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ÉCOLOGIE, ÉTAT, CAPITALISME VERT et CORONAVIRUS

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Message par Florage le Dim 29 Mar - 8:33

du 27 mars, mis à jour
en haut les premiers repères généraux, dessous les nouvelles...

écologie et coronavirus

- le site Reporterre, habituellement ouvert à tous courants écologiques, ne donne pour l'heure aucun texte ou entretien d'analyse globale, telle qu'Aurélien Barrau en propose une, voir en bas. Je donnerai néanmoins quelques textes, toujours significatifs de l'idéologie écologiste

- Philosophie des sciences, Aurélien Barrau vidéos
dont Philosophie des sciences 7 et coronavirus

- Coronavirus: les effets bénéfiques du confinement pour l'environnement, rfi, 25 mars

- Coronavirus : En quoi la pandémie actuelle est-elle liée à l'environnement ?, France Inter, 18 mars
Pour limiter les pandémies, les humains doivent « décoloniser le monde », Lorène Lavocat, Reporterre, 28 mars

La destruction des écosystèmes est une des causes de la pandémie de Covid-19. Sans changement radical de notre rapport à la planète, d’autres drames sanitaires sont à prévoir. Mais, dans la perspective de la catastrophe économique à venir, les décideurs sauront-ils prendre conscience de ce qu’il se passe en écoutant et respectant les citoyens ?


Dernière édition par Florage le Lun 4 Mai - 12:53, édité 3 fois

Florage

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Message par Florage le Sam 4 Avr - 12:55


ÉCOLOGIE, ÉTAT, CAPITALISME VERT et CORONAVIRUS 000_1pr6nz_0
Un homme portant un masque passe devant le Colisée à Rome le 10 mars 2020. Alberto PIZZOLI / AFP

Philosophe et professeur honoraire à l'Université de Lausanne, ancien président du conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot, Dominique Bourg revient pour RFI sur les changements impulsés par la pandémie de coronavirus dans nos sociétés.
RFI : Contrairement aux catastrophes naturelles, la maladie touche les classes aisées comme les plus pauvres. Ne pourrait-on y voir là l’occasion de retrouver un sens du commun ?

Dominique Bourg : Effectivement, le coronavirus ignore le compte en banque. Mais la réaction de la société, elle, est très liée aux classes sociales. Il n’y a que les gens qui travaillent avec leurs mains qui vont bosser. Quand vous êtes confiné avec une famille nombreuse dans un petit appartement, vous n’êtes pas dans la même situation qu’une personne plus aisée dans une maison avec jardin. Et puis la tension retombe sur les femmes battues, les enfants maltraités…

Vous pensez que cette situation de crise va se pérenniser ?

Le virus ne va pas disparaître du jour au lendemain, c’est certain. Si on regarde les prévisions, la courbe en France redescend vraiment à la fin du mois de juillet. Et après ? On a du mal à trouver des médicaments qui soient concluants et sans effets secondaires. Si on trouve un vaccin, il faut au moins un an et demi pour le produire, et vacciner huit milliards d’êtres humains ne se fera pas en un claquement de doigts. On en a au moins pour deux ans, de cette affaire. Évidemment, pas deux ans de confinement strict, mais deux ans à trouver des moyens de lutter contre le virus, à s’adapter… C’est une crise momentanée, mais qui va troubler nos sociétés et nos économies sur le temps long.

À quels changements structurels peut-on s’attendre ?

Sur le plan sanitaire, le port du masque dans les pays occidentaux deviendra probablement une habitude, comme en Asie. Il est possible qu’on s’aligne sur le Japon, par exemple, qui a une hygiène et un respect des règles sanitaires extrêmement stricts, et qui est beaucoup moins touché que les autres.

Il y a aussi des remises en cause très claires sur le plan politique. En France, on voit bien que l’État n’a pas reconstitué de stocks, n’avait rien de prévu, qu’il a supprimé systématiquement les lits d’hôpitaux depuis une décennie… Tout ça est d’une destructivité extraordinaire. Aux États-Unis, cela va être encore plus sévère, parce que les gens ne sont même pas assurés. Ceux qui sont assurés le sont par le travail, mais là, il y a 10 millions de chômeurs d’un coup en plus ! La catastrophe sanitaire va être gigantesque. Le seul Covid-19 remet complètement en cause le lessivage intellectuel effectué par les néolibéraux.

Et puis on aura d’autres pandémies, puisqu’on détruit les écosystèmes et l’habitant de certaines espèces. Jusqu’à maintenant, ce sont les chauves-souris qui nous ont fait des tracasseries, mais elles pourront venir d’ailleurs. On sera beaucoup plus sujets aux maladies infectieuses vectorielles [maladies infectieuses transmises par des vecteurs, essentiellement des insectes et des acariens, comme le paludisme, NDLR]. Nous entrons dans une période de fragilité sanitaire et de conscience de cette vulnérabilité dont nous ne sommes pas près de sortir.

Peut-on lire ce qui nous arrive comme une forme d’avertissement de la nature ?

Oui. Nous ne pouvons interpréter ce qui nous arrive que comme une conséquence des destructions que nous lui avons infligées. Il y a un lien direct entre destruction de l’environnement, changement climatique et pandémies. Mais ce n’est pas encore passé dans le public : les gens ont du mal à comprendre que c’est un problème écologique. On a toujours pensé qu’on était au-dessus de la nature, et que par notre technique, par notre économie, on pouvait s’en émanciper. Et aujourd’hui, nous sommes rappelés à notre vulnérabilité. Mais ce rappel-là, cette crise sanitaire, aussi horrible et meurtrière soit-elle, ce n’est pas grand-chose par rapport à ce qui nous attend.

Ce qui nous attend ?

Compte tenu de ce que nous avons déjà émis, l’augmentation de la température moyenne sur Terre sera de 2 degrés d’ici 2040. Pour le moment, nous sommes à 1,1 degré. 2 degrés, cela veut dire que dans certaines régions, plusieurs jours par an, la chaleur et l’humidité pourraient se cumuler de telle sorte qu’elles saturent les capacités de régulation thermique des habitants. En d’autres termes, votre température monte, vous n’arrivez plus à évacuer la chaleur de votre corps : et vous mourrez. Ça risque d’arriver dans certaines régions entre les tropiques, Inde, Brésil, certains pays d’Afrique… Et si vous êtes entre 3,5 et 4 degrés de plus, soit la tendance sur laquelle on est, cette période s’étendra sur plusieurs semaines, et dépassera largement la zone intertropicale.

Aujourd’hui, on craint que la nourriture ne nous parvienne plus, on ne craint pas qu’elle soit produite insuffisamment. Mais si vous regardez les récoltes de sorgho et de riz en Australie aujourd’hui, à l’issue de leur saison estivale, elles ont baissé de 66%. Donc imaginez avoir ça dans plusieurs endroits au monde ? Là, on pourrait vraiment être en pénurie. Et cette pénurie-là, plus la température du globe augmente, plus elle devient probable.

Comme la crise sanitaire, la crise écologique va frapper le monde entier. Ne pourrait-on envisager une réponse globale ?

Pour le coronavirus, on tourne pour l’instant au ralenti, mais on s’attend ensuite à un retour à la normale. Pour la crise écologique, c’est autre chose ! Si on voulait éviter ce réchauffement de deux degrés, selon le Giec, il faudrait réduire au moins de moitié les émissions mondiales en 10 ans. Ce n’est pas un coup de frein à main, cette fois. C’est carrément la puissance du moteur qu’il faut réduire de façon drastique en 10 ans. Mais vous connaissez un gouvernement qui va faire ça ? Vous croyez qu’un Trump va faire ça ? Un Bolsonaro ? Même un Macron ? Il va falloir qu’une partie de la société civile, qui a compris que ce qu’elle a vécu là n’était qu’une simple répétition de ce qui nous attend, se manifeste, pour qu’on arrive à faire autre chose. Ce qu’il faudrait, c’est décélérer, fort, sur plusieurs années, et c’est déjà un changement énorme. Ensuite, il faudrait trouver un rythme de croisière avec une structuration de l’économie et de la consommation qui n’a plus grand-chose à voir avec aujourd’hui. Vous auriez beaucoup moins de petits produits, de jetable, et des biens plus sophistiqués qui eux, seraient durables, mutualisables. Ce serait une économie de guerre dans un premier temps, en changeant complètement et rapidement l’appareil de production, et puis, dans un second temps, un changement durable de mode de vie. L’enjeu est gigantesque.

Je pense que les gouvernements ne voudront pas aller dans ce sens, mais de plus en plus de gens ne seront plus d’accord avec la direction qu’on veut leur donner. On pourrait imaginer à l’avenir une vague « verte » beaucoup plus importante que ce qu’on a connu jusque-là, ou une élection présidentielle où aucun des deux prétendants « classiques » ne passe, ou encore que les gouvernements européens changent complètement leur fusil d’épaule. Ce n’est pas du tout le scénario le plus probable, mais c’est celui pour lequel on doit se battre.

Plus de la majorité des Français ne veulent pas revenir à la situation antérieure. Ils veulent changer la société. On l’a vu dans trois sondages publiés entre novembre et début janvier, qui montraient bien que même avec des questions différentes, on retombait sur environ 59% de la population qui avaient compris qu’on n’échappera pas à la sobriété. C’est énorme ! Il va y avoir un rapport de force entre ces gens-là et ceux qui ne veulent rien comprendre. Une partie va devenir violente, parce qu’elle a compris qu’on va la faire crever. Et à ce moment-là, on va devenir presque nostalgiques des confinements.

Peut-on voir dans ce qui se passe aujourd’hui les prémices d’un effondrement ?

Je ne parle jamais d’effondrement au singulier, mais d’effondrements au pluriel. En Italie du sud, ces jours-ci, il y a eu des émeutes dans des supermarchés. C’est typique d’un scénario d’effondrement tel qu’on nous l’a vendu. Il pourra y avoir des zones qui s’effondrent dans certains pays, oui. On n’en est pas là, mais on ne peut pas écarter cette hypothèse d’un revers de main.

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Message par Florage le Mer 8 Avr - 10:02

comme de bien attendu, les écolos politiques planent à 15.000 au-dessus des lois de l'économie politique, et des effets concrets de sa crise, en plein rêve de Greenwashing. Pour faire mentir Alphonse Allais détournant La Fontaine : S'il se nettoie, c'est donc ton frère

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Message par Florage le Dim 12 Avr - 5:06

Coronavirus :
les humains doivent cesser de "mépriser" la nature, avertit Jane Goodall

Fabrice Coffrini, AFP, 11 avril 2020


ÉCOLOGIE, ÉTAT, CAPITALISME VERT et CORONAVIRUS Rrf5ft
Jane Goodall, années 1960
C'est le "mépris" de notre environnement qui a causé la crise du Covid-19, estime Jane Goodall, 86 ans, primatologue britannique qui a voué sa vie à la défense des animaux, notamment les chimpanzés, et de l'environnement. Mais il est temps d'apprendre de nos erreurs et tenter d'éviter de futures catastrophes, plaide-t-elle.

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QUESTION: Comment percevez-vous cette pandémie ?

REPONSE: C'est notre mépris pour la nature et notre manque de respect pour les animaux avec lesquels nous devrions partager la planète qui ont causé cette pandémie, qui avait été prédite de longue date. Car à mesure que nous détruisons, par exemple la forêt, les différentes espèces d'animaux qui l'habitent sont poussées en proximité forcée et des maladies passent d'un animal à un autre, et un de ces animaux, rapproché par force des humains, va probablement les infecter.

Ce sont aussi les animaux sauvages chassés, vendus sur des marchés en Afrique ou en Asie, notamment en Chine, et nos élevages intensifs où nous parquons cruellement des milliards d'animaux, ce sont ces conditions qui donnent l'occasion aux virus de faire le saut entre les espèces vers les humains.

Q: Concernant ces marchés animaliers, que faire?

R: C'est une très bonne chose que la Chine ait fermé les marchés d'animaux vivants. C'est une interdiction temporaire dont nous espérons qu'elle deviendra permanente et que d'autres pays asiatiques vont suivre. Mais en Afrique il sera très difficile de stopper la vente de viande de brousse, car tant de gens en dépendent pour leur subsistance. Il faudra penser très attentivement à comment faire, car on ne peut empêcher quelqu'un de faire quelque chose quand il n'a absolument pas d'argent pour vivre ou faire vivre sa famille. Mais que cette pandémie nous apprenne au moins quoi faire pour en éviter une prochaine.

Q: Et il y a de quoi espérer ?

R: Nous devons comprendre que nous faisons partie du monde naturel, que nous en dépendons, et qu'en le détruisant, en fait, nous volons l'avenir de nos enfants. J'espère qu'en raison de cette riposte sans précédent, ces confinements partout dans le monde, plus de gens vont se réveiller, commencer à penser des façons dont ils pourraient vivre différemment leurs vies.

Tout le monde peut avoir un impact chaque jour, si vous pensez aux conséquences des petits choix que vous faites: ce que vous mangez; d'où ça vient; est-ce que ça a causé de la cruauté envers les animaux; est-ce que ça provient d'une agriculture intensive, ce qui est le cas en général; est-ce que c'est bon marché grâce à du travail forcé d'enfants; est-ce que sa production a nuit à l'environnement; combien de kilomètres a-t-il fallu le faire voyager; avez vous pensé à marcher au lieu de prendre la voiture; comment pourriez vous lutter contre la pauvreté, parce que les gens pauvres ne peuvent pas faire ce genre de choix éthiques, ils doivent faire ce qu'ils peuvent pour survivre, ils ne peuvent pas se poser ces questions sur ce qu'ils achètent, ça doit être le moins cher et ils abattront le dernier arbre parce qu'ils sont au désespoir de trouver de la terre pour faire pousser quelque chose à manger... Ce que nous pouvons faire chacun dans notre vie dépend de qui nous sommes, mais nous pouvons tous faire une différence, tous.

Propos recueillis lors d'une conférence téléphonique à l'occasion de la sortie d'un nouveau documentaire produit par National Geographic, "Jane, un message d'espoir".

Florage

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Message par Florage le Sam 18 Avr - 3:10

une texte "historique" et refondateur de la théorie de la communisation, une première (après moi quand je me considérais encore de ce milieu). Il crève un abcès de plusieurs années. Idée centrale : avec "la crise écologique à la fois globale et permanente" "apparue dans les années 1970 et 1980, crise non surmontable dans les limites de la reproduction élargie du capital", "la lutte de classe du prolétariat est désormais surdéterminée aussi par le fait que la reproduction du capital menace la reproduction de la vie humaine" avec "en même temps une aggravation constante de la dégradation du milieu naturel vivant". Bien des points communs, y compris sa critique à Camatte. On y retrouve l'impossibilité du 'capitalisme vert' autrement qu'en tant qu'idéologie et, comme idéologie, sa possibilité "dans une restructuration supérieure du rapport, intégrant mieux le discours écologiste à prétention radicale, comme reste possible une rupture communisatrice dans et contre cette restructuration que la classe capitaliste va tenter d’imposer". Autant dire qu'il y a là de quoi secouer le landerneau. Je pariais avec ironie avant la sortie de TC26 sur un TC27 autour de la question écologique, on y est presque, bien que FD ne soit pas de TC. J'aurais carburé vainement, mais pas inutilement*

« XXXIII. Le même Sardou dit aussi: «Vainement est relatif au sujet; en vain est relatif à l'objet; inutilement, c'est sans utilité pour personne.» On dit aussi que quelqu’un a travaillé vainement , lorsqu’il n’est pas récompensé de son travail, ou que ce travail n’est pas agréé ; car dans ce cas le travailleur a perdu son temps et sa peine, sans préjuger aucunement la valeur de son travail, qui peut d’ailleurs être fort bon. »  Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, avril 1988

ce texte est critique du "discours écologiste à prétention radicale", tout dépendant ici, comme dit à propos de Camatte, de ce qu'on appelle écologie, et pour ma part je la prends dans sa signification scientifique, non d'abord politique serait-elle radicale. Cela dit comme vu plus haut, si l'on s'en tient aux textes que publie Reporterre, il n'y en a pas un pour sauver l'autre. Aurélien Barrau, par contre, c'est pas de la gnognotte, sur le versant scientifique de la crise écologique

quant à la construction générale de cette nouvelle position théorique, je réserve mon opinion. Il y a une sorte de reprise de la "double contradiction classe-genre" de TC qui m'a toujours laissé dubitatif sur le plan d'une dialectique complexe, et je préfère les notions de point de vue et niveaux de généralités dans la méthode de Marx selon Bertell Ollman
quelques remarques
FD a écrit:La production capitaliste, qui n’a jamais été « respectueuse » du vivant*, a fini par produire dans les années 1970 et 1980, càd bien avant l’épidémie apparue en Chine à l’automne 2019, une crise écologique à la fois globale et permanente (1), sous la forme d’une pollution généralisée avec détraquement du climat. Cette crise est globale en tant qu’elle menace à terme la reproduction de la biosphère terrestre,  dont dépend aussi la vie humaine. Elle est permanente en tant qu’elle est intrinsèque à la subsomption réelle du travail et de la nature sous le capital. En d’autres termes, alors même qu’elle représente un problème majeur du point de vue de la classe capitaliste en tous ses États et blocs, elle ne peut pas être effectivement surmontée dans les limites d’une nouvelle restructuration supérieure du rapport d’exploitation à l’échelle mondiale. Par contre, une restructuration supérieure du rapport, intégrant mieux le discours écologiste à prétention radicale, reste possible, comme reste possible une rupture communisatrice dans et contre cette restructuration que la classe capitaliste va tenter d’imposer.
* d'emblée FD prend le contrepied de RS qui me rétorquait dans un échange sur les Gilets Jaunes : « A la rigueur, « le capital » on peut avoir quelques idées, mais le « vivant » c’est quoi ? ». Cette controverse est ici en décembre 2018 dans L'HUMANITÉ CONTRE LE VIVANT ? ET LE CAPITAL ? FD insiste dans un commentaire sur la nécessité de « théoriquement compréhension du vivant et compréhension du processus révolutionnaire »

Dans la pandémie de corona-virus se conjoignent deux processus d’abord autonomes, puisque depuis les années 1970 les crises économiques et la destruction continue du vivant n’étaient pas immédiatement liées. Or entre novembre 2019 et mars 2020, une épidémie apparue dans la ville de Wuhan s’est étendue très vite au monde entier, manifestant une fois de plus la gravité de la crise écologique tout en précipitant l’éclatement d’une crise économique majeure, qu’on sentait venir depuis la précédente, contenue mais non surmontée. D’une part, la pollution croissante des terres, des mers, et de l’air, le réchauffement climatique, l’épuisement des sols et la déforestation massive, l’urbanisation folle qui stérilise les terres et rend toutes les villes de plus en plus inhabitables, les épidémies dont la propagation est facilitée par la destruction des barrières naturelles qui limitaient autrefois la circulation des virus, et le bousillage objectif du matériel humain par l’industrie pharmaceutique sont autant d’aspects de la crise écologique permanente, insurmontable dans les limites de la reproduction élargie du capital. D’autre part, en ce printemps 2020, le ralentissement déjà constatable de la production et des échanges, l’exacerbation des tensions entre États et blocs, la nécessité, pour toutes les fractions de la classe dominante, de prendre des mesures cette fois radicales pour relancer l’accumulation sur une base plus « saine », et leurs tentatives prévisibles pour nous embarquer dans leurs conflits internes définissent la crise économique en cours, qui marquera de toute façon la fin du cycle ouvert dans les années 1970, sinon la « crise finale » du système. Car cette conjoncture épidémique de la destruction continue du vivant et de la crise de reproduction actuelle du capital, c’est d’abord à nous, prolétaires et communistes, de l’affronter, en théorie comme en pratique. Non parce que nous serions révolutionnaires par nature, mais parce que dans cette conjoncture nous sommes tous et toutes dans leur collimateur.

Contrairement à ce qu’a soutenu Camatte, quand il a théorisé la fuite hors de la communauté matérielle du capital, il n’y a pas d’errance de l’humanité (2), parce que les êtres humains, d’emblée divisés par le rapport social de genre, n’ont jamais existé que sous des modes et rapports de production de la vie matérielle socio-historiquement déterminés. La dégradation du milieu naturel terrestre apparaît, sous des formes limitées, sur des territoires parfois très vastes mais à un rythme très lent, bien avant la constitution du mode de production capitaliste. Mais pour que la production de la vie matérielle des nombreux groupes humains qui ont peuplé la Terre puisse devenir tendanciellement destructive de ce milieu, il faut que le capital s’établisse comme mode de production dominant et s’impose dans son développement à toute la planète, au prix de la destruction des anciens modes de production et de l’intégration ou de l’extermination des peuples non encore formellement soumis à l’esclavage salarié. Dans ce processus, qui débute lors de l’accumulation primitive du capital mais se développe seulement une fois la production capitaliste établie en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, au début du 19° siècle, on peut dégager deux moments décisifs. D’abord, la subsomption réelle du travail et de la nature sous le capital, qui s’effectue autour de la Première Guerre mondiale, avec la mise en place de l’organisation scientifique du travail dans tous les pays développés et l’achèvement de la colonisation du monde par les puissances européennes. Ensuite, la production de la crise écologique globale, qui correspond au développement d’un nouveau cycle d’accumulation et de luttes, càd, d’abord, à une restructuration mondiale du rapport d’exploitation, dans les années 1970 et 1980, supprimant tout ce qui fondait encore l’identité ouvrière et donc l’affirmation de la classe, au niveau de l’usine comme de la société.
ici, FD reprend le phasage historique du mode de production capitaliste, comme TC "la subsomption réelle autour de la Première guerre mondiale", mais différemment de TC qui en voit la deuxième phase dans les années 1970 (restructuration mondiale), il caractérise celle-ci comme "crise écologique globale" dans "une restructuration mondiale du rapport d’exploitation"

Mais si la crise écologique s’est produite au cours de la dernière restructuration capitaliste, on peut se demander pourquoi les groupes issus après 1968 de l’ultragauche française ne l’ont pas intégrée dans la problématique de la communisation, comme abolition révolutionnaire sans transition du capitalisme. Fondé en 1977, le groupe Théorie Communiste a bien compris que cette restructuration destructive du « vieux mouvement ouvrier » impliquait la reproduction de la contradiction prolétariat / capital sous une forme où le prolétariat tend à produire son existence de classe comme contrainte extériorisée dans la classe capitaliste (3). Mais ni TC ni aucun autre groupe théorisant la communisation n’a compris que la restructuration incluait dès l’origine la production d’une crise écologique à la fois globale et permanente. En effet, la manière dont s’est présentée d’abord la contre-attaque capitaliste comme la contestation généralisée qui s’est produite avec la défaite ouvrière ont pour ainsi dire fait s’évanouir le problème avant même qu’il soit posé. D’une part, la classe capitaliste n’a pas tenu compte du rapport d’experts paru en 1972 sous le titre The Limits To Growth (Halte à la croissance !) : elle a relancé l’accumulation en s’attaquant d’abord aux rigidités du travail sur la chaîne mondiale, sans se soucier ni d’épuisement des ressources (matières + énergie nécessaires à la production) ni de pollution généralisée (destruction tendancielle de la biosphère). D’autre part, les luttes (interclassistes) menées sur le front de l’écologie politique – notamment contre la production d’énergie nucléaire – se sont vite enlisées dans l’idéologie réformiste de la décroissance, car elles mettaient en cause abstraitement le productivisme, non la production de survaleur, le capital comme valeur en procès. Enfin, il faut ajouter à ces deux facteurs spécifiques un facteur plus général. Pensant la communisation au présent des luttes quotidiennes du prolétariat agissant strictement en tant que classe, TC, avait non seulement à combattre l’idéologie bourgeoise de la fin du prolétariat mais aussi l’idéologie révolutionnaire de la communisation à titre humain*, ce qui l’empêchait, au moins dans un premier temps, d’intégrer à son travail un problème a priori susceptible de mettre en cause la cohérence de la théorie en cours d’élaboration.
* TC l'a fait essentiellement contre les thèses de Temps Critiques. Il y avait effectivement un risque, c'était de contrer cet humanisme sans sortir de l'anthropocentrisme, cad sans prendre en comte l'ensemble des rapports humanité-capital-nature, ce dont j'ai alerté TC durant ces dernières années, sans autre écho que finalement, une attaque aussi lourdingue que malhonnête

Dans les limites de la reproduction élargie du capital, la crise écologique n’est pas surmontable. En effet, le capital est production pour la production, tendance corrigée de façon récurrente par les grandes crises économiques scandant la succession des cycles d’accumulation mais s’affirmant à nouveau dans chaque restructuration. Autrement dit, la reproduction élargie de la valeur capital en procès implique une production croissante de matières et d’énergie (capital constant = moyens de production, notamment la machinerie) et de produits de consommation (capital variable = salaire = produits nécessaires aux travailleurs). Et comme la baisse tendancielle du taux de profit moyen n’est compensée par la hausse tendancielle du taux d’exploitation qu’au prix d’une hausse relative du capital constant bien supérieure à celle du capital variable, il en résulte en même temps une aggravation constante de la dégradation du milieu naturel vivant et une aggravation constante de la situation sociale du prolétariat par rapport à la classe qui l’exploite*. Certes, la classe exploiteuse ne peut pas éviter d’intégrer au moins formellement dans ses calculs la dégradation catastrophique de la biosphère et d’abord dans la mesure où cette dégradation affecte le travail global qu’elle pose comme nécessaire à la valorisation maximale du capital global accumulé. Elle doit par exemple réfléchir aux moyens de préserver la force de travail, donc de limiter l’impact des épidémies à venir, sachant qu’elle ne peut plus empêcher la propagation accélérée des virus. De même, elle doit réfléchir aux moyens de limiter l’impact déjà notable de l’urbanisation et de l’épuisement des sols sur la production de nourriture. Cependant, sa compréhension de l’ensemble des problèmes dits écologiques n’est jamais que formelle, car elle ne peut pas mettre en cause la production continue de survaleur. La crise écologique n’est pas la contradiction du capital, qui reste l’exploitation – ou plutôt les deux contradictions se construisant l’une l’autre de l’exploitation de classe et de la division de genre – mais la lutte de classe du prolétariat, toujours embarrassée de surdéterminations (comme la racisation), est désormais surdéterminée aussi par le fait que la reproduction du capital menace la reproduction de la vie humaine.
* c'est ce qui se passe dans l'extractivisme, un concept qui n'a rien de neuf selon TC

Dans la conjoncture épidémique présente, les communistes ont certes besoin d’une vision politiquement active du clivage qui peut s’opérer, au ras du vécu, entre les classes. (4) Clivage à l’intérieur des populations confinées, entre les prolétaires, hommes et femmes, dont une large part est dans tous les pays réquisitionnée pour bosser – à l’usine, au supermarché, à l’hôpital – et les capitalistes, qui s’efforcent de préserver leurs conditions d’exploitation immédiates tout en cogitant sur les moyens de relancer l’accumulation, au-delà de la purge nécessaire du capital fictif. Cependant, nous ne pouvons pas aller plus vite que le vent, même s’il souffle déjà très fort. D’une part, l’épidémie Covid apparaît immédiatement comme une perturbation extérieure à la société globale : non seulement à la classe capitaliste, mais aussi à la masse du prolétariat et même à la plupart des révolutionnaires. D’où l’adhésion formelle des prolétaires au confinement, pourtant critiquable non seulement d’un point de vue communiste mais même d’un point de vue scientifique, et les formules radicales abstraites du genre « tout est lié au mpc ». (5) D’un point de vue communiste, le désir des prolétaires dont le travail est jugé essentiel de rester chez eux, à toucher leur salaire sans bosser, se comprend fort bien, mais participe à l’atomisation du prolétariat, donc à la paix sociale dont la classe ennemie a besoin pour restructurer. D’un point de vue scientifique, on peut se demander si le confinement est vraiment utile pour contenir une épidémie, poser en principe qu’il faut toujours identifier très vite les porteurs de virus et imposer des quarantaines ciblées, et constater qu’en fait les autorités sanitaires, passant de l’inaction à la panique, ont confiné faute de mieux.* (6) D’autre part, si le confinement plus ou moins général des populations est plus un aveu d’échec sanitaire des États qu’une réponse rationnelle à l’épidémie et s’il ne peut pas être indéfiniment maintenu au même niveau très élevé qu’il a atteint en Chine et même, dans une moindre mesure, dans plusieurs États européens, le déconfinement risque d’être partiel et sélectif. À cet égard, la critique de l’analyse des camarades chinois de Chuang par les camarades italiens de Lato Cattivo (7) est elle-même critiquable : une expérience de contre-insurrection peut être menée dans les conditions de l’épidémie, à titre préventif**. En Chine comme en Europe ou en Amérique, not so great again, l’État, séparé de la lutte des classes pour mieux y intervenir, n’a pas besoin d’avoir une stratégie toute prête : la contre-insurrection, c’est comme la restructuration, ça se bricole au fil des luttes, contre les prolétaires.
* là, franchement, c'est difficile à trancher à ce stade et ce qui suit est juste, j'avais parlé concernant le confinement d'une stratégie par défaut ** il n'est pas exclu qu'elle se produise si la deuxième vague se déclenche

« Tu veux savoir si t’as le corona ? Crache sur un bourgeois et attend ses résultats ! Solidarité avec les travailleurs. » Ce message bombé sur un drap dans le centre de Marseille dit bien dans quelle voie nous sommes forcé(e)s de nous engager, sous peine de crever, non du fait de « l’ennemi invisible » mais du fait de notre ennemi très visible et actif : la classe capitaliste. Nous avons tous et toutes grand besoin de sortir. Non pas seulement pour aller bosser, pour faire la queue à l’entrée du supermarché, ou pour faire un peu d’exercice chacun-e dans son coin, non pas même pour nous faire tester (bien que ça ne fasse pas de mal), mais pour nous battre tous ensemble contre l’exploitation très aggravée qu’ils sont en train de nous imposer. De l’air ! Mort à la peur ! Mort à l’Union sacrée sanitaire !
un appel de ce genre, quand on est théoricien et qu'on ne se prend pas pour un leader indispensable à l'arrière, il faut d'abord l'assumer à titre personnel, cad être en situation d'y participer efficacement en arrêtant de bosser ou en bloquant quelque chose dans le circuit de valorisation de la marchandise. Mon style de vie est sans "grand besoin de sortir", et comme retraité, ce n'est pas mon cas, je ne vais pas faire le piquet de grève de la consommation devant le Super-U du coin

ensuite sur son efficacité, sa chance d'aboutir sans se retourner immédiatement contre les "travailleurs", je la vois quasi nulle, et à grands risques, autant sanitaires que répressifs. À ce stade, je juge donc un tel appel irresponsable. "Se battre tous ensemble contre l'exploitation aggravée", ce peut être la revendication plus que l'insurrection, et je ne vais pas revendiquer à la place de qui en ressent le besoin immédiat. OK pour surmonter "Mort à la peur !", mais pas pour "La communisation ou la mort !" dans une conjoncture qui ne s'y prête en rien. Je n'hésiterais pas à sortir si je sentais que ça en vaut la peine, et je le ferais si mon pronostic était infirmé, cad si la "conjoncture épidémique" devenait conjoncture insurrectionnelle. On en est loin


FD
11 avril 2020

Notes
1) Concept à construire, dans la perspective de la communisation.
2) Errance de l’humanité, 1973, sur le Net.
3) Voir les analyses de Théorie Communiste, sur leur site.
4) RS, à propos du texte de Chuang, Contagion sociale, sur le site dndf.
5) Coronavirus, croissance de l’État, et reproduction, dndf.
6) Lorgeril, Science du confinement ou Confinement de la science ?, sur le Net.
7) Covid-19 et au-delà, sur dndf.

