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TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique

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Message par Florage le Ven 27 Mar - 4:21

en attendant d'autres textes, notamment un repéré par Ana C. Dinerstein en cours de traduction par l'ami Adé. Je ferai une sélection assez stricte, inutile de se payer toutes les interventions dogmatiques et normatives des gauchistes de tous poils, les Yakafokon de l'activisme "auto-organisé" ou la critique du pouvoir qui pullulent de toutes oppositions impuissantes pour promouvoir leur place aux prochaines élections

je rappelle que ces textes critiques n'engagent que leurs auteurs, et que mon analyse suppose d'en lire le feuilleton dès le début, puisque je ne peux en permanence la résumer : THÉORIE RADICALE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS

Jacques Camatte a écrit:Cher Mårten,

Voici ce que je peux te dire :

 Je pense depuis longtemps que l'espèce a risqué l'extinction. Ceci a été confirme scientifiquement. Il y aurait eu deux cas: un il y a 120 000 ans et un autre il y a 70.000ans. Ceci a laissé en l'espèce l'empreinte d'une menace.  Pour la conjurer elle est sortie de la nature. Mais, au bout du compte, elle rejoue cette menace et elle provoque elle-même le possible de son extinction. Nous sommes arrivés au moment final, décisif. C'est la fin de l'errance. Dans le chapitre 14 (avant-dernier) de Émergence de Homo gemeinwesen, Point d'aboutissement actuel de l'errance, j'expose tout cela  de façon la plus précise possible1. Synthétiquement: pour échapper à la menace "naturelle" l'espèce s'est séparée de la nature, pour échapper  à la menace "anthropique", elle doit s'y réinsérer, ce qui n'implique pas une fusion. Pour cela il faudra que  s'actualise un immense retour du refoulé: la naturalité, comme cela se vérifie lors de catastrophes naturelles avec manifestation de la solidarité, préoccupation pour l'autre, etc....  avec la suspension  de la dynamique de l'inimitié qui doit, de nos jours, se transformer en une élimination car il ne faudrait pas qu'elle ressurgisse entre ceux et celles qui optent ou vont opter pour une virtualisation accusée avec perte de ce qui reste de relations humaines, et ceux et celles qui seront touchés par le retour du refoulé.

       Dit autrement, pour se protéger l'espèce s'est enfermée dans un devenir, son errance, et est devenue incapable d'imaginer autre chose; ce qui constitue sa folie. C'est ce qui apparaît nettement à travers les réactions des dirigeants dans les divers domaines. D'où, sous-jacente et tendant à émerger, la panique. On le sent par exemple au fait que le coranovirus évoque irrésistiblement une menace.

Jacques
14.03.2020

Afin de rendre plus compréhensible la lecture de cette lettre je publie un chapitre non terminé de Émergence de Homo gemeinwesen:

14. Point d'aboutissement actuel de l'errance

la vidéo dépasse largement la question de la chloroquine, pour atteindre à la méthodologie radicale d'ensemble, entre approche scientifique et philosophie critique. Conseillé


Dernière édition par Florage le Mar 19 Mai - 2:57, édité 8 fois

Florage

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Message par Florage le Ven 27 Mar - 14:41

AUTRES TEXTES
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- TPTG : “Rapport sur la réalité dystopique du corona-virus en Grèce” (milieu communisateur), traduction dndf, 23 mars

- La pandémie du coronavirus ouvre une nouvelle étape de l’histoire mondiale, Hamid Alizadeh, Révolution, Tendance marxiste internationale (trotskiste), 14 mars
un classique du programmatisme ouvrier, Trotsky avait (presque) tout prévu...

- Capitalisme et coronavirus. Notes à propos de l'épidémie économique
Maurilio Lima Botelho, 7 mars 2020, traduction Critique de la valeur, 21 Mars 2020
Maurilio Lima Botelho est professeur de géographie urbaine à l’Université fédérale rurale de Rio de Janeiro (UFRRJ) et l’un des contributeurs du Blog da Boteimpo, l’un des principaux sites de la gauche marxiste brésilienne. S’appuyant sur Marx et le courant de la Wertkritik, Botelho met la théorie et l’analyse de la crise fondamentale du capitalisme développées depuis une trentaine d'années par les groupes allemands Krisis et Exit !, à la suite des œuvres de Robert Kurz (1943-2012) ou Ernst Lohoff et Norbert Trenkle, dans La Grande dévalorisation (Post-éditions, 2014), à l’épreuve de l’actuelle crise économique-financière mondiale et de son lien avec la situation sanitaire induite par la pandémie du coronavirus.  

- « Nous sommes tous sur le même bateau, et son nom est Diamond Princess », par Slavoj Žižek, BibliObs, 14 février
Selon le philosophe marxiste, l’épidémie de coronavirus est une version inversée de « la Guerre des mondes » de H.G. Wells.

je rappelle que ces textes critiques n'engagent que leurs auteurs, et que mon analyse suppose d'en lire le feuilleton depuis le début, puisque je ne peux en permanence la résumer : THÉORIE RADICALE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS


Dernière édition par Florage le Sam 28 Mar - 15:10, édité 6 fois

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Message par Florage le Ven 27 Mar - 16:30

il y aurait beaucoup à dire sur ce texte, par exemple quand sériant les problèmes il place en priorité "l'imaginaire social" (relent de Castoriadis, un maître à penser pour Lieux Communs), mais il s'agit d'une véritable analyse, avec des éléments recoupant les miens. On attendra la suite...
La pandémie actuelle du Covid-19 ouvre une crise totale, au sens où elle bouscule la totalité de l’organisation de nos sociétés, de ses aspects les plus intimes jusqu’à l’ordre géopolitique mondial. Il faudrait parvenir, ambition impossible, à en saisir toutes les facettes, comprendre ce qui se joue, formuler les grandes orientations envisageables et, éventuellement, le rôle que nous pouvons y jouer.

Ces quelques remarques, et celles qui suivront peu à peu, ne cherchent pas à établir des vérités définitives surgies d’on ne sait où, et d’autant plus que la situation renfermera, pour quelque temps encore, de multiples développement possibles. En ce moment d’ébranlement tous azimuts, il s’agit de partager ici quelques éléments, immédiatement datés et souvent sur le mode de l’interrogation, pour essayer de nourrir une intelligence collective – seule, unique et ultime secours en ces temps troublés où nous nous installons.

Trois précisions : D’abord ces considérations s’adressent à ceux qui se donnent la peine de s’informer sur les questions ici soulevées. La revue de presse continue régulièrement mise à jour sur ce site depuis la mi-mars servira de référence permanente mais implicite, dispensant de laborieuses notes de renvoi.
Deuxièmement, ce qui est également requis, et avidement recherché, est la lucidité, quel qu’en soit le prix, et il peut être élevé en période d’incertitude généralisée : il n’est pas plus question ici de « rassurer » les masses (c’est-à-dire monnayer leur soumission) que de les « paniquer » (c’est-à-dire travailler à leur égarement). Le catastrophisme n’aura finalement jamais été autre chose que l’envers du progressisme, et l’industrie du spectacle n’a cessé, depuis quarante ans, de travailler à cette tenaille [1].
Enfin, comme toute véritable crise qui rompt une situation de délitement méta-stable, notre situation n’est pas surdéterminée mais offre, au contraire, la possibilité de réorientations fondamentales à toutes les échelles – la véritable question étant ce que nous sommes prêts à faire, ce qui est possible d’entreprendre sans trop d’illusions et surtout ce que nous voulons [2]. Nul fatalisme, donc, mais nul volontarisme non plus.

Bref : nous nous adressons à des adultes.

Ce qui arrive ne doit pas, au fond, nous surprendre

Nous savions tous, plus ou moins confusément, que nous vivions dans l’œil d’un cyclone, et que l’histoire ne pouvait que redémarrer. Le refus passionné de comprendre les signes qui s’accumulaient ne pouvait que conduire à cet effet de seuil, cette soudaine accélération que nous vivons [3].

Mais cette rupture brutale dans un présent qui se voulait perpétuel aurait tout aussi bien pu être déclenchée par d’autres événements tout aussi inéluctables et imprévisibles découlant de processus connus de tous : un conflit géopolitique majeur, une catastrophe écologique mondiale, un accident nucléaire planétaire, une crise économique généralisée, une attrition pétrolière subite, une cyberattaque d’ampleur, etc. C’est ainsi qu’il nous semble falloir comprendre, fondamentalement, ce qui nous arrive au-delà de l’urgence présente, aussi prenante soit-elle [4].

Toutes ces autres crises potentielles (économique, écologique, alimentaire, sociale, anthropologique,… ) qui couraient jusqu’ici parallèlement à la crise sanitaire que nous traversons ne vont pas cesser, bien au contraire : elles vont se révéler. Nous assistions depuis des décennies à leurs cheminements indépendants, puis à la convergence de quelques-unes (crises économique et énergétique, par exemple, ou crise migratoire et écologique) voire à un début de synergie (avachissement occidental et affirmations ethno-religieuses – l’islamo-gauchisme, par exemple [5]).

La grande question de la synergie des crises en cours

La grande question est donc : ces engrenages vont-ils s’articuler, ces crises vont-elles se catalyser et s’auto-alimenter les unes les autres ou bien les réactions populaires et oligarchiques suscitées par la pandémie vont-elles nous amener à les affronter globalement, voire à en résoudre certaines conjointement ? Autrement dit : le carrefour auquel nous sommes aujourd’hui nous conduit-il au déclenchement d’un effondrement civilisationnel en cascade ou sommes-nous dans un phénomène de catalyse du réveil des peuples comme l’esquissaient les divers mouvements dits « populistes » de ces dernières années comme les Gilets jaunes en France [6] ?

Ou, pour poser la question en des termes plus familiers de nos lecteurs réguliers : l’épidémie mondiale de Covid-19 nous propulse-t-elle vers cet horizon impérial auquel nous destinaient les grandes évolutions des sociétés, ou constitue-t-elle un coup d’arrêt, même provisoire mais peut-être salutaire, à ce funeste avenir [7] ?

Essayer de sérier les problèmes

Ces interrogations grandes ouvertes doivent être nourries et examinées. Le caractère « total » de la situation actuelle déclenchée par la crise sanitaire exige de sérier les grands domaines à aborder, sans qu’il soit possible d’oublier leurs profondes interdépendances. La liste suivante devrait être développée au fil des textes, voire remaniée si le besoin se présente.

- Le premier domaine est celui de la pandémie proprement dite et de ses questions essentiellement épidémiologiques – abordé ci-dessous.
- Le deuxième recouvre l’impact de cette pandémie à court et moyen terme sur nos sociétés, et leur imaginaire social. Il y serait notamment question du déni spectaculaire des dangers du coronavirus, du possible retour de la notion d’intérêt collectif et de ses ennemis, des effets probables du confinement, de l’évolution des relations entre les peuples et leurs oligarchies, etc.
- Le troisième domaine concernerait, les réactions et stratégies éventuelles des oligarchies, au-delà du scandale français, de leurs spectaculaires voltes-faces idéologiques, de leurs revirements soudains et surtout de la possibilité que les mesures actuelles de réclusions constituent un précédent pour la mise en place d’un régime autoritaire légitimé par l’urgence sanitaire et écologique, soit une écocratie [8].
- Le quatrième et dernier domaine questionnerait la crise économique qui ne fait que débuter et les réagencements géopolitiques en cours [9]. Il s’agira notamment de comprendre l’évaporation de l’Union européenne et ses conséquences, d’envisager le retour possible d’un monde d’États-nations et d’un basculement mondial en faveur de l’Asie, de l’exaspération des tensions déjà présentes, de l’avenir du continent Africain, probable futur épicentre de la pandémie, etc.

1 – Questions épidémiologiques

L’évidence était partagée par ceux qui voulaient savoir : nous étions entrés depuis de nombreuses décennies dans une nouvelle ère historique de pandémie.

Et cela pour des raisons, connues, de géopolitiques (la « mondialisation », c’est-à-dire le brassage accéléré des objets, des humains et des espèces à l’échelle planétaire) et d’écologie (perturbation accrue des écosystèmes, y compris fossiles comme le permafrost, généralisation de l’élevage industriel, développement d’agents pathogènes résistants aux antibiotiques) mais aussi, souvent éludées, bio-anthropologiques : l’immuno-dépression chronique des modes de vie sédentaires dans des centres urbains surpeuplés, pollués, à l’alimentation déséquilibrée, et des campagnes à l’envi, accompagnée par la disparition progressive du bon sens collectif (et des minimas de culture scientifique) et, surtout, par l’affaissement du sentiment d’appartenance, d’identité, d’intérêt communs.

Cette situation n’est pourtant pas nouvelles : c’est celle, mutatis mutandis, de tous les grands empires dans l’histoire, immanquablement ravagés par des épidémies dévastatrices qui ont u contribuer à des effondrements ou des refondations. La dernière grande pandémie, la grippe espagnole de 1918-1919, ayant marquée l’aboutissement de la première mondialisation du XIXe, au sortir de la première guerre mondiale, premier affrontement colossal d’empires coloniaux de l’ère moderne. Mais si la plupart des épidémies importantes se sont déroulées dans ces configurations de « grandes mêlées des peuples » et d’États affaiblis, leurs impacts ont pu être très différents en fonction de la pente historique où elles se déroulaient – la grande peste du XIVe accompagnant paradoxalement l’émergence de l’Occident, la Renaissance.

Placée dans cette perspective, le Covid-19 est une pathologie relativement bénigne – il suffit de comparer avec les dévastations provoquées par peste ou le typhus, ou même de la grippe de Hong-Kong de 1968-1968, qui avait fait, rien qu’en France, plus de 30.000 mort en deux mois. Elle constituerait donc plutôt un avertissement et un entraînement (les MERS, SRAS, Ebola,… n’ayant pas été entendus en Occident) à de futures pandémies qui ne manqueront pas de survenir dans les conditions actuelles. De ce point de vue, ce que nous vivons est une occasion historique inespérée, et in extremis, d’éviter des cataclysmes à venir.

Les inconnues qui entourent le virus SARS-Cov-2 sont nombreuses et leurs levées progressives vont déterminer la sortie de la pandémie :

Y a-t-il d’éventuelles séquelles sur l’organisme, à moyen ou long terme, d’une infection ainsi qu’une possibilité d’une immunité acquise (une première infection ne protégerait alors pas de la suivante) ? ;
Nous ignorons si la pandémie va se dérouler en plusieurs vagues successives (la deuxième de la la grippe espagnole avait été la plus mortelle), ni si le virus ne va pas devenir endémique, revenant saisonnièrement sous une forme altérée ;
La découverte de médicaments adéquats semble sur la bonne voie, même s’il est possible qu’ils ne soient pas une panacée et idem pour le vaccin, promis pour dans un an, sans que sa réalisation ou son efficacité technique ne soient, là aussi, certaines ;
Enfin, corrélé à ce qui précède, des mutations sont toujours possibles et même probables, à mesure que l’épidémie s’étend et rencontre des populations différentes.
Les réponses à ces questions dépendent essentiellement de la recherche médicale, un des quelques secteurs intellectuels – essentiellement de sciences « dures » – qui ne soit pas délabré et qui poursuit sa trajectoire « moderne » en multipliant les progrès tangibles.

Mais, même ici, les domaines ne sont cloisonnés que sur le papier : impossible d’être resté insensible à la profonde crise traversée par la médecine occidentale (mécanique / moléculaire) engagée dans l’impasse de la surenchère techno-scientifique, ignorant des interrogations fondamentales déjà anciennes (aspects psycho-somatiques, par exemple), convoquant, en catimini, les médecines « parallèles », etc [10]. Ce n’est pas à nous et ce n’est pas le lieu de dresser un état de lieu de la discipline, mais il est clair, pour en rester à l’épidémiologie, que la course aux antibiotiques s’annonce perdue à plus ou moins court terme, les bactéries multi-résistantes n’étant pour l’instant que contenues lors de leurs apparitions (une alternative serait l’élaboration de bactériophages, soit l’utilisation de virus contre les bactéries…).

À un autre niveau, les trais « sociologiques » qui neutralisent nombre de disciplines s’exercent ici aussi : bureaucratisme effréné, pression des lobbies, opportunisme obscène, carriérisme frileux, conformisme « de fonction », fraude et plagiat, incompétence, starification, lubies idéologiques, etc. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer « l’affaire Raoult » et sa désormais célèbre Chloroquine…

Impossible de ne pas évoquer ici, quitte à anticiper quelque peu la suite, le déni dont une partie importante du corps médical à fait preuve pendant des semaines – jusqu’à ce que la réalité ne déborde sous leurs propres yeux –, oubliant quelques fondamentaux de collégien, dont le fait que le virus était inconnu, la maladie incurable et le précédent chinois exemplaire…

Ici encore le Covid-19 sonne comme un avertissement.

Ce sont ces éléments médico-épidémiologiques, en grande partie hors de notre portée, qui vont conditionner la suite des événements, bien entendu, et la profondeur des crises qui s’ouvrent.

(…/…)

[Deuxième partie bientôt disponible]


[1] cf. Catastrophes, catastrophismes. Désirs d’en finir et haine de la société

[2] cf. en ce qui nous concerne : Ce que pourrait être une société démocratique

[3] Cf. Fausses figures de l’avenir. Remarques sur la difficulté d’envisager la sortie de notre présent perpétuel

[4] cf. (In)Actualité de la démocratie directe. « Penser à présent, penser notre présent »

[5] cf. Les racines de l’islamo-gauchisme

[6] cf. nos deux brochures

[7] On lira L’horizon impérial

[8] Cf. Décroissance et démocratie directe, ainsi que Climat : la longue marche ?, publiés dans la revue La Décroissance

[9] cf. La quatrième guerre mondiale s’avance
je rappelle que ces textes critiques n'engagent que leurs auteurs, et que mon analyse suppose d'en lire le feuilleton depuis le début, puisque je ne peux en permanence la résumer : THÉORIE RADICALE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS


Dernière édition par Florage le Sam 4 Avr - 9:04, édité 5 fois

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Message par Florage le Sam 28 Mar - 3:11

comme annoncé, traduction par l'ami Adé du texte signalé par Ana C. Dinerstein via @CDinerstein
Ana est une théoricienne marxiste argentine, contactée il y a 2 ans en relation avec ses travaux sur l'utopie concrète, le Principe espérance de Ersnt Bloch, et le Marxisme décolonial
El COVID-19 evidencia la crisis del capitalismo,
muestra la urgencia de una nueva sociedad humana

J.G.F. Héctor

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Le COVID-19 met en lumière la crise du capitalisme
et montre l’urgence d’une nouvelle société humaine


TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique COVID19
La propagation du COVID-19 de par le monde n’est pas simplement« un phénomène naturel ». Depuis son origine, il porte le marque de la société de classes dans laquelle nous vivons, rendant évidentes ses contradictions: pour cette société, l’accumulation de profit est tout ; l’existence humaine, rien. En même temps, cette crise nous offre la possibilité de visualiser l’urgence d’extirper la racine de la société actuelle et de fonder une nouvelle société. Cette dernière doit avoir comme point de départ nécessaire les actions des travailleurs, des femmes, des étudiants, etc. qui se refusent à être de « la chair à canon » devant la menace de l’extension de la pandémie.

LE SIGNE DE NAISSANCE DU COVID-19 EST CAPITALISTE

Dès son surgissement en Chine en fin d’année 2019, la réponse officielle devant le COVID-19 rendit évidente sa condition de classe: « Lorsque l’épidémie débuta dans la ville de Wuhan, les fonctionnaires sous-estimèrent sa gravité, se refusant à annuler les événements publics tout en poursuivant soignant-e-s et journalistes qui révélaient la vérité [1] ».

Une fois le virus propagé, les mesures gouvernementales afin de tenter de le contenir montrèrent à nouveau son caractère capitaliste : « Le cas italien est paradigmatique[...Le] gouvernement [décida] de faire fermer les magasins et boutiques de tout le pays, mais de maintenir ouvertes les usines et les activités de production[…][2] ». Typique du capitalisme : prendre quelques mesures superficielles, au niveau de la consommation, pendant que la production doit être maintenue afin de générer du profit, même en mettant en danger la vie des travailleurs.

Les usines chinoises produisent environ 20 % de la production manufacturière mondiale. Dès à présent de nombreuses industries – de l’automobile, aux produits pharmaceutiques et alimentaires- commencent à sentir les effets des chaînes de production interrompues. L’inhumanité de la logique du capitalisme est évidente dans l’exigence actuelle de faire retourner au travail malgré le risque de contracter le COVID-19 [3].

En même temps, la crise offre une opportunité aux différents gouvernements pour adopter des mesures leur permettant de continuer à contrôler la vie de la population, au moment même où les manifestations de femmes et d’autres secteurs sociaux étaient en ascension, en profitant ainsi de la conjoncture pour promouvoir une « unité nationale » qui, avec l’appui des syndicats et d’autres organisations corporatistes, ainsi qu’à cause de la confusion idéologique de certains secteurs de la gauche, les aide à brouiller les contradictions de classe.

COVID-19 N’EST PAS A L’ORIGINE DE LA CRISE SOCIALE ACTUELLE ; IL LA SEULEMENT RENDU ÉVIDENTE

TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique Empleo-informal-M%C3%A9xico-730x485 Travailleurs informels à Mexico

Cependant, cette vulnérabilité de la vie humaine devant la pandémie n’est pas un effet de COVID-19 en soi, mais bien de la structure sociale dans laquelle nous sommes insérées; le virus ne fait que la révéler. Le capitalisme est un système orienté vers l’accumulation de profits, non vers la satisfaction de nécessités sociales. Le système public de santé, soutenu par le salaire des travailleurs, couvre seulement les besoins minimum afin que ceux-ci continuent à exister comme tels, c’est-à-dire comme force de travail au service du capital, non en tant qu’êtres humains. Il ne peut en être autrement dans le capitalisme puisque la reproduction de la vie est toujours subordonnée à celle du capital. Il en va de même tant dans les pays du « premier monde », que dans ceux ayant des

régimes « progressistes », même si ces derniers destinent une plus grande quantité de fonds à leurs systèmes de santé. C’est pour cette raison, que même en temps « ordinaires » les systèmes de santé sont insuffisants et inadaptés, lors de situation d’urgence ils deviennent simplement chaotiques.

Dans le cas du Mexique, par exemple, si une personne décide de se rendre au secteur médial privé afin d’effectuer un test de détection du COVID-19, le prix sera bien au-dessus de ce qu’un salaire moyen peut se permettre (plus de 4000 pesos). Le secteur public ne disposant que de maigres ressources pour acquérir quelques tests, l’achat de tests supplémentaire ne se fera que par l’augmentation de la dette, payée en dernière instance par le travail de la population. Ceci, sans parler, d’un possible traitement, infiniment plus coûteux que la détection du virus, ou bien que, probablement, les profits des banques, du secteur privé et de l’industrie pharmaceutique croîtront grâce à cela.

D’autre par, si le décret de confinement adopté aujourd’hui au Mexique et dans d’autres pays peut être efficace pour certaines activités et secteurs de population, il ne peut en aucun cas l’être pour 60 % des travailleurs vivant de l’économie informelle, c’est-à-dire qui n’ont aucune sorte de sécurité sociale, et ont besoin de travailler tous les jours afin de pouvoir survivre,et dont le fonctionnement de la société dépend en grande partie (travailleurs public du ramassage des détritus, chauffeurs, commerçants, etc.) La fragilité de ce secteur social se verra sans doute accentuée au cours de cette période de crise. De même, les prisons, les lieux de travail, les transports publics, sont devenus aujourd’hui d’importants foyers de contagion du COVID-19. Comment se sentir à l’abri dans un tel contexte ? Pour résumer, au-delà de la plus ou moins grande efficacité de tel ou tel autre gouvernement envers la pandémie, c’est bien le capitalisme dans son ensemble qui se montre incapable de résoudre les problèmes menaçant la vie humaine.

LES TRAVAILLEURS ILLUMINENT LE CHEMIN VERS UNE NOUVELLE SOCIÉTÉ


La possibilité de fonder une nouvelle société, dans laquelle nous soyons réellement capables de faire face aux maladies et aux catastrophes naturelles qui mettent en danger l’existence, se trouve aujourd’hui dans la protestation de milliers de travailleurs- spécialement en Chine et en Italie, où les gouvernements ont pris les mesures les plus autoritaires et les plus contradictoires- qui refusent d’être « de la viande à boucherie » pour le profit du capital.

A Honk-Kong, pays sous domination coloniale chinoise, les travailleurs de la santé publique ont cessé le travail entre le 3 et le 7 février dernier afin d’exiger une réponse plus effective de la part du gouvernement face à l’apparition du COVID-19. Cette action n’est que la dernière en date de la longue histoire de l’insatisfaction des travailleurs contre la détérioration progressive de leur condition de travail et de l’insuffisance de matériel médical dans les hôpitaux. Selon China Bulletin, ceci est le point de départ «...le début d’une nouvelle ère d’activisme ouvrier à Honk-Kong [4] ».

TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique Trabajadores-Italia Travailleurs italiens -SiCobas

Dans diverses villes italiennes, les travailleurs ont déclenché des grèves afin d’exiger des mesures effectives afin de garantir la sécurité maximale dans les lieux de travail, ou bien la suspension totale des activités économiques non-essentielles. Leurs consignes « Nous ne sommes pas des animaux de boucherie » et « Notre santé passe devant leurs profits » sont la semence d’une vision du monde dans lequel la conservation de la vie humaine soit le fondement de la société, et non l’accumulation du capital. [5]

Nonobstant, si l’exigence de mesures réelles de protection pour les travailleurs est une nécessité urgente et cruciale, il est illusoire de laisser en dernière instance la responsabilité de

la santé sociale dans les mains de l’État. Au-delà de son incapacité notoire dans cette sphère, que nous avons souligné plus haut, il y a le fait qu’une fois la crise passée, celui-ci se défera de toute apparence d’intérêt envers le bien-être de la population et reviendra à sa fonction ordinaire de garant de la reproduction du capital. La construction d’une société véritablement humaine doit nécessairement passer par le dépassement de l’État et du capital. Pour cela, il est indispensable d’avoir une vision du futur qui nous guide à atteindre cet objectif.

« LEVER TRÈS HAUT LE DRAPEAU DE LA LUTTE POUR L’HUMANITÉ »

Dans un récent communiqué, les peuples indigènes zapatistes en résistance ont annoncé une série de mesures qui seront adoptées dans leurs communautés dans le but de se protéger du COVID-19 ; parmi celles-ci, la clôture de leurs espaces de travail administratif les ‘ caracoles’ (Ndt : escargots).

Ainsi, les zapatistes nous donnent un exemple de comment un projet autonome anticapitaliste peut répondre à une menace contre la vie humaine, en mettant celle-ci au-dessus de tout le reste. Plus encore, l’économie zapatiste, centrée sur la satisfaction des nécessités sociales et non sur l’accumulation de capital, est très certainement mieux préparée, nonobstant ses limites technologiques, pour subsister durant cette période de confinement et d’alerte mondiales

TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique Zapatists-768x177
Fermeture des caracoles zapatistes -Enlace Zapatista

En même temps, le communiqué zapatistes nous invite à « ne pas laisser tomber la lutte contre les violences féminicides, à poursuivre la lutte pour la défense du territoire et la terre mère, à maintenir la lutte pour les disparu-e-s, les assassiné-e-s, les prisonnier-e-s, et à lever très haut le drapeau de la lutte pour l’humanité » [6] ;

Cet appel, valable en tout temps et toute circonstance, est encore plus important aujourd’hui, alors que la vie humaine court un risque imminent, et que les piliers de la société capitaliste sont sévèrement mis en doute. De la rébellion des ouvriers face à l’importance nulle de leur vies dans le capitalisme peuvent germer les semences d’une nouvelle société, avec de nouveaux rapports au travail, à la politique, à la culture, en somme humains. Pour cela, la force de l’action aussi puissante et massive soit-elle- ou les nécessaires exigences vis-à-vis de l’État, mais bien la présence dans nos luttes d’une vision du futur qui nous oriente qui nous oriente dans la construction de ce monde nouveau, et non vers la reproduction de l’actuel, même avec une apparence « améliorée ».

Ce moment est crucial. L’existence même de l’humanité est en jeu.

[1] Gerry Emmet, COVID-19 : A World historic Treath, News and Letters, vol 65, N° 2, Mars-Avril 2020

[2] Josefina L. Martinez et Diego Lotito, Pandemia de coronavirus : crisis sanitaria,estado de emergencia y protesta obrera, Contrapunto, 15 Mars 2020

[3] Gerry Emmet, COVID-19…

[4] Honk-Kong’s New Health Worker’s Trade Union was a Long Time Coming, China Bulletin, 18 Février 2020

[5] Diego Lotito, Estallidos de rabia y huelgas espontaneas en Italia por el coronavirus, Izquierda Diario.es, 12 Mars 2020

[6] Por coronavirus el ELZN cierra caracoles y llama a no abandonar las luchas actuales, Enlace Zapatista, 16 Mars 2020
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Message par Florage le Mar 31 Mar - 5:51


CRITIQUE RADICALE DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE
ou
PROGRAMME SOCIALISTE DE SORTIE DE CRISE ?
j'ai de longue date importé des articles de Michael Roberts, "Marxist Economist", sic mais bien nommé, car en professeur d'économie, sa lecture de Marx et du Capital est davantage celle d'une Économie socialiste que d'une Critique de l'économie politique. Si vous n'avez pas rapidement une indigestion de courbes et graphiques, vous pouvez le lire jusqu'au point où l'analyse économique le cède à l'idéologie social-démocrate trotskiste, un néo-programmatisme démocratique, etc.

l'analyse reprend les classiques du marxisme, pas de problème, et ici, Roberts souligne les différences entre la situation actuelle et une "économie de guerre", ce que j'ai fait dès les premiers jours de mon suivi théorique, parce que les effets industriels et économiques sont foncièrement différents. Accessoirement, affaire de cohérence, j'inviterais les camarades du milieu communisateur, quand ils diffusent les papiers de Roberts, à prendre leurs distances avec ses conclusions théoriques et politiques, sans quoi comme disait RS à propos d'autre chose, "cela vaut approbation", et il ressort de l'évidence que la plupart de leurs adeptes ne sont pas foutus de faire la différence

intro et chute de son dernier papier

A war economy?

If all country pandemics were the same, then the figure below would be how this pandemic will come to an end.  The start-to-peak ratio of Covid-19 infections for all countries would be 40-50 days. Many countries are not yet near the peak point and there is no guarantee that the peak will be at the same time point, if mitigation and suppression methods (testing, self-isolation, quarantine and lockdowns) are not working similarly.  But ultimately, there will be a peak everywhere and the pandemic will wane – if only to come back next year, maybe.
[...]
The war economy did not stimulate the private sector, it replaced the ‘free market’ and capitalist investment for profit.  To organize the war economy and to ensure that it produced the goods needed for war, the Roosevelt government spawned an array of mobilization agencies which not only often purchased goods but closely directed those goods’ manufacture and heavily influenced the operation of private companies and whole industries.

Bossie and Mason conclude that: “the more—and faster—the economy needs to change, the more planning it needs. More than at any other period in US history, the wartime economy was a planned economy. The massive, rapid shift from civilian to military production required far more conscious direction than the normal process of economic growth. The national response to the coronavirus and the transition away from carbon will also require higher than normal degrees of economic planning by government.”

What the story of the Great Depression and the war showed was that, once capitalism is in the depth of a long depression, there must be a grinding and deep destruction of all that capitalism had accumulated in previous decades before a new era of expansion becomes possible. There is no policy that can avoid that and preserve the capitalist sector. If that does not happen this time, then the Long Depression that the world capitalist economy has suffered since the Great Recession could enter another decade.

The major economies (let alone the so-called emerging economies) will struggle to come out of this huge slump unless the law of market and value is replaced by public ownership, investment and planning, utilising all the skills and resource

Bing traduction
L’économie de guerre n’a pas stimulé le secteur privé, elle a remplacé le « marché libre » et l’investissement capitaliste à des fins lucratives.  Afin d’organiser l’économie de guerre et de s’assurer qu’elle produisait les biens nécessaires à la guerre, le gouvernement Roosevelt a donné naissance à un éventail d’agences de mobilisation qui non seulement achetaient souvent des marchandises, mais orientaient étroitement la fabrication de ces marchandises et influençaient fortement le entreprises privées et des industries entières.

Bossie et Mason concluent que « plus l’économie doit changer, plus elle a besoin de planification. Plus qu’à toute autre période de l’histoire des États-Unis, l’économie en temps de guerre était une économie planifiée. Le passage massif et rapide de la production civile à la production militaire exigeait une direction beaucoup plus consciente que le processus normal de croissance économique. La réponse nationale au coronavirus et la transition du carbone exigeront également des degrés de planification économique plus élevés que la normale par le gouvernement. »

Ce que l’histoire de la Grande Dépression et de la guerre a montré, c’est que, une fois que le capitalisme est au plus profond d’une longue dépression, il doit y avoir une destruction profonde et grinçante de tout ce que le capitalisme avait accumulé dans les décennies précédentes avant qu’une nouvelle ère d’expansion ne devienne Possible. Il n’y a pas de politique qui puisse éviter cela et préserver le secteur capitaliste. Si cela ne se produit pas cette fois, alors la longue dépression que l’économie capitaliste mondiale a souffert depuis la Grande Récession pourrait entrer dans une autre décennie.

Les grandes économies (sans parler des économies dites émergentes) auront du mal à sortir de cette énorme récession à moins que la loi du marché et de la valeur ne soit remplacée par la propriété publique, l’investissement et la planification, en utilisant toutes les compétences et les ressources des travailleurs.  Cette pandémie l’a démontré.


Florage

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Message par Florage le Mer 1 Avr - 12:21


Compilation de textes communistes
dans une perspective communiste non autoritaire

Compilado de textos desde una perspectiva anticapitalista no autoritaria
Max Haiven, David Harvey, Abahlali base Mjondolo Press Statement,
Raoul Vaneigem, Luis M. Bardamu, lundimatin, Pierre Dardot y Christian Laval,
Anastasia Berg, Evade Chile, Santiago López Petit,
Comité Clandestino Revolucionario Indígena-Comandancia General
del Ejército Zapatista de Liberación Nacional

PDF, via Ana C. Dinerstein twitter @CDinerstein
Compartimos aquí un compilado de textos que reflexionan acerca de la
pandemia de Covid-19, desde una perspectiva anticapitalista y no autoritaria. Son textos que fueron generados en estos días, desde distintas geografías y por autores con diferentes puntos de vista. Tratan no sólo sobre la pandemia, sino también -y al mismo tiempo- sobre la crisis económica actual del capitalismo y la crisis del capitalismo, el papel de los Estados y, lo más importante, sobre la posibilidad de pensar un mundo otro, en el que quepan muchos mundos. Hoy, como nunca antes, la pregunta fundamental que nos hacemos es: ¿cómo salimos de esta locura de muerte que es el capitalismo? Es decir, cómo desde el presente, que es el despliegue de la Tormenta homicida capitalista (de la que hablaron ya los zapatistas en el año 2015), podemos dar forma a un mundo no capitalista, autodeterminado y abierto a todos los posibles.
Luis M. Bardamu

Nous partageons ici une compilation de textes qui Covid-19 pandémie, d’un point de vue anticapitaliste et non autoritaire. Ce sont des textes qui ont été générés ces jours-ci, depuis différentes géographies et par des auteurs avec des points de vue différents. Essayer non seulement au sujet de la pandémie, mais aussi - et en même temps - sur la crise du capitalisme et la crise du capitalisme, le rôle États-unis et, surtout, sur la possibilité de penser à une d’autres mondes, dans lesquels de nombreux mondes s’adaptent. Aujourd’hui, comme jamais auparavant, la question fondamentale que nous nous posons est la suivante : comment pouvons-nous sortir de cette folie de la mort qu'est le capitalisme ? C’est-à-dire, comment de la déploiement de la tempête meurtrière capitaliste (des zapatistes en ont déjà parlé en 2015), nous pouvons façonner un monde non capitaliste, autodéterminé et ouvert à tous les possibles.

Florage

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Message par Florage le Jeu 2 Avr - 5:11


LA VIE RUSE CONTRE LE VIRUS
et la norme révolutionnaire prolétarienne
un texte long, mais bon, sans prêchi-prêcha, pas trop conceptuel, anti-économique à souhait, écologique de surcroît. Riches notes et références

il n'est pas impossible que ce texte résonne avec le concept d'Inversion de Jacques Camatte, un des plus récents et des plus à même de rendre compte de façon optimiste de ce qui pourrait se passer. Il est défini en 2012 dans Inversion et Dévoilement :

Jacques Camatte a écrit:Maintenant il est possible d’esquisser comment se présente la dynamique d’inversion dévoilement[130] - qu’on peut désigner aussi inversion et émergence, celle-ci pouvant être considérée comme le contenu du dévoilement - qui nécessite un cheminement, préparé par celui de quitter ce monde, qui doit nous permettre de nous rendre apte à saisir et à percevoir la naturalité et, au cours duquel, se produira l’émergence d’un nouvel être. Cette inversion, rappelons-le, s’impose à la suite d’un dévoilement consécutif à la perception profonde d’une impasse, d’un blocage, forçant l’individu à trouver une solution hors du champ de ce qu’il a vécu jusqu’alors et, à partir de là, divers dévoilements s’opéreront lui révélant les possibles masqués habituellement par le recouvrement et par la réduction qu’il subit enfant, ainsi que ceux des hommes et des femmes ses contemporains et contemporaines, l’amenant à accéder à la dimension individualité-Gemeinwesen. Ceci est également vrai au niveau des groupes, des collectivités.

dans cette hypothèse théorique, ce qu'il conviendrait de rechercher au présent c'est,-expression que je forge dans la conjoncture que décrit le texte ci-dessous -, une dynamique d'écarts à l'inversion plutôt qu'une « dynamique d'écart à l'intérieur de la limite » en termes de confrontation de classe aboutissant à la révolution communiste (Théorie de la communisation selon TC)

l'expression Sans toi aucun rouage ne tourne (Des Agents du Chaos, Sic n°2, 2014), renvoyant au strict prolétariat productif (la classe ouvrière de Marx) se trouve conditionnée par la possibilité même de travailler, d'en avoir la santé, donc de la préserver, ce qui renvoie au soutien massif des "personnels soignants" dans la crise actuelle, autrement dit à la dépendance du rapport particulier entre classes dans le niveau supérieur de généralité : la vie, le vivant, dont RS/TC avoue ne pas savoir ce qu'il est (cf controverse dans L'HUMANITÉ CONTRE LE VIVANT ? ET LE CAPITAL ?)

que le courant communisateur en soit réduit à publier, sous un texte des plus normatifs de Carbure, "des nouvelles du front" portant sur des grèves syndicales ou sauvages sur les conditions de travail (CLN), autrement dit ne comportant aucun écart, est symptomatique de l'écart entre leurs attentes et ce qui se passe, du moins aujourd'hui et ce qu'ils ne peuvent pas voir parce que cela sort de leur imaginaire révolutionnaire : quelque chose ne leur est pas "dévoilé"
TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique Twitter

Coronavirus, un saut de l’ange existentiel et politique
Quentin Hardy, Terrestres,  31 mars 2020

La progression foudroyante du Covid-19 nous précipite toutes et tous dans une situation inédite. Le choc est planétaire et quasiment synchronisé. Il touche tous les domaines de la société : le sanitaire, le social, le politique, l'économie. Il modifie les façons d'habiter, d'aimer, de vivre et de survivre, de travailler, de se parler, de mourir et d'être enterré. Plus que jamais, le monde tremble sur ses bases.

