric Woerth
Le député LR, président de la commission des Finances, a estimé qu'il fallait « craindre un enchaînement terrible qui produirait une crise sociale et une hausse du chômage ». Pour relancer l'économie, il a évoqué plusieurs pistes dont le basculement des crédits du chômage partiel (15 à 20 milliards d'euros par mois, selon ses chiffres) vers l'allègement de charges sociales pour « réduire le coût du travail ». « Il faut tout faire pour transformer le chômage partiel en travail réel », a-t-il résumé.

- La moitié de la main-d'oeuvre mondiale pourrait perdre ses moyens de subsistance. OIT, Organisation internationale du travail, euronews, 29 avril
"Rien que durant le premier mois de la crise, le revenu des travailleurs informels a reculé de 60 % dans le monde. Cela se traduit par une chute de 81 % en Afrique et dans les Amériques, 21,6 % en Asie-Pacifique et 70 % en Europe et en Asie centrale. Sans sources de revenus alternatives, ces travailleurs et leurs familles n’auront plus de moyens de subsistance.

Nous savons que la réduction du temps de travail au niveau mondial atteindra 10,5% au deuxième trimestre de cette année. Cela signifie la perte de l'équivalent de 305 millions d'emplois à temps plein dans le monde. Nous estimons que pour le revenu moyen des travailleurs de l'économie informelle dans le monde entier, la réduction sera de 60%. Il s'agit de personnes qui ne gagnent pas beaucoup d'argent au départ. Les plus vulnérables ont donc désespérément besoin de l'aide de la solidarité internationale simplement pour survivre, voilà l'enjeu."

- 'Que sera dans quelques temps cet événement historique ?'
- Vivre et laisser mourir, Santiago Amigorena, lundimatin 27 avril
repéré par Adé : « Je le trouve assez lucide moi... »

Le Covid-19 ne sera peut-être pas cette petite chose, un peu bavarde, qui mettra à l’arrêt la machine dont on ne trouvait plus le frein d’urgence. Que sera dans quelques temps cet événement historique « incomparablement plus important que tout ce qu’on a vécu auparavant » ? Une situation finalement fortuite qui, en elle-même, culturellement, ne marquera pas notre civilisation. Une modification radicale, et éphémère, de notre manière de vivre qui n’aura été due qu’à des causes matérielles et qui n’affectera, durablement, malheureusement, que ceux qui sont toujours affectés par les soubresauts du capitalisme.

Florage

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THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Empty Re: THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS

Message par Florage le Jeu 7 Mai - 7:07

5 mai
XXXI. DE L'IMPRÉVISIBLE ET DES JALONS DU DÉJÀ-LÀ
une parenthèse de réflexion à partir de considérations lues sur l'imprévisibilité du "monde d'après"

j'avais épinglé, ici le 7 avril, les Papies La Sagesse que se veulent Edgar Morin, "Nous devons vivre avec l'incertitude", Hubert Reeves, "demain est toujours un risque"...

Hubert Reeves y revient pour France Culture le 3 mai

Le plus grand problème que nous rencontrons est de garder la planète habitable. Personne ne connaît l'avenir, mais il est possible que l'humanité puisse disparaître de la planète. Cela n'est pas certain, pas du tout. D'ailleurs, je ne crois absolument pas aux prédictions de quelque ordre que ce soit. Et peut être que cette crise du coronavirus nous a donné un exemple, parce que vous le savez bien, récemment encore, personne n'aurait pu deviner ce changement total de nos vies, amené comme quelque chose de nouveau, de global. Sauf quelques personnes qui ont parlé de ce danger.

Edgar Morin répondant à la sociologue Elodie Suigo le 4 mai
J'ai vécu [le confinement mondial] d’une façon tout à fait étonnée, puisque c’est un événement inouï ! [...] Il faut accepter notre destin aléatoire, incertain, accepter que la vie humaine est une aventure dans l’incertitude. Ma philosophie, c’est que la vie est une abnégation dans un océan d’incertitudes et on peut se ravitailler dans des îlots et des archipel de certitudes.

Comment imaginez-vous le monde d’après ?

On ne peut absolument pas le prévoir. On peut prévoir, supputer que le ralentissement économique général provoquera une crise économique. [...]

Vous avez toujours eu un adage : "Attends-toi à l’inattendu". Est-ce toujours valable ?
Ça a toujours été une maxime, parce que ça a été l’expérience de ma vie et je suis sûr que l’inattendu va arriver. J’espère qu’il sera un bon inattendu et pas un mauvais !

avant de solliciter d'autres expressions de cette imprévisibilté inhérente au passage du présent dans le futur, je renvoie à cette question en matière de "futur révolutionnaire", qui distingue le plus souvent les normatifs projetant sur l'avenir leurs présupposés et leur espoirs maquillés en théorie, si bien qu'ils sont capables d'écrire par avance des "textes" montrant qu'en fait, ils ont toujours su, en prenant des précautions rhétoriques, bien sûr, mais in fine l'histoire n'est pour eux que la vérification de ce qu'ils ont écrit sur leur Grand Rouleau

«- Et qui est-ce qui a écrit là-haut le bonheur et le malheur ?
- Tout a été écrit à la fois. C’est comme un grand rouleau qu’on déploie petit à petit…
- Et qui est-ce qui a fait le grand rouleau où tout est écrit ? »

Diderot, Jacques le fataliste


THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS A4992
Frontispice : le grand rouleau & 5 scènes de [i]Jacques le Fataliste, 1884
Auguste Leloir, Gravure sur cuivre, 19,8 x 13,9 cm, 1884
[/i]

comme déjà vu, nous ne pouvons pour autant nous en tenir à un scepticisme absolu dans lequel tout serait possible, et comme rappelé dans le précédent épisode selon la méthode de Marx, aperçue dans le 18 Brumaire, il s'agit sur l’événement, en temps réel, mais avec le recul conceptuel, de saisir le réel du moment, l’événement dans ce qu’il a de nouveau, de spécifique et d’inédit, et, les spécificités du moment étant dégagées, de cet effort privilégié à ce stade, tenter d’envisager le futur sur des bases solides.

peut-être devrai-je commencer par synthétiser ce qui a jusque-là été dégagé...

il y a d'abord l'imprévisibilité du point de vue sanitaire, de la pandémie en elle-même, que traduisent les appréciations parfois opposées des experts même au plus haut niveau de connaissance des épidémies infectieuses, et malgré tout, ceux qui avait averti depuis des années

- Coronavirus : apprendre à faire face à l’imprévisible

Bill Gates avait posé le diagnostic en 2015 : « Ce n’est pas des missiles dont il faut se méfier mais des microbes. »

Les virus comme le climat nous mettent face à des changements systémiques qui nous obligent à gouverner l’imprévisible, observe Anne-Claude Crémieux, professeure infectiologue à l’hôpital Saint-Louis à Paris dans un livre consacré à ces nouvelles pandémies.


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2009
La pandémie actuelle de grippe A H1N1 replace le problème des crises sanitaires au coeur de l'actualité en soulevant des interrogations majeures : sommes-nous prêts ? Avons-nous sur-réagi à une simple épidémie de grippe ? Avons-nous au contraire sous-réagi en laissant se diffuser sur l'ensemble de la planète un virus qui sera à l'origine d'une pandémie grave ? Questions essentielles que pose chaque nouvelle crise sanitaire. SRAS, canicule, pandémie grippale, les premières crises sanitaires du XXIe siècle ont introduit une nouvelle donne liée à leur rapidité et à leur ampleur. Elles prennent en défaut les scientifiques incapables de les prévoir. Elles désarçonnent les politiques obligés d'agir et de communiquer dans l'incertitude. Au fond, s'il est vrai que " gouverner, c'est prévoir ", comment alors " gouverner l'imprévisible " ? Dans tous les pays, l'attitude des pouvoirs publics est conditionnée par le demier traumatisme vécu : le SRAS au Canada et en Chine, la canicule en France, l'ouragan Katrina aux États-Unis. Pour bien appréhender les mécanismes en jeu, cet ouvrage nous plonge donc au cœur des trois grandes crises sanitaires récentes qui ont ébranlé la France. Des décisions scientifiques et politiques à leur impact médiatique, il nous transporte aux côtés des acteurs du moment et nous donne à vivre, à réfléchir et à comprendre les événements et leurs conséquences en temps réels. Gouverner l'imprévisible - Pandémie grippale, SRAS. crises sanitaires s'adresse à tous les professionnels du large domaine de la santé, et à toute personne souhaitant savoir comment survient une crise, comment l'analyser et comment mieux y faire face.
lire aussi « Le Covid-19 est effrayant parce que imprévisible » : Intissar Sleiman, médecin libanaise au cœur de l’enfer lombard, L'Orient-le-Jour, 8 avril

comme théoriciens communistes, nous n'avons pas à gouverner ni vraiment à prévoir, mais quand même à comprendre ce qui se présente comme possible pour les dirigeants politiques, eux-mêmes éclairés par les savants, entre scientificité de laboratoire et expérience médicale de terrain. Le "cas Raoult" est symptomatique du dilemme qui se pose parfois aux décideurs d'État, dont les choix, en dernière instance, dépendent de considérations stratégiques et politiques liés aux intérêts différents voire antagonistes des classes sociales dans la domination économique du Capital, je n'y reviens pas

c'est pourquoi, concernant le plan du Journal de la crise, j'ai opté assez tôt pour distinguer l'évolution de la pandémie, ses conséquences économiques et sociales, les décisions politiques, les luttes qu'elles produisent, etc. Je voulais disposer d'un outil d'analyse et d'une présentation qui facilite, dans cet enchevêtrement d'une extrême complexité, un lisibilité selon les critères, "jalons" qui sont ceux de mon approche conceptuelle, et je tiens, puisqu'on l'a critiquée, à la transparence de cette méthodologie comme je pense qu'elle a valeur propédeutique

parallèlement, dans la recension des textes critiques, j'en retiens d'une large palette d'opinions au-delà de mes convictions, pour une raison de principe, dans un moment pareil, il n' y a pas que "nous" pour faire des remarques fécondes et ce serait encore succomber au normativisme que de penser détenir les clés de la compréhension de ce moment. Or beaucoup parlent de cette imprévisibilité pour ce qui concerne plus particulièrement le futur d'idéaux communiste. Petite provoc' puisque « Pour nous, le communisme un idéal sur lequel la réalité devra se régler [mais] le mouvement réel qui abolit l’état actuel... », écrivaient Marx et Engels dans L'idéologie allemande, mais il n'empêche, parfois nous n'avons d'abord, face à ce qui nous tombe dessus, que ça, avec quoi il s'agit de ne pas perdre la tête

parenthèse philosophique

“Covid-19 ou le retour de l’imprévisible”, par Gabrielle Halpern, Réforme, 23 avril 2020

Comment penser ce qui nous arrive, alors que l’imprévisible a surgi dans nos sociétés marquées par le désir de tout maîtriser. La philosophe Gabrielle Halpern nous invite à affronter Kronos.


Nous avons construit nos vies autour de notre angoisse de l’imprévisible. Toute l’histoire de l’humanité est celle du refoulement, du rejet, de la tentative d’élimination de l’inconnu, de l’incertain, de tout ce qui ne peut entrer dans nos cases a priori.

En étudiant de près la pensée occidentale, de l’Antiquité à nos jours, trois temps apparaissent, qui correspondent à trois manières successives d’aborder le monde : l’humanisme, l’anthropocentrisme et le transhumanisme.