Florage

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Message par Florage le Sam 18 Avr - 3:14


CONJONCTURE ÉPIDÉMIQUE,
crise écologique, crise économique et communisation

FD, 11 avril, dndf 17 avril
texte avec mes commentaires

ÉCOLOGIE, ÉTAT, CAPITALISME VERT et CORONAVIRUS CRACHE
ce texte a accéléré la production d'une courte synthèse, ce dont je remercie son auteur et bien d'autres :
XXVI. SEPT THÈSES PROVISOIRES DANS LE SALE AIR DU TEMPS et DE LA PEUR
un texte "historique" et refondateur de la théorie de la communisation, une première (après ma rupture avec ce milieu, puisque ma tentative en 2014 pour que la dimension écologique soit intégrée à la théorie de la communisation avait échoué). Il crève un abcès de plusieurs années. Idée centrale : avec "la crise écologique à la fois globale et permanente" "apparue dans les années 1970 et 1980, crise non surmontable dans les limites de la reproduction élargie du capital", "la lutte de classe du prolétariat est désormais surdéterminée aussi par le fait que la reproduction du capital menace la reproduction de la vie humaine" avec "en même temps une aggravation constante de la dégradation du milieu naturel vivant"

bien des points communs, y compris dans sa critique injuste à Camatte. On y retrouve l'impossibilité du 'capitalisme vert' autrement qu'en tant qu'idéologie et, comme idéologie, sa possibilité "dans une restructuration supérieure du rapport, intégrant mieux le discours écologiste à prétention radicale, comme reste possible une rupture communisatrice dans et contre cette restructuration que la classe capitaliste va tenter d’imposer". Autant dire qu'il y a là de quoi secouer le landerneau. Je pariais avec ironie avant la sortie de TC26 sur un TC27 autour de la question écologique, on y est presque, bien que FD ne soit pas de TC. J'aurais carburé vainement, mais pas inutilement*

« XXXIII. Le même Sardou dit aussi: «Vainement est relatif au sujet; en vain est relatif à l'objet; inutilement, c'est sans utilité pour personne.» On dit aussi que quelqu’un a travaillé vainement , lorsqu’il n’est pas récompensé de son travail, ou que ce travail n’est pas agréé ; car dans ce cas le travailleur a perdu son temps et sa peine, sans préjuger aucunement la valeur de son travail, qui peut d’ailleurs être fort bon. »  Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, avril 1988

ce texte est critique du "discours écologiste à prétention radicale", tout dépendant ici, comme dit à propos de Camatte, de ce qu'on appelle écologie, et pour ma part je la prends dans sa signification scientifique, non d'abord politique serait-elle radicale. Cela dit comme vu plus haut, si l'on s'en tient aux textes que publie Reporterre, il n'y en a pas un pour sauver l'autre. L'écologie radicale peut exister sans besoin d'être politique, car l'écologie est inhérente au fonctionnement du vivant, et c'est de cela que rend compte l'écologie scientifique. Parler de "crise écologique", c'est implicitement le reconnaître, puisque cela ne désigne pas une crise de l'écologie politique, comme on dit que la dialectique est inhérente à la nature et aux rapports sociaux, avant d'être une méthode pour en rendre compte. Vrai que Camatte ne l'a pas compris comme ça, puisqu'il affirme en 2019 : « Je n'ai jamais été écologiste »

quant à la construction générale de cette nouvelle position théorique, je réserve mon opinion. Il y a une sorte de reprise de la "double contradiction classe-genre" de TC qui m'a toujours laissé dubitatif sur le plan d'une dialectique complexe, et je préfère les notions de point de vue et niveaux de généralités dans la méthode de Marx selon Bertell Ollman
mes commentaires, accords, désaccords, et questions
FD a écrit:La production capitaliste, qui n’a jamais été « respectueuse » du vivant*, a fini par produire dans les années 1970 et 1980, càd bien avant l’épidémie apparue en Chine à l’automne 2019, une crise écologique à la fois globale et permanente (1), sous la forme d’une pollution généralisée avec détraquement du climat. Cette crise est globale en tant qu’elle menace à terme la reproduction de la biosphère terrestre, dont dépend aussi la vie humaine. Elle est permanente en tant qu’elle est intrinsèque à la subsomption réelle du travail et de la nature sous le capital. En d’autres termes, alors même qu’elle représente un problème majeur du point de vue de la classe capitaliste en tous ses États et blocs, elle ne peut pas être effectivement surmontée dans les limites d’une nouvelle restructuration supérieure du rapport d’exploitation à l’échelle mondiale. Par contre, une restructuration supérieure du rapport, intégrant mieux le discours écologiste à prétention radicale, reste possible, comme reste possible une rupture communisatrice dans et contre cette restructuration que la classe capitaliste va tenter d’imposer.

* d'emblée FD prend le contrepied de RS qui me rétorquait dans "Réponse aux commentaires de Patlotch", 12 déc. 2018 : « A la rigueur, « le capital » on peut avoir quelques idées, mais le « vivant » c’est quoi ? » Cette controverse est ici en décembre 2018 dans L'HUMANITÉ CONTRE LE VIVANT ? ET LE CAPITAL ? FD insiste dans un commentaire du 17 avril sur la nécessité de « lier théoriquement compréhension du vivant et compréhension du processus révolutionnaire »

Dans la pandémie de corona-virus se conjoignent deux processus d’abord autonomes, puisque depuis les années 1970 les crises économiques et la destruction continue du vivant n’étaient pas immédiatement liées. Or entre novembre 2019 et mars 2020, une épidémie apparue dans la ville de Wuhan s’est étendue très vite au monde entier, manifestant une fois de plus la gravité de la crise écologique tout en précipitant l’éclatement d’une crise économique majeure, qu’on sentait venir depuis la précédente, contenue mais non surmontée. D’une part, la pollution croissante des terres, des mers, et de l’air, le réchauffement climatique, l’épuisement des sols et la déforestation massive, l’urbanisation folle qui stérilise les terres et rend toutes les villes de plus en plus inhabitables, les épidémies dont la propagation est facilitée par la destruction des barrières naturelles qui limitaient autrefois la circulation des virus, et le bousillage objectif du matériel humain par l’industrie pharmaceutique sont autant d’aspects de la crise écologique permanente, insurmontable dans les limites de la reproduction élargie du capital. D’autre part, en ce printemps 2020, le ralentissement déjà constatable de la production et des échanges, l’exacerbation des tensions entre États et blocs, la nécessité, pour toutes les fractions de la classe dominante, de prendre des mesures cette fois radicales pour relancer l’accumulation sur une base plus « saine », et leurs tentatives prévisibles pour nous embarquer dans leurs conflits internes définissent la crise économique en cours, qui marquera de toute façon la fin du cycle ouvert dans les années 1970, sinon la « crise finale » du système. Car cette conjoncture épidémique de la destruction continue du vivant et de la crise de reproduction actuelle du capital, c’est d’abord à nous, prolétaires et communistes, de l’affronter, en théorie comme en pratique. Non parce que nous serions révolutionnaires par nature, mais parce que dans cette conjoncture nous sommes tous et toutes dans leur collimateur.

voilà décrit ce qui permet à FD de reprendre à TC le concept de conjoncture en le caractérisant au présent, et qui correspond à ce que j'en dis depuis la mi-mars, justifiant l'ouverture d'une rubrique à part entière, LE MONDE AU TEMPS DU CORONAVIRUS, et mon suivi quotidien de cette conjoncture. En passant, FD écrit "prolétaires et communistes", et non comme d'aucuns de classe moyenne pour eux contre-révolutionnaire par essence, "nous prolétaires". Il fait la distinction comme Marx dans le Manifeste, càd qu'il conçoit l'existence de communistes non prolétaires, dont les raisons ne sont sans doute pas que de "solidarité", mais bel et bien d'intérêts communs contre le capital, avec la conscience de classe comme "conscience du capital", comme l'écrivait Endnotes

Contrairement à ce qu’a soutenu Camatte, quand il a théorisé la fuite hors de la communauté matérielle du capital, il n’y a pas d’errance de l’humanité (2), parce que les êtres humains, d’emblée divisés par le rapport social de genre, n’ont jamais existé que sous des modes et rapports de production de la vie matérielle socio-historiquement déterminés. La dégradation du milieu naturel terrestre apparaît, sous des formes limitées, sur des territoires parfois très vastes mais à un rythme très lent, bien avant la constitution du mode de production capitaliste. Mais pour que la production de la vie matérielle des nombreux groupes humains qui ont peuplé la Terre puisse devenir tendanciellement destructive de ce milieu, il faut que le capital s’établisse comme mode de production dominant et s’impose dans son développement à toute la planète, au prix de la destruction des anciens modes de production et de l’intégration ou de l’extermination des peuples non encore formellement soumis à l’esclavage salarié. Dans ce processus, qui débute lors de l’accumulation primitive du capital mais se développe seulement une fois la production capitaliste établie en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, au début du 19° siècle, on peut dégager deux moments décisifs. D’abord, la subsomption réelle du travail et de la nature sous le capital, qui s’effectue autour de la Première Guerre mondiale, avec la mise en place de l’organisation scientifique du travail dans tous les pays développés et l’achèvement de la colonisation du monde par les puissances européennes. Ensuite, la production de la crise écologique globale, qui correspond au développement d’un nouveau cycle d’accumulation et de luttes, càd, d’abord, à une restructuration mondiale du rapport d’exploitation, dans les années 1970 et 1980, supprimant tout ce qui fondait encore l’identité ouvrière et donc l’affirmation de la classe, au niveau de l’usine comme de la société.

sur Camatte, voir le chapeau. Ici, FD reprend le phasage historique du mode de production capitaliste, comme TC "la subsomption réelle autour de la Première guerre mondiale", mais différemment de TC qui en voit la deuxième phase dans les années 1970  avec la restructuration mondiale, il caractérise celle-ci comme "crise écologique globale" dans "une restructuration mondiale du rapport d’exploitation". Sur cette construction/présentation j'ai dit en chapeau mes réserves. Pour moi comme pour FD, la crise écologique était inscrite dans l'histoire bien avant l'apparition du capitalisme (et pas seulement comme mode de production), lui le dit mais n'en tient pas compte dans sa critique de Camatte, qui a montré dès les années 1970 la séparation de l'humanité avec la nature, échappant ainsi à la critique par FD de tous "les groupes issus de l'ultragauche". Il tombe dans le travers de n'avoir lu chez Camatte que son injonction à "quitter ce monde", et rien retenu de ses travaux depuis le milieu des années 1970. Il faut quand même rendre à César... J'ai montré cette étrangeté d'un rejet en bloc dans CAMATTE et NOUS

l'essentiel sur le plan méthodologique, c'est que l'analyse doit intégrer la dialectique complexe des points de vue et niveaux de généralité (Marx/Ollman) en d'autres termes qu'une "surdétermination", concept toujours ambivalent


Mais si la crise écologique s’est produite au cours de la dernière restructuration capitaliste, on peut se demander pourquoi les groupes issus après 1968 de l’ultragauche française ne l’ont pas intégrée dans la problématique de la communisation, comme abolition révolutionnaire sans transition du capitalisme. Fondé en 1977, le groupe Théorie Communiste a bien compris que cette restructuration destructive du « vieux mouvement ouvrier » impliquait la reproduction de la contradiction prolétariat / capital sous une forme où le prolétariat tend à produire son existence de classe comme contrainte extériorisée dans la classe capitaliste (3). Mais ni TC ni aucun autre groupe théorisant la communisation n’a compris que la restructuration incluait dès l’origine la production d’une crise écologique à la fois globale et permanente. En effet, la manière dont s’est présentée d’abord la contre-attaque capitaliste comme la contestation généralisée qui s’est produite avec la défaite ouvrière ont pour ainsi dire fait s’évanouir le problème avant même qu’il soit posé. D’une part, la classe capitaliste n’a pas tenu compte du rapport d’experts paru en 1972 sous le titre The Limits To Growth (Halte à la croissance !) : elle a relancé l’accumulation en s’attaquant d’abord aux rigidités du travail sur la chaîne mondiale, sans se soucier ni d’épuisement des ressources (matières + énergie nécessaires à la production) ni de pollution généralisée (destruction tendancielle de la biosphère). D’autre part, les luttes (interclassistes) menées sur le front de l’écologie politique – notamment contre la production d’énergie nucléaire – se sont vite enlisées dans l’idéologie réformiste de la décroissance, car elles mettaient en cause abstraitement le productivisme, non la production de survaleur, le capital comme valeur en procès. Enfin, il faut ajouter à ces deux facteurs spécifiques un facteur plus général. Pensant la communisation au présent des luttes quotidiennes du prolétariat agissant strictement en tant que classe, TC, avait non seulement à combattre l’idéologie bourgeoise de la fin du prolétariat mais aussi l’idéologie révolutionnaire de la communisation à titre humain*, ce qui l’empêchait, au moins dans un premier temps, d’intégrer à son travail un problème a priori susceptible de mettre en cause la cohérence de la théorie en cours d’élaboration.**

* TC l'a fait essentiellement contre les thèses de Temps Critiques. Il y avait effectivement un risque, c'était de contrer cet humanisme sans sortir de l'anthropocentrisme, cad sans prendre en comte l'ensemble des rapports humanité-capital-nature, ce dont j'ai alerté TC durant ces dernières années, sans autre écho que finalement, une attaque lourdingue et de mauvaise foi
** je ne partage pas l'excuse de ce risque de manquer de cohérence, le problème est davantage dans la cohérence fermée du corpus de TC par son structuralisme prolétarien (Camatte), qui lui interdit une dialectique à plusieurs fronts : intégrer la crise écologique, c'est toucher à l'essentiel de cette théorie. Drôle d'idée que de dire qu'une théorie serait vouée à différer un tel problème, dès lors qu'elle le perçoit, et TC ne le voyant pas en a combattu de pied ferme l'intégration, il faut quand même le rappeler pour se prémunir d'illusion quant à une refondation interne du courant communisateur tel qu'il est

ce n'est pas capital, mais je suis curieux de savoir depuis combien de temps FD marine cette thèse, et pourquoi il n'est pas sorti du bois avant pour décrire l'apparition "dans les années 1970 et 1980" de cette "crise écologique", et venir en faire 40 ans après, semblant sorti de nulle part, le procès rétrospectif aux "groupes issus après 1968 de l’ultragauche française" et tous ceux "théorisant la communisation". S'il l'avait en tête depuis des années, pourquoi ne pas l'avoir exprimé, même confusément ? Je me serais senti moins seul. Si c'est tout chaud, comme révélé par l'ange virus, l'auteur, s'il a plus de 17 ans, a raté l'occasion de s'inclure dans sa critique


Dans les limites de la reproduction élargie du capital, la crise écologique n’est pas surmontable. En effet, le capital est production pour la production, tendance corrigée de façon récurrente par les grandes crises économiques scandant la succession des cycles d’accumulation mais s’affirmant à nouveau dans chaque restructuration. Autrement dit, la reproduction élargie de la valeur capital en procès implique une production croissante de matières et d’énergie (capital constant = moyens de production, notamment la machinerie) et de produits de consommation (capital variable = salaire = produits nécessaires aux travailleurs). Et comme la baisse tendancielle du taux de profit moyen n’est compensée par la hausse tendancielle du taux d’exploitation qu’au prix d’une hausse relative du capital constant bien supérieure à celle du capital variable, il en résulte en même temps une aggravation constante de la dégradation du milieu naturel vivant et une aggravation constante de la situation sociale du prolétariat par rapport à la classe qui l’exploite*. Certes, la classe exploiteuse ne peut pas éviter d’intégrer au moins formellement dans ses calculs la dégradation catastrophique de la biosphère et d’abord dans la mesure où cette dégradation affecte le travail global qu’elle pose comme nécessaire à la valorisation maximale du capital global accumulé. Elle doit par exemple réfléchir aux moyens de préserver la force de travail, donc de limiter l’impact des épidémies à venir, sachant qu’elle ne peut plus empêcher la propagation accélérée des virus. De même, elle doit réfléchir aux moyens de limiter l’impact déjà notable de l’urbanisation et de l’épuisement des sols sur la production de nourriture. Cependant, sa compréhension de l’ensemble des problèmes dits écologiques n’est jamais que formelle, car elle ne peut pas mettre en cause la production continue de survaleur. La crise écologique n’est pas la contradiction du capital, qui reste l’exploitation – ou plutôt les deux contradictions se construisant l’une l’autre de l’exploitation de classe et de la division de genre – mais la lutte de classe du prolétariat, toujours embarrassée de surdéterminations (comme la racisation), est désormais surdéterminée aussi par le fait que la reproduction du capital menace la reproduction de la vie humaine.

* c'est ce qui se passe dans l'extractivisme, un concept qui n'a rien de nouveau selon TC. Il y a non seulement idéologie du capitalisme vert, mais tentative de le mettre en œuvre par la "transition écologique/énergétique" et donc scission mondiale entre capitalistes sur cette ligne (énergies fossiles, etc.), que symbolise le bras de fer entre  Macron-Thunberg et Trump/Bolsonaro

Dans la conjoncture épidémique présente, les communistes ont certes besoin d’une vision politiquement active du clivage qui peut s’opérer, au ras du vécu, entre les classes. (4) Clivage à l’intérieur des populations confinées, entre les prolétaires, hommes et femmes, dont une large part est dans tous les pays réquisitionnée pour bosser – à l’usine, au supermarché, à l’hôpital – et les capitalistes, qui s’efforcent de préserver leurs conditions d’exploitation immédiates tout en cogitant sur les moyens de relancer l’accumulation, au-delà de la purge nécessaire du capital fictif. Cependant, nous ne pouvons pas aller plus vite que le vent, même s’il souffle déjà très fort. D’une part, l’épidémie Covid apparaît immédiatement comme une perturbation extérieure à la société globale : non seulement à la classe capitaliste, mais aussi à la masse du prolétariat et même à la plupart des révolutionnaires. D’où l’adhésion formelle des prolétaires au confinement, pourtant critiquable non seulement d’un point de vue communiste mais même d’un point de vue scientifique, et les formules radicales abstraites du genre « tout est lié au mpc ».(5) D’un point de vue communiste, le désir des prolétaires dont le travail est jugé essentiel de rester chez eux, à toucher leur salaire sans bosser, se comprend fort bien, mais participe à l’atomisation du prolétariat, donc à la paix sociale dont la classe ennemie a besoin pour restructurer. D’un point de vue scientifique, on peut se demander si le confinement est vraiment utile pour contenir une épidémie, poser en principe qu’il faut toujours identifier très vite les porteurs de virus et imposer des quarantaines ciblées, et constater qu’en fait les autorités sanitaires, passant de l’inaction à la panique, ont confiné faute de mieux.* (6) D’autre part, si le confinement plus ou moins général des populations est plus un aveu d’échec sanitaire des États qu’une réponse rationnelle à l’épidémie et s’il ne peut pas être indéfiniment maintenu au même niveau très élevé qu’il a atteint en Chine et même, dans une moindre mesure, dans plusieurs États européens, le déconfinement risque d’être partiel et sélectif**. À cet égard, la critique de l’analyse des camarades chinois de Chuang par les camarades italiens de Lato Cattivo (7) est elle-même critiquable : une expérience de contre-insurrection peut être menée dans les conditions de l’épidémie, à titre préventif***. En Chine comme en Europe ou en Amérique, not so great again, l’État, séparé de la lutte des classes pour mieux y intervenir, n’a pas besoin d’avoir une stratégie toute prête : la contre-insurrection, c’est comme la restructuration, ça se bricole au fil des luttes, contre les prolétaires.

* là, franchement, c'est difficile à trancher à ce stade et ce qui suit est juste, j'avais parlé concernant le confinement d'une stratégie par défaut
** sur le "déconfinement sélectif", j'ai réagi au texte de Carbure ici : 50 millions de Français.e.s remis en ordre de marche du système, c'est fort peu sélectif
*** il n'est pas exclu que cette contre-insurrection préventive se produise si la deuxième vague se déclenche. N'a-t-elle au demeurant pas commencé avec les mesures liberticides accumulées depuis des années, renforcées contre les Gilets Jaunes, et culminant avec le confinement ? Cela dit je parlerais plutôt de prévention d'une insurrection tant que celle-ci n'est pas apparue


« Tu veux savoir si t’as le corona ? Crache sur un bourgeois et attend ses résultats ! Solidarité avec les travailleurs. » Ce message bombé sur un drap dans le centre de Marseille dit bien dans quelle voie nous sommes forcé(e)s de nous engager, sous peine de crever, non du fait de « l’ennemi invisible » mais du fait de notre ennemi très visible et actif : la classe capitaliste. Nous avons tous et toutes grand besoin de sortir. Non pas seulement pour aller bosser, pour faire la queue à l’entrée du supermarché, ou pour faire un peu d’exercice chacun-e dans son coin, non pas même pour nous faire tester (bien que ça ne fasse pas de mal), mais pour nous battre tous ensemble contre l’exploitation très aggravée qu’ils sont en train de nous imposer. De l’air ! Mort à la peur ! Mort à l’Union sacrée sanitaire !

un appel de ce genre, car c'en est un, quand on est théoricien et qu'on ne se prend pas pour un leader indispensable à l'arrière, minima éthique, il faut d'abord l'assumer à titre personnel, càd être en situation d'y participer efficacement en arrêtant de bosser ou en bloquant quelque chose dans le circuit de valorisation de la marchandise. Comme retraité, ce n'est pas mon cas, et je ne vais pas faire le piquet de grève de la consommation devant le Super-U du coin. Mon style de vie est sans "grand besoin de sortir"

ensuite sur son efficacité, sa chance d'aboutir sans se retourner immédiatement contre "les travailleurs", je la vois quasi nulle, et à grands risques, autant sanitaires que répressifs. À ce stade, je juge donc un tel appel déplacé, d'autant que si l'on considère que la théorie n'est pas un guide pour la pratique, il n'appartient pas à un théoricien communiste de dire : faites ceci et pas cela. C'est au demeurant contradictoire avec la théorie de la communisation, pour laquelle "les prolétaires" s'auto-organisent comme premier pas de leur abolition de toutes classes. On peut souhaiter qu'ils fassent ceci ou cela, c'est autre chose

"Se battre tous ensemble contre l'exploitation aggravée", ce peut être la revendication plus que l'insurrection, et je ne vais pas revendiquer à la place de qui en ressent le besoin immédiat, je préfère, "solidarité" de base, donner ce que je peux à qui est en manque. D'accord pour "Mort à la peur !", mais pas pour "La communisation ou la mort !" dans une conjoncture qui ne s'y prête en rien. Je n'hésiterais pas à sortir si je sentais que ça en vaut la peine, et je le ferais si mon pronostic était infirmé, càd si la "conjoncture épidémique" devenait conjoncture insurrectionnelle. On en est loin

en revanche, ce qui me paraît indispensable, c'est que la question que pose ce texte, et que j'avais posée précédemment, soit mise sur la table de la communisation, comme ce fut dit des dominations féminine et raciste, chacune dans leurs spécificités. C'est une chance à saisir par cette théorie pour retrouver sa crédibilité et au-delà pour inscrire la perspective communiste dans l'activité théorique et pratique au présent. Qu'elle soit posée comme communisation n'est pas indispensable, étant donné le boulet du refoulement de la dimension écologique par tous ses théoriciens. Le mot ici importe peu, le communisme n'est pas dans son nom


FD
11 avril 2020

Notes
1) Concept à construire, dans la perspective de la communisation.
2) Errance de l’humanité, 1973, sur le Net.
3) Voir les analyses de Théorie Communiste, sur leur site.
4) RS, à propos du texte de Chuang, Contagion sociale, sur le site dndf.
5) Coronavirus, croissance de l’État, et reproduction, dndf.
6) Lorgeril, Science du confinement ou Confinement de la science ?, sur le Net.
7) Covid-19 et au-delà, sur dndf.

Florage

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Message par Florage le Jeu 23 Avr - 19:21


CAPITALISME VERT ET GRIS

- France : Coronavirus : le Medef souhaite un moratoire sur des lois environnementales, France Info,
"Le Medef demande un moratoire sur la préparation de nouvelles dispositions énergétiques et environnementales", selon une lettre adressée au ministère de la Transition écologique et publiée par "Le JDD".

Le Medef s'engouffre dans la brèche. En pleine crise sanitaire liée à l'épidémie de coronavirus, l'organisation patronale demande "un moratoire" sur la mise en place de mesures environnementales, notamment dans la lutte contre le gaspillage et le recyclage, selon un courrier publié jeudi 23 avril par Le JDD. Dans ce courrier daté du 3 avril, adressé à la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, et signé par son président Geoffroy Roux de Bézieux, "le Medef demande un moratoire sur la préparation de nouvelles dispositions énergétiques et environnementales" liées à la loi sur la lutte contre le gaspillage et l'économie circulaire.

Cette loi prévoit notamment la création de nouvelles filières pollueur-payeur, l'interdiction pour les grandes surfaces ou les plateformes en ligne de détruire les invendus non alimentaires en 2022 ou la suppression des contenants en plastique dans les fast-food en 2023. Pour la principale organisation patronale, compte tenu de la crise liée au coronavirus, il est "indispensable d'envisager de reporter (...) les délais d'application de la loi afin de garantir une participation pleine et entière des entreprises à la préparation des textes sur l'économie circulaire".

"Un moratoire de l'ordre de six mois"
Pour le Medef, "la publication de la Programmation pluriannuelle de l'énergie et la Stratégie nationale bas carbone doit être reportée" en raison de son "impact très significatif sur les marchés et les acteurs de l'énergie et du climat". L'organisation souhaite encore "un moratoire de l'ordre de six mois", pour protéger la filière automobile, concernant un projet de décret qui oblige à mettre en place des zones à faibles émissions, en cas de dépassement récurrent des normes concernant la qualité de l'air. La pollution de l'air, causée notamment par le trafic routier, est responsable de 48 000 morts par an en France.

"Cette liste de textes en préparation n'est pas exhaustive, il nous paraît opportun de se poser la question de la pertinence d'un moratoire systématique sur tous les textes actuellement en cours d'élaboration", selon le courrier. Pour le ministère de la Transition écologique, contacté par l'AFP, "des ajustements de calendrier sont envisageables au cas par cas pour prendre en compte la période de confinement". Mais "il n'y a aucune logique de moratoire, il n'y a pas de remise en question des objectifs et des mesures écologiques du gouvernement", assurent les services d'Elisabeth Borne.

En pleine pandémie, le gouvernement publie un décret qui fragilise, encore une fois, le droit de l’environnement au profit d’une future relance économique. Les associations écologistes alertent sur les menaces qu’il pourrait entraîner et le manque de transparence qui entoure sa publication.
ÉCOLOGIE, ÉTAT, CAPITALISME VERT et CORONAVIRUS Arton20252-bd053
Alors que la crise sanitaire charrie son lot d’inquiétudes et que la récession guette, l’exécutif cherche de nouveaux outils pour relancer économiquement le pays. En plein confinement, il a publié le 8 avril dernier un décret passé curieusement inaperçu. Celui-ci permet aux préfets de déroger à certaines normes réglementaires dans des champs d’application aussi vastes que la construction, le logement, l’urbanisme, l’emploi, les subventions, l’aménagement du territoire mais aussi l’environnement.

Concrètement, dans ce dernier domaine, le préfet pourra, à l’avenir, restreindre la durée d’une enquête publique, passer outre une étude d’impact, limiter certaines consultations préalables ou même déroger à la nomenclature dite ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement). Dans un communiqué, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a jugé la mesure « utile pour faciliter la reprise de notre pays ». De leur côté, les associations écologistes s’inquiètent et voient dans cette dérogation un véritable « sabotage du droit de l’environnement ».

En soi, le récent décret n’a rien de nouveau. C’est un copié-collé d’un précédent décret de 2017 qui expérimentait cette mesure dans deux régions — les Pays de la Loire et la Bourgogne-Franche-Comté — ainsi que dans dix-sept départements pour une durée de deux ans. Le texte a ensuite été reproduit tel quel pour être généralisé à l’ensemble du territoire. Il comporte les mêmes garde-fous : pour déroger aux normes réglementaires, l’arrêté préfectoral doit être justifié par un motif d’intérêt général, répondre à des circonstances locales et être compatible avec les engagements européens et internationaux de la France. Il doit aussi « avoir pour effet d’alléger les démarches administratives, de réduire les délais de procédure ou de favoriser l’accès aux aides publiques ».

« Ce décret est un cadeau accordé aux professionnels de l’immobilier et au lobby agricole »
Déjà, en 2017, le décret d’expérimentation avait suscité la polémique. Des avocats avaient critiqué son champ d’application trop étendu et l’insécurité juridique qui pouvait en découler. Au sein de l’administration, des fonctionnaires s’étaient mobilisés contre « l’affaiblissement des politiques publiques » induite par le décret, tandis que l’association Les Amis de la Terre avait même porté un recours au Conseil d’État pour dénoncer la rupture d’égalité devant la loi que le texte entraînait. Les écologistes avaient été déboutés au motif que le mesure était expérimentale et limitée dans le temps.