« Rien de plus faible qu’un système global qui devient unitaire. A loi unique, mort subite. L’individu vit d’autant mieux qu’il se fait nombreux : ainsi des sociétés, ou même de l’être en général. »
Michel Serres, Le contrat naturel

« L’Éternel parla à Moïse sur la montagne de Sinaï, et dit […] : Quand vous serez entrés dans le pays que je vous donne, la terre se reposera : ce sera un sabbat en l’honneur de l’Éternel. Pendant six années tu ensemenceras ton champ, pendant six années tu tailleras ta vigne ; et tu en recueilleras le produit. Mais la septième année sera un sabbat, un temps de repos pour la terre, un sabbat en l’honneur de l’Éternel : tu n’ensemenceras point ton champ, et tu ne tailleras point ta vigne […] : ce sera une année de repos pour la terre. Ce que produira la terre pendant son sabbat vous servira de nourriture, à toi, à ton serviteur et à ta servante, à ton mercenaire et à l’étranger qui demeurent avec toi, à ton bétail et aux animaux qui sont dans ton pays ; tout son produit servira de nourriture. […] Le jour des expiations, vous sonnerez de la trompette dans tout votre pays, […] vous publierez la liberté dans le pays pour tous ses habitants : ce sera pour vous le jubilé ; chacun de vous retournera dans sa propriété, et chacun de vous retournera dans sa famille. »
Lévitique 25

Finalement, l’humanité affairée a ralenti. Après soixante-dix années de sprint économique et trois siècles de marathon, voilà que tout ce qui nous imposait chaque matin de courir pour attraper une voiture, un train, un vol, tout ce que le développement économique requérait comme puissance énergétique, muscles et cerveaux humains, tout cela devient vide de son sens devant le spectre d’une maladie mortelle de masse. Des milliers de cargos sommeillent dans les ports asiatiques, des dizaines de milliers de conteneurs cessent leur rotation continentale, les liaisons aériennes qui parcouraient plusieurs fuseaux horaires entre les grandes métropoles sont suspendues. La frénésie du mouvement et la tyrannie de l’horloge s’effacent devant une spectaculaire vulnérabilité des corps1. En Chine et en Europe, la mise à l’arrêt de l’économie rend le ciel à lui-même : débarrassé des particules, il se découvre plus clair et plus paisible qu’il a rarement été. Enfin ! Sur nos corps, nos tempes, et tout le tissu du vivant, se relâche le garrot de l’Économie qui chaque jour exige ses tributs pharaoniques et absurdes ! Démobilisée, rendue à la disponibilité des jours et des êtres, une grande partie de l’humanité inaugure moins un nouvel art de vivre qu’elle se met à l’abri des contacts et des présences, chacun espérant ainsi gagner son insularité face au continent viral.

TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique Concentrations-NO2-CHine-coronavirus
Baisse spectaculaire du dioxyde d’azote en Chine entre janvier et février 2020.

UN MONDE VACILLANT ?
Moins de mouvements, moins de marchandises, moins de bruits, moins de pollutions, mais point de bonheur : le quotidien est menacé par l’invisible progression d’un virus qui chevauche les corps et transforme à nouveau la Terre en Pangée2. Nous voilà rappelés à notre condition de vivants, plongés dans un milieu peuplé de virus, champignons et bactéries qu’on avait appris à ignorer, mépriser ou exterminer. Le trouble est dans le corps. Soudainement, dans les rues de la ville, on sent la présence massive de chaque corps de nos semblables. En chaque silhouette, on devine l’incessante régénération des cellules, bactéries et tissus. Instinctivement, on s’imagine que face au virus planétaire, nos corps sans défense forment une seule communauté humaine. Nous expérimentons que nous appartenons à un grand corps collectif, matérialisé par une solidarité biologique à laquelle personne n’échappe. Communauté avec les confinés du Wuhan, communauté avec les confins des 199 pays contaminés ! La (re)découverte de notre vulnérabilité globale et la synchronisation des affects d’angoisse et de désœuvrement3 portent en elle une puissance de métamorphoses inouïe : allons-nous éprouver le sentiment d’une fraternité humaine de près de 8 milliards de corps ?

La première solidarité révélée par ce virus semble pourtant assez négative, car le caractère foudroyant de la propagation du virus et la virulence de ses effets est en proportion de l’interconnexion planétaire. Si une bonne partie de l’humanité se trouve assiégée comme un seul être faible, c’est le symptôme d’un capitalisme total qui a fondu le genre humain dans des réseaux homogénéisant les lieux et façons d’habiter la Terre4.

L’idée de coappartenance planétaire résiste également mal à la réalité des différences sociales que le virus exacerbe. Au cœur de l’épidémie, les personnes les plus exposées au travail sont en très grande majorité des femmes exerçant des métiers essentiels : soignant.e.s, vendeur.ses, caissier.e.s, activités de nettoyage, logistique, etc. Plus généralement, la mort n’égalise pas les Hommes, elle fauche les vies avec une impitoyable cruauté sociologique. En temps normal, ce scandale se déroule à bas bruit : en France, les hommes qui appartiennent aux 5 % les plus modestes ont une espérance de vie raccourcie de … 13 années relativement aux 5 % des plus riches – pour les femmes, l’écart est de 8 ans5. De la même manière, les chiffres de la mortalité du Covid-19 révèlent aujourd’hui que les corps qui vont subir de plein fouet la violence extrême du choc sanitaire sont ceux qui sont déjà abîmés par les maladies chroniques. Or on sait que ces dernières sont intimement liées à la position occupée dans l’échelle sociale. Autrement dit, les inégalités sociales se redoublent une fois de plus en inégalité de santé.

Le même phénomène est observable dans les diverses manières de vivre le confinement6 – selon la taille des appartements, la jouissance ou non d’une maison secondaire et de diverses ressources pour faire face, l’exposition à des violences conjugales et domestiques7, etc.. Là où croît le péril croissent encore davantage les inégalités. Dans cette étrange ambiance, les journaux de confinement de certains auteurs achèvent de montrer que les anciennes logiques de la vie sociale s’amplifient pendant l’épidémie. On y lit des textes transformant cette expérience en cartes postales romantiques trahissant de violents privilèges de classe8.

Pour celles et ceux qui sont contraints d’aller travailler, c’est-à-dire de s’exposer à un danger potentiellement mortel, à quelle expérience inédite assistons-nous ? En temps normal, et depuis longtemps déjà, notre civilisation a transformé le travail, qui pourrait être une activité secondaire plus ou moins joyeuse, en une névrose collective dont les taux de toxicité (du point de vue de la santé psychique, de l’utilité sociale, de la destruction des métiers, des conséquences écologiques) n’ont cessé de croître depuis des décennies. Les secteurs généralement déconsidérés ou affaiblis par trente ans de néolibéralisme (soins, alimentation, transport, services publics, infrastructure énergétique, nettoyage) apparaissent pour ce qu’ils sont : vitaux. Le point commun d’une grande majorité de ces métiers est la faiblesse des rémunérations et la pénibilité du travail. Par contraste, ne peut-on pas voir dans bons nombres d’activités stoppées ou télétravaillées des bullshit jobs ? En 2013, l’anthropologue américain David Graeber avait attiré l’attention sur ces « emplois à la con », favorisant des tâches souvent inutiles, toxiques et dépourvues de sens. Graeber proposait alors d’imaginer ce que serait le monde sans « les jobs à la con » :

Dites ce que vous voulez à propos des infirmières, éboueurs ou mécaniciens, mais s’ils venaient à disparaître dans un nuage de fumée, les conséquences seraient immédiates et catastrophiques. Un monde sans profs ou dockers serait bien vite en difficulté, et même un monde sans auteur de science-fiction ou musicien de ska serait clairement un monde moins intéressant. En revanche, il n’est pas sûr que le monde souffrirait de la disparition des directeurs généraux d’entreprises, lobbyistes, assistants en relation presse, télémarketeurs, huissiers de justice ou consultants légaux. Beaucoup soupçonnent même que la vie s’améliorerait grandement9.

Le « nuage de fumée » viral qui enveloppe progressivement l’ensemble des terres émergés du globe a fait disparaître presque tous ces métiers. Cette évaporation partielle offre un cas empirique permettant de poser les bonnes questions : à quoi tenons-nous collectivement ? Quelles sont les activités et secteurs nuisibles qui pourraient disparaître ? Quels pratiques et métiers mériteraient à l’inverse d’être développés et inventés ? La mise à l’arrêt presque complète de la machine économique nous offre l’occasion d’un tel inventaire. Car, in fine, y aura-t-il un retour à la normale comme l’espèrent tous les gouvernants et une bonne partie des disciplinés de l’Économie que nous sommes ? Retournera-t-on à cette répétition des jours et des peines sur une planète courbaturée et exsangue ? Collectivement on souhaite se débarrasser du virus, mais pourrait-on aussi se saisir de l’occasion pour se libérer de tout ce qui nous confine dans nos vies minuscules et étriquées ?

Jamais ces questions n’ont été aussi ouvertes, comme en témoigne ce grand soir télévisuel où notre monarque a modifié le sens de sa marche et où nous avons pu faire l’expérience empirique que les règles peuvent être changées. Une fois l’épidémie derrière nous, il faudra se souvenir que les façons de vivre et de composer un monde tiennent à un ensemble d’habitudes et de conventions modifiables. Le coronavirus est le rappel que la politique est largement le domaine de la contingence. Plus précisément, le virus peut s’interpréter comme l’introduction d’une expérience contrefactuelle à l’échelle du monde : dans certaines circonstances, en l’occurrence sanitaire, les interdits idéologiques, les codes de conduites budgétaires et la centralité de l’économie peuvent s’effacer devant d’autres principes. Le mois de mars 2020 pourrait rentrer dans l’histoire comme celui où nombre d’anciennes justifications, martelées pendant des décennies comme d’indépassables tables de la loi, ont été désavouées à la vitesse d’un ordre boursier. Les ordres politiques tiennent tant que les fictions propagées par les pouvoirs apparaissent aussi indiscutables que les vérités mathématiques. Aujourd’hui, on suivra les mesures sanitaires parce que nous sentons battre en nous la puissance fragile de la communauté humaine. Demain matin, au nom de ce même sentiment, on voudra changer mille autres pratiques et s’attaquer à l’organisation de ce monde qui favorise la mise en circulation de ces virus et génère de la morbidité à toutes les échelles.

RAISON SANITAIRE OU RAISON ÉCONOMIQUE : LA GUERRE DES DIEUX

En quelques jours, une bonne partie de l’humanité a donc été forcée de basculer en « mode avion » ; mais avouons-le, tout le monde ou presque était en surmenage. Avant le Grand Confinement, quel était le point de fuite où convergeaient toutes les énergies, tous les pays et presque tous les regards ? Dans quel monde vivions-nous et à quoi se rapportait l’essentiel de nos préoccupations ? Nous habitions dans un grand pays planétaire, le capitalisme technologique, sous un ciel bavard en injonctions, lois et impératifs et sur une terre fournissant ressources naturelles et humaines qu’une organisation sociale très particulière s’employait à faire dégorger quotidiennement. A quels principes répondait-il ? Si plusieurs logiques, parfois concurrentes, imprimaient au monde sa direction, la rationalité techno-économique se distinguait comme étant le principe dominant qui gouvernait et contraignait le cours de nos vies. Toujours à l’œuvre aujourd’hui – en témoignent les propos des dirigeants sur l’impérieuse nécessité d’aller travailler malgré l’épidémie – cette dernière conduit à un paradigme du forçage. Forçage des corps au travail, des temps humains, des désirs, des milieux vivants, des équilibres climatiques et écologiques. L’horizon du forçage est la combustion et la destruction ; l’épuisement et la négligence ; le pain blanc et la 5G. Le travail est le moyen par lequel on a anobli et paré de toutes les vertus le forçage. Les ennemis du forçage sont, sans exhaustivité, le sommeil, le refus du travail, la cuisine, le droit de retrait, le potager, la recherche de l’autonomie, la lecture, la retraite, le fait de jouer avec les enfants, la grève et l’action collective.

Avec un retard qui entraînera des milliers, dizaines ou centaines de milliers de morts10, la rationalité sanitaire11 n’a que partiellement contrecarré la rationalité économique12. Le théâtre politique qui se joue dans une partie des pays occidentaux13, et spécialement en France, est vertigineux. Deux conceptions de l’existence se font face : d’un côté, le « corps médical » et son criterium du soin affirme que chaque vie est irremplaçable, que le maintien des activité économiques non essentielles à la lutte contre l’épidémie augmentera très directement le nombre de morts14 Parallèlement, la forte réduction de l’activité économique a provoqué une spectaculaire chute de la pollution de l’air en Chine et désormais à l’échelle de la planète. Après les maladies infectieuses, la pollution atmosphérique est une des principales sources de mortalité mondiale. L’épidémie a indirectement sauvé de très nombreuses vies. Marshall Burke, chercheur de l’université Stanford, a calculé que le coronavirus avait probablement sauvé la vie de plus de 4 000 enfants de moins de cinq ans et de 73 000 personnes âgées.)). De l’autre, l’Économie et ses différents porte-voix, soutiennent que la course économique ne peut être durablement freinée ; le redémarrage doit avoir lieu dès que possible, dans quelques semaines tout au plus, car il est nécessaire de maximiser nos chances de faciliter une reprise où la compétition sera encore plus cruelle15. Traditionnellement peu adepte du conflit politique16, le « corps médical » a-t-il une claire conscience de l’attaque implicite, bien que frontale, qu’il mène contre le sous-bassement métaphysique de notre monde ? Avec la fronde des personnels soignants17, le magistère de l’Économie est ébranlé. Car la transgression est capitale : nul ne tente impunément de détrôner l’Économie de sa fonction de maître-étalon de la vie sociale pour lui substituer d’autres principes. L’auto-défense des collectifs de soignants peut être lue comme une offensive portant directement sur le totem et le tabou centraux de notre société, sur lesquels ont buté tous les mouvements socio-écologiques depuis plus d’un demi-siècle : rien ne doit entraver la croissance économique et l’accumulation du capital, le déferlement des innovations technoscientifiques18. Des autoroutes, des ponts, des plates-formes logistiques, des enceintes connectées, des écrans à l’école, la marchandise doit sans cesse trouver des acheteurs pour que la circulation s’accélère et que les cycles de production-consommation s’amplifient en élargissant les marchés.

D’un côté, aplatir la courbe ascendante des contaminés et des morts, de l’autre aplatir la courbe descendante de l’économie puis la faire rebondir quitte à relancer franchement l’épidémie. Des forces immenses et multiséculaires sont du côté de l’Économie.  En face, sur un espace encore flou regroupant des acteurs plus ou moins identifiables, des dizaine milliers de soignants, des centaines de métiers attachés au soin et des millions d’individus qui perçoivent dans l’expérience sanitaire que nous traversons un moment de vérité politique et éthique. Rarement l’arbitrage entre l’économie et la vie n’a été dévoilé de manière aussi précise et tragique : soin contre efficacité, désir de vivre contre impératif de croissance, réappropriation des communs contre accaparement privé, ralentissement contre optimisation. Devant l’alternative, une question politique et existentielle centrale se dégage : quel est l’ultima ratio de nos sociétés ? Le soin, l’attention, le fragile, l’irremplaçable ou la reprise, la croissance, la lutte pour l’existence, la colonisation de tout et de tous ? En un sens, le virus, par l’intermédiaire du corps médical, nous invite à préciser pourquoi et comment nous voulons vivre, et conséquemment, met en lumière ce qui fait obstacle à ce nous désirons et ce à quoi nous tenons.

L’idéologie du progrès et de l’économie est largement construite sur une philosophie du sacrifice19. Qu’elle prenne le nom de développement, de croissance, d’innovation, de compétitivité ou de science, l’Économie repose sur une rationalité instrumentale qui transforme le monde en un ensemble de moyens mobilisables pour accentuer la recherche de la puissance économique, du contrôle politique et de l’efficacité technique. Par un curieux renversement d’époque, un article du Figaro résume parfaitement notre situation présente : « Le seul moyen pour contrôler l’épidémie… c’est de tuer l’économie !20 » Et effectivement, le virus révèle le taux de morbidité de l’économie : plus la logique de la production se poursuit, plus le taux de létalité de la maladie augmente. Le raisonnement peut être étendu à la vie économique ordinaire : le mode d’être et d’organisation qu’elle répand continue à sacrifier des mondes pluriels, des milieux naturels, des corps, du temps libre, des sujets vivants, des possibilités d’existence, des inventions techniques. Certes, elle procure en contrepartie un revenu à des millions d’individus, mais sa marche macabre implique parallèlement des montagnes de sacrifices, qui se déroulent souvent loin de notre champ de vision quotidien. L’Économie n’est pas essentiellement l’ensemble des activités permettant d’assurer nos besoins, mais une organisation reposant sur une logique perverse mobilisant des quantités inouïes d’énergie humaine et naturelle pour une dangereuse finalité sans fin : la croissance des forces productives, le perfectionnement infini de la machine sociale, la vampirisation de la nature.

Malgré sa toxicité évidente, l’Économie conserve son magistère dans la mesure où elle nous place dans une situation de dépendance absolue pour reproduire notre vie matérielle. C’est l’équivalent d’un chantage existentiel. Parallèlement à cette situation où le plus grand nombre se trouve dans une position de participants forcés à l’activité de production, l’aura de l’Économie repose sur la spécificité des médiations sociales à partir desquelles elle prospère. La structure sociale du capitalisme industriel s’enracine dans des mécanismes de dominations impersonnels et abstraits qui fonctionnent grâce à des fictions agissantes (Marché, Capital, Innovation, Technoscience, État, Progrès) incarnées dans des institutions. Ces entités métaphysiques sont progressivement devenues des éléments structurants de la vie sociale qui ont acquis un pouvoir d’affecter massivement les individus vivants et agissants dans le régime du capitalisme technologique. Au nom de ces « abstractions réelles21 », la société tout entière et l’ensemble des vivants sont entraînés dans une dynamique infinie d’auto-expansion de l’Économie22. Tuer l’Économie c’est en finir avec une organisation du monde et de la vie qui repose sur cette logique sacrificielle et cette philosophie cruelle23. L’effet immédiat et spectaculaire du virus est de jeter violemment devant nous une partie des dommages et méfaits généralement ignorés ou refoulés. Ainsi, le coronavirus peut être considéré comme un événement qui révèle dramatiquement le conflit de mondes entre la vie et l’économie, avec une force tragique que n’avait peut être pas réussi à produire les discours écologiques.

En 1919, Max Weber a appelé « guerre des Dieux », ce conflit irréductible entre des valeurs et des mondes. En sapant toutes les anciennes autorités et fictions religieuses qui garantissaient une direction et un sens à l’existence individuelle et collective, la modernité nous plonge dans un monde mouvant sans fondement. La vie sociale est structurée par l’incompatibilité radicale entre des points de vue ultimes, situation que Weber décrit métaphoriquement en parlant d’un « combat éternel que les dieux se font entre eux », c’est-à-dire d’un processus de lutte sans fin entre des choix et des positions inconciliables. Ce conflit est sans résolution possible et conduit à « la nécessité de se décider en faveur de l’un ou de l’autre. ». Le sociologue allemand ne décrit pas ici spécifiquement la politique, mais tous les ordres de la vie où « suivant les convictions profondes de chaque être, l’une de ces éthiques prendra le visage du diable, l’autre celle du dieu et chaque individu aura à décider, de son propre point de vue, qui est dieu et qui est diable. » Pour Weber, « tel est le destin de notre civilisation : il nous faut à nouveau prendre plus clairement conscience de ces déchirements que […] l’éthique chrétienne avait réussi à masquer pendant mille ans24. » Après d’autres événements récents, le coronavirus ouvre une scène tragique au cœur de la civilisation occidentale : voulons-nous continuer à être gouvernés par les entités métaphysiques évoquées plus haut25 qui empruntent tantôt à la figure du dieu tantôt à la figure du diable ? Allons-nous poursuivre l’empilement de palettes, les conurbations urbaines suffocantes, la production industrielle de particules fines, le terrassement des terres arables et l’empoisonnement océaniques des deux tiers de la surface restante de cette planète26 ? Lorsque le confinement sera levé, nombreux sauront se souvenir de la leçon éthique et du tranchant dramatique qu’a pris ce conflit de valeur entre deux façons de concevoir la vie27.

UN TEMPS DE JUBILÉ...

La survenue d’un événement historique met à l’épreuve les puissances et les valeurs dominantes parce qu’elle questionne le sens et l’ordre du monde – en ce sens une épidémie pose toujours des questions politiques. Il n’émerge spontanément rien d’un temps troublé, sinon l’approfondissement des tendances lourdes des institutions et des pouvoirs institués. Autrement dit, l’événement le plus scandaleux de l’histoire peut bien survenir, il ne porte aucunement en lui son propre verdict disqualifiant l’ordre en place. Mais l’événement offre tout de même une configuration particulière propice à l’action collective et relance les stratégies d’insubordination. Ce sont ces espaces-là qu’il s’agit désormais d’explorer pour identifier le probable et le possible – devenir conteur pour contribuer à mettre en route à notre tour des fictions agissantes désirables.

Ces jours-ci, dans l’Hexagone, la température remonte : elle annonce autant le printemps que la courbe exponentielle des contaminés et des morts. Les ordres de grandeurs évoqués et leur cortège de zéros nous étaient jusque-là familiers dans le domaine de l’économie et de l’effondrement écologique des êtres vivants : voilà qu’ils s’appliquent aux êtres humains. La perspective d’une surmortalité massive aura donc produit un arrêt de monde qu’aucune grève n’a réussi à faire. Comment hériter demain de cette épreuve collective ? Pour beaucoup d’entre nous, cette mise à l’arrêt se conjugue aujourd’hui avec une expérience sensorielle inédite : entendre les oiseaux, les cours d’eau, le vent dans les impasses, le bruit des pas sur les pavés, les applaudissements chaque soir… Mais lorsqu’il s’agira de revenir au dehors, nous devrons une promesse aux nombreux morts et aux corps éreintés : partir à la rencontre du monde, ou au fond des jardins, comme si on les avait jusqu’à présent esquivés, ignorés, fuis. Provoquer, multiplier les expériences inaugurales et suivre le regard des enfants. Explorer enfin le dedans du dehors – le fourmillement de tout ce qui va apparaître maintenant que la machine est immobilisée, tout ce qu’on ne pouvait et savait pas voir, tout ce qu’on n’osait pas imaginer pour nos existences encastrées dans la matrice économique.

On pense sans arrêt aux soignants et aux caissières qui sont nos charbonniers au fond de la mine. Aujourd’hui, pour les soutenir, il faut rester chez soi, c’est entendu. Mais demain, c’est l’inverse qui sera vrai : pour les soutenir, il faudra sortir de chez soi. En clair, à la fin de l’épidémie, seule une présence massive, déterminée, imaginative avec eux aura du sens – et dès à présent penser individuellement et collectivement à tout ce qui est à refaire. Mener un soulèvement au nom du soin et du vivant comme après la catastrophe de Courrières qui avait avalée plus de 1 000 mineurs au début du XXe siècle. On ouvrira un temps de fêtes, de Jubilé : libération générale ! Les terres aliénées ou gagées devront être rendues ! Les dettes remises ! Les métropoles dégonflées et aérées ! La nature débarrassée de son corset chimique ! La route déblayée de ses camions et les océans de ses plastiques !

Soigner, réparer, bricoler, cultiver : quatre activités vitales pour orienter le siècle et nourrir les bifurcations existentielles à venir. D’une joie grave, on ne pourra pas redémarrer comme avant, on ne remettra pas les gaz à effet de serre. Les journées ne pourront plus tenir dans le même horizon de sens et de temps. Impossible de reprendre nos existences usinées pour les besoins de la grande machine. Le coronavirus va passer sur nos corps, mais nos anticorps devront être autant biologiques que politiques. A l’arythmie globale, on aimerait que suive un temps d’ébranlement des corps et des idées dans de nouvelles directions, vers des chemins non parcourus. On regagnera les places des villes différemment, on s’y assemblera pour que l’après soit presque l’exact contraire de l’avant. On saluera les confins de chaque région terrestre et on confinera la pathologie d’accumulation du capitalisme et sa croissance mortifère. Nous voilà sur le parvis du monde. Le virus appelle la ruse.

Il n’est plus temps de rêver, il n’y a qu’à observer l’inédit mouvement de mise en commun des savoirs et de la culture actuellement à l’œuvre. Pour trouver un vaccin le plus tôt possible, les chercheurs mondiaux ont cessé partiellement la compétition guerrière de la course au brevet et développé une coopération scientifique internationale inédite ; les musées du monde entier rendent leurs collections accessibles à des visites virtuelles ; les plus grands théâtres leurs spectacles ; certains journaux et éditeurs leurs articles et leurs livres. Cette tendance ambivalente accentue évidemment la dynamique délétère de virtualisation de la vie sociale. Mais le reflux de la logique marchande qu’elle provoque porte des potentialités politiques : la mise en commun ouvre une autre façon de concevoir l’échange et certains rapports sociaux fondamentaux. Depuis près de deux décennies, ne consultons-nous pas gratuitement et parfois quotidiennement l’encyclopédie Wikipédia avec un sentiment d’évidence ? La richesse qui s’y trouve relève du patrimoine commun de l’humanité et la rendre payante serait un fléau culturel. Après l’épidémie, on pourrait s’être habitué à des rapports non-marchands et une mise en commun sans précèdent des créations culturelles. Le mouvement de gratuité inauguré dans le monde numérique pourrait s’étendre et se pérenniser sous d’autres formes.

… OU UN HIVER GLACIAL POUR LES PEUPLES DANS UN MONDE QUI SE RÉCHAUFFE ?
Manifestement, des sociétés entières accomplissent sans préparation un saut de l’ange politique vertigineux. Sur un plan général, le fonctionnement de l’économie marchande est largement suspendu28, l’arrêt de la machine rend potentiellement insolvable une grande partie des acteurs économiques et les dettes des États s’annoncent pharaoniques. Le néolibéralisme, schématiquement défini comme maximisation des intérêts du Capital par la mise à son service de la puissance publique, pourrait alors bien en profiter pour accentuer ses contraintes austéritaires. Le créneau historique qui s’est ouvert est propice à une monumentale stratégie du choc, où le paradigme chinois d’un (néo)libéralisme autoritaire pourrait connaître une avancée considérable29. À l’évidence, l’approfondissement des pires tendances de pouvoirs biopolitiques (croissance phénoménale du contrôle social et de l’État d’exception30 reconfiguré pour la guerre économique, engloutissement du monde vécu dans les écrans) commande pour l’instant la séquence politique.

La feuille de route des gouvernants, des institutions et des pouvoirs économiques, politiques et militaires paraît assez claire. La mise entre parenthèses d’un nouveau pan de l’État de droit ainsi que l’effritement continu du code du travail constituent une aubaine historique. En quinze jours, ne s’est-il pas accompli sous nos yeux une forme de coup d’État sanitaire, qui prépare demain le coup d’État climatique ? Il faudra alors respecter son quota carbone comme aujourd’hui la promenade dans un rayon d’un kilomètre. Chaque choc est l’occasion d’un resserrement de la matrice étatique autour de son cœur de métier : le contrôle, la surveillance, l’envahissant technologique. Jamais dans la période contemporaine l’État n’avait introduit aussi loin et aussi vite son œil-cathéter. Suivi des déplacements de populations en temps quasi-réel par la mutualisation des données entre les opérateurs mobiles, les institutions de santé, et le pouvoir politique31 ; développement d’une application pour smartphone qui géolocalise en permanence son propriétaire et l’avertit en cas de contact avec un porteur du virus32 ; survol de drones avec diffusion de messages préenregistrés ; loi sur l’état d’urgence sanitaire prises en quelques heures dans un parlement désert au mépris de la Constitution33. Le vide de nos rues ne signifie-t-il pas ultimement le triomphe des flics et des caméras de surveillance ? Pour les gouvernants, le big data arrive comme le deus ex machina dans la pièce de théâtre : le Dieu sorti de la machine qui in extremis tirerait d’affaire les acteurs d’un drame.

Mais l’ambivalence de la situation est extrême. Parallèlement, la crise offre une clarification historique sur la nature morbide de cette organisation du monde : quarante ans de néolibéralisme auront conduit à détruire les conditions ordinaires de la vie sociale (santé, éducation, infrastructures, etc.) ; le virus offre une nouvelle illustration des liens entre expansion du capitalisme, destruction écologique et mise en circulation de pathogènes34 ; la cécité et la dangerosité des gouvernants a pris un tour qui sera peut-être jugé criminel après la vague de l’épidémie35. Nul ne sait où seront les désirs politiques et les balances passionnelles au sortir du confinement : orgie de consommation façon Black Friday durable ? Désir de se retrouver loin des métropoles et de reprendre collectivement sa vie en main ? Soumission anxieuse aux dispositifs techno-scientifiques de surveillance ? On aurait tort de vouloir trop vite pronostiquer le réenchâssement de nos quotidiens dans l’actuel paradigme de gouvernement autoritaire : l’avenir reste indéterminé. L’hypothèse d’un temps de Jubilé, qui ne sera pas l’effet de la Providence mais d’une vigoureuse mise en mouvement collective, n’est pas moins possible qu’une autre.

L’événement nous a presque tous pris au dépourvu. Mais cet arrêt forcé aura brisé chez les gouvernants les deux nœuds vitaux qui leur permettaient jusqu’alors de conserver leur rente : le rapport entre le possible et l’impossible ; une configuration nouvelles d’affects de sympathie entre les peuples36. Ce dernier point est essentiel. Il est urgent d’affirmer un internationalisme du soin. Les mesures mises en place en Europe depuis quinze jours sont un terrible avertissement dans le siècle : le confinement, comme mesure visant à se rendre imperméable aux humains arrivant de l’extérieur et comme parabole de la fermeture, est le rêve exaucé des mouvements identitaires et xénophobes. La peur sanitaire pourrait ouvrir le champ à des conceptions biologisantes du politique : le migrant incarnerait alors le miasme nomade introduisant la menace d’un affaiblissement organique de la nation. Seul un puissant mouvement de solidarités matérielles avec les Suds pourra s’opposer efficacement à cette vision d’horreur. Pour celles et ceux qui auraient un doute sur la suite du monde et ce qui pourrait advenir, écoutons ce qu’en dit un de ses représentants du pouvoir : « Beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées, seront remises en cause. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent37. »

En face, un plan pourrait commencer à se dessiner. En France, depuis quelques années, chaque ébranlement social est l’occasion pour les refusants de se trouver des alliés inédits : écologistes découvrant l’implacable État d’exception après les attentats de 2015 ; Gilets Jaunes plongés dans l’expérience de la répression réservée jusque-là aux banlieues ; des dizaines de métiers (avocats, enseignants, soignants, etc.) qui se sont rappelés l’importance de la lutte collective lors des grèves pour les retraites ; renouveau puissant d’un féminisme politique ; lutte souterraine des paysans ; écologie et collapsologie qui bouleversent les plans de vie d’un nombre croissant de classe moyenne ; et désormais les collectifs de soignants qui affrontent avec un courage inouï la même situation sous un autre angle. Chacune de ces rencontres a été l’occasion de mesurer notre force : nous sommes bien plus nombreux que nous le pensons à tourner autour des mêmes refus, à entrevoir les mêmes chemins alternatifs. L’ensemble des échelles institutionnelles fragilisées par ce choc monumental ouvre la possibilité d’actions nouvelles avec des effets de levier inattendus38. Plus que jamais, le monde tremble sur ses vases. Relance de l’Économie ou multiplication des expérimentations politiques ? A ce stade, on peut déjà se promettre de se retrouver avec des corps vibrants du désir de vivre.

*

Merci aux nombreuses personnes ayant relu des versions préliminaires de ce texte, leurs remarques ont permis de le bonifier.