Expliquer puis maîtriser la nature

Les Présocratiques, puis Platon, Aristote et les autres avaient pour objectif, en construisant progressivement les sciences, d’expliquer la nature. L’être humain n’était plus comme « jeté » dans le monde, parmi les autres animaux et passif comme eux, il devenait peu à peu un sujet, capable de penser le monde. L’incompréhensible se métamorphosant en compréhensible ; on découvrait des causes et des conséquences aux événements et, ce faisant, on était capable de les anticiper, de s’y préparer. L’incertain, l’homme le transformait en prévisible, du moins en explicable. C’était l’avènement de l’humanisme, qui nous a permis d’entrer enfin dans l’histoire du monde.

Puis est venue l’époque moderne, qui ne se contentait déjà plus de faire exister les êtres humains. Il fallait les mettre au centre de l’univers et acter leur supériorité par rapport aux autres animaux. Expliquer la nature ne suffisait plus ; nous devions désormais la maîtriser, nous en rendre “comme maîtres et possesseurs”, comme l’écrivait Descartes et comme l’ont défendu tant d’autres. Dans cet anthropocentrisme inédit, l’imprévisible se mit à être refoulé, non comme négligeable, mais comme insignifiant.

Annihiler l’imprévisible

Et nous voilà arrivés dans notre monde contemporain, un monde que nous ne nous contentons plus de vouloir expliquer ou dominer, mais que nous entendons recréer, de toutes pièces. Il ne s’agit plus de refouler l’imprévisible, mais de l’annihiler, à force d’algorithmes calculateurs, d’outils planificateurs, d’objets qui rendent le réel artificiel. L’être humain n’est plus seulement un animal différent, au centre du monde ; le transhumanisme entend en faire un dieu omnipotent, omniscient et immortel.

Désormais, nous prévoyons tout… Sauf l’imprévisible ! Voici la première grande leçon du Covid-19. Cela est l’occasion de revenir au mythe de Kronos, comme nous y invite Dominique de Courcelles (1) : ce dernier dévore systématiquement ses enfants au fur et à mesure de leur naissance, par peur que l’un d’entre eux ne le détrône. La peur de l’incertain, d’un côté ; le besoin irrépressible des certitudes, de l’autre.


THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Goya_saturne
Saturne dévorant un de ses fils
Goya 1823, image ajoutée
Kronos et nous
Kronos le dévorateur nous paraît un peu ridicule, et pourtant, nous lui ressemblons, dans notre volonté de tout maîtriser, d’éliminer tous les risques, d’éviter d’autres possibles. Accepter l’imprévisible signifie prendre soin de notre avenir, en prenant soin de nos enfants, mais aussi veiller sur notre passé, en veillant sur nos parents et nos grands-parents. La distance géographique requise par le confinement nous invite à repenser nos distances affectives. Cet imprévisible qui surgit dans nos vies est un appel à ne pas dévorer, à ne pas se laisser dévorer, par nos enfants, par nos parents, par nos collègues, par nos amis ; tous ceux que nous croisons et qui nous croisent.

Lorsque nous relisons attentivement le texte de la Genèse, avec son jardin d’Eden et son fruit défendu, il apparaît que l’interdit divin portait sur le fait de le manger, non de le regarder, de le prendre dans la main ou de le cueillir… Apprivoiser l’imprévisible, plutôt que de le dévorer pour le faire disparaître illusoirement de nos vies : voilà de quoi méditer en ce temps incertain de confinement.

Gabrielle Halpern est docteure en philosophie, chercheure associée et diplômée de l’École normale supérieure.  Elle a travaillé au sein de différents cabinets ministériels, avant de participer au développement de startups et de conseiller des entreprises et des institutions publiques. Auteure de Tous centaures ! Éloge de l’hybridation, Le Pommier, Paris, 2020.

(1) Globale diversité : pour une approche multiculturelle du management, Courcelles (de) Dominique de Courcelles, éd. l’École Polytechnique, 2008.

Les intertitres sont de Réforme.

pour revenir au débat coronavirus et pensée communiste, nous avons vu le curseur de la prévision entre prophétie et probabilité, selon des postures d'acteurs dans les luttes ou d'observateurs supposés passifs. Un texte a attiré mon attention, publié par lundimatin mais plus intéressant que la série Agamben dont journal est friand, Les évidences incomprises de la pandémie, entretien avec Michalis Lianos, sociologue remarqué pour ses entretiens avec les Gilets Jaunes
S’il s’agit d’aborder de façon prédictive la question de l’« après-pandémie », la plus grande probabilité est que nos sociétés continuent comme avant en absorbant progressivement les effets socioéconomiques de la période actuelle. Comme pour toute fluctuation conjoncturelle qui affecte des grands nombres, il y aura des ajustements, des opportunités et des effondrements, des gagnants et des perdants. L’impact sera probablement moins brutal pour les perdants des sociétés post-industrielles que pour ceux d’autres sociétés. Cependant, celles et ceux qui ne bénéficient pas d’un rapport structuré avec les protections sociales (ou du soutien bancaire pour les entrepreneurs et les artisans) se trouvent en grande difficulté et seront pour une partie importante très déstabilisé.e.s. Mais soyons sans illusions, ces personnes devront comme d’habitude survivre par leur propre force.

La probabilité d’un effondrement systémique par la voie de la violence est très faible, ne serait-ce que parce que les sociétés du ‘capitalisme démocratique’ n’engagent pas de guerres entre elles et ne génèrent pas de guerres civiles. Il nous faudrait donc une étape autoritaire assez marquée pour aboutir à une restructuration radicale par cette voie.

Reste la probabilité d’un changement important par une prise de conscience proprement politique, qui ira à la fois au-delà des strates les moins puissantes et au-delà de la palette de représentation électorale actuelle. Pour cela, il faudrait que les aspects sociopolitiques de notre monde – rendus aujourd’hui encore plus observables par la pandémie – puissent être intériorisés par une grande partie de la population, chose, encore une fois, improbable.
[...]
Je ne vois pas actuellement des discours critiques laissant penser qu’un éclaircissement émerge vers un changement systémique.

pour ma part, j'ai insisté dans les épisodes précédents sur le fait que le contre-coup économique et social serait plus lourd que les effets sanitaires directs de la pandémie, et ceci, à l'inverse de son impact supérieur au "Nord occidental riche" (85% des décès) qu'au "Sud pauvre", ce qui rejoint, la remarque ci-dessus : « L’impact sera probablement moins brutal pour les perdants des sociétés post-industrielles que pour ceux d’autres sociétés. »

je pense qu'avec la tendance au "plateau" de la courbe de mortalité en Europe et dans le monde, et les politiques actuelles de déconfinement, nous allons entrer dans la phase où les effets économiques et sociaux vont s'accroître, ce que ne nient pas les politiques, Macron répétant hier : « Nous ne sommes qu'au début de la crise économique et sociale », et Le Maire, ministre de l'économie auditionné par la commission des Finances de l'Assemblée nationale : « Cette crise n'est pas une affaire de semaines, pas une affaire de mois, mais une affaire d'années. Et je pense qu'il faut mesurer que nous en avons pour des années avant de sortir des conséquences économiques de cette crise. »

que ce soit pour les économistes ou les politiques, car "gouverner c'est prévoir", ou pour les "préviseurs" (BL/TC) communistes, j'ai toujours pensé que la causalité directe était prise en défaut en omettant les effets rétroactifs. C'est une idée que l'on trouve aussi bien chez Edgar Morin (dans La Méthode) qui propose une écologie de l’action pour tenir compte de la complexité que suppose l’action, notamment collective, que chez Jacques Camatte [citer]. Lire De la limite des modèles dans un monde imprévisible, Abdelmajid Ibenrissoul, L'économiste, 5 mai

Une chose est sûre, nous vivons dans un monde complexe, où l’on assiste à des phénomènes dont la manifestation est incertaine et imprévisible. Appréhender cette complexité, nécessite un autre cadre de référence pour les politiques économiques et les stratégies industrielles que celui offert par les organismes et les cabinets internationaux.

Ces modèles reposent sur des hypothèses fausses. La première est que l’on peut obtenir des prévisions fiables sur l’avenir d’un pays, sur la base des tendances passées. Or, le monde est imprévisible, ce qui rend de moins en moins crédibles des hypothèses extrapolatrices de ce genre. Depuis les années 1970, on est passé à des incertitudes politiques, économiques, technologiques, et sociales importantes. La valse des cours des produits de base, les crises du pétrole, l’inflation persistante, la crise des subprimes, ont tenu en échec les prévisions de ces modèles. La deuxième est qu’il y a «un monde économique» séparé en deux blocs : un Nord développé et un Sud en développement.

Or, les crises systémiques de certains pays comme la Grèce, la disparition de l’Union soviétique, l’émiettement de certains pays de l’ancien bloc de l’Est, la montée de l’extrémisme de tout bord, les perturbations que le monde arabe connaît, la montée en puissance de la Chine, de la Corée du Sud, et d’autres pays, la fréquence élevée des pandémies dont la plus importante est celle du Covid-19, montrent que nous vivons dans un monde où les bouleversements sont nombreux et fréquents, qui ne se réduit pas à cette opposition simpliste de ces modèles.
[...]
La troisième hypothèse est de confondre entre stratégie et programme. Comme le dit le penseur français Edgar Morin, un programme est une séquence d’actions qui doivent être exécutées sans variation dans un environnement stable, et dès qu’il y a modification des conditions extérieures, le programme est bloqué.
[...]
L'épistémologue constructiviste Jean-Louis Le Moigne [chercheur des sciences de la systémique et de la complexité] écrit à ce propos «quand on commence à penser l’action collective, on sait que l’on inscrit sa réflexion dans un contexte d’imprévisibilité et de passion : chaque acte est un pari potentiel dont les enjeux peuvent être catastrophiques ou émerveillants».

la prévision des "capitalistes" serait-elle si différente de celle des "révolutionnaires" ? Ça dépend. Concernant le cours de l'économie politique, si les concepts clés des économistes "bourgeois" et "marxistes" ne sont pas les mêmes (exemple fameux du taux de profit), les indicateurs qu'ils observent pour anticiper l'avenir à court terme sont les mêmes, tant qu'ils ne mettent pas en avant des critères idéologiques ou insignifiants (croissance, PIB... et non bulle financière ou endettement des ménages par exemple). Marx lui-même s'appuyait sur la presse économique (patronale), à laquelle il contribuait*, davantage que sur les Professeurs d'économie de l'Université, qu'il méprisait

* notamment à la New York Daily Tribune . Voir L'importance des travaux journalistiques de Marx pour la critique de l'économie politique : « En tant que journaliste économique, il a pu assister, le commentant et l'analysant, à un cycle complet de crise, celui de 1847-48 jusqu'à 1857-58, qui a culminé dans la première véritable crise économique mondiale de l'histoire du capitalisme moderne. »


par conséquent, tant qu'il est question de se faire l'historien du présent, le travail d'analyse est comparable, car les bourgeois les plus lucides intègrent la lutte des classes, et la projection de présupposés révolutionnaires n'est pas de nature à y voir clair, puisqu'elle tend à n'observer que son versant de la lutte des classes en attendant qu'elle se décide à suivre leurs pronostics. Quant à la prévision sur le dépassement des limites du capital par la lutte, jusque-là, on n'a que la projection de fantasmes, autrement dit de l'idéologie, pas de la théorie