« Il ne faut pas être dupe. À l’origine, ce décret est un cadeau accordé aux professionnels de l’immobilier et de la construction, juge Me Louis Cofflard, l’avocat des Amis de la Terre, contacté par Reporterre. Le lobby agricole use aussi de tout son poids pour affaiblir les normes à son encontre. Le décret de 2017 s’inscrit dans ce contexte de déréglementation et de dérégulation. C’est un cheval de Troie. »

Avec sa généralisation, « les risques de dérives vont se démultiplier », estime, de son côté, Patrick Saint-Léger du Syndicat national de l’environnement (SNE-FSU). « Ce n’est pas un hasard si le décret est publié maintenant, juste en amont d’un éventuel plan de relance où le gouvernement va vouloir agir vite et fort. Cette mesure va permettre aux acteurs économiques de se libérer de certaines procédures qu’ils jugent trop lourdes. »

La publication de ce décret, au milieu de la crise, interroge. Les associations environnementales s’étonnent de ne pas avoir été consultées. « Le gouvernement affirme que le résultat de l’expérimentation est très positif, mais il ne met à disposition aucun rapport d’évaluation, indique Sophie Bardet, juriste à France Nature Environnement. Nous n’avons pas de visibilité sur l’ensemble des actes qui ont été pris par les préfets et notre travail de veille est devenu, aujourd’hui, très complexe. D’ordinaire, après chaque expérimentation, on fait collectivement un bilan. C’est d’ailleurs prévu dans l’article 5 du décret de 2017. Alors comment expliquer cette précipitation et ce manque de transparence ? »

Le 10 avril dernier, France Nature Environnement envoyait un courrier au ministère de l’Intérieur pour exiger la transmission des documents qui ont permis au gouvernement d’évaluer l’expérimentation. La lettre est, pour l’instant, restée sans réponse comme nos courriels répétés au service presse du cabinet ministériel. « Dans ce contexte, il est très difficile d’avoir un avis tranché sur la mesure. On ne peut avoir que des inquiétudes », soupire la juriste Sophie Bardet.

L’environnement est le deuxième domaine où l’on compte le plus d’arrêtés
En juin 2019, un premier rapport d’information avait été effectué par deux sénateurs de droite, Jean-Marie Bockel et Mathieu Darnaud, intitulé « réduire le poids des normes en aval de leur production ». Mais le rapport s’arrêtait à mi-parcours et restait assez lacunaire. Il n’étudiait que 61 des 183 arrêtés émis au cours des deux ans d’expérimentation. C’était aussi un véritable plaidoyer pour la déréglementation.

« Très souvent, l’un des obstacles majeurs au dynamisme local est le trop-plein de lois, lorsque celles-ci brident les énergies, encadrent les volontés et bloquent les projets », écrivaient les sénateurs en introduction de leur rapport.

Plusieurs de leurs recommandations avaient également fait frémir les associations environnementales. Ils proposaient d’« étendre le droit de dérogation aux actes des collectivités territoriales », ou d’ « envisager l’autorisation de dérogation à des normes législatives ».

Malgré cet aspect idéologique clairement affiché, le rapport donne quelques informations intéressantes. Il révèle ainsi qu’une grande partie des arrêtés préfectoraux de dérogation concerne des normes environnementales : 19 sur les 61 étudiés. Après les subventions, l’environnement avec l’agriculture et la forêt est le deuxième poste où l’on compte le plus d’arrêtés.


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Extrait du rapport sénatorial

Auditionné par les sénateurs, le préfet du Haut-Rhin regrettait également « de n’avoir usé de ce pouvoir qu’en six occasions ; des matières et des dossiers, notamment sur l’environnement, l’auraient certainement mérité ».

D’un point de vue environnemental, plusieurs arrêtés, présentés dans le rapport, pourraient s’avérer dangereux. Par exemple, le préfet de l’Yonne a autorisé la délivrance d’un permis de construire pour une usine de méthanisation située en zone bleue du plan de prévention des risques d’inondation (PPRI). En Vendée, le préfet a accordé une dérogation à un projet de parc éolien pour éviter qu’il réalise une étude d’impact et une enquête publique. Pour le compte d’Enedis, le préfet du Doubs a dérogé à l’obligation de consultation préalable de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. En Côte-d’Or, la fédération de pêche a pu déroger à la nomenclature loi sur l’eau pour passer du régime de l’autorisation au régime de la déclaration.

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Exemple d’arrêté pris au titre de la dérogation

« Les préfets sont largement soumis aux pressions des acteurs économiques »

Gabriel Ullmann, ancien commissaire enquêteur et expert en droit de l’environnement, détaille : « La marge de dérégulation est potentiellement considérable. Tout dépend de l’appréciation des préfets. Pour l’instant, ils sont restés assez prudents au cours de l’expérimentation. L’expérience prouve que les mauvaises habitudes non seulement se maintiennent, mais se renforcent. Avec la généralisation de la mesure, les préfets vont gagner en témérité et progressivement pousser les murs, accélérer la machine de destruction. »

C’est un autre sujet de préoccupation pour les écologistes. Ce dispositif dérogatoire donne encore plus de pouvoir aux préfets. Or, « ils sont largement soumis aux pressions des acteurs économiques et arbitrent rarement en faveur de l’environnement », souligne Sophie Bardet de France Nature Environnement. « Barrage de Sivens, aéroport de Notre-Dame-des-Landes, méga-centre commercial d’Europacity, pollution d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer, usine Total de La Mède... Les affaires pour lesquelles les préfets ont délivré des autorisations illégales ou laissé sciemment des industries polluer durant des années ne manquent pas », précise une note de France Nature Environnement.

La culture préfectorale privilégie d’abord le développement économique. Me Clément Feulié, avocat au barreau de Paris, craint « un détournement des procédures et un usage abusif de ce dispositif. Les préfets risquent d’avoir une interprétation extensive du décret. On peut même imaginer qu’ils puissent déroger aux actes réglementaires qui encadrent les rejets dans l’eau et dans l’air au motif de l’intérêt économique. Cette situation va multiplier les contentieux au tribunal administratif ».

L’avocat pointe aussi la menace d’une inégalité entre différents porteurs de projet. « Les grands industriels avec leur armée de juristes pourront pousser les services préfectoraux à faire une dérogation, à l’inverse, un petit exploitant n’en aura pas les moyens. »

De manière générale, le décret s’inscrit dans un mouvement plus large de dérégulation. « Depuis des années, sous couvert de simplification des normes, on détricote le droit de l’environnement. On lui fait perdre sa cohérence, alerte Jean-Luc Girard, fonctionnaire syndiqué à SNE-FSU. Ce décret est un mauvais signal. À terme, la dérogation va-t-elle devenir la règle ? Quelles instructions vont recevoir les fonctionnaires ? Pourront-ils s’y opposer ? »

De son côté, le docteur en droit Gabriel Ullmann fulmine : «Non seulement on a affaibli les enquêtes publiques, mais maintenant on permet d’y déroger ! Il va falloir être très vigilant. Le monde d’après que nous promet ce gouvernement risque de ressembler beaucoup au monde d’avant, mais en pire. »

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Message par Florage le Sam 25 Avr - 13:18

ça vaut ce que ça vaut, m'enfin, ça se laisse regarder
En l'honneur du Jour de la Terre, ce 22 avril, Michael Moore a décidé de diffuser gratuitement son documentaire Planet of the Humans. Ce film nous alerte sur les changements climatiques et les initiatives écologiques qui voient le jour pour sauver notre planète. A découvrir sur Youtube jusqu'au 22 mai 2020.

"Nous sommes en train de perdre la bataille pour arrêter le changement climatique parce que nous suivons des leaders environnementaux, dont beaucoup sont bien intentionnés, mais ils ont vendu le mouvement écologiste aux riches financiers américains", a déclaré Jeff Gibbs, le réalisateur de ce film.

"Ce film ne fait aucune concession et expose la vérité sur comment nous avons été influencés dans cette bataille pour sauver la planète, au point où si nous ne renversons pas le cours des choses dès à présent, les événements comme la pandémie actuelle seront de plus en plus nombreuses, dévastatrices et insurmontables", a renchérit Michael Moore.


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Message par Florage le Mer 29 Avr - 6:14


Du calvaire néo-libéral à une résurrection sociale-écologique
Leonardo Boff : « Le soin fait partie de l’essence même de l’être humain »


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Le penseur brésilien Leonardo Boff. CC Manuela d’Avila
D’après le penseur brésilien Leonardo Boff, nous nous trouvons dans une profonde crise de civilisation, qui risque de déboucher sur la barbarie pure. Cette crise concerne essentiellement notre relation à la Terre – avec une majuscule, a-t-il insisté –, que nous violons de diverses manières. Seule une attitude bienveillante et aimante envers tous les êtres vivants peut offrir un nouvel avenir à l’humanité. C’est uniquement par ce moyen que la vie peut vaincre la mort. Une interview réalisée à Pâques.

Il y a près d’un demi-siècle, Leonardo Boff fut un des pères fondateurs de la théologie de la libération, qui a transformé l’Église catholique latino-américaine, bastion conservateur, en une force révolutionnaire. Au cours des vingt dernières années, à partir du développement de la physique quantique et des sciences naturelles, il a été profondément touché par la pensée écologique.

Nous avons besoin d’un pacte social, dit L. Boff, qui aille de pair avec un pacte naturel englobant toute la Terre et la nature tout entière, et qui engage le monde sur le chemin d’une « démocratie sociale-écologique ».


Le monde entier, en ce moment, est sous l’emprise du coronavirus. Vous appelez cela « la première guerre globale ».

Leonardo Boff : Je vois cette pandémie comme une réaction de la Terre, qui veut se défendre contre l’espèce la plus violente présente dans la nature, l’être humain. Il ne s’agit pas d’une guerre de l’homme contre le virus, mais de celle du virus contre l’homme. En 2008, le philosophe français Michel Serres a écrit un livre intitulé La guerre mondiale, où il fait référence à la guerre que l’homme mène contre la Terre en l’attaquant sur tous les fronts. L’homme n’a aucune chance de gagner cette guerre. La Terre n’a pas besoin de nous, c’est nous qui nous avons besoin d’elle.

Quelles leçons devrions-nous tirer de cette situation ?

Leonardo Boff : La leçon la plus importante est que nous ne pouvons pas continuer de vivre dans notre Maison commune comme nous l’avons fait au cours des deux derniers siècles. En ce moment, le virus est en train de faire trembler les bases du néo-libéralisme et du capitalisme, systèmes axés sur la concurrence, sur l’individualisme et sur un État réduit au minimum. Ces systèmes ont toujours considéré la Terre comme un réservoir inépuisable de ressources destinées à une croissance sans limites. Ils se trouvent maintenant sous pression : des ressources inépuisables et une croissance illimitée sont une illusion, une fausse prémisse.

Aujourd’hui nous constatons que nous sommes tous dépendants les uns des autres et dépendants de la collaboration. Nous avons besoin d’un État fort, à même de mener une politique où l’intérêt public soit au premier plan et qui investisse dans l’économie et dans les personnes.

Des chocs imprévisibles comme celui-ci sont-ils appelés à devenir la norme ?

Leonardo Boff : Des écologistes et des philosophes comme James Lovelock, Brian Swimme, Zygmunt Bauman, Slavoj Žižek, Eric Hobsbawm et autres nous ont mis en garde il y a longtemps : soit nous changeons notre rapport à la Terre, qui est une relation de pure exploitation, soit nous allons tout droit à la ruine et creusons notre propre tombe.

D’après eux, nous avons à craindre le NBO, le « Next Big One », la prochaine grande catastrophe : un virus, une bactérie ou toute autre catastrophe naturelle qui pourrait nous anéantir. Les armes de destruction massive des pays militaristes sont absolument inutiles et ridicules.

Nous devons changer notre mode de production, de distribution et de consommation et adopter une attitude plus bienveillante envers la Terre et la vie. Sinon, il n’y a tout simplement pas d’avenir pour l’humanité sur cette planète.

Au Brésil, pendant ce temps, le président ignore toutes les mesures de précaution…

Leonardo Boff : Malheureusement, le Brésil est gouverné par un président qui va à l’encontre de tous les conseils donnés par l’Organisation mondiale de la Santé. Bolsonaro considère le COVID-19 comme une petite grippe ou une hystérie collective et s’oppose à la distanciation sociale.

Aujourd’hui, le 7 avril, le Brésil compte plus de 700 décès dus au virus et des centaines de contaminations. Les indigènes se retirent dans la forêt. Étant donné qu’ils n’ont aucun anticorps contre les maladies des blancs, il existe une réelle probabilité que ce virus provoque une mortalité massive au sein de cette population.

D’autre part, il existe aussi une grande solidarité, en particulier de la part de groupes progressistes, d’églises ou d’autres groupes, qui s’inquiètent du sort des habitants des favelas, ces quartiers pauvres entourant les villes.

Jusqu’ici, le virus a surtout infecté les riches et les classes moyennes. Mais une fois que le Corona aura atteint les favelas, il fera des ravages. Les gens y vivent proches les uns des autres et ne disposent pas des infrastructures nécessaires pour pouvoir respecter toutes les consignes de précaution.

Pensez-vous que cela pourrait mener à une procédure de destitution contre Bolsonaro ?

Leonardo Boff : Une procédure de destitution est très longue et elle détournerait l’attention de ce qui est le plus urgent actuellement, c’est-à-dire la lutte contre le coronavirus. Entre-temps, il y a eu un coup d’État interne. Aujourd’hui, ce sont les militaires qui prennent toutes les décisions. Le gouvernement comporte plus de deux cents militaires, principalement au Ministère de l’Intérieur. Le général de l’armée Braga Neto a été nommé président de l’exécutif, Bolsonaro n’est qu’une façade.

On s’attend à ce que l’armée force Bolsonaro à démissionner. Mais on peut craindre que ses adeptes fanatiques ne déclenchent une crise sociale majeure très violente dans les rues.

Avant que cette pandémie du coronavirus ne déferle sur le monde, l’ordre établi était déjà attaqué par des manifestants, de Hong-Kong au Chili en passant par la France et l’Afrique du Nord.

Leonardo Boff : Partout où le néo-libéralisme dur s’est imposé, il apparaît aujourd’hui que cela a été un échec au plan social. C’est valable pour le Chili, mais aussi pour l’Équateur, l’Argentine de Macri et le Brésil de Bolsonaro. Le résultat, c’est une immense accumulation de richesses entre les mains de quelques-uns, au détriment de la majorité de la population, qui vit dans la pauvreté.

Les manifestations de protestation sont une réaction à ce modèle néolibéral. C’est la faim et la misère qui ont fait descendre les gens dans la rue. Au Brésil, nous n’avons pas encore atteint ce niveau de détresse, grâce à la « Bolsa Familia » et autres mesures socio-politiques destinées aux pauvres qui ont été introduites sous les gouvernements du Parti des travailleurs. Mais on s’attend à ce que le désespoir mène à un tel mouvement de protestation, lorsque le virus aura atteint les millions d’habitants des favelas. Rien qu’à Rio, plus de trois millions de personnes vivent dans ces quartiers, et à São Paulo beaucoup plus.

La pandémie actuelle n’a-t-elle pas fait taire les cris de ces manifestations ?

Leonardo Boff : La situation est très préoccupante, parce que face à une crise de cette ampleur, il n’existe pas de leadership politique qui puisse apporter de la sécurité et donner une orientation claire. Bolsonaro est totalement incapable de faire face à cette crise, des psychanalystes l’ont déclaré paranoïaque. Il voit des communistes partout, même si le communisme n’existe plus en Amérique latine ni ailleurs dans le monde. Excepté en Chine, où l’on pratique un « communisme-socialisme selon le modèle chinois », comme l’appellent les autorités locales.

Des dirigeants comme Bolsonaro et Trump ont été élus par le peuple. Qu’est-il donc arrivé à notre démocratie ?

Leonardo Boff : Partout dans le monde se développe une idéologie de droite qui n’est pas compatible avec la démocratie. Ici au Brésil on dit carrément que nous vivons dans des temps post-démocratiques et dans un État sans lois. Bolsonaro et son gouvernement ne respectent pas la constitution et violent les lois. Il se comporte de manière très autoritaire et s’adresse plus à ses fidèles partisans qu’à la population du pays en général.

De toute évidence, cette démocratie représentative n’est plus en accord avec les sociétés complexes que nous formons aujourd’hui. Nos démocraties sont contrôlées par les élites traditionnelles et le grand capital, en particulier le capital spéculatif. Ce dernier a plus de pouvoir que les États-nations.

Nous devons trouver une nouvelle façon de vivre ensemble, dans laquelle la dimension écologique prenne une place centrale. Nous employons parfois le concept de « démocratie sociale-écologique », où ce n’est pas le profit qui est au centre, mais la société et la vie dans toute sa diversité. La politique et l’économie doivent être au service de la vie et pas uniquement au service du marché. Certains parlent d’une civilisation « biocentrique », basée sur des relations d’amitié et de coopération avec la nature et non pas dirigée contre elle.

On peut y parvenir en travaillant à une autre échelle. Bien des gens sont convaincus de ce que nous devrions accorder plus d’attention au niveau régional qu’à la mondialisation économique. Dans chaque région et dans les différents territoires, la durabilité peut être développée d’une manière réelle et concrète, en tenant compte des différentes dimensions culturelles. A cette échelle, on peut produire des aliments agro-écologiques et travailler à l’intégration de tous, de façon à réduire également la pauvreté.

Nous vivons non seulement dans une post-démocratie, nous vivons à l’ère de la post-vérité.

Leonardo Boff : L’expression malheureuse de « post-vérité » est un signe de ce que notre civilisation est à l’agonie. Tous les efforts humains et intellectuels de l’Orient et de l’Occident se sont toujours centrés sur la recherche de la vérité, la justice et l’amour, comme l’expriment clairement les Dialogues de Platon dans la tradition occidentale. Lorsqu’on n’accorde plus aucun sens à la vérité et au « tout est possible » post-moderne, on met sur un même plan la vérité et le mensonge. La seule chose qui compte alors, c’est mon propre intérêt et ce qui me plaît, et nous tombons dans l’enfer du « tout est égal » absolu.

Une coexistence sociale et humaine, dans laquelle des valeurs telles que l’amour, l’amitié et la justice s’appliquent à tous, ne peut pas fonctionner sur une base si absolument fausse. Cela va à l’encontre de toute la tradition de l’humanité et de celle de tant de sages et de personnages illustres qui ont traversé notre histoire.

L’Union européenne a été longtemps un modèle pour l’Amérique latine. Comment voyez-vous l’Europe ?

Leonardo Boff : Depuis ici, très loin à l’ouest, nous voyons que l’Europe a fait son temps. L’Union européenne traverse une crise profonde parce qu’elle a mis tout son poids sur la dimension économique et a accordé peu d’importance à la dimension politique et culturelle. Le néo-libéralisme à la Thatcher et à la Reagan a détruit l’État-providence. Les décisions qui détermineront l’humanité, à l’avenir, ne viendront plus des États-Unis, car cette hégémonie-là est en déclin elle aussi. L’Asie, la Chine en particulier, est la puissance émergente. Dans quelques années, nous verrons probablement comment la Chine configurera la mondialisation à sa guise.

Il ne s’agit là pas seulement de la dimension économique et financière, mais d’une nouvelle étape dans l’histoire de l’humanité et de la Terre, une humanité unie et une Terre considérée comme notre Maison commune.

L’accent ne devrait plus être mis sur la souveraineté des nations. C’est un vieux paradigme, dépassé par l’interdépendance mondiale. Aujourd’hui, le défi à relever est celui d’aménager la Terre comme notre seul et unique espace commun où chacun, y compris la nature, doit avoir sa place.

Que pouvons-nous faire en ces temps sombres où les structures semblent éclater ?

Leonardo Boff : Personne ne sait dans quelle direction nous allons. Le risque d’une guerre atomique existe entre les pays de la nouvelle guerre froide, les États-Unis et la Chine. Cela signifierait la fin de l’espèce humaine. Le coronavirus met toutes les puissances à genoux et montre que nous n’avons pas besoin d’une telle guerre. L’ennemi est invisible et inaccessible. Il attaque de façon impitoyable, sans faire de différence entre riches et pauvres, croyants et incroyants.

Pour moi et pour beaucoup d’écologistes, c’est un signe qui montre que la Terre, l’organisme vivant Gaia, nous guide et nous invite à des changements structurels profonds. Nous ne pouvons plus continuer en l’état actuel des choses, nous ne survivrons pas. Tous les signaux d’alarme de la Terre sont au rouge.

La Terre et l’humanité forment ensemble une entité unique, comme les astronautes l’ont déjà observée depuis la lune ou les vaisseaux spatiaux. Nous sommes la Terre qui ressent, pense, aime, se soucie, et nous avons un impératif éthique, celui de prendre soin d’elle. C’est pourquoi les Nations Unies ont déclaré, le 22 avril 2009, que cette planète n’est pas simplement la Terre, mais la Terre-Mère. La Terre en tant que sol peut être achetée et vendue. Mais une mère, on ne peut ni l’acheter ni la vendre, il faut la respecter et en prendre soin.

Sur quoi pouvons-nous compter aujourd’hui ? A quoi pouvons-nous nous raccrocher ?

Leonardo Boff : Dans des temps de crise de civilisation, il nous faut revenir à l’essentiel, à savoir le soin en tant que paradigme universel, le soin de la Terre, de la nature et de notre existence. Un être vivant, si l’on n’en prend pas soin, s’affaiblit et meurt. Il n’en va pas autrement pour l’humanité. Outre cette attitude bienveillante, nous devons revenir à ce qui fait de nous des êtres humains, c’est-à-dire la solidarité. De nos jours, elle a presque complètement disparu, parce que la culture du capital est basée sur la concurrence et ne se soucie guère de la solidarité.

De plus, nous devons assumer une responsabilité collective face à un avenir commun pour Terre et l’humanité. Nous devons comprendre que tous les êtres vivants ont une valeur en soi, ils méritent le respect pour cela et pas seulement parce qu’ils sont utiles à l’homme.

Et finalement, nous avons besoin d’une spiritualité cosmique. Nous devons essayer d’apporter une réponse aux questions qui se posent constamment : d’où venons-nous, qui sommes-nous, où allons-nous et que pouvons-nous attendre après ce court passage sur cette petite planète.

Nous devons saisir ce que nous répètent sans cesse les scientifiques issus des sciences de la Terre et de la vie : il y a une Énergie puissante et aimante qui fait exister tout ce qui est. Une énergie toujours présente et qui englobe tout le cosmos et chacun d’entre nous. Nous pouvons nous ouvrir à cette Énergie. C’est peut-être la meilleure métaphore de Dieu. Lorsque nous nous ouvrons à elle, nous devenons plus humains, plus humbles, plus chaleureux et plus soucieux de tout ce qui nous entoure.

Vous avez été un des fondateurs de la théologie de la libération. Avec le bolsonarisme, c’est la « théologie de la prospérité » proclamée par les églises évangéliques qui triomphe au Brésil.

Leonardo Boff: Le thème central de la théologie de la libération est l’option pour les pauvres, qui vise à leur libération à travers la justice sociale et exige des changements structurels dans la société. Ceci est d’autant plus nécessaire aujourd’hui que la pauvreté a augmenté à l’échelle mondiale. L’évangile de la prospérité proclamé par les églises néo-pentecôtistes est un piège pour induire les pauvres en erreur, dès lors qu’on leur présente comme consolation ce qui est en réalité une boîte vide.

Pour les pasteurs de ces églises c’est une machine à se faire de l’argent, ce sont vraiment des loups déguisés en agneaux. Ils ne proposent aucune alternative, ils n’ont en tête aucun nouveau projet de société. La théologie de la prospérité se concentre sur ceux qui ont été rendus invisibles par le grand Capital, qui ne s’intéresse qu’aux consommateurs et pas aux êtres humains.

Traduction: Fabienne Bravo

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Message par Florage le Jeu 30 Avr - 7:24


LA VULNÉRABILITÉ DU RÉFORMISME

«  Un Green New Deal Global est le seul avenir possible de la mondialisation. »
Michel Aglietta

L’Humanité 27 avril

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autrement dit, "il faut sauver le capitalisme" et "la mondialisation" par le Great New Deal...
La vulnérabilité du capitalisme financiarisé face au coronavirus
Michel Aglietta & Sabrina Khanniche, La Lettre du CP2II n° 406 – Avril 2020

La crise actuelle est un avertissement pour l’avenir. Ce n’est pas un choc exogène car elle n'est pas sans lien avec la dégradation de la biodiversité dont nos sociétés capitalistes sont responsables. Elle vient frapper une économie mondiale où se sont accumulées les vulnérabilités financières héritées de la crise précédente. Dans ce contexte, la baisse du prix des matières premières et la course à la liquidité, qui s’est amorcée depuis l’extension de la pandémie à l’ensemble de la planète, pourraient bien venir retourner le cycle financier. L’endiguement de cette pandémie globale réclame une coopération internationale des politiques publiques qui ne reproduise pas les erreurs de 2008 : créer plus de dettes pour résoudre une crise financière provoquée par un excès de dettes. Au lieu d’ajouter à l’excès de dettes, mieux vaudrait protéger les citoyens par des apports directs de monnaie et les entreprises par un moratoire temporaire sur l’endettement. La solidarité aux niveaux européen et international sera cruciale

- Les vulnérabilités financières accumulées
- L’impact du coronavirus sur la finance
- Les moyens d’action des autorités publiques
- Pas de solution aux problèmes globaux sans approche politique commune

Le néolibéralisme a imposé une économie de marché généralisée dans un monde politiquement fragmenté qui ne perçoit pas sa dépendance à la nature. Or les marchés ignorent les biens communs et leur détérioration en maux communs. La dégradation des écosystèmes par la destruction des habitats naturels conduit à la dissémination de virus qui vivent dans des espèces animales résilientes.
En raison de la globalisation de la pandémie, son endiguement implique une coopération mondiale des politiques publiques qui ne reproduisent pas les erreurs de 2008 : créer plus de dettes pour résoudre une crise financière provoquée par un excès de dettes. Il faut protéger les citoyens par des apports directs de monnaie et les PME par un moratoire temporaire sur l’endettement.
La solidarité internationale est cruciale. Sans moratoire international et sans subventions, les pays en développement les plus pauvres, frappés par la contraction du commerce international et la fuite des capitaux, vont s’effondrer. En Europe, il faut une émission urgente d’euro-obligations, ciblées sur l’urgence sanitaire, en vue d’une politique budgétaire commune.
Le monde d’après crise ne sauvera la globalisation que si les élites politiques du G20 comprennent qu’il faut nécessairement à cette dernière un système de règles multilatérales suscitant la coopération. Un Green New Deal Global est le seul avenir possible de la mondialisation.


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Message par Florage le Jeu 7 Mai - 2:25

7 mai

une contribution improbable... au capitalisme vert, la perspective des sortie de crise que pourrait s'ouvrir Macron


« Non à un retour à la normale »
l’appel de 200 artistes et scientifiques, dont 20 lauréats de prix Nobel

tribune Le Monde, 6 mai
Un collectif de personnalités, dont Madonna, Cate Blanchett, Philippe Descola, Albert Fert, lancent dans une tribune au « Monde » un appel, initié par Juliette Binoche et Aurélien Barrau, aux dirigeants et citoyens pour changer en profondeur nos modes de vie, de consommation et nos économies.
La pandémie de Covid-19 est une tragédie. Cette crise, pourtant, a la vertu de nous inviter à faire face aux questions essentielles.

Le bilan est simple : les « ajustements » ne suffisent plus, le problème est systémique.

Please, let’s not go back to normal
La catastrophe écologique en cours relève d’une « méta-crise » : l’extinction massive de la vie sur Terre ne fait plus de doute et tous les indicateurs annoncent une menace existentielle directe. A la différence d’une pandémie, aussi grave soit-elle, il s’agit d’un effondrement global dont les conséquences seront sans commune mesure.

Nous appelons donc solennellement les dirigeants et les citoyens à s’extraire de la logique intenable qui prévaut encore, pour travailler enfin à une refonte profonde des objectifs, des valeurs et des économies.

Point de rupture
Le consumérisme nous a conduits à nier la vie en elle-même : celle des végétaux, celle des animaux et celle d’un grand nombre d’humains. La pollution, le réchauffement et la destruction des espaces naturels mènent le monde à un point de rupture.

Pour ces raisons, jointes aux inégalités sociales toujours croissantes, il nous semble inenvisageable de « revenir à la normale ».

La transformation radicale qui s’impose – à tous les niveaux – exige audace et courage. Elle n’aura pas lieu sans un engagement massif et déterminé. A quand les actes ? C’est une question de survie, autant que de dignité et de cohérence.