Notes
1. ↟ En temps normal la vulnérabilité des corps est diluée, ciblée sur certaines parties de la population, certaines régions, certains métiers. Voir « Racisme environnemental », Razmig Keucheyan, La nature est un champ de bataille, Paris, La Découverte, 2018, p. 19-84. Pour une perspective histoire de longue durée, voir Francois Jarrige, Thomas Le roux, La Contamination du monde, Une histoire des pollutions à l’âge industriel, Paris, Seuil, 2017.
2. ↟ A l’ère primaire, l’ensemble des terres émergées ne forme qu’un seul continent : la Pangée.
3. ↟ https://lundi.am/Monologue-du-virus
4. ↟ Une hypothèse scientifique à confirmer établit un rapport entre la présence massive de la pollution et la propagation du virus : sa progression serait amplifiée par la présence de certaines particules fines qui lui servent de support et de tapis volant. Une réduction drastique de la pollution, c’est à dire de l’activité économique, permettrait de limiter sa progression. Une diminution aussi forte des maladies chroniques lui fournirait moins de corps vulnérables, etc. Ces quelques éléments indiquent que, sur le plan sanitaire, le vaccin est évidemment une réponse fondamentale, mais pas la seule. Sur le rapport entre virus et particules fines, voir « Pollution et propagation fulgurante du coronavirus, les particules fines montrées du doigt », RTBF, 21 mars 2020.
5. ↟ Voir https://www.insee.fr/fr/statistiques/3319895. L’écart est encore plus grand aux USA : https://news.mit.edu/2016/study-rich-poor-huge-mortality-gap-us-0411
6. ↟ Marie Astier, « La « catastrophe » du confinement pour les mal-logés », Reporterre, 26 mars 2020.
7. ↟ Marie Boeton, « Les femmes pauvres, premières victimes des violences conjugales », La Croix, 23 octobre 2012 et « Hausse des violences conjugales pendant le confinement », Le Monde, 30 mars 2020.
8. ↟ Voir Mathilde Serrel, « Journaux de confinement, la lutte des classes », France Culture, 20/03/2020 et Laélia Véron « Slimani, Darrieussecq : romantisation du confinement », Arrêts sur images.
9. ↟ David Graeber, « On the Phenomenon of Bullshit Jobs: A Work Rant », Strike !, Une traduction française
10. ↟ Voir la modélisation des épidémiologistes de l’Imperial College qui propose différentes courbes de mortalité selon l’exposition des populations au virus :         Pour une présentation d’une partie de ce travail, voir : https://www.terrestres.org/2020/03/24/il-ny-aura-pas-de-retour-a-la-normale/
11. ↟ Par raison sanitaire nous n’entendons pas la délégation de nos vies à une élite scientifique dont l’objectif serait de trouver le meilleur réglage techno-biologique entre l’humain et son milieu afin de favoriser une santé hygiéniste permettant la plus grande longévité. Mais plutôt un pari sur l’affirmation d’un principe où le soin, l’irremplaçable et l’attention donneraient corps à une écologie du soin. Il va sans dire que cela appelle à une révolution dans la façon dont le soin et la médecine orthodoxes sont pratiqués et enseignés. Si les collectifs de soignants défendaient majoritairement un confinement massif piloté par la surveillance étatique globale (traçage, biométrie, géolocalisation), alors ils n’auraient rien en commun avec une perspective écologique. Nous en sommes ici au stade des supputations et il est tout à fait possible-probable que la raison sanitaire soit absorbée par la biopolitique autoritaire.
12. ↟ Voir Manuel Jardinaud, Romaric , « Covid-19: les efforts de «guerre» ne sont pas centrés sur le sanitaire », Mediapart, 19 mars 2020.
13. ↟ A ce stade précoce, on ne peut qu’avancer des éléments de compréhension schématiques qui seront précisés/rectifiés à l’avenir. Au début de l’épidémie, on a pu constater une similitude dans la réaction des pays les plus riches : la primauté de l’Économie l’a emportée pendant plusieurs semaines sur le danger sanitaire. On peut ensuite distinguer la voie italienne d’un côté (plus protectrice et mettant à l’arrêt plus franchement ses activités économiques pour préserver le maximum de vies) et la voie anglaise et américaine (plus attentiste et héritière d’une tradition social-darwinienne justifiant le sacrifice des plus faibles), la France se situant peut-être dans cet entre-deux.
14. ↟ Collectif, « La limitation de la casse économique ne doit pas prévaloir sur la limitation de la casse sanitaire », Le Monde, 20 mars 2020.
15. ↟ Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, justifie les différentes incitations à aller travail dans des secteurs non-essentiels pour « assurer un service économique minimum capable de nous faire rebondir le moment venu ». Autrement dit, de nombreuses mesures d’assouplissement du code du travail et de prime sont mises en place pour favoriser la reprise. Elles ont pour effet direct de contourner le confinement et de créer des risques mortels pour les salariés. Continuer d’exposer toutes ces vies au travail n’a d’utilité que pour l’Économie. Voir Romaric Godin, « La politique économique de crise révèle les incohérences du gouvernement », Mediapart, 24 mars 2020 et Alain Trannoy, « Coronavirus : Le freinage volontaire de l’économie française ne peut être poursuivi sans danger au-delà d’un mois ». Le Monde, 20 mars 2020
16. ↟ Sauf depuis le début de l’année 2019.
17. ↟ Dans l’état actuel de la situation, les armes de ces derniers sont réduites : interventions médiatiques, recours devant le Conseil d’Etat et plaintes contre Edouard Philippe et Agnès Buzin. Voir Jean-Baptiste Jacquin, Cédric Pietralunga, Alexandre Lemarié et Olivier Faye, Coronavirus : l’exécutif face à la menace de suites judiciaires, Le Monde, 25 mars 2020.
18. ↟ Nous ne disons pas que le « corps médical » s’attaque aussi explicitement à l’ensemble de ces pathologies, mais que le principe qui guide son action porte assez directement un refus du principe qui meut l’Économie.
19. ↟ Typiquement, l’idéologie du ruissellement ou des « premiers de cordée », invalidée empiriquement après quarante ans de politiques néolibérales aux USA, repose sur une logique sacrificielle, camouflée par le marketing politique en une dynamique vertueuse.
20. ↟ Entretien avec Christophe Barraud, chef économiste chez Market Securities, « Le seul moyen pour contrôler l’épidémie… c’est de tuer l’économie ! », Le Figaro, 13 mars 2020.
21. ↟ Parmi une abondante littérature sur ce sujet, voir http://revueperiode.net/le-fantasme-de-labstraction-reelle/
22. ↟ La nature de cette dynamique est un processus socio-historique complexe que nous laissons de côté ici. En un mot, le mouvement global du techno-capitalisme est à la fois porté par des logiques générales qu’on peut qualifier de processus sans sujet, et en même une attention fine portée sur le jeu des acteurs montre que la mise en place et le renouvellement des structures de domination relève en partie de l’action délibérée de certains groupes sociaux.
23. ↟ Yohan Ariffin, Généalogie de l’idée de progrès. Histoire d’une philosophie cruelle sous un nom consolant, Paris, Editions du Félin, coll. « Les marches du temps », 2012.
24. ↟ Max Weber, Le savant et le politique, p. 79 et 74-75.
25. ↟ Et certains groupes sociaux, voir la note 23 précisant ce point.
26. ↟ Il est bien établi que la perte de biodiversité et le réchauffement climatique augmentent le nombre et la virulence des épidémies : c’est nous qui les provoquons en colonisant et détruisant les espaces sauvages par la déforestation, l’industrialisation, l’urbanisation, le tourisme de masse.
27. ↟ Un exemple puissant et bouleversant parmi probablement beaucoup d’autres, Claude Baniam (psychologue à l’hôpital de Mulhouse), « J’ai la rage », Libération, 24 mars 2020.
28. ↟ Romaric Godin, « L’économie française en état d’exception », Mediapart, 17 mars 2020.
29. ↟ Israël représente également une voie dystopique à peine moins effrayante que la Chine, voir quelques développements récents Eva Illouz, « L’insoutenable légèreté du capitalisme vis-à-vis de notre santé », L’Obs, 23 mars 2020.
30. ↟ Raphaël Kempf, Il faut dénoncer l’état d’urgence sanitaire pour ce qu’il est, une loi scélérate, Le Monde 24 mars 2020.
31. ↟ Martin Untersinger, « Confinement : plus d’un million de Franciliens ont quitté la région parisienne en une semaine », Le Monde, 26 mars 2020 et « Contre la pandémie due au coronavirus, de nombreux pays misent sur la surveillance permise par le « big data », Le Monde, 26 mars 2020
32. ↟ « Selon leur degré de proximité, l’application leur ordonne de se mettre en confinement total ou simplement de maintenir une distance de sécurité avec les gens qu’ils rencontrent. Elle peut aussi donner des indications aux autorités pour qu’elles puissent désinfecter les lieux où la personne contaminée s’est rendue. […] Les données personnelles, notamment les données des opérateurs téléphoniques, sont aussi utilisées pour s’assurer du respect des mesures de quarantaine, comme en Corée du Sud ou à Taïwan. C’est aussi le cas en Italie, où les autorités reçoivent des données des opérateurs téléphoniques, ont expliqué ces derniers jours deux responsables sanitaires de la région de Lombardie. Le gouvernement britannique a également obtenu ce type d’information de la part d’un des principaux opérateurs téléphoniques du pays. » Ibid.
33. ↟ Parmi les nombreuses et profondes fragilisations de l’Etat de droit introduites en quelques jours, relevons la plus spectaculaire : les conditions de vote de loi sur l’état d’urgence sanitaire par le Parlement n’ont pas respecté la Constitution. Le Conseil constitutionnel, garant de cette dernière, a lui-même entériné cette violation des règles. En substance, le Conseil constitutionnel autorise la mise entre parenthèse de la Constitution dans des circonstances exceptionnelles. Voir Jean-Baptiste Jacquin, « L’état d’urgence sanitaire ouvre des brèches dans l’Etat de droit », Le Monde, 30 mars 2020.
34. ↟ Sonia Shah, « Contre les pandémies, l’écologie », Le Monde Diplomatique, mars 2020.
35. ↟ Quelques éléments sur le contexte français : « Le 28 février est publié le rapport crucial de l’OMS sur ce qui a été fait en Chine. Il montre que seule une mobilisation de « tout le gouvernement » (all-of-government) et « toute la société » (all-of-society) permet de vaincre l’épidémie. On se souviendra sans doute longtemps du fait que le lendemain, le samedi 29 février d’une année bissextile, le premier ministre Édouard Philippe a décidé de détourner un conseil des ministres « exceptionnel dédié au Covid-19 » pour annoncer l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution afin d’adopter sans vote la réforme des retraites. Alors que l’OMS démontrait l’urgence de l’action collective et solidaire face à une pandémie bientôt incontrôlable, le gouvernement s’est dit que le plus urgent était de profiter de la dernière fenêtre de tir pour faire passer son projet de loi tant décrié. » Pascal Marichalar, « Savoir et prévoir. Première chronologie de l’émergence du Covid-19 », 25 mars 2020, La vie des idées.
36. ↟ Nous n’ignorons évidemment pas que le Covid-19 a déclenché un important racisme contre les Chinois et plus généralement contre les asiatiques. Nous faisons ici l’hypothèse que le virus ouvre un espace pour réaffirmer un internationalisme conséquent. Dans le sillage des révoltes des peuples à travers le monde en 2019, le virus pourrait contribuer, par la vulnérabilité globale et les souffrances communes, à un internationalisme qui reste à construire. L’effet du virus sur les Suds va être probablement plus ravageur qu’au Nord.
37. ↟ Emmanuel Macron, 16 mars 2020.
38. ↟ Par exemple, démarrer en avril une Grève des loyers et des crédits ?

Florage

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Message par Florage le Sam 4 Avr - 4:20


Hors de contrôle : crise, Covid-19 et capitalisme en Afrique

Femi Aborisade, Heike Becker, Didier Kiendrebeogo, Gacheke Gachihi, Lena Anyuolo et Tafadzwa Choto
Traduit par Thierry Labica. Contretemps, 3 avril

Des militant·e·s et des chercheurs·ses à travers l’Afrique évoquent les conséquences du Covid-19 sur leurs pays respectifs dans cet article publié initialement par ROAPE (Review of African Political Economy). Depuis le Kenya, l’Afrique du Sud, le Burkina Faso, le Nigeria et le Zimbabwe, Femi Aborisade, Heike Becker, Didier Kiendrebeogo, Gacheke Gachihi, Lena Anyuolo et Tafadzwa Choto observent les contours pris par la crise et la manière dont les gouvernements sous couvert de lutte contre le virus étendent la répression, dans le contexte plus général du capitalisme, du changement climatique et des luttes populaires pour des transformations radicales.

Nigeria : prétexte sur mesure pour les milieux d’affaires. Par Femi Aborisade
Je vis au Nigeria. Ma femme travaille dans un hôpital gouvernemental. Mes enfants sont dans des institutions du secteur tertiaire. J’ai récemment participé à une conférence dans un grand hôtel de Lagos, centre des échanges commerciaux du pays. Depuis hier (le 22 mars), selon les informations, le nombre des cas de coronavirus est encore relativement faible ; neuf à Lagos et le reste se répartit dans d’autres provinces. Cependant, le chiffre réel est susceptible d’être bien plus élevé.

Peu de gens ont la possibilité d’avoir accès à des soins dans les hôpitaux. Nombreux sont celles et ceux à la recherche de guérison spirituelle pour leurs problèmes de santé et qui se tournent alors vers leur pasteur ou leur imam afin qu’ils prient pour eux, n’ayant pas les moyens d’accéder aux services de santé même dans les hôpitaux publics.

De ce que je peux voir et entendre et des discussions que je peux avoir avec mes enfants, les professionnels de santé, les étudiants et les travailleurs ne reçoivent pas d’équipement de protection. Les lieux publics, les bâtiments, les marchés, les arrêts de bus et les bureaux ne disposent pas de l’eau courante, de toilettes publiques, du nécessaire pour se laver les mains, etc.. Je n’ai pu constater aucun nouvel aménagement pratique devant permettre de contenir la progression de l’épidémie de coronavirus au Nigeria. A moins que des mesures ne soient prises de manière urgente, nous pourrions aller à la catastrophe.

La Banque centrale du Nigeria a annoncé qu’elle réservait un fonds de relance gigantesque d’environ mille milliards de Naira (2,8Md d’euros) destiné à soutenir les industries locales, la substitution aux importations par les milieux d’affaires, et les autorités de santé afin de permettre aux laboratoires, aux chercheurs et à l’innovation de travailler avec les scientifiques internationaux pour breveter et produire des vaccins et tester des kits de vaccination au Nigeria.

Ce fonds sert de parfait déguisement au transfert des ressources publiques vers les milieux d’affaires. Chacun attend que l’État assume des responsabilités de base en matière de soins de santé et de gratuité d’accès aux services de santé. Au Nigeria, très peu de gens malades se rendent dans les hôpitaux, les tarifs de soins hospitaliers étant trop élevés. Les hôpitaux publics sont rares. Lorsqu’ils existent, seules les consultations sont gratuites, en général. Les traitements ont été rendus payants. Aucune information n’est disponible pour savoir où faire un test de coronavirus. La plupart des hôpitaux, qu’ils soient publics ou privés n’ont pas les moyens d’effectuer les tests et encore moins de traiter des patients atteints du coronavirus. Le Nigeria n’a d’ailleurs pas même encore été en mesure d’éliminer les moustiques et d’éradiquer la malaria. Un gouvernement incapable de contrôler et de mettre fin à la malaria ne risquait pas d’être à même de faire face à une épidémie de coronavirus.

La plupart des gens vivent dans des endroits surpeuplés. Beaucoup parmi elles et eux sont sans domicile. La contagion au coronavirus met en lumière la nécessité de garantir au plus grand nombre des besoins fondamentaux parmi lesquels, le logement social et les soins de santé. Au lieu de cela, le gouvernement s’empresse d’utiliser la crise pour remettre la richesse publique aux mains de ses partenaires économiques. Les gouvernements ne se préoccupent guère du versement régulier des salaires et du non-paiement de l’augmentation du salaire minimum pourtant récemment annoncée, mais ne perdent pas un instant pour organiser le pillage au nom de la lutte contre le coronavirus.

Des annonces sont faites concernant la fermeture temporaire des écoles et des lieux de réunions de plus de cinquante personnes. Mais la principale organisation ouvrière, le Congrès des travailleurs nigérians (NLC), s’inquiète de ce que les employeurs pourraient utiliser ses fermetures, entre autres, rendues nécessaires dans le contexte actuel, pour s’en prendre aux droits de la classe ouvrière. Le NLC a prévenu qu’il résisterait à toute attaque contre les droits du monde du travail au prétexte de la lutte contre la pandémie de coronavirus.

Femi Aborisade, socialiste, est un écrivain et un juriste basé à Lagos. Il a récemment participé à un entretien pour roape.net, disponible ici.
Afrique du Sud : le Covid-19 dans la société la plus inégalitaire au monde. Par Heike Becker.
La crise du coronavirus a véritablement commencé au cours de la semaine dernière [troisième semaine de mars] en Afrique du Sud. Ce matin (samedi 21 mars), un peu plus de 200 cas d’infection ont été enregistrés. Dimanche dernier, lorsqu’on en était encore à 68, puis à 85 cas confirmés, le gouvernement a convoqué une réunion extraordinaire du cabinet, au sommet de l’Etat. Les consultations prirent leur temps. Le Président Cyril Ramaphosa était censé s’adresser à la nation à 17h, puis à 18h. Il finit par apparaître à l’écran vers 19h30. Mais tout le monde convient ; l’attente en valait la peine. La directive présidentielle, supplémentée et détaillée le lendemain matin par les ministères, décida de restrictions très fermes. Aucun rassemblement de plus de cent personnes n’était plus autorisé. A compter de vendredi de cette semaine (27 mars), plus aucun visiteur venu de « pays à hauts risques » (Chine, Iran, Italie, Corée du Sud, Royaume-Uni, Allemagne, Espagne et Etats-Unis) n’a droit d’entrer sur le territoire. Quartorze avions de ces pays sont à l’heure actuelle immobilisés à l’aéroport OR Tambo de Johannesburg. Les citoyens et résidents non Sud-africains à bord seront renvoyés chez eux. Les citoyens et résidents de retour en Afrique du Sud, quant à eux, devront rester en quarantaine pendant quatorze jours. Les écoles sont fermées. Les universités ont suspendu leurs programmes de cours et ont débuté en avance et, le plus souvent, ont rallongé la période des congés universitaires. Sans être totalement désertées, les rues des banlieues d’Afrique du Sud paraissent étrangement vides.

Les temps sont difficiles, profondément déstabilisants mentalement et émotionnellement. Depuis le weekend dernier, je suis en contact permanent avec mes étudiants, inquiets et désorientés, psychologiquement en difficultés. Elles et ils s’inquiètent également des implications financières dès lors qu’il a été demandé aux universitaires Sud africains de basculer vers des plateformes en ligne. Les étudiant.es, en particulier dans le cas de mon université où la population estudiantine est majoritairement noire et issue de milieux ouvriers, n’ont pas d’accès à internet maintenant que la plupart d’entre elles et eux ne sont plus sur le campus et se trouvent dans les townships parce que les uns et les autres ne peuvent pas se permettre les prix excessifs de paquets de données affichés par les entreprises de téléphonie mobile Sud-Africaines

Les personnels enseignants et administratifs de l’université et les étudiant-es se sont vus interdire l’entrée du campus depuis hier, à l’exception des habitants de la résidence universitaire. Heureusement, l’université de Western Cape (UWC), à la différence d’autres établissements, n’a envoyé de notification d’expulsion sous  72 heures aux étudiants vivant en résidence universitaire ; l’université Wits de Johannesburg a été attaquée en justice par des étudiant-es de droit  pour avoir pris une telle mesure, mais le juge a rejeté leur plainte ce matin.

Il y a deux jours, un collègue de mon département a été testé positif au Covid-19. Les expositions directes et indirectes à la maladie ont été nombreuses. Avant de voir apparaître les symptômes habituels, le collègue, qui venait de rentrer d’un voyage à l’ étranger, avait été au contact de membres du personnel et d’étudiant-es qui à leur tour furent en contact avec d’autres, et ce bien avant que l’on connaisse le résultat du test. Je me suis confiné depuis mercredi, ne sortant de chez moi que pour des promenades solitaires et prendre de l’exercice.

Comme moi-même, les gens de classe moyenne ont eu la possibilité de travailler depuis chez eux. La chose est d’autant plus compréhensible que les premiers cas de Covid-19 sont arrivés dans le pays au gré des déplacements de classes moyennes et supérieures mobiles à échelle globale. Mais à présent, les transmissions internes ont commencé et les plus exposés ne sont pas les clients qui repartent chargés de rouleaux de papier toilette des supermarchés Woolworth (enseigne chérie de l’Afrique du Sud aisée ,sorte d’équivalent de Marks & Spencer dans ce contexte).

Une des grandes questions du moment et celle du paiement des congés pour les travailleurs contraints d’utiliser les transports publics (imaginons qu’il n’y ait ne serait-ce qu’une seule personne infectée dans une rame de train bondée ou dans un minibus, sans espace pour garder ses distances, sans gel désinfectant, sans gants ni masques). Je viens d’interrompre la rédaction de ce texte pour participer à un échange avec des collègues d’UWC sur WhatsApp : nous étions choqués d’apprendre que les personnels de nettoyage, employé-es vulnérables d’entreprises de sous-traitance, travaillent encore sur le campus et poursuivent donc leur allées et venues entre leur domicile et leur lieu de travail dans les conditions dangereuses des transports publics Sud-africains. Un certain nombre d’entre nous ont pris contact avec la direction du département pour qu’elle porte  le problème devant de la direction de l’établissement qui elle-même devra se tourner vers les entreprises privées qui emploient les travailleurs les plus vulnérables de notre institution où ces travailleurs n’ont pas été réintégrés à la masse salariale de l’université (cf. mon billet à ce propos sur le blog From Johannesburg to London: student-worker struggles).

Les choses que l’on peut faire sont si limitées dans le cadre du confinement. J’ai participé à des campagnes sur des réseaux sociaux pour exiger des entreprises de téléphonie mobile Sud-africaines qu’elles renoncent aux tarifs exorbitants de leurs services et proposent une offre détaxée aux universités et institutions éducatives, plus avantageuse pour les étudiants. Si nos étudiants ne peuvent pas accéder à l’internet pour suivre les cours en ligne, leur semestre (qui se termine à la mi-mai) sera perdu.

Je crois savoir, à regarder ce qui circule sur les réseaux sociaux qu’une rencontre a eu lieu ce matin pour tenter de coordonner des initiatives communautaires au Cap. Mais je n’en sais pas plus et ne peut pas y participer.

La situation est sombre. A l’image des multiples crises environnementales auxquelles nous avons dû faire face (cf mon article Cape Town Water Musings: the Politics of Environmental Crisis and Social Inequality), la pandémie révèle et creuse une fois de plus les écarts entre les quelques privilégiés et les pauvres en Afrique du Sud. Mon âme pleure quand je pense aux menaces auxquelles doit faire face la majorité de la population pour sa survie-même dans la société la plus inégalitaire au monde.

Heike Becker enseigne l’anthropologie sociale et culturelle à UWC en Afrique du Sud. Son travail porte sur les thèmes situés à l’interface entre culture et politique, et en particulier sur la culture populaire, les médias numériques et les mouvements sociaux en Afrique du Sud. Heike contribue régulièrement à roape.net.
Burkina Faso : terrorisme, pollution et la pandémie de Covid-19. Par Didier Kiendrebeogo
Le danger de contamination au coronavirus a été déclaré au Burkina Faso le 9 mars. Rapidement, les mesures gouvernementales commencèrent par s’attaquer aux manifestations syndicales déjà en cours. Malgré cela, des ministres eux-mêmes contaminés et des hauts responsables continuèrent leurs grands meetings de campagne électorale (des élections nationales sont prévues pour novembre prochain).

Depuis le 24 mars, 114 personnes ont été testées positives et parmi elles, au mois cinq membres du gouvernement et quatre personnes décédées à cause du Covid-19. Il ne s’agit-là que des statistiques officielles. Un numéro de téléphone gratuit a été mis en place pour la population mais il est extrêmement difficile d’obtenir une réponse ou une aide quelle qu’elle soit. Le pays ne dispose d’aucun équipement à la hauteur pour l’organisation des tests. Seuls les riches y ont accès.

Le pays est déjà confronté à l’urgence climatique, les entreprises minières étrangères (une quinzaine) polluent l’environnement et les maladies se multiplient dans les régions où elles sont en activité, et tout ceci, il va sans dire, sans que les gens ne tirent les moindres ‘dividendes’ de l’extraction minière et l’État ne fait rien.

N’oublions pas que le Burkina Faso a récemment causé la surprise dans le monde ; d’abord avec l’insurrection populaire d’octobre 2014 pour chasser le dictateur, le capitaine Blaise Compaoré, resté trente ans au pouvoir ; puis avec une semaine de résistance durant laquelle la population contraignit le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), une milice mieux équipée que l’armée nationale elle-même, durant le coup d’État de septembre 2015, à resituer le pouvoir au gouvernement.

Aujourd’hui, les burkinabés doivent faire face à un régime totalement incompétent, qui se contente de piller la richesse nationale aux cotés de multinationales et de gouvernements étrangers tout en réprimant celles et ceux qui osent résister et défendre la dignité et les aspirations du peuple.

Près d’un tiers du pays est sous le contrôle de groupes armés (terroristes jihadistes, trafiquants de drogue et autres bandits en armes). Cette situation a donné lieu jusqu’ici, et selon les chiffres officiels, au déplacement de 700 000 personnes à l’intérieur du pays, à la fermeture d’environ 1000 écoles et centres de santé, à plus de 1000 tués (civils et militaires) et à des dégâts matériels démesurés. Les forces de défense et de sécurité se plaignent régulièrement du manque d’équipements appropriés (armement, véhicules de transport, essence, équipements de protection, etc..).

Pendant ce temps,  les dirigeants pillent et détournent la richesse du pays. Jour après jour, les journaux révèlent de nouvelles affaires : détournement de ressources minérales avec des entreprises minières étrangères, sommes gigantesques d’argent des contribuables dépensées dans l’achat de véhicules, ministres se faisant construire des résidences fortifiées en ville et à la campagne, salaires de ministres deux fois supérieurs à ce qui est autorisé par la loi, attribution de contrats publics aux amis et aux membres du parti au pouvoir et à ses alliés. La liste est sans fin.

Confrontés à l’effondrement accéléré de l’État, les militants tentent de sonner l’alarme. Réaction du gouvernement ? Interdictions systématiques des manifestations, répression des rassemblements, menaces de mort, appels au meurtre contre les organisateurs, assassinats ciblés de plusieurs dirigeants d’organisations, exécutions de masse sous prétexte de lutte anti-terroriste, coupes dans les salaires de la fonction publique, suspension des salaires des représentants syndicaux et licenciements collectifs…

Le Covid-19 a introduit un virus ‘additionnel’ dans un pays déjà à genoux.

Didier Kiendrebeogo est un des principaux militants de l’Organisation Démocratique de la Jeunesse (ODJ) au Burkina Faso
Kenya : pauvreté et violence épidémiques dans les bidonvilles de Nairobi. Par Gacheke Gachihi et Lena Anyuolo
Au Kenya, la mise à jour du ministère de la santé, le 24 mars, indiquait 25 cas recensés. Le 23 mars, le nombre de cas était de 16 et le suivi de 646 personnes qui avaient été à leur contact était en cours.  Toutes étaient passées par l’aéroport international Jomo Kenyatta entre le 4 et le 17 mars. Les mesures contre la progression du virus telles que le confinement et le lavage des mains au savon et à l’eau, bien que d’une importance cruciale, seront hors de portée de la majorité de la population.

La majorité de la main d’oeuvre kényane, suite aux programmes d’ajustements structurels de la fin des années 1980, est précaire. Ce qui veut dire qu’elle est réduite à vivre au jour le jour et dépend de salaires à la journée. Ceux qui sont dans l’emploi salarié ne bénéficient pas de toutes les protections dès lors qu’ils sont embauchés sur contrats. La quasi-totalité d’entre eux n’est pas syndiquée et dans  tous les cas, ces organisations syndicales sont faibles. Tous sous soumis aux humeurs de leurs employeurs. L’obligation de travailler de chez soi et de se confiner est impraticable parce qu’elle contraint les travailleurs à choisir entre gagner leur pain quotidien et mourir de faim à la maison. La situation est pire encore pour les habitants des zones rurales vivant de la vente de leurs produits dans les villes petites et grandes. Mais la fermeture des marchés veut dire que des millions de gens ne pourront vraisemblablement pas même payer un trajet de bus pour aller se faire traiter dans un centre de soins, ou ne pourront pas s’acheter du désinfectant pour les mains et du savon.

Le système de santé du Kenya est en ruine, résultat de choix délibérés. Nos contributions fiscales au Fonds national d’assurance hospitalière (NHIF) partent financer les hôpitaux privés aux dépends des structures de santé publique. Sur l’artère Mbagathi Way, dans la capitale Nairobi, le contraste saisissant entre l’hôpital national Kenyatta et le somptueux Nairobi Hospital montre bien à qui le Kenya appartient. Si le Kenya devait atteindre le nombre de patients de l’Afrique du Sud, où donc les pauvres devraient-ils aller se faire traiter ? Dans les hôpitaux publics délabrés et en manque de personnels, ou dans les luxueux hôpitaux privés ? Les récentes instructions du ministère de la santé en matière de confinement des gens dans des hôtels à 90 dollars US la nuit – « coût subventionné »  à vos propres frais, donnent une idée de qui vivra et qui mourra.

Au Kenya, l’habitat social est une plaisanterie. A Mathare, quartier très dense de Nairobi, 68 941 personnes survivent à l’intérieur d’un seul kilomètre carré. A Kamkunji, autre quartier à bas revenus, 24 455 habitants se concentrent dans un seul kilomètre carré. A Makadara, 16 150 habitants pour un seul kilomètre carré. Souvent, les gens se partagent une pièce faisant à la fois office de cuisine, de chambre à coucher et de salon. Comment les travailleurs feront-ils donc pour se confiner ? Dans le même temps, la famille Kenyatta fait construire un immense complexe immobilier haut de gamme, la  Northlands City, sur un terrain de plus de 4500 hectares s’étendant le long du grand axe routier Thika, et dont plus de 13 hectares sont prévus pour la construction d’un hôtel et d’un centre commercial.

L’État agit de manière totalement inconsidérée. Le gouvernement a été la cible de vives dénonciations pour avoir autorisé un vol de la China Southern Airlines à atterrir au Kenya avec 239 passagers à son bord le 26 février, alors que la crise du Covid-19 atteignait son seuil maximal en Chine. Pour divers militants pour le justice sociale, la chose s’expliquait par la dette kenyane à l’égard de la Chine qui a financé les infrastructures du pays et pour eux, c’est le gouvernement chinois qui est maintenant derrière les décisions prises par le gouvernement kényan.

Après l’annonce par le gouvernement du premier cas de Covid-19 la semaine dernière, le Groupe de travail des Centres pour la justice sociale, un collectif, publia un communiqué sur le défi que représentent les bidonvilles à forte densité de population. Pour les pauvres de ces quartiers, les consignes sont impossibles à appliquer même si leur vie en dépend. Le président, par exemple, a conseillé aux citoyens de travailler de chez eux à l’exception de celles et ceux fournissant des services essentiels. Mais « services essentiels » peut prendre des significations bien différentes selon la place que l’on occupe dans le système de classes kényan. Par exemple, dans les bidonvilles, les toilettes publiques sont des services essentiels, la vente d’eau compte parmi les services essentiels, le petit commerce ambulant est un service essentiel parce qu’il permet de rester en vie, de se nourrir et de nourrir des familles. Travailler depuis son domicile n’a aucun sens pour les pauvres et les marginalisés.

Une journée à la maison, pour la plupart des habitants des établissements informels, veut dire une journée sans rien à manger sur la table. Ce décalage complet avec la réalité vécue du mwananchi moyen (terme swahili pour un citoyen ordinaire) donne le mesure de la faillite gouvernementale.

En tant que militants pour la justice sociale, nous exigeons du gouvernement qu’il offre d’autres voies aux millions de kényans dont le travail est précaire et dont la survie dépend de leur revenu quotidien.

Le ministère de la santé a été en première ligne, défendant l’usage des produits désinfectants et du lavage de mains, mains sans apporter de solution durable aux habitants des établissements informels sans accès à l’eau. L’idée que tous les kényans peuvent accéder à l’eau et au savon est surprenante venant d’un gouvernement qui a privatisé les services de l’eau et marchandisé les services de base pour les pauvres des villes.

Nous avons exigé du gouvernement :

– qu’il rétablisse l’arrivée d’eau dans toutes les habitations et les bidonvilles et mène une lutte sans merci contre les cartels de l’eau qui abusent des citoyens ;

– qu’il oriente immédiatement des camions citernes vers les zones sans eau courante et dépendantes de points d’approvisionnement surfréquentés et trop chers ;

– qu’il mette à disposition gratuitement ou à des tarifs subventionnés des gels désinfectants pour les mains garantis par le ministère de la santé ;

– qu’il équipe les centres de santé gouvernementaux en matériel de test de dépistage, de personnels formés et d’ambulances afin qu’ils puissent traiter les situations d’urgence ;

– qu’il contrôle les prix des biens de première nécessité afin de les rendre accessibles à la plupart des kényans, et qu’il apporte une aide alimentaire d’urgence à ceux qui ne pourraient toujours pas se les permettre ;

– qu’il mette un terme aux brutalités et au racket policiers dans les établissements informels ;

– qu’il soutienne les professionnels de santé communautaires en première ligne face à la crise qui frappe les pauvres en milieu urbain ;

– qu’il apporte une aide financière aux travailleurs de l’économie informelle et aux sans abri.

Le Covid-19 est une manifestation de ce que Naomi Klein a appelé le capitalisme du désastre.

En tant que mouvement pour la justice sociale, notre lutte entend combattre un modèle économique de capitalisme néolibéral intrinsèquement violent, et dans lequel la torture, la déshumanisation et les   déferlements de virus sont inséparables d’un système économique hors de contrôle.

Gacheke Gachihi est coordinateur du Mathare Social Justice Centre et membre du comité directeur du groupe de travail des centres de justice sociale.

Lena Anyuolo est membre de la Ukombozi Library et du Mathare Social Justice Centre, et intervient comme militante pour la justice sociale.
Zimbabwe: Le droit de vivre pour tous. Par Tafadzwa Choto
Le Zimbabwe n’a officiellement enregistré jusqu’ici que trois cas de Covid-19 et beaucoup supposent que les cas sont plus nombreux mais que le gouvernement en dissimule la réalité. On ne peut nier,  par ailleurs, qu’un certain nombre d’individus sont porteurs du virus, mais en l’absence de dépistage généralisé, ils le répandent autour d’eux au cours de leurs déplacements. Nous ne pouvons que nous attendre à voir ces chiffres croître de manière continue dès lors que dans la plupart des cas les personnes infectées ne présentent pas de symptômes pendant des jours et continueront de répandre l’infection.

Le pays est mal préparé, sans l’oxygène indispensable pour sauver les patients atteints du Covid-19 dans les hôpitaux et les cliniques dédiées. Le personnel médical, médecins et infirmières, sont eux et elles aussi sous équipés pour s’occuper des patients qu’ils et elles reçoivent.

Les élites politiques et économiques vont se faire soigner hors du pays avec leur famille, laissant derrière elles les familles pauvres  mourir en raison du manque d’équipement médical, de médicaments et de personnels suite à l’exode de masse vers l’étranger et une vie meilleure.

De la visite des hôpitaux de Parirenyatwa, Harare, Mpilo, Chitungwiza, Gweru, Mutare, entre autres   établissements gouvernementaux, ressort un tableau désolant. Le gouvernement veut que le système de santé qu’il a détruit marche pour son propre bénéfice. Il n’a pas donné la priorité à la fourniture de respirateurs artificiels pour les maladies respiratoires telles que la tuberculose, l’asthme et maintenant le coronavirus. Les population pauvres du Zimbabwe ont fait l’expérience deux décennies durant d’un saccage qui a détruit la plupart des services publics, des hôpitaux, des écoles et des infrastructures. Les gens ordinaires ont vu leur existence broyée par les mesures d’austérité, mourant souvent de maladies curables. Avec cette crise causée pour leur corruption et leur soif d’accumulation économique, les membres du gouvernement cherchent maintenant à gagner notre sympathie.

Le président Mnangagwa a annoncé des mesures destinées à empêcher la progression du virus et à sauver des vies, mais ces mesures restent insuffisantes dès lors qu’elles ne s’appliquent qu’à ceux et celles à même de face financièrement  et ne répondent en rien aux besoins de la majorité. Les travailleurs du secteur formel comme du secteur informel utilisent les transports publics, et le virus peut aisément circuler dans ces taxis et ces bus. Aucune disposition n’a été prise. Dans le secteur informel, avec ses petites entreprises et ses vendeurs de rue, on ne peut pas se permettre de rester chez soi : la vie au jour le jour impose de sortir et de se mettre à la recherche d’un revenu.

Certains fonds ont été mis à disposition par la communauté internationale afin de contenir la progression du virus, mais ces fonds pourraient facilement faire l’objet d’usages frauduleux par le gouvernement, comme on l’a si souvent observé dans le passé. Le gouvernement doit également et rapidement dégager des ressources pour limiter la contagion au Covid-19 avant qu’elle ne devienne catastrophique.

Les mouvements populaires dans le pays exigent :

-que le gouvernement prenne toutes les mesures nécessaires pour arrêter la progression du coronavirus ;

-une imposition des riches pour financer le contrôle du Covid-19 ;

-La transmission du coronavirus ne peut être combattue qu’en rendant les tests de dépistage accessibles à toutes celles et ceux qui présentent des symptômes ;

-Il y a un besoin urgent d’installation d’équipements tels que les respirateurs dont l’importance est capitale dans tous les hôpitaux et toutes les cliniques qui ont été désignés pour traiter les patients atteints du virus ;

-La nationalisation des tous les hôpitaux privés telle qu’elle a été menée dans d’autres pays afin de prévenir un désastre. Non à l’équipement d’hôpitaux conçus pour le seul usage des élites dirigeantes ;

-Des formations appropriées pour nos travailleurs de la santé en matière de traitement des victimes du virus ; ils doivent également se voir distribuer des vêtements de protection. Tous les travailleurs de la santé doivent bénéficier d’une indemnité de risque ;

-doivent être produits et distribués en masse par le gouvernement, masques, gants, savon et gel désinfectant, qui doivent être mis à disposition gratuitement. Nul ne doit pouvoir tirer profit de cette crise : toute entreprise qui chercherait à en tirer profit doit être condamnée à une lourde amende ;

-un approvisionnement en eau doit être fourni aux secteurs qui en sont dépourvus et aucune coupure d’eau ne doit avoir lieu au cours de cette période afin de maintenir une hygiène convenable et sûre ;

-les travailleurs doivent cesser de se rendre au travail mais doivent recevoir leur plein salaire à la fin de chaque mois jusqu’au retour à la normale. Les travailleurs qui accomplissent des tâches essentielles doivent avoir droit au transport entre le domicile et le lieu de travail équipés de tenues de protection adéquates ;

-l’engagement et la formation des structures communautaires et des églises sont nécessaires pour former les gens à lutter contre la progression du virus. Ces personnes dissémineront une information fiable et mettront fin aux rumeurs qui peuvent causer des dommages plus graves encore, en allant jusqu’à l’arrêt cardiaque après avoir entendu de fausses informations ;

-les églises, lieux d’hébergement et hôtels doivent rester ouverts pour fournir un abri aux personnes sans domicile et à celles résidant dans des logements surpeuplés.

La seule option que nous avons est de faire pression sur notre gouvernement néolibéral, incompétent et corrompu, afin de mettre en oeuvre les mesures qui nous protégeront. Dès à présent, la nouvelle circule selon laquelle nos dirigeants se doteraient de l’équipement nécessaire pour se protéger aux dépends de la majorité. Nous devons dire NON à tout ceci en perturbant toutes les activités en cours pour exiger le droit à la vie pour toutes et tous. Pratiquons la distance sociale et lorsque c’est possible exprimons notre solidarité. Nous ne pouvons le faire qu’à condition de créer des comités dans nos secteurs qui aideront à informer les gens pour limiter la progression du virus. C’est ce que nous avons fait contre le choléra et nous pouvons le faire à nouveau.

Antonater Tafadzwa Choto est une militante ouvrière bien connue, une chercheuse et une doctorante basée à Harare. Elle a fait un entretien avec roape.net, disponible ici.

Florage

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TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique Empty Re: TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique

Message par Florage le Sam 4 Avr - 9:19


lieu commun chez Lieux Communs
UN "IMAGINAIRE SOCIAL"
QUI OUBLIE LES CONTRADICTIONS SOCIALES CONCRÈTES DU CAPITALISME !
Lieux Communs livre la suite de ses Premières remarques sur la crise ouverte par la pandémie II après que je ui ai signalé que son bouton "lire la suite" ne fonctionnait pas. Le 27 mars j'écrivais : « il y aurait beaucoup à dire sur ce texte, par exemple quand sériant les problèmes il place en priorité "l'imaginaire social" (relent de Castoriadis, un maître à penser pour Lieux Communs), mais il s'agit d'une véritable analyse, avec des éléments recoupant les miens. »

ici, les différentes parties : Infantilisme initial, Dénis et déniaisements, Passer l’épreuve, Pour une mutation anthropologique, Retour de l’intérêt collectif ? commencent bien mal par une déresponsablisation des États qui n'auraient pas été entendus par des populations infantiles, tout le développement oublie les intérêts antagoniques et contradictions entre classes, et s'effondre pîtoyablement dans la "révélation" par le Covid19  de « toutes les crises tapies au fond de l’imaginaire social contemporain – crise sociale, crise politique, crise culturelle, crise anthropologique. Elle peut les exacerber, déclenchant des conflagrations en série, mais elle est aussi, entre nos mains, l’occasion historique de les affronter sans détour, à leur échelle ou, à tout le moins, de cesser d’en détourner le regard. Ce moment-carrefour pourrait être celui d’une bifurcation dans la trajectoire civilisationnelle qui nous mène droit à des formes archaïques de pouvoir dont l’inertie pèse lourd sur la situation... » Ça plane total pour ces enfants de Castoriadis qui rêve d'" un discours de lucidité et de responsabilité". On fait guère plus gnan-gnan
- 1 – Questions épidémiologiques, 27 mars

- 2 – La question de la réaction sociale

La première strate d’analyse ne peut qu’être l’échelle sociale, celle des humains formant société, de leur compréhension de ce qui se passe, de leurs réactions – ou non-réactions –, de leurs peurs, de leurs désirs, de ce qu’ils sont prêts à faire pour ce qu’ils veulent, de la manière dont cette crise fait sens pour eux – bref, de l’imaginaire social. Si cela est vrai quelle que soit la situation, cela l’est d’autant plus en période où toutes les régulations institutionnelles vacillent et a fortiori pour ceux qui, comme nous, ne voient d’issue aux crises que dans la délibération d’adultes responsables – dispositif qui peut faire régime et que l’on appelle : démocratie directe [1].