à bon entendeur, salut


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Message par Florage le Dim 10 Mai - 12:03

réaction de Adé dessous. Lisbeth Salender précise sa critique : "il y a, chez certains radicaux, une espèce de “jouissance” devant la catastrophe. Jouissance qui interdit du coup d’aborder cette crise pour ce qu’elle est réellement."
à l'origine de cet échange, voir en bas la critique est aisée, sans doute ma précipitation à projeter sur le temps présent et l'État capitaliste la distinction que j'ai voulu établir pour le communisme dans XXIX. LE POUVOIR POLITIQUE D'ÉTAT vs L'ADMINISTRATION DES CHOSES. Néanmoins, c'est bien cette distinction au sein du Capital-État, qui, m'apparaissant dans la conjoncture épidémique, me mettait cette puce à l'oreille. Je pense pourtant que c'est une des meilleure pistes ouvertes dans ce sujet pour la 'refondation de la théorie communiste', qui suppose de tourner la page des errements de la révolution par le seul prolétariat

entre fossiles programmatistes, idéologues de la communisation et fantasmes gauchistes, on en est loin sur le plan théorique, hormis peut-être des questionnements d'Étienne Balibar dans l'entretien très riche de 2014 republié par la revue Période : Althusser et Gramsci : entretien avec Étienne Balibar

De Pour Marx et Lire « Le Capital » aux textes sur Machiavel ou sur les « Appareils Idéologiques d’État », Gramsci n’a cessé de hanter les écrits d’Althusser. Revenant sur ce parcours où se croisent également les figures de Lukács, Tronti, Mao, Poulantzas et Foucault, Étienne Balibar dégage trois pistes de réflexion principales pour une politique radicale aujourd’hui : celle de l’organisation des résistances populaires autour du prolétariat, celle de la position contradictoire du parti de la révolution à l’égard de l’État, et celle de la surdétermination des conflits nationaux par l’impérialisme.

depuis des années ma contribution était surtout critique de l'existant en matière théorique, et j'admettais ne pas apporter positivement quelque chose à une théorie du communisme, comme sortie crédible du capitalisme, ce qui peut aussi expliquer un certain désintérêt, du fait que c'en était désespérant de pessimisme, comme s'il n'y avait rien à administrer dans la communauté humaine, comme si elle devait être à jamais un idéal, fait d'idées, non de choses de la vie
XXXII
une petite discussion pour la route
comment apprécier la "gouvernance" française de la crise ?
discerner politique et administration des choses par l'État


monstres chauds ?
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Les deux ne font qu'un, Louis XVI et Marie-Antoinette, anonyme
importé de DÉCISIONS ÉCONOMIQUES et POLITIQUES des ÉTATS. Comme l'écrit RS ici, « Je pense même que la polémique et parfois même la mauvaise foi sont le meilleur moteur de la production théorique. » Perso, rien ne me stimule davantage que les discussions de forums où l'on ne peut pas se défiler... en principe. Merci donc à Adé
9 mai
il peut le dire.... Reçu par mail, cette critique amicale
Adé a écrit:Cher Jean-Paul,

La france est un grand pays, intelligent et comme de bien entendu, gouvernée par de grands politiciens, Philippe et Macron. Quant à moi, je me contrefous de leur QI, et de qui ils sont ou ne sont pas, m'intéressant davantage à CE qu'ils sont, et à ce qu'ils FONT. Ces PERSONNAGES sont des serviteurs de l'Etat, le premier, maire du Havre fidèle défenseur de l'industrie nucléaire, le second cadre supérieur chez Rothschild, propulsé au ministère par le défunt Hollande (politiquement parlant).

Wolinski était assez inspiré en écrivant "Je suis un con, mais quand je vois ce que les gens intelligents ont fait du monde..." Et puisque "l'État est le plus froid des monstres froids" (F. Nietzsche), les serviteurs de l'État sont au service des plus monstrueuses exploitations industrielles ou militaires, ni plus, ni moins. Leur machiavélisme, réel ou supposé, leur cynisme et leur hypocrisie, leur fieffé roublardisme, voilà leur intelligence, voilà leur petite grandeur.

Mener le troupeau à, et dans l'abîme, voilà leur criminelle grandeur criminelle; ils font ce que dictent les lois de la préservation de leur classe. Ils sont responsables et coupables d'entretenir une odieuse industrie nucléaire, civile et militaire, coupables de la répression ayant, pour ne mentionner que des faits très récents, entraîné l'amputation et l'éborgnement de plusieurs dizaines de personnes, etc.

La question de savoir, ou plutôt de deviner, ce qu'auraient fait d'autres à LEUR place, est oiseuse. Je me bornerai au constat suivant : lors de la phase aiguë du COVID-19 l'action de ce gouvernement est responsable d'une mortalité significative parmi les infirmières, infirmiers et autres personnels des hôpitaux, parmi les ouvriers et ouvrières non-confinées, comme à Saint-Denis. Je me souviens, moi, si peu et tellement français, du matraquage des personnels hospitaliers, je m'en souviendrai toujours.

Bien à toi (et gare aux pronostications !) car les pronostications égarent.

« Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit. » BOSSUET

... moi aussi
dans la conjoncture épidémique, la politique de l'État n'est pas qu'affaire de QI et de cynisme au service du Grand Capital. On peut mesurer ceux de Trump ou Bolsonaro*, rapportés aux effets, durables et à venir, de leur gestion de la crise. Dans ce contexte, plusieurs l'ont dit, les décisions gouvernementales sont ambivalentes du fait de la contradiction inhérente à leur objectif rapporté aux intérêts du Capital, de protéger prioritairement la population productive et reproductive : difficile de trier et si tri il y a, de fait, c'est davantage en sacrifiant les "inutiles", personnes âgées, handicapés, exclus tels SDF et migrants... À cette aulne, oui, il y a des différences parce qu'il y a des politiques explicitement criminelles, non seulement, comme toutes, par la dégradation choisie depuis des années des services de santé, mais par les mesures prises, ou non prises, durant cette crise

* le sujet n'est pas vierge théoriquement, nous avions eu dès la mi-mars chez dndf des échanges intéressants

s'agissant de Philippe ami du nucléaire (après de Gaulle initiateur) et de Macron banquier (comme Pompidou à ce poste présidentiel), il faut être naïf ou ignorer que tout le personnel entre très haute administration (directeurs d'administration centrale) et de la politique gouvernementale (cabinets ministériels, conseillers des ministres et de la présidence) est absolument interchangeable avec celui des grandes entreprises et leurs conseils d'administration : ils ont été formés dans les mêmes 'grandes écoles', leur va-et-vient (pantouflage) est permanent comme leurs contacts en coulisses (lire Pinçon-Charlot et Pinçon), ceci depuis des décennies pour ne pas dire des siècles comme le choix des carrières dans les familles bourgeoises (lire Balzac, Martin du Gard, Aragon cycle du Monde réel entre la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle)

ce mélange de genre qui n'a rien de contre-nature, au contraire, je l'ai vu fonctionner pendant 40 ans, jusqu'au moindre chef de bureau, et ses soutiers sans choix que d'obéir - ou être puni -, au sein d'une administration centrale d'État des plus concernées, puisque entremise entre le secteur du BTP et des transports, et la politique industrielle, économique (et militaire) internationale de la France, notamment pendant les guerres du Golfe (détruire pour reconstruire justifiant une concurrence entre pays fabricants et vendeurs d'armes comme entre multinationales du bâtiment et des travaux publics, Bouyghe, Vinci, Eiffage, Colas... sont dans ce cas "français")

c'est au demeurant une chose peu retenue quand on parle de la "croissance de l'État" aujourd'hui supposée à rebours du néo-libéralisme, alors qu'il n'y a qu'une redistribution interne des rôles dans la classe capitaliste prise comme un tout, parce que seul l'État-Nation peut dans ce moment assumer la politique générale du capitalisme national dans la mondialisation continuée - on a vu l'impéritie de l'Europe, les Italiens s'en souviendront. J'avais au début du quinquennat Macron analysé les changements qu'il se proposait dans la haute administration. Il l'a fait, discrètement aux yeux du grand public, mais il l'a fait. Et cela donne aujourd'hui, grosso modo, un appareil d'État plus godillot que jamais, sur sièges éjectables depuis l'Élysée

il ne s'agit pas tant de "deviner ce ce qu'auraient fait d'autres à leur place", mais bien de "savoir" ce que valent leurs critiques rapportées aux possibilités qu'ils ont de mener une politique aux résultats différents, ce qu'ils prétendent. Et non, ce n'est pas une question "oiseuse" car c'est vers eux que se tourneront d'abord via les urnes les dupes qui sont aujourd'hui les premiers à râler en bons citoyens français. C'est ainsi que furent critiqués, à juste titre, le "démocratisme radical" ou d'une façon générale toute alternative politique, la démocratie politique, la politique même dans l'esprit de Marx*. Et quoi qu'il en aille des apparences dans les discours des personnalités politiques d'opposition, « leur cynisme et leur hypocrisie, leur fieffé roublardisme » n'est pas moindre. Sans parler de Le Pen faisant flèche de tout bois, Mélenchon se caractérise par une carrière politique toute d'arrivisme et d'opportunisme du gauchisme "anti-stalinien" au PS, plus jeune sénateur de France à 35 ans, un bon train...

* voir XXIX. LE POUVOIR POLITIQUE D'ÉTAT vs L'ADMINISTRATION DES CHOSES

il y a donc, en temps "normal" comme "anormal", une double fonction de l'État, politique au service de l'économie et d'administration des choses*. Alors sans faire l'apologie des "services publics à la française", en l'état où ils sont, ou de la prise en charge sociale de la pauvreté (minimas sociaux et revenus de chômage, massivement dit "partiel" : actuellement l'État français paye les salaires de 12 millions de salariés), il faut tourner les yeux ailleurs aussi, dans les pays au développement comparable à la France, les USA, la Grande-Bretagne ou le Japon, où la situation des "plus démunis", surtout face à la maladie et dans le cas d'hospitalisation, est terrifiante (au Japon n'existent pas ces aides sociales ou là, exceptionnelles et dérisoires, - Au Japon, la pauvreté se répand plus vite que le virus, Le Soir -, les soignants y sont stigmatisés comme les irradiés après Hiroshima ou Fukushima - Le Monde, 7 mai, et traditionnellement ce sont les familles venues parfois de très loin qui doivent s'occuper à l'hôpital de ce que font les aides-soignant.e.s et personnels de ménage en France, notamment assurer l'hygiène, je l'ai vécu de près)

bref, dans cette période, Macron a surtout fait de la politique, et Philippe plutôt de l'administration des choses, et à mes yeux je persiste et signe, plutôt bien dans cette conjoncture. Sans doute aurais-je dû écrire "grand administrateur" plutôt que "grand politique". Ce qui m'intéresse, c'est aussi de percevoir comment tout ça peut être apprécié par "les gens", au-delà de la protestation de surface qui se répand partout avec un sens très français de la démesure, et j'ai parfois envie d'être plus "con" que Wolinsky pour sentir plutôt que dénoncer, avec tant de démagogique facilité, in fine en vain. Au ras des pâquerettes et sans surmoi révolutionnaire, quand j'écoute les discours, décisions et explications, du premier ministre, je me dis, - ça c'est plutôt bon, ça plutôt mauvais, et qui ne le fait pas ? Est-ce que le faire, c'est compatir ou "se mettre à leur place" ?