Lynsey Addario, grand reporter ; Isabelle Adjani, actrice ; Roberto Alagna, chanteur lyrique ; Pedro Almodovar, réalisateur ; Santiago Amigorena, écrivain ; Angèle, chanteuse ; Adria Arjona, actrice ; Yann Arthus-Bertrand, photographe, réalisateur ; Ariane Ascaride, actrice ; Olivier Assayas, réalisateur ; Josiane Balasko, actrice ; Jeanne Balibar, actrice ; Bang Hai Ja, peintre ; Javier Bardem, acteur ; Aurélien Barrau, astrophysicien, membre honoraire de l’Institut universitaire de France ; Mikhail Baryshnikov, danseur, chorégraphe ; Nathalie Baye, actrice ; Emmanuelle Béart, actrice ; Jean Bellorini, metteur en scène ; Monica Bellucci, actrice ; Alain Benoit, physicien, Académie des sciences ; Charles Berling, acteur ; Juliette Binoche, actrice ; Benjamin Biolay, chanteur ; Dominique Blanc, actrice ; Cate Blanchett, actrice ; Gilles Bœuf, ancien président du Muséum national d’histoire naturelle ; Valérie Bonneton, actrice ; Aurélien Bory, metteur en scène ; Miguel Bosé, acteur, chanteur ; Stéphane Braunschweig, metteur en scène ; Stéphane Brizé, réalisateur ; Irina Brook, metteuse en scène ; Peter Brook, metteur en scène ; Valeria Bruni Tedeschi, actrice, réalisatrice ; Khatia Buniatishvili, pianiste ; Florence Burgat, philosophe, directrice de recherche à l’Inrae ; Guillaume Canet, acteur, réalisateur ; Anne Carson, poète, écrivaine, Académie des arts et sciences ; Michel Cassé, astrophysicien ; Aaron Ciechanover, Prix Nobel de chimie ; François Civil, acteur ; François Cluzet, acteur ; Isabel Coixet, réalisatrice ; Gregory Colbert, photographe, réalisateur ; Paolo Conte, chanteur ; Marion Cotillard, actrice ; Camille Cottin, actrice ; Penélope Cruz, actrice ; Alfonso Cuaron, réalisateur ; Willem Dafoe, acteur ; Béatrice Dalle, actrice ; Alain Damasio, écrivain ; Ricardo Darin, acteur ; Cécile de France, actrice ; Robert De Niro, acteur ; Annick de Souzenelle, écrivaine ; Johann Deisenhofer, biochimiste, Prix Nobel de chimie ; Kate del Castillo, actrice ; Miguel Delibes Castro, biologiste, Académie royale des sciences espagnole ; Emmanuel Demarcy-Mota, metteur en scène ; Claire Denis, réalisatrice ; Philippe Descola, anthropologue, médaille d’or du CNRS ; Virginie Despentes, écrivaine ; Alexandre Desplat, compositeur ; Arnaud Desplechin, réalisateur ; Natalie Dessay, chanteuse lyrique ; Cyril Dion, écrivain, réalisateur ; Hervé Dole, astrophysicien, membre honoraire de l’Institut universitaire de France ; Adam Driver, acteur ; Jacques Dubochet, Prix Nobel de chimie ; Diane Dufresne, chanteuse ; Thomas Dutronc, chanteur ; Lars Eidinger, acteur ; Olafur Eliasson, plasticien, sculpteur ; Marianne Faithfull, chanteuse ; Pierre Fayet, membre de l’Académie des sciences ; Abel Ferrara, réalisateur ; Albert Fert, Prix Nobel de physique ; Ralph Fiennes, acteur ; Edmond Fischer, biochimiste, Prix Nobel de médecine ; Jane Fonda, actrice ; Joachim Frank, Prix Nobel de chimie ; Manuel Garcia-Rulfo, acteur ; Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile ; Amos Gitaï, réalisateur ; Alejandro Gonzales Iñarritu, réalisateur ; Timothy Gowers, médaille Fields de mathématiques ; Eva Green, actrice ; Sylvie Guillem, danseuse étoile ; Ben Hardy, acteur ; Serge Haroche, Prix Nobel de physique ; Dudley R. Herschbach, Prix Nobel de chimie ; Roald Hoffmann, Prix Nobel de chimie ; Rob Hopkins, fondateur des villes en transition ; Nicolas Hulot, président d’honneur de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’Homme ; Imany, chanteuse ; Jeremy Irons, acteur ; Agnès Jaoui, actrice, réalisatrice ; Jim Jarmusch, réalisateur ; Vaughan Jones, médaille Fields de mathématiques ; Spike Jonze, réalisateur ; Camélia Jordana, chanteuse ; Jean Jouzel, climatologue, prix Vetlesen ; Anish Kapoor, sculpteur, peintre ; Naomi Kawase, réalisatrice ; Sandrine Kiberlain, actrice ; Angélique Kidjo, chanteuse ; Naomi Klein, écrivaine ; Brian Kobilka, Prix Nobel de chimie ; Hirokazu Kore-eda, réalisateur ; Panos Koutras, réalisateur ; Antjie Krog, poétesse ; La Grande Sophie, chanteuse ; Ludovic Lagarde, metteur en scène ; Mélanie Laurent, actrice ; Bernard Lavilliers, chanteur ; Yvon Le Maho, écophysiologiste, membre de l’Académie des sciences ; Roland Lehoucq, astrophysicien ; Gilles Lellouche, acteur, réalisateur ; Christian Louboutin, créateur ; Roderick MacKinnon, Prix Nobel de chimie ; Madonna, chanteuse ; Macha Makeïeff, metteuse en scène ; Claude Makélélé, footballeur ; Ald Al Malik, rappeur ; Rooney Mara, actrice ; Ricky Martin, chanteur ; Carmen Maura, actrice ; Michel Mayor, Prix Nobel de physique ; Médine, rappeur ; Melody Gardot, chanteuse ; Arturo Menchaca Rocha, physicien, ex-président de l’Académie des sciences du Mexique ; Raoni Metuktire, chef indien de Raoni ; Julianne Moore, actrice ; Wajdi Mouawad, metteur en scène, auteur ; Gérard Mouroux, Prix Nobel de physique ; Nana Mouskouri, chanteuse ; Yael Naim, chanteuse ; Jean-Luc Nancy, philosophe ; Guillaume Néry, champion du monde d’apnée ; Pierre Niney, acteur ; Michaël Ondaatje, écrivain ; Thomas Ostermeier, metteur en scène ; Rithy Panh, réalisateur ; Vanessa Paradis, chanteuse, actrice ; James Peebles, Prix Nobel de physique ; Corine Pelluchon, philosophe ; Joaquin Phoenix, acteur ; Pomme, chanteuse ; Iggy Pop, chanteur ; Olivier Py, metteur en scène ; Radu Mihaileanu, réalisateur ; Susheela Raman, chanteuse ; Edgar Ramirez, acteur ; Charlotte Rampling, actrice ; Raphaël, chanteur ; Eric Reinhardt, écrivain ; Residente, chanteur ; Jean-Michel Ribes, metteur en scène ; Matthieu Ricard, moine bouddhiste ; Richard Roberts, Prix Nobel de médecine ; Isabella Rossellini, actrice ; Cecilia Roth, actrice ; Carlo Rovelli, physicien, membre honoraire de l’Institut universitaire de France ; Paolo Roversi, photographe ; Ludivine Sagnier, actrice ; Shaka Ponk (Sam et Frah), chanteurs ; Vandana Shiva, philosophe, écrivaine ; Abderrahmane Sissako, réalisateur ; Gustaf Skarsgard, acteur ; Sorrentino Paolo, réalisateur ; Sabrina Speich, océanographe, médaille Albert Defant ; Sting, chanteur ; James Fraser Stoddart, Prix Nobel de chimie ; Barbra Streisand, chanteuse, actrice, réalisatrice ; Malgorzata Szumowska, réalisatrice ; Béla Tarr, réalisateur ; Bertrand Tavernier, réalisateur ; Alexandre Tharaud, pianiste ; James Thierré, metteur en scène, danseur ; Mélanie Thierry, actrice ; Tran Anh Hung, réalisateur ; Jean-Louis Trintignant, acteur ; Karin Viard, actrice ; Rufus Wainwright, chanteur ; Lulu Wang, réalisatrice ; Paul Watson, navigateur, écrivain ; Wim Wenders, réalisateur ; Stanley Whittingham, Prix Nobel de chimie ; Sonia Wieder-Atherton, violoncelliste ; Frank Wilczek, Prix Nobel de physique ; Olivia Wilde, actrice ; Christophe Willem, chanteur ; Bob Wilson, metteur en scène ; Lambert Wilson, acteur ; David Wineland, Prix Nobel de physique ; Xuan Thuan Trinh, astrophysicien ; Muhammad Yunus, économiste, Prix Nobel de la paix ; Zazie, chanteuse.
4 et 6 mai
LE 'CAPITALISME VERT' N'EST PAS SEULEMENT UNE IDÉOLOGIE
mais l'utopie concrète de certains
(à chacun la sienne...)

premier temps
3 mai : Coronavirus : 92 grands patrons français plaident pour une relance "verte"
deuxième temps
5 mai : Le Maire appelle à une "relance verte" et à "accélérer la transition écologique"
Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire appelle à "une relance verte" face à la crise du Covid-19 et préconise "d'accélérer la transition écologique", en mettant en garde contre la "tentation" d'un abandon de la lutte contre le réchauffement climatique.

Dans un petit livre publié mardi dans la collection "Tracts de crise" chez Gallimard, il se prononce pour "une économie juste et décarbonée dans une Europe souveraine", en affirmant que la crise "offre une chance unique de redéfinir notre propre modèle économique, national et européen".


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"L'abandon des politiques de lutte contre le réchauffement climatique sera une des principales tentations dans les mois qui viennent", estime le ministre de l’Économie, en citant des arguments qui pourraient aller dans ce sens comme la chute des prix du pétrole ou le besoin de relancer la machine économique. "Nous devons faire exactement l'inverse", affirme Bruno Le Maire. "Il nous appartient d'accélérer la transition écologique pour faire de notre économie la première économie décarbonée de la planète."

"La relance économique doit être une relance verte", selon lui. Il estime que des investissements doivent aller à des secteurs comme les véhicules électriques, le "renouvellement de notre flotte aérienne", la rénovation des bâtiments et les technologies de stockage.

"Les Etats européens ne doivent rien céder sur le Green Deal", écrit-il.

Bruno Le Maire se prononce d'autre part pour "une économie protégée", ce qui "ne signifie pas protectionnisme". "Protection signifie taxe carbone aux frontières européennes", mais aussi "contrôle attentif des investissements étrangers en France (...) nouvelle politique industrielle européenne et nouvelles règles de la concurrence" et "accélération de la juste taxation des multinationales et des géants du numérique", détaille-t-il. Mais cela "ne signifie pas en revanche la fin de la mondialisation", qui "serait une régression historique" et "appauvrirait la France", selon le ministre de l’Économie.
A l’initiative de Jean-Laurent Bonnafé, administrateur directeur général de BNP Paribas et président d’EPE, plus de quatre-vingt-dix dirigeants d’entreprises françaises et internationales appellent, dans une tribune au « Monde », à une mobilisation collective pour faire de la relance économique un accélérateur de la transition écologique.

Au cours des dernières semaines, des moyens d’ampleur inédite ont été mobilisés pour faire face à la crise sans précédent déclenchée par le Covid-19.

En plus des impacts sanitaires, les conséquences sociales et économiques sont désormais tangibles pour tous les Français. Il s’agit aujourd’hui d’en limiter les effets, notamment par la mobilisation de moyens financiers pour assurer la capacité des entreprises de notre pays à rebondir de façon inclusive et résiliente.

Nous saluons les décisions rapides et massives prises par le gouvernement français, et la solidarité du monde économique. Cette épreuve intervient à un moment où la transformation de notre économie s’engageait en réponse aux enjeux du dérèglement climatique et de la perte de la biodiversité, pour prévenir d’autres crises majeures annoncées par la communauté scientifique.

Nous gardons nos ambitions collectives en matière de transition écologique, et réaffirmons les engagements pris depuis plusieurs années, la continuité de cet effort est une condition de sa réussite. Pour cela, une large part des moyens financiers qui seront prochainement mobilisés pour la relance économique aurait tout intérêt à l’être dans les directions qui avaient été précédemment identifiées pour accompagner la transition écologique, avec un souci encore plus affirmé de la justice sociale.

Un plan de relance

Nous croyons qu’il est aujourd’hui possible de faire de ces moyens financiers un accélérateur d’une relance verte et inclusive. Les plans de relance à venir constituent autant d’occasions pour que les investissements nécessaires confortent les trajectoires de transformation.

La première opportunité repose sur un soutien renforcé sur le court et le moyen terme aux secteurs qui permettent de mobiliser des emplois nombreux et contribuent à la préservation de l’environnement, avec, au premier chef :

– la rénovation énergétique des logements et bâtiments, tertiaires publics et privés,
– le développement des mobilités décarbonées, des véhicules électriques, des infrastructures de mobilités douces et des transports en commun,
– l’expansion et le stockage des énergies renouvelables et décarbonées, électriques ou chaleur.

Vers la décarbonation
Dans ces secteurs, tout effort financier public est un puissant levier pour l’investissement privé, ce qui en fait les meilleurs candidats pour une relance précoce. Tous les secteurs progressent sur leur trajectoire de décarbonation.

La seconde opportunité consiste à rendre nos outils industriels en Europe plus résilients, à les décarboner et à réduire notre empreinte carbone, la crise ayant aussi révélé la vulnérabilité des chaînes de valeur mondialisées. [...]


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mon utopie concrète est la gratuité de la presse


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6 mai
" L’avenir du créneau du climat humain"
- 3,5 milliards de personnes pourraient vivre dans des conditions climatiques quasi invivables d'ici à 50 ans, Les Échos
Sans action climatique, près de 20 % de la surface terrestre sera confrontée à des températures comparables à celles du Sahara contre moins de 1 % aujourd'hui, selon une étude publiée ce mardi dans la revue « PNAS ». L'Inde et le Nigeria seront alors les plus touchés. En France, la Guyane ne serait pas épargnée.


source de la presse, un article dans PNAS, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America : Future of the human climate niche

In a high-emissions scenario, 3.5 bn people on 19% of the globe (shaded area) in 2070 will experience temperatures currently only seen in the Sahara (black zone). Much of humanity's habitable climate will have gone. Today's extraordinary paper in PNAS
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Aujourd'hui, ils sont encore peu nombreux. Mais sans action climatique d'ampleur, près de 3,5 milliards d'êtres humains vivront dans des conditions de chaleur extrêmes d'ici à cinquante ans. Un tiers de l'humanité dans des régions plus chaudes que le désert du Sahara… C'est ce que révèle une nouvelle étude publiée ce mardi dans la très renommée revue scientifique « PNAS » , menée par cinq universitaires américains, européens et chinois.

En étudiant l'impressionnante masse d'informations démographiques et de données sur l'utilisation des terres et sur le climat, qui sont devenues disponibles ces dernières années, les chercheurs se sont demandé quelles étaient les conditions climatiques de la vie humaine au cours des derniers millénaires, puis ils ont examiné dans quelles régions ces conditions devraient se produire à l'avenir.

Réchauffement climatique : des impacts socio-économiques massifs d'ici à 30 ans
Résultats ? Les humains, tout comme la production de cultures et de bétail, sont en fait concentrés dans une bande climatique « étonnamment étroite », expliquent-ils : la plupart des habitants de la planète vivent dans des endroits où la température annuelle moyenne est d'environ 11 à 15°C, une « niche climatique ». Et ce, depuis 6.000 ans, en dépit de modes de vie radicalement bouleversés depuis la période mi-Holocène.

Des conditions quasi invivables
Mais tout pourrait changer si les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter et que rien n'est fait pour enrayer le phénomène. « En l'absence d'atténuation du changement climatique ou de migration humaine, la température ressentie par une personne devrait évoluer davantage au cours des prochaines décennies qu'elle ne l'a été au cours des six derniers millénaires », révèle l'étude, qui s'appuie notamment sur le scénario le plus pessimiste - celui du « business as usual » - des scientifiques du GIEC (estimation d'un réchauffement de l'ordre de 4,3°C en 2100).

Le coût effrayant des catastrophes climatiques de 2019
Dans cinquante ans à peine, près de 20 % de la surface de la Terre pourrait être concernée par ces conditions climatiques que l'un des coauteurs, Jens-Christian Svenning de l'université danoise d'Aarhus, qualifie de « quasi invivables », contre 0,8 % actuellement. L'Inde, qui est amenée à devenir le pays le plus peuplé du globe, arrive en première ligne parmi les pays les plus menacés, devant le Nigeria.

Le Pakistan, l'Indonésie, le Soudan, le Niger, les Philippines et le Bangladesh seraient également très touchés. En France, la Guyane se retrouverait, elle aussi, hors de cette niche climatique. Tout n'est pas encore perdu, tempèrent les chercheurs. « La bonne nouvelle est que ces impacts peuvent être considérablement réduits si l'humanité réussit à freiner le réchauffement », indique ainsi Tim Lenton, directeur du Global Systems Institute de l'Université d'Exeter.

Leur approche pose aussi naturellement la question du rôle que peut jouer la redistribution des populations , soulignent les auteurs. « La migration peut avoir des effets bénéfiques sur les sociétés, notamment une stimulation de la recherche et de l'innovation. Mais, à plus grande échelle, elle provoque inévitablement des tensions, même maintenant, lorsqu'un nombre relativement modeste de 250 millions de personnes vivent en dehors de leur pays de naissance », préviennent-ils.

Florage

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Message par Florage le Jeu 14 Mai - 7:00


dessous 10 mai, l'indispensable Monsieur Piketty, avec un texte de RS/TC de septembre 2019, que retournait à l'envoyeur, hier, l'ami Adé, en détournant son texte contre les théoriciens de la communisation

Adé a écrit:En général, personne n’a adressé de commandes aux intellectuels, mais ils agissent comme si on les avait mandatés, ils se sentent les représentants de la classe dominée. De rencontre en summer meeting, ils viennent proposer leur marchandise théorique à qui veut l'acheter.
[...] II existe une prodigieuse quantité de trouvailles laissées pour compte, qui sont autant de déchets théoriques, mais ces déchets sont les déchets des produits finis qui trouvent preneur sur le marché.

2Ni (ni TC, ni Piketty)


ajout Patlotch, contexte
« Je pense même que la polémique et parfois même la mauvaise foi
sont le meilleur moteur de la production théorique. »

RS, 2 mai 2020
« Le monde que nous avons créé est fortement menacé de destruction »
Propos recueillis par Emilie Petit, 20 minutes, 12 mai

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« Pour moi, le capitalisme est la pure représentation de cette domination
de l’homme sur le reste de la nature.
»

Le philosophe de l’environnement, Glenn Albrecht, milite pour un nouveau monde, plus respectueux du vivant, et un système démocratique repensé « pour la Terre, par la Terre »
Ancien universitaire, spécialiste des questions environnementales, Glenn Albrecht a publié son livre « Les émotions de la Terre » le 27 février 2020. L’Australien est connu pour avoir inventé le terme solastalgie permettant de définir la dépression ressentie par les personnes victimes d’une dégradation de leur environnement et de leur habitat. Selon lui, face aux enjeux climatiques et au nouveau monde qui s’annonce, une nouvelle forme de démocratie plus intense doit voir le jour, dans laquelle tous les organismes vivants de cette planète auraient leur place.
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février 2020
Et si, après cette crise du coronavirus, on changeait tout ? C’est en tout cas la volonté de moult scientifiques et intellectuels, croisant le fer, depuis des semaines, à coups de tribunes et d’appels au bon sens, avec une société capitaliste qu’ils jugent à l’agonie.

L’un d’eux, Glenn Albrecht, était pourtant allé plus loin. Avant eux, avant cette crise. Sensibilisé depuis de nombreuses années aux effets dévastateurs des changements climatiques et à la dégradation de la biodiversité, cet Australien, philosophe de l’environnement et ancien professeur de développement durable à l’Université de Newcastle, publiait, fin février, une véritable ode à la nature et à la planète Terre : "Les émotions de la Terre" (*). Un titre empreint d’un amour inconditionnel pour notre monde. Et dont le sous-titre résonne plus fort encore ces dernières semaines : Des nouveaux mots pour un nouveau monde.


Dans votre livre, vous expliquez que pleurer des non-humains vous a construit en tant qu’homme. Vous avez vécu, enfant, entre le béton et la nature. Cet environnement est-il à l’origine de votre sensibilité aux « émotions de la Terre » ?
J’ai grandi dans le sud-ouest de l’Australie. C’est l’un des endroits de la planète où la biodiversité est la plus riche. Quand vous vivez là-bas, vous avez l’impression de faire partie d’un écosystème vibrant. Enfant, j’ai donc pu développer mon amour de la nature en interagissant avec ce que l’on appelle le bush, où les serpents, les oiseaux, les kangourous font partie à part entière du paysage.

Devenu adulte, j’ai pu vivre pleinement cet amour de ma terre, et des non-humains qui y vivent, des plantes et des animaux. Ça fait partie de moi. Je suis lié à la nature et je ne peux pas m’empêcher de la chercher partout où je vais. Par exemple, à Paris, je suis allé au Jardin des plantes car je voulais voir des oiseaux. Je voulais voir la vie, autre que la nôtre. Et je suis d’ailleurs ravi de vous dire que je les ai trouvés (les oiseaux) !

Les violents incendies qui ont frappé l’Australie, de novembre 2019 à janvier 2020, ont-ils accentué la souffrance liée aux changements climatiques, qui existait déjà et que vous nommez solastalgie (**) ?
Oui. On peut même parler de tierriatrauma (***) car c’est arrivé soudainement, et l’impact du feu était terrible. Des gens sont morts ou ont dû partir de chez eux. Plus d’un million de non-humains, d’animaux, ont été brûlés vifs… Quand on y pense, c’est inimaginable ! C’est un véritable choc pour toute cette société. Ces incendies en Australie ont aussi généré de la solastalgie, mais après. Lorsque toutes ces personnes sont retournées là où elles avaient laissé leurs affaires, à la merci des flammes, et qu’elles ont découvert leur environnement complètement détruit.

Comment fait-on pour vivre après ça ?
Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui n’a rien de commun avec celui de nos ancêtres. Ni même avec celui de nos grands-parents. Mais nous en sommes à l’origine donc nous devons faire avec. Nous n’avions encore jamais eu affaire à ce genre d’événements. En tout cas, pas de manière aussi violente. Notre espèce n’a jamais, dans le passé, vécu un changement aussi radical.

Là, en seulement une décennie, nous avons vécu une grande variation de température un peu partout, notamment en Antarctique. Le fait que nous n’avons pas d’expérience du changement fait que nous sommes choqués et sans voix face à cela. Et nous devons réagir avec une forme de compréhension que nous n’avons jamais expérimentée avant. Donc, mon but était de réussir à mettre des mots sur ces nouvelles émotions que nous ne connaissions pas jusque-là.

Vidéo intégrée

Vous dites que les jeunes générations se séparent de la nature et de la vie, plus que les générations précédentes, et que ça ne va pas en s’arrangeant. Pourtant, de nombreux jeunes se battent à travers le monde pour la planète.
Le fait est que la génération Z et toutes les autres ont pris part à la civilisation actuelle que j’appelle l’Anthropocène (****). La génération de Greta et celles qui souhaitent sortir de l’ère de l’Anthropocène, je les appelle la génération Symbiocène (*****). Des mouvements comme XR, School Strike, sont absolument vitaux pour renverser la vapeur et stopper l’Anthropocène. Nous avons besoin de l’aide des plus jeunes générations pour inventer un futur dans lequel les gens ont envie de se projeter. Mais sans une vision optimiste, positive et constructive de notre futur pour nous donner une direction où aller, les protestations sont vaines. La jeune génération souffre d’un désordre émotionnel face à la nature. Et chaque génération s’en éloigne encore un peu plus.

L’ère du Symbiocène permettrait donc de construire un futur bien meilleur que celui qui nous attend aujourd’hui. Il faut donner de l’espoir et offrir de la créativité aux gens. Sans ça, l’horizon semble très sombre et sans émotions. Nous ne pouvons pas juste nous plaindre et protester, en nous demandant pourquoi nous en sommes là aujourd’hui.

Que pensez-vous des politiques qui sont menées actuellement un peu partout dans le monde ? Capitalisme et sauvegarde de l’environnement sont-ils compatibles ?

Pour moi, le capitalisme est la pure représentation de cette domination de l’homme sur le reste de la nature. Mais le monde que nous avons créé est désormais fortement menacé de destruction. En Australie, les politiciens font partis de mouvements fondés par les industries du gaz et du pétrole. Les politiques ont donc créé un monde corrompu. On ne peut plus leur faire confiance pour prendre soin des générations futures ou de cette planète. Ils ne comprennent pas !

Les politiques qui m’intéressent aujourd’hui sont celles qui incluent la vie. Nous devons créer une nouvelle économie, une nouvelle manière de faire de la politique. Et je pense que la démocratie, qui reste le meilleur système que nous ayons, n’est plus suffisante. Nous ne pouvons plus vivre sans prendre en compte les autres organismes vivants de cette planète, petits ou grands. Une nouvelle forme de démocratie plus intense doit voir le jour.

Pensez-vous que nous avons encore le temps ? Certains parlent d’une première échéance à 2040…
Il y a deux façons de voir les choses : la première est de se dire que nous n’avons pas assez de temps, donc on reste assis dans un coin, et on met les mains au-dessus de la tête en se balançant d’avant en arrière. Et peut-être que la mort viendra rapidement et que nos souffrances ne seront pas trop longues. Ou nous décidons de reconstruire et déclarons que nous n’acceptons pas ce futur-là.

La créativité, l’intelligence et la vie me semblent bien plus intéressantes que la dépression, la mort, et l’extinction. Et, vous, vous êtes de quel côté ? Peu importe que ça prenne dix ans ou vingt ans, ou même jusqu’à la fin de ce siècle. L’important c’est de commencer dès aujourd’hui. Une fois que vous prenez conscience de ce possible futur autour de la vie, de la créativité et de l’intelligence, le chemin est déjà à moitié fait. Nous avons un choix qui s’offre à nous, et qui me semble facile à faire si nous faisons preuve d’intelligence.

Quant aux pessimistes, je n’ai pas de temps à perdre avec eux. S’ils se trouvent sur mon chemin, je leur passerai dessus.

(*) Les émotions de la Terre. Des nouveaux mots pour un nouveau monde, de Glenn Albrecht. Ed. Les liens qui libèrent. En librairie depuis le 27 février 2020.
(**) Solastalgie : sentiment de désolation causé par la dévastation de son habitat et de son territoire.
(***) Terriatrauma : trauma existentiel causé par la gravité de l’état de la Terre.
(****) Anthropocène : terme qui vient de la géologie. Désigne la civilisation thermo-industrielle. Glenn Albrecht considère cette civilisation comme « négative, et potentiellement destructrice ». Il la nomme « l’exterminateur des émotions ».
(*****) Symbiocène : ère succédant à l’Anthropocène. Au Symbiocène, selon Glenn Albrecht, l’empreinte des humains sur la Terre sera réduite au minimum.

De passage à Paris, début mars, Glenn Albrecht avait fait un crochet par la rédaction de 20 Minutes. Alors même que le coronavirus s’étendait inexorablement sur le monde, et que les feux de brousses qui frappaient son pays, l’Australie, depuis plusieurs mois avaient enfin été étouffés. Mais l’actualité qui a suivi – la crise sanitaire, puis le confinement du pays le 17 mars, pendant presque deux mois – nous a fait remettre à plus tard la publication de l’entretien que le philosophe nous avait accordé. Aujourd’hui, alors que le déconfinement de la France a débuté, cet échange avec le créateur du terme « solastalgie », autour d’un possible nouveau monde et d’une nouvelle ère nous a semblé faire écho de manière inattendue aux changements actuels. C’est pourquoi nous avons décidé de ne pas attendre plus longtemps pour le publier.
l'indispensable Monsieur Piketty

Thomas Piketty : « Après la crise, le temps de la monnaie verte », Le Monde, 10 mai

Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris

A propos de Thomas Piketty, le retour !!, RS, dndf, 16 septembre 2019
En général, personne n’a adressé de commandes aux intellectuels, mais ils agissent comme si on les avait mandatés, ils se sentent les représentants de la classe dominante. De colloques en séminaires, ils viennent proposer leur marchandise théorique à qui veut l’acheter. Il advient qu’elle trouve le preneur qu’ils attendent, ou un preneur tout à fait inattendu, qui a besoin de cette marchandise pour l’accommoder à sa façon et la faire consommer à sa clientèle (à ce moment là ils se draperont dans leurs bonnes intentions détournées). Il advient aussi qu’ils repartent sans avoir fait affaire, et ils continuent leur petit travail jusqu’à ce que l’occasion se présente enfin ou ne se présente jamais. Il existe une prodigieuse quantité de trouvailles laissées pour compte, qui sont autant de déchets théoriques, mais ces déchets sont les déchets des produits finis qui trouvent preneur sur le marché. Piketty a trouvé de nombreux preneurs : à la gauche du parti démocrate américain, au parti travailliste, dans la laborieuse recomposition de la gauche en France, etc., mais ces « preneurs » peinent à se placer en tête.
[...]
Quant au « dépassement du capitalisme » dont les mesures préconisées seraient la chose en procès, on ne peut que considérer que c’est une plaisanterie. Piketty est un gentil contestataire promu en trublion pour le spectacle de la contestation.
la chronique du 10 mai dans Le Monde
L’arrêt économique devrait être mis à profit pour réfléchir à une relance par des investissements dans des secteurs comme la santé et l’environnement, avec une réduction des activités les plus carbonées, estime l’économiste Thomas Piketty dans sa chronique.

La crise engendrée par le Covid-19 peut-elle précipiter l’adoption d’un nouveau modèle de développement, plus équitable et plus durable ? Oui, mais à condition d’assumer un changement clair des priorités et de remettre en cause un certain nombre de tabous dans la sphère monétaire et fiscale, qui doit enfin être mise au service de l’économie réelle et d’objectifs sociaux et écologiques.

Il faut d’abord mettre à profit cet arrêt économique forcé pour redémarrer autrement. Après une telle récession, la puissance publique va devoir jouer un rôle central pour relancer l’activité et l’emploi. Mais il faut le faire en investissant dans de nouveaux secteurs (santé, innovation, environnement), et en décidant une réduction graduelle et durable des activités les plus carbonées. Concrètement, il faut créer des millions d’emplois et augmenter les salaires dans les hôpitaux, les écoles et universités, la rénovation thermique des bâtiments, les services de proximité.

Dans l’immédiat, le financement ne pourra se faire que par la dette, et avec le soutien actif des banques centrales. Depuis 2008, ces dernières ont procédé à une création monétaire massive pour sauver les banques de la crise financière qu’elles avaient elles-mêmes provoquée. Le bilan de l’Eurosystème (le réseau de banques centrales piloté par la BCE) est passé de 1 150 milliards d’euros début 2007 à 4 675 milliards fin 2018, c’est-à-dire de 10 % à peine à près de 40 % du PIB de la zone euro (12 000 milliards d’euros).

Il faut assumer le fait que la création monétaire serve à financer la relance verte et sociale, et non à doper les cours de Bourse

Sans doute cette politique a-t-elle permis d’éviter les faillites en cascade qui avaient entraîné le monde dans la dépression en 1929. Mais cette création monétaire, décidée à huis clos et sans encastrement démocratique adéquat, a aussi contribué à doper les cours financiers et immobiliers et à enrichir les plus riches, sans résoudre les problèmes structurels de l’économie réelle (manque d’investissement, hausse des inégalités, crise environnementale).