Infantilisme initial

Les réactions de la population dans les semaines précédant la mise en confinement de la mi-mars sont frappantes de cécité. Il est étonnant que les quelques personnes ayant fait preuve d’une prudence mesurée, c’est-à-dire d’un respect seulement un peu plus strict des règles élémentaires d’hygiène en période hivernale, aient été si rares – et accusées d’entretenir la « psychose », y compris en milieu hospitalier… Trois éléments de bon sens, que personne n’ignorait, aurait dû, sinon alerter, du moins rendre attentif quel que soit le bruit médiatique : le SRAS-Cov-2 est un virus nouveau, inconnu et à l’origine incertaine ; la maladie qu’il déclenche ne connaît pas de traitement et l’organisme ne peut alors compter que sur ses propres ressources ; enfin, à une certaine échelle de propagation, des mutations aggravantes sont toujours possibles. La timidité de cette anticipation populaire pourtant si élémentaire en dit long sur l’état des populations occidentales surdiplômées, surinformées, sur-connectées et capables de comportements parfaitement imbéciles [2].

Cette irresponsabilité généralisée place bien évidemment les États en situation de légitimité absolue, restaurant une autorité publique qui ne faisait que s’effriter et qui ne pourra, en retour, qu’être contestée…

Dénis et déniaisements

Cette posture infantile, qui prendra sans doute encore de multiples formes à l’avenir, est un authentique déni, qui mériterait d’être analysé.

Il y a bien sûr une réaction tout-à-fait humaine et intemporelle, de refus des mauvaises nouvelles, qui s’est étayé sur le pétard mouillé qu’avait été la surréaction française à la grippe A - H1N1 en 2009. Comment ne pas penser au pacifisme sécrété par la ’der des Ders’ de 14-18, et qui a conduit aux accords de Munich puis à l’« étrange défaite » de 1940 ? Nos sociétés ressemblent à des canards sans têtes zigzaguant au jugé.

Mais, plus profondément, ce déni relève du même affect de refus de réalité mobilisé activement face à toutes ces autres crises que nous traversons : déni face au déferlement islamiste depuis des décennies [3] ; déni face aux transformations inquiétantes de la délinquance ou de l’immigration [4] ; déni face aux effets dévastateurs de la dépendance technologique sur les esprits, les corps, le savoir, la culture et les générations [5] ; et, bien sûr, déni obsessionnel vis-à-vis des ravages écologiques, en grande partie irrémédiables, et qui mettent l’espèce humaine en sursis [6]. Enfin, déni au carré, en quelque sorte, d’une civilisation qui se délite, se délabre, se démembre mais appelle cela « changement », « mutation », « transition » (« déconstruction » pour les instruits – les plus atteints) et auquel il faudrait s’adapter. Cette posture, spectaculaire pour l’observateur, s’explique évidemment par la fascination qu’exerce l’Occident, vécu dans les couches très profondes de l’esprit comme point d’aboutissement de l’humanité, le terminus de nos errances millénaires, cette fin d’une histoire où rien ne pourrait plus arriver qui soit véritablement source d’inquiétude – tout ce qui advient n’y serait plus que péripéties passagères, retards dommageables, inévitables contretemps, détails gênants, perception subjective, projection mentale [7]. Cette croyance, éventuellement négative chez ses contestataires, en la toute-puissance de l’Occident est d’ordre religieux, et nous précipite dans l’abîme. L’enjeu de la période qui s’ouvre est évidemment la sortie effective de ce déni généralisé qui ne verse pas dans la panique à la découverte de l’ampleur des mécanismes d’effondrement qui sont à l’œuvre et qui, partout, se signalent plus ou moins bruyamment.

Passer l’épreuve

Nos sociétés qui se voudraient festives et chatoyantes vont-elles tenir face aux crises ouvertes qui ne viennent que de débuter ? Comment les pseudo-individus qui les composent, à fois dépressifs et maniaques, conformistes et narcissiques, balançant perpétuellement entre la jouissance et l’angoisse, le sauve-qui-peut et la martyrologie, perdus dans le solipsisme comme dans le troupeau, travaillant autant à l’insignifiance de tout ce qui les entoure qu’aux jugements définitifs quant à ce qu’il serait permis de penser – comment vont-ils survivre aux bouleversements qui s’annoncent [8] ?

Les réactions aux coups de semonces récents y répondent : par la fameuse « résilience » c’est-à-dire la capacité à ne rien changer quoi qu’il advienne, à patienter pour reprendre, une fois le choc passé, la même place à proximité de l’orchestre qui continue de jouer imperturbablement. C’est ainsi que tous les discours intraitables et martiaux ont été entendus après la crise financière et économique de 2008 ou les attentats islamistes de janvier 2015 – puis la normalité passionnée a repris le dessus, pendant que reprenaient les spéculations effrénées d’un côté et de l’autre les innombrables égorgements, voitures-béliers, tirs de rafales et autres coups de couteaux, sous la surveillance discrète d’un État garant de nos jouissances.

La majorité des confinés n’attendent que finalement cela : reprendre une vie « normale », la seule qui vaille d’être vécue semble-t-il, agrémentée des bons dirigeants qui sauront, enfin, prémunir les enfants sages de toute irruption du tragique dans nos existences si paisibles. C’est évidemment compter sans la crise économique qui succédera immédiatement au confinement, et à ses multiples implications et prolongements. Reste donc à connaître l’ampleur et l’interconnexion des crises déclenchées par la pandémie, qui pourraient très bien nous obliger à quitter nos nihilismes molletonnés et forcer le peuple à redevenir auteur de sa propre histoire comme l’avait esquissé le mouvement des Gilets jaunes de 2018 avant sa récupération gauchiste [9].

Pour une mutation anthropologique

Tel est donc le défi de la période qui s’ouvre : s’affronter à la crise anthropologique de nos sociétés pour que les individus trouvent la force de renouer avec la lucidité, la maturité et la responsabilité sans lesquelles la liberté n’est que caprices.

Impossible de prédire, évidemment, les conséquences de la réclusion inédite de la totalité des populations européennes privées des deux mamelles existentielles qu’elles tétaient depuis près d’un siècle : le salariat a-sensé d’un côté comme occupation et la consommation ostentatoire de l’autre comme distraction. Reste le niveau de vie, que l’État s’est empressé de garantir présentement, et le divertissement à domicile, qui devrait trouver là une accélération et, peut-être, une saturation. Quoi qu’il en soit, les psychismes vont être brutalement confrontés à tout ce qu’ils ont été éduqué à fuir ; la contrainte, l’immobilisme, la solitude, l’ennui, le silence, le manque, l’angoisse, la maladie… et la mort. C’est le vieux fond imaginaire de chaque peuple qui va faire surface, ou ce qu’il en reste : devront ressurgir les vestiges de bon sens, de responsabilité individuelle et collective, de capacité à affronter l’adversité et de tisser des relations engageantes. Les déterminations, autant sociales ou culturelles que psychologiques vont jouer un rôle primordial dans la manière d’endurer ces mois de confinement, peut-être de pénuries, qui pourront être tout autant l’occasion d’un recul salutaire pris sur la pente débilitante de nos sociétés que d’une décompensation violente, symptôme d’une panique anthropologique.

Parallèlement, et de manière précisément compensatrice, l’atomisation due au confinement va accélérer comme jamais la « siliconisation » des relations et la « virtualisation » de toute la vie sociale (l’Éducation Nationale y trouve une aubaine inespérée pour démultiplier les ’outils’ de dés-éducation et de désinstuction) : au fond, notre état d’urgence sanitaire correspond parfaitement au monde promis par les technologies actuelles, qui ne font qu’accompagner le repli sur l’entre-soi, aujourd’hui branché, qui a tant apaisé l’Occident depuis l’après-guerre qu’il l’a rendu apathique. C’est donc, évidemment, l’heure de gloire du télétravail, et aussi, progressivement, de la géolocalisation, du contrôle permanent – largement consenti et même secrètement désiré – et de l’auto-servitude, bref de l’approfondissement de l’asservissement et de l’aliénation, la Chine montrant décidément l’exemple sur la manière de gérer des populations humaines comme du bétail pucé.

Ces deux tendances lourdes et irréconciliables – volonté de refaire société ou accélération de l’emprise technocratique et de son abêtissement massif – vont être portées à leur paroxysme.

Retour de l’intérêt collectif ?

Dans l’immédiat nous assistons tous à un retour salvateur d’une notion oubliée : l’intérêt collectif. Que cette réapparition se fasse sur une base biologique, rappelant à chacun qu’il participe, en tant qu’animal, à une collectivité, qu’il n’est strictement rien sans elle (il n’existerait tout simplement pas), et non pas lors des multiples offensives oligarchiques depuis quarante ans, de la crise économique de 2008 ou de la vague d’attentats de 2015-2017, en dit long sur le degré d’enfouissement – ou le refoulement – dont elle est l’objet. L’égalité radicale qu’impose le virus à l’échelle des organismes a son équivalent social : les multiples petites mains (personnels de ménage, agents de caisse, livreurs, etc.) se retrouvent soudainement considérés… L’interdépendance profonde qu’induit, par définition stricte, une société, redevient visible… tout comme le cynisme ou l’impéritie de leurs employeurs, managers et autres chefaillons. Les hiérarchies en sont bousculées et les hôpitaux symbolisent ce retour à la tâche en elle-même, où chacun sait ce qu’il fait, ce qu’il veut, loin des organigrammes et des dossiers administratifs d’une bureaucratie aujourd’hui marginalisée [10]. Les similarités avec les situations de guerre sont patentes, et les effets sociaux à moyen terme pourraient en être comparables.

C’est là que la solidarité anonyme qui se déploie un peu partout salutairement est doublement mise à mal : D’abord par les mécanismes capitalistes biens connus – mais les éternels commentaires de l’extrême-gauche pour imputer toutes les fautes à son Dieu Baal font semblant d’ignorer qu’un effondrement logistique serait tout sauf salvateur –, ensuite par les secteurs de la société qui se vivent littéralement hors de tout contrat avec la collectivité qu’ils parasitent et pillent sans vergogne : ce sont bien entendu les classes urbaines aisées (dont les « bobos »), les quartiers et banlieues en sécession (les « racailles ») et tous ceux qui s’identifient à ces catégories. La sécession des premiers est d’ordre sociale, elle témoigne du retour déjà ancien des vieux réflexes des dominants, celle des seconds idéologique, culturelle et anthropologique, marquant l’entrée, déjà diagnostiquées, dans un monde pré-moderne. La suite dira si la crise sanitaire aura été le début de leur réintégration dans un univers commun, ou les prodromes d’affrontements à venir.

Conjugué à la tension suscitée par le confinement et ses conséquences en cascades, un des effets de cette prise en tenaille sur les populations pourrait être de diriger leur exaspération vers l’État et ses représentants, au prétexte de leurs incompétences. Non pas qu’il faudrait légitimer leur monopole de l’intérêt commun, ni épargner les oligarques, ni surtout s’épargner la perspective d’une souveraineté populaire affranchies des appareils, mais prendre le retour des pandémies pour une malfaisance de quelques puissants expose à de bien mauvaises surprises et, surtout, au chant envoûtant des démagogues gauchisants promettant la venue prochaine d’un avenir radieux. Il faudrait se souvenir que maints effondrements de sociétés historiques ont été accompagnés par des révoltes sociales aveugles sans perspectives que d’espérer dans un chaos salvateur. La coalition progressive ces dernières années des milieux proto-totalitaires que le regain actuel de pouvoir étatique fait saliver – gauchistes, islamistes et LGBT-tutti quanti – et leur rapprochement des nouveaux mouvements écologistes millénaristes pourrait jouer là un rôle déclencheur de troubles à l’issue redoutable et qu’il va falloir envisager [11] .

***

L’épidémie de Covid-19 révèle donc toutes les crises tapies au fond de l’imaginaire social contemporain – crise sociale, crise politique, crise culturelle, crise anthropologique. Elle peut les exacerber, déclenchant des conflagrations en série, mais elle est aussi, entre nos mains, l’occasion historique de les affronter sans détour, à leur échelle ou, à tout le moins, de cesser d’en détourner le regard. Ce moment-carrefour pourrait être celui d’une bifurcation dans la trajectoire civilisationnelle qui nous mène droit à des formes archaïques de pouvoir dont l’inertie pèse lourd sur la situation. Le conflit va s’exacerber entre les forces anomiques, porteuses de chaos et auquel répond naturellement les appels au Père pour une autorité indiscutable, et le réveil des peuples dont les modalités sont toujours à trouver. C’est en cela qu’il s’agit bien d’une crise, moment décisif mais qui ne peut que durer, où l’optimisme comme le pessimisme sont hors-sujet : les « populismes » qui couraient déjà sont le signe de ce sursaut vital des populations refusant de disparaître [12]. Ces courants surprenants, hétérogènes et confus – comme celui des Gilets jaunes en France [13] – montrent que l’auto-détermination individuelle et collective n’a pas disparue mais reste bien entendus sujette à toutes les récupérations, détournements, et il ne peut en être autrement en l’absence de tout projet politique alternatif qui ne soit pas déjà grevé de tendances apocalyptiques. Ce qui est à la fois rare et requis, c’est un discours de lucidité et de responsabilité, qui ne serve ni l’ordre établi ni les désordres en cours mais nous place devant les choix douloureux qu’il nous est lucidement impossible d’esquiver.

(.../...)

« Les mesures oligarchiques »]

[1] Voir nos brochures « Démocratie directe : principes, enjeux, perspectives »

[2] Voir « Essai sur la bêtise »

[3] Voir « Islamisme : concevoir l’impensable »

[4] Voir notre brochure « La fin de l’immigration »

[5] Voir « Voie sans issue »

[6] Voir « Décroissance et démocratie directe »

[7] Voir « La fin de l’histoire ? »

[8] cf « Essai de psychologie contemporaine »

[9] Voir « Les gilets jaunes face à l’empire »

[10] Voir « La pluralité anonyme : héroïsme et démocratie »

[11] Voir « Climat : la longue marche ? »

[12] Cf. « Entrée en période troublée »

[13] Voir nos brochures sur « Le mouvement des gilets jaunes »

Florage

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Message par Florage le Dim 5 Avr - 5:42


UN EXCELLENT TEXTE...
EN PREMIÈRE INSTANCE

Covid-19 et au-delà
Il Lato Cattivo, traduction via dndf, mars 2020
d'une lecture rapide et sans préjuger d'approfondissements, un premier bon texte émanant du milieu communisateur (Il Latto Cativo), "bon" étant une moyenne, entre excellent par certains points, sa prise de distance et sa "focale", mauvais par d'autres, notamment quand il retombe dans le fantasme de la théorie du prolétariat démiurge révolutionnaire, ce que résume la phrase « l’entrée dans une phase historique particulièrement convulsive et décisive, dont l’issue est ouverte et dépendra en dernière instance de la lutte des classes ». Ah, le prodigue prodige de "la dernière instance", baguette magique des marxistes ! Entre les deux on trouve une des meilleures caractérisations des événements économiques, sociaux, politiques et idéologiques que nous avons sous les yeux depuis le début de la crise

"bon" parce qu'il me semble prendre la mesure de ce que je notais en affirmant que CETTE CRISE EST BIEN PLUS "MONDIALE" ET PROFONDE, et MULTIDIMENSIONNELLE QUE 1929 et 2008 et toutes précédentes crises du capitalisme

les trois premiers paragraphes introductifs expriment cette prise de distance, inhabituelle dans le milieu théorique radical, et la suite du texte regorge de considérations de la meilleure tenue théorique balayant les compréhensions actuelles de la crise, avec l'idée centrale que « le démantèlement de la mondialisation impliquera très probablement le démenti des postulats sur lesquelles les plus féroces critiques du capitalisme et ses apologistes ont pu pour un temps s’accorder, en particulier la conviction antidialectique d’avoir 'définitivement' dépassé l’ère du capitalisme d’État et les problématiques qui y sont associées. Le dépassement de la mondialisation, s’il réussit, ne sera certainement pas un retour à l’ancien keynésianisme. » Symétriquement, critique réjouissante du « thème de la "contre-insurrection" [texte de Chuang...] [qui] indique une fois de plus le divorce entre un certain storytelling militant ou "radical" et la réalité. »

banalités philosophiques de bases aussi dont le rappel est bienvenu, quand aux rapports individu(s)-société, avec quelques belles citations de Marx, dont on n'attend pas qu'elles éviteront à Temps Critiques (jusqu'ici muet ou parlant d'autre chose) de nous ressortir sa "tension de l'individu à la communauté humaine"

je pourrais même partager la chute... formellement

Plus on avancera dans la tourmente, plus la « visibilité » sera réduite. Et dans la mesure où les certitudes « révolutionnaires » accumulées/transmises devront céder la place à l’exploration quotidienne, des réflexions comme la présente, et l’existence même de « pôles » théoriques comme le nôtre, perdront leur raison d’être. C’est moins une question de choix que d’un changement général d’« atmosphère » : les temps tranquilles sont finis et bien finis.

mais en lui donnant une autre signification que les auteurs, un autre contenu. À mon avis, les « "pôles" théoriques » comme le leur, ou d'autres pourquoi pas, ne sont pas près de « perdre leur raison », ou au contraire voués à la perdre s'ils persistent à penser que la fin de l'histoire sera écrite "en dernière instance" par le prolétariat

on peut donc renvoyer tout le monde à la phrase d'Elias Canetti en exergue : « Rien que l’homme ne craigne plus que d’être touché par l’inconnu. » C'est l'incipit de Masse et puissance, 1960. Il n'est pas certain que des communisateurs puissent y voir le même sens que son auteur, mais rien n'interdit dans une pensée d'en projeter une autre

comme programme de travail, on peut suivre cette recommandation : « la question de savoir comment le mode de production capitaliste peut être dépassé est une question 'théorique' au sens fort, à prendre au sérieux et à traiter de façon systématique », le problème étant que le systématisme de ce milieu théorique s'est toujours contenté de vues partielles loin de l'exhaustivité multidimensionnelle. C'est tout de même un surprenant paradoxe qu'un texte commençant par constater que « le choc doit parfois venir « de l’extérieur », par des facteurs ou des événements qui ne sont initialement ni strictement économiques ni strictement politiques et, en l’occurrence, même pas strictement 'humains' », ce qu'avait toujours écarté Théorie Communiste, évite soigneusement d'intégrer dans sa compréhension des choses les dimensions non "strictement humaines" que contient le triple rapport humanité-capital-nature...

on verra quel usage sera fait de ce texte, autre que ce contenter de le traduire et le diffuser en brochure

Florage

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Message par Florage le Lun 6 Avr - 6:25


Brèves observations sur les revenus sociaux de quarantaine
Bruno Lamas, 31 mars 2020, Palim Psao 1er avril
Traduction du portugais par Hasdrubal Barca


TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique 479438-brugel
Le Triomphe de la Mort, Pieter Brueghel, 1562

Bruno Lamas est également l'auteur de Tant qu'il y aura de l'argent... Réflexions sur le livre dans la forme-marchandise.
  Un revenu de quarantaine sociale n’est pas un revenu de base inconditionnel ou universel (RBI). Cette distinction entre ces deux mesures doit être faite très clairement car dans ce contexte d’urgence, il est plus qu’évident qu’il existe des tentatives d’utiliser les revenus de la quarantaine sociale pour justifier la défense d’un RBI permanent comme panacée à la crise structurelle de la société capitaliste et comme fondement d’une nouvelle société. Je pense qu’il y a de bonnes raisons à la fois de critiquer les propositions de RBI et de défendre un revenu de quarantaine sociale dans les circonstances actuelles. Un revenu de quarantaine sociale est une mesure provisoire dans un contexte de pandémie ; dans ses versions les plus récentes, le RBI apparaît comme une proposition de ce qu’on appelle un nouveau modèle social et d’accumulation, qui se présente parfois comme déjà post-capitaliste. Je crois que nous devons assumer la nécessité d’un revenu social de la quarantaine et en même temps critiquer radicalement les propositions d’une société avec RBI et ses illusions.

  Tout d’abord, nous devons garder à l’esprit que la crise économique dans laquelle nous nous trouvons déjà et qui risque de durer longtemps n’est pas la simple conséquence de la pandémie, et qu’elle ne permettra pas non plus de maîtriser la propagation du virus. La pandémie a été au mieux le déclencheur d’une crise économique profonde qui couvait depuis quelques années au lendemain de la crise de 2008, et cela se voit surtout dans les interventions les plus récentes de la FED dans l’économie américaine. D’autre part, cette crise qui se prépare s’inscrit elle-même dans un processus de crise structurelle de la reproduction mondiale du capital qui dure depuis peut-être quatre décennies. Cela signifie également que l’événement de la pandémie doit être considéré dans le contexte de toute la trajectoire historique du capitalisme, à savoir la dynamique négative plus récente de décomposition de cette forme sociale.

  Tant la compréhension de ce processus que les discussions autour du revenu de base inconditionnel et les propositions actuelles de revenu de quarantaine sociale dépendent de la compréhension du rapport entre le travail et l’argent. Le lien entre le travail et l’argent est un rapport essentiel de la reproduction capitaliste, qui repose fondamentalement sur la transformation d’un euro en deux euros, de deux en quatre euros et ainsi de suite jusqu’à l’infini. Les seules choses que le système promette sont aussi celles qu’il exige : plus d’argent et plus de travail. Ce processus est ce que Marx appelait en fait le « capital », c’est-à-dire un processus de « valorisation de la valeur ». Du point de vue du capital, seule cette multiplication importe et rien d’autre. Le « travail abstrait », comme le disait Marx, c’est-à-dire la dépense indifférenciée de l’énergie humaine à un niveau social donné de productivité, en fonction du développement des forces productives, est représenté de façon déployée, pour ainsi dire, en marchandises, d’un côté, et en argent, de l’autre. Ce déploiement signifie que la même masse de valeur produite à un moment donné au niveau de l’ensemble de la société mondiale est représentée par les marchandises et l’argent (l’argent étant, comme l’a pensé Marx, la « marchandise reine » parce qu’il permet de s’échanger contre toutes les autres marchandises), et qu’à ce niveau de l’ensemble, les marchandises et l’argent doivent correspondre ou être équivalents.

  Si le lien essentiel entre le travail et l’argent est occulté ou oublié (comme c’est la pratique courante dans les conceptions dominantes), et que l’argent est compris comme un simple signe ou une convention, alors toutes sortes de propositions délirantes deviennent possibles sur la base de la simple émission ou impression de monnaie, en omettant simplement entre autres l’inflation séculaire qui s’est développée au cours des cent dernières années. Cette compréhension idéologique a été renforcée, d’abord avec la fin de l’« étalon-or » pendant la Première Guerre mondiale, en partie en raison du besoin croissant de crédit de l’État pour supporter les coûts militaires de la guerre, et ensuite, en 1971, avec la fin de l’« étalon or-dollar » établis lors des accords de Bretton Woods. À partir de cette deuxième période, un système flottant règne dans l’économie internationale, basé uniquement sur les rapports entre l’offre et la demande sur le marché mondial et déconnecté d’une production substantielle de valeur. De cette façon, l’illusion qu’il n’y a pas de rapport entre le travail et l’argent et qu’il n’y a pas de crise du capitalisme et du travail a également été renforcée et la signification historique du développement des forces productives avec la troisième révolution industrielle et l’émergence de la prétendue Industrie 4.0 a été complètement oubliée.

  Or, ces problèmes, à savoir l’occultation du lien essentiel entre le travail et l’argent, sont évidemment présents dans les propositions de RBI qui sont apparues comme une sorte de remède à tous les maux de la reproduction capitaliste et qui ont été préconisées comme une utopie réaliste à portée de main. Il est significatif que l’une des premières propositions pour quelque chose ressemblant à un RBI se trouve dans le livre Utopia de Thomas More. Cela relie d’emblée le RBI à la pensée utopique bourgeoise et à toutes ses difficultés, à savoir celle de projeter la société existante, avec toutes ses catégories, dans un monde supposé exempt de contradictions. Des idées similaires au RBI ont émergé tout au long de l’histoire du capitalisme, mais c’est surtout à partir des interventions de certains libéraux radicaux déjà au XXe siècle, comme Hayek et Friedmann, qu’on a commencé à en parler davantage ; pour eux, la question ne posait pas de problème car, selon eux, il n’y a pas de relation intrinsèque entre le travail et l’argent. Nous devons toutefois garder à l’esprit que ces propositions visaient à démanteler et à remplacer l’État social et non à le compléter. C’est aussi pourquoi Friedmann a déclaré à un moment donné avec une grande satisfaction que la gauche adhérait à sa proposition sans se rendre compte qu’elle faisait entrer en ses murs un « cheval de Troie ». Si la gauche libérale a été séduite par cette idée c’est qu’elle était animée par l’égalité abstraite présupposée qui s’adresse à l’individu isolé et à sa liberté de choix au sein de la cage que constitue le marché.

  Mais la gauche radicale elle-même s’est aussi quelque peu réjouie de ces propositions libérales radicales, mais pour des raisons plus complexes. André Gorz a commencé à parler de revenu de base lorsqu’au début des années 1980, il a dit « Adieu à la classe ouvrière », notamment comme stratégie de réduction du temps de travail. L’idée a également suscité un autre intérêt dans les discussions autour du travail domestique, en particulier au sein du féminisme italien, et s’est prolongée avec ces controverses. Ce qui était en jeu ici, était l’idée erronée que le travail domestique crée également de la survaleur, censée être appropriée par le système capitaliste. C’est une chose de dire que le système capitaliste dépend dans une large mesure des activités exercées structurellement par les femmes dans la sphère domestique, notamment pour la reproduction de la « force de travail » masculine ; c’en est une autre de dire que ces activités sont du « travail » et qu’elles « créent de la valeur ». L’idée fausse est que la dépense de l’énergie humaine, même dans l’abstrait, crée de la valeur toujours et en toutes circonstances. Puisque les post-autonomes voient la création de valeur se produire dans toute dépense d’énergie humaine et partout dans la société capitaliste, il est également cohérent qu’ils défendent le RBI.

  Étant donné que les partisans du RBI croient qu’il donne plus de liberté individuelle et de temps libre, il semble être une mesure qui modifie le mode de production, mais en réalité ce n’est qu’un changement dans le mode de redistribution de la richesse, qui, dans la société capitaliste, est « richesse abstraite » représentée dans l’argent et a à voir seulement de façon collatérale avec la richesse matérielle. Plus récemment, ces propositions ont pris un nouvel élan avec l’avancée des forces productives et de l’automatisation, et le chômage structurel de longue durée correspondant, c’est-à-dire l’émergence de populations superflues du point de vue de la reproduction du capital qui ne cessent de croître partout dans le monde. Par conséquent, plus l’automatisation progresse, plus le RBI semble avoir un sens. Je dis « semble » parce que toute l’argumentation repose sur l’hypothèse que l’argent et le travail n’ont pas de relation intrinsèque et absolument nécessaire pour le fonctionnement de la société capitaliste. Au fond, on n’a ici aucun concept de ce que Marx a appelé le « capital fictif » et du rôle central qu’il joue actuellement dans le maintien artificiel de la reproduction sociale capitaliste en déclin.

  Oubliant le lien entre travail et argent, le RBI s’avère séduisant pour des personnalités aussi éminentes qu’Antonio Negri, Yánis Varoufákis, Elon Musk, Mark Zuckerberg et David Graeber. Tout le monde semble accréditer le RBI comme élément fondamental de la constitution d’une nouvelle société, parfois même comprise comme prétendument post-capitaliste.

  Dans ce contexte, il n’est pas rare de voir la gauche faire des exercices de comptabilité créative pour voir si le RBI est une solution plus viable financièrement que l’État-providence. Les  partisans de l’un comme de l’autre continuent de traiter le travail comme une "vache sacrée" et l’argent comme une convention intermédiaire, au lieu de considérer le lien travail/argent comme le rapport irrationnel et fétichiste fondamental, spécifique de la société capitaliste dont nous devons nous débarrasser de toute urgence. La folie n’est pas de vouloir abolir l’argent et le travail ; la folie est de prolonger la société de l’argent et du travail.

  Les partisans du RBI semblent les plus naïfs car, d’une part, ils ignorent les effets économiques des propositions ; d’autre part, ils ne réalisent pas que la contrepartie dans le contexte actuel, est la désactivation absolument certaine des prestations et des aides sociales déjà médiocres et le développement d’effets sociaux totalement pervers. D’un point de vue économique, l’injection d’argent sans aucune substance de travail, c’est-à-dire d’argent qui ne représente pas de la dépense d’énergie humaine, signifie à long terme sa dévalorisation et une inflation généralisée qui s’ajoute au processus historique de l’inflation au XXe siècle. En d’autres termes, pour faire simple : si par hasard nous avions un RBI de 500 euros, ce qui se passerait à long terme, c’est que 500 euros seraient bientôt devenus rien du tout ou quelque chose qui s’en rapproche. Dans ce contexte, tout serait plus ou moins comme aujourd’hui, mais avec un individualisme de concurrence encore plus massif. Si le RBI devait être directement associé à la fin des mesures de l’État-providence, si les réformes sociales devaient par exemple disparaître (comme le voudraient les libéraux radicaux), ce ne serait qu’une autre façon de forcer les personnes âgées à travailler jusqu’au jour de leur mort ; en d’autres termes, ce qui se passe déjà aujourd’hui officieusement avec une proportion importante de personnes âgées deviendrait une politique officielle pour tous.

  D’autre part, du point de vue de la forme politique, nous ne devons pas oublier que les propositions de RBI trouvent presque toujours leur origine dans le cadre de l’État national, ce qui signifie que l’État doit encore s’imposer dans la concurrence mondiale, notamment par le biais des exportations, afin d’atteindre l’objectif économique qui permette la redistribution de la richesse monétaire sous forme de RBI. En d’autres termes, il s’agit nécessairement d’une mesure nationaliste. Rapidement, la discussion porterait sur les critères de citoyenneté : qui sont les « citoyens » ? Qui est ou n’est pas habilité à recevoir un RBI ? Qui est laissé de côté ? Qu’est-ce que cela signifie pour les immigrants ? Comme vous pouvez le voir, il existe d’énormes potentiels d’exclusion sociale dans le RBI et de vastes possibilités d’atroces exercices bureaucratiques de gestion des personnes. L’inconditionnel et l’universel se révéleront rapidement très conditionnels et très particuliers après tout.

  Si l’on dit que le RBI est une mesure supranationale, européenne, par exemple, elle ne fait que changer l’échelle du problème. L’Europe devra s’imposer face à la concurrence mondiale pour pouvoir mettre en œuvre un RBI européen ; cela se fait bien sûr au détriment des perdants de la concurrence, comme les pays du « Sud global ». La forteresse-Europe devra tenir bon, avec une puissance militaire encore plus grande, face à des vagues d’immigrants. Il n’est pas étonnant que certains de ses apologistes préconisent une sorte de RBI mondial, mais c’est la quadrature du cercle dans une société qui ne peut tout simplement pas imaginer un monde sans argent et sans travail. Quiconque rêve d’une société de RBI permanente ne réalise tout simplement pas que le rapport contradictoire entre l’argent et le travail oblige le RBI à être toujours provisoire, que cela plaise ou non.

  Mais le RBI peut par inadvertance avoir deux vertus, à la fois transitoires et quelque peu contingentes. Premièrement, il peut forcer une discussion sociale plus large autour de l’« éthique du travail » plus que décadente et du dicton selon lequel « celui qui ne travaille pas, ne mange pas ». C’est aussi pour cette raison que dans ses dernières années, André Gorz s’est intéressé au RBI. Si nous pensons qu’il y a quelques années, il y avait des affiches dans tout le pays disant « Nous ne voulons pas d’argent, nous voulons du travail », alors, du point de vue de la perception sociale, les discussions suscitées par les propositions de RBI sont une amélioration.

  Deuxièmement, le fait que l’injection monétaire ne provoque pas une inflation immédiate du jour au lendemain mais seulement à moyen-long terme, peut (1) donner momentanément une plus grande capacité d’achat à ceux qui vivent aujourd’hui dans la misère et (2) permettre un gain de temps, même si ce n’est peut-être pas très long, pour que l’humanité réfléchisse et s’organise pour surmonter la décomposition du capitalisme sans tomber dans une barbarie mondiale. En ce sens, un RBI ne construit pas ou ne participe pas à la construction d’une nouvelle société ; elle peut, au mieux, donner une marge de manœuvre pour se débarrasser de l’ancienne.

  Ces avantages, pour ainsi dire, sont aussi ceux que peut procurer un revenu social de quarantaine, mais sans alimenter les illusions des idéologues du RBI selon lesquels nous serions déjà dans un nouveau régime social ou même dans une société post-capitaliste. Une pandémie mondiale n’est peut-être pas exactement l’environnement idéal pour une réflexion et une pratique collective et émancipatrice, mais c’est en tout cas où nous en sommes.

  Les banques centrales et les États peuvent être appelés à intervenir à cet égard. Il est fort probable qu’il s’agisse des deux mais avec des sphères d’action différentes. Après le dit quantitative easing (l’assouplissement quantitatif) de la crise de 2008/2009, dont les banques ont le plus profité, il semble maintenant que tout indique qu’un nouveau cycle de quantitative easing est en cours, mais cette fois-ci, il vise l’« économie réelle » et c’est pourquoi il est appelé « argent hélicoptère ». Ils le font parce qu’ils savent aussi qu’une simple répétition des mesures visant à atténuer la crise de 2008, qui visaient le système financier et qui reposaient sur la baisse du taux d’intérêt, n’aurait pas beaucoup d’effet sur l’économie aujourd’hui simplement parce que les gens sont confinés chez eux. C’est pourquoi ils l’appellent aussi « quantitative easing for the people » (et c’est dans ce sens que semblent aller les propositions du Livre[1]). Les banques centrales pourraient fournir de l’argent directement aux gens pour permettre un minimum de reproduction sociale, ce qui pour le moment semble peu probable. Un quantitative easing peut également être appliqué aux entreprises, la banque centrale fournissant de l’argent à certaines d’entre elles tout en leur imposant des conditions (telles que le non licenciement des travailleurs). Au lieu des banques centrales, il est plus probable que les États le mettent en place par le biais de la dette publique, ce qui est plus proche des attendus du RBI, mais cela ne change pas fondamentalement la question du point de vue de la reproduction sociale capitaliste dans son ensemble. Nous voilà à tourner en rond comme une sorte de « keynésianisme d’urgence », à un moment où tout le monde est soudainement devenu keynésien. Maintenant, l’émission d’argent déconnectée du travail n’est pas nouvelle ; c’est une pratique courante depuis des décennies, et c’est aussi ainsi que la reproduction capitaliste mondiale « pousse avec son ventre » l’effondrement de tout le système, en hypothéquant de plus en plus la survaleur future, qui, en réalité, ne sera jamais produite, ce qui, à un moment donné, provoquera l’effondrement de tout le système. L’absurdité de la situation est visible dans la réaction aux stimuli économiques de la part de l’administration Trump dans le contexte de la pandémie, lorsque le jour de la plus forte hausse de la bourse américaine depuis 1933 survient exactement la même semaine où le chômage américain bat tous les records, presque 5 fois plus élevé que le record précédent.

  La différence fondamentale avec le sauvetage financier lors de la crise de 2008 est que, puisque l’argent est versé directement à la population et non au système financier (où il est relativement déconnecté de l’économie réelle et contribue à la formation de bulles, ce qui se produira de toute façon), à long terme, nous assisterons à une dévalorisation encore plus importante de l’argent et à une inflation correspondante, en fonction, bien sûr, du montant en jeu et de la durée de la mesure. Si l’on ajoute à cela les problèmes de production et de distribution des biens de subsistance qui ne manqueront pas de se poser dans un avenir proche, nous aurons une poussée inflationniste jamais vue dans l’histoire du monde. Bien sûr, le problème s’aggravera encore si le revenu social de la quarantaine est transformé ultérieurement et de façon permanente en RBI, comme beaucoup cherchent à le défendre, avec les risques de conséquences nationalistes et d’exclusion sociale que j’ai mentionnés précédemment, alimentant des tendances déjà existantes.

  En tout cas, contrairement aux propositions du RBI, qui font d’une exigence abstraite pour l’argent le fondement d’une société prétendument nouvelle, ce que le revenu social de quarantaine peut garantir, ce sont les conditions concrètes de survie dans le contexte de la pandémie de coronavirus, ce qui, dans la forme sociale capitaliste, ne peut être satisfait que d’une manière massive et avec la rapidité qu’exige la pandémie elle-même à travers la forme-argent. En ce sens, il me semble évident qu’un revenu social de la quarantaine est une mesure nécessaire et urgente, et je crois que cela doit être appliqué rapidement dans le monde entier, comme certains l’ont dit la semaine dernière, sous peine de sombrer dans les mois à venir dans une spirale de guerres civiles et d’économie de pillage simultanées aux quatre coins de la planète. Si, d’une part, il est évident que ces aides financières et toutes les autres sont censées provoquer une flambée inflationniste, il importe également de défendre les besoins sociaux et matériels de la manière la plus large possible, en tirant parti de l’immense capacité technique et scientifique qui existe aujourd’hui, contre toute préoccupation quant à l’insensée « viabilité financière ». De ce point de vue, et compte tenu de certaines des initiatives qui ont émergé ces dernières semaines un peu partout, une pandémie n’est pas non plus le pire scénario pour construire une base sociale plus large de soutien contre les formes capitalistes d’existence et de pensée.