concernant la dialectique confinement-déconfinement, il y a, je l'ai noté depuis le début et tout le monde l'a bien compris, un choix cornélien à faire relativement aux conséquences sociales et y compris sanitaires d'un arrêt trop long de l'économie, et c'est là-dedans que nous vivons, pas dans la belle-âme "radicale" en attendant le paradis communiste. Tous les dirigeants du monde y ont été confrontés, et l'on a vu ceux qui poussaient "à tout prix à la reprise" aux USA comme au Brésil, avec les conséquences immédiates en termes de santé, de mortalité, et l'on n'a pas encore tout vu (le Brésil, futur épicentre de l'épidémie ? France24 ,9 mai). Ça les gens, les Français.e.s le savent, le comprennent, sauf les "camarades" genre 7 du Québec, ci-dessous, pour qui confinement meurtrier comme déconfinement ressortent du machiavélisme de classe du Capital-État

dans le registre "comptabilité macabre", concernant le personnel soignant, et j'en donne acte à Philippe et même à Macron, le gouvernement a été extrêmement mal conseillé par son "Conseil scientifique" au point d'aller chercher ailleurs une autre "vérité", en partie à l'insu de son plein gré car s'y jouaient, témoignage de Didier Raoult, des enjeux de pouvoir et de concurrence entre les différentes institutions médicales et de la recherche scientifique représentées (Comité consultatif national d'éthique, Haut Conseil de la santé publique, INSERM, CNRS...), sur fond de "conflits d'intérêts" avec l'industrie pharmaceutique. Ils sont aussi l'appareil d'État, ils participent à son entrelacement avec le Capital

on pourrait comparer la mortalité en Île de France et constater qu'« elle a augmenté plus vite dans les Hauts-de-Seine qu'en Seine Saint-Denis » (source, 23 avril) : « Le département 92 devient le 3e avec la mortalité la plus élevée, après Paris et le Val-de-Marne ». Ça a pu changer depuis, je n'ai pas vérifié, mais ce que j'ai vu, comme dit Badiou, c'est la véritable jouissance gauchiste* à constater les dégâts chez les prolos, et leurs fantasmes d'en faire une chair à révolution à la moindre "émeute" qu'ils sont les seuls à voir ("grossesse nerveuse")


* ajout 10 mai. Je me réjouis de n'être pas le seul à la relever
Lisbeth Salender a écrit:dndf 10/05/2020 à 11:39 #8
Après quelques temps, je crois que les choses se précisent, pour ma critique. Il semblerait qu’il y a, chez certains radicaux, une espèce de “jouissance” devant la catastrophe. Jouissance qui interdit du coup d’aborder cette crise pour ce qu’elle est réellement.
Pour me faire comprendre :
On dirait qu’il y a presque eu un “regret” devant le fait que l’Afrique soit si peu impactée par le Covid19. On avait tellement annoncé la catastrophe pour les plus pauvres…
De même, il se dit assez peu que le nombre de morts en France va approcher les 30 000 morts, soit à peu près le même nombre que la grippe dite de Hong Kong en 1969, grippe qui a tué un million de personnes dans le monde et que tout le monde avait oublié jusqu’à aujourd’hui…
On dit peu, également, que le nombre de morts dans le personnel soignant “en première ligne”, “au front”, “nos héros”, est aujourd’hui de… 25 morts. On est loin de l’hécatombe, quand même… Pourtant, ils sont sûrement les plus exposés à la contamination…
Disons que je trouve agaçant ces embrasements systématiques dès qu’il arrive le moindre événement… Comme pour les Gilets Jaunes qui annonçaient l’insurrection généralisée…

je n'ai pas bien compris ce que vient faire ici la citation de Bossuet, si elle devait me concerner. Après tout, il légitime le fait que "les gens" ont bien raison de vouloir peser par tous les moyens sur les décisions politiques et d'autant plus quand ils ne sont pas d'accord. Je le fais dans le créneau qui est le mien, avec trop de "pronostications" ?

« Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur. »

La Fontaine, Le lièvre et la tortue

"non, décidément, le tandem en question n'a pas été à la hauteur"
Adé a écrit:« Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit. » - Bossuet

Cette citation de Bossuet convient à merveille aux personnels politiques français: casse du service public hospitalier, matraquage des infirmières et autres travailleurs et travailleuses du secteur de la santé, puis COVID-19 venu, regrets, propos mielleux et héroïsation desdites personnes...

- France : Seine- Saint-Denis/ Hauts de Seine

https://ressources.seinesaintdenis.fr/IMG/pdf/2018_dsoe-sod_portraitdeseinesaintdenis.pdf
https://www.insee.fr/fr/statistiques/2011101?geo=DEP-92
https://www.huffingtonpost.fr/entry/pourquoi-la-seine-saint-denis-subit-une-surmortalite-liee-au-covid-19_fr_5ea064a3c5b6b2e5b83b9480
https://www.insee.fr/fr/information/4470857
https://www.insee.fr/fr/statistiques/4124769

"C’est à Paris, dans les Hauts-de-Seine et les Yvelines que le vieillissement de la population serait le plus marqué. Alors que la population diminuerait à Paris, celle des seniors augmenterait de 9 % et celle des 75 ans ou plus de 30 %. Dans les Yvelines et les Hauts-de-Seine, la croissance des effectifs de personnes âgées serait respectivement 19 et 7 fois plus élevée que celle de la population totale. À l’inverse, l’Essonne serait le département où la population vieillirait le moins, la population des seniors augmenterait seulement deux fois plus vite que celle de la population totale."

- Moins de morts en Allemagne du Covid-19, pourquoi ?

Donc, cher Jean-Paul,

Y'a pas photo, si le tandem E. Philippe, E. Macron sont de grands administrateurs, que dire de la mère Merkel ? (cf. le taux de mortalité rapportée en % de la population : 5% en France alors qu’il ne dépasse pas 0,5% en Allemagne). Pas de mortalité des soignants, faible mortalité comparée, moindre létalité, rapidité des tests, maillage hospitalier plus serré, matériel et lits d'hôpitaux disponibles plus nombreux, etc...

non, décidément, le tandem en question n'a pas été à la hauteur, sauf si on le compare aux criminels Bolsonaro-Johnson-Trump (l'eau de Javel !), par contre très comparable aux dirigeants, espagnols - italiens - belges, dans la moyenne médiocrité franco-française

je me concentrerai sur la critique de la critique des mvts dits alternativistes, démocratistes, et autres affreux réformistes, qui empêchent par leur tiédeur le vrai révolutionnarisme des prolétaires, quand ils s'y mettront... allez il faut dire que la voix des vrais révolutionnaires (dndf) est des plus claires à ce sujet "En ATTENDANT la fin", mais de quoi crénom ?

"O solitude, my sweetest choice"

Patlotch a écrit:rien à redire, les chiffres sont les chiffres... Sans doute suis-je tombé dans la philippophilie ambiante : Edouard Philippe, nouveau «chouchou» de l’opposition… contre Emmanuel Macron. J'admets un côté "oiseux" à mes pronostics sur son retour... Quoi qu'il en soit, ton appréciation est de loin majoritaire. Exemple dans Causeur, à la chute près sur « le grand tort d’abandonner le cadre national », ce qui n'a pas été le cas : On achève bien la méritocratie :
le système méritocratique, mis en place dans le contexte de la mondialisation et d’instances supranationales, a produit des élites désincarnées peu aptes à prendre les bonnes décisions face à une crise qui concerne leur pays, leurs concitoyens.
[...]
La classe dirigeante actuelle n’a pas vu l’appauvrissement et le déclassement toujours plus grands des populations prises dans l’impasse de la mondialisation des échanges et sa version régionale européenne, l’Union Européenne et sa monnaie, l’Euro. Les sociétés sont aujourd’hui en proie aux révoltes populaires, les élites méritocratiques ont échoué. Un renversement est déjà à l’œuvre, bien décrit par Emmanuel Todd autour de son travail sur la lutte des classes au 21e siècle. Les classes populaires et moyennes se sont remplies de personnes intelligentes et compétentes qui n’ont pas pu bénéficier d’un ascenseur social à l’arrêt.

le bruit court que la véritable scission dans l'inter national porterait sur le projet de Macron d'une relance GreenNewDeal. Cambadélis : « Macron réfléchit à un nouveau cours rooseveltien écologiste. » Ça donnerait une séquence particulière de capitalisme vert sur fond de misère...

j'ai trouvé ça très drôle : Une figure des Gilets jaunes appelle à faire tomber le gouvernement lundi 11 mai, relayé par Valeurs actuelles : « Nous allons lever des armées citoyennes : une de l’Alsace, de la Bretagne, des Pyrénées et de Provence et des Alpes... Nous allons rebâtir notre grande maison de France. »

la voix des 'communisateurs' est surtout inaudible. Peu de choses d'actuel au cul des articles chez dndf, strictement aucun débat lisible sur les comptes twitter des condisciples, ni facebook communisation, "The most beautiful facebook page ever" selon @Carbure.blog, des textes, des "j'aime", le milieu de l'amour radical en un clic ! Depuis Meeting avant la scission TC-de Mattis, ça ne cause pas beaucoup, hormis la période sur "le genre" et celle sur "la race". Ça n'a pas grande signification, ils sont comme ça, pas pressés, discrets, secrets, leurs voix impénétrables. Tout se passe comme si, voulant à tout prix se singulariser, ils n'existaient que pour eux-mêmes. J'évalue à quelques dizaines le nombre d'individu.e.s qui s'intéressent à eux, et quelques centaines qui prennent nos questions au sérieux, ce qui invite au moins à l'autodérision. Au fond, peut-on les rendre intelligibles, c'est-à-dire donner à l'idée du communisme une crédibilité ancrée dans une pratique actuelle, et qui échappe au ridicule dont l'infecte tout gauchisme ?

je m'interroge sur mes propres motivations et tout me porte à penser qu'elles tiennent de l'habitude, du violon d'Ingres, de la marotte, du dada sur mon bide et...


« Je chante pour passer le temps
Petit qu'il me reste de vivre
Comme on dessine sur le givre
Comme on se fait le cœur content
À lancer cailloux sur l'étang
Je chante pour passer le temps

Je passe le temps en chantant
Je chante pour passer le temps »


Aragon, Le roman inachevé, 1956

Arrow
8 mai
la critique est aisée

à mon avis et contre ses critiques de l'opposition, je trouve Édouard Philippe un grand politique, et pas moins son patron de l'heure, Emmanuel Macron. Pour qui connaît les heurs et malheurs des précédents tandems au plus haut sommet de l'État, sa réponse aux "rumeurs de tensions entre Macron et lui" me paraît de bon sens : « Depuis trois ans qu'il m'a été donné de pouvoir travailler avec le président de la République, j'ai toujours constaté d'une confiance et d'une grande fluidité qui je crois a peu de précédents. » J'ai dit ailleurs comment interpréter l'apparente "cacophonie" gouvernementale et le rôle particulier que jouait le Président. Il est tout aussi évident que Philippe n'est pas là pour rester et compter les points de son allégeance. Le moment venu, il partira pour mieux revenir, comme d'autres l'ont fait avec succès, car les Français.e.s ont la mémoire courte

si l'idée n'était pas saugrenue, imaginer un instant, dans cette période, Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen à la barre du "Titanic" français, et bonjour le naufrage

maintenant, pour les "camarades", je sais bien que "nous" n'avons pas à nous projeter dans une fonction que jamais nous ne voudrions assumer, puisqu'il s'agit d'"abolir l'État et le Capital". Mais l'absence d'État et de Capital n'immunise pas contre les pandémies. Et alors, Que faire ?

just for the fun, du blog Vive la Révolution. mai68.org et 7 du Québec : Le coronavirus et la crise économique : "la lutte de classe éclaire le confinement", donc aussi le déconfinement, n'est-il pas ?