Mutualiser le taux d’intérêt
Or il existe un risque réel que l’on se contente de continuer dans la même direction. Pour faire face au Covid-19, la BCE a lancé un nouveau programme de rachat d’actifs. Le bilan de l’Eurosystème a bondi, passant de 4 692 milliards au 28 février à 5 395 milliards au 1er mai 2020 (suivant les données publiées par le BCE le 5 mai). Pour autant, cette injection monétaire massive (700 milliards en deux mois) ne suffira pas : le spread de taux d’intérêt en défaveur de l’Italie, qui s’était abaissé mi-mars à la suite des annonces de la BCE, est très vite reparti à la hausse.


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Florage

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Message par Florage le Mer 20 Mai - 10:49

pas encore lu

Crise climatique et transformation sociale au temps du Corona.
Pourquoi la production capitaliste de richesses est en jeu

Norbert Trenkle, Palim Psao, 19 Mai 2020


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Remarque préliminaire : une version étendue du présent texte paraîtra à l’automne dans le livre Shutdown. Klimacrash, Corona-Krise und die notwendige Aufhebung des Kapitalismus (Shutdown. crise climatique, crise du Corona et l’indispensable dépassement du capitalisme) aux éditions Unrast, que l’auteur publie en collaboration avec Ernst Lohoff.

Trenkle et Lohoff participent à la revue allemande Krisis. En français ils ont publié notamment le Manifeste contre le travail (avec R. Kurz), et La Grande dévalorisation. Pourquoi la spéculation et la dette de l'Etat ne sont pas les causes de la crise (Post-éditions, 2014).
  L’un des effets secondaires étranges de la crise du Corona est qu’en quelques semaines seulement, elle a contribué davantage à l’amélioration du climat mondial que toute la politique climatique de ces dernières années. Comme le trafic automobile dans les grandes villes a chuté jusqu’à 80 %, que le trafic aérien a été considérablement réduit et que de nombreuses usines de production sont au point mort, le Global Carbon Project prévoit une baisse des émissions de CO2 d’environ 5 % en 2020. Et il semble que même le gouvernement allemand, malgré ses mesures de politique climatique timides, pourrait encore réussir à atteindre l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % par rapport à 1990 (Süddeutsche Zeitung, 24.3.2020).

Répit de courte durée

  Toutefois, il n’y a aucune raison d’espérer que la crise du Corona conduise à une réduction durable des émissions nocives pour l’environnement et limite le réchauffement climatique. Car l’arrêt temporaire des activités économiques dans de grandes parties du monde n’a rien fait pour changer la logique de base du mode de production capitaliste, qui est motivé par la fin en soi de l’augmentation continue de la richesse abstraite représentée par l’argent. L’obligation de croissance qui découle de cette fin en soi n’est nullement suspendue par les mesures prises pour lutter contre la pandémie, elle est seulement ralentie pendant une courte période. Dans le même temps, les gouvernements et les banques centrales font tout leur possible pour atténuer ce ralentissement et pour maintenir la dynamique économique, au moins de manière précaire, et pour la remettre sur les rails le plus rapidement possible une fois les mesures de confinement levées. Mais il est peu probable que cela réussisse réellement. Car même si la grande crise économique mondiale qui vient de commencer a été déclenchée par les mesures de lutte contre la pandémie, la force qu’elle est susceptible de développer possède des raisons plus profondes et structurelles auxquelles on ne peut pas remédier par des plans de relance économique et des injections de fonds.

  Cyniquement, on pourrait maintenant affirmer qu’une crise économique mondiale serait bonne pour le climat parce que le déclin de l’activité économique entraîne une diminution des émissions de gaz à effet de serre et d’autres substances nocives. Toutes les statistiques sur les crises de ces dernières décennies ‒ notamment la crise financière et économique de 2008/2009 ‒ confirment ce fait. Mais ce répit écologique n’est que le revers de la médaille d’un appauvrissement massif et d’une paupérisation d’une grande partie de la population. Car comme dans la société capitaliste tous les rapports sociaux tendent à prendre la forme de marchandises, et que l’accès aux biens est donc principalement régi par l’argent, une interruption du flux de marchandises et d’argent entraîne nécessairement un effondrement plus ou moins grave de l’approvisionnement de la société : des entreprises font faillite, des travailleurs sont licenciés et, comme les sources de revenus se tarissent, des millions de personnes ne peuvent même plus acheter les produits de première nécessité. Évidemment la question n’est pas posée, à savoir si les produits et services en question sont socialement nécessaires ou non, quel est leur bilan écologique et dans quelles conditions ils ont été produits, car ces critères ne jouent aucun rôle dans le monde de la production de marchandises. Ce qui compte, c’est de s’assurer que les biens produits peuvent être vendus sur le marché et engendrer un profit.

La richesse matérielle

  C’est pour cela qu’en cas de crise, on continue bien sûr à produire des voitures et à faire tourner des centrales à charbon, on continue à prendre l’avion et à construire des appartements de luxe, alors qu’en même temps beaucoup de gens ne peuvent plus s’acheter de la nourriture et que des hôpitaux sont fermés parce qu’ils ne sont plus « rentables » ou alors que les financements publics ont été coupés. Au cours des crises il devient particulièrement clair que dans le cadre du capitalisme seule la richesse abstraite, c’est-à-dire la richesse exprimée en unités monétaires, compte. En revanche la richesse matérielle, c’est-à-dire la richesse en choses et en fournitures, n’est toujours qu’un moyen subordonné pour atteindre la fin en soi de l’accumulation du capital et se voit donc sacrifiée lorsque ce but ne peut plus être atteint.

  Durant la crise actuelle l’État est intervenu dans la plupart des pays afin d’assurer, dans une certaine mesure, l’approvisionnement public et d’éviter l’effondrement immédiat des entreprises en raison du confinement et de la paralysie de l’économie. Mais autant les mesures d’urgence montrent très clairement que le marché ne peut pas tout réguler, contrairement à ce que l’idéologie néolibérale a toujours propagé, autant les possibilités dont dispose l’État pour influencer la production de la richesse sociale restent limitées.

L’État


  Il est vrai que dans la société capitaliste l’État représente la généralité et qu’il est responsable du maintien de la cohésion du rapport social contre les tendances centrifuges qui lui sont inhérentes. Sans l’État la société capitaliste se désintégrerait en très peu de temps, car elle est fondamentalement constituée de manière contradictoire. La production de marchandises généralisée signifie que les gens établissent leurs relations sociales en vue de produire des choses sous forme privée pour des personnes anonymes. Ils se comportent de manière sociale tout en poursuivant leurs intérêts privés particuliers, ou en d’autres termes : ils sont de manière non sociale sociaux (1). La dynamique des intérêts particuliers contraires qui résulte de cette contradiction fondamentale ferait très vite exploser le contexte social, s’il n’existait pas une instance distincte qui empêchait précisément cela en garantissant le cadre général pour l’activité des producteurs de marchandises. Néanmoins, l’État n’est nullement au-dessus de la logique de la production de richesse abstraite, il en est l’une des conditions préalables essentielles, mais en même temps il en est dépendant. C’est l’une de ses tâches primordiales de maintenir la dynamique de la production de marchandises et de l’accumulation de capital en mouvement. Si cela ne réussit pas, il perd d’une part sa légitimité auprès de la population et, d’autre part, sa capacité d’action, car il ne peut remplir ses missions que s’il dispose des moyens financiers nécessaires.

  Par conséquent l’État peut intervenir sur le marché et même en limiter son activité temporairement lorsque cela sert l’intérêt général, comme dans le cas d’une pandémie, mais il doit également tout faire pour relancer l’accumulation de capital. Et c’est à cet objectif-là que tous les autres intérêts et besoins sont alors généralement subordonnés.

Se débarrasser de toute réglementation


  Il est donc prévisible qu’après la phase aiguë de la crise sanitaire les mesures de politique climatique de ces dernières années, déjà très timorées, seront toutes remises en question. Certains chefs d’entreprises demandent que des obstacles tels que les réglementations en matière de protection de l’environnement soient désormais supprimés afin que l’économie puisse se remettre à flots rapidement après le confinement. Par exemple, les grands constructeurs automobiles allemands font pression sur la Commission européenne pour qu’elle abroge les limites de CO2 qui doivent s’appliquer à partir de 2020. Et le Ministre-président de Basse-Saxe demande même une prime à la casse pour les voitures, naturellement seulement pour encourager le passage à des « automobiles écologiques », comme si le trafic routier lui-même n’était pas l’un des plus grands problèmes environnementaux. Mais ça ne va pas s’arrêter là. Tout comme les idéologues de l’économie de marché mettent en parallèle aujourd’hui les conséquences de la pandémie et les dommages économiques causés par le confinement, ils vont argumenter par la suite qu’il n’y a pas que le réchauffement climatique qui représente une menace pour l’humanité, mais aussi une économie paralysée, car des millions de personnes perdraient leurs moyens de subsistance à cause de cela. Ce faisant, ils admettent fondamentalement que le capitalisme rend l’humanité fatalement dépendante de sa logique d’accumulation destructrice et lui présente l’alternative de mourir soit de la destruction écologique, soit des difficultés économiques. Mais malgré ça, cet argument trouvera une grande résonance auprès de ceux qui craignent pour leur existence face à la crise et ne nourrissent aucun espoir pour une autre forme de société.

  Ainsi, si l’on ne veut pas que la « question climatique » soit écartée de l’agenda politique, elle doit être reformulée de manière à être adaptée à la nouvelle situation de crise sociale. Ce n’est pas aussi difficile qu’il y paraît à première vue. Les mesures visant à sauver le climat et à protéger les bases naturelles de la vie n’entrent en conflit avec la sauvegarde de l’existence humaine et de l’approvisionnement social que si la forme capitaliste de production de richesses est considérée comme allant de soi. En effet, comme tous les individus de la société actuelle dépendent de la production de richesses abstraites pour survivre, ils se retrouvent victimes d’une sorte de prise d’otages. Ils doivent espérer que le mouvement perpétuel de l’accumulation du capital, en tant que fin en soi, se poursuive car ce n’est que dans ce contexte qu’ils peuvent vendre leur force de travail et autres marchandises, même s’ils savent que cela accentuera encore la catastrophe écologique qui est déjà en cours(2).

  Mais si nous remettons en question cette forme de production de richesse, cette contradiction se dissout. En effet, si la production sociale est orientée vers la richesse matérielle, c’est-à-dire que l’objectif est de produire des choses utiles pour satisfaire les besoins concrets et sensibles de tous les individus, alors une orientation écologiquement durable de la société n’est plus en opposition avec une sécurité matérielle satisfaisante de la vie, mais coïncide avec celle-ci. Par exemple, il serait alors extrêmement déraisonnable d’envoyer dans l’atmosphère des gaz nuisibles pour le climat, de défricher massivement des forêts ou de contaminer les eaux souterraines alors qu’il est généralement admis que cela détruit les bases de la vie humaine. Et il serait absurde de préconiser la production de choses qui sont nuisibles à l’environnement et à la santé, uniquement parce que cela donne à tant de gens la possibilité de vendre leur force de travail et de gagner un salaire. Dans le capitalisme, cependant, c’est exactement ce qui est « raisonnable », parce que toute la vie sociale est basée sur la production de richesse abstraite.

  Il est donc important de placer ce type de « raison » et le mode de production et de vie qui la sous-tend au centre de la critique. Cela modifie naturellement aussi l’orientation politique.

Les partisans du marché libre : dans un premier temps en position de faiblesse


  La « question climatique » s’intègre donc dans un ensemble de « questions » essentielles, auxquelles il est possible de répondre par une transformation radicale de la production de richesse, ou plus précisément par une orientation cohérente de la production de richesse sociale guidée par des critères concrets et sensibles et l’objectif d’une bonne vie pour tous. Bien sûr, un tel objectif politique provoquera des conflits féroces ; car il signifie en fin de compte une remise en question fondamentale du mode de production et de vie capitaliste, qui est bien plus qu’un « système économique », mais qui est profondément ancré dans les rapports sociaux et les subjectivités. Néanmoins, à cet égard également, la crise sanitaire a, dans un certain sens, participé a ébranler certaines évidences qui étaient considérées comme allant de soi jusqu’à présent. Lorsque le paiement des loyers peut être temporairement suspendu, lorsque le contrôle des billets est supprimé dans les transports publics, lorsque des voix s’élèvent partout pour demander que la privatisation et l’idée de rentabilité du système de santé soient stoppés, et lorsque les gouvernements veulent nationaliser des entreprises afin de sécuriser l’approvisionnement public, cela brise la logique de la richesse abstraite et place la richesse matérielle au centre. Bien qu’il ne s’agisse que de mesures d’urgence de nature temporaire que l’État décide dans son rôle de gardien de l’intérêt général, elles représentent une rupture profonde avec l’idéologie néolibérale qui avait déjà subi une pression massive au lendemain de la crise financière et économique de 2008.

  C’est pourquoi, après la phase aiguë de la crise, toute tentative de retour au statu quo politique antérieur provoquera des disputes sociales vives sur la question de savoir comment organiser et garantir l’approvisionnement général de la société. Ce conflit a déjà commencé dans les médias. Les partisans du marché libre se trouvent d’abord en position de faiblesse, car la crise révèle impitoyablement que la privatisation et la marchandisation du système de santé ainsi que d’autres secteurs de l’approvisionnement public ont des conséquences désastreuses pour la société. Dans ce contexte, une nationalisation ou renationalisation à grande échelle de ces secteurs semble être la solution évidente. Dans le débat en cours, des voix de gauche s’élèvent de plus en plus pour réclamer un renouvellement de l’État social, des régulations de type keynésien ou même un socialisme d’État, et des espoirs se font jour dans la mouvance verte pour que le capitalisme soit réformé de manière socio-écologique à travers des directives étatiques et des incitations économiques.

  Cependant ils négligent le fait que l’État, d’un point de vue très fondamental, dans ses actions et dans son accès à la richesse matérielle, reste toujours dépendant du système de production de richesse abstraite. Dans ce système, l’État dispose bien d’une marge de manœuvre en ce qui concerne la manière dont il accomplit ses missions, la mesure dans laquelle les inégalités sociales sont réduites et comment il influe sur les conditions de travail et de production. Et, bien sûr, c’est important politiquement d’utiliser cette marge de manœuvre pour réaliser des améliorations sociales et écologiques, dans la mesure du possible. Cependant, l’État ne peut pas annuler la dynamique fondamentale auto-entretenue de la production de richesses abstraites, il ne peut que réparer ou masquer ses pires conséquences.

La marge de manœuvre des États

  En outre, la grande époque du capitalisme réglementé par l’État avec ses acquis sociaux, qui reposait sur le travail de masse dans le secteur industriel et une économie domestique forte, est révolue depuis longtemps et ne peut être ressuscitée. A l’ère de la financiarisation et de la mondialisation, la marge de manœuvre des États est devenue de plus en plus étroite car ils doivent tout faire pour maintenir l’attractivité de leur propre territoire comme lieu de placement pour le capital, et surtout pour assurer l’afflux de capital fictif (3).

  Car depuis que la troisième révolution industrielle a rendu « superflue » de plus en plus de force de travail dans la production de marchandises, l’accumulation de richesses abstraites s’est déplacée vers les marchés financiers, où elle a développé une dynamique invraisemblable, basée sur l’anticipation de valeur future sous forme de titres de propriétés (capital fictif). Par conséquent, dans les crises financières récurrentes et chaque fois plus graves, les États n’ont d’autre choix que de faire « tout ce qu’il faut » (Mario Draghi) pour sauver le système financier et bancaire de l’effondrement. Il en sera de même pour la crise du Corona. C’est vrai que le déroulement de cette crise diffère des crises financières des dernières décennies en ce qu’elle a été déclenchée par l’arrêt politiquement ordonné des activités économiques et sociales, et a donc un impact direct sur l’« économie réelle ». Néanmoins, elle s’est immédiatement étendue aux marchés financiers déjà en surchauffe, et y a déclenché d’énormes bouleversements dont les conséquences ne sont pas encore prévisibles.

  Il est donc facile de prévoir que les priorités des gouvernements et des banques centrales vont vite être de sauver à nouveau le système bancaire et financier. Car si l’avalanche des promesses d’avenir non couvertes se déchaîne là-bas, elle entraînera également dans l’abîme des grandes parties de « l’économie réelle » et de l’approvisionnement général. Mais contrairement à 2008/2009, les instruments de politique monétaire des banques centrales sont cette fois déjà très largement épuisés. De plus, au niveau politique mondial, il ne faut pas s’attendre à ce que les grandes puissances économiques se mettent d’accord sur une approche commune. Il devient plutôt évident que chacune d’entre elles poursuit ses propres intérêts aux dépens des autres et que la tendance déjà existante au cloisonnement nationaliste et régional acquiert une dynamique supplémentaire (4). Le gouvernement allemand le démontre actuellement, au risque de faire exploser l’Europe, en rejetant les Eurobonds, ce qui est non seulement honteux et minable, mais aussi étroit d’esprit car la République fédérale est objectivement celle qui profite le plus de l’unité européenne et de l’Euro. Le nationalisme suit sa propre logique dangereuse, qui n’est nullement toujours fonctionnelle au sens économique.

Gestion de crise autoritaire, état d’urgence et résistance sociale


   Le retour de l’État se fera donc sous des auspices complètement différents que dans l’imaginaire béat de la gauche et des Verts. Il faut certainement s’attendre à ce que, sous la pression de l’opinion publique, la nationalisation d’urgence de nombreux secteurs soit maintenue, voire étendue. Mais en même temps, les gouvernements mèneront une politique d’austérité rigoureuse, en invoquant les coûts de la gestion de la crise et l’accompagneront d’appels nationalistes en demandant des sacrifices à la population tout en imposant des mesures de contrôle plus strictes, comme celles qui sont actuellement testées à grande échelle. Car ce n’est pas seulement la logique du marché qui est compromise face aux difficultés sociales à venir, mais c’est tout le système de référence de la production de richesses abstraites qui vacille. C’est pourquoi, dans de nombreux pays, l’action gouvernementale se réduit de plus en plus à une gestion autoritaire de la crise avec un renforcement de l’état d’urgence. Car, moins l’État arrive à assurer sa légitimité en tant que gardien de l’universel en garantissant l’approvisionnement général, plus son noyau autoritaire apparaît clairement.

  Pour pouvoir lutter contre cette évolution menaçante, il faut pouvoir regrouper les résistances sociales et politiques qu’elle va engendrer ou qu’elle engendre déjà. Mais ce n’est pas aussi évident qu’il y paraît à première vue. En effet, les multiples luttes contre la politique d’austérité accrue et le contrôle étatique, contre la destruction des ressources naturelles et le trafic routier, contre le prix des loyers exorbitant et la précarisation des conditions de travail sont très rapidement transformées, au sein du système de production de richesses abstraites, en luttes d’intérêts particuliers, qui peuvent ensuite être jouées les unes contre les autres sur le plan politique ; c’est le cas par exemple quand le mouvement pour le climat exige une taxe carbone la plus élevée possible, alors que cela pèse plus lourdement sur les personnes les plus défavorisées. Il faut donc préciser que ces luttes et conflits, aussi différents qu’ils puissent paraître à première vue, convergent toujours négativement vers un point : ils sont tous la conséquence de la logique autonomisée et destructrice de la production de richesses abstraites et de la forme contradictoire d’une socialité non sociale qui la sous-tend.

  Ce n’est que lorsque ce point commun négatif devient conscient que les différentes luttes peuvent se transformer en une force commune pour remettre fondamentalement en question le mode de production et de vie capitaliste. Mais au-delà de ça, il faut aussi une nouvelle perspective d’émancipation sociale, qui, dans ses grandes lignes ex negativo, résulte toutefois de la critique du système de richesse abstrait.

Auto-organisation

  Bien sûr, il ne peut s’agir de recycler la vieille idée de la nationalisation de la vie sociale ; car outre le fait que l’État n’a toujours été que l’autre face du marché, son retour aujourd’hui n’est possible que sous la forme d’un autoritarisme de crise, de nationalisme et de régression politique. Il s’agit plutôt de la socialisation globale de la production et de l’approvisionnement public dans le cadre d’une auto-organisation sociale générale et libre, au-delà de la production de marchandises et de la logique de l’administration et de la domination étatique. Bien sûr, cela ne se fait pas d’un seul coup, mais seulement au cours d’un processus plus long de transformation sociale. Il est impossible de prévoir aujourd’hui ce que cela signifie en détail, mais il est clair que ce processus sera caractérisé par des débats politiques conflictuels sur les ressources et les potentiels de production de richesses ainsi que sur les conditions générales pour le développement de nouvelles formes de coopération, de communication et de planification sociales. Car une autre option sociale ne se développe pas à partir de quelconques niches comme on l’imagine dans certains concepts alternatifs. Elle ne peut se constituer que dans la lutte pour le champ de la généralité sociale. Il s’agit de réinventer ce champ ; non pas comme l’autre côté, dominateur d’une production de richesse qui s’est autonomisée et qui se place en face de ses acteurs comme une « seconde nature » ; mais comme faisant partie d’une société dans laquelle les gens décident consciemment de leurs rapports.

Première publication sur Telepolis
Traduit de l’allemand par Paul Braun.
Climate Crisis and Social Transformation in the Age of Corona
A crise climática e a transformação social na época do coronavírus


La crisis climática y la transformación social en la época del coronavirus
Crisi climatica e trasformazione sociale al tempo del coronavirus


(1) Norbert Trenkle : Ungesellschaftliche Gesellschaftlichkeit, www.krisis.org 2019

(2) Norbert Trenkle : Lizenz zum Klimakillen, Streifzüge 77, Vienne 2019

(3) Ernst Lohoff/ Norbert Trenkle : La Grande dévalorisation, 2012 (traduction française publiée chez Post-éditions, 2014) ; Norbert Trenkle : Workout. Die Krise der Arbeit und die Grenzen des Kapitalismus; www.krisis.org, 2018

(4) Ernst Lohoff : Die letzten Tage des Weltkapitals. Kapitalaakumulation und Politik im Zeitalter des fiktiven Kapitals, Krisis 5/2016

Florage

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ÉCOLOGIE, ÉTAT, CAPITALISME VERT et CORONAVIRUS Empty Re: ÉCOLOGIE, ÉTAT, CAPITALISME VERT et CORONAVIRUS

Message par Florage le Jeu 21 Mai - 8:14


LE CAPITALISME VERT AVANCE À RECULONS

Derrière les discours écolos,
comment les lobbys tirent profit de l'épidémie de Covid-19 pour relancer leur industrie

France Télévisions
, 21 mai


ÉCOLOGIE, ÉTAT, CAPITALISME VERT et CORONAVIRUS 21507623
PIERRE-ALBERT JOSSERAND/FRANCEINFO

Plusieurs fédérations patronales et groupes d'intérêts font pression auprès des dirigeants français et européens pour alléger des normes environnementales ou repousser de nouvelles lois.
Les questions d'environnement, "ça commence à bien faire", lançait Nicolas Sarkozy aux agriculteurs français en 2010. Dix ans plus tard, le mot semble toujours d'actualité pour certains industriels. Face à l'épidémie de coronavirus et la paralysie de plusieurs secteurs, leurs dirigeants se succèdent sur les plateaux de télévision et de radio pour alerter, avec emphase, sur leur situation et appeler à l'aide. En coulisses, certains en profitent pour infléchir des normes environnementales, passées ou à venir.

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"La situation est quand même très grave, ce sont des chiffres [sur le recul de la croissance] que notre génération ne connaît pas"
, alerte sur RTL le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. "La filière [automobile] joue sa survie", avertit dans Les Echos (lien abonné) l'ancien ministre Luc Chatel, président de la Plateforme automobile qui représente la filière française. "Quand le transport aérien lutte pour sa survie, il serait choquant que le gouvernement maintienne des taxes comme la taxe dite de 'solidarité' et 'l'éco-contribution'", prévient le président de l'Union des aéroports français, Thomas Juin, aux Echos (lien abonné).

Pour la filière aérienne, le secteur est même un rempart contre un supposé repli sur soi. "Dans cette situation de crise [sanitaire], notre monde est quand même très petit, cela pousse vers l'isolement, vers le nationalisme", déclame Michael Gill, directeur exécutif et directeur des affaires environnementales de l'IATA, l'Association internationale du transport aérien.

"Vivre sans la possibilité d'aller, échanger, faire du business dans d'autres pays, ce n'est pas un avenir que j'envisage pour notre société…" Michael Gill, Association internationale du transport aérien à franceinfo

Nombre d'industriels signent pourtant dans Le Monde des tribunes qui plaident pour une "relance verte" ou pour "mettre l'environnement au cœur de la reprise économique". Parmi les signataires, voire les initiateurs, BNP Paribas, Korian, Danone, LVMH, Vinci, Bayer France... Mais sur l'ensemble de ces entreprises, très peu ont mis en place le forfait mobilité durable (une prime de 400 euros pour les salariés qui viennent travailler à vélo), selon le député Matthieu Orphelin, auteur d'un courrier dénonçant le lobbying antiécologique de certains industriels. "Et BNP Paribas, c'est l'une des banques qui a le plus d'actifs dans les secteurs polluants. Je leur demande plus de cohérence, sinon c'est uniquement du greenwashing."

Des dérogations déjà accordées
Car derrière les discours, il y a aussi des actes. Pendant que les dirigeants s'activent dans les médias, d'autres continuent de cibler en toute discrétion les élus français et européens dans le but d'obtenir des assouplissements sur des lois déjà votées, ou le report de celles à venir. Le Medef n'a pas hésité à écrire en avril au ministère de la Transition écologique pour demander "un moratoire sur la préparation de nouvelles dispositions énergétiques et environnementales", provoquant une levée de boucliers.

"On n'est pas vraiment surpris de cette offensive, mais ce qui est plus étonnant, c'est que l'Etat se montre trop à l'écoute", estime Julien Bayou. Le secrétaire national d'EELV prend l'exemple d'un décret publié le 8 avril qui permet aux préfets de déroger aux normes actuelles que ce soit en matière de construction, d'urbanisme, d'agriculture ou d'environnement. Ce pouvoir de dérogation est justifié pour "faciliter la reprise" économique, selon un communiqué du ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, mais a provoqué une gêne chez des élus, y compris de la majorité.

"On s'en serait bien passé, mais je n'ai pas l'impression qu'il est encore trop appliqué", nuance Barbara Pompili, députée LREM et présidente de la commission développement durable à l'Assemblée. "Il ne faut pas être dupe. A l'origine, ce décret est un cadeau accordé aux professionnels de l'immobilier et de la construction", dénonce Me Louis Cofflard, l'avocat des Amis de la Terre à Reporterre. "On a un vrai problème", ajoute Julien Bayou. Le responsable écologiste réfléchit avec d'autres associations à une action en justice pour contester le bien-fondé de ce décret.

Le plastique veut redorer son image
Dans le contexte épidémique, un secteur tenge de se revaloriser : le plastique. "On voit une tentative d'amalgame assez forte de l'industrie du plastique qui tente de réhabiliter son image en ne différenciant pas ce qui sert à protéger les soignants des usages alimentaires comme les emballages, par exemple", décrit une source proche du gouvernement. Les représentants du secteur visent notamment la loi contre le gaspillage et l'économie circulaire, promulguée en février. Elle prévoit l'interdiction des emballages à usage unique d'ici 2040.

Lorsque Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès de la ministre de la Transition écologique, rappelle devant le Sénat que la loi entrera en vigueur aux dates prévues et que le plastique n'est pas une matière "barrière" pour le consommateur contre le virus, elle reçoit dans la foulée "de nombreux courriers des industriels lui disant qu'elle commet une erreur", explique-t-on dans son équipe. "On a une loi qui a toujours été sous le feu des lobbys. Ceux qui étaient contre cette loi pour X ou Y raison avant le Covid le sont désormais en raison du Covid."

Des raisons de calendrier invoquées
L'offensive du plastique se poursuit au niveau européen. L'European Plastic Converters (EUPC), fédération des entreprises du plastique en Europe, envoie début avril un courrier* à la Commission européenne afin d'obtenir le report de l'interdiction de certains plastiques à usage unique (pailles, cotons-tiges, touillettes...) pour 2021. Pour appuyer ses arguments, elle publie un communiqué* expliquant "comment les produits plastiques contribuent à lutter contre le Covid-19" en alliant "hygiène, santé et sécurité" pour les produits sanitaires et alimentaires.

Contacté par franceinfo, un adhérent français se désolidarise. "Nous n'avons pas été informés au préalable", assure Jean Martin, délégué général de la Fédération de la plasturgie et des composites.

"Notre but n'est pas de profiter de cette crise pour revenir sur des lois votées, ce n'est pas très moral." Jean Martin, représentant de la fédération de la plasturgie à franceinfo

Le représentant confirme avoir des échanges réguliers avec les ministères, surtout celui de l'Environnement, mais comme avant "toute publication de décret". Il s'agit surtout selon lui de discuter du calendrier, chamboulé avec la crise. "Nous sommes dans une situation où des entreprises souffrent, ce n'est peut-être pas le moment d'avoir de grandes discussions sur la mise en œuvre de la loi."

Zoom et Telegram à la place des cafés

L'industrie du plastique n'est pas la seule à vouloir gagner du temps. "J'ai reçu des messages des entreprises des énergies fossiles, des chasseurs, du gaz et du plastique", énumère la députée européenne Marie Toussaint (EELV), qui précise toutefois ne pas être la plus sollicitée en tant qu'élue écologiste. "La fédération automobile européenne nous explique par mail à quel point elle s'est bien comportée pendant l'épidémie et qu'elle reste à notre disposition pour nous envoyer des propositions pour la relance du secteur."

Face à l'impossibilité de se rencontrer physiquement, les groupes d'intérêt s'adaptent. "D'habitude, ils peuvent se balader dans les couloirs et avoir accès aux députés directement. Là, ils sont bien embêtés car toutes ces interactions officieuses n'existent plus", poursuit Marie Toussaint. Pour les remplacer, certains optent pour les "webinaires" (séminaires en ligne). "Il n'y a plus rien, plus de dîner, plus d'exposition, plus de café", renchérit l'assistant d'une députée française du groupe Renew (centriste) au Parlement européen. "Les applications Zoom ou Telegram les ont remplacés, mais il faut avoir noué des contacts avant et avoir les numéros de portable", décrit-il.