  Mais ne nous faisons pas d’illusions : le discours politique aura tendance à accentuer le caractère humanitaire de la mesure, mais pour les États, la fonction principale d’un revenu social en quarantaine est de permettre un minimum absolu de reproduction sociale, d’assurer la légitimité déjà précaire de nombreux gouvernements et de prévenir une contestation sociale violente et généralisée. C’est pourquoi nous avons vu au cours de la semaine dernière, un nombre croissant de gouvernements de différents horizons discuter ou approuver des aides financières et des mesures similaires aux revenus sociaux de quarantaine. L’administration Trump parle d’émettre des chèques d’une valeur de 1000 dollars pour chaque citoyen américain, à envoyer dès la première quinzaine d’avril ; au Royaume-Uni, il semble déjà y avoir des pressions dans le même sens ; en Inde, il y a également des pressions pour étendre un soutien se rapprochant d’un revenu de base que l’État a introduit l’année dernière parmi la population paysanne ; au Brésil, le Sénat a approuvé aujourd’hui (31 mars) un revenu minimum de 600 reais pour les personnes à faibles revenus, et la mesure devrait bénéficier à environ 100 millions de personnes. Je soupçonne que des mesures similaires vont probablement commencer à apparaître partout afin d’apaiser les tensions sociales et le risque de pillage. Dans ce contexte, l’exigence pour un revenu social de quarantaine, surtout si elle se développe avec le temps ou prend la forme d’un RBI, doit nécessairement s’accompagner de formes d’organisation et d’entraide qui se dissocient à la fois des formes étatiques et nationales et des formes monétaires des rapports sociaux, en luttant résolument contre toutes les tendances nationalistes et économiques et tous les potentiels d’exclusion sociale. Cela sera d’autant plus nécessaire pour faire face à la crise mondiale de la période à venir, dont l’issue est encore ouverte.

On pourra lire également sur ce site à propos de l'actuelle pandémie et crise économique et sociale mondiale : [liens dans l'original]

Capitalisme et coronavirus. Notes à propos de l'épidémie économique, de Maurilio Botelho.

Cap vers l'inconnu : Endettement mondial, crise monétaire et effondrement capitaliste,
de Maurilio Botelho.

Dans le miroir obscur de la pandémie. L'état d'exception de la pandémie semble avoir accompli, au moins en partie, le rêve du capitalisme, par Gabriel Zacarias.

Corona und der Kollaps der Modernisierung, von Roswitha Scholz und Herbert Böttcher.  

Coronavirus : Der commende Absturz, von Tomasz Konicz.

[1] "Le Livre" est un parti de gauche portugais qui a lancé la semaine dernière une pétition pour un quantitative easing au niveau européen pour tous les Européens.

Florage

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Message par Florage le Jeu 9 Avr - 14:16

un nouveau texte sur le site de la Critique de la valeur-dissociation, avec recension d'autres dont la plupart avant la pandémie. Comme pour tous les courants théoriques ou idéologiques, il s'agit aussi de montrer que seuls ses propres critères et analyses sont susceptibles d'expliquer  ce qui se passe. On en prend, on en laisse... Je n'ai pas encore lu ce texte, que je commenterai plus tard
Corona-crise : le krach à venir
Tomasz Konicz, 26 mars, via Palim Psao, Critique de la valeur, 9 Avril 2020
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Tomasz Konicz est un journaliste germano-polonais et l'auteur de nombreux essais théoriques et analytiques qui mettent le monde à feu et à sang du capital au XXIe siècle, à l'épreuve des analyses du courant de la critique de la valeur-dissociation. La théorie de la crise de Marx est généralement associée à la loi de la baisse tendancielle du taux de profit présentée dans le troisième volume du Capital. Les courants de la critique de la valeur et de la critique de la valeur-dissociation montrent au contraire qu'il existe une « première version » de la théorie de la crise de Marx, esquissée surtout dans les Grundrisse, qui attribue la crise séculière de l'économie capitaliste au déclin absolu du travail vivant et, par conséquent, à la chute non pas seulement du taux de profit moyen, mais surtout de la masse sociale de survaleur produite. Seule cette « première version » de la théorie de la crise permet de comprendre de manière cohérente la limite interne absolue du capital. La « richesse » à l'ère du capital fictif où le mode de production et de vie capitaliste ne peut plus se survivre qu'en consommant une production future de survaleur qui ne viendra finalement jamais en de telles proportions, apparaît sous les traits d'une gigantesque collection de dettes privées et publiques qui menace de s'effondrer. Konicz analyse la dernière poussée de ce processus de crise fondamental sous-jacent sous l'effet du virus Covid-19 qui met à l'arrêt des pans entiers de la machine à exploiter mondiale. Nous accompagnons ce texte avec en pièce-jointe une chronologie des aspects économico-financiers de la crise du Covid-19 réalisée par un camarade du groupe Jaggernaut et à jour pour l'instant jusqu'à la date du 30 mars 2020.
Le système capitaliste mondial est entré dans la crise la plus sévère de son histoire, dont les conséquences ‒ si cette crise n’est pas rapidement surmontée ‒ pourraient même surpasser la crise des années 1930.

  Nous y voilà à nouveau – l’époque du grand « nous » est arrivée. Lorsque le capitalisme tardif, rongé par ses contradictions internes, est saisi par une nouvelle poussée de crise, alors apparaît le moment des grands appels au civisme, à la cohésion et à l’esprit de sacrifice. Tous les détenus d’une société profondément divisée sont pareillement appelés à faire des sacrifices – du milliardaire au salarié en passant par le sans-abri. Il s’agit bien du grand tout d’une fausse totalité lorsque des milliards doivent être consumés sans compter pour soutenir un système destructeur et irrationnel. Mais cette fois, le sacrifice au dieu Mammon semble exiger littéralement du sang. Le capitalisme est ainsi démasqué comme la religion sécularisée que Walter Benjamin décrivait déjà en 1921[1].

Du sang pour le dieu du sang

  Pourquoi pas sacrifier la vie ? C’est pour une bonne cause, c’est pour l’économie ! C’est bien ainsi qu’on argumente ces derniers temps. Tout le monde devrait faire des sacrifices : c’est par exemple ce qu’exigeait récemment Dan Patrick, vice-gouverneur de l’État américain du Texas, de ses concitoyens. Après tout, l’économie doit continuer à fonctionner. Les salariés devraient donc aller travailler malgré la pandémie, et les personnes âgées, qui meurent plus souvent en moyenne du coronavirus, devraient simplement être sacrifiées pour que les petits-enfants puissent continuer à travailler – plaidait le vice-gouverneur. Le septuagénaire se déclarait lui-même prêt à donner sa vie pour l’économie. Trump lui-même argumente dans le même sens, lorsqu’il dit qu’il ne voit pas son pays « fait pour rester enfermé ». Le président américain parle entre temps de « réouvrir » les États-Unis d’ici Pâques.

 En Allemagne aussi, on exige que l’économie ne soit pas ruinée par une vulgaire pandémie. Le journal Handelsblatt[2], par exemple, a récemment publié les expectorations de l’investisseur Alexander Dibelius (McKinsey, Goldman Sachs) qui plaidait lui aussi pour que la machine reparte : « Il vaut mieux une grippe qu’une économie à plat ». C’est précisément dans des phrases cyniques de ce genre, qui ne sont en fait sous les feux des projecteurs de l’opinion publique qu’en période de crise, que l’irrationalisme du mode de production capitaliste, lequel menace la civilisation, devient clairement évident. Le capital est la fin en soi fétichiste d’un mouvement de valorisation sans limites, une fin en soi à laquelle on peut vraiment tout sacrifier.

  De tels appels à un véritable sacrifice de sang pour le capital montrent à quel point la situation est dramatique. La crise actuelle est beaucoup plus grave que la crise de 2008/2009. Il semble que, en cas de pandémie prolongée, le système pourrait effectivement s’effondrer du fait de ses contradictions internes croissantes – et ceci bien que la politique fasse tout « comme il faut », selon une perspective capitaliste nationale de simple lutte contre la crise. Le coronavirus n’est qu’un déclencheur qui menace de faire s’effondrer un système instable.

L’économie en chute libre

  La seule question qui se pose maintenant est de savoir si les récessions à venir seront pires que le puissant marasme de 2009. A l’époque, l’économie mondiale avait plongé dans la récession suite à l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis et dans l’Union européenne, laquelle n’avait pu repartir que grâce à un programme économique gigantesque et une injection massive de liquidités. Mais cette fois le choc principal vient de la chute rapide de la demande, de l’interruption de la production et de la rupture de la chaîne d’approvisionnement globale[3] – et ceci pourrait potentiellement provoquer une contraction historique sans précédent du Produit Intérieur Brut (PIB) dans les centres du capitalisme tardif du système mondial.    

 Maury Obstfeld, ancien économiste en chef du Fonds Monétaire International (FMI), comparait récemment la contraction actuelle de l’économie avec les suites de la Grande Dépression des années 1930[4]. La sévérité du ralentissement économique fait que les pronostics correspondants sont rendus caducs à un rythme record. Le deuxième trimestre 2020 pourrait être la pire récession aux États-Unis depuis 1947 ; d’après JP Morgan, il y a un risque de baisse de croissance de 14% par rapport à la même période de l’année précédente ; la Bank of America prévoit désormais une baisse de 12%, tandis que Goldman Sachs[5] s’attend même à une chute catastrophique de 24% dans les trois prochains mois.

  Mais c’est le président de la Banque de Réserve Fédérale de Saint Louis, James Bullard, qui exprime l’avertissement le plus impressionnant, lorsqu’il craint une baisse du PIB pouvant atteindre 50% à la fin du deuxième trimestre, par rapport au premier trimestre 2020. Cela entraînerait une montée en flèche du taux de chômage jusqu’à 30% et correspondrait à un recul de 25% de la production économique. A titre de comparaison : durant la Grande Dépression qui a précipité de larges segments de la population dans l’extrême pauvreté, le PIB américain a chuté de 25% au total.

  Ce qui est décisif ici est le facteur temps : plus la lutte contre la pandémie dure longtemps, plus le processus de valorisation du capital dans l’industrie productrice de marchandise est largement paralysé, plus la probabilité d’une dépression inscrite dans la durée est élevée, laquelle rendrait économiquement « superflue » une couche importante de salariés ‒ pour les plonger dans une misère menaçant leurs conditions d’existence même. Si le virus « ne disparaît pas magiquement dans les prochains mois », déclarait ainsi James Stock, Professeur à Harvard aux représentants des médias, alors ce pourrait être « comme la Grande Dépression ». On peut déjà sentir en Californie les signes avant-coureurs de cette catastrophe sociale imminente : depuis le 13 mars, en l’espace d’une semaine, environ un million de salariés s’étaient déjà inscrits au chômage[6].  

  Les appels manifestement absurdes mentionnés plus haut à retourner au travail salarié malgré la pandémie et à se sacrifier pour le dieu de l’argent sont précisément sous-tendus par cette compulsion fétichiste d’une valorisation illimitée du capital. Sans quoi la société capitaliste est menacée d’effondrement, car elle ne peut se reproduire socialement que lorsque les processus d’accumulation réussissent. La production d’une humanité économiquement superflue, laquelle résulte de la crise systémique du capital se déployant par à-coups[7], et qui pouvait être jusqu’ici largement répercutée sur les salariés de la périphérie[8] au cours de la concurrence de crise, frapperait donc les centres de plein fouet si la lutte contre la pandémie devait s’installer dans le temps. « Nous » ne pouvons tout simplement pas nous permettre de nous protéger contre la pandémie dans le cadre des contraintes capitalistes.

  Dans l’UE, le calcul à grande échelle des perspectives de sortie de crise a aussi commencé. La Commission Européenne supposait initialement que le PIB de l’Union européenne reculerait de 1%. Mais à Bruxelles, on tire maintenant clairement des parallèles avec 2009. Selon ces prévisions, l’économie de l’UE devrait reculer autant en 2020 qu’à la suite de l’éclatement des bulles immobilières[9], c’est-à-dire lors de la dernière poussée de crise qui a déclenché une crise de l’euro à n’en plus finir : à cette époque, la contraction de la production économique était de 4,5% dans la zone euro et de 4,3 dans l’UE. La secousse que subissent à nouveau les alliances européennes déjà en pleine érosion risque de donner un nouvel élan aux forces nationalistes centrifuges, en particulier dans la zone monétaire. Une véritable mentalité de bandit de grand chemin est en train de s’installer dans « l’Union » européenne, où certains masques chirurgicaux pour l’Italie « disparaissent » subitement en Allemagne[10] ou bien sont simplement interceptés par la Pologne et la République tchèque dans un acte de banditisme étatique[11].

  Le pire scénario en Allemagne fédérale prévoit un recul des performances économiques de 20%[12], lequel jetterait au chômage plus d’un million de salariés. L’institut IFO munichois pronostique dans le meilleur des cas un recul de 7,2% du PIB en 2020. « Les coûts devraient dépasser tout ce que nous avons connu de crises économiques et de catastrophes naturelles ces dernières années en Allemagne », prévenait Clemens Fuest, le chef de l’institut IFO. En fonction du scénario, la crise coûterait entre 255 et 729 milliards d’euros. Le chef de la banque fédérale Jens Weidmann argumente dans le même sens lorsqu’il considère comme inévitable la dérive dans une « récession prononcée ». Les conséquences de ces crises économiques à venir sont déjà souvent perceptibles pour les salariés : Volkswagen a envoyé environ 80 000 salariés en chômage partiel[13] en raison de la chute de la demande et des perturbations dans les chaînes de livraison.

  Les premières prévisions au niveau mondial, par exemple celles du FMI, évaluent aussi négativement l’évolution de la conjoncture économique ; ici aussi sont établis des parallèles avec le krach de 2008[14]. L’économie mondiale est cependant largement dépendante de la Chine où, selon les premiers rapports, la production redémarre. Ceci pourrait atténuer le krach mondial, sauf que le capitalisme de commando chinois à caractère d’oligarchie d’État ne peut pas jouer le rôle de moteur de la conjoncture économique mondiale, car la Chine a également une dette faramineuse[15]. La dépendance de la « République populaire » aux marchés d’exportation est encore très forte, malgré tous les succès partiels dans le renforcement de la demande intérieure.

Au pays déchu des milliards fantaisistes

  Compte tenu de cet effondrement imminent des performances économiques dans les pays du cœur du système capitaliste mondial, il n’est pas étonnant que la politique valse désormais carrément avec des milliers de milliards de dollars. Ils sont pompés dans le système à un rythme dément, comme s’il n’y avait pas de lendemain. Il s’agit en effet pour les élites politiques d’empêcher l’effondrement. Il reste à savoir si ces efforts peuvent prolonger l’agonie du capital par la constitution de nouvelles bulles, comme ce fut le cas au moment de l’éclatement de la bulle immobilière de 2008/2009.

  Les dimensions des mesures de soutien sont historiquement sans précédent ‒ surtout aux USA. Le 25 mars, les Démocrates et les Républicains se sont mis d’accord au Congrès sur un programme de soutien économique qui s’élève à deux mille milliards de dollars. Aux États-Unis, l’hélicoptère monétaire qu’on ridiculisait auparavant, c’est-à-dire le versement d’argent aux citoyens en vue de stimuler la demande, est devenu une réalité. Chaque citoyen américain avec un revenu annuel inférieur à 75000 dollars reçoit un don monétaire de 1200 dollars, ainsi que 500 dollars supplémentaires pour chaque enfant. 100 milliards de dollars sont dus à « l’industrie de la santé » privée et dysfonctionnelle, les petits entrepreneurs peuvent compter sur 350 milliards, la grande industrie reçoit 500 milliards afin de se maintenir en vie, 150 milliards sont prévus pour les villes et les communes, etc.  

  Au sein de l’Union européenne et en Allemagne, les mesures d’austérité imposées à l’union monétaire par Schäuble et d’autres sont en train d’être levées, tandis que la Banque Centrale Européenne a annoncé un gigantesque programme d’achat d’obligations à hauteur de 750 milliards d’euros[16], afin de permettre de manière indirecte, par le détour du marché du capital, le financement public des États en crise passés – et futurs – dans la zone euro. L’Union européenne a entretemps assoupli les règles budgétaires des États de la zone euro, pour promouvoir les investissements publics financés par le crédit, lesquels seront rendus possibles par l’injection d’argent de la Banque Centrale Européenne. Les freins à l’endettement de Schäuble sont levés, à la fois au sein de l’Union européenne et en Allemagne. Pendant ce temps, le ministre de l’Économie, Peter Altmaier, s’est dit prêt à réfléchir à des « mesures non conventionnelles » comme les chèques de consommation, après avoir annoncé la nationalisation de certaines entreprises pour les protéger de tomber entre des mains étrangères.

  La République fédérale allemande est en mesure de mettre en place des programmes massifs de relance économique grâce à des années d’excédents d’exportation dans le cadre d’une politique allemande de beggar-thy-neighbour[17] [« ruine ton voisin »], programmes qui – eu égard à leur performance économique – peuvent tout à fait rivaliser[18] avec la gigantomanie américaine. Pour atténuer l’impact économique, Berlin mobilise 750 milliards d’euros au total, non sans contracter une nouvelle dette d’environ 156 milliards. Avec cette dette supplémentaire[19], il s’agit de financer toutes les mesures sociales, les injections de capitaux pour une infrastructure délabrée, comme le système de santé en panne, ainsi que des aides aux entreprises et aux indépendants. Environ 600 milliards[20] d’euros sont prévus pour sécuriser les entreprises allemandes et l’industrie d’exportation, afin de les protéger de la faillite ou d’une mainmise hostile par le biais de la nationalisation ou de prêts gouvernementaux.

  Ces milliards ne sont pas grand-chose par rapport aux sommes qui s’élèvent à des milliers de milliards de dollars que les banques centrales doivent injecter sur les marchés financiers affaiblis, pour empêcher le système financier mondial de s’effondrer. Il s’agit surtout d’éviter par-là l’éclatement de la bulle de liquidités[21] qui fut provoquée elle-même par les mesures prises pour lutter contre les conséquences de l’éclatement de la bulle immobilière de 2008/2009. Ce sont justement des bulles financières de taille croissante depuis le milieu des années 1990 (bulle informatique, bulle immobilière, actuelle bulle des liquidités) qui génèrent l’accumulation de la dette publique en augmentation constante, actuellement à hauteur de 322% de l’économie mondiale, sous le poids de laquelle le système mondial, hyperproductif et dépendant de la demande de crédit, menace de s’effondrer.

  Les mesures paniques chiffrées en milliers de milliards des banques centrales protègent de l’effondrement cette gigantesque dette accumulée. Ceci concerne aussi bien les 750 milliards annoncés de nouveaux achats d’obligations par la BCE que les mesures chiffrées à 1500 milliards de dollars prises par la Réserve fédérale américaine, pour tenter de corriger le krach boursier américain. En fin de compte, il s’agit d’impression monétaire, appelée « quantitative easing », qui s’effectue dans la sphère financière en achetant des obligations et des « titres » auprès des banques centrales, afin de maintenir le système « liquide » (la hausse du prix des titres provoque un effet d’inflation). La Réserve fédérale n’est désormais officiellement soumise à aucune limite : on y annonçait le 23 mars que les « mesures agressives » étaient nécessaires et que le quantitative easing, c’est-à-dire la planche à billets, serait mis en œuvre sans limites[22].

  Il n’y a pas d’autre limite que l’horizon – jusqu’à la forte dévalorisation qui pourrait interagir avec le krach économique. Le problème est justement qu’une grande partie de cette montagne croissante de dettes ne peut plus être remboursée si la récession s’installe dans le temps – en particulier en ce qui concerne les prêts aux entreprises. Le château de cartes instable du capitalisme tardif sur les marchés financiers s’effondrerait alors avec des conséquences catastrophiques. Dans les premières modélisations correspondantes, on a pris en compte les dettes des entreprises de huit pays – Chine, USA, Japon, Grande-Bretagne, France, Espagne, Italie et Allemagne. Un choc économique qui ne représenterait que la moitié de la crise financière mondiale de 2008 rendrait impossible le remboursement de 19 000 milliards de dollars de dettes. Cela représenterait 40% de la dette totale des entreprises dans les pays en question. Mais la crise menace en fait de ressembler à celle de 2009 dans de nombreuses régions du monde.

  Le marasme économique qu’on essaye maintenant d’atténuer avec l’injection de milliards menace ainsi d’interagir avec les déchets financiers du système financier mondial hypertrophié, ce qui entraînerait sa dévalorisation et un krach irréversible. C’est là le danger de la crise actuelle : la faillite de la montagne de dettes mondiale déclencherait un véritable effondrement. La caste politique s’en est tout à fait rendue compte, c’est pourquoi les vannes de la Réserve fédérale et de la Banque centrale européennes sont à présent ouvertes au maximum.

  La demande archaïque de sacrifices pour apaiser les marchés, évoquée précédemment, prend donc vraiment sa source dans la contrainte capitaliste objective. Trump a raison. Si la nécessaire lutte contre la pandémie s’étire dans le temps, il y a littéralement un risque d’effondrement des centres du système capitaliste mondial. L’annonce par Trump que les États-Unis reprendraient leurs activités normales après Pâques ainsi que le « plan de relance économique » décidé sur les marchés financiers américains ont provoqué la plus forte hausse des prix depuis 1933. Le Baal de l’argent accepte avec bonté le sacrifice humain annoncé. Même si des centaines de milliers de personnes devaient crever misérablement, le capital doit recommencer à être valorisé grâce au travail salarié. La nature irrationnelle du capitalisme comme « secte suicidaire folle » (Robert Kurz), comme un culte de mort sauvage et rampant à l’intérieur de la contrainte aveugle de croissance, devient évidente dans de tels moments de crise.

  Tout aussi évidente est la nécessité d’un dépassement émancipateur de ce système en train de plonger dans la destruction et la barbarie, dont les thuriféraires se font les grands prêtres de son culte de mort. Il relève en fin de compte d’une pure nécessité vitale de trouver des formes de reproduction sociale au-delà de cette socialisation totalitaire. C’est l’unique exigence raisonnable qui peut être à présent formulée en réaction au désastre en cours.    

Tomasz Konicz
26 mars 2020
Traduit de l’allemand par Sandrine Aumercier.

Konicz a fait paraître dernièrement Faschismus im 21. Jahrhundert. Skizzen der drohenden Barbarei (2018), et Krisenideologie. Whan und Wirklichkeit spätkapitalistischer Krisenverarbeitung en 2013 (traduit en italien et espagnol). Il vient de publier en avril 2020 un livre déjà remarqué, Klimakiller kapital. Wie ein Wirtschaftssystem unsere Lebensgrundlagen zerstört (Mandelbaum Verlag).

notes

[1] https://www.heise.de/tp/features/Die-Prophezeiung-3363149.html?seite=all
[2] https://www.handelsblatt.com/finanzen/anlagestrategie/trends/interview-investor-dibelius-shutdown-der-wirtschaft-macht-mir-mehr-angst-als-das-virus/25671192.html?ticket=ST-850362-eZ4xIm1hcYVICjh0SCyD-ap5
[3]https://finance.yahoo.com/news/covid-19-supply-chain-shock-100000918.html
[4]https://finance.yahoo.com/news/top-economists-see-echoes-depression-110000038.html
[5]https://finance.yahoo.com/video/goldman-sachs-issues-grim-growth-200114141.html
[6]https://sacramento.cbslocal.com/2020/03/25/gavin-newsom-california-unemployment-coronavirus-pandemic/
[7]https://www.heise.de/tp/features/Kapitalismus-kaputt-4684452.html
[8]https://www.heise.de/tp/features/Freihandel-und-Fluechtlinge-3336741.html
[9]https://www.finanzen.net/nachricht/aktien/dickes-minus-droht-eu-rezession-in-2020-koennte-mit-der-jahr-2009-vergleichbar-sein-8654765
[10]https://www.dw.com/de/china-hilft-italien-in-der-corona-krise/a-52858981
[11]https://kurier.at/politik/ausland/corona-lieferung-fuer-italien-polen-und-tschechien-kassieren-masken-und-beatmungsgeraete-ein/400789163
[12]https://www.spiegel.de/wirtschaft/soziales/coronakrise-koennte-deutschland-laut-ifo-hunderte-milliarden-euro-kosten-a-449ac7f9-f0a1-4798-a93d-c68ff2130e43
[13]https://boerse.ard.de/aktien/vw-schickt-80000-beschaeftigte-in-kurzarbeit100.html
[14]https://www.salzburg24.at/news/welt/iwf-chefin-warnt-vor-schlimmerer-rezession-als-2008-85295830
[15]https://www.reuters.com/article/us-china-economy-debt/chinas-debt-tops-300-of-gdp-now-15-of-global-total-iif-idUSKCN1UD0KD
[16]https://www.tagesspiegel.de/wirtschaft/ezb-pumpt-750-milliarden-in-die-maerkte-droht-europa-bald-die-hyperinflation/25661774.html
[17]https://www.heise.de/tp/features/Der-Aufstieg-des-deutschen-Europa-3370752.html?seite=all
[18]https://www.yahoo.com/news/germany-approves-800-billion-package-114149515.html
[19]https://www.tagesschau.de/inland/corona-paket-altmaier-scholz-101.html
[20]https://www.n-tv.de/wirtschaft/600-Milliarden-Euro-Fonds-soll-Firmen-retten-article21659650.html
[21]https://www.heise.de/tp/features/Die-Urspruenge-der-gegenwaertigen-Wirtschaftskrise-4285127.html
[22]https://www.cnbc.com/2020/03/23/dow-futures-reverse-higher-after-fed-pledges-no-limit-support.html

BIBLIOGRAPHIE

- Capitalisme et coronavirus. Notes à propos de l'épidémie économique (Maurilio Lima Botelho).
- Dans le miroir obscur de la pandémie. L'état d'exception de la pandémie semble avoir accompli, au moins en partie, le rêve du capitalisme (Gabriel Zacarias, 2020)
- Sur l'immense décharge du capital fictif. Les limites de l'ajournement de la crise par le capital financier et les délires des programmes d'austérité (Ernst Lohoff et Norbert Trenkle).
- Cap sur l'inconnu. Endettement mondial, crise monétaire et effondrement capitaliste, par Maurilio Botelho (2018).
- Et c'est reparti. A quand l'explosion de l'immense bulle de liquidités dans laquelle le système financier mondiale est enfermé ? (Tomasz Konicz, 2015).
- L'Empire du milieu est-il en train de s'effondrer ? Des limites de la croissance économique chinoise financée par l'endettement (Tomasz Konicz, 2015).
- Plongée dans la guerre civile mondiale (Tomasz Konicz, 2014).
- Ernst Lohoff et Norbert Trenkle, La Grande dévalorisation. Pourquoi la spéculation et la dette de l'Etat ne sont pas les causes de la crise, Fécamp, Post-éditions, 2014.
- Robert Kurz, La Substance du capital, Paris, L'Echappée, 2019.
- Nuno Machado, « La "première version" de la théorie de la crise chez Marx. La chute de la masse de la survaleur et la limite interne absolue du capital », dans Jaggernaut. Crise et critique de la société capitaliste-patriarcale, n°2, Albi, Crise& Critique, 2020.
- Claus Peter Ortlieb, « Une contradiction entre matière et forme. Du rôle de la production de survaleur relative dans la dynamique de la crise finale », dans Jaggernaut. Crise et critique de la société capitaliste-patriarcale, n°2, Albi, Crise& Critique, 2020.
- Daniel Cunha, « La nature dans la "contradiction en procès". Une contribution au débat sur la théorie de la crise », dans Jaggernaut. Crise et critique de la société capitaliste-patriarcale, n°2, Albi, Crise& Critique, 2020.
8 avril
signalé aussi, circulant dans "le milieu" : Crise et Reprise – Le coronavirus et l’économie aux Etats-Unis, "de l’historien Aaron Benanav, membre du collectif Endnotes, propose un rapide panorama de la situation économique des Etats-Unis et du profond impact qu’aura et qu’a déjà la crise provoquée par la pandémie sur les travailleur·ses étasunien·nes, à travers une analyse de l’évolution des salaires et du taux de chômage", dont Agitations propose une traduction

perso, je le trouve assez proche d'une analyse des économistes "bourgeois", en tout cas essentiellement appuyé sur leurs considérations, et fort peu représentatif d'une critique de l'économie politique au sens hérité de Marx, qu'on attend généralement dans le milieu de la théorie communiste, ce qui confirme la tendance d'Agitations à refourguer un peu n'importe quoi sans grand discernement, à se demander ce qu'ils comprennent vraiment aux textes "marxistes" qu'ils diffusent sans la moindre distance, pas loin du NPA...


Dernière édition par Florage le Ven 10 Avr - 6:05, édité 1 fois

Florage

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Message par Florage le Ven 10 Avr - 9:06

du 8 avril, Coronavirus, croissance de l’Etat, crise de reproduction, lacanaille, fin mars, discussion chez dndf. Tous mes commentaires n'y sont pas publiés. Le plus récent en haut
9 avril, lacanaille 15:11, Patlotch, hier 16:00, non publié Mises à jour en bleu
lacanaille : "Eh bien je pense que la crise c’est bel et bien le blocage de la circulation [...] ça commence par la circulation : la production, en régime capitaliste, n’a aucune raison de s’interrompre ; si elle s’interrompt c’est qu’elle y est contrainte. Mais ça n’est pas tellement important."
- non, pas important, je le comprends comme ça : une fois la réaction en chaîne engagée, le résultat c'est un blocage par contrainte de la production

- "D’ailleurs, si on imagine une consommation qui se maintiendrait alors que la production s’effondre, il est vraisemblable qu’on aurait affaire à une situation bien pire, pénuries, inflation délirante, etc."
- est-ce qu'on n'y va pas ? On évoque des pénuries, passons sur les préservatifs, ça compensera la surmortalité, mais la pénurie alimentaire ?

"Le Coronavirus va-t-il provoquer une crise alimentaire mondiale ? C'est ce que craignent trois organisations mondiales, la FAO, pour l'alimentation, l'OMC pour le commerce et l'OMS pour la santé.'
https://www.novethic.fr/actualite/environnement/agriculture/isr-rse/le-coronavirus-pourrait-provoquer-une-penurie-alimentaire-mondiale-148410.html
inflation il y a déjà, sur certains fruits et légumes (carottes, tomates, fraises... les patates, ça va, les asperges aussi, profitez-en)
"l’économie de pénurie qui est décrite ici. Et en bonne logique, cela peut se traduire par une remontée des prix. [...] Les producteurs, voyant que la demande est plus forte que leur offre, pourraient faire jouer de leur avantage et faire valser les étiquettes. C’est ce qui s’est d’ailleurs passé sur le gel hydroalcoolique la semaine dernière. C’est un mécanisme très habituel en économie de marché : quand le producteur a le rapport de force avec lui, il facture plus cher au consommateur. Les dérangements causés par le virus lui offrent cette opportunité.

Les entreprises vont peut-être rapatrier leur production
Selon la thèse d’un économiste américain, Kenneth Rogoff, on risque de subir une hausse des prix. Et on peut même aller plus loin. Les entreprises, prenant conscience de leur vulnérabilité en faisant fabriquer au bout du monde, en Chine notamment, vont peut-être rapatrier une partie de leur production. À 500 kilomètres, elles prennent moins de risques qu’à 10.000."
https://www.rtl.fr/actu/conso/coronavirus-vers-un-retour-de-l-inflation-7800223374
probablement que les moins touchés - par le chômage partiel notamment, en télétravail, donc classes moyennes...- ont dépensés moins... par contrainte. Une fois déconfinés, ils vont pouvoir se lâcher, et payer dans certaines limites ce qu'exigeront l'État comme les commerçants => paupérisation. Mais les autres ?

- "Donc cette « maîtrise » de la consommation répond en quelque sorte à l’écroulement de la production – ce qui ne veut pas dire que c’est ce que les gouvernements ont en tête, consciemment, en confinant la population (ce qu’ils ont en tête, ça a l’air compliqué). L’un des rôles de l’État c’est de « contenir » la société, donc de contenir la crise dans une mesure qu’il estime raisonnable"
- à mon avis en France l'État pilote à vue le moins mal possible et s'adapte en marchant, c'est visible aux changements incessants d'orientations, injonctions contradictoires, rappels à l'ordre des Ministres qui n'ont pas prévu que Philippe & Macron changeraient d'avis...
ajout : pour le reste, pas vraiment de mystère, c'est la contradiction que chaque État gère dans le temps en fonction de la situation nationale :
- "Bloomberg estime qu’une tâche colossale incombe aux décideurs politiques, qui doivent fournir suffisamment de stimulants pour encourager la reprise, mais éviter de rouvrir leurs économies trop tôt et de permettre ainsi au virus de revenir", Le préjudice que la pandémie de coronavirus pourrait causer à l’économie mondiale pronostiqué par Bloomberg, SputnikFrance, 9 avril

- Coronavirus : l’Iran met fin au confinement pour éviter l’effondrement économique, Le Monde, 9 avril

Entre les risques pour la santé publique et ceux d’un effondrement économique, le président iranien, Hassan Rohani, a fait son choix. Malgré un danger d’accélération de la propagation du Covid-19, la République islamique s’oriente vers la reprise à très court terme de ses activités économiques, suscitant l’inquiétude des personnels soignants dans le pays, alors que la pandémie n’y est pas maîtrisée. (3 993 morts et 64 586 cas confirmés. Selon les médecins consultés par Le Monde, ces chiffres sont largement sous-estimés.)

« Avant, la lutte [contre le coronavirus] se faisait en restant chez soi. Aujourd’hui, elle se fait en reprenant les activités économiques. Nous n’avons pas d’autre voie en face de nous », a résumé M. Rohani,

La décision du président Rohani survient alors que l’économie iranienne est en très grande difficulté à cause, notamment, des sanctions américaines et de la chute importante des cours du pétrole, dont Téhéran parvient encore à exporter de faibles quantités malgré ces sanctions.
- Coronavirus : Le flexi-confinement plonge le Japon dans la confusion, Les Échos, 9 avril
"Le gouvernement est tiraillé entre sa volonté de préserver au maximum l'activité économique et son souci de freiner l'épidémie de coronavirus sur le territoire. Les entreprises demandent des consignes claires et un plan de compensation financière." Comme je l'avais signalé, seulement 7 départements sur 47, et non pas sur 8 régions, avaient été mis en confinement le jour même de la rentrée des classes et de la reprise après la Golden Week de vacances pour les salariés


- "Déconfiner, confiner ? Vu l’ampleur de la crise (récession immédiate et brutale), on serait fondé à penser que l’État voudrait nous « faire revenir à la normale » au plus vite pour relancer tout ça ; pourtant non. C’est comme s’il fallait au contraire que la crise soit la plus intense et profonde possible pour permettre un redémarrage optimal façon 1945. Mais supposer un tel cynisme à la bourgeoisie relève sans doute du complotisme."
- je pense qu'en France du moins, le cynisme de l'équipe au pouvoir ne va pas jusque-là, ils craignent quand même un peu un retour de bâton, judiciaire et "dans la rue". Il y a manifestement une mise en scène spectaculaire pour montrer qu'il font tout pour "protéger la population" en priorité, exemple Macron chez Raoult à Marseille cette aprem' (la pétition Douste-Blazy approche les 500.000 signatures en 5 jours, souvenons-nous que la pétition Ludosky qui a lancé les Gilets Jaunes, atout de même échaudé l'équipe au pouvoir)

ajout : quant à la casse accompagnée par l'État des secteurs les plus fragiles, dans la logique contre la baisse du taux de profit moyen :
Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie : « L'objectif est de soutenir les entreprises qui fonctionnaient bien avant le confinement. Celles qui ont un avenir, on doit absolument les soutenir, mais celles qui pour des raisons de gestion internes ne fonctionnaient plus avant l'épidémie, on ne pourra pas être un soutien abusif. » Le Figaro, 9 avril


quoi qu'il en soit, la clé du futur sera dans le caractère mondial de la crise, et pour l'heure on n'y voit pas grand chose. Je suis extrêmement pessimiste, que ce soit côté ravages sociaux ou côté capacité de luttes qui éviterait des conflits de tous contre tous, d'autant que l'heure est aux vertus retrouvées du nationalisme; en passant, une chance pour Macron de reprendre sur Le Pen et Mélenchon... en même temps
8 avril
le genre de texte attendu, suite à mes questions dans XXI. OÙ VA LA CRISE ? POINT D'ORGUE, sur la rente pétrolière entre autres. De ce fait, j'ai trouvé plus d'intérêt aux deux dernières parties, les premières reprenant des considérations devenues, entre "nous", plus communes, ce qui ne les rend pas évidentes pour autant. L'analyse critique de l'économie politique y est classique, mais claire autant que le permet la visibilité à ce stade.

le plan. Quelques extraits et commentaires
[Ces notes, hasardeuses, mal organisées, « fourre-tout », ont pour unique vocation de favoriser des débats parmi les confinés.]

« Il y a deux façons de tuer : une, que l’on désigne franchement et par le verbe ‘‘tuer’’ ;
l’autre, qui reste sous-entendue d’habitude derrière cet euphémisme délicat : ‘‘rendre la vie impossible’’ »

Antonio Gramsci, Cahiers de prison, cahier 3, §32, Gallimard, 1996 (1974), p. 281.