Ce qu’il faudrait, c’est faire l’état des lieux de la lutte de classe par pays, juste avant le coronavirus. En effet, il faudrait voir si ce ne serait pas, par hasard, surtout dans les pays où la lutte de classe était la plus aiguë qu’il y a eu confinement. La lutte de classe éclaire souvent bien des choses qui, sinon, seraient mystérieuses.

Pour la France c’est clair, avec les Gilets Jaunes, la lutte contre la destruction des retraites… ET la défaite lamentable de Macron aux municipales qui nous a valu un confinement des plus durs dès le lendemain ; alors que, sinon, c’est sûr qu’il n’y avait pas confinement pour pouvoir faire le second tour !

Florage

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Message par Florage le Jeu 14 Mai - 10:51

ajout 12 mai Déconfinement, la deuxième vague sérieusement envisagée par les chercheurs.
Quel avis de chercheurs choisir ? Puisqu'ils ne sont pas d'accords et se préoccupent surtout de statistiques et probabilités, pourquoi pas son bon sens, quand il s'agit de sauver sa peau ? 

XXXIII. LA MÉTÉO DE LA DERNIÈRE INSTANCE et le temps qu'il ne fait pas
XXXIV. DES ANTINOMIES ENTRE L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ CAPITALISTE
dans la conjoncture épidémique actuelle
12 mai
XXXIV. DES ANTINOMIES ENTRE L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ CAPITALISTE
dans la conjoncture épidémique actuelle
chez Patlotch, on fait théorie de tout bois. L'idée m'est venue, à partir de cet échange chez dndf, d'aborder la question de l'individu confronté au capitalisme dans la conjoncture épidémique. Le titre est allusion et hommage à George Palante, Les antinomies entre l'individu et la société, 1913

ajout 16 mai
je dois préciser que si j'ai repris le terme de conjoncture épidémique à FD, François Danel, dans son texte Conjoncture épidémique, crise écologique, crise économique et communisation, ce n'est pas pour en faire comme lui un concept théorique, même s'il le définit plutôt bien ici
FD a écrit:le concept d’une conjoncture épidémique de la crise écologique déjà ancienne et de la crise économique actuelle, n’est pas fondé sur la gravité de la pandémie coronaire 2019 (en effet mineure comparée à la grippe de 1918) ni sur celle supposée de la crise économique en cours (qui n’est pas encore catastrophique, mais tout de même assez grave). Ce concept est fondé sur le lien réel de la pandémie actuelle à la crise écologique désormais inhérente au devenir du capital et donc sur le fait que le capital peut encore se développer sur la base de sa destruction tendancielle de la biosphère.

je l'utilise au sens courant de produit d'une rencontre d'événements, situation politique, économique d'ensemble du moment, comme je l'avais précisé quand TC l'a forgé en 2012 : « Je pense qu'il n'est pas indispensable d'élever la conjoncture au rang de concept pour faire une théorie de la communisation au sens général » Pour en finir avec mon communisme-théorique. Mon usage est plus proche de celui par exemple de conjoncture économique donnant lieu à des notes de l'INSEE ou autres organismes d'État. En ce sens il y a toujours une conjoncture. Le sens de TC est plus rapporté à une conjoncture révolutionnaire, ce qui peut poser à FD un problème pour le faire accepter à ce groupe auquel il le propose pour compléter son corpus théorique. J'ai trouvé l'expression pertinente, j'en fais un autre usage

ajout 14 mai
j'ai ouvert un sujet en relation, LIBERTÉ CHER HIC, dans le Journal critique de la crise

thème récurrent dans la crise épidémique en raison des politiques d'États, la mise en cause des libertés individuelles et collectives, privées et publiques, a sans doute fait couler plus d'encre virtuel que de sang réel, celui-ci réservé aux salles de réanimation, de haut en bas de la société, dans tous les langages du plus intellectuel et savant au plus populaire et sans méandres théoriques. On a vu les controverses autour d'Agamben et son État d'exception, relayées par lundimatin, les inquiétudes justifiées de voir les mesures exceptionnelles perdurer après l'épidémie, l'amalgame entre ces mesures et celles prises contre le terrorisme, les États autoritaires en rajouter pour brider toute opposition...

j'ai semé ici ou là ces préoccupations, à travers textes critiques, articles concernant les décisions des États et réactions syndicales, politiques, associatives, sociétales diverses. J'ai consacré un épisode "théorique" au deuxième jour du confinement, le 17 mars, III. SUR LA LÉGITIMITÉ DE MESURES "ANTI-DÉMOCRATIQUES" et je n'y suis pas revenu. La question des libertés ne peut être traitée séparée du tout, de la fonction répressive et policière des États, ni surtout des conditions sociales et économiques, puisque là encore, moins on en a... moins on en a

on pourra consulter les articles traitant de liberté et coronavirus lire avec avantage les paragraphes consacrés à cette question par Tristan Leoni et  et Céline Alkamar, le 17 avril 2020 : Vers la dictature ? / Viva la muerte !… y la libertad

ouvert avec Confiner, surveiller, punir, mater
Sur une période très courte, les Français ont accepté une restriction importante de leurs libertés
Josepha Laroche, Causeur, 13 mai
l'auteure a publié en novembre 2018 Les Marxistes dans la théorie des conflits internationaux

ajout 13 mai
s'agissant des comportements individualistes ou largement critiqués aujourd'hui comme "égoïstes" de ceux qui ne tiennent aucun compte des mesures de précautions dans le déconfinement ("les Parisiens" ou autres), je pense qu'on devrait partir de l'état de délabrement des relations interindividuelles depuis un certain temps déjà. Voir le sujet ouvert il y a un an, IRRESPECT DES AUTRES, "INCIVILITÉS"... ET DEMANDE D'ORDRE. Comme je l'ai souligné, cela émane de toutes classes sociales, à tel point que l'on pourrait dire que dans le capitalisme, toutes les classes sont capitalistes, à ceci près que certaines, et certaines catégories (femmes, autres "races"), sont plus ou moins exploitées et dominées

à ce stade, je n'ai pas la prétention ici de couvrir l'ensemble du problème de l'individu dans la société capitaliste, ou de la perspective de l'individu dans la communauté humaine du communisme, mais simplement de voir comment cette conjoncture épidémique peut nous aider à le poser

de la différence entre le point de vue de l'État
celui d'une catégorie particulière, des scientifiques et médecins démocrates,
et ceux d'individus partant d'eux-mêmes pour eux-mêmes
dans une perspective anarchiste et communiste

"Deuxième vague" ou pas
le simple péquin que je suis ne se laisse convaincre ni par l'État français,
ni par les experts d'où qu'ils viennent et quoi qu'ils disent

le simple péquin que je suis raisonne et agit pour lui
il conduit son rafiot dans la tempête en esprit libre,
pour se protéger, lui, les siens et les autres, avec simple bon sens

le Titanic, c'est pas son bateau, il s'en fout

THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS EX8__4zXQAAQKez?format=jpg&name=large
LA science est prise en défaut de vérité absolue,
ne serait parce que ses avis les plus “autorisés” (par qui ?)
sont sur certaines questions diamétralement opposés
dndf a reçu et publié un texte d'Emma ("la formidable Emma Khan" ?), membre de l’AIMSIB (Association Internationale pour une Médecine Indépendante Scientifique et Bienveillante) : « Nos prises de position pourraient vous intéresser. À TITRE PERSONNEL, j’ai écrit ces notes sur l’éventualité d’une “deuxième vague” »

ma réaction

Patlotch a écrit:merci pour ce copié-collé reprenant
"Pandémie COVID-19, l’analyse générale de l’AIMSIB", du 8 mars !

j'ai lu des dizaines d'articles de ce genre, avec références à des organismes que je ne connais pas et des arguments scientifiques dont je ne peux juger. Arrivé au bout, "convaincu", je me dis "- elle, il, a raison". Je lis la thèse opposée, pareil. Alors je me dis, "- mon petit, t'es pas capable de juger"

par contre, j'ai l'habitude des "démonstrations", des raisonnements "logiques", et là, ça le fait pas, surtout la fable du sable et des crocodiles. Je me dis "- elle me prend pour un neuneu"

2 mois ont passé depuis cette argumentation

les choses en ayant été où elles étaient en février-mars, les gouvernements ont confiné en masse, enfermant les infectés, qui ressortent aujourd'hui, d'où leurs précautions, à peu près les mêmes partout selon les moyens, rythmes différents : masques, distanciation, tests des symptomatiques, isolement, etc.

qui peut prétendre qu'il faut faire autre chose maintenant ? Pas même Raoult. Pourquoi les gouvernements prendraient ces précautions si elles étaient inutiles ? Pour des raisons judiciaires, au cas où ? Allons donc. Emma n'en parle pas, elle critique la stratégie de la pénurie du début, quand les Etats n'avaient pas le choix. Elle "démontre" que la "deuxième vague" c'est pipeau. Admettons

car le simple bon sens dit au péquin que je suis : "- mets un masque, tiens tes distances, et attends de voir." Le simple péquin raisonne pour lui, pas en termes de statistiques, de probabilité ou pas d'une "2e vague" (dans notre cas et ma compréhension, c'est plutôt la première qui reprendrait). Le simple péquin sait qu'il lui suffit d'1 contact pour choper cette merde et contaminer ses relations

le péquin pas trop con, il n'attend ni les décisions de l'État ni les arguments d'experts pour savoir comment se protéger, lui, les siens et les autres, s'il le peut, avec un minimum de bon sens. Il n'"obéit" pas, il proteste ou non, mais il conduit son rafiot en esprit libre par tous les temps. En dernière instance, le Titanic, il s'en fout, c'est pas son bateau
Emma me répond
dndf 11/05/2020 à 19:06 | #20
Vous avez mal lu, il ne s’agit pas d’un copié-collé de l’article du 8 mars auquel j’ai également contribué!
J’apporte des éléments nouveaux dans le texte ci-dessus et dans l’article du 3 mai dernier.
Méfiez-vous du bon sens, il trompe souvent!
Pourquoi parler de Raoult?
Il ne comprend rien à la théorie de l’évolution!
À part ça, personne ne vous oblige à faire confiance à l’Aimsib, sachez seulement que comme nous sommes dans le collimateur des lobbyistes de l’industrie, nous n’avons pas le droit à l’erreur et sommes extrêmement mesurés dans nos affirmations!
je lui réponds
dont acte. Il y  des éléments nouveaux, plus actuels, et j'admets que vous "démontrez' que la deuxième vague, c'est du pipeau. J'ai corrigé ce premier jet chez moi

je parle de Raoult parce qu'il le fait aussi : « L’histoire de rebond, c’est une fantaisie qui a été inventée à partir de l’épidémie de grippe espagnole […] qui n’a rien à voir" avec celle du Covid-19. "C’est de la science-fiction", a-t-il même enfoncé le clou, ce jeudi soir, sur BFM TV.  
Selon Didier Raoult, la pandémie de Coronavirus suit une "courbe en cloche, typique des épidémies. […] La plupart du temps, ça se passe en une seule courbe. […] Les épidémies commencent, s’accélèrent. Elles culminent - c’est le moment maximal de transmissibilité - et elles diminuent puis disparaissent. Et on ne sait pas pourquoi" » Coronavirus : le risque d'une deuxième vague est "une fantaisie" pour Didier Raoult