"J'ai des visites sur mon compte LinkedIn et vu le profil des personnes, on voit bien que ce n'est pas pour chercher du boulot." Un assistant d'une eurodéputée à franceinfo

Un constat partagé par Manon Aubry, députée européenne insoumise. "Ça s'active dans tous les sens, toutes les occasions sont bonnes pour desserrer l'étau ou relâcher des régulations à un moment où on en a le plus besoin". Selon l'élue, le programme Green deal, principale feuille de route pour la transition écologique dans l'Union européenne, fait l'objet de toutes les attentions. "Toujours avec le même argument 'l'urgence justifie tout', l'économie et l'emploi passent avant l'environnement. Le Green deal, déjà assez peu ambitieux, en prend un sacré coup", dénonce-t-elle.

L'agro-industrie, l'automobile, l'aérien, l'électroménager, le transport maritime... Tous ont envoyé des courriers à Bruxelles pour demander des délais d'application des normes environnementales, détaillent Les Jours (article réservé aux abonnés). Parmi ces demandes : un report d'un an sur les nouvelles normes d'émissions de gaz à effet de serre, la limitation des déchets et du recyclage.

Interrogés par franceinfo, les industriels se veulent rassurants. "Nous soutenons toujours l'objectif de neutralité carbone d'ici 2050", assure le groupe des constructeurs automobiles européens (ACEA). "Tout est question d'équilibre : c'est clair que pour les prochaines semaines les objectifs environnementaux ne seront pas prioritaires, mais dès que l'activité va redémarrer, cela va revenir", reprend Michael Gill, directeur des affaires environnementales de l'ATAG (Air Transport Action Group). "Pour nous c'est clair, le travail sur le Green deal va continuer", tranche de son côté Vivian Loonela, porte-parole du programme à la Commission européenne.

"On a besoin des lobbys"
Un objectif partagé par certains élus, qui n'hésitent pas à leur "faire confiance", à l'instar de Pascal Canfin. L'eurodéputé LREM a lancé une "alliance européenne pour une relance verte", réunissant 300 personnalités, dont des ministres, eurodéputés, ONG, mais aussi des banques, assurances et multinationales. Parmi elles, L'Oréal, Axa ou encore BNP Paribas, toutes membres de l'Association française des entreprises privées (Afep), dont une note interne révélée par le site Contexte, demande de reporter certaines mesures environnementales. Incohérence ? "L'Afep a montré un comportement très conservateur que j'ai moi-même dénoncé, mais à l'intérieur il y a des entreprises très progressistes et je fais la distinction", se défend Pascal Canfin.

"J'ai eu beaucoup d'appels d'entreprises qui ne se reconnaissent pas dans ce discours." Pascal Canfin, eurodéputé LREM à franceinfo

D'autres élus soutiennent sans sourciller. Ainsi, quand un lobby des agriculteurs allemands exige un assouplissement des règles sur la pollution par les nitrates, il obtient sans problème le soutien d'eurodéputés conservateurs, relève l'ONG Corporate Europe Observatory (CEO)*, spécialiste des lobbys au sein de l'UE. "Ce n'est sûrement pas le bon moment pour imposer des règles supplémentaires aux agriculteurs", défend le groupe conservateur du Parlement européen (PPE), qui demande un report de cette réglementation "au moins après l'été".

Toutefois, d'autres parlementaires le rappellent : les lobbys sont aussi utiles dans le travail législatif. "On a besoin des lobbys, mais parmi eux il y a à boire et à manger", nuance le conseiller d'une eurodéputée. "Nous n'avons pas toujours l'expertise suffisante", ajoute la députée LREM Barbara Pompili.

"Il faut de la transparence"

Au final, l'épidémie changera-t-elle la façon de travailler des lobbys ? Certains l'anticipent déjà. Depuis 2011 à Bruxelles, toute rencontre doit figurer dans un registre (sans valeur juridique contraignante), mais le coronavirus a renforcé l'opacité, selon la députée Marie Toussaint. "Il y a des retards dans la publication des rencontres. J'ai demandé à avoir accès à l'ensemble des échanges, mails, conférences des commissaires et de leur cabinet".

"La pandémie est un gros danger, c'est une brèche pour repenser ce qui est acquis en matière de transparence." un assistant d'une eurodéputée à franceinfo

Ces craintes sont partagées par l'ONG Corporate Europe Observatory. "Il est beaucoup plus difficile de retracer leur action en temps de crise. Toutes les communications de type messages WhatsApp ou channels privés ne sont pas accessibles et il ne faudrait pas que ces pratiques perdurent après la crise", déplore Margarida Silva, membre de l'ONG.

Des propositions ont été faites pour contrer ce risque. L'écologiste Julien Bayou plaide pour des règles plus strictes concernant les allers-retours entre les cabinets ministériels et le secteur privé. D'autres veulent éviter que des textes déjà rédigés par le privé finissent à l'Assemblée. "Le sourcing des amendements devrait devenir obligatoire, suggère le député Mathieu Orphelin. On ne peut plus faire du lobbying à la papy comme ça, il faut de la transparence."

* Liens en anglais

Florage

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ÉCOLOGIE, ÉTAT, CAPITALISME VERT et CORONAVIRUS Empty Re: ÉCOLOGIE, ÉTAT, CAPITALISME VERT et CORONAVIRUS

Message par Florage le Ven 22 Mai - 12:45

Le président du Muséum national d'histoire naturelle, le naturaliste Bruno David, appelle à "changer nos comportements" pour éviter d'autres pandémies. Selon lui, la population humaine sur Terre, la déforestation et l'agriculture intensive nous rapprochent trop des animaux, et nous nous déplaçons trop.
ÉCOLOGIE, ÉTAT, CAPITALISME VERT et CORONAVIRUS 21561303
Vue de la "jungle de béton" que constitue l'enchevêtrement des buildings
sur l'île de Hong Kong.
(VINCENT ISORE / MAXPPP)
"Si nous ne changeons pas de comportement (…) on va se retrouver de nouveau confrontés à des pandémies qui pourraient être plus létales que celle-ci", prévient le naturaliste Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelle, invité de France Inter, vendredi 22 mai, journée mondiale de la biodiversité. Il pointe du doigt justement la destruction de la biodiversité, à travers la déforestation et l'élevage intensif, comme un facteur de la pandémie. Le naturaliste appelle à réduire la "promiscuité" avec les animaux et conseille de "moins bouger, de moins faire bouger nos marchandises".

franceinfo : Les pandémies ont-elles toujours existé ?

Bruno David : Les zoonoses, c'est-à-dire le passage d'une maladie d'un animal à l'homme, ce n'est pas nouveau. Il y a eu un premier pic à un moment donné, au Néolithique, il y a 10 000 ans. Au moment de la domestication, il y a un certain nombre de maladies qui sont passées des animaux aux hommes, comme la rougeole ou les oreillons. Ce qu'on est en train de faire aujourd'hui, c'est qu'on entretient la promiscuité avec des animaux domestiques élevés en très grand nombre ou avec des animaux sauvages, ce qui favorise la transmission de maladies et de nouveaux virus des animaux vers les hommes.

Qu'est-ce qui pose problème exactement ?

Il y a trois facteurs. D'abord, le nombre que nous sommes sur Terre. Plus nous sommes nombreux, en termes de probabilité, plus on va apparaître comme l'espèce dominante et donc la cible privilégiée de certains pathogènes. La deuxième chose, c'est qu'on entretient de la promiscuité avec des animaux, que ce soit des animaux domestiques en grand nombre ou avec des animaux sauvages. A travers la déforestation par exemple, on va faire venir ces animaux sauvages vers nous, puisqu'on aura détruit leur environnement, ou on va les consommer, ce qui a pu se passer avec le pangolin. Par ailleurs, on se déplace énormément, ce qui fait que quand un problème survient localement, il devient rapidement global. Avec ces trois facteurs, il y a toutes les chances pour qu'une pandémie arrive. Et il y en aura vraisemblablement d'autres si nous ne changeons pas de comportement.

Par quoi faut-il commencer pour changer nos modes de vie ?

Il y a un concept qui s'appelle le "One Health" en anglais, qui signifie "une seule santé". Il dit que la santé humaine, la santé animale et la santé des environnements c'est quelque chose qui forme un tout. Il faut que ce soit abordé de manière globale. La meilleure chose à faire, c'est de respecter mieux les environnements, de moins faire de déforestation, se tenir plus à distance des espèces sauvages, donc ne pas aller sur leurs territoires, ni les faire venir sur nos territoires. Il faut aussi éviter les élevages intensifs, avec des animaux qui sont tous semblables les uns aux autres, et qui sont dans des nombres absolument incroyables. Et aussi moins bouger, moins faire bouger nos marchandises (…) Il faut arriver à infléchir nos modes de vie, parce que sinon, ça va nous revenir dessus comme un boomerang et on va se retrouver de nouveau confrontés à des pandémies qui pourraient être plus létales que celle-ci.
MACRON II ÉCOLOGISTE
Jacques Fradin,  lundimatin#243, le 18 mai 2020
Notre meilleur économiste, Jacques Fradin,
prévoit le tournant (sans changement et à venir) écologiste de Macron
.


ÉCOLOGIE, ÉTAT, CAPITALISME VERT et CORONAVIRUS Arton3212-resp838

Jacques Fradin, économiste anti-économique, mathématicien en guerre contre l'évaluation, Jacques Fradin mène depuis 40 ans un minutieux travail de généalogie du capitalisme.
Cet essai de politique fiction a été imaginé sur la base d’un retour en arrière au Grenelle de l’environnement (fin 2007). Ces rencontres politiques, sous la férule de Nicolas Sarkozy, ont mis en avant l’idée de « développement durable », c’est-à-dire d’économie verte ou de gestion économique de la biodiversité et des autres problèmes écologiques (dont le changement climatique). Cette initiative de Sarkozy doit être tenue pour importante dans la mesure où l’on peut affirmer qu’Emmanuel Macron se tient dans la lignée de Sarkozy ; Macron est l’héritier de Sarkozy et en est le plus important successeur.
Notons, alors, que la commission Attali, pour la libération de la croissance, s’est tenue « en même temps » que le Grenelle de l’environnement (fin 2007) et qu’Emmanuel Macron a commencé sa carrière politique sous le patronage d’Attali en participant à cette commission Attali, commission patronnée par Sarkozy [1].

Le « en même temps » macroniste trouve son origine dans le double jeu sarkozyste : en même temps que se tient un conseil sur le développement durable (disons un conseil écologiste) est organisé une réunion pour l’accélération de la croissance (réunion dans une commission très économiste). La liste des membres de cette commission économique pour la croissance est un parfait annuaire des oligarques du capitalisme français, augmentédes penseurs de ménage habituels ; c’est également une introduction à « la caste » qui soutient Macron, Macron passé du rôle de jeune apprenti capitaliste (financier) à celui de secrétaire général de l’oligarchie française.

Macron, devenu président, a tenté de mettre en œuvre les recommandations de la commission Attali, dont il était membre junior : nommons Macron I le jeune financier qui a cherché à faire mieux que son maître Sarkozy.

Le virage écologiste, que nous allons anticiper, n’écarte pas Macron de la ligne Sarkozy ; puisque ce dernier, « en même temps » pouvait promouvoir une commission sur la croissance, la commission Attali, et présider une grande rencontre sur l’environnement, le Grenelle de l’environnement. Mais bien loin de l’opposition que l’on imagine entre économie et écologie, nous allons voir que la croissance (durable) peut parfaitement être alliée (ou combinée) à la protection de l’environnement (repensée radicalement), dans le cadre de la logique économique étendue.

Macron II écologiste visionnaire, que nous allons imaginer, n’est pas du tout différent et, encore moins, l’adversaire de Macron I financier austéritaire ; l’un et l’autre, « en même temps »,n’étant que des serviteurs de la logique économique [2].

ARRIVONS À NOTRE FABLE
On peut parfaitement imaginer une seconde partie du mandat présidentiel de Macron, seconde partie post-épidémique, qui serait « écologiste ».

L’objectif immédiat de ce tournant écologiste étant de faire oublier le désastre de la gestion calamiteuse de la crise épidémique, crise qui est, au fond, une crise écologique.

Se présenter comme l’écologiste apte à résoudre la crise écologique que l’on a impulsé (par défaut de vision écologique) est une bonne plaisanterie ; Macron a-t-il capté l’humour de Hollande ?

Sous les annonces ébouriffantes d’un nouveau règne « vert » se cacherait la tentative de passer à autre chose (faire passer la pilule de l’incompétence, a priori mortelle pour un énarque technocrate financier), de dépasser les querelles venimeuses qui empoisonnent la grandeur royale.

Le tournant écologiste du règne serait donc simplement un nouveau tour de passe-passe, une arnaque dont les politiques sont spécialistes, un truc de bateleur qui escamote une difficulté réelle, les procès en incompétence,voire un nouveau scandale style Fabius sang contaminé [3], qui escamote une difficulté derrière un tapage de music-hall.

Mais, arnaque dans l’arnaque (le grand style politique), le tournant écologiste annoncé avec force trompes serait d’autant plus une escroquerie (d’abord intellectuelle) qu’il y a maintenant un certain temps (depuis, au moins, le Sarkozy du Grenelle de l’environnement, s’agitant sous l’œil intéressé du disciple Macron) que l’écologie a été ingérée par l’économie ; et que, donc, proposer ou clamer un virage écologique reviendrait à ne rien changer dans la gouvernementalité économique ; l’écologie ayant été parfaitement dissoute dans le bain comptable de l’économie.

Seul changement, le spectacle vide d’un nouveau premier ministre écologiste réaliste (« realo ») et surtout opportuniste. Le pouvoir et sa corruption, le plus vieux truc social-démocrate réformiste, récupéré par les écologistes « d’action ».

Pour comprendre la grande arnaque du tournant écologiste du règne, il faut mastiquer, digérer, cette ingestion économique de l’écologie ; c’est-à-dire analyser la manière dont l’écologie (réaliste ou d’action) s’est soumise à la mesure, à l’évaluation, à la comptabilité et à la finance ; interroger la manière dont l’écologie s’est pliée et qui permet à notre roi financier austéritaire de devenir le « meilleur écologiste » (après avoir été le « meilleur gestionnaire » de crise). Pour reprendre une vieille expression : la meilleure écologie, compatible avec l’économie, la voilà, en la personne de Macron II, le roi vert.

Revoilà l’attrape sarkozyste du Grenelle de l’environnement : n’oublions jamais que Macron est le plus authentique sarkozyste, depuis la commission Attali (qui a misle jeune Macronen orbite).

Le virage écologiste de Macron, de Macron I, le comptable austéritaire, à Macron II, l’écologiste échevelé, ne s’expliquant que parce qu’il n’y a pas de virage du tout, parce que l’écologien’estquede l’économie prolongée, parce que l’on peut faire semblant de virer écologiste tout en renforçant et en étendant l’économisme le plus intégriste et fanatique (le fanatisme des inspecteurs comptables financiers).

Le nouveau roi vert Macron II, de la nouvelle révolution industrielle bio-nano-info ou de la nouvelle (nouvelle) startup nation, startup nation cette fois-ci écologiste bio-nano-info (avec plein d’innovations « biomimétiques », par exemple, ou avec plein de néo-marchés généralisés, comme celui du carbone, ou avec le projet grandiose d’un New Green Deal appuyé par la vision biotechnologique de la croissance), le nouveau roi Macron II, écologiste de bio startup, pourra atteindre la prêtrise complète,quand les comptables sauveront le monde.

Avant que de rentrer dans quelques détails pour expliquer ce que signifie « l’ingestion économique de l’écologie » (un phénomène biodynamique !), à partir de quelques exemples [4] (que nous laissons au lecteur intéressé la tâche de compléter) : le marché du carbone pour réduire la pollution, la définition de la nature, au cas par cas, comme un capital à « protéger », c’est-à-dire à mesurer, à évaluer, valoriser financièrement (pour dégager des ressources de protection), à reconstituer technologiquement (ou à imiter) pour délivrer un objet stratégique du point de vue commercial (de la valorisation), la domination de la bioéconomie (la biotechnologie) et de sa branche la plus prometteuse, le biomimétisme industriel, donc, avant d’explorer ces exemples, énonçons « les principes », les idées dogmatiques qui président à l’incorporation totale de l’écologie dans l’économie :

L’économie verte est l’avenir de l’économie ; réciproquement aucune écologie n’est possible hors du champ économique (de la mesure, de l’évaluation, de la comptabilité) ;

Cette économie verte repose sur la définition de la nature comme un capital « précieux », capital qu’il faut mesurer correctement, bien évaluer, puis accroître, de manière technologique ou de manière financière (ou les deux à la fois) ; Et, sans doute, l’axiome essentiel : la nature est et n’est que de la monnaie. Restons-en là, d’assez significatif ; nous préciserons en regardant les exemples de « réalisation » de ces dogmes économistes.

La définition NORMATIVE (éco-Nomique) de la nature (de l’environnement) comme capital (au sens de l’économie, technique & financier)s’adosse à un système d’organisations politiques, organisations politiques unies dans ce qui est nommé World Forum on Natural Capital. Forum auquel adhèrent de nombreux États, des ONG environnementales (ou écologistes) comme WWF (World Wildlife Fund - notons l’humour de la vie sauvage évaluée), de nombreuses multinationales extractivistes, Rio Tinto, BP, Shell, ou du luxe, Kering, des agences comptables ou d’audit, PWC, KPMG, Standard and Poor, des institutions financières internationales, comme la Banque Européenne d’Investissement. Ce Forum est donc une sorte de Davos du capital naturel et de l’économie verte (on commence à bien rire !).

Ce capital naturel (à « protéger »), mis à la base de l’économie verte, entendue comme gestion de ce capital naturel, ce capital naturel vert est vite devenu un département, très prometteur, de la finance globalisée. Car c’est à la finance que revient, à la fin, « l’entretien et la protection » de ce nouveau capital ; la finance exhibant ses capacités séculaires à « développer et protéger » l’épargne ou le capital.

C’est donc à la finance (aux départements spécialisés des institutions financières) que revient la mesure évaluation de ce capital ; mesure qui passe par l’évaluation des « services environnementaux » que peut rendre ce capital vert, par exemple la valeur commerciale d’un paysage en termes touristiques, mesure évaluation qui permet une gestion économique en termes classiques de coûts / bénéfices des externalités à internaliser.

C’est cela qui caractérise l’économie verte, le transport des règles économiques classiques (mesure, évaluation, calcul de rentabilité) dans le domaine environnemental ou écologique, avec le dogme : seul ce transport isomorphique des règles économiques (de la logique du marché) à l’écologie est capable de promouvoir « la protection de la nature » ; la protection sera de forme économique ou ne sera pas.

Bien entendu, la définition axiomatique ou dogmatique de la nature comme un objet comptable à inscrire en compte n’est que le prolongement à l’environnement ou à l’écologie des principes habituels de l’économie ; l’économie verte désigne l’hégémonie de la logique économique. Les Nations Unies (UN), colonisées par les mégacorporations (avec le sourire des États qui composent l’arène des Nations Unies), ont même créé une Banque du Capital Naturel, Bank of Natural Capital (on meurt de rire !). Regardons le site de ce département financier des Nations Unies : tout l’esprit de l’économie verte se trouve résumé en quelques slogans explicites :

Penser toujours qu’il est impossible de gérer ce que l’on ne peut mesurer ;
L’évaluation permettant l’investissement (et ses calculs de rentabilité) est nécessaire à l’amélioration de la nature (possiblement par sa recréation artificielle) ;
L’investissement financier est la clé de la protection de la nature ;
Il est impossible de protéger la nature si cette nature n’est pas évaluée et inscrite dans des comptes ;
Sur cette base de l’évaluation (mesure du capital naturel) il convient de construire, ouvrir, le plus grand nombre de marchés, intermédiaires mécaniques de la gestion optimale ;
La gestion au moyen de marchés est le seul moyen d’assurer « la protection optimale » [5].

Arrêtons-nous, alors, sur l’un des plus célèbres marchés écologiques, le marché du carbone. Célèbre pour ses scandales (seconde référence de la note 3).

MARCHÉ DU CARBONE ET DOGMATIQUE ÉCONOMIQUE.
Le marché du carbone a été créé (ex nihilo) comme la mise en œuvre d’un dogme, le dogme de la bienfaisance par l’échange ou par le marché, ici l’échange des émissions de pollution. La dogmatique nous dit : pour réduire la pollution par les émissions de CO2, pour gérer optimalement cette pollution, il convient de construire un marché, le marché des émissions. On parle de Carbon Trading Dogma et de ses conséquences pratiques (implémentations) les Certified Emission Reductions.

Examiner ce néo-marché, construit artificiellement, permet de comprendre les relations qui unissent les catégories économiques (dogmatiques) et les problèmes environnementaux ou écologiques.

Le processus d’économicisation ou de marchandisation des questions écologiques, climatiques, virales ou autres, est lié à l’émergence d’une nouvelle modalité de génération de valeur et de profit, nouvelle modalité généralement nommée (par les négristes) « capitalisme cognitif » ; pour cette modalité, la valorisation est déplacée de la production matérielle standard (même si elle peut subsister là, de manière traditionnelle, par l’exploitation classique) vers l’innovation intellectuelle ou scientifique ; ainsi nous trouvons, comme formes nouvelles de valorisation, les nouvelles enclosures des droits de propriété intellectuelle, droits qui font l’objet de transactions financières denses,les marques, les inventions scientifiques (exactement technoscientifiques, biochimiques par exemple), les « concepts », l’innovation financière elle-même (dans un circuit itératif) ou la gestion financière (le cas Macron), tout ce qui ressort du fameux « general intellect ».

La gouvernance des circuits de valorisation est, alors, entièrement déplacée (même pour la valorisation classique par la production matérielle) dans la sphère financière ; cette sphère « immatérielle » est le poste de commandement de toute la valorisation capitaliste.

Comme on le sait bien, cette sphère financière est caractérisée par l’instabilité et l’incertitude (le risque, le capital risque auquel appartient la nature définie comme capital), le risque étant l’horizon de la finance. Horizon d’instabilité qui pousse, circulairement, les innovations financières(des assurances contre le risque), cet élément essentiel de l’innovation intellectuelle valorisable. De manière générale, les protocoles de gestion des problèmes écologiques sont toujours développés dans le cadre de la logique financière.

Ainsi le Protocole de Kyoto et le Clean Development Mechanism ont-ils conduit à déployer un système de néo-marchés, les marchés du carbone ou marchés des émissions polluantes.

Insistons, la marchandisation des émissions de CO2a été prescrite dans un cadre politique, celui des accords internationaux(des Nations Unies) ; cadre politique dominé idéologiquement par la logique économique qui prescrivait de créer de toutes pièces ce néo-marché des Certified Emission Reductions.

Les propriétés physiques des émissions polluantes, dites marchandises « carbone », les émissions polluantes échangeables introduites par le marché du carbone, leur valeur d’usage (négative), ne sont jamais définies de manière intrinsèque, technique ou chimique ou autre, ne sont jamais définies par leurs dimensions écologiques négatives (des pollutions dangereuses), mais sont toujours définies à travers la condition exclusive d’accepter le caractère bienfaisant du marché, organisé sous le principe de la compétition ou de la concurrence totale.

La valeur d’usage désastreuse des pollutions au carbone est dissoute dans la valeur d’échange que génère le marché de concurrence (il n’est jamais question d’interdire, horreur, les pollutions, il n’est question que de les gérer économiquement selon les principes habituels de la théorie économique ; à commencer par une allocation de « droits à polluer » échangeables).

Alors, la valeur comptable générée dans les marchés globaux du carbone découle du dogme que l’échange marchand des émissions polluantes au carbone est la seule solution acceptable des problèmes écologiques, climatiques par exemple.

No market, no future.

Exemple, le changement climatique ou une épidémie virale, effets externes du développement économique, montrant que le marché n’est pas omniscient (market failure), ces effets externes ne peuvent être résolus ou traités rationnellement que par l’internalisation universelle (de tout), c’est-à-dire par l’extension du marché ou la création de néo-marchés artificiels, comme celui du carbone.

Les défaillances des marchés (ou de la logique économique) ne peuvent être corrigées que par un déploiement des marchés ou un renforcement de la logique économique. No market, no future ; carbon pricing is the only solution to global warming.

La marchandisation ou la financiarisation des services environnementaux, leur vente à la coupe, est inéluctable, pour des raisons dogmatiques ou idéologiques. On peut alors dire, pour insister, que l’économie verte est la tentative capitaliste de dépasser les crises socio-écologiques en incorporant, internalisant, les (fameuses) limites environnementales et en redéfinissant ces limites comme un nouvel espace à coloniser, comme une nouvelle frontière à toujours repousser.

Ce capitalisme vert ne connaît les limites que pour s’en nourrir. Et, finalement, la gouvernementalité économique, la gouvernance financière, ne conçoit l’environnement que comme un élément interne « intéressant » du processus de production de valeur.

Le changement climatique ou tout autre effet externe ne peut être abordé, puis résolu comme problème, que par l’internalisation, c’est-à-dire par l’extension du marché, par l’absorption de l’extériorité environnementale en intériorité financière : tout problème écologique est résolu par sa transformation en problème financier.

La financiarisation des services environnementaux, services à effets positifs ou négatifs, est la seule voie concevable pour résoudre la question écologique ; la seule voie « réaliste », c’est-à-dire pensable dans le cadre des rapports de force qui tiennent l’hégémonie néo-libérale.

Le dogme du marché du carbone dérive de la dogmatique économique et de toute la mythologie qui soutient la création des néo-marchés, imaginés comme des processus d’optimisation et rendus automatiques une fois qu’ils sont installés (tel est le mythe, pour lequel les market failures ne peuvent être corrigées que par encore plus de marchés).

Ce dogme de l’économicisation, mesure, évaluation, comptabilité, calcul, financiarisation, le dogme néolibéral du salut par la constitution de marchés, cette dogmatique est l’expression des tendances « irrépressibles » du développement capitaliste actuel, pour lequel l’environnement représente une source potentielle de profitabilité.

L’écologie, d’accord ! Mais à condition que son développement ou sa gestion soit effectuée dans le cadre de l’économie ; et soit managée par les entreprises auxquelles l’État dévolue le pouvoir d’agir, comme favoriser les startups bio-nano-info. Le dogme néolibéral domine l’écologie avec l’affirmation : préservation de l’environnement = production de valeur et de plus-value par la gestion écologique ou la croissance soutenable.

Pas question de limiter la croissance, le ressort fondamental du pouvoir politique, mais nécessité de définir une croissance « soutenable » pour laquelle le profit dérive des nouvelles technologies écologiques ou est lié à la « nouvelle révolution industrielle écologique » (dont Macron est le grand prêtre).

Il s’agit de cristalliser les imaginaires et les imaginations, les innovations et les inventions selon la ligne politique néolibérale de l’extension des marchés et du renforcement de la concurrence.

Transformer l’université en pouponnière technologique, transformer les chercheurs en gestionnaires financiers de leurs propres recherches, mais uniquement dans les startups de haute technologie bio-nano-info, qui doivent assurer à ces chercheurs fortune et renommée.

Marteler le dogme de la solution de marché : la préservation de l’environnement doit passer par l’accroissement du profit et du taux de croissance, dans et pour les nouvelles technologies.

Comme les technologies du biomimétisme qui consistent à imiter les systèmes naturels, puis les recomposer (la méthode de production des médicaments à partir des plantesen isolant les molécules utiles), pour réduire les impacts environnementaux négatifs sans jamais sacrifier la concurrence économique.

L’histoire des conceptions néolibérales de la croissance et celle des visions biotechnologiques de cette croissance, ces deux histoires doivent toujours être étudiées simultanément.

La cristallisation des imaginaires autour de l’enrichissement, autour des profits à obtenir dans la lutte économique contre la crise environnementale, cette cristallisation tourne autour du grand principe économique de la compétition bienfaisante.

Il s’agit d’un dogme indémontrable (on peut plutôt démontrer le contraire, la malfaisance de la compétition, dès que l’on introduit la répartition et l’inégalité). Et le fait est qu’il s’agisse d’un dogme rend les éléments de ce dogme, marché, compétition, profit, innovation, équilibre, harmonie, bien-être, totalement impénétrables à la critique.

L’économie est une religion ; et l’extension de sa dogmatique sotériologique à ce nouveau domaine écologique rend l’économie verte (la nouvelle extension économique) totalement incritiquable ; critiquer l’économie verte est un blasphème, puni par l’excommunication, l’interdiction de s’exprimer.

Macron I, le fanatique financier de l’économie, de la compétition, des innovations, des startups, des règles comptables et financières, peut donc, parfaitement et sans difficulté, se travestir en Macron II, le défenseur de l’écologie ou de l’environnement, à la condition que cette écologie se moule dans le corps dogmatique de l’économie, ou soit soumis aux règles normatives de la mesure comptable (pas d’écologie sans évaluation de l’environnement ou des services environnementaux).

La dogmatique économique, comme toute dogmatique religieuse appuyée par la foi, est impénétrable à la critique aussi bien qu’aux preuves empiriques de son absurdité ; la critique détaillée du fonctionnement des marchés du carbone n’a aucun effet sur la dynamique de ces marchés, dynamique impulsée par la foi et la dogmatique des marchés salvateurs.

Le fait que les marchés du carbone soient défaillants, et plutôt inefficaces ou nuisibles, que la défaillance soit même la logique interne de ces marchés (minés par la corruption rhizomatique, lire note 1 référence 2), tout cela n’a aucune conséquence (nous retrouvons l’irresponsabilité des politiques et des hommes politiques) ; le fait que ces marchés soient sans effet dans la lutte contre le réchauffement (facile à vérifier !) et sont dommageables en repoussant et diluant les responsabilités (transfert des méthodes de la finance comme la titrisation), encore une fois tout cela n’a aucune conséquence ; le dogme se renforce même de ses échecs concrets ! Jamais le phénomène de l’Inquisition n’a pu mettre en cause la foi catholique !

Revenons alors à notre maître Mario Tronti(renvoi à LM 108 du 13 juin 2017, Sur John Holloway et la révolution copernicienne opéraïste) :

Nous avons toujours réfléchi et agi, dirigés par une pensée qui plaçait le développement capitaliste en premier et la lutte en second ; c’était une lourde erreur ; nous devons inverser le problème et partir du commencement ; et au commencement se trouve la lutte.