- "Un « fait » semble sous-analysé, c’est la crise de reproduction des rapports capitalistes." Vrai, sans y revenir explicitement, je l'avais posé le 16 mars : "4. [.] Le capitalisme repose sur l'exploitation du travail et la reproduction des travailleurs plus leur embrigadement démocratique." Pour reproduire les rapports capitalistes, il faut reproduire "la principale force productive, la population" (TC, 2010)

- "Il faut aussi se pencher sur la façon dont chaque crise permet au capitalisme de se régénérer momentanément, non pas par des effets magiques mais par la destruction de capital (travailleurs, instruments de production, marchandises) dans des proportions immenses et croissantes." C'est ce qu'il fait avec la guerre nécessaire, mais j'ai souligné que ce n'est pas la même branche qui est sacrifiée au taux de profit moyen.


- L’État et les gens
remarque intéressante sur le "double terrain" des luttes sur les retraites, adressées à l'État plus qu'au patronat, en tant que "travailleurs et non-travailleurs, ayant en commun d'être dépossédés : une marque importante de la période ?" Relevons que Il lato cattivo est plus nuancé : « dans la vague de grèves encore en cours en Italie, les revendications sur les conditions de travail (mesures de sécurité) et la mise à l’arrêt de secteurs non essentiels s’adressent en même temps aux patrons et à l’État, et obligent ce dernier à adopter un comportement moins complaisant envers Confindustria (syndicat des grands patrons d’Italie) et cie, c’est-à-dire à faire preuve d’autonomie relative vis-à-vis des souhaits de la fraction dominante du patronat. »

- "Il est difficile d’établir solidement que le taux de profit baisse, du fait que les statistiques bourgeoises n’utilisent pas cette notion..." Sur cette question la partition établie par Hic Salta dans 1.1.2 – Renforcement de la péréquation stratifiée du taux de profit est il me semble plus féconde qu'une quête de la baisse réelle au niveau mondial, où de plonger le nez à s'y noyer dans les courbes et graphiques de Michael Roberts


- La crise et le coronavirus
"La crise, c’est le blocage de la circulation." Vite dit quand, en France, la moitié de l'appareil de production est à l'arrêt, ce qui est d'ailleurs noté dans la partie suivante. Ajoutons ici que c'est sans précédent depuis 1968, mais alors par la grève, les travailleurs à l'initiative

- Protection de la bourgeoisie, mise au travail des prolétaires ?
- sur le clivage entre travailleurs "au travail", et télé-travailleurs "à la maison", il ne recouvre que partiellement prolétariat productif-encadrement, remarque déjà faite à propos de la Classe moyenne supérieure dans le Ménage à trois de Hic Salta. Des cadres sont présents pour la production, et certains télé-travailleurs y participent du fait de la numérisation de commandes essentielles aux machines. Il y a une persistance de la vision 19e siècle de la classe ouvrière qui ne résiste pas à l'évolution des techniques de production depuis les années 60-70. Certains cadres ont une fonction de production, et certains ouvriers supérieurs, si j'ose dire, une fonction d'encadrement. "Sans eux aucun rouage ne tourne", le capitalisme n'a pas encore réalisé l'autogestion. Il est donc plutôt fait allusion au prolétariat d'en-bas, les "soutiers", dans la production comme dans la distribution (transports et commerce)

- "Un peu partout, des travailleurs refusent de travailler, exigent des primes, des augmentations de salaire, des mesures de sécurité sanitaire. Il y a des grèves et des débrayages à partir du 18 à Amazon, Veolia, etc. Auchan octroie 1 000 euros à 65 000 de ses salariés le 21. Ce sont des petites victoires provisoires pour les travailleurs, qui montrent à quel point la classe capitaliste est aux abois. Mais il y a bien peu de chances qu’elles ne soient pas autre chose que des victoires provisoires." Note importante parce que ce n'est vraisemblablement à une extension de ce type de luttes que l'on assistera quand tomberont les mesures liées à la récession. Dit autrement on n'aurait pas, à partir de luttes revendicatives, une transcroissance en luttes révolutionnaires (TC), ce qui ne signifie pas que la dynamique de ces luttes s'en prendrait aux limites, créant des écarts (TC)

- "il paraît évident qu’un redémarrage de la production se heurterait aussitôt à une absence de circulation (transport, consommation), ce qui rend plutôt probable un approfondissement de la crise." C'est toute la problématique politique et économique du "déconfinement", de son début, de son rythme, de ses formes, dans la contradiction à laquelle se heurte l'État, faire bosser le travailleur et confiner le citoyen consommateur. 16 mars : 1. se déplacer uniquement pour travailler, manger, et voter : l'idéal de la démocratie et de l'économie politique du capitalisme réalisé grâce au coronavirus


- Les bonds de l’État
- "d’une certaine façon, la situation correspond presque à certains modèles économiques libéraux et/ou monétaristes : le corps de « l’agent économique » (les gens) ne sert qu’à ses deux fonctions essentielles, consommer à son domicile, travailler. Tout le reste, qui procède plus ou moins d’atavismes cro-magnonesques (se promener, s’amuser en groupe, etc.) disparaît. C’est la forme achevée de l’idéalisme « libéral » : l’économie vivant sa marche autonome, utilisant les corps des gens pour ses propres fins." Même remarque 1. du 16 mars

- "L’État a sa logique propre, ses intérêts propres, le souci de sa propre reproduction en tant qu’acteur essentiel de l’accumulation. Cette reproduction, apparemment, ne peut aller qu’en s’élargissant, tout comme celle du capital. C’est à présent l’acteur économique principal à peu près partout." C'est bien là la plus grande des "surprises", loin de la "dénationalisation des États" attendue par Hic Salta, cette "puissance croissante de l'État" relevée aussi par Il lato cattivo dans Covid-19 et au-delà


- Sortir de la crise, le remède est le mal".
- "une sorte de stade suprême du complexe État-capital et d’un contrôle inouï des populations à l’échelle planétaire. Tout cela s’appuie, il faut le dire, sur le spectre de la mort de masse." Ici, nous devons tempérer et relativiser, comme le souligne des historiens, la grippe en France a fait 25.000 morts pour le seul mois de décembre : qui s'en souvient ? Et la mortalité mondiale du coronavirus demeure encore en-dessous de celle de la grippe annuelle (voir tableau ci-dessous). Là n'est donc pas l'essentiel, mais justement au cœur de l'économie politique et plus mondialement que jamais, les morts seront sans doute plus nombreux du fait de conséquences sociales que sanitaires, ce que l'immédiateté et le court termes masquent à la plupart des observateurs phénoménologiques et dans l'intérêt politique et médiatique d'alimenter la panique. Du point de vue théorique, pour le dire cyniquement, cette mondialisation d'emblée de la crise crée une situation de rêve...


Causes principales de décès dans le monde
Estimation du nombre de décès du 1er janvier 2020 au 07 avril 2020

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laissons conclure lacanaille, après tout, c'est son texte, bien modeste quand il affirme que « L’objet de ces notes était de montrer que 'tous nos malheurs sont dus à la forme socio-économique capitaliste', car il fait plus que ça, et ce n'est sans doute pas le plus intéressant, sans quoi l'on peut se contenter des Thèses de Carbure, qui croit écrire les nouvelles Thèses sur Feuerbach chaque fois qu'il fait pipi dans son compte Twitter. « s’attendre aussi à une accentuation planétaire de la lutte des classes » n'anticipe pas sur leur contenu, c'est toujours mieux que la fin justifie la théorie habituel aux communisateurs, quant à « S’y préparer, peut-être », chacun.e peut l'entendre à sa guise, et même en activiste par la critique des armes pour remplacer les armes de la critique  

"Cette indifférence violente, ou cette violence indifférente, apparaît comme consubstantielle de la forme socio-économique capitaliste. Elle laisse présager le pire quant à la « reprise », c’est-à-dire la restructuration des rapports sociaux, avant tout des rapports de production. On l’a dit, ne serait-ce que pour payer les milliers de milliards des « plans Marshall », il va falloir accroître le taux d’exploitation. Les faillites vraisemblables auront entraîné la dévalorisation d’une part importante du capital constant ; la concentration du capital va s’accroître ; les krachs vont entraîner une disparition pure et simple d’une bonne masse de capital fictif : alors les conditions de l’exploitation seront à nouveau réunies – mais tout de même toujours plus difficiles. Pourquoi ? Parce que les rapports capitalistes éjectent toujours plus les gens de la production, c’est une loi économique et une réalité concrète. Moins de producteurs, plus de plus-value : le problème est simple, et sa solution c’est le renforcement de l’exploitation.

Pour renforcer le taux d’exploitation, il n’y a pas beaucoup de solutions : il faut augmenter le surtravail, le travail non payé. Pour ce faire, il est à craindre que les méthodes employées soient de la dernière brutalité. Les premiers signes sont, sans doute, la destruction rapide du droit du travail, en France (même si ça ne fait qu’accélérer un mouvement déjà là avant la crise, destiné à la prévenir). La baisse du prix du travail est assez inéluctable, et on parle à nouveau de « faire tourner la planche à billets » (Laurence Boone, de l’OCDE, dans Le Monde du 26 mars) : l’inflation, c’est à la fois des liquidités immédiates pour l’État et la baisse des salaires réels. Mais il faut s’attendre à bien pire, sans parler d’autres régions du monde où les prolétaires ne bénéficiaient pas de tels droits formels, et à qui on ne peut donc pas les retirer.

L’objet de ces notes était de montrer que 'tous nos malheurs sont dus à la forme socio-économique capitaliste'. Le corollaire de ce qui précède, c’est qu’il faut s’attendre aussi à une accentuation planétaire de la lutte des classes. S’y préparer, peut-être."

Florage

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TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique Empty Re: TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique

Message par Florage le Dim 12 Avr - 19:12

recension de quelques textes, Viewpoint, Palim Psao, David Harvey dessous... un tout dernier, long et hors prétentions "radicales", mais recommandé pour la prise de distance et l'humilité de cet historien face à ce qui nous tombe dessus :
Patrick Boucheron : « En quoi aujourd'hui diffère d'hier»
interview par Joseph Confavreux, Médiapart, 12 avril

"Pour le professeur au Collège de France, méfiant vis-à-vis d'analogies historiques attendues, la situation actuelle est davantage futuriste qu’évocatrice de périodes anciennes. Mais il peut être utile de regarder le pouvoir dans l’œil de l'épidémie."
« Une habitude ne s'abandonne pas en un jour. »
Proverbe congolais

dans ma veille sur les textes critiques, quelques-uns m'échappent ou ne retiennent pas mon attention. J'ai laissé tombé les remarques de Lieux communs... Palim Psao publie Le coronavirus et l'effondrement de la modernisation, par Roswitha Scholz et Herbert Böttcher, fin mars, et un texte d'Anselm Jappe de moindre intérêt : Espérons de garder ce que cette crise a de positif ! (France Culture, 6 avril), ViewpointMagazine un premier texte :

TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique Headerclinamen

Governance and Social Conflict in a Time of Pandemic
Cinzia Arruzza and Felice Mometti, du 10 avril
- Striking for life
- On the governance of the pandemic
- Subjectivation and self-organization in a time out of joint

à vrai dire, je n'y ai rien trouvé de transcendant à la hauteur de l'"événement". Mon impression est que les cercles théoriciens, tout en soulignant la soudaine brusquerie de la crise, tentent de l'analyser à la lumière de leurs présupposés habituels, chacun chez soi et abonnés à la fermeture sectaire. Le succès en milieu marxisant de Rob Wallace, que citent aussi bien en France Agitations autonomes que ce texte de Viewpoint, me laisse dubitatif dans son peu de considération de l'économie politique générale du capital, d'où mon intérêt pour l'analyse de David Harvey ci-dessous
Quelle politique anticapitaliste à l'ère du coronavirus ?
David Harvey, jacobinmag.com 20 mars, via AlterInfo 7 Avril 2020
toujours intéressant, David Harvey, et bien négligé en France, notamment ses approches croisées, son enracinement dans la critique marxienne et sa connaissance des aspects géographiques et géo-politiques les plus concrets. Le triple rapport "Humanité-Capital-Nature" est inhérent à sa démarche théorique. Ses considérations politiques sont plus discutables, mais là, il ne se mouille pas trop, il constate...
TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique 44533335-36357042
"On contrôle tout", par Brian Stauffer,
The New Yorker

40 ans de néolibéralisme ont laissé les sociétés sans défense face à une crise de santé publique telle que celle du coronavirus, explique le géographe marxiste
En essayant d’interpréter, de comprendre et d’analyser le flux quotidien d’informations, j’ai tendance à situer les événements dans le contexte de deux modèles distincts mais entrecroisés de fonctionnement du capitalisme. Le premier niveau est une cartographie des contradictions internes de la circulation et de l’accumulation du capital au fur et à mesure que la valeur monétaire circule à la recherche de profit à travers les différents «moments» (comme les appelle Marx) de production, de réalisation (consommation), de distribution et de réinvestissement. C’est là un modèle de l’économie capitaliste comme spirale d’expansion et de croissance sans fin. Ça devient plutôt compliqué au fur et à mesure qu’on l’élabore, par exemple selon l’optique des rivalités géopolitiques, des développements géographiques inégaux, des institutions financières, des politiques étatiques, des reconfigurations technologiques et de l’entrelacs des divisions du travail et des relations sociales, qui est en changement constant..

Mais je vois ce modèle comme arrimé à cadre plus large de reproduction sociale (dans les ménages et les communautés), dans une relation métabolique continue et en constante évolution avec la nature (y compris la «seconde nature» de l’urbanisation et de l’environnement construit par l’homme) et des formations sociales culturelles, scientifiques (basées sur la connaissance), religieuses et contingentes que les populations humaines créent e manière typique à travers l’espace et le temps. Ces «moments» incorporent l’expression active des envies, des besoins et des désirs humains, la soif de connaissances et de sens et la quête évolutive d’accomplissement dans un contexte d’évolution des dispositifs institutionnels, des contestations politiques, des confrontations idéologiques, des pertes, des défaites, des frustrations, et des aliénations, tous élaborés dans un monde à la diversité géographique, culturelle, sociale et politique marquée. Ce deuxième modèle constitue, pour ainsi dire, ma compréhension pratique du capitalisme mondial en tant que formation sociale distincte, tandis que le premier concerne les contradictions au sein du moteur économique qui alimente cette formation sociale sur certaines voies de son évolution historique et géographique.

En spirale

Lorsque le 26 janvier 2020 j’ai lu pour la première fois qu’un coronavirus gagnait du terrain en Chine, j’ai immédiatement pensé aux répercussions sur la dynamique mondiale de l’accumulation de capital. Je savais, à partir de mes études du modèle économique, que les blocages et les ruptures dans la continuité des flux de capitaux entraîneraient des dévaluations et que si les dévaluations se généralisaient et s’approfondissaient, cela serait le signal du déclenchement de crises. Je savais également que la Chine était la deuxième économie du monde et qu’elle avait effectivement remis à flot le capitalisme mondial dans l’après-crise de 2007-2008, si bien que coup porté à l’économie chinoise aurait de graves conséquences sur une économie mondiale de toute façon déjà en état précaire. Le modèle existant d’accumulation de capital était, me semblait-il, déjà dans une sacrée panade. Des mouvements de protestation se produisaient presque partout (de Santiago à Beyrouth), et beaucoup d’entre eux se concentraient sur le fait que le modèle économique dominant ne marchait pas pour la masse de la population. Ce modèle néolibéral repose de plus en plus sur du capital fictif, une vaste expansion de la masse monétaire et de la création de dette. Il est déjà confronté au problème d’une demande effective insuffisante pour réaliser les valeurs que le capital est capable de produire. Alors, comment le modèle économique dominant, avec sa légitimité affaissée et sa santé délicate, pourrait-il absorber les coups inévitables de ce qui pourrait devenir une pandémie et y survivre ? La réponse dépendait fortement du temps que durerait la perturbation et de sa propagation, car comme l’a indiqué Marx, la dévaluation ne se produit pas parce que les produits ne peuvent pas être vendus, mais parce qu’ils ne peuvent pas être vendus à temps.

J’avais longtemps refusé l’idée d’une « nature » hors de la culture, de l’économie et de la vie quotidienne et séparée d’elles. J’adopte une vision plus dialectique et relationnelle de la relation métabolique avec la nature. Le capital modifie les conditions environnementales de sa propre reproduction. mais le fait dans un contexte de conséquences imprévues (comme le changement climatique) et dans le contexte de forces évolutives autonomes et indépendantes qui remodèlent perpétuellement les conditions environnementales. De ce point de vue, il n’existe rien de tel qu’une véritable catastrophe naturelle. Certes les virus sont constamment en mutation. Mais les circonstances dans lesquelles une mutation menace la vie dépendent des actions humaines.

Il y a deux aspects pertinents à cet égard. Premièrement, des conditions environnementales favorables augmentent la probabilité de mutations vigoureuses. Il est, par exemple, plausible de s’attendre à ce que des systèmes d’approvisionnement alimentaire intensifs ou désordonnés dans les régions subtropicales humides puissent y contribuer. De tels systèmes existent dans de nombreux endroits, notamment en Chine au sud du Yangtsé et en Asie du Sud-Est. Deuxièmement, les conditions qui favorisent une transmission rapide par les organismes hôtes varient considérablement. Les populations humaines à haute densité semblent être une cible de choix. Il est bien connu que les épidémies de rougeole, par exemple, ne fleurissent que dans les grands centres de population urbains, mais s’étiolent rapidement dans des régions peu peuplées. La façon dont les êtres humains interagissent, se déplacent, se disciplinent ou oublient de se laver les mains, affecte la transmission des maladies. Ces derniers temps, le SRAS et la grippe aviaire et porcine sont apparemment partis de Chine ou d’Asie du Sud-Est. La Chine a également beaucoup souffert de la peste porcine au cours de l’année écoulée, entraînant l’abattage massif de porcs et l’escalade des prix de leur viande. Je ne dis pas tout cela pour accuser la Chine. Il existe de nombreux autres endroits où les risques environnementaux de mutation et de diffusion virales sont élevés. La grippe espagnole de 1918 est peut-être partie du Kansas et l’Afrique a peut-être incubé le VIH / SIDA et certainement initié les virus du Nil occidental et d’ Ebola, tandis que la dengue semble se propager en Amérique latine. Mais les impacts économiques et démographiques de la propagation du virus dépendent des craquelures et des vulnérabilités préexistantes dans le modèle économique hégémonique.

Je n’ai pas été surpris outre mesure par le fait que le COVID-19 ait été initialement trouvé à Wuhan (bien que l’on ignore son origine). De toute évidence, les effets locaux allaient être importants et étant donné qu’il s’agissait d’un gros centre de production, il y aurait probablement des répercussions économiques mondiales (même si je n’avais aucune idée de leur amplitude). La grande question était de savoir comment la contagion et la diffusion allaient se produire et combien de temps ça allait durer (jusqu’à ce qu’un vaccin puisse être trouvé). L’expérience antérieure démontre qu’un des inconvénients de la mondialisation croissante est qu’il est impossible d’arrêter une diffusion internationale rapide de nouvelles maladies. Nous vivons dans un monde hautement connecté où presque tout le monde voyage. Les réseaux humains de diffusion potentielle sont vastes et ouverts. Le danger (économique et démographique) était que la perturbation dure un an ou plus.

Bien qu’il y ait eu un repli immédiat des marchés boursiers mondiaux lorsque les premières nouvelles ont éclaté, il a été étonnamment suivi d’un mois ou plus où les marchés ont atteint de nouveaux sommets. Les nouvelles semblaient indiquer que les affaires suivaient leur cours normal partout sauf en Chine. La croyance semblait être que nous allions connaître une reprise de l’épisode du SRAS qui s’est avéré assez rapidement maîtrisé et de faible impact mondial, même si ce virus avait un taux de mortalité élevé et créait une panique inutile (rétrospectivement) sur les marchés financiers. Lorsque le COVID-19 est apparu, une réaction dominante a été de le décrire comme un remake du SRAS, ce qui rendait la panique superflue. Le fait que l’épidémie ait fait rage en Chine, qui a agi rapidement et impitoyablement pour contenir son impact, a conduit le reste du monde à traiter le problème comme quelque chose sa passant «là-bas» et donc loin des yeux, loin du cœur (accompagné de certains signes inquiétants de xénophobie antichinoise dans certaines parties du monde). Le clou que le virus a enfoncé dans la story par ailleurs triomphante de la croissance de la Chine a même été accueilli avec joie dans certains cercles de l’administration Trump.

Mais des histoires d’interruptions dans les chaînes de production mondiales passant par Wuhan ont commencé à circuler. Elles ont été largement ignorées ou traitées comme des problèmes pour des gammes de produits ou des sociétés particulières (comme Apple). Les dévaluations étaient locales, particulières et non systémiques. Les signes de baisse de la demande des consommateurs ont également été minimisés, même si les sociétés, comme McDonald’s et Starbucks, qui avaient de grandes opérations sur le marché intérieur chinois, ont dû fermer leurs portes pendant un certain temps. Le chevauchement du Nouvel An chinois avec le déclenchement du virus a masqué les impacts tout au long du mois de janvier. La complaisance de cette réaction était plus que déplacée.

Les premières informations sur la propagation internationale du virus étaient occasionnelles et épisodiques avec une grave épidémie en Corée du Sud et dans quelques autres points chauds comme l’Iran. C’est l’épidémie italienne qui a déclenché la première réaction violente. Le krach boursier qui a commencé à la mi-février a connu des oscillations, mais à la mi-mars, il a entraîné une dévaluation nette de près de 30% sur les marchés boursiers du monde entier.

L’escalade exponentielle des infections a provoqué une gamme de réponses souvent incohérentes et parfois paniquées. Le président Trump s’est livré à une imitation de Knut le Grand en ordonnant à la marée montante potentielle de maladies et de morts de refluer. Le fait que la Réserve fédérale abaisse les taux d’intérêt face à un virus semblait étrange, même s’il était reconnu que cette décision visait à atténuer les effets sur les marchés plutôt qu’à freiner la progression du virus.

Les pouvoirs et les systèmes de santé publics ont été presque partout pris de court. Quarante ans de néolibéralisme en Amérique du Nord et du Sud et en Europe ont laissé le public exposé et mal préparé à faire face à une crise de santé publique de ce type, même si les peurs précédentes du SRAS et d’Ebola avaient fourni de nombreux avertissements et des enseignements pertinents sur ce qu’il serait nécessaire de faire. Dans de nombreuses régions du monde censé être «civilisé», les gouvernements locaux et les autorités régionales / nationales, qui constituent invariablement la première ligne de défense dans les urgences de santé et de sécurité publiques de ce type, ont été privés de financement par suite d’une politique d’austérité conçue pour financer des réductions d’impôts et des subventions aux entreprises et aux riches.

Les grandes multinationales pharmaceutiques ont peu ou pas d’intérêt pour la recherche non rémunératrice sur les maladies infectieuses (comme toute la famille des coronavirus, bien connus depuis les années 1960). Le Big Pharma investit rarement dans la prévention. Il a peu d’intérêt à investir dans la préparation à une crise de santé publique. Il adore concevoir des cures à administrer une fois qu'une maladie a éclaté. Plus nous sommes malades, plus ils gagnent. La prévention ne contribue pas à augmenter les dividendes des actionnaires. Le modèle commercial appliqué à la prestation de services de santé publique a éliminé les capacités d’adaptation des surplus qui seraient nécessaires en cas d’urgence. La prévention n’était même pas un domaine suffisamment attractif pour justifier des partenariats public-privé. Le président Trump a réduit le budget du Center for Disease Control (Centre de contrôle des maladies) et il a supprimé le groupe de travail sur les pandémies au sein du Conseil national de sécurité, dans le même esprit qu’il avait coupé les vivres à la recherche, y compris sur le changement climatique. Si je voulais recourir à une métaphore anthropomorphique, je conclurais que le COVID-19 est la vengeance de la nature pour plus de quarante ans de mauvais traitements grossiers et abusifs de la part d’un extractivisme néolibéral violent et non régulé.

Il est peut-être symptomatique que les pays les moins néolibéraux, la Chine et la Corée du Sud, Taïwan et Singapour, aient jusqu’à présent traversé la pandémie en meilleure forme que l’Italie, bien que l’Iran démente le caractère universel de cet argument. Bien qu’il y ait beaucoup de preuves que la Chine ait traité au début le SRAS avec beaucoup de dissimulation et de déni, cette fois-ci, le président Xi est rapidement passé à la transparence, tout comme la Corée du Sud. Malgré cela, en Chine, un temps précieux a été perdu (quelques jours seulement font toute la différence). Ce qui est remarquable en Chine, cependant, c’est le confinement de l’épidémie dans la province du Hubei avec Wuhan au centre. L’épidémie ne s’est déplacée ni à Pékin ni à l’ouest ni même plus au sud. Les mesures prises pour confiner géographiquement le virus étaient draconiennes. Il serait presque impossible de les reproduire ailleurs pour des raisons politiques, économiques et culturelles. Des rapports provenant de Chine suggèrent que les traitements et les politiques étaient tout sauf attentionnés. En outre, la Chine et Singapour ont déployé leurs moyens de surveillance à des niveaux intrusifs et autoritaires. Mais ils semblent avoir été extrêmement efficaces dans l’ensemble, bien que, si les contre-feux avaient été déclenchés quelques jours plus tôt, les modèles suggèrent que de nombreuses morts auraient pu être évitées. Il s’agit d’une information importante : dans tout processus de croissance exponentielle, il y a un point d’inflexion au-delà duquel la masse ascendante devient totalement incontrôlable (il faut noter, ici encore, la signification de la masse par rapport au taux). Le fait que Trump ait lambiné pendant tant de semaines pourrait s’avérer coûteux en vies humaines.

Les effets économiques sont maintenant en train de connaitre une spirale incontrôlable en Chine et au-delà. Les perturbations intervenant dans les chaînes de valeur des entreprises et dans certains secteurs se sont avérées plus systémiques et importantes qu’on ne le pensait à l’origine. L’effet à long terme peut être de raccourcir ou de diversifier les chaînes d’approvisionnement tout en s’orientant vers des formes de production moins exigeantes en main-d’œuvre (avec d’énormes implications pour l’emploi) et une plus grande dépendance à l’égard des systèmes de production basés sur l’intelligence artificielle. La perturbation des chaînes de production entraîne le licenciement ou la mise au chômage technique des travailleurs, ce qui diminue la demande, tandis que la demande de matières premières diminue la consommation productive. Ces effets du côté de la demande auraient, en tant que tels, produit au moins une légère récession.

Mais les plus grandes vulnérabilités étaient ailleurs. Les modes de consumérisme qui ont explosé après 2007-2008 se sont effondrés avec des conséquences dévastatrices. Ces modes étaient basés sur une réduction du temps de renouvellement de la consommation au plus près de zéro. Le flot d’investissements dans de telles formes de consommation a tout à voir avec l’absorption maximale de volumes de capital en augmentation exponentielle dans des formes de consommation qui ont le temps de renouvellement le plus court possible. Le tourisme international est emblématique. Les déplacements sont passés de 800 millions à 1,4 milliard entre 2010 et 2018. Cette forme de consumérisme instantané a nécessité des investissements massifs dans les infrastructures des aéroports et des compagnies aériennes, des hôtels et restaurants, des parcs à thème et des événements culturels, etc. Ce secteur d’accumulation de capital est désormais mort : les compagnies aériennes sont proches de la faillite, les hôtels sont vides et le chômage de masse dans les industries hôtelières est imminent. Manger au restaurant n’est plus in et les restaurants et bars ont été fermés dans de nombreux endroits. Même les plats à emporter semblent risqués. La vaste armée de travailleurs de l’économie des spectacles ou d’autres formes de travail précaire est licenciée sans moyens de subsistance visibles. Les événements tels que les festivals culturels, les tournois de football et de basket-ball, les concerts, les conventions commerciales et professionnelles et même les rassemblements électoraux sont annulés. Ces formes de consumérisme expérientiel basées sur des événements ont été fermées. Les revenus des gouvernements locaux se sont effondrés. Les universités et les écoles ferment leurs portes.

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La Bataille de l'Aldi, 2020 ap. J.-C., art populaire anonyme

Une grande partie du modèle de pointe du consumérisme capitaliste contemporain est inopérante dans les conditions actuelles. Ce qu’André Gorz décrivait comme un « consumérisme compensatoire » (où les travailleurs aliénés sont censés retrouver leur moral grâce à un forfait vacances all inclusive sur une plage tropicale) a été ratiboisé.

Mais les économies capitalistes contemporaines sont alimentées à 70 ou même 80% par le consumérisme. La confiance et le sentiment des consommateurs sont devenus au cours des quarante dernières années la clé de la mobilisation d’une demande effective et le capital est de plus en plus axé sur la demande et les besoins. Cette source d’énergie économique n’avait pas été soumise à des fluctuations sauvages jusqu'ici (à quelques exceptions près comme l’éruption volcanique islandaise qui a bloqué les vols transatlantiques pendant quelques semaines). Le COVID-19, lui, n’est pas à l'origine d’une fluctuation sauvage, mais d’un effondrement hénaurme au cœur de la forme de consommation qui domine dans les pays les plus riches. La forme en spirale d’accumulation de capital sans fin s’effondre vers l’intérieur, d’une partie du monde à l’autre. La seule chose qui peut le sauver est un consumérisme de masse financé et inspiré par le gouvernement, sorti de nulle part. Il faudrait pour cela socialiser l'ensemble de l'économie aux USA, par exemple, sans l'appeler socialisme.

Les lignes de front

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Damien Glez, Jeune Afrique

Il existe un mythe commode selon lequel les maladies infectieuses ne reconnaissent pas les barrières et les frontières de classes ou sociales. Comme beaucoup de ces assertions, il y a du vrai là-dedans. Dans les épidémies de choléra du XIXème siècle, l’importance des barrières de classe a été suffisamment dramatique pour engendrer la naissance d’un mouvement public d’assainissement et de santé qui a perduré jusqu’à nos jours. Que ce mouvement ait été conçu pour protéger tout le monde ou seulement les classes supérieures n’était pas toujours clair. Mais aujourd’hui, les effets et impacts des différences de classe et sociales racontent une autre histoire. Les impacts économiques et sociaux sont filtrés à travers des discriminations «coutumières» qui sont partout en évidence. Pour commencer, la main-d’œuvre qui devrait prendre en charge le nombre croissant de malades est généralement fortement genrée, racialisée, et ethnicisée dans la plupart des régions du monde. Le même profil de main-d’œuvre se retrouve dans les aéroports et d’autres secteurs logistiques.

Cette «nouvelle classe ouvrière» porte le poids d’être la plus exposée au risque de contracter le virus par le biais de son emploi, ou d’être licenciée sans ressources à cause du ralentissement économique imposé par le virus. Il y a, par exemple, la question de savoir qui peut travailler à la maison et qui ne peut pas. Cela accentue le fossé sociétal tout comme la question de savoir qui peut se permettre de s’isoler ou de se mettre en quarantaine (avec ou sans salaire) en cas de contact ou d’infection. De la même manière, les tremblements de terre au Nicaragua (1973) et à Mexico (1995) étaient des «séismes de classe». Ainsi, les progrès du COVID-19 présentent les caractéristiques d’une pandémie de classe, genrée et racialisée. Alors que les efforts de mitigation sont commodément enveloppés dans la rhétorique du «nous sommes tous dans le même bateau», les pratiques, en particulier des gouvernements nationaux, suggèrent des motivations plus sinistres. La classe ouvrière contemporaine aux USA (composée principalement d’Afro-américain·es, de Latin@s et de femmes salariées) sont confrontées au choix infernal entre la contamination au nom du soin et du maintien des lieux-clés (comme les épiceries) ouverts et le chômage sans indemnités ni avantages (comme des soins de santé adéquats). Les salariés (comme moi) travaillent à domicile et touchent leur salaire comme d’habitude tandis que les PDG batifolent en jets privés et en hélicoptères.

Dans la plus grande partie du monde, la main-d’œuvre a longtemps été socialisée se manière à se comporter comme de bons sujets néolibéraux (à savoir s’en prendre à soi-même ou à Dieu en cas de problème, sans jamais s’aventurer à suggérer que le capitalisme pourrait être le problème). Mais même de bons sujets néolibéraux peuvent voir qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans la façon dont cette pandémie est traitée.

La grande question est : combien de temps est-ce que ça va durer ? La crise pourrait durer plus d’un un an et plus elle se prolonge, plus la dévaluation, y compris des classes laborieuses, est importante. Les niveaux de chômage atteindront presque certainement des niveaux comparables à ceux des années 1930 en l’absence d’interventions massives de l’État qui devront aller à contre-courant de la doxa néolibérale. Les conséquences immédiates pour l’économie ainsi que pour la vie sociale de tous les jours sont multiples. Mais elles ne sont pas toutes négatives. Dans la mesure où le consumérisme contemporain devenait excessif, il frôle ce que Marx décrivait comme « surconsommation et consommation insensée, entraînant, par sa dérive vers le monstrueux et le bizarre, l’effondrement » de tout le système. Le caractère insouciant de cette surconsommation a joué un rôle majeur dans la dégradation de l’environnement. L’annulation des vols des compagnies aériennes et la réduction radicale des transports et des mouvements ont eu des conséquences positives pour ce qui est des émissions de gaz à effet de serre. La qualité de l’air à Wuhan s’est améliorée, comme c’est également le cas dans de nombreuses villes usaméricaines. Les sites écotouristiques auront le temps de se remettre des piétinements des hordes de visiteurs. Les cygnes sont revenus dans les canaux de Venise. Dans la mesure où le goût pour le surconsommation téméraire et insensé est freiné, il pourrait y avoir des avantages à long terme. Moins de morts sur le mont Everest, ça pourrait être une bonne chose. Et si personne ne le dit à haute voix, le parti pris démographique du virus peut finir par affecter les pyramides des âges avec des effets à long terme sur les charges de la sécurité sociale et l’avenir de «l’industrie des soins». La vie quotidienne ralentira et, pour certaines personnes, ce sera une bénédiction. Les règles de distanciation sociale [expression erronée, de fait il s’agit de distanciation physique allant de pair avec un rapprochement social, NdT] suggérées pourraient, si l’urgence persiste suffisamment longtemps, entraîner des changements culturels. La seule forme de consumérisme qui bénéficiera presque certainement est ce que j’appelle l’économie «Netflix», qui s’adresse de toute façon aux «accros».

Sur le front économique, les réponses seront conditionnées par la manière dont on est sorti de la crise de 2007-2008. Cela a impliqué une politique monétaire ultra-accommodante pour sauver les banques, complétées par une augmentation spectaculaire de la consommation productive et une expansion massive des investissements dans les infrastructures en Chine. Cette formule ne peut être répétée sur l’échelle requise. Les plans de sauvetage mis en place en 2008 se sont concentrés sur les banques mais ont également entraîné la nationalisation de facto de General Motors. Il est peut-être significatif que, face au mécontentement des travailleurs et à l’effondrement de la demande du marché, les trois grandes entreprises automobiles de Detroit soient en train de fermer leurs portes, du moins temporairement.

Si la Chine ne peut répéter son rôle de 2007-2008, le fardeau de la sortie de la crise économique actuelle se déplace maintenant vers les USA et voilà l'ironie ultime : les seules politiques qui fonctionneront, tant économiquement que politiquement, sont bien plus socialistes que tout ce que Bernie Sanders pourrait proposer et ces programmes de sauvetage devront être initiés sous l'égide de Donald Trump, vraisemblablement sous le masque de Making America Great Again, Rendre sa grandeur à l’Amérique...

Tous les républicains qui se sont opposés si viscéralement au sauvetage de 2008 devront avaler chapeau ou défier Donald Trump. Ce dernier, s'il est sage, annulera d’urgence les élections et déclarera l’instauration d'une présidence impériale pour sauver le capital et le monde de « l'émeute et de la révolution ».

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Richard Codor

Traduit par Fausto Giudice

Merci à Tlaxcala
Source: https://www.jacobinmag.com/2020/03/david-harvey-coronavirus-political-economy-disruptions
Date de parution de l'article original: 20/03/2020
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=28550

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Message par Florage le Dim 19 Avr - 17:41

pour changer d'air, mais si peu... D'un marxisme très néo-post-situ, rassurez-vous ya même Orwell, et c'est plus humaniste que théorique... Quelques tirades un peu tirées par les cheveux blancs, mais "les prolétaires" sont appelés par ce nouveau "Manifeste", rien que ça ! Bof, on a lu pire, et du meilleur pas si tant que ça, alors...

APRÈS LE CONFINEMENT...
Cercle Marx, 6 avril 2020


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TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique Nouvelle-version

Cette note mystérieuse nous est parvenue par des voies secrètes. Toute personne en possession de la présente note peut (si elle le juge bon) diffuser les éléments qu’elle contient, à charge seulement d’en indiquer la provenance énigmatique…
« Mais la lutte reprendra sans cesse, avec une ampleur toujours croissante, et il ne peut y avoir de doute quant au vainqueur final – le petit nombre des accapareurs, ou l’immense majorité travailleuse. Et la classe ouvrière française n’est que l’avant-garde du prolétariat moderne. » (Marx, La guerre civile en France)

« C'est précisément l'esclavage de la société bourgeoise qui est, en apparence, la plus grande liberté, parce qu'elle est, apparemment, la parfaite indépendance de l'individu. Celui-ci considère comme sa propre liberté le mouvement effréné - libéré des entraves générales et des biens humains - des éléments aliénés de sa vie tels que la propriété, l'industrie, la religion, etc. En réalité, cette liberté est la servitude
parfaitement inhumaine de l'individu. »

(Marx & Engels, La Sainte Famille)

« Une même société de l'aliénation, du contrôle totalitaire [...], de la consommation spectaculaire [...], règne malgré les variétés dans ses déguisements idéologiques ou juridiques.»
(Guy Debord, Adresse aux révolutionnaires d'Algérie et de tous les pays)

« L’amour de la servitude ne peut être établi, sinon comme le résultat d’une révolution profonde, personnelle, dans les esprits et les corps humains. »
(Aldous Huxley, Le meilleur des mondes)

« Le travail physique épuisant, le souci de la maison et des enfants, les querelles mesquines entre voisins, les films, le football, la bière et, surtout, le jeu, formaient tout leur horizon et comblaient leurs esprits. Les garder sous contrôle n’était pas difficile. »
(George Orwell, 1984)

« Nous réfléchissons à la nécessité d’un ordre nouveau, et aussi d’un nouvel esclavage — car pour tout renforcement, pour toute élévation du type « homme », il faut une nouvelle espèce d’asservissement — n’en est-il pas ainsi ? »
(Nietzsche, Le Gai savoir)

Un spectre hante l’Europe : c’est apparemment le Coronavirus. Pour le traquer, tous les gouvernements du monde du mensonge capitaliste se sont ligués en une puissance totalitaire. La République française putréfiée, la vicieuse Monarchie britannique, l’Empire américain décadent et le sinistre Reich allemand, toutes les puissances du vieux et du nouveau continent ont mis en joug leurs populations spectatrices.