« Méfiez-vous du bon sens, il trompe souvent ! »

dans ma réponse, je parle en tant qu'individu, partant de lui-même, comme toujours, écrivait Marx dans "L'Idéologie allemande" : « Les individus sont toujours partis d'eux-mêmes, naturellement pas de l'individu "pur" au sens des idéologues, mais d'eux-mêmes dans le cadre de leurs conditions et de leurs rapports historiques donnés. »
Opposition de la conception matérialiste et idéaliste. C. Communisme production d'échanges lui-même 
ce texte pourrait fournir une bonne base à la compréhension de la différence que j'ai voulu souligner, sur un ton qui peut paraître anarchiste individualiste, mais qui ne prend pas moins en compte les intérêts des autres que toute approche étatique ou vue d'en haut, de toute instance qui considère le problème général et propose des solutions générales dans cette société sans souci d'en changer radicalement

ma vie, ni celle de personne, ne se règle sur une courbe de Gauss, une moyenne statistique, un nombre de morts, et Ana Dinerstein adopte ici ce même point de vue individuel, par-delà son analyse de théoricienne communiste : «  Je reste à la maison. [...] Le pire : la mort est devenue un baromètre. Voyons combien de personnes meurent, puis nous pourrons décider si nous devons retourner au verrouillage ou non. [...] Je ne vais nulle part merci Mr Adolph Johnson », sortie antifasciste de trop...

la question n'est pas de « faire confiance à l’Aimsib » ou non. Il est évident que je partage certains de vos points de vue, mais pas votre posture, celle d'où vous parlez : « l’AIMSIB dispose de quelques membres dont la recherche en virologie est le métier, leur chef étant la formidable Emma Khan...», la posture d'une controverse avec d'autres spécialistes qui considèrent le problème dans sa généralité

"méfiez-vous" de ne pas conseiller à des personnes qui vous liraient sans y prendre garde de ne pas prendre soin d'eux-mêmes et de leurs proches et relations d'abord. Que doivent-elle faire si elles vous suivent, "pas de deuxième vague", « Allons-nous attendre d’avoir 0 nouveau cas de Covid-19 pour déconfiner totalement ? Il y aura forcément de nouveaux cas. » Mais qui a envie d'être un "nouveau cas", parce qu'il faudrait "déconfiner totalement" plus vite, comme chez Trump et Bolsonaro ?

vous voyez bien que son "bon sens" ne trompe pas toujours qui pense et agit pour lui-même, sans pour autant porter atteinte aux intérêts d'autrui. La contradiction est là (cf Marx plus haut), entre l'individu et la société, en tant qu'elle est aujourd'hui capitaliste, économie politique

voyez aussi notre décalage, vous venez apporter votre éclairage dans un blog de théorie communiste, où personne ne rêve d'une solution démocratique, étatique, politique, anti-"lobbyistes de l’industrie", dans les conditions du capitalisme. Très bien, cela aide notre réflexion, mais nous ne pouvons entrer dans ces débats scientifiques parce que nous ne sommes pas qualifiés, et nos critères sont ailleurs, faire que les individus, à commencer par les plus exploités, dominés, victimes privilégiées de cette pandémie, partent d'eux-mêmes et de leurs intérêts immédiats à court et moyen terme, et qu'ils le fassent ni aux ordres de l'État, ni dans la servitude volontaire aux intérêts d'une catégorie particulière, serait-elle celle des experts médicaux les mieux intentionnés du monde

vous terminez par cette question : « Que se passera-t-il à l’automne 2020 ? Reconfiner le monde entier parce qu’on aura laissé l’hôpital continuer à se délabrer ? » Mais que se passera-t-il si je suis mort parce que je n'ai pas suivi mon bon sens près de chez moi, au nom d'un raisonnement scientifique qui se fout de mes intérêts singuliers, et met en avant un intérêt général dans les mêmes termes qu'un politicien défenseur du service public ?
ajout 13:12
jouer les arbitres entre chercheurs en désaccord et faire un pari sur sa santé ?
lesquels conviendrait-il de suivre ? ou plutôt son "bon sens" ?

- Déconfinement: la deuxième vague sérieusement envisagée par les chercheurs. Le Huffpost, 12 mai. La possibilité d'une reprise de l'épidémie de coronavirus, déjà visible dans d'autres pays, fait partie des scénarios probables calculés par les scientifiques.
et pourquoi, en parfait béotien, retenir la thèse "pas de deuxième vague", de "la formidable Emma Khan, chef des virologues de l'AIMSIB" plutôt que les scénarios de l’AP-HP, de  l’Inserm ou de chercheurs américains ?
11 mai
XXXIII. LA MÉTÉO DE LA DERNIÈRE INSTANCE
et le temps qu'il ne fait pas


THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Desl'argent
Patlotch, dessins, 1981

Friedrich Engels a écrit:D'après la conception matérialiste de l'histoire, le facteur déterminant dans l'histoire est, en dernière instance, la production et la reproduction de la vie réelle. Ni Marx, ni moi n'avons jamais affirmé davantage. Si, ensuite, quelqu'un torture cette proposition pour lui faire dire que le facteur économique est le seul déterminant, il la transforme en une phrase vide, abstraite, absurde. La situation économique est la base, mais les divers éléments de la superstructure – les formes politiques de la lutte de classes et ses résultats, – les Constitutions établies une fois la bataille gagnée par la classe victorieuse, etc., – les formes juridiques, et même les reflets de toutes ces luttes réelles dans le cerveau des participants, théories politiques, juridiques, philosophiques, conceptions religieuses et leur développement ultérieur en systèmes dogmatiques, exercent également leur action sur le cours des luttes historiques et, dans beaucoup de cas, en déterminent de façon prépondérante la forme. Il y a action et réaction de tous ces facteurs au sein desquels le mouvement économique finit par se frayer son chemin comme une nécessité à travers la foule infinie de hasards (c’est-à-dire de choses et d'événements dont la liaison intime entre eux est si lointaine ou si difficile à démontrer que nous pouvons la considérer comme inexistante et la négliger). Sinon, l'application de la théorie à n'importe quelle période historique serait, ma foi, plus facile que la résolution d'une simple équation du premier degré.
Lettre à Joseph Bloch, 21-22 septembre 1890
Étienne Balibar a écrit:Le meilleur chapitre [de Lire le Capital, Louis Althusser, Étienne Balibar, Pierre Macherey, Jacques Rancière, 1965], c’est évidemment le chapitre sur le temps, sur la multiplicité des temporalités historiques ou des tendances de développements. Si on le pousse jusqu’au bout, on arrive à une idée qui est forte mais qui devait être embarrassante pour lui [Althusser], parce qu’il a eu beau écrire que « l’heure solitaire de la dernière instance ne sonne jamais », il n’a quand même jamais voulu se débarrasser de la dernière instance. Donc l’accent était mis sur « solitaire », c’était « l’heure solitaire de la dernière instance ne sonne jamais ». Ça ne voulait pas dire que l’heure de la dernière instance ne sonne jamais… elle ne sonne jamais d’une façon solitaire. Alors que, au fond, la théorisation des temps, des temporalités différentielles (il y a derrière ça des sources sociologiques, anthropologique… avec tout ce qui s’agitait à l’époque), emprunte beaucoup à Heidegger dans la critique de l’historicisme hégélien. Mais, au bout du compte, ça ne va pas dans la direction de Heidegger, parce que ce n’est pas subjectiviste, c’est, au contraire, objectiviste. La multiplicité des temps est une multiplicité dans les choses et non pas dans l’expérience existentielle. Donc, l’idée qui se profile c’est qu’il y a une hétérogénéité radicale des mesures temporelles, et il n’y a pas de commune mesure. Ou, plus exactement, la seule commune mesure est une commune mesure conjoncturelle, qu’il faut construire. [je souligne]
Althusser et Gramsci : entretien avec Étienne Balibar, 2014
dans le capitalisme avancé, en "domination réelle", toutes les classes sociales portent l'esprit du capitalisme *, dans les actes collectifs comme individuels, à fort peu d'exception près. La conjoncture épidémique, et particulièrement tout ce qui a pu se dire et se faire pour ou contre confinement et déconfinement, en fut, en est encore, une brillante démonstration

* L'Éthique protestante et l'Esprit du capitalisme, de Max Weber, 1904-1905, est une des œuvres fondatrices de la sociologie moderne

je ne sais pas si cela vaut d'en faire tout un épisode théorique, mais enfin, je ne suis pas prêt d'accorder à la bêtise et à la méchanceté moins de place qu'elles n'en ont dans l'histoire de l'humanité (cf JOURNÉE NATIONALE DES CONS finement ?. L'humanité souffrante a une furieuse tendance à se tirer une balle dans le pied

au-delà de toute rationalité mise dans la réflexion sur la perspective communiste, cette dimension m'a toujours paru surdéterminante dans l'impossibilité d'une issue heureuse. Au fond ce qui m'anime par-delà mon pessimisme impénitent tient de la fable que racontait Lucien Sève récemment disparu, les grenouilles tombées dans la jatte de crème

Un jour, deux grenouilles tombèrent dans une jatte de crème. Aussitôt, elles s'aperçurent qu'elles s'enfonçaient : impossible de nager ou de flotter longtemps dans cette pâte molle aussi épaisse que des sables mouvants. Au début, les deux grenouilles agitèrent violemment leurs pattes dans la crème pour atteindre le bord de la jatte. En vain : elles ne parvenaient qu'à barboter au même endroit en s'enlisant. Elles avaient de plus en plus de mal à remonter à la surface et à reprendre leur souffle. L'une d'elles dit tout haut :

« Je n'en peux plus. On ne peut pas sortir de là. Impossible de nager dans cette substance. Je vais mourir, je ne vois pas pourquoi je prolongerais cette souffrance. Où est l'intérêt de mourir épuisée par un effort stérile ? »

Ayant dit cela, elle cessa de s'agiter et s'enfonça rapidement, littéralement engloutie par l'épais liquide blanc.