On connaît bien l’interprétation négriste de cette formule, formule entendue comme une sorte de clé sociologique ou méthodologique pour expliquer l’histoire (voir notre interprétation, opposée à celle de Negri, in article cité, LM 108). De manière négriste on pourrait dire : autant le nouveau rôle central du « general intellect » ou du travail immatériel comme principe d’organisation de la production, que la nouvelle gouvernementalité économique néolibérale dominée par la finance, l’un et l’autre ont leurs racines dans la réaction (créatrice) aux luttes, écologistes, anti-consuméristes, anti-capitalistes des années 1960-1970. On peut même dire que l’écologie « réaliste » réformiste opportuniste du futur premier ministre de l’écologie gouvernementale, que va coopter Macron pour son simulacre de virage écologiste, que cette écologie ministérielle trouve sa source dans la lutte interne aux écologistes et dans la réaction « réaliste » à l’écologie radicale ; le combat realos / fundisqui ressuscite le plus vieux conflit entre les socialistes réformistes et les communistes révolutionnaires.

Sans mouvements combatifs et sans lutte maintenue, il ne peut exister qu’une écologie de gouvernement, soumise à l’hégémonie économique.
Sans un combat radical contre cette hégémonie, nous ne trouverons que des écologistes réalistes opportunistes, piaffant devant le palais royal et attendant avec impatience que le roi les appelle, ce nouveau roi écologiste.

Le rôle crucial de la lutte est toujours à souligner : la lutte d’abord ; au-delà du sociologisme négriste.

L’hégémonie économique ou celle de l’écologie comptable est comme une forteresse qu’il faut sans cesse attaquer.

C’est à ce niveau d’abstraction qu’il faut se placer : déployer une lutte anti-économique qui est aussi anti-écologiste, autant que l’écologie réaliste est soumise à l’impératif de la croissance économique et à l’ordre capitaliste du profit.

Il faut rejeter en bloc la rationalité économique : la mesure, l’évaluation, la comptabilité, la finance (lire LM 242 du 11 mai 2020, Déconfinement).

Il faut un mouvement politique de rejet de l’économie pour désarticuler la dogmatique économique, qui a capturé l’écologie.

GREEN ECONOMY, NEW GREEN DEAL.
Le capitalisme néolibéral est en train d’essayer de transformer les crises, dont les crises environnementales, en des opportunités pour un business profitable (pour un nouvel usage de la crise épidémique, transformée en entreprise hautement profitable, voir l’article de Martine Orange, Médiapart, cité en note 2 ; mais la figure du « profiteur de guerre » ou de crise ou du malheur est une figure qui traverse les millénaires).

L’écologie économicisée, soumise à l’hégémonie économique, transformée en green economy (avec, sans doute, un new green deal) n’est en aucune manière une rupture ; ce que comprend bien Macron qui peut ainsi effectuer un virage écologiste, sans changer de position idéologique.

La nouvelle écologie de marché réalise un rêve biopolitique. Si du moins on prend, ici, biopolitique au sens des cours et leçons de Foucault : la nature internalisée dans le calcul économique. Suivons Foucault pour compléter nos analyses [6].

Le marché est devenu un principe de véridiction qui permet au gouvernement d’agir efficacement, en se contentant de construire et planifier des marchés, puis en laissant agir ces machineries automatiques (que le gouvernement monte et remonte) ; le marché est le centre d’un nouveau régime de vérité, d’une nouvelle religion.

Le régime biopolitique qui place l’environnement et la nature comme des préoccupations économiques essentielles (hygiéniques, productives) va chercher à contrôler cette nature, d’abord pensée comme simple extériorité puis transformée en catégorie clé, intériorisée.

On pourrait même dire, toujours en suivant Foucault, qu’un élément central qui a provoqué le glissement du libéralisme classique au néolibéralisme consiste en une modification de la relation entre le gouvernement biopolitique (ou économique, de gestion des populations) et la nature.

D’objet extérieur « gratuit », ou indifférent, la nature devient un objet économique internalisé, évalué, mesuré, comptabilisé, « pris en compte ».

La nature n’est plus pensée comme une limite externe, mais devient un bloc comptable intégré à la comptabilité générale, un nouveau bloc comptable qui, comme toute chose mesurée, permet le calcul, le profit, l’investissement.

Le dépassement économique des limites écologiques supposées se produit lorsque la nature est entièrement mesurée.

Le marché étant l’unique site de véridiction, lorsque la nature est reconstruite comme nature comptable elle passe sous le contrôle du marché ; la seconde nature mesurable est inscrite dans le mécanisme de véridiction du marché ou dans le régime de vérité (religieuse) défini par l’économie ; régime de vérité ou dogme religieux qui est le support du gouvernement néolibéral (ce pourquoi Macron paraît comme un fanatique ou un intégriste religieux ; son virage écologiste ne changeant rien).

Nous l’avons dit et redit, c’est ce dogme religieux (de la véridiction par le marché) qu’il faut abattre ; et pour abattre le dogme il faut se mettre en lutte.

Le pilier biopolitique ou économique de la soumission à la compétition, ce pilier qui, désormais, porte la nature et la transforme en nouvelle source de croissance, c’est ce pilier qu’il faut abattre : refuser la concurrence (et tout le narcissisme qui va avec).

Mais qu’est-ce que la compétition ?

La compétition est un formalisme ou un principe de formalisation, un principe de calcul, celui de l’optimisation. La compétition est le nom que l’on donne au cœur de la logique du calcul économique, celui de la maximisation. La compétition se place dans un champ entièrement rendu calculable ou mesurable. La compétition est une lutte entre des unités comptables dans le champ uniforme de la valeur comptable.

Mais la compétition, comme noyau de la logique économique, ne peut s’effectuer, se réaliser, produire ses effets (supposés bienfaisants), que si elle est placée au centre d’une construction politique totalement artificielle (comme la communauté économique européenne), construction politique normative capable d’ingérer la nature comme élément économique profitable.

Le nom de l’absorption, internalisation, de la nature comme élément profitable, lorsque la biopolitique ou l’économie (physiocrate) ingère l’écologie, est Green Economy, avec son article phare, le New Green Deal.

Le New Green Deal, un grand projet économique pour la nature, un projet qui peut parfaitement être géré par des financiers (même pas repentis, comme Macron).

Nous pouvons alors pronostiquer (pour revenir au thème de la politique anticipation) :

La Green Economy et le New Green Deal seront les socles politiques du gouvernement Macron II écologiste ; sans que l’aspect comptable financier austéritaire inégalitaire du gouvernement Macron I ne change en quoi que ce soit.

L’indifférence de l’écologie économique « réaliste » à tout problème social, de répartition, d’égalité, de démocratie, est sa marque de fabrique.

Il existe beaucoup d’écologistes « de droite » pro-capitalistes.

Le combat doit se situer là : dans la dénonciation de l’écologie « réaliste » ; qui collabore avec le néolibéralisme, qui envisage l’écologie comme une nouvelle force compétitive, un nouveau moyen de croissance appuyé sur de nouveaux objets (les produits de la fameuse nouvelle révolution biotech).

La rhétorique de la soutenabilité exprime cette synergie nouvelle écolo-économiste, cette nouvelle harmonie économique entre des éléments posés jusqu’alors comme antithétiques, la croissance et la protection de la nature.

L’économie verte est un nouvel élément de la reconfiguration biotechdes pratiques du gouvernement économique : toujours la compétition, mais avec de nouveaux éléments écologiques.

Suivons l’exemple du développement de la bioéconomie (Melinda Cooper, note 3, première référence).

La bioéconomie est un nouvel attribut de la biopolitique.

La bioéconomie désigne l’introduction de la logique économique (mesure, comptabilité, profit) dans le champ de « la vie », « vie » reconfigurée de manière technologique (biotech) par des industries ou des laboratoires biotechnologiques qui organisent un nouage technoscientifique et financier, indistinctement techno et financier, le modèle startup, modèle si chéri par Macron.

Contrairement à une idée fausse,les dirigeants politiques et industriels n’ont jamais dénié l’existence d’un problème écologique. Plutôt, ils étaient en attente d’une réponse qui s’inscrive dans le schéma économique. Et, maintenant que cette réponse est apportée (par la green economy) il est possible aux gouvernements et aux industriels se présenter comme écologistes, « les meilleurs écologistes ».

La biotechnologie, pour suivre l’exemple, est un nœud biotech-finance, est, à la fois, inscrite dans l’ensemble des circuits financiers (le financement des startups)et soutenue techno-scientifiquement par les gouvernements, à travers les universités et les centres publics de recherche ; déplacement du schéma militaro-industriel.

L’inscription technique de « la vie » dans un schéma financier transforme cette « vie » en quelque chose de totalement calculable, modélisable, contrôlable, artificiel, découpable en programmes de recherche ; la « molécularisation » de la vie transforme cette vie en une collection d’objets techniques standardisés et, ainsi, vendables, marchandisables.

Et la dernière innovation, « disruptive », celle du biomimétisme, l’imitation reconstruction hyper technologique des processus naturels, invention qui étend le champ de la bioéconomie, cette innovation de la biomimétique technologique désigne un nouvel espace industriel ou d’ingénierie biomoléculaire (bio-nano), nouvel espace, nouvelle frontière qui est espéréedevenirun nouveau moteur de croissance économique.

Les produits « bio-inspirés » et les services associés devraient générer plusieurs milliards de chiffre, très rapidement [7].

Ainsi se déploie économiquement la politique écologique.

L’idée de biomimétisme est travaillée, scientifiquement, industriellement et financièrement, depuis le début de ce nouveau siècle. Et cette idée a été présentée, dans les cercles biotechnologiques, financiers et politiques (une idée pour Macron II), comme une critique du système industriel ancien, carboné et dissipatif, extractif et polluant, et, en particulier, comme une attaque contre le lobby pétrolier.

Les lobbyistes du biomimétisme industriel ont même obtenu un grand succès, celui du vote, aux États-Unis de la fameuse loi American Clean Energy and Security Act (2009) ; l’industrie du biomimétisme devenant, grâce à cette loi, et toujours avec Trump, un élément central de la sécurité technologique américaine et de la green economy (mise au centre du dispositif de sécurité nationale) ; élément central qui continue son chemin par Trump (le négationniste climatique, en public, mais qui défend la green economy de haute technologie, en privé).

Renvoyons à la prophétesse de la révolution bioéconomique et biomimétique, Janine Benyus, Biomimicry, innovations inspired by nature.

Et résumons ses thèses les plus connues :
La nature fonctionne grâce à l’énergie solaire ;
La nature est économe (sinon économiste) et n’utilise que l’énergie dont elle a besoin ;
La nature est fonctionnelle et ne produit que des formes efficaces ; la nature est leibnizienne ;
La nature sait tout recycler ;
La nature se déploie par la diversité la plus grande ;
L’étude de cette nature exige une expertise spécialisée, expertise technoscientifique qui est la clé du développement économique futur ;
Les systèmes productifs bioéconomiques sont des systèmes vivants ou des imitations du vivant, circulaires (l’économie circulaire), efficaces ;
L’idée de déchet ou de pollution disparaît (la circularité) ;
La nature, recréée technologiquement (par imitation), est intégrée à l’économie (par cette reconstitution même) ; la nature ne constitue plus ni un problème, ni une limite ;
L’économie devient écologique dès lors que l’écologie est économe (ou économique) ; le principe de Maupertuis organise cette fusion écologie économie ;
L’économie verte est destinée à devenir intégralement bioéconomie de haute technologie.

Comme l’a bien senti Trump (même lui, alors Macron !) l’économie verte devient un réseau d’opérations technoscientifiques de la plus haute importance stratégique, déjà comme source d’une immense valeur compétitive.

La nation, États-Unis ou Chine, qui saura mettre ces technologies bioéconomiques au centre de ses préoccupations et de ses investissements acquerra ou possédera un immense avantage stratégique, nécessaire, par exemple, à la terraformation des planètes à coloniser (la course à la colonisation de Mars étant lancée). Macron ne peut être que sensible à de tels arguments.

Stratégie, intelligence, rapidité de décision, capaciter de mobiliser de lourds investissements financiers, voilà ce qui caractérise l’économie verte, comme direction stratégique. L’économie verte est certainement la meilleure manière de défendre l’idée (maintenue) de croissance économique nécessaire ; c’est aussi une manière nécessaire de se positionner dans un espace compétitif et militarisé.

Ce qui est derrière l’économie verte, la transformation de la nature en une gigantesque machine biotechnologique, par récupération industrielle, par copie transformation technoscientifique, ou par création pure en laboratoire, nature reconfigurée et, ainsi, pourvoyeuse de services biologiques ou écologiques vendables (grâce à l’extension sans limite des brevets), cette transformation techno-industrielle correspond exactement à une nouvelle accumulation primitive, la transformation d’un espace vierge,voire inconnu (comme les virus !), en un espace connaissable scientifiquement (par des experts spécialisés, disons des biochimistes organisés en entreprises) et, ainsi, rendu mesurable et calculable.

Ce qu’il y a derrière le projet vert du règne écologique de Macron II est une nouvelle accumulation primitive, une nouvelle colonisation par expropriation ou par appropriation technoscientifique (l’inclusion par exclusion d’Agamben).

Nous avons là un exemple parfait de la manière dont l’économie s’empare des externalités ou des extériorités pour les transformer en objets commerciaux ; ici nous avons toute la nature, scientifiquement recréée, comme champ adapté au développement économique.

Le fameux « retour à la nature » dont se vante cette écologie économique est une plaisanterie d’initiés
. En effet, la dite nature est reconstituée dans des laboratoires de recherche de haute technologie ; le « retour à la nature » exige de passer les combinaisons protectrices des laboratoires de haute sécurité (comme les P4). La nature est décomposée jusqu’au niveau nanométrique ou subatomique, puis recomposée en un gigantesque mécano surréaliste, selon la méthode typique de l’ingénierie génétique. L’idée néo-prométhéenne d’un contrôle de l’évolution, voire de son accélération, suscite une danse effrénée autour des profits espérés. La grande fantasia des savants fous est lancée.

La nature est transformée en entreprise ou en usine.

Cette nouvelle accumulation primitive implique au moins deux processus d’appropriation privée de la nature (les nouvelles enclosures) :
Celle de la propriété intellectuelle de toutes les productions artificielles, bien que mimétiques (phénomène déjà connu dans le domaine des médicaments) ; soulignons l’importance de cette privatisation de la recherche scientifique ;
Celle de la génération de nouveaux domaines « néo-naturels » qui cessent, par construction, d’être extérieurs (selon l’ancien sens de la nature, son extériorité) pour devenir des produits industriels (appropriés comme des marchandises ordinaires) ; notons que ces produits « néo-naturels » correspondent à des « néo-marchés » qui permettent de les valoriser.

Il est même instructif de noter que, selon les plus fanatiques supporters du biomimétisme ou de l’industrie bioéconomique en général, ce qui est le plus décisif, dans cette nouvelle branche industrielle (qui se substitue à la nature), est que cette industrie est immédiatement génératrice de chiffre (et de chiffres en tout genre).

Il ne s’agit pas seulement de donner un prix à la nature, il s’agit de reconstituer une nature artificielle technologique immédiatement mesurable en termes financiers. Les politiques vertes peuvent ainsi devenir la pierre de touche d’un nouveau modèle de développement économique. Et notre ami le roi vert Macron II ne fait, une fois de plus, que chausser les bottes du Sarkozy du Grenelle de l’environnement.

Toute la trajectoire du règne Macron est tenue dans le champ d’attraction du sarkozysme (depuis la commission Attali) ; le passage du Macron I tentant l’ordo-libéralisme au Macron II virant écologiste confirme cette capture.

Fini les services écologiques « gratuits » ; directs, sans transformation biochimique, ou indirects, reconstitués en laboratoire, ils doivent être évalués, puis payés, impliquant la démultiplication de nouveaux marchés (comme celui du carbone, dont nous avons parlé au début de cette note).

L’économie verte étant entièrement absorbée dans le champ de la logique économique, passer d’une économie traditionnelle, carbonée, à une nouvelle économie verte, biochimique, ne peut donc poser aucun problème à un financier comme Macron.

Et celui-ci peut se présenter comme « le meilleur écologiste », puisque dès que la nature est envisagée comme un objet économique, un objet de haute technologie stratégique, toute question écologique, pollution, réchauffement, épuisement, destruction, est effacée, réglée par avance (par la dissolution économique).

Et peu importe qu’en fait le déploiement des néo-marchés ou de l’économie verte hypertechnologique aggrave les problèmes écologiques (comme nous l’avons dit en suivant le cas du marché du carbone) ou les problèmes sociaux, par l’accroissement massif des inégalités lié à l’extension illimitée des droits de propriété intellectuelle (voir le cas pendable de la recherche des vaccins), le dogme économique de la comptabilité qui sauve ne peut jamais être mis en cause.

L’économie verte est une menace écologique, sociale et politique.

Ses affinités sélectives avec la finance, son rôle central dans le rajeunissement du capitalisme, par une nouvelle révolution des techniques, la rendent particulièrement nuisible.

Ce pourquoi Macron le destroyer peut s’en prévaloir pour effectuer un tournant sans changement.


[1] Relire LM 102 du 4 mai 2017, Macronomie ; la longue note sur la commission Attali.

[2] Nous allons étudier spécifiquement les relations d’ingestion entre écologie (environnement) et économie (finance).

Il aurait été possible de suivre une voie parallèle, celle de l’étude de l’absorption économique (financière) de « la santé » (la privatisation, la marchandisation). Le tout récent débat sur les vaccins et l’appropriation privée (via lesdroits intellectuels) de leur recherche, développement puis production en vue d’une vente (dont les bénéfices attendus paraissent colossaux) doit être considéré comme une illustration (supplémentaire) des thèses que nous allons soutenir (sur l’ingestion de l’écologie par l’économie).

Sur ce sujet des vaccins et de l’absorption de « la santé » par l’économie, renvoyons à l’excellent article de Martine Orange, Médiapart du 14 mai 2020, Vaccin contre le Covid-19, Sanofi ou la marchandisation extrême de la santé.

[3] Notons que le brave Fabius n’a pas été contaminé par l’affaire du sang contaminé. Et que, comme un politique normal, donc irresponsable, il a pu continuer son train de sénateur jusqu’au conseil constitutionnel où il peut dormir en paix.

Il faudra un jour établir la liste de tous les politiques qui ont pu échapper à la justice. Sarkozy, encore lui, est certainement un modèle pour Macron, qui pourrait être mis en accusation pour incompétence notoire et mise en danger de la vie de ses sujets (mais n’est-ce pas le rôle du « chef » de mettre en danger la vie de ses subordonnés, sans conséquence aucune pour son statut, toujours protégé par l’irresponsabilité générique).

[4] Cette note peut être lue comme un nouveau supplément à la série La conspiration (Lundi Matin).

Renvoyons à cette série et, plus particulièrement, aux deux épisodes consacrés à l’écologie, l’épisode 7 du 1ernovembre 2015 et l’épisode 8 du 8 novembre 2015.

Mais il est possible de commencer à l’envers, par le post-scriptum, l’épisode 11 rajoutéle 29 décembre 2018.

[5] Pour plus de détails :

Commencer par le magnifique ouvrage de Melinda Cooper,Life as Surplus, Biotechnology & Capitalism in the Neoliberal Era (livre à lire, absolument, et dont nous nous inspirons) ;

Marius-Cristian Frunza, Fraud and Carbon Markets, The Carbon Connection ;

Jorgen Wettestad, The Evolution of Carbon Markets, Design and Diffusion ;

Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil, Prédation, Nature, Le Nouvel Eldorado de la Finance ;

OCDE, Politique de l’environnement, Comment appliquer les instruments économiques ;

Olivier Beaumais et Mireille Chiroleu-Assouline,Économie de l’Environnement.

[6] Michel Foucault,Naissance de la biopolitique ;Sécurité, territoire, population ; Il faut défendre la Société.

[7] Renvoyons à l’officine spécialisée de consultants en bioéconomie, Biomimicry 3.8,
“Biomimicry 3.8is the world’s leading bio-inspired consultancy offering biological intelligence consulting, professional training, and inspiration”

Florage

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Message par Florage le Ven 22 Mai - 20:20


Covid-19, maladie de l’anthropocène et de la biodiversité
La « santé globale » est en jeu
Michek Duru, chercheur en agronomie, UP, 4 mai 2020
La pandémie de coronavirus pose encore de nombreuses questions sur son origine comme sur ses impacts sanitaires. Sa complexité vient de son intrication dans un écosystème humain en plein bouleversement : dérèglement climatique, pollutions, maladies chroniques comme le diabète et l’obésité, qui aggravent les effets du Covid-19. Plus encore, la pandémie se développe sur le terreau de notre système alimentaire dont les bouleversements relatifs à la globalisation et à l’industrialisation de l’agriculture, de la transformation et de la distribution ne cessent de produire des effets délétères pour la santé humaine. Autant de facteurs qui impactent la « santé globale » et augmentent la vulnérabilité des organismes humains confrontés à l’émergence des pandémies virales.

La pandémie actuelle, due au coronavirus responsable du COVID-19 avec ses multiples conséquences, n’est pas simple à interpréter tant pour son origine que pour ses impacts sanitaires, les seuls considérés ici. Il est pourtant indispensable de le faire pour guider et orienter en amont le choix des politiques publiques, tout autant que ceux des acteurs économiques et des citoyens et consommateurs.

Cette pandémie vient rendre encore plus urgent l’agenda des politiques à mener pour faire face aux différentes composantes des changements globaux qui caractérisent l’anthropocène : le dérèglement climatique, la pollution des eaux et de l’air, qui ne s’infléchissent pas malgré des politiques dédiées, ainsi que les maladies chroniques comme le diabète et l’obésité dont l’expansion actuelle est déjà elle-même une pandémie. Largement dépendantes de notre système alimentaire, les causes multiples de ces bouleversements sont interconnectées : elles sont relatives à la globalisation et à l’industrialisation de l’agriculture, de la transformation et de la distribution, ainsi qu’à l’occidentalisation de l’alimentation.

Deux causes majeures de zoonoses1 pandémiques à effet délétère pour notre santé ont été identifiées. D’une part le risque de zoonoses est accru par la consommation et le commerce d’animaux sauvages mais aussi par le changement d’utilisation des terres via la déforestation et l’agriculture itinérante. D’autre part, l’organisme humain est plus vulnérable à certaines de ces zoonoses du fait d’une baisse de l’efficacité de notre système immunitaire. Ces causes apparemment indépendantes ont comme caractéristique commune, une baisse, voire un effondrement de la biodiversité, aussi bien dans les écosystèmes naturels où les occasions de rencontre entre la faune sauvage, les animaux domestiques et les hommes se sont accrues, mais aussi dans notre intestin. En effet, notre microbiote intestinal, lorsqu’il se trouve en mauvais état ou dysbiose nous protège mal des maladies infectieuses ou de leurs complications. Enfin la baisse de la biodiversité dans les écosystèmes cultivés entre aussi en synergie avec les deux effondrements cités pour en accentuer les effets, ou bien pour créer des conditions favorables à leur développement. Ainsi déforestation dans le monde, pollution et dégradation de l’air et des terres localement, dysbiose intestinale au sein de notre organisme, toutes dégradations qui semblent n’avoir rien à voir entre elles font pourtant « système » et sont autant de symptômes de dysfonctionnements de notre système alimentaire.

Nous examinerons pour chacun des domaines (écosystèmes naturels, écosystème intestinal, écosystèmes cultivés) les composantes de notre système alimentaire qui contribuent à la baisse de biodiversité et leurs conséquences sur le développement de pandémies.

Baisse de la biodiversité dans les écosystèmes naturels : déforestation et zoonoses
La déforestation a augmenté depuis les années 50 : cinq millions d’ha ont été déforestés par an entre 2001 et 2015, principalement au Brésil et en Asie du Sud Est, à un rythme qui ne faiblit pas depuis 50 ans. La raison en est la forte demande de soja pour élevage et d’huile de palme pour l’alimentation industrielle et les biocarburants.

Les plantations de palmiers à huile couvrent actuellement plus de 27 millions d’hectares de la surface de la Terre. Le faible prix de cette huile sur le marché mondial et ses propriétés spécifiques la rendent surtout demandée pour la fabrication d’aliments ultra-transformés (pizzas surgelées, biscuits, margarine…). Près de la moitié de l’huile de palme importée dans l’UE sert de biocarburant, et le reste est utilisé pour l’alimentation animale et humaine.

Par ailleurs, ces 50 dernières années, la production du soja a décuplé passant de 27 à 267 millions de tonnes. L’augmentation de la demande de consommation de viande dans l’UE, et plus récemment en Chine, est à l’origine de cette croissance puisque près des ¾ du soja produit dans le monde est utilisé pour nourrir les animaux. Or cette augmentation dans les pays occidentaux ou développés n’est pas calée sur les besoins réels, car la consommation de viande y dépasse de beaucoup les recommandations de l’OMS pour la santé. Ce dépassement a entrainé la destruction d’habitats naturels au travers de l’explosion de l’élevage industriel. En tant que première source d’alimentation animale au monde, le soja est ainsi devenu un élément indispensable du modèle d’agriculture et d’élevage industriel. Cette évolution soutenue par le faible coût relatif des produits animaux issus de ce type d’élevage, est par la déforestation à l’origine directe des récentes zoonoses.

Baisse de la biodiversité dans notre intestin :
« malbouffe », dysbiose et maladies chroniques, facteurs de comorbidité pour les maladies infectieuses

Au cours des 50 dernières années, les décès liés aux maladies infectieuses ont baissé grâce à progrès sanitaires et à l’utilisation d’antibiotiques. En revanche, les maladies chroniques non transmissibles ont fortement augmenté, notamment en raison de la « malbouffe », dont la conséquence est le surpoids, l’obésité, qui sont la porte d’entrée du diabète avec les pathologies associées. La pandémie du Covid-19 révèle que ce sont aussi des facteurs de risque pour le développement de formes graves de la maladie puisqu’on constate que le nombre de patients en réanimation, de même que le pourcentage de ceux qui meurent ont quasiment tous une ou plusieurs maladies chroniques (obésité, diabète etc…). Ce constat fait dans des pays aussi différents que la Chine, l’Italie la France et les USA signifie que la prévention des maladies chroniques devrait jouer aussi un rôle clé dans la prévention des maladies infectieuses ou de la létalité de leurs complications.

Notre microbiote est un facteur clef de la santé et des maladies. En effet, les humains et les microbes ont établi une association symbiotique au fil du temps, et les perturbations de cette association sont à l’origine de maladies inflammatoires à médiation immunitaire. Ces maladies chroniques très invalidantes affectent différents systèmes organiques. Ainsi les perturbations du microbiote constituent des facteurs de risque pour les maladies inflammatoires de l’intestin, l’obésité, le diabète, les cancers, la polyarthrite rhumatoïde, l’asthme, mais aussi les maladies du cerveau ; une part considérable de leur pathologie étant due à notre alimentation et à notre environnement. Les processus en jeu sont l’inflammation, le stress oxydatif causés par un manque de certains nutriments (fibres, omega 3), l’excès d’autres (omega 6, produits ultra-transformés, riches en gras, sucres et contenant des additifs) ainsi que les contaminants (pesticides, perturbateurs endocriniens). Des données récentes suggèrent que le microbiote des sociétés industrialisées diffère considérablement du microbiote ancestral récent des humains, car les communautés microbiennes associées à l’homme se sont adaptées aux pressions environnementales. La modernisation rapide des pratiques médicales (antibiotiques, césariennes, à l’issue desquelles le nourrisson ne bénéficie pas de l’exposition au « bon » microbiote maternel) et évidemment les changements délétères de notre alimentation ont entraîné une détérioration progressive du microbiote, facteur, on l’a vu, du développement des maladies chroniques dans les sociétés industrialisées.

Par ailleurs, on sait que la réponse immunitaire innée aux virus inhibe leur réplication, favorise leur élimination, induit la réparation des tissus, et déclenche une réponse immunitaire adaptative prolongée. Ainsi, dans la plupart des cas, les réponses inflammatoires pulmonaires et systémiques associées aux Covid-19 sont déclenchées pour notre bien par le système immunitaire inné lorsqu’il reconnaît les virus et tente de les circonvenir. Mais plusieurs facteurs peuvent rendre cette réponse démesurée, inadaptée et même fatale. Outre le vieillissement, qui impacte la diversité du microbiote, la moins bonne efficacité de notre système immunitaire dépend des facteurs de comorbidité que sont les maladies chroniques. Le développement de l’antibiorésistance acquise via l’air, les eaux etc. aggrave la situation, et il est maintenant reconnu comme un problème majeur pour les infections par des bactéries : indépendamment du Covid-19 les infections pulmonaires résistantes aux antibiothérapies existantes sont de plus en plus un facteur important de mortalité pour la grippe saisonnière.

Baisse de la biodiversité dans les sols et les paysages :
systèmes agricoles industriels, pollutions et réduction de l’offre alimentaire dans les territoires

Les dynamiques de biodiversité observées dans les écosystèmes naturels et dans notre intestin sont aussi concomitantes à la baisse de la biodiversité dans les sols et paysages agricoles. La simplification des systèmes de cultures comme la spécialisation des exploitations et des régions engendrent un surcroît d’utilisation d’intrants de synthèse (engrais azotés, pesticides) dans une tentative toujours moins efficace pour compenser la perte de services fournis par la « nature ». Par exemple, on cultive très peu de légumineuses qui permettent de fixer l’azote de l’air, du fait d’une spécialisation des exploitations pour le blé, le colza, le maïs et le tournesol. Et nous importons une grande partie des légumineuses à graine pour notre alimentation alors que nous n’en consommons pas suffisamment pour notre santé.

Nous importons aussi beaucoup de légumes, parfois de loin, souvent avec un fort impact environnemental, alors que notre consommation est déjà très insuffisante pour notre santé, que notre climat est parfaitement adapté à ces cultures, et qu’ils sont d’excellents pourvoyeurs d’antioxydants et de vitamines.

Par ailleurs, dans certaines régions, la forte concentration d’élevages intensifs dépendant du soja ou d’intrants exogènes à la région est aussi associée à des émissions élevées dans l’eau de nitrates et dans l’air d’ammoniac. Elle se traduit aussi par un usage excessif en antibiotiques qui contribue, avec les antibiotiques utilisés en médecine humaine, au développement de l’antibiorésistance dont on a vu les méfaits.