C’est qu’en réalité, le spectre qui hante ces gouvernements coalisés de l'aliénation spectaculaire marchande, c’est nous.

La mystérieuse « pandémie » de Coronavirus n’est pas un phénomène extérieur à nos sociétés qui viendrait à lui seul les ébranler. Le Coronavirus est le produit paranoïaque et systémique du monde capitaliste. Produit de la mondialisation marchande, il se répand comme elle dans chaque coin de la planète pour y imposer ses règles et sa réalité ; c’est donc d’un même cœur interdit que vibrent désormais les peuples confinés. Produit du spectacle mondial, il viole notre intimité jusqu’au cœur de nos imaginaires ; c’est donc le délire et l’irréalité paranoïaque qui s’insinuent partout en le corps social déstructuré et infantilisé. Produit de la concurrence et de l’économie politique, il resserre son étreinte sur chaque parcelle de nos vies aliénées ; c’est ainsi l’isolement, la mort et la crise qui se répandent universellement.

Le Coronavirus n’est rien d’autre que le masque que revêt la crise structurelle du monde capitaliste pour apparaître aux yeux de tous. Une figure hollywoodienne, délirante et spectaculaire, mais surtout une figure autoritaire. Car déjà les gouvernements du vieux monde parent au plus pressé. Le système capitaliste qui les fait rois menace de s’effondrer : il faut, comme en 2008, le sauver à tout prix.

Mais c’est bien de cette crise capitaliste dont il faut parler. Car c’est précisément de cette crise-là dont, de l’Extrême gauche à l’extrême Droite du Capital, personne ne parle en ce moment décisif.

Car les faits sont têtus : cette pandémie mondiale arrive à point nommé. La chute du cours du pétrole, l’enraiement général de l’économie mondiale et l’agonie d’une finance droguée à l’argent fictif avaient déjà enclenché le processus d’implosion depuis plusieurs mois. Ce virus fournit l’emballage adéquat pour y répondre sans plus attendre. Déjà, les banques centrales s’empressent de racheter tout ce que la finance contient de valeurs fictives, dans une entreprise démente et colossale d’absorption de la crise par le Capital mondial. Pendant ce temps, l’arrêt de l’activité économique globale enclenche un processus de destruction des moyens de production modestes qui va ruiner les populations, permettant aux grands groupes de tous les secteurs productifs, gavés de profit après plusieurs mois de monopole, d’acheter nos activités et nos vies toujours plus aliénées.

Ce que tous les larbins du Capital nous promettent est clair et déjà exposé : le travail forcé pour les millions de chômeurs en échange de revenus minimums socialisés ; l'esclavage salarié généralisé à leurs conditions pour les autres. On nous « autorisera » bientôt à retourner travailler à ces conditions, mais ce gouvernement spectaculaire du mensonge de la démocratie du Capital, au nom d’une deuxième, d’une troisième et un jour pourquoi pas d’une septième vague d’épidémie - état d’urgence à l’appui – continuera d'interdire tout contact social « dangereux », « non essentiel », « non productif »… Bref, de nous interdire toute réunion, toute activité ou action collective, toute vie en dehors de notre temps de travail. Vous pouvez déjà le sentir, ce qui s’annonce c’est notre prolétarisation autoritaire et définitive, rendue nécessaire par la crise capitaliste et permise par un régime d’exception permanent, bureaucratique et policier. La mystification démocratique du Capital dévoile toujours plus sa réalité totalitaire… La pandémie, c’est la forme supérieure du terrorisme sécuritaire qui, en montrant « blouse blanche » aux populations ahuries, vient justifier la prise de contrôle autoritaire de tout le champ social et de toute perception du réel par l'intermédiaire des télécrans du spectaculaire intégré.

Et voilà le doux rêve des classes dominantes et des chiens de garde du Capital accompli : l’asservissement consenti de la population, l'esclavage vécu comme accomplissement de notre liberté, au nom d’un mal mystérieux et invisible dont il est, bien sûr – unité nationale oblige ! - interdit de douter publiquement… Le camarade Staline doit bien rire depuis sa tombe, de nous voir si prompts à qualifier les autres pays de « dictature » quand nous venons, à l’occasion de la très contestable présentation d’une « crise sanitaire » - disons-le, d’un mensonge concerté sur la réalité d’une surcharge hospitalière partielle – d’abandonner jusqu’à notre liberté de sortir de chez nous de façon quasiment unanime et sans le moindre esprit de contestation… La mystification démocratique du Capital a réussi aujourd’hui ce qu’aucun autre régime n’avait jusqu’alors réussi à faire : transformer intégralement des populations entières en moutons dociles s’interdisant eux-mêmes de sortir de leur enclos, transformer les hommes en esclaves ayant psychologiquement intériorisé la nécessité de leur propre soumission... L’esprit de délation allié à la discipline zélée ; le délire hygiéniste garanti par la flicaille éborgneuse ; le règne de la bureaucratie médicale et la traque de ses contradicteurs… Cette époque est celle de toutes les bassesses, de toutes les puanteurs, de toutes les tromperies… Voici le monde invivable qui s’annonce, le monde totalitaire que le spectacle hallucinatoire omniprésent de la marchandise justifie par une surenchère de crétinerie émotionnelle et infantilisante sans fond…

Tous ces médias vous assènent en effet chaque jour, chaque minute, chaque seconde, un seul et même message obligatoire. Prenant la suite du « Je suis Charlie » devenu obsolète, il émerge d’un flot ininterrompu d’images morbides de cercueils, de masques, d’infirmières épuisées et de discours « scientifiques » tous d’accord entre eux. Ce slogan obsédant est imprimé de force dans vos têtes assujetties à la technique spectaculaire : « RESTEZ CHEZ VOUS ». Un message autoritaire que votre télécran personnel accompagne de toute une panoplie insignifiante de conseils pratiques pour bien supporter ce lavage de cerveau orwellien. Bien rire pendant le confinement... Bien manger pendant le confinement... Bien bouger pendant le confinement... Bien applaudir pendant le confinement... Tout cela pour vous suggérer une idée simple : « LE CONFINEMENT EST UNE BONNE CHOSE », « VOS LIBERTÉS SONT DANGEREUSES », « IL NE FAUT RIEN CONTESTER », « CONSOMMEZ SANS RIEN DIRE ». Et comme il est interdit, désormais, de tenir un discours ou de répandre un autre message que celui des autorités ; puisqu’il n’est pas autorisé de ne pas croire dans la crise sanitaire telle qu’elle est aujourd’hui totalitairement et officiellement imposée aux masses par cette colossale entreprise d’abrutissement collectif, ajoutez-y également : « NE PENSEZ PAS ».

La soumission psychologique des masses semble accomplie, leur endoctrinement idéologique achevé, tant elles ont intériorisé le discours de légitimation de leur propre esclavage. L'année 2020 aura été celle d'une gigantesque expérience de Milgram. L’orchestre universel du spectacle capitaliste mondial nous offre ainsi son ode à la servitude volontaire... L'ingénierie sociale est parfaite...

Mais en réalité, ce confinement, beaucoup à travers le monde commencent à le comprendre, c’est le moment qu’ont choisi les gouvernements capitalistes pour mettre en œuvre les mesures nécessaires à l’absorption de la crise financière et économique mondiale sur le dos des prolétaires.

C’est pourquoi le temps des revendications, des partis et des manifestations, chacun doit le comprendre, est terminé. Ces mots mêmes doivent être jetés aux poubelles de l’Histoire, car ils appartiennent à un ancien monde. La sortie du confinement marquera la fin de ce monde ; ce qui émergera du nouveau ne dépendra que de nous. Les larbins du système capitaliste totalitaire iront jusqu’au bout pour nous soumettre politiquement, parce que le système qui les fait socialement dominants menace de s’écrouler. C’est pour cela, et pour aucune autre raison, qu’ils nous interdisent aujourd’hui de nous assembler, de réfléchir, et surtout d’agir en une praxis collective d'émancipation contre ce monde inhumain et contre tous ses mensonges.

Ce manifeste a pour but d’avertir les prolétaires d’Europe du danger qui les menace, afin, nous l’espérons, d’y déclencher un sursaut de compréhension. C’est un appel à la pensée, à l’esprit critique et au doute sain que nous lançons à travers ce texte volontairement provocateur. Plus longtemps nous attendons, plus dure sera la répression lorsque nous émergerons de ce sommeil halluciné, un sommeil halluciné qui ressemble de plus en plus à un cauchemar éveillé...

Nous appelons donc, sans plus attendre, les prolétaires d’Europe à préparer partout, moralement et matériellement, la révolution générale contre la coalition du mensonge qui cache la crise générale du monde capitaliste par notre internement totalitaire, la révolution contre cette société de la domination spectaculaire du Capital.

Déjà en Chine et en Italie, les populations découvrent l’ampleur de cette crise, l’effroyable imposture de ce confinement, et commencent à contester l’interdit général. A nous de déconstruire, avec force et intelligence, les discours officiels de la négation visible de la vie, à nous d'agir partout pour préparer les esprits à la vérité, vérité dont Guy Debord disait qu'elle n'est rien d'autre que la « négation » de cette société du Spectacle.

Gauche du Capital, Droite du Capital, Extrême Gauche du Capital, Extrême droite du Capital, journalistes, racailles, syndicalistes, politiques, économistes, experts, etc., toutes ces forces politiques aliénantes et tous ces agents inconscients du mensonge universel du Capital se sont ligués en une Sainte Alliance pour étouffer la révolte prolétarienne qui gronde partout en le monde inhumain de l'économie-politique.

Mais la Vieille Taupe est là, elle creuse et creuse encore... Intelligente, la Vieille Taupe rit joyeusement de la grande révolution qui vient...
Devant nous se présente ainsi un choix historique dont dépend notre destin à tous. Il réside dans la voie que nous décidons de prendre pour sortir de ce totalitarisme marchand :


L’esclavage ou l’insurrection, la mort ou la vie.

« Ce n'est que dans un ordre de choses où il n'y aura plus de classes et d'antagonisme de classes, que les évolutions sociales cesseront d'être des révolutions politiques. Jusque-là, à la veille de chaque remaniement général de la société, le dernier mot de la science sociale sera toujours : "Le combat ou la mort, la lutte sanguinaire ou le néant. C'est ainsi que la question est invinciblement posée." (George Sand.) »
(Marx, Misère de la philosophie)
Cercle Marx, 6 avril 2020 (www.cerclemarx.com)

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Message par Florage le Lun 20 Avr - 17:34


LE SITUATIONNISME OCCIDENTAL
contrairement à celui donné plus haut, néo-post-situ, du Cercle Marx, voici un texte d'un situationniste historique, Gianfranco Sanguinetti, 72 ans. lundimatin a fait une bonne pêche dans les eaux de son champ idéologique

- admettons que la "contre-insurrection" en question puisse être préventive, et donc ne pas signifier la réaction à une insurrection réellement engagée, pour en empêcher le surgissement
- admettons que vienne un "despotisme" dans la décomposition et à la fin d’un monde et d’une civilisation, celle de la démocratie bourgeoise..."
- mais pourquoi "occidental" ? Mystère. Même moi qui suis porté à critiquer la domination occidentale, voyant comme beaucoup la fin de sa suprématie, je ne vois pas pourquoi ce "despotisme" ne viendrait pas en Chine, au Brésil, et bien ailleurs, ni même si quelque part il n'est pas déjà là...

et s'il s'agit de ne pas voir plus loin que le bout de son Occident, qui caractérise disais-je la plupart des textes européens, pourquoi pas parler de despotisme en Occident ? Ironie du sort, cela donne à penser que cette critique de l'Occident reste très occidento-centrée

quant à voir la fin d'une époque (cycle ?) du capitalisme, celle de la démocratie bourgeoise dans celle de la fin de ce mode de production comme civilisation, je serai davantage porté à le suivre, mais j'y reviendrai plus tard de façon plus générale
LE DESPOTISME OCCIDENTAL - GIANFRANCO SANGUINETTI
« Cela explique pourquoi la stratégie de réponse à la pandémie
est avant tout une stratégie de contre-insurrection. »
lundimatin#239, le 20 avril 2020
Ancien membre de la section italienne de l’Internationale Situationniste, auteur du fameux tract « Le Reichstag brûle-t-il ? » en 1970 dans lequel il mettait en cause la responsabilité de l’État italien dans l’attentat de Piazza Fontana, expulsé de France par le ministère de l’Intérieur en 1971, instigateur en 1975 de l’un des plus beaux canulars politique du XXe siècle, vigneron, Gianfranco Sanguinetti nous a confié ce texte d’analyse dans lequel il entrevoit la fin d’une époque (la démocratie bourgeoise) et le début d’une autre (le despotisme occidental).
TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique Arton3041-resp2800
Illustration : NEC SPE NEC METU, Gianfranco Sanguinetti
La conversion des démocraties représentatives de l’Occident à un despotisme tout à fait nouveau a pris, à cause du virus, la figure juridique de la "force majeure" (en jurisprudence la force majeure est, comme on sait, un cas d’exonération de la responsabilité). Et donc le nouveau virus est, en même temps, le catalyseur de l’événement et l’élément de distraction des masses par la peur [1].

Pour autant d’hypothèses que j’avais émises depuis mon livre Du Terrorisme et de l’Etat (1979) sur la manière dont cette conversion, à mes yeux inéluctable, de la démocratie formelle au despotisme réel se serait faite, j’avoue que je n’avais pas imaginé qu’elle puisse advenir sous prétexte d’un virus. Et pourtant les voies du Seigneur sont vraiment infinies. Et aussi celles de l’astuce de la raison hégélienne.

La seule référence, on peut le dire, aussi prophétique qu’inquiétante, est celle que j’ai trouvé dans un article que Jacques Attali, ancien patron de la banque BERD, avait écrit dans L’Express pendant l’épidémie de 2009 :

Si l’épidémie est un peu plus grave, ce qui est possible, puisqu’elle est transmissible par l’homme, elle aura des conséquences véritablement planétaires : économiques (les modèles laissent à penser que cela pourrait entraîner une perte de 3 trillions de dollars, soit une baisse de 5 % du PIB mondial) et politiques (en raison des risques de contagion...) On devra, pour cela, mettre en place une police mondiale, un stockage mondial et donc une fiscalité mondiale. On en viendra alors, beaucoup plus vite que ne l’aurait permis la seule raison économique, à mettre en place les bases d’un véritable gouvernement mondial. [2]

La pandémie était donc envisagée : combien de simulations avaient été faites par les grandes compagnies d’assurances ! Et par les services de protection des Etats. Encore il y a quelques jours, l’ancien premier ministre britannique Gordon Brown retournait sur la nécessité d’un gouvernement mondial : « Gordon Brown a exhorté les dirigeants mondiaux à créer une forme temporaire de gouvernement mondial pour faire face aux deux crises médicales et économiques causées par la pandémie de Covid-19. » [3]

Il faut à peine ajouter qu’une telle occasion puisse être saisie ou créée, ne change pas grande chose à l’affaire. Une fois que l’intention est là, et la stratégie dessinée, il suffit d’avoir le prétexte, et puis d’agir en conséquence. Personne, parmi les chefs d’Etat, n’a été pris au dépourvu, sinon au tout début, par la sottise de tel ou tel autre. Après, de Giuseppe Conte à Orban, de Johnson à Trump, etc., tous ces politiciens, aussi rustres qu’ils soient, ont vite compris ce que le virus les autorisait à faire des vieilles constitutions, règles et lois. L’état de nécessité pardonne toute illégalité.

Une fois que le terrorisme, dont on conviendra qu’on en a un peu trop abusé, avait épuisé la plupart de ses potentialités, si bien expérimentées partout dans les quinze premières années du nouveau siècle, le moment est venu de passer à l’étape suivante, ainsi que je l’annonçais depuis 2011, dans mon texte Du Terrorisme au Despotisme.

D’ailleurs l’approche contre insurrectionnelle qu’a pris tout de suite et partout ce qu’on appelle bien improprement la ’guerre contre le virus’, confirme l’intention que sous tendent les opérations "humanitaires" de cette guerre, qui n’est pas contre le virus, mais bien contre toutes les règles, les droits, les garanties, les institutions et les peuples du vieux monde : je parle du monde et des institutions qui ont été mis en place depuis la Révolution française, et qui disparaissent maintenant sous nos yeux en quelques mois, aussi vite qu’avait disparu l’Union Soviétique. L’épidémie finira, mais pas toutes les mesures, possibilités et conséquences qu’elle a déclenchées et qu’on est en train d’expérimenter. Nous accouchons d’un nouveau monde dans la douleur.

Nous assistons donc à la décomposition et à la fin d’un monde et d’une civilisation, celle de la démocratie bourgeoise avec ses Parlements, ses droits, ses pouvoirs et contre-pouvoirs désormais parfaitement inutiles, car les lois et les mesures coercitives sont dictées par l’exécutif, sans être ratifiés par les Parlements immédiatement, et où le pouvoir judiciaire, ainsi que celui de la libre opinion perd même toute apparence d’indépendance, donc leur fonction de contrepoids.

On habitue ainsi brusquement et traumatiquement les peuples (comme établi par Machiavel, ’le mal doit se faire tout à la fois, afin que ceux à qui on le fait n’aient pas le temps de le savourer’) : le citoyen ayant déjà disparu depuis longtemps au profit du consommateur, ce dernier se voit maintenant réduit au rôle de simple patient, sur lequel on a le droit de vie et de mort, auquel on peut administrer n’importe quel traitement, ou même décider de le supprimer, d’après son âge (productif ou improductif), ou d’après n’importe quel autre critère décidé arbitrairement et sans appel, à la discrétion du soignant, ou d’autres. Une fois emprisonné chez lui, ou à l’hôpital, que peut-il faire contre la coercition, les abus, l’arbitraire ?

La charte constitutionnelle étant suspendue, par exemple en Italie, sans soulever la moindre objection, pas même par le ’garant’ des institutions, le président Mattarella. Les sujets, devenus des simples monades anonymes et isolées, n’ont plus aucune ’égalité’ à faire valoir ni de droits à revendiquer. Le droit lui-même ne sera plus normatif, mais devient déjà discrétionnaire, comme la vie et la mort. On a vu que, sous prétexte de coronavirus, en Italie on peut tuer de suite et impunément 13 ou 14 prisonniers désarmés, dont on ne se soucie même pas de donner les noms, ni les crimes, ni les circonstances, et personne ne s’en émeut. On fait mieux encore que les allemands dans la prison de Stammheim. Au moins pour nos crimes, ils devraient nous admirer !

On ne discute plus de rien, sauf d’argent. Et un Etat comme l’italien en est réduit à mendier au sinistre et illégitime Eurogroupe les capitaux nécessaires à la transformation de la forme démocratique à la forme despotique. Ce même Eurogroupe qui en 2015 voulut férocement exproprier tout le patrimoine public grec, y compris le Parthénon, et le conférer à un fond placé au Luxembourg, sous contrôle allemand : même Der Spiegel définit alors les diktats de l’Eurogroupe comme ’un catalogue des atrocités’ pour mortifier la Grèce, et Ambrose Evans-Pritchard, dans le Telegraph, a écrit que si on voulait dater la fin du projet européen, c’était bien à cette date là. Voilà que maintenant la chose est faite. Il ne reste plus que l’Euro, et bien provisoirement encore.

Le néo-libéralisme n’a pas eu affaire aux anciennes luttes des classes, il n’en a même pas la mémoire, il croit les avoir effacées même du dictionnaire. Il se croit encore tout-puissant ; ce qui ne signifie pas qu’il ne les craigne pas : puisqu’il sait bien tout ce qu’il se prépare à infliger aux peuples. Il est évident que les gens vont bientôt avoir faim ; il est évident que les chômeurs seront foule ; il est évident que les gens qui travaillent au noir (4 millions en Italie) n’auront aucun soutien. Et ceux qui ont un travail précaire, et n’ont rien à perdre, commenceront des luttes et des sabotages. Cela explique pourquoi la stratégie de réponse à la pandémie est avant tout une stratégie de contre-insurrection. On va en voir de belles en Amérique. Les camps de la FEMA se rempliront bientôt.

Le nouveau despotisme a donc au moins deux raisons fortes pour s’imposer en Occident : l’une est pour faire face à la subversion intérieure qu’il provoque et attend ; et l’autre pour se préparer à la guerre extérieure contre l’ennemi désigné, qui est aussi le plus ancien despotisme de l’histoire, auquel on n’a rien à apprendre depuis Le livre du Prince Shang (IV siècle av. J.-C.) — livre que tous les stratèges occidentaux devront se dépêcher de lire, avec la plus haute attention. Si on a décidé d’attaquer le despotisme chinois, il faut commencer par lui démontrer qu’on est meilleur que lui sur son terrain même : c’est à dire plus efficace, moins coûteux et plus performant. Bref, un despotisme supérieur. Mais cela reste à prouver.

Grâce au virus, la fragilité de notre monde apparaît au grand jour. Le jeu qui se joue actuellement est infiniment plus dangereux que le virus, et fera bien plus de morts. Pourtant les contemporains ne paraissent avoir peur que du virus...

Il semblerait que l’époque actuelle se soit donnée pour tâche de contredire ce que disait Hegel, à propos de la philosophie de l’histoire : « L’histoire du monde est le progrès de la conscience de la liberté ». Mais la liberté elle même n’existe que pour autant qu’elle est en lutte avec son contraire — ajoutait-il. Où est-elle aujourd’hui ? Lorsqu’en Italie et en France les gens dénoncent ceux qui n’obéissent pas ?

S’il a suffi d’un simple microbe pour précipiter notre monde dans l’obéissance au plus répugnant des despotismes, cela signifie que notre monde était déjà si prêt à ce despotisme qu’un simple microbe lui a suffi.

Les historiens appelleront le temps qui commence maintenant l’époque du Despotisme Occidental.


Gianfranco Sanguinetti

[1] Je vois que Edward Snowden arrive à la même conclusion dans l’interview, parue le 10 avril 2020 ici : https://www.youtube.com/watch?v=k5OAjnveyJo
[2] https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/avancer-par-peur_758721.html
[3] https://www.theguardian.com/politics/2020/mar/26/gordon-brown-calls-for-global-government-to-tackle-coronavirus


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Florage

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Message par Florage le Mar 21 Avr - 11:33

la recension des textes est dans le commentaire précédent. Ci-dessous d'une économiste "bourgeois", mais comme il dit des choses qu'on ne trouve pas chez les "révolutionnaires"...
L’épidémie de coronavirus a plongé les marchés économiques dans une grande incertitude. Comment réveiller l’économie mondiale après le confinement de trois milliards de personnes pour une durée indéterminée ? C’est la grande inconnue de la période que nous traversons.
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Comment réussir à franchir le gouffre économique qui se profile à la fin du confinement ?
Comment réveiller la Belle au Bois Dormant ? C’est la défi majeur qui va se présenter à l’économie mondiale au sortir du grand confinement. Si la situation est inédite, rendant difficile toute anticipation précise, il semble de plus en plus compliqué d’échapper à la perspective d’une crise systémique. Des États-Unis, où le chômage pourrait tripler en 2020, à l’Inde, où des milliers de travailleurs informels privés d’activité se retrouvent sans ressources, ses premiers effets se manifestent déjà. Et si aucun continent n’est épargné, les conséquences de cette crise varient sensiblement d’un pays à l’autre, comme elles varient, au sein d’un même pays, entre les secteurs et les individus. Des inégalités qui ne pourront être compensées que par la solidarité, nationale et internationale. Quels seront les pays et les secteurs les plus touchés par cette crise mondiale ? Est-il encore possible d’en limiter les effets ? A quelle échéance peut-on espérer un retour à la normale ? Un tel retour doit-il être l’objectif des États, ou cette crise nous oriente-t-elle vers un changement de modèle ?

Pour évoquer toutes ces questions, nous recevons ce matin l’économiste François Bourguignon, professeur émérite à l’École d’économie de Paris et ancien économiste en chef à la Banque mondiale, notamment auteur de "La Mondialisation de l’inégalité".

Quand l'offre entraine la demande dans sa chute

François Bourguignon a écrit:La crise de 1929 était extraordinairement grave. On a eu une chute du PIB sur 3 ans de 20%. Ici, on a une chute qui à la fin de l’année sera autour de 10%. Mais si il y a une seconde vague épidémique, nous nous rapprocherions d’une contraction similaire du PIB similaire à celle de 1930. Néanmoins, la situation est assez différente aujourd’hui.

La crise à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est due en même temps à un choc d’offres et également à un choc de demandes. Alors que les crises précédentes se concentraient sur un choc de demandes. C’est quelque chose que l’on avait jamais vu. Les gens ne peuvent plus acheter et les entreprises ne peuvent plus produire. C’est d’ailleurs un choc d’offre qui entraîne un choc de la demande.

Un retour à la normale est-il possible ?
Il y a un certain nombre de consommations qui va être modifié. On ne va plus voyager en train, en avion comme auparavant. Il y a toute une série de services qui vont être considérés comme dangereux et qui ne reprendront pas une activité normale comme auparavant. Le retour à la normale ne va se faire que de façon progressive. Il restera une certaine frilosité de la part des consommateurs par rapport à leurs comportements.

Une économie mondialisée fragilisant davantage les régions les plus vulnérables ?
Le cas de l’Afrique est très préoccupant. L’économie africaine est frappée par les récessions économiques mondiales. Selon des estimations, le produit par tête pourrait diminuer de 4 à 5% en Afrique. On se retrouve dans un système paradoxal où les vies sont épargnées par le virus mais pas par les sévices de l’économie. Il y a un effet de long terme de l’épidémie sur les économies africaines très grave. Il est important de porter secours à ces pays-là. La question de la mondialisation va revenir au centre du débat une fois que la partie la plus importante de la crise sera passée. [voir dans le journal de la crise, conséquences économique et sociales]

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Message par Florage le Ven 24 Avr - 8:08

toujours dans le souci de rééquilibrer une vision qui pourrait être trop occidentalo-centrée, le point de vue de l'Iranienne Yassamine Mather, auteure en 2017 de Women And The Social Revolution
Le «Sud» négligé. Mensonges, pauvreté et répression
Yassamine Mather, Alencontre, 19 avril
L’incompétence criminelle des dirigeants occidentaux qui n’ont pas su faire face à la pandémie de coronavirus a conduit à une situation où nous n’entendons pas beaucoup parler des effets désastreux du virus dans le reste du monde – et en particulier dans le «Sud», plus pauvre et plus vulnérable. Cependant, les victimes du coronavirus meurent par milliers et les mesures prises jusqu’à présent par de nombreux pays du «tiers monde» n’ont pas permis de faire face à la gravité de la situation, tant en termes de vies humaines que de conséquences économiques et politiques.

Plus de trois décennies de capitalisme néolibéral mondialisé, imposé comme l’une des conditions pour bénéficier des prêts du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM), ont dévasté l’infrastructure sociale de ces pays. Il n’y a pas de soins de santé adéquats et, pour aggraver les choses, les subventions ont été supprimées. L’insécurité de l’emploi est énorme. Les taux de chômage élevés existaient bien avant la pandémie, en raison de «l’ajustement structurel» dicté par les organisations internationales. Et, bien sûr, tout cela a empiré au cours des derniers mois.

La situation va encore se détériorer, car le nombre de décès augmente. La plupart de ces États auront le choix brutal de sauver des vies ou de sauver l’économie. Les chiffres concernant les décès et le nombre de personnes infectées par le coronavirus publiés par les différents gouvernements du Moyen-Orient ne sont pas fiables – personne ne les croit. L’Égypte, avec ses villes densément peuplées, a fait état de 135 décès et de 1794 patients infectés. Alors que l’Arabie saoudite, avec une population beaucoup plus faible, admet 3651 cas confirmés et 47 décès. Selon certaines agences de presse, dont Al Jazeera, quelque 150 membres de la famille royale saoudienne ont été infectés, obligeant «le roi Salmane et le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) à se retirer en isolement pour éviter l’épidémie» [1]. Le ministre de la Santé a averti la semaine dernière que le nombre de cas de Covid-19 dans le pays pourrait atteindre 200’000 dans les prochaines semaines.

Iran
Les chiffres déclarés de la République islamique d’Iran sont de 74’877 cas confirmés et 4683 décès, au 14 avril. Bien sûr, étant donné les antécédents de ce régime, il est difficile de croire les affirmations du gouvernement selon lesquelles le taux d’infection a atteint un sommet le 30 mars et que le nombre a diminué depuis. Les dirigeants iraniens ont suivi le modèle du Royaume-Uni et des États-Unis en niant tout d’abord qu’il y avait des raisons de s’inquiéter, puis en prétendant que l’«immunité collective» ferait l’affaire.

Le président Hassan Rohani a, en fait, cité les commentaires du gouvernement britannique à ce sujet, mais un «confinement volontaire» a ensuite été annoncé – ignoré par la majorité de la population, qui a décidé que si elle avait le choix entre la faim et la maladie, elle risquerait de contracter la maladie. Enfin, le gouvernement a imposé un confinement obligatoire pendant les vacances du nouvel an iranien à la fin du mois de mars. Mais même cette mesure a été levée le 11 avril – contre l’avis des experts médicaux du gouvernement.

Depuis lors, l’Iran est entré dans une nouvelle phase appelée «distanciation sociale intelligente». Bien sûr, cette nouvelle politique n’a rien d’«intelligent», car la survie économique du pays – et donc la survie politique du régime – est jugée plus importante que les vies humaines. Les Iraniens sont toujours confrontés à un choix: ignorer le confinement et risquer la maladie ou rester chez eux et mourir de faim.

Pendant tout ce temps, l’ayatollah Ali Khamenei a apparemment tenté de remporter un prix pour le commentaire le plus stupide fait par un dirigeant sur le sujet – dans son cas, en battant même Donald Trump. Fin février, le chef suprême de l’Iran a affirmé que la menace du virus faisait partie d’un stratagème des États-Unis et d’autres puissances occidentales pour utiliser une épidémie mortelle afin de saboter les élections parlementaires iraniennes. Au début du mois de mars, il a déclaré que le virus n’était pas une grande affaire, puis à l’occasion du Nouvel An persan (23 mars), il a semblé laisser entendre que le virus était lié à des créatures invisibles et surnaturelles dotées de pouvoirs incroyablement destructeurs: «Nous avons des djinns et des ennemis humains qui s’entraident. Les services de renseignement de nombreux pays travaillent ensemble contre nous.» Les Iraniens n’ont pas manqué de voir des similitudes entre les commentaires de Khamenei sur le virus et ceux de son ennemi juré, Donald Trump.

Bien sûr, loin d’être un «djinn» (créatures dotées de pouvoirs surnaturels) [2], ce sont les «politiques d’ajustement structurel» néolibérales de son propre régime, combinées à la corruption et au népotisme, qui ont créé les conditions économiques actuelles désastreuses, où la faim et la privation tuent autant de personnes que le coronavirus.

Mais, comme je l’ai déjà écrit [voir sur ce site l’article publié le 2 mars 2020 https://alencontre.org/moyenorient/iran/iran-le-regime-iranien-a-la-lumiere-des-elections-et-de-la-pandemie-de-coronavirus.html], personne ne croit les déclarations, y compris les chiffres officiels. Après tout, c’est le pays où nous ne savons toujours pas combien de personnes sont mortes lors des manifestations de novembre 2019 ou lors des cortèges de deuil après l’assassinat du général Qasem Soleimani par un drone américain en janvier 2020. Le gouvernement fait preuve d’un mépris total pour la vie de ses propres partisans – sans parler de la majorité qui constitue le reste de la population.

Les islamistes purs et durs ont tenté de briser le blocus en visitant des sanctuaires et, pour certains, en rendant visite à des familles. Bien que les déplacements entre les villes aient été officiellement interdits pendant les vacances du nouvel an qui commencent le 20 mars, les photos publiées sur les médias sociaux montrent clairement que de nombreux Iraniens n’adhèrent pas aux règles de distanciation sociale. Voyager dans des transports publics surchargés – tout comme vivre dans un appartement surpeuplé – a fait des ravages.

Égypte
L’histoire est similaire dans de nombreux autres pays densément peuplés du Moyen-Orient. Selon le gouvernement d’Abdel Fattah al-Sissi, l’Égypte se trouve dans la troisième phase de l’épidémie (c’est la période où la source de l’infection est introuvable et donc difficile à contrôler). Le gouvernement conseille un confinement, mais, selon Al Monitor :

«… de nombreuses personnes errent encore dans les rues sans se soucier du virus, préoccupées par des questions plus importantes. Ces personnes sont les plus touchées par la crise, mais elles n’ont pas le luxe de rester chez elles. Ce sont des travailleurs irréguliers, un segment de la société qui représente entre 12 et 14 millions de personnes, selon les chiffres donnés par le secrétaire général de la fédération syndicale égyptienne, Mohamed Wahballah.» [3]

Les images des médias sociaux montrent que la distanciation sociale est inexistante au Caire, alors qu’à Gizeh, le marché est bondé – comme en Iran, la plupart des gens sont plus préoccupés par l’obtention de leurs moyens de subsistance.

Et en Égypte – tout comme en Iran – on ne croit pas aux conseils du gouvernement. Beaucoup pensent que le confinement fait partie d’un complot de l’État visant à les priver de leurs maigres revenus. Mais le régime n’impose pas de sanctions ou n’arrête pas les personnes qui enfreignent les règles de confinement – il garde ces mesures répressives pour plus tard, lorsque les pertes d’emplois, les décès et la faim provoqueront probablement des protestations de masse.

La télévision nationale affirme que « l’Égypte est protégée par Dieu ». Aucun mal ne peut nous arriver» – un message repris par les chefs religieux. Un prédicateur, s’exprimant par le biais des médias sociaux, l’a dit à sa congrégation : « Les musulmans ne doivent pas craindre le coronavirus. Ils font des ablutions cinq fois par jour, ce qui les empêche d’être infectés.»

Dans tout le Moyen-Orient, les chaînes de télévision nationales sont aussi mauvaises que les médias sociaux en ce qui concerne les théories ayant trait à la conspiration. En Égypte, un présentateur pro-Sissi a accusé les Frères musulmans [ennemis déclarés du régime] de propager le virus. Cependant, la théorie conspirationniste la plus courante est que le coronavirus a été fabriqué dans un laboratoire pour affaiblir la Chine en tant que rivale économique des États-Unis. Personne ne semble faire remarquer aux partisans de cette absurdité que si c’était un complot américain, comment expliquer ses effets désastreux sur les économies occidentales – en particulier les Etats-Unis [4].

Il est clair qu’il n’y a pas d’effort international coordonné pour faire face à la pandémie. La puissance hégémonique ne se préoccupe pas du reste du monde. C’est une situation assez inhabituelle, dans la mesure où, après les grandes catastrophes précédentes (deux guerres mondiales, la crise financière de 2008…), il y a eu un niveau de coordination internationale dirigé par les États-Unis. Pour comble de malheur, Trump a imposé un gel du financement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cependant, les États-Unis ne sont pas les seuls à privilégier «l’intérêt national», dans l’espoir que cette période sera suivie d’une rivalité sans précédent entre les deux grandes puissances économiques, les États-Unis eux-mêmes et la Chine.

Il n’y a aucun signe d’une telle coordination, même au sein de l’Europe. Si l’Italie doit se tourner vers la Chine pour obtenir un soutien, quelle est la probabilité que les pays du «tiers monde» reçoivent une aide des organisations internationales? Beaucoup évitent les prêts de la Banque mondiale, car ils savent qu’ils devront payer des intérêts élevés sur ces prêts pendant au moins la prochaine décennie. Ce n’est pas comme si ces organisations avaient l’habitude d’annuler de telles dettes.

Au contraire, l’administration américaine ne fait pas seulement passer «l’Amérique d’abord», mais elle est maintenant impliquée dans la piraterie en haute mer, lorsqu’il s’agit de voler des masques de protection – signe d’une ère véritablement barbare. Rien n’indique que les États-Unis vont maintenant assouplir leurs sanctions économiques contre l’Iran, qui n’obtiendra probablement pas de réponse favorable à sa demande de prêts – Trump, Israël et même l’opposition de droite iranienne sont tous opposés à tout allégement financier pour le pays.