L'autre grenouille, plus persévérante ou peut-être plus obstinée, se dit :

« Rien à faire ! Pas moyen d'avancer dans cette matière. Pourtant, bien que la mort soit proche, je lutterai jusqu'à mon dernier souffle. Je refuse de mourir une seconde avant que mon heure ait sonné. »


Elle continua à s'agiter et à barboter au même endroit, sans avancer d'un pouce, pendant des heures et des heures. Et soudain, à force de trépigner et de battre des cuisses, de s'agiter et de patauger, la crème se transforma en beurre. Surprise, la grenouille fit un bond et, patinant, arriva au bord de la jatte. De là, elle rentra chez elle en coassant joyeusement.

je m'interroge sur les motivations qui pourraient pousser une classe ou tout autre sujet, à se battre jusqu'à dépasser le capitalisme, et accessoirement sur celles des communistes dans une période où rien ne vient l'accréditer. Je reste persuadé que les motivations de ces derniers n'ont pas grand chose à voir avec ce que seraient celles d'un tel sujet, même s'ils se prennent trop souvent pour son embryon. En dernière instance, les communistes d'aujourd'hui et le sujet qui dépassera(it) le capitalisme, ça n'a rien à voir


Dernière édition par Florage le Sam 16 Mai - 6:48, édité 5 fois

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Message par Florage le Ven 15 Mai - 18:13

bien qu'avec un titre différent, RAPPORTS HUMANITÉ-CAPITAL-NATURE et CONJONCTURE PANDÉMIQUE est la suite de cette théorisation communiste, qu'elle prolonge, complète et réactualise dans la crise. Elle est à comprendre en relation avec les sujets de la rubrique
le VIVANT (la 'NATURE'), l'HUMANITÉ, et le CAPITAL et particulièrement :
- L'HUMANITÉ CONTRE LE VIVANT ? ET LE CAPITAL ?
- LE MONDE BRÛLE-T-IL ? CAPITALISME et CHANGEMENT CLIMATIQUE, ouverts à l'automne 2018
XXXV. LES RAPPORTS HUMANITÉ-CAPITAL-NATURE
ET CE QU'EN DIT LA PANDÉMIE
approfondir l'analyse débarrassée des scories idéologiques


THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Capitalisme-glouton-plantu-1
15 mai
fort d'avoir pointé ce qui péchait dans mon suivi et pour quelles raisons (voir APPROFONDIR CE QUI SE PASSE laisser pisser ce qui ne se passe pas), je peux le réorienter, et, partant des matériaux tels quels, préciser et au besoin réorienter l'analyse théorique :
il y a dans le texte de Camatte, Instauration du risque d'extinction, de multiples observations sur ce qui se produit sous nos yeux qui peuvent servir de base à cet approfondissement, et nombre de matériaux, dans les reportages et témoignages

cela commence, Camatte l'a bien vu, et je le soutenais au départ, par considérer la pandémie comme essentielle dans la compréhension non seulement de la conjoncture épidémique en tant que rencontre de circonstances présentes, mais dans ce qu'elle provoque et fait remonter du passé de l'humanité depuis sa séparation d'avec la nature, et pas seulement de la période des sociétés de classes ou pire, seulement du capitalisme comme mode de production économique et politique, au prétexte qu'en "domination réelle" absolue depuis quarante ans, il déterminerait tout ce qui se passe y compris au plus profond du psychisme des individus et de ses implications dans les rapports sociaux et sociétaux, alpha et oméga du tout sur le tout, aboutissant in fine au programme d'un parti avec pour slogan : « Une seule solution, la communisation ! »

ainsi pour François Danel/FD, introduire les rapports à la nature dans la théorie de la communisation n'a pour fonction que de conserver le déterminisme et le structuralisme prolétarien de Théorie Communiste, càd bétonner (sic) un peu plus le corpus de TC, « une théorie qui tient la route », y compris contre d'autres « théories aussi cohérentes – notamment la communisation à titre humain »*. Voilà débusqué, tel Satan par l'Inquisition chez les sorcières**, le maléfique "humanisme-théorique", ennemi de l'extérieur et de l'intérieur, chez de plus proches que moi, Troploin et DDT21, de Gilles Dauvé et Tristan Leoni, que je rassure, car FD précise qu'il n'a « aucune affinité avec Lénine »

"...La lutte intérieure donne au parti la force et la vitalité : la preuve la plus grande de la faiblesse du parti, c'est son amorphisme et l'absence de frontières nettement délimitées; le parti se renforce en s'épurant..." Extrait d'une lettre de Lassalle à Marx, 24 juin 1852. En exergue à la Préface de Que Faire, Lénine, 1902

* FD : « posant la question écologique, càd la question du rapport capital / nature / communisation, je la pose uniquement dans la conjoncture déterminée par cette putain de pandémie. » FD, dndf, 14 mai. Et donc, pour lui, si je pose, comme Camatte, le dépassement du capital et des rapports antérieurs de l'humanité à la nature vers la Communauté humaine et du vivant, c'est que j'aurais construit « un humanisme théorique. Parce que [je] conçois l’humanité comme sujet, antérieur et extérieur au capital ». Bien évidemment, et même pour Marx, le Capital n'a jamais été le Tout, comme le montrent les niveaux de généralités dans lesquels son œuvre l'insère et le comprend (cf Ollman, La dialectique mise en œuvre : Le processus d’abstraction dans la méthode de Marx)

* le Marteau des sorcières, Malleus Maleficarum, d'avant la Faucille...


aussi Camatte débute-t-il son texte, et s'interroge-t-il sur ce que « révèle » et « rejoue » la pandémie même. Extraits
Camatte a écrit:- Dans une première approche, l'importance exceptionnelle accordée aux effets pathologiques liés à l'infection par le coronavirus, apparaît comme un bon moyen pour masquer le phénomène essentiel en acte : la destruction de la nature et la remise en question du procès de vie organique sur terre.

- Cette dynamique de masquage est vraie, évidente, mais cette affirmation n'implique pas une sous-évaluation du phénomène que nous subissons. C'est sur quoi nous voulons insister et nous désirons ne pas séparer les deux phénomènes mais au contraire intégrer ce qui concerne l'espèce dans le devenir de la totalité du phénomène vivant. [...] Et ceci opère tant au niveau individuel qu’au niveau d’un groupe plus ou moins important, au niveau d’une ethnie, d’une couche sociale, ainsi qu’au niveau d’une nation et, enfin à celui de l’espèce.

- Que révèle la contagion, fondant cette pandémie, ainsi que les mesures protectrices qu'elle suscite ?
. L'échec de la sortie de la nature puisque l'espèce n'est pas parvenue à échapper à la menace et à atteindre la sécurité, en dépit d'une série de séparations pour se protéger.
. La fin de la négation totale de la communauté originelle par suite de sa fragmentation au cours des millénaires avec la phase finale du procès de séparation et le déploiement de l'hyperindividualisme se manifestant comme une compensation à l'évanescence de l'individu. De nos jours, les rackets et la grégarité sont les résidus aberrants de la communauté.
. La fin du recouvrement et la mise à nu de la déréliction, ainsi que la manifestation du numen, du sacré, de ce qui engendre fascination et effroi, et la révélation de la vulnérabilité.
. L'instauration du risque d'extinction

- qu'est-ce qui cause la grande dangerosité de cette maladie ? C'est qu'elle arrive en fin de parcours, comme la conclusion d'un immense procès de fragilisation de l'espèce liée tout particulièrement à un dérèglement de son système immunitaire dont l'importance est considérable, assurant un procès de connaissance inconscient complémentaire de celui conscient.

- Le déploiement de la maladie et les mesures visant à l'enrayer, à l'éradiquer - remettant en cause tout le mode de vie - révèlent tout ce qui affecte négativement l'espèce et met en évidence tout particulièrement la nocivité de se séparer pour se sauver.

- Ce qui est révélé en premier et de façon qu'on pourrait dire explosive est l'inimitié qui se présente à la fois comme un comportement et une affectation, mais aussi comme un schème de connaissance. Dés le début il a été proclamé: nous sommes en guerre

- Revenons à la manifestation de l'inimitié, la proclamation de l'Union sacrée - complément à celle de la guerre, équivaut à la mise en œuvre d'une forme de répression, complétée souvent par une auto-répression, visant ceux et celles qui sont en désaccord. Elle tend à abolir les différences, plongeant la population dans un état de d'indifférenciation qui est une forme de cancer.
Cela permet à l’État de récupérer une certaine importance en se faisant gérant de la thérapeutique, voire thérapeute, ce qui est logique car la thérapeutique fondamentale est celle visant à guérir hommes et femmes de leur naturalité en les réprimant. Or les mesures assurant le confinement entrent bien dans cette dynamique qui est propice à l'effectuation de violences policières

- Le Covid-19 et les mesures pour s'en préserver révèle la répression parentale et l'exacerbe. Depuis le début du confinement il y eu un accroissement des cas de maltraitance concernant les enfants ainsi que les femmes.

- Le Covid-19 et les mesures visant à l'éradiquer révèlent et amplifient le phénomène de substitution que l'on a déjà mentionné, et qu'on peut définir comme étant le remplacement de la naturalité par l'artificialité, l'envahissement de l"utilisation de la technique dans toutes les opérations de la vie qui de façon exacerbée a besoin d'un mode d'emploi pour être effectuée.

- La substitution est le triomphe de l'économie, une démarche caractérisée par la prédominance des objets sur les êtres. Les premiers grâce à l'informatique sont de plus en plus connectes entre eux et n'auront bientôt plus besoin des hommes pour opérer.

- L'épidémie sert à masquer la destruction de la nature - à opérer un détournement - mais elle révèle aussi toutes les horreurs humaines, c'est-à-dire qu'elle fait surgir et ne dévoile pas seulement.

- Masquer : nous avons maintes fois fait appel à ce mot pour signaler le fait de dissimuler une certaine réalité plutôt que escamoter ou scotomiser qui expriment qu'on occulte mais non qu'on dissimule. Quand on masque on tient compte d'une réalité mais on la cache, ce qui constitue d'ailleurs le contenu du recouvrement. Dans la situation actuelle, de façon immédiate, le port du masque permet de se protéger, mais aussi de ne pas contaminer l'autre s'il n'en porte pas, au cas où il serait porteur du virus sans le savoir. Mais, inconsciemment, d'autres fonctions peuvent être présentes et avoir un effet sur la personne qui se masque, par exemple qu'est-ce qu'elle recouvre ? En effet on peut se masquer aussi pour ne pas être reconnu, signalant encore la dynamique de l'inimitié. D'un point de vue général, cette pratique est en rapport à l'incertitude de l'espèce, incertitude de ce qu'elle est et de sa place dans le phénomène vivant mais aussi en rapport à l'insatisfaction d'être ce qu'elle est. Elle signale aussi toute l'inquiétude et l'immense perplexité qu'engendre la relation réalité-apparence recelant une ambiguïté fondamentale. Celle-ci est liée à la coupure d'avec le reste de la nature : sommes-nous naturels ou sommes-nous hors nature ? telle est la question qui se pose depuis des siècles.

- La nocivité de l'ambiguïté découle du fait qu'elle génère l'insécurité, l'indécision qui peut se transformer en inchoation, le désarroi, l'installation d'un blocage qui, pour en sortir, provoque le déploiement de mesures extrêmes grosses de violences, et donc le recours à l'inimitié. Globalement l'ambiguïté suscite la crise de la présence; c'est pourquoi elle est en général refoulée.
Les mesures prises contre le covid - 19 nous fournissent un exemple important d’ambiguïté : ont-elles été préconisées en vue de la santé des individus ou visent-elles à sauver l'économie ?

- L'autre aspect non moins dangereux c'est avec un contrôle constant et plus efficace, une surveillance accrue réalisée grâce aux progrès de l'informatique rendant possible une traçabilité...
Contrôle et surveillance qui vont de pair, s'accroissent en même temps que le montant de la population humaine croit.
Avec la dynamique de se protéger c'est donc toujours l'inimitié qui prévaut...

Cette pandémie éclaté au sein d'une crise économique, qui est pour ainsi dire perpétuelle avec l'instauration de la forme autonomisée du capital car rien ne vient faire obstacle à la dynamique de l'incrémentation continue, et l'a renforcée.

- Après la fin du confinement les individus essaieront de trouver une place dans le corpus social mais ils pourront difficilement retrouver celle antérieure. C'est ce qui se produisit de façon analogue pour l'espèce avec la coupure d'avec le reste de la nature.

Ce qui signifie aussi que nous vivons la mise en place d'une grande discontinuité.