La santé globale pour comprendre et agir

La biodiversité étant menacée ou ayant atteint des seuils critiques dans de nombreux domaines très différents les uns des autres, il convient de la restaurer de manière coordonnée et à des fins de prévention afin d’assurer les conditions de ce qu’on appellera une santé « unique » ou « globale ». En conséquence, les politiques sectorielles par domaine, agriculture, environnement, alimentation, santé, commerce international, qui visent seulement à réduire les impacts sans toucher au système ne sont plus suffisantes. La vision actuelle du monde comme illimité en ressources, la compartimentation des politiques « en silo », qui abordent les problèmes isolément, tout autant que la croyance mirifique dans la capacité des seules nouvelles technologies à sauver le monde, sont donc insuffisantes et inadaptées.

Le développement de politiques systémiques est la seule réponse, à donner en urgence, à cette crise systémique. C’est la condition nécessaire pour réduire non seulement l’impact et les risques de futures pandémies mais aussi pour faire face aux conséquences catastrophiques de notre système alimentaire sur la santé et l’environnement. Sa contribution au dérèglement climatique monte à environ 25 % des émissions des gaz à effet de serre via les engrais azotés, le méthane (ruminants, rizière) et la déforestation. Comment faire pour réduire les émissions de 50% de façon à atteindre la neutralité carbone en 2050 ?

Prendre vraiment au sérieux les enjeux d’environnement et de santé (maladies chroniques, mais aussi zoonoses) nécessite de recomposer les relations entre les différents acteurs pour penser et mettre en œuvre une transition du système alimentaire dans sa globalité. Il importe de tenir compte de difficultés et/ou défaillances telles que la gestion de dynamiques trans-échelles, les inégalités persistantes quant aux droits alimentaires, les déséquilibres de pouvoir ainsi que les valeurs et interprétations contradictoires de la sécurité alimentaire.

Écrire un nouveau récit autour de la santé des organismes et des populations (les Hommes, les animaux) et de leurs habitats (le sol, les écosystèmes…) est une voie pour refonder l’action publique et donner des perspectives à l’action collective.

Sur le terrain, une multitude d’initiatives (Amap, plans alimentaires territoriaux, circuits courts, restauration collective responsable, marché paysan…) s’engagent vers une transition agroécologique des systèmes alimentaires. Cependant les effets à l’échelle de la France peinent à apparaître car ces initiatives parfois s’ignorent ou se concurrencent, ont du mal à capitaliser les compétences, et souvent n’embarquent qu’une partie des changements à opérer : elles portent sur l’agriculture ou l’alimentation, mais rarement les deux. Les coordinations déjà en cours doivent donc être renforcées de façon à changer l’échelle et rendre ces initiatives visibles au plus grand nombre d’acteurs possibles. A cette fin les scénarios de systèmes alimentaires élaborés par les chercheurs fournissent des référentiels convaincants pour développer des systèmes alimentaires territorialisés et crédibiliser les choix faits. Toutefois, au- delà de ces initiatives, il importe que les acteurs du système alimentaire « dominant » s’attellent ensemble à des changements de rupture, qu’il s’agisse des firmes pour les fournitures agricoles (semences, engrais, pesticides), des relais de proximité des agriculteurs, coopératives ou conseil agricole, mais aussi des grands acteurs de la transformation et de la distribution, car les seuls changements à la marge tels que pratiqués usuellement ne sont plus suffisants. Si cela est connu des chercheurs de longue date, le Covid-19 vient d’en enseigner l’urgence à tous.

[1] Maladie d’origine bactérienne, virale ou fongique transmissible de l’animal à l’homme

Michel Duru, Directeur de Recherche en agronomie à l’INRAE. Ses travaux ont d’abord porté sur l’agriculture (culture, élevage) et l’environnement. Actuellement, il travaille sur la « transition agroécologique des systèmes alimentaires ». L’enjeu est de définir des innovations systémiques pour une alimentation saine et durable en tenant en compte de la finitude des ressources (terre, phosphore…), tout en réduisant nos impacts pour faire face au dérèglement climatique et aux pandémies telles l’obésité et certaines maladies infectieuses.

Florage

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Message par Florage le Lun 25 Mai - 16:42

25 mai
Entre deux mondes
Quelques pistes pour le monde d'après
Marie Joséphine Grojean, UP Magazine, 25 mai
Journaliste Nature et Écologie , Ecrivaine, Membre de l’Académie de l’Eau

Afin de contribuer à l’effort d’information sur la crise actuelle du coronavirus, UP’ propose à ses lecteurs un accès gratuit aux derniers articles publiés relatifs à cette thématique.
Dans l’incertitude qui désormais nous tient lieu de cap, se dessine toutefois une certitude : ce que nous vivons – et allons vivre – est indéchiffrable avec le logiciel du monde d’avant. Impossible d’inventer une nouvelle société humaine avec ces références-là ! Le défi avait été déjà posé lors de la première guerre du Golfe par Alain Hervé dans le mensuel « Le Sauvage » : « L’humanité vacille comme un bol de soupe trop plein, au bord de sa propre histoire. Allons–nous continuer d’accélérer, de fuir en avant : croissance économique, démographie, innovations scientifiques et techniques ? Au centre du cyclone, on attend, on retient son souffle, on attend une naissance » … En 1991, on ne parlait pas encore d’un monde d’après…

Aujourd’hui, un méchant virus a envahi le monde. Il a osé attaquer les humains. Il chamboule tout, partout sur la planète, faisant surgir la perspective d’un monde d’après. Pour lui donner du sens et la rendre opérationnelle, il faut en inventer le logiciel. Malgré les réticences, les résistances au changement, malgré l’inertie et la pression du confort, malgré les habitudes, malgré la désinformation de la plupart des médias qui insistent, implicitement mais lourdement, sur le « retour à la normale », malgré les « élites » qui interprètent les données de la science en fonction de leurs intérêts et de leur croyance en la toute-puissance de la technique et de l’économie, malgré tout cela, les lois de l’évolution nous obligeront à avancer dans une autre direction. Face aux forces nouvelles qui se développent, les humains sont sommés d’inventer une autre manière d’habiter le monde.

Variations d’échelles et mondialisation
Le « lointain » qui jusqu’alors nous confinait en même temps dans une curiosité et une indifférence aux désastres du monde, est devenu proche. Il est entré au plus près de chacune de nos vies. A l’instar des technologies de la communication, le virus est arrivé en vitesse accélérée et simultanée comme les news qu’on reçoit partout, venant de partout, à l’instant T. C’est sans doute cette diffusion planétaire accélérée et quasi simultanée qui a conféré à « la chose » sa super puissance.

Cette variation d’échelles qui privilégie le global aux dépens du local focalise sur la mondialisation dont finalement, on s’était peu soucié. Ni pour comprendre comment elle allait modifier notre perception du monde et de nous-mêmes, ni pour envisager quelles en seraient les conséquences spécifiques, écologiques, économiques, sociales, psychologiques… Le phénomène s’était produit. On ne voulait pas trop savoir. C’est si commode, l’ignorance… Pourtant la question de la mondialisation est en lien direct avec le virus, et sous beaucoup d’aspects. Comme elle est en lien, qu’on le veuille ou non, avec l’accroissement des inégalités, les menaces graves sur les ressources naturelles, et avec la question des libertés.

Aujourd’hui, on sait que dans toutes les sphères où se manifeste la vie, atmosphère, nanosphère, cosmosphère et jusque dans la technosphère, tout communique, tout est en résonance, tout est interactif et interdépendant. Même si cela ne se voit pas. Du fait de ces variations d’échelles, les interactions sont devenues exponentielles, et leurs effets associés, imprévisibles.

Juste un exemple avec ce qui se passe au niveau des micropolluants dans les eaux. Leur nombre et leurs effets associés sont en constante augmentation à cause, non seulement de la multitude croissante des éléments en présence, mais à cause du devenir mystérieux de leurs interactions. Comment maîtriser ce phénomène en lien direct avec la santé ? Ce sera un des nombreux problèmes à résoudre dans le monde d’après.        

« Quelle dose de mondialisation l’Homme peut-il supporter ? » se demandait déjà en 2005 Rüdiger Safranski, ce philosophe allemand qui avait souligné le divorce entre le cercle des idées et celui des actions, l’abîme qui sépare l’universalité des abstractions théoriques et des idéaux proclamés dans les démocraties occidentales, et les limites et contraintes des réalités de terrain ; mais aussi la place toujours plus réduite des savoirs locaux dans le champ de la connaissance, les dangers de la pensée économique dominante, etc.  Pour lui, l’autonomie des territoires et des acteurs locaux et leur capacité à faire face à des situations concrètes seront des outils nécessaires à intégrer dans le logiciel du monde d’après. Son analyse nous incite à reconsidérer nos fonctionnements, nos déplacements, nos modes de consommation, nos relations interindividuelles et nos relations avec l’ensemble du Vivant. Il s’agira de réfléchir à comment habiter le monde autrement, comment rééquilibrer le savoir abstrait et théorique dominant par un savoir-faire adéquat. Et cela pour que la Terre continue à nous accueillir avec bienveillance.

Qu’est-ce que cela veut dire être un être humain ?
Cette deuxième question tout aussi importante et concrète  concerne notre existence en tant qu’être humain vivant parmi  huit milliards d’humains sur une même planète. Dans le logiciel du monde d’après, la question ne sera pas seulement d’habiter le monde autrement, mais de l’habiter autrement ensemble.

Quel effet cela fait-il d’être un être humain ? avait demandé Le prix Nobel d’économie Amartya Sen, en ouverture du Troisième Forum sur le Développement humain, organisé à Paris en 2005 par le Président Jacques Chirac.

Pour cet économiste et philosophe indien, l’identité culturelle, le véritable fonctionnement démocratique et l’équité mondiale sont les notions-clés du « vivre ensemble ». Nul doute que ces questions soient à l’ordre du jour dans le logiciel du monde d’après.

Sa vision du développement humain consiste à percevoir les êtres humains en termes de bien-être et de liberté, ce qui diffère notablement d’une approche du développement qui se concentre sur les revenus, la richesse et les biens matériels des gens. En effet, pour lui comme pour de plus en plus d’économistes atterrés, le développement est d’abord humain ; et il s’inscrit dans une existence interactive.

C’est pour cela que les conditions de vie dans ce monde à la fois remarquablement prospère et parfaitement misérable devront être revues et corrigées. Comment sera-t-il encore possible – si nous devenons vraiment humains – de supporter que des millions d’enfants meurent de malnutrition et de maladies hydriques, que des millions d’adultes de pays dits pauvres, mais plein de richesses naturelles, soient en état de misère chronique, d’illettrisme, de maladie, de solitude, ou forcés à l’exil économique ou climatique, ou fuient des guerres liées à la volonté de puissance de dirigeants cruels ? Il sera sans doute nécessaire de s’insurger davantage pour changer ces états de fait inhumains du monde actuel.

La liberté de choisir son identité culturelle, le renouvellement de la vision démocratique, l’instauration d’un gouvernement de la discussion, le rôle du citoyen dans son pays, et sa compréhension de lui-même en tant que membre de l’humanité, ces questions devront être posées et traitées. De même que la question de la distribution des richesses sur le plan national comme international, ainsi que le problème des inégalités qui est au cœur des affrontements relatifs à la mondialisation. Toutes ces questions devront être reconsidérées.

Il ne faut pas oublier que ces contraintes et ces inégalités sont le fruit d’une idéologie de la domination qui sera difficile à anéantir. Tacite, sénateur dans un empire romain assoiffé de conquêtes, avait noté dans ses mémoires écrites au premier siècle de notre ère que « le désir de dominer est une passion dévorante qui étouffe tout sentiment ».

Alliance du sentiment et de la raison
Il faudra alors redonner au sentiment sa juste place, sa véritable portée, à savoir sa dimension de respect, de désir de justice et d’équité entre tous. C’est peut-être le sens que voulait donner André Malraux à cette phrase qui lui a été attribuée : le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas. Autre sujet de réflexion qu’il faudra certainement approfondir, mais dont on peut percevoir déjà certaines directions.

Ce monde à venir doit s’ouvrir à une compréhension nouvelle de la Vie et du Vivant. La volonté de puissance et de conquête devra céder le pas à une vision bien différente. Les humains de ce monde à venir auront à développer une nouvelle conscience. Ils devront élaborer une raison qui tienne compte de la dimension sensible et spirituelle qui a habité les Hommes depuis le début des temps. La transcendance a toujours été un horizon nécessaire au développement de l’imaginaire, de la créativité, de l’intelligence et du cœur. Cet horizon sera à redécouvrir, à repenser et à revivifier.

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Pour aller plus loin :
« Vivant », ouvrage collectif de Vandana Shiva, Pablo Servigne, Lamya Essemlali, Valérie Cabanes, Jonathan Attias, Sebastien Bohler, Laurie Debove, Gauthier Chapelle, Manuel et Cervera-Marzal – Edition La Relève et la Peste, décembre 2019
23 mai
« La crise du coronavirus est une crise écologique »
Serge Morand, Santé et biodiversité / Libération, 27 mars
Serge Morand, écologue de la santé et biologiste de l'évolution, spécialiste en écologie parasitaire et membre des Compagnons d'Humanité et Biodiversité, pour le média Libération.. Il souligne le lien entre destruction de la biodiversité, élevage intensif et explosion des maladies infectieuses. Et appelle à changer d'urgence de modèle agricole, pour éviter de nouvelles crises sanitaires.
Plusieurs espèces d'animaux sauvages ont été accusées d'avoir transmis le Covid-19 à l'homme (pangolin, chauve-souris...). Qu'en est-il ?

Il est à 98% certain que le Covid-19 trouve son origine dans un coronavirus de chauve-souris. Mais il y a peu de chances qu'il soit passé directement de la chauve-souris à l'humain, car il faut un petit changement dans la structure du génome du virus pour lui permettre d'entrer dans les cellules humaines. Pour cela, d'autres animaux servent souvent de passerelles permettant « d'humaniser » les virus et autres pathogènes hébergés dans les animaux sauvages. C'est ce qu'on appelle « l'effet d'amplification ». Le premier Sars-coronavirus, en 2002, était passé par une civette (ou chat musqué). Et le Mers-coronavirus, au Moyen-Orient, en 2012, était passé par un dromadaire. Pour ce nouveau Sars-CoV-2, le virus responsable du Covid-19, c'est le pangolin qui aurait permis cette humanisation. Ce n'est pas encore certain du tout, mais c'est possible.

Si c'était avéré, le trafic d'espèces sauvages serait-il en cause ? Le pangolin est très prisé en Asie...


Peut-être. Mais les seules écailles d'un pangolin mort n'auraient pas pu transmettre le virus, il faut que l'animal ait été gardé vivant. Je ne sais pas s'il existe des fermes de pangolins en Asie. Mais ce qui est sûr, c'est que les fermes d'animaux sauvages y sont très nombreuses, pour répondre au marché de l'alimentation locale, de la médecine traditionnelle chinoise, mais aussi à certaines modes pour les classes aisées du monde entier. Le nombre de fermes à civettes a explosé ces dernières années en Indonésie, au Vietnam, en Chine et désormais en Thaïlande pour produire du « café civette » (ou kopi luwak), récolté dans les excréments de l'animal, à qui on fait manger les cerises du caféier.

La plupart des maladies infectieuses touchant les humains sont-elles issues des animaux sauvages ?


Oui. Nous continuons d'échanger avec les primates non humains, qui nous ont « donné » récemment plusieurs maladies infectieuses : paludisme, fièvre jaune, dengue, Zika et chikungunya (propagées « grâce » aux moustiques), mais aussi virus du sida et d'Ebola (ce dernier a été transmis des chauves-souris aux humains via la viande de brousse). D'autres nouveaux virus sont associés aux rongeurs (fièvre de Lassa, monkeypox), aux chauves-souris (Ebola, donc, mais aussi Hendra), aux oiseaux (H5N1)... Un pays riche en biodiversité est « riche » en maladies infectieuses. Mais attention, la destruction de la biodiversité augmente les risques d'épidémie. Si on déforeste, on urbanise, les animaux sauvages perdent leur habitat et cela favorise leurs contacts avec les animaux domestiques et les humains.

Certains pourraient être tentés d'éradiquer des espèces pour remédier aux épidémies comme Donald Trump préconisait de raser la forêt pour lutter contre les incendies...

C'est tout l'inverse de ce qu'il faut faire ! Car on a aussi remarqué que le nombre d'épidémies de maladies infectieuses est corrélé au nombre d'espèces d'oiseaux et de mammifères en danger d'extinction par pays. Les milieux riches en biodiversité, avec des mosaïques d'habitats, des agricultures diversifiées, des forêts, contribuent à réduire la transmission des maladies zoonotiques et sont plus résilients. Les pathogènes y sont certes nombreux, mais circulent « à bas bruit», localement, répartis sur beaucoup d'espèces, ne se propagent pas facilement d'un endroit à l'autre et d'une espèce à l'autre et ne se transforment donc pas en grosses épidémies. C'est ce qu'on appelle l'« effet de dilution ». Alors que si on change le milieu, si on réduit le nombre d'espèces, l'effet d'amplification joue au contraire à plein. Cela vaut aussi pour nos pays tempérés.

Prenez l'exemple de la bactérie responsable de la maladie de Lyme, transmise par une tique. Une étude (Keesing et al., 2010) a démontré que la maladie est moins présente dans les Etats américains où la diversité en petits mammifères est la plus importante. Là où les écosystèmes sont préservés ou restaurés, on observe un nombre important de mammifères, dont certains sont des espèces « cul-de-sac » ne transmettant pas la maladie, permettant ainsi de « diluer » le risque d'infection. Si on fait disparaître des espèces, surtout celles « non compétentes » pour la bactérie, cela favorise la rencontre entre les tiques et les espèces « compétentes » ou « hôtes », donc la transmission à l'homme. Si on massacre les renards, prédateurs de rongeurs « hôtes », ces derniers pullulent et c'est banco pour les tiques et la transmission. Donc moins il y a de biodiversité, plus cela favorise le passage des maladies aux humains. Surtout si on multiplie les élevages intensifs, où l'on concentre des animaux d'une seule espèce, sans diversité génétique.

La domestication animale favorise les maladies infectieuses ?

Elle est même historiquement à l'origine de nos principales maladies de ce type, comme la rougeole, les oreillons, la rubéole, la variole, les grippes, etc. Le nombre de maladies partagées entre animaux domestiques et humains est proportionnel au temps de domestication. Nous partageons plus de maladies avec le chien, la vache ou le cochon, domestiqués respectivement entre 17 000 ans et 10 000 ans, qu'avec le lapin, domestiqué depuis 2 000 ans. Il y a aussi les maladies véhiculées par les animaux commensaux, comme le rat, qui a commencé à vivre avec les humains il y a 10 000 ans, avec les premières cités. Les rats nous ont « donné » le typhus, la peste, des fièvres hémorragiques ou récemment la leptospirose.

Tous ces animaux proches de l'homme peuvent servir de passerelles et « d'amplificateurs » pour les pathogènes et parasites hébergés dans les animaux sauvages. Le rat sert de pont aux maladies des autres rongeurs pour atteindre les humains, le chien sert de pont aux maladies du renard ou du loup, le chat à celles des félins sauvages (pour ce dernier, il s'agit d'une bactérie agent de Rickettsia felis, ou « typhus de la puce du chat »). Idem avec les oiseaux : les canards domestiqués servent de pont aux virus de grippe des canards sauvages, qui peuvent ensuite échanger avec des virus circulant chez les cochons, et banco, le virus s'humanise.

Mais le fait que des virus qui restaient jusqu'ici dans les chauves-souris en Asie parviennent jusqu'aux humains est nouveau et directement lié à leur perte d'habitat, qui les rapproche des animaux domestiques. L'exemple du virus Nipah, qui a émergé en 1998 en Malaisie, est emblématique. L'habitat de la chauve-souris qui l'hébergeait en Malaisie a été transformé en plantations de palmiers à huile. Les chauves-souris ont donc cherché de nouveaux territoires et sources de nourriture et se sont retrouvées près des cochons d'élevage destinés à l'exportation. Le virus Nipah est passé chez le cochon, puis a contaminé les humains, jusqu'aux employés des abattoirs de Singapour, pour faire 140 morts en tout. Des chauves-souris victimes de plantations de palmiers à huile pour le marché international se sont retrouvées sur des cochons eux aussi destinés au marché international...

La mondialisation est donc aussi en cause ?

Oui... Depuis 1960, humains, animaux et végétaux subissent ce que j'appelle une « épidémie d'épidémies ». Il y a de plus en plus d'épidémies par an, de plus en plus de maladies différentes, qui sont de plus en plus partagées entre les pays et deviennent donc des pandémies. Environ 70% de ces nouvelles épidémies sont associées aux animaux sauvages ou domestiques, la même proportion que pour les épidémies « historiques ». Mais ce qui change, et crée les conditions de leur explosion, c'est la combinaison de trois facteurs : perte de biodiversité, industrialisation de l'agriculture – qui accentue cette perte – et flambée du transport de marchandises et de personnes.

On a simplifié les paysages, multiplié les monocultures, et la Terre compte aujourd'hui 1,5 milliard de bovins, 25 milliards de poulets, des milliards de cochons. Ajoutez à cela un transport aérien qui a bondi de 1 200% entre 1960 et 2018, idem pour le fret maritime... Et vous obtenez cette « bombe » épidémique. C'est un immense défi pour les systèmes de santé publique, qui doivent se préparer à tout et à de l'improbable. Comme le Covid-19 : il était totalement improbable qu'un virus qui était encore en novembre tranquillement dans une population de chauves-souris quelque part en Asie se retrouve quatre mois plus tard dans les populations humaines sur toute la planète.

Or, dites-vous, les réponses actuelles aux crises sanitaires préparent de nouvelles crises...

C'est dramatique, cela prépare au pire. En Thaïlande, pour répondre au virus H5N1 de la grippe aviaire, on a abattu en masse les races locales de poulets de basse-cour. Elles ont été remplacées par des races génétiquement homogènes issues de la recherche agro-industrielle, prévues pour de grands élevages confinés. Une politique promue par l'Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui déplore pourtant par ailleurs la disparition depuis le début du XXe siècle de 30% des races de poulets, 20% des races de cochons... On entretient un cercle vicieux infernal, alors même qu'on sait qu'une diversité génétique élevée protège contre la propagation des pathogènes.

Même mauvaise réponse lors de la grippe aviaire H5N8, qui a émergé dans des élevages intensifs de Corée en 2016. En France, dans le Gers, on a ciblé a priori les oiseaux sauvages, un petit élevage d'une race locale de canards... avant de comprendre que la crise avait été propagée par des transports de poulets et de canards depuis l'Europe centrale.

Que faire alors ?

S'intéresser aux causes de la propagation des épidémies. Pour cela, il faut encourager la collaboration entre les domaines de la santé humaine, de la santé animale, de l'environnement. Médecins, vétérinaires et écologues doivent travailler ensemble. Et même les spécialistes de la gouvernance et des sciences politiques, car toutes les épidémies ne se transforment pas en crises sanitaires.

Pour éviter de nouvelles crises telles que celle du coronavirus, qui est l'exemple type d'une crise écologique, nos dirigeants doivent absolument comprendre que la santé et même la civilisation humaine ne peuvent se maintenir qu'avec des écosystèmes qui marchent bien. Qu'il existe des limites planétaires à ne surtout pas dépasser, sans quoi cela se retournera contre nous. Pour cela, il faut démondialiser, et vite ! Préserver la biodiversité en repensant l'agriculture.

La nouvelle présidente de la Commission européenne veut un Green Deal ? Disons deal, mais vraiment green ! L'argent de la PAC ne doit plus subventionner une agriculture industrielle qui nous mène dans le mur, mais les services rendus par les agriculteurs à la société. En 2008, on a fait des cadeaux aux banques, on a effacé leurs dettes. Qu'on aide aujourd'hui les agriculteurs à se désendetter, à changer de modèle, à réancrer l'agriculture dans les territoires. En développant l'agroécologie, l'écopastoralisme, l'agroforesterie, etc., on recrée de la résilience, du lien social, on lutte contre le changement climatique, on rend les agriculteurs d'ici et d'ailleurs heureux, on mange des aliments de qualité. Et on évite les crises sanitaires. C'est faisable !

Coralie Schaub, le 26 mars 2020, Libération

Florage

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ÉCOLOGIE, ÉTAT, CAPITALISME VERT et CORONAVIRUS Empty Re: ÉCOLOGIE, ÉTAT, CAPITALISME VERT et CORONAVIRUS

Message par Florage le Mer 27 Mai - 8:51


ÉCOLOGIE ET ANTHROPOLOGIE
entre sciences, écologie révolutionnaire et théorisation communiste,
des pas à franchir
Temps Critiques a sur son blog (Relevé de notes en temps de crise sanitaire (VI), 25 mai) relevé comme moi l'intérêt des interventions récentes l'anthropologue de Philippe Descola. Cette critique rejoint d'une certaine façon la mienne, sa contribution de scientifique accouche d'une souris politique dans les solutions, comme quoi ce n'est pas son métier, mais le nôtre (voir CONJONCTURE PANDÉMIQUE CONVERGENCES D'ANALYSES CONCEPTS CROISÉS, et le mon commentaire du 21 mai sur l'apport des anthropologues

il est indéniable qu'il s'agit maintenant, pour les luttes écologiques et leurs théories, de prendre en compte une critique radicale du Capital, mais ce n'est pas là l'affaire de l'écologie comme science. C'est celle d'une théorisation communiste intégrant cette dimension en s'appuyant sur la science écologique

toutefois, Temps Critiques, avec sa tension individu-communauté humaine et sa Révolution à titre humain, ne voit aucune émergence nouvelle dans la conjoncture pandémique. C'est tout de même un problème pour la validité de ses thèses, autant que pour la théorie de la communisation et sa révolution prolétarienne
Temps critiques a écrit:Dans un entretien récemment publié dans Le Monde*, l’anthropologue Philippe Descola s’exprime sur la pandémie de Corona virus. Il y reprend les thèses de ses travaux scientifiques sur les rapports entre nature et culture, mais un rapport non plus considéré sous l’angle anthropocentrique, qui a été celui de la philosophie et des sciences depuis le XVIIe siècle, mais sous l’angle d’une reconnaissance du non-humain. Une telle reconnaissance est récente dans l’histoire de l’anthropologie, ce qu’il souligne en ces termes, « L’un des moyens pour ce faire fut d’introduire les non-humains comme des acteurs de plein droit sur la scène des analyses sociologiques en les faisant sortir de leur rôle habituel de poupées qu’un habile ventriloque manipule ».

Il rappelle que les pandémies ont accompagné l’hominisation puisque les groupes humains vivaient à proximité des animaux sauvages tous réservoirs de virus et d’autres éléments pathogènes. Pour Descola, au XVIIe et au XVIIIe siècle, le rapide développement des sciences expérimentales et les techniques qui leurs sont liées, ont constitué une rupture définitive avec les anciennes continuités entre nature et culture. Pour légitimer idéologiquement cette rupture, les pouvoirs scientifiques et politiques « inventent la nature4 » c’est-à-dire diffusent la représentation d’une réalité qui devient de plus en plus étrangère aux hommes. Pensée par les philosophes et grâce au développement des sciences des techniques, elle a établi une séparation entre les humains et les non-humains. Cette « révolution mentale » a permis, selon lui, le développement du capitalisme industriel. Mais les conséquences de ce développement ont été largement méconnues. Aujourd’hui, poursuit-il, nous connaissons désormais l’interdépendance des « chaînes de la vie » mais cela ne modifie pas la marche de la logique capitaliste.
Descola, comme bien d’autres commentateurs avides de filer la métaphore virale, en vient alors à cette conclusion : « Nous sommes devenus des virus pour la planète ». [[pourquoi Temps Critiques ne retient-il pas que Descola souligne un « "fait social total". En ce sens, la pandémie est un réactif qui condense, non pas les singularités d’une société particulière, puisqu’elle est mondiale, mais certains traits du système qui régit le monde actuel, le capitalisme postindustriel. » « Ce n'est pas l'humanité en général, parce qu'une grande partie de l'humanité n'a pas d'effet destructeur sur les milieux de vie, c'est un projet [capitaliste, occidental et anthropocentriste] qui s'est mis en place il y a plus de trois siècles en Europe et qui a été adopté par d'autres civilisations. » ?]

Aux questions de son interlocuteur sur les moyens politiques susceptibles de contribuer à une sortie de système pathologique, l’anthropologue répond par… des mesures fiscales et juridiques : impôt écologique universel ; taxation des coûts écologiques de production et de transport ; attribution de la personnalité juridique à des milieux de vie ; promotion de conventions citoyennes tirées au sort ; instauration d’un revenu universel.

Ce qui frappe ici c’est l’écart entre l’ampleur planétaire des menaces à venir et l’étroitesse des réponses proposées. Après avoir dit que le capitalisme est globalement responsable de la catastrophe à venir — ce dont on peut convenir facilement — Descola incite les citoyens des États-nation [son cadre de référence] à engager ces derniers dans une « cosmopolitique » qui mette fin à la funeste séparation entre humains et non-humains. Comment, dès lors, allons-nous cesser d’être « des virus pour la planète » ? En adoptant les quelques mesures fiscales et juridiques que nous venons de voir ! Il y a vraiment loin de la coupe aux lèvres…


3. « Nous sommes devenus des virus pour la planète » entretien avec Philippe Descola, Le Monde, 22 mai 2020.
4. La périodisation qu’énonce Philippe Descola est de courte portée. Les processus de séparation des hommes avec la nature extérieure sont bien antérieurs à l’émergence et aux développements des sciences modernes. Ils ont pris forme dès l’établissement des États (États-empire mésopotamiens, États-cité de la Grèce antique, États-royaux médiévaux) accompagnés par la création des villes, par la division de la société en castes, classes, puissances supérieures, par l’institution des religions et d’autres déterminations dites « civilisationnelles » du même ordre. L’appropriation de la nature extérieure, son exploitation, sa domestication et souvent sa destruction sont liées à ces processus de domination. Les biotopes des espèces animales ont commencé à se réduire dès les temps protohistoriques ; comme les déforestations s’accroître. À ce sujet, il ne faudrait pas oublier les destructions écologiques intenses et massives perpétrées par les despotismes antiques : déforestation de l’Attique, exploitation des sous-sols, massacres systématiques des animaux dans les sacrifices et les jeux. Sans pour autant parler, comme le font certains historiens, d’un capitalisme antique. La lutte pour le pouvoir et la puissance des toutes premières formes d’État s’avérait bien suffisante.

Florage

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