- À partir de là on peut supposer que la pandémie devienne comme une entité psychique à l'instar de la peste pour Antonin Artaud dans Le théâtre et son double, 1938


THÉORISATION COMMUNISTE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS Citation-l-action-du-theatre-comme-celle-de-la-peste-est-bienfaisante-car-poussant-les-hommes-a-se-voir-antonin-artaud-149513
image ajoutée

- Ce n'est que si nous ressentons, vivons à fond le risque d'extinction, que nous en devenons pleinement conscients sans nous culpabiliser pour les horreurs que nous avons commises au cours de notre errance, que nous pouvons en finir avec celle-ci, effectuer un soulèvement de la vie, et initier l'inversion salutaire pour nous et pour la nature, tous les êtres vivants (virus y compris), et poursuivre notre cheminement dans le cosmos.

il y a maints micro-événements, témoignages de "confinés" et "déconfinés", qui renvoient à ces divers points, mais aussi, tout simplement, l'insistance venue de diverses parts, et bien sûr non sans arrières-pensées des dirigeants politiques au pouvoir comme dans l'opposition, de l'OMS même et de chercheurs en épidémiologie/virologie, de philosophes : Il va falloir apprendre à vivre avec le coronavirus et Le coronavirus pourrait ne jamais disparaître, selon l'OMS

on trouve toutes sortes d'alarmes propres à accroître la séparation entre les êtres humains, l'« inimité » voire la « menace » chez l'autre près de soi, exemples :

- Contagion du coronavirus : le Covid-19 transmis par la parole ? Il ne s'agit plus seulement de "distanciation sociale" (euphémisme significatif pour "physique"), mais d'éviter le lui parler sinon avec un masque  et de préférence derrière un "barrière" de plexiglas, ou mieux, par internet interposé

un devenir dans lequel l'humain, "augmenté", pourrait être remplacé par les machines, les robots, le projet du transhumanisme, dont le succès, comme celui des technoprogressismes comme des religions, va grandir dans la crise. Voir Transhumanisme et coronavirus, religions et coronavirus

- "Même s'il est nécessaire, le port du masque brouille énormément les relations sociales" : pourquoi ne plus voir les visages n'a rien d'une évidence. David Le Breton, sociologue et anthropologue, spécialiste du corps et de ses représentations, met en lumière l'importance du visage dans les interactions sociales. France Info, 14 mai
14 mai
dans la suite de cette élaboration théorique, il va me falloir aller beaucoup plus profond dans les tenants et les aboutissants de ce qui a été analysé jusque-là comme une conjoncture épidémique, c'est-à-dire la rencontre de circonstances présentes déclenchées par la covid-19, mais avec les limites de nos ancrages théoriques précédents, notamment marxistes à courte vue sur le passé comme sur les possibles futures, donc sur le présent, le rendant compréhensible seulement en partie, et avec des présupposés aussi faux que les projections futures qui en découlent

à cette fin, j'ai commencé par faire une sélection drastique dans les TEXTES CRITIQUES, en en écartant les textes gauchistes, ultra-gauchistes et communisateurs, qui n'apportent strictement rien à cette réflexion, que leurs préjugés idéologiques et leur attente fossilisée de la révolution prolétarienne mondiale. Je reconnais mon tort d'avoir tenté avec eux un dialogue aussi vain que pénible pour les deux parties

j'invite ma lectorate à lire le dernier texte de Jacques Camatte, Instauration du risque d'extinction, dont je reprendrai quelques points, pour les discuter dans la suite de mon propre cheminement critique


Dernière édition par Florage le Jeu 4 Juin - 17:51, édité 1 fois

Florage

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Message par Florage le Jeu 4 Juin - 17:55

l'histoire de toute société jusqu'à nos jours
n'a été que l'histoire de la séparation entre l'humanité et la nature


le plus radical* n'est pas celui qu'on pense

* « Être radical, c'est prendre les choses par la racine »,
Critique de la philosophie du droit de Hegel, Marx, 1843
dans Convergences anciennes, Jacques Camatte publiait JUIFS, SIONISME, ISRAËL, Saïa Voldman, mars 1973
on peut y lire :

Dans le Manifeste Communiste de 1848, il est dit que l'histoire est celle de la lutte des classes. Mais l'œuvre  de Marx et d'Engels démontre aussi que l'histoire de l'humanité est aussi celle de la destruction des communauté des hommes et la lutte pour leur reconquête. Le capital détruit jusqu'à la racine toute communauté humaine en substituant sa propre communauté.

* « L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes. »
Le Manifeste, I. Bourgeois et prolétaires


Note d'Engels pour l'édition anglaise de 1888 :
Ou plus exactement l'histoire écrite. En 1847, l'histoire de l'organisation sociale qui a précédé toute l'histoire écrite, la préhistoire, était à peu près inconnue. Depuis Haxthausen a découvert en Russie la propriété commune de la terre. Maurer a démontré qu'elle est la base sociale d'où sortent historiquement toutes les tribus allemandes et on a découvert, petit à petit, que la commune rurale, avec possession collective de la terre, a été la forme primitive de la société depuis les Indes jusqu'à l'Irlande. Enfin, la structure de cette société communiste primitive a été mise à nu dans ce qu'elle a de typique par la découverte de Morgan qui a fait connaître la nature véritable de la gens et sa place dans la tribu. Avec la dissolution de ces communautés primitives commence la division de la société en classes distinctes, et finalement opposées. J'ai essayé d'analyser ce procès de dissolution dans l'ouvrage l'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat, 2° édition, Stuttgart 1886.

mais on comprend en creux que l'histoire de l'humanité remonte plus loin que celles des sociétés, et par conséquent que celle de la lutte des classes, pour autant que la première se réduise à la seconde. Et cette histoire laisse encore des traces déterminantes dans les rapports sociaux et via la nature, que le capitalisme en subsomption réelle ne saurait "subsumer". C'est pourquoi réduire la problématique communiste à la sortie du capitalisme par la révolution d'une classe privilégiée par la théorie du prolétariat est inapte à penser la rupture avec le capital et l'inversion qu'elle suppose pour être accomplie

plus d'explications ici

c'est de cela que causent les parties II et III de Théorisation communiste dans la conjoncture pandémique
SOMMAIRE
1. CAPITAL, ÉTAT, VIRUS
suivi de
LE CORONAVIRUS COMME RÉVÉLATEUR D'UNE CRISE GLOBALE DE LA CIVILISATION CAPITALISTE, 16 mars
II. LA CRISE DANS LA CRISE
III. SUR LA LÉGITIMITÉ DE MESURES "ANTI-DÉMOCRATIQUES"
IV. ÉTAT ET CAPITAL, MÉDECIN ET FOSSOYEUR, 18 mars
V. LE RÔLE ÉCONOMIQUE DE L'ÉTAT POUR LE CAPITAL
LA CONTRAINTE AU TRAVAIL et LE RETOUR DES NATIONALISATIONS
VI. CAPITAL, TRAVAIL, VIRUS : UN RAPPORT... DE CLASSES ?
suivi de le coronavirus sème la zizanie dans le BTP, 19 mars
VII. REMARQUES MÉTHODOLOGIQUES, et critique de l'économie politique, 20 mars
VIII. ET LES FEMMES DANS TOUT ÇÀ ?
IX. SANS BLAGUE ? “un nouveau classique de la théorie de la communisation.” Agitations autonomes, 22 mars (sic)
X. OÙ VA LA CRISE ? dans le vif du sujet
comment la caractériser ? quelle sortie possible pour le Capital ? relance keynésienne ? restructuration globale ? probabilité de guerre mondiale augmentée ?
petite théorie de la relativité mortuelle complétée de données scientifiques, 23 mars
XI. THÉORICIENS COMMUNISTES, QUE FAISONS-NOUS ? 24 mars
XII. BON ALORS, QU’EST-CE QU’ON FAIT ? 25 mars
XIII. "LA" CRISE EST LÀ, principal résultat, non de la théorie, mais du cours quotidien du capital avec le coronavirus
XIV. DES SOURCES ET DE LA RADICALITÉ CRITIQUE, 30 mars
XV. DES RONDS-POINTS AUX BALCONS, DES GILETS JAUNES AUX COMBATS CONFINÉS :
UN MÊME CONTENU ? 31 mars
XVI. EN ATTENDANT LA MORT DANS "LE SUD", 1er avril
XVII. UNE CRISE NOUVELLE DU CAPITAL EXIGE UN THÉORIE NOUVELLE DU COMMUNISME
XVIII. LA VIE RUSE CONTRE LE VIRUS
et la norme révolutionnaire prolétarienne, 2 avril
XIX. synthèse
BANALITÉS PHILOSOPHIQUES DE BASE
LA CRISE EST LÀ, LA RESTRUCTURATION DU CAPITAL AUSSI, on est dedans, 3 avril
XX. CETTE CRISE EST BIEN PLUS "MONDIALE" ET PROFONDE, et MULTIDIMENSIONNELLE QUE  1929 et 2008 et toutes précédentes crises du capitalisme, 4 avril
XXI. OÙ VA LA CRISE ? POINT D'ORGUE, 6 avril
XXII. LA CRISE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE
IMPORTE, EXPORTE ET EMPORTE LA CRISE SANITAIRE, 10 avril
XXIII. LE TEMPS LONG DES CONFINS AU CHAOS
ma méthode inspirée par celle de Marx et sa mise en œuvre, 13 avril
XXIV. LA MORT QUI VIENT POUR LE TRAVAIL, 14 avril
Pour la vie contre le capital, désobéissance sanitaire, restez chez vous après le 11 mai
. le retour de l'activisme communisateur
XXV. RELOCALISATION N'EST PAS DÉMONDIALISATION, 16 avril
théoriser n'est pas naviguer entre hypothèses en sautant par-dessus les faits pour "prophétiser"
UN TOURNANT THÉORIQUE MAJEUR, 17 avril
"lier théoriquement compréhension du vivant et compréhension du processus révolutionnaire'
XXVI. SEPT THÈSES PROVISOIRES DANS LE SALE AIR DU TEMPS et DE LA PEUR, 18 avril
pour favoriser l'émergence de luttes efficientes contre la pandémie, l'État, et le Capital
XXVII. théorie marxiste à la française, 20 avril
CHIENS DE FAÏENCE DÉFAILLANTS ou hommes de marbre ?
le marxisme à déconfiner et décoloniser
XXVIII. OÙ EN SOMMES-NOUS DANS LA CRISE ? 24 avril
XXIX. LE POUVOIR D'ÉTAT vs L'ADMINISTRATION DES CHOSES
notes sur un vieux problème du communisme, 26 avril
XXX. TEL QUEL
divers aspects de la crise économique et sociale plus graves que la pandémie par elle-même, 30 avril
REFONDER LA THÉORISATION DU COMMUNISME, 3 mai
XXXI. DE L'IMPRÉVISIBLE ET DES JALONS DU DÉJÀ-LÀ, 5 mai
XXXII. comment apprécier la "gouvernance" française de la crise ?
discerner politique et administration des choses par l'État, 9 mai
XXXIII. LA MÉTÉO DE LA DERNIÈRE INSTANCE
et le temps qu'il ne fait pas, 11 mai
XXXIV. DES ANTINOMIES ENTRE L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ CAPITALISTE
dans la conjoncture épidémique actuelle, 12 mai
XXXV. LES RAPPORTS HUMANITÉ-CAPITAL-NATURE ET CE QU'EN DIT LA PANDÉMIE
approfondir l'analyse débarrassée des scories idéologiques, 15 mai

Florage

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