Selon Toby Matthiesen, écrivant dans le magazine Foreign Affairs, le coronavirus «exacerbe les tensions sectaires au Moyen-Orient» [5]. En fait, la République islamique d’Iran est blâmée par la plupart des pays arabes pour avoir effectivement propagé l’infection du Covid-19. Elle a bien sûr été le premier pays de la région à avoir subi un grand nombre de personnes infectées dès le mois de janvier. Les étudiants chinois qui étudiaient dans la ville religieuse de Qom, ainsi que les travailleurs chinois, ont été accusés d’être la source de l’infection, puis la plupart des pays arabes ont signalé leurs premiers cas parmi les citoyens revenant de visites en Iran. Il est également vrai que, malgré le grand nombre de décès causés par le virus, l’Iran a tardé à prendre des mesures contre sa propagation. Toutefois, plusieurs pays du golfe Persique dépendent de leurs compagnies aériennes pour des revenus substantiels, les grands aéroports comme Doha et Dubaï faisant office de plateformes internationales. Il ne fait aucun doute qu’ils ont joué un rôle important dans la propagation du virus. Pourtant, comme le souligne Matthiesen, les voisins arabes de la république islamique n’ont pas tardé à blâmer l’Iran chiite:

« Le général Sheikh Rashid bin Abdullah al-Khalifa a accusé l’Iran d’être “une agression biologique criminalisée par le droit international” pour avoir dissimulé l’épidémie et n’avoir pas tamponné les passeports des voyageurs bahreïnis. Sur son compte Twitter officiel, le ministère saoudien des Affaires étrangères a condamné l’Iran pour avoir “créé une menace sanitaire qui met en danger l’humanité”. Et un journal des Émirats arabes unis a affirmé que tous les cas de coronavirus dans la région étaient liés à l’Iran – même si les premiers cas de Covid-19 aux Émirats arabes unis étaient des touristes chinois de Wuhan (et les cas qui ont été les premiers à être signalés au Moyen-Orient ont été confirmés le 29 janvier – soit quelques semaines avant que l’épidémie de Qom ne soit rendue publique).» [6]

Inévitablement, la propagation du coronavirus, qui coïncide avec une guerre des prix entre la Russie et l’Arabie saoudite, a entraîné une chute spectaculaire du prix du pétrole brut, qui est maintenant à son niveau le plus bas depuis 17 ans [un prix qui reste des plus bas malgré l’accord partiel intervenu le 10 avril]. Les États du golfe Persique ont fermé de grandes parties de leur économie. Selon le Financial Times, l’Arabie saoudite a suspendu la plupart des transports nationaux et internationaux et fermé la plupart des magasins, à l’exception des supermarchés et des pharmacies. Les Émirats arabes unis ont exhorté les résidents à rester chez eux et ont interrompu les voyages aériens de passagers, à l’exception des vols d’évacuation d’urgence. Le Koweït a fermé des écoles jusqu’en août et, début avril, le gouvernement a annoncé son intention de rapatrier environ 17’000 enseignants égyptiens, qui travaillaient dans le système éducatif du pays. Il y a environ 800’000 travailleurs égyptiens au Koweït sur un total de 3,5 millions de travailleurs immigrés. À Dubaï, la compagnie aérienne nationale Emirates, l’un des plus grands employeurs du pays, a réduit la plupart de ses vols et demande à ses travailleurs de prendre des vacances anticipées et des congés sans solde. La crise dans ces pays a des conséquences directes pour de nombreux pays de la région, car les revenus des travailleurs migrants jouent un rôle important dans l’économie de pays tels que la Jordanie, l’Égypte et le Pakistan.

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), il y aura une augmentation du chômage mondial comprise entre 5,3 millions (scénario «bas») et 24,7 millions (scénario «haut») par rapport à un niveau de base de 188 millions en 2019. Le scénario «moyen» suggère une augmentation de 13 millions (7,4 millions dans les pays à revenu élevé). Bien que ces estimations restent très incertaines, tous les chiffres indiquent une hausse substantielle du chômage mondial [7].

On estime qu’au moins 20 millions d’Étasuniens, plus un nombre équivalent d’Européens, travaillant, entre autres, dans les secteurs du voyage, de l’hôtellerie et du commerce de détail, risquent de perdre leur emploi. Dans ces conditions, il est probable que l’immigration et l’asile politique seront beaucoup plus difficiles à obtenir qu’auparavant. Les anciennes restrictions imposées par la forteresse Europe à l’immigration en provenance des pays du «tiers monde» pourraient bientôt être considérées comme le bon vieux temps.

Selon la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne entrera en récession en 2020, se contractant de 2,1 à 5,1%, contre une croissance de 2,4% l’année dernière. La perturbation des échanges commerciaux coûtera à l’Afrique subsaharienne entre 37 et 79 milliards de dollars. Selon Ken Rogoff, ancien économiste en chef du FMI, nous devrions «nous attendre à un effondrement des prix des produits de base et à un effondrement du commerce mondial comme nous n’en avons jamais vu depuis les années 1930» [8].

Dans la plupart des pays du «tiers monde», l’effondrement économique entraînera d’énormes tensions et conduira à un autoritarisme accru. Les régimes dictatoriaux utiliseront la pandémie pour réprimer l’opposition et se maintenir au pouvoir. Loin de libérer les prisonniers – une demande mondiale justifiée – ils incarcéreront un nombre toujours plus important d’opposants politiques. Dans de telles circonstances, les militants de gauche en Europe et en Amérique du Nord devraient donner la priorité à la solidarité avec les travailleurs et les pauvres du Sud. Sinon, la fracture mondiale actuelle s’aggravera considérablement. (Article publié dans Weekly Worker, le 17 avril 2020; traduction rédaction A l’Encontre)

Yassamine Mather dirige la revue Critique. Elle développe ses recherches dans le cadre du Middle East Centre de l’Université d’Oxford. Elle participe aussi aux recherches avancées dans le domaine de l’informatique du St Antony College, Université d’Oxford.

_________

com/news/2020/04/coronavirus-widespread-saudi-royal-family-report-200409070130026.html.
Créatures surnaturelles dans la théologie islamique.
al-monitor.com/pulse/originals/2020/04/egypt-lockdown-coronavirus-economic-irregular-workers.html.
Voir com/watch?v=pTSu9hGyWzE&feature.
com/articles/middle-east/2020-03-23/coronavirus-exacerbating-sectarian-tensions-middle-east.
Ibid.
org/wcmsp5/groups/public/—dgreports/—dcomm/documents/briefingnote/wcms_738753.pdf.
com/articles/imf-world-bank-face-deluge-of-aid-requests-from-developing-world-11586424609.


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Message par Florage le Sam 9 Mai - 12:58


TEXTES EN LIENS 1.
67 textes ou articles


TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique LaUneCovidFuturebis
montage emprunté au site À l'encontre
sans espoir d'allégeance trotskiste
pour la réflexion, sélection de textes depuis début mars. Large palette d'approche, philosophie, marxisme, écologie, féminisme... Il s'agit de les faire jouer ensemble dans une approche critique multidimensionnelle... et déconfinée

je rappelle :
1) que cette sélection est assez stricte, écartant les interventions dogmatiques et normatives des gauchistes de tous poils, les Yakafokon de l'activisme "auto-organisé" ou la critique du pouvoir de toutes oppositions impuissantes pour promouvoir leurs places aux prochaines élections
2) que ces textes critiques n'engagent que leurs auteurs, et que mon analyse suppose d'en lire le feuilleton dès le début, puisque je ne peux en permanence la résumer : THÉORIE RADICALE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS

un manque certain de modestie me porte à considérer féconde cette contribution à la réflexion critique
XXVI. SEPT THÈSES PROVISOIRES DANS LE SALE AIR DU TEMPS et DE LA PEUR
les textes ~ dans l'ordre de leur publication chronologique, les plus récents en haut, liens directs. Des textes peuvent être ajoutés après coup dans cet ordre (ex, Alain Badiou, Sur la situation épidémique, 26 mars). En gras les plus féconds selon moi

67 - Covid-Marx. Pour un communisme pandémique, Fabio Ciabatti, Carmilla online 25 avril, Anti-K 8 mai

L’organisation du confinement auquel l’épidémie de Covid-19 nous contraint est une version paroxystique de l’isolement individualiste qui caractérise la société bourgeoise. Notre monde semble peuplé d’atomes évitant à tout prix le contact avec autrui, sauf si les besoins de première nécessité l’obligent. Face à cette situation, on peut se sentir au pied du mur, coincé dans un rêve qui n’est pas le nôtre. C’est le rêve de Margareth Thatcher : « La société n’existe pas. Il y a seulement les individus, hommes et femmes, et leurs familles ». Vraiment ?
[...]
Le capital récolte ce qu’il a semé. Nous devons prendre le temps de réfléchir pour comprendre les dynamiques qui traversent la crise actuelle et ses caractéristiques inédites. C’est une nécessité à laquelle on ne peut pas répondre en calquant une vieille grille de lecture sur une situation nouvelle. Reprendre le travail de Marx, comme nous l’avons fait dans cet article, aide mais ne suffit pas. Et nous avons désespérément besoin d’aide, car nous sommes en face d’une urgence politique à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire. La locomotive de l’histoire a accéléré en faisant fi des risques de déraillement, toujours plus menaçants. Personne ne peut descendre. Il faut tirer le frein d’urgence pour repartir ensuite vers une direction différente, qui, sous beaucoup d’aspects, demeure encore inconnue.

66 - Le gouvernement profite du confinement pour imposer des projets contestés, Reporterre, 7 mai
Si le gouvernement voulait profiter du confinement pour passer en catimini des projets néfastes pour l’environnement, il ne se conduirait pas autrement. Alors que les enquêtes publiques – une procédure de participation du public obligatoire pour les grands projets – avaient été suspendues, sauf cas exceptionnel, il confirme que certaines d’entre elles peuvent se tenir par "voie dématérialisée" malgré le confinement (et le déconfinement partiel).

65 - Tristan Leoni & Céline Alkamar – Ο ιός, το κράτος και εμείς (1ο μέρος), une critique grecque de “Quoi qu’il en coûte. Le virus, l’État et nous”, DDT21 19 avril. Traduction française approximative
je partage en gros la critique dans les premiers paragraphes sur la fin de la mondialisation et l'absence de considérations internationales, mais j'avais reconnu que ce n'était pas le sujet, le texte valant davantage pour "ne pas perdre la tête". Sur l'appréciation de "pessimisme", autrement dit sur l'optimisme grec à placer si j'ai bien compris dans l'anti-fascisme, je ne suis pas d'accord, puisque d'une façon générale, si je vois bien venir une "escalade des problèmes économiques [entraînant] l'escalade de la lutte des classes, avec de nouvelles formes", je ne vois pas trop en quoi elles pourraient être, de façon réaliste, révolutionnaires

64 - Retour de l'inflation ? C'est surtout la déflation que l'on risque !, Sébastien Laye, Capital, 8 mai
Nous ne sommes pas dans les années 70 où l’inflation surgissait de l’hyper croissance et de la hausse des salaires des années 60 : chômage élevé depuis des années, destruction de la demande avec le Covid, stagnation séculaire des salaires, forts taux d’endettement : le spectre déflationniste est avec nous, et même la hausse de l’immobilier par exemple lui [?] est dû avec des taux bas qui expliquent la quasi-totalité des prix sur ce marché.

63 - « Non à un retour à la normale ». Appel de 200 artistes et scientifiques, dont 20 lauréats de prix Nobel, tribune Le Monde, à l'initiative d'Aurélien Barrau et Juliette Binoche, 6 mai

62 - Le capitalisme et la grippe porcine, Mike Davis, traduit de Capitalism and the Flu.,  SocialistWorker.org, 2009

Le phénomène n'a rien avec le quelconque battement d'ailes imprévisible d'un « cygne noir ». Le paradoxe fondamental avec cette panique de la grippe porcine est en effet que, bien que totalement inattendue, elle a été depuis longtemps parfaitement prédite.

ce qui compte (et tout spécialement compte-tenu de la menace persistante du H5N1), c'est la configuration d'ensemble : la stratégie pandémique déficiente de l'OMS, le déclin aggravé du système global de santé publique, la mainmise des géants de l'industrie pharmaceutique sur les médicaments vitaux et la catastrophe planétaire de l'élevage industrialisé, véritable délire écologique.

61 - Etats-Unis. Les travailleurs essentiels: des grèves ce 1er mai et les difficultés de le mener. Roger Sollenberger, Salon 2 mai,  Alencontre 6 mai

60 - De « l'art d'être parasite » et de l'errance de l'humanité, Dietrich Hoss lundimatin#241, 4 mai 2020

‌Dans cet article, qui prolonge les réflexions entamées dans « Une réponse au ‘monologue du virus’ », Dietrich Hoss propose une lecture de la situation actuelle à partir des œuvres (librement interprétées) de Jacques Camatte et Giorgio Cesarano. Leur particularité réside dans un raisonnement à l’échelle de l’évolution de l’espèce humaine : la crise déclenchée par la coronavirus est-elle l’occasion du passage de la préhistoire aveugle de l’humanité à celle d’une histoire réfléchie ?

59 - Convergence vers la terreur, Marildo Menegat, auteur de A Crítica do Capitalismo em Tempos de Catástrofe. Ensaios e textos libertarios, 8 avril, Palim Psao, 30 avril, traduit du portugais par João Gaspar
Le meurtre de masse fait partie du caractère du capitalisme, de son lien intime et obligé avec la guerre : les meurtres de milliers de Noirs, d’Indiens, de femmes, ainsi que le confinement dans des camps de concentration de millions de réfugiés et d’immigrants également, de même que l’élimination des vieillards inutiles pour l’économie d’entreprise. C’est cette guerre qui est, finalement, en préparation. Les nouvelles formes de guerre développées par le capitalisme après la fin de la Guerre froide sont des guerres nouvelles dirigées contre la grande masse des perdants de la globalisation. Le dispositif qui fait de ces événements des réalités apparemment distantes est l’état d’exception. C’est un ordre qui fonctionne sur le faux raisonnement selon lequel celui qui est exterminé aujourd’hui vous épargnera demain. L’impersonnalité de la logique appuie cette conclusion équivoque. Mais la loi qui déchire ces vies n’a rien à voir avec la subjectivité. Ce n’est pas un totalitarisme qui émane de l’ordre politique, mais une objectivation de l’économie d’entreprise qui est confirmée par l’État : ceux qui ne sont pas rentables pour le système doivent mourir.

La vie et l’avenir de l’humanité ne sont pas compatibles avec le capitalisme. Nous nous trouvons face à la crise avec ce dilemme : puisque rien ne sera plus comme avant, et qu’il n’y a pas d’avenir pour tout le monde, pourquoi devrions-nous rester les mêmes ?

58 - The self-abolition of the proletariat as the end of the capitalist world (Proletarios Revolucionarios) May 2nd, 2020, Malcontent Editions, May 2nd, 2020, traduction de La autoabolición del proletariado como el fin del mundo capitalista (o porqué la revuelta actual no se transforma en revolución), Proletarios Revolucionarios, 3 de abril de 2020. Diffusé par @ProleWave
toujours la même "dialectique" simpliste : « Therefore, the current and inexorable dilemma for humanity is: communism or extinction, revolution or death. »

57 - Agamben pandémique, quand le faux devient un moment du vrai, Nathan François blog Médiapart, 30 avril

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l'auteur n'y dit pas qu'il est l'animateur d'Agitations Autonomes, où ce texte n'est pas publié. Ô masque, quand tu nous tiens !

je partage certains points de cette critique, factuellement les "falsifications", mais pas la confusion et l'amalgame entre le concept d'État d'exception chez Agamben et l'état d'exception que serait « l’arbitraire juridique de l’échange de capitaux [? en quoi l'échange de capitaux relève-t-il du droit et non de l'économie politique ?], source de la crise ouverte en 2008 et jamais refermée en plus d’une décennie, crise dont nous vivons aujourd’hui un nouveau moment critique ». Ici, banale confusion entre état et État : « Le capital est, par définition, toujours état d’exception (plus ou moins latent), mesure de sa propre proportionnalité, proportionnalité de l’exploitation, de la vie comme travail et du meurtre. » Les approximations regorgent dans ce texte gauchiste, « Agamben parle un vocabulaire bourgeois » [pour un linguiste, pas plus que Nathan François, fils de bonne famille], « Son discours, aujourd'hui, se rapproche dangereusement de celui d'un André Comte-Sponville » [et pourquoi pas Cynthia Fleury ?], et tare suprême, « il reprenait à son compte les analyses du virologue Didier Raoult, aujoud'hui très discutées, débattues, et souvent rejetées car faisant montre d'une importante déficience méthodologique ». C'est ce que dit aussi le ministre de la santé Olivier Véran : dont "se rapproche dangereusement" Agitations autonomes ? J'avais déjà relevé cette tendance, chez les puristes de la "méthode scientifique", à refuser le réel, quand il ne marche pas comme ils veulent, leur "déficience" théorique est pratique, ils se ressemblent tous, de la recherche à la "théorie radicale"

Nathan François est par ailleurs le traducteur de "Notes sur la poésie militante", « d'un formidable essai de Sean Bonney, à lire de toute urgence » , dit-il sur son facebook. Le gauchisme esthétique dans toute sa splendeur, un néo-jdadovisme d'ultra-gauche qui enchante ses potes Carbure, Prada-Meinhof, le magazine Commune, et constitue aujourd'hui la référence poétique suprême pour la small bande des twitto-communisateurs, car ces "révolutionnaires" de papier ont déjà leur poète officiel. On parlait jadis des "travers petit-bourgeois dans les rangs du Parti"...

56 - Struggles in a Pandemic, Workers Inquiry Network, PDF, 1er mai
TEXTES CRITIQUES dans la conjoncture pandémique Struggle-ina-pandemic-cover-2
- AnkerMag: A snapshot from Belgium
- Plateforme d’enquêtes militantes : Between the offensive of capital and the development of labour antagonisms in France
- ACTA : Nous sommes en guerre! The hardening of the class struggle in France at the time of the coronavirus
- Into the Black Box and Officina Primo Maggio: Strikes and ‘invisible’ mobilizations in the Italian pandemic
- Notes from Below: The tensions of a pandemic in the UK
- Robert Ovetz: The Working Class Pandemic in the US
- Invisíveis Goiânia: The Call of Death Saga in Brazil
- Sergio Bologna: The ‘Long Autumn’: workers’ struggles in the 1970s

55 - Spécial coronavirus 15 avec Saïd Bouamama – Banlieues en France : doublement victimes du virus et de la police, Investig'actions, 21 avril
Macron s’en prend aux jeunes qui « n’obéissent pas » au confinement ? Son discours cache-t-il ses propres manques, sa véritable stratégie et ses objectifs pour « l’après » ? Les jeunes des quartiers populaires servent-ils une fois encore de boucs émissaires ? Déjà cinq morts par répression policière en France, un en Belgique. Quelles sont et seront les conséquences psychologiques ? Saïd Bouamama, sociologue vivant à Lille, a publié plusieurs livres sur l’immigration et les jeunes. Il est aussi co-auteur de La Gauche et la Guerre, analyse de la capitulation d’une certaine gauche radicale face aux guerres de la France et de l’Otan



[size=1854]- Rebond ou plongeon ? Michel Husson, Alencontre, 29 avril [/size]
« Tout ce qui était solide et stable est ébranlé, tout ce qui était sacré est profané; et les hommes sont forcés d’envisager leurs conditions d’existence et leurs relations réciproques avec des yeux dégrisés. » Marx/Engels, Le Manifeste
Cette crise combine une crise sanitaire et une crise économique à l’échelle mondiale. L’interactiontre ces deux dimensions de la crise risque donc de déclencher un cycle spécifique alternant freinages et redémarrages et s’inscrivant dans une trajectoire récessive.
- Le difficile réglage du dé-confinement
- Les allers et retours du virus à l’échelle mondiale
- Les effets rebond
- La fable de l’épargne forcée
- Rebond, vous avez dit rebond ?
- Le capitalisme ébranlé
l’économie peut retrouver à peu près la tendance antérieure à la crise, mais à un niveau inférieur

53 - Géopolitique. L’influence de l’Occident mise à mal par l'épidémie, Courrier International, 29 avril, traduit de Britain should brace itself for a new world order after coronavirus, John Keiger, 12 avril
Il sera plus dur pour les États-Unis, le Royaume-Uni et la France de donner le ton à l’international, prédit ce professeur de Cambridge, alors que la pandémie a exposé les failles de leurs systèmes politiques et sanitaires. En cette ère de l’information, ce qui importe, ce n’est pas de savoir “quelle armée gagne, mais quel récit gagne”.

"Lorsque cette pandémie sera terminée, la capacité des États-Unis à gérer une crise aura pris un coup et avec elle sa crédibilité. La Grande-Bretagne et la France auront également souffert. Mais surtout, la perception internationale de longue date de la supériorité des services de santé occidentaux et l’efficacité du gouvernement démocratique aussi. Un élément de la puissance douce de l’Occident aura perdu sa puissance.
[...]
Les États-Unis d’Amérique, eux aussi, ont laissé une image détériorée de la grande puissance la plus riche et la plus développée. Cela pourrait bientôt hâter un monde post-américain, tout comme le début du XXe siècle a vu un monde post-britannique ou le 19ème siècle un monde post-France.

C’est là que les choses se situent aujourd’hui, et nous n’avons même pas commencé à voir comment les États réussiront à faire surface à partir de la pandémie. Le succès, ou son absence, aura des conséquences encore plus importantes pour le pouvoir futur des États, non pas en termes de puissance douce, mais la puissance dure de l’économie d’une nation. Ce sera le vrai test qui conditionnera le réalignement des grandes puissances du monde. Et ce qui est effrayant, c’est que l’histoire suggère que lorsque le réalignement des grandes puissances a lieu, les guerres suivent."

si l'on doit lire absolument ce qui ne pisse pas loin :
52 - Alain Damasio : « Pour le déconfinement, je rêve d’un carnaval des fous, qui renverse nos rois de pacotille », Reporterre, 28 avril. J'avais déjà épinglé ce Best Seller de la French SF adulé de lundimatin
- Relevé de notes sur les temps de crise sanitaire, Jacques Wajnsztejn, Temps Critiques, 24 avril. Le pandémique n'a pas cassé les briques de Temps Critiques

51 - Cross-Border Feminist Manifesto, Emerging from the Pandemic Together, April 20, 2020

Nous appelons tous ceux qui rejettent la violence patriarcale, exploitrice, coloniale et raciste à se mobiliser et à s’unir pour enrichir et renforcer la lutte féministe mondiale, parce que si nous nous unissons, nous pouvons non seulement sortir de la pandémie, mais nous pouvons tout changer.
ALAMES (Ecuador); Associació stop violències (Andorra); Bibi Ni una menos – Soriano (Uruguay); Cabildo de mujeres (Ecuador); Creando Juntas (Ecuador); Collecti.e.f 8 maars (Belgium); Coordinadora Feminista 8M (Chile); Democracia Socialista (Argentina); Desmadres (Uruguay); Disidentes Violetas (Ecuador); Feministas Autónomas (Bolivia); Feministas con voz de maíz (Mexico); Feministas en Holanda (Holland); Grupos Regionales de la Red para una Huelga Feminista en Alemania (Stuttgart, Berlin, Augsburg, Frankfurt/Main, “Gemeinsam kämpfen”, Leipzig); International Women’s Strike (United States) Luna Creciente (Ecuador); Minervas (Uruguay); Movimiento de Mujeres de Kurdistán en America Latina (Kurdistán); Nina Warmi (Ecuador); Ni Una Menos (Argentina); Non Una Di Meno (Italy); Opinión Socialista (Argentina); Parlamento Plurinacional de Mujeres y Feministas (Ecuador); Radical Women/Mujeres Radicals (Australia & United States); Red de feminismo populares y desde abajo (Uruguay); Revista Amazonas (Ecuador); Toutes en Grève (Francia); Unidad Latina en Acción (United States); International Group for Feminist Strike #14June (Switzerland).

50 - Leonardo Boff : « Le soin fait partie de l’essence même de l’être humain ». Du calvaire néo-libéral à une résurrection sociale-écologique. MO, 24 avril

49 - De virus illustribus. Crise du coronavirus et épuisement structurel du capitalisme, Sandrine Aumercier, Clément Homs, Anselm Jappe et Gabriel Zacarias (Extraits. Editions Crise & Critique, parution en août 2020).

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1. Le virus dans le contexte de la crise globale du capitalisme
2. Ce que n’est pas la crise du coronavirus
3. Le Grand confinement du capitalisme : le triomphe de l’État sur l’économie ?
4. Crisis in progress. Du lien interne entre crise du coronavirus, capital fictif et procès de crise fondamental
5. La vie qui peut être si peu : surveillance et survie augmentée
6. The future is uncertain and the end is always near (The Doors)
7. L’État et l’économie vont-ils lâcher leur proie ?
8. « Avalanche, veux-tu m’emporter dans ta chute ? » (Baudelaire)

48 - L’Afrique sous la menace d’une violente crise économique. Le Monde Afrique, 27 avril. Un article, pas un "texte", mais ce problème étant au cœur d'une pandémie économique et sociale plus grave dans le "Sud" que la pandémie sanitaire...

47 - Inde. La «guerre» contre le virus, celle contre les musulmans et la guerre de classes. Jeet Thayil, New York Review of Books, le 24 avril, Alencontre, 27 avril
la guerre, c'est comme le tango, il faut être deux... L'article ne parle que d'un, mais peu importe, la "lutte des classes" est dans le titre, menée par l'auteur

46 - Les évidences incomprises de la pandémie. Entretien avec Michalis Lianos lundimatin#240, 27 avril. Plus intéressant selon moi que la série de textes d'Agamben que publie lundimatin, tous sur le même registre un peu étroit

S’il s’agit d’aborder de façon prédictive la question de l’« après-pandémie », la plus grande probabilité est que nos sociétés continuent comme avant en absorbant progressivement les effets socioéconomiques de la période actuelle. Comme pour toute fluctuation conjoncturelle qui affecte des grands nombres, il y aura des ajustements, des opportunités et des effondrements, des gagnants et des perdants. L’impact sera probablement moins brutal pour les perdants des sociétés post-industrielles que pour ceux d’autres sociétés. Cependant, celles et ceux qui ne bénéficient pas d’un rapport structuré avec les protections sociales (ou du soutien bancaire pour les entrepreneurs et les artisans) se trouvent en grande difficulté et seront pour une partie importante très déstabilisé.e.s. Mais soyons sans illusions, ces personnes devront comme d’habitude survivre par leur propre force.

La probabilité d’un effondrement systémique par la voie de la violence est très faible, ne serait-ce que parce que les sociétés du ‘capitalisme démocratique’ n’engagent pas de guerres entre elles et ne génèrent pas de guerres civiles. Il nous faudrait donc une étape autoritaire assez marquée pour aboutir à une restructuration radicale par cette voie.

Reste la probabilité d’un changement important par une prise de conscience proprement politique, qui ira à la fois au-delà des strates les moins puissantes et au-delà de la palette de représentation électorale actuelle. Pour cela, il faudrait que les aspects sociopolitiques de notre monde – rendus aujourd’hui encore plus observables par la pandémie – puissent être intériorisés par une grande partie de la population, chose, encore une fois, improbable.
[...]
Je ne vois pas actuellement des discours critiques laissant penser qu’un éclaircissement émerge vers un changement systémique.
à vrai dire, moi non plus, ce qui revient à dire que la "conjoncture pandémique" n'est pas une "conjoncture révolutionnaire", ou seulement comme favorisant une restructuration du capitalisme

45 - El feminismo anticapitalista en tiempos de coronavirus. La Izquierda Diario, 23 de abril
Para profundizar los debates del seminario MARX RELOADED, en este tercer encuentro presentamos una conversación imperdible entre feministas anticapitalistas. Vidéo, avec Pastora Filigrana, Andrea d'Atri, Scilla di Pietro, Josefina Martínez

44 - Étienne Balibar : 3 entretiens
. La philosophie à l’épreuve de la pandémie, France Culture

- Une crise spirituelle
À l’intérieur de la crise sanitaire, il y a une crise économique et sociale en germe, déjà en train de se développer, sauf que ses effets les plus graves sont pour le moment suspendus. À l’intérieur de cette deuxième poupée russe s’en loge une troisième : je cherche le bon mot, j’hésite. Une crise des valeurs, morale, très profonde, une crise de civilisation. Parfois je me dis que c’est une crise spirituelle, dans le choix qui va se présenter dans des termes radicaux, peut-être violents, entre plusieurs systèmes de valeurs, qui impliquent une représentation de la communauté, une conception de la mort dans la vie, et finalement une conception de ce qu’est l’humanité.
- La pandémie révèle les exclusions et même, à la marge, des processus d’élimination sociale
- L'urgence : réinventer la conception de l'Etat

celle de Gramsci : celle qui n’est pas centrée sur la souveraineté mais sur toutes les fonctions d’organisation et de hiérarchisation à l’intérieur de la société. Et il faut savoir si toute la vie sociale doit être quadrillée par des administrations de type étatiques, même quand il s’agit de remplir des fonctions d’intérêt public indispensables... J’appartiens non pas à l’idée que nous pourrions nous passer d’Etat du jour au lendemain comme par enchantement, mais à l’idée qu’il y a d’autres capacités d’initiatives, de solidarités, d’interactions collectives que celles qui sont encadrées par la machine de l’Etat.  
. Nous ne sommes égaux ni devant le risque ni devant les mesures prises pour le conjurer. Le Monde, 23 avril
. Les choses ne font peut-être que commencer, Les Inrocks, 10 avril


43 - David Harvey: We Need a Collective Response to the Collective Dilemma of Coronavirus, Jacobin.mag 25 avril. The crisis triggered by the COVID-19 pandemic is an opportunity for us to think again about Marx’s idea of human freedom. As David Harvey writes in Jacobin, emergency steps to get through the crisis also show us how we could build a different society that’s not beholden to capital.

- Le «Sud» négligé. Mensonges, pauvreté et répression. Alencontre, 19 avril pour rééquilibrer une vision qui pourrait être trop occidentalo-centrée, le point de vue de l'Iranienne Yassamine Mather, auteure en 2017 de Women And The Social Revolution

42 - François Bourguignon : "Nous n'avions jamais vécu une crise simultanée de l'offre et de la demande, France Culture, 21 avril. Commentaire précédent

41 - ENDNOTES NO.5: A MELANCHOLIC GOODBYE TO NEOLIBERALISM AND THE ERA OF ‘COMMUNISATION’, angryworkers, April 20, 2020. Avec cette publication de l'éditorial un an après la parution payante en juin 2019, on en sait enfin un peu plus sur le contenu de Endnotes n°5[/i]

These are very general and unsystematic thoughts after having read ‘Endnotes no.5 – The Passions and the Interests’. Reading it in the midst of the Corona lockdown was the optimal surrounding, as it gives you the required time and gets you in the right headspace (i.e. the feeling of atomisation and imminent doom! – only joking! Well, kinda…)
un article intitulé ‘Revolutionary Motives’ adresse des critiques à la théorie de la communisation, à laquelle la revue participait dans Sic jusqu'en 2013 : elle ne serait pas assez concrète, et n'envisagerait pas assez les "conséquences organisationnelles"... C'est peut-être vrai mais cocasse à lire dans cette revue dont le contenu est resté confidentiel pendant près d'un an (pour qui ne veut pas plus payer la littérature "révolutionnaire que des médias "bourgeois", j'en suis)
the fact that we already have knowledge about these structural challenges allows us, and compels us, to develop our theoretical work further than what ‘communisation theory’ permits revolutionary theory to be: an immediate tool for struggles. While I would always defend this humbleness against any leftist wannabe vanguardism (transitional demands etc.), I think we have to go further once we are amongst ourselves. We know about the enormous challenge in undermining the material, ideological etc. division between intellectual and manual labour, urban and rural labour etc. We can envisage these main chasms that will open in future class movements – not because the struggle might go this way or that way, but because the material world is structured and imposed on the class and onto the productive arteries that, once cut for more than a few days, will lead to mass starvation and counter-revolution. It is intellectually disingenuous and lazy to avoid the problem of both ‘organic vanguard’ of the class (and the challenge to socialise this vanguard position) determined by the structure of the social production process and the organisational consequences this has for us.

40 - LE DESPOTISME OCCIDENTAL - GIANFRANCO SANGUINETTI : « Cela explique pourquoi la stratégie de réponse à la pandémie est avant tout une stratégie de contre-insurrection. » lundimatin#239, 20 avril. Mon commentaire plus haut : LE SITUATIONNISME OCCIDENTAL

39 - Covid-19. Trois scénarios pour explorer le champ des possibles à l’horizon de la sortie de crise (I) et scénarios 2 et 3, Alain Bihr, Alencontre, 18 avril

comme un écho à XX. CETTE CRISE EST BIEN PLUS "MONDIALE" ET PROFONDE, et MULTIDIMENSIONNELLE..., 4 avril
La crise déclenchée par la pandémie de Covid-19 présente un caractère doublement global : elle est à la fois mondiale et multidimensionnelle (non seulement sanitaire mais aussi économique, sociale, politique, idéologique, psychique, etc.).
la reproduction de la force sociale de travail (indispensable à la valorisation du capital) reste toujours et encore l’affaire des États-nations, tant dans leurs instances centrales que dans leurs instances décentralisées (régions, métropoles, communes, etc.). C’est ce qui justifie de parler non pas de « mondialisation » ou de « globalisation » mais plus justement de transnationalisation du capitalisme.
Cette division du travail reproductif du capital, qui semble fonctionnelle et qui l’est dans le cours ordinaire de la reproduction, manifeste au contraire dans les conditions actuelles la contradiction potentielle sur laquelle elle repose : celle entre un espace de reproduction immédiate du capital aux dimensions planétaires tandis que les appareils assurant la (re)production de ses conditions sociales générales restent dimensionnés et normés à l’échelle nationale
- Scénario 1 : la reprise et la poursuite du business as usual néolibéral
- Scénario 2 : un tournant néo-social-démocrate

si un Green New Deal est en mesure d’atténuer les effets écologiquement désastreux de la poursuite d’une accumulation du capital débridée, de freiner par conséquent la dynamique de la catastrophe écologique globale engendrée par cette dernière, il est parfaitement incapable de résoudre la contradiction entre la nécessaire reproduction élargie du capital (son accumulation), qui ne connaît pas de limite, et les limites de l’écosystème planétaire. Pour le dire autrement et plus simplement, il peut y avoir des capitaux verts mais pas de capitalisme vert [42]. Sous ce rapport aussi, le capitalisme a sans doute atteint ses limites et le réformisme avec lui. Et, s’il devait se produire, le tournant néo-social-démocrate aurait de ce fait toute chance de nous engager dans une impasse à moyen terme.
- Scénario 3: ouvrir des brèches en vue d’une rupture révolutionnaire... a priori plus improbable encore que le précédent

38 -  Quoi qu’il en coûte Le virus, l’État et nous, DDT21, Tristan Leoni & Céline Alkamar, 17 avril
une texte plutôt bon, bien que limité à la France

- État stratège ou débordé ?
- Vers la dictature ?
- Viva la muerte !… y la libertad
- S’auto-organiser est-ce aider l’État ?
un certain nombre de [bonnes] questions, notamment relatives à l’intervention, par exemple : toutes les situations sont-elles propices à l’insurrection ? toutes les périodes de crise ou, du moins, de crise de l’État, favorisent-elles l’auto-organisation des prolétaires ? Mais, surtout, le sort du prolétariat, de l’humanité ou de la planète dépend-il réellement de ce genre de questions ?
À l’heure où nous écrivons ces lignes, au-delà de leur faiblesse, et contrairement à la période des Gilets jaunes, le principal obstacle à l’action des militants est qu’il n’y a aucun mouvement de révolte ou de résistance à rallier.

- De la résistance des prolétaires
- Fantasmes autour des « banlieues »
- Et demain ?

37 - Interview de Mike Davis par Joshua Clover, vidéo, 16 avril
Mike Davis discute de la façon dont la pandémie est en train de remodeler l’ordre international, alors que les États-Unis cèdent le leadership humanitaire mondial à la Chine et que l’Union européenne échoue au test de l’entraide. Ne voulant pas l'imposer à ma lectorate, j'ai enlevé l'image de la vidéo avec la tronche du bobo Joshua Clover, ce censeur de mézigues, pouah !

- Après le confinement... Cercle Marx, 6 avril. Une sorte de Manifeste néo-post-situ. Texte intégral dans le commentaire précédent

36 - Crisis Maneuvers Viewpoint, Andrew Anastasi April 15, 2020

Andrew Anastasi is a member of the Viewpoint editorial collective. He is the editor and translator of The Weapon of Organization: Mario Tronti’s Political Revolution in Marxism (Common Notions, 2020).
- Which Crisis?
- Political Crisis
- Crises in the Time of Coronavirus
- The Organic Aspects of Crisis
- Ideological Struggle
- Practice and Provocation

35 - CONJONCTURE ÉPIDÉMIQUE, crise écologique, crise économique et communisation,
FD, dndf, 17 avril. Le texte complet avec mes commentaires est dans ÉCOLOGIE, CAPITAL et CORONAVIRUS

une texte "historique" et refondateur de la théorie de la communisation, une première ( (après ma rupture avec ce milieu, puisque ma tentative en 2014 pour que la dimension écologique soit intégrée à la théorie de la communisation avait échoué)). Il crève un abcès de plusieurs années. Idée centrale : avec "la crise écologique à la fois globale et permanente" "apparue dans les années 1970 et 1980, crise non surmontable dans les limites de la reproduction élargie du capital", "la lutte de classe du prolétariat est désormais surdéterminée aussi par le fait que la reproduction du capital menace la reproduction de la vie humaine" avec "en même temps une aggravation constante de la dégradation du milieu naturel vivant". Bien des points communs, y compris sa critique à Camatte. On y retrouve l'impossibilité du 'capitalisme vert' autrement qu'en tant qu'idéologie et, comme idéologie, sa possibilité "dans une restructuration supérieure du rapport, intégrant mieux le discours écologiste à prétention radicale, comme reste possible une rupture communisatrice dans et contre cette restructuration que la classe capitaliste va tenter d’imposer". Autant dire qu'il y a là de quoi secouer le landerneau. Je pariais avec ironie avant la sortie de TC26 sur un TC27 autour de la question écologique, on y est presque, bien que FD ne soit pas de TC. J'aurais carburé vainement, mais pas inutilement*

« XXXIII. Le même Sardou dit aussi: «Vainement est relatif au sujet; en vain est relatif à l'objet; inutilement, c'est sans utilité pour personne.» On dit aussi que quelqu’un a travaillé vainement , lorsqu’il n’est pas récompensé de son travail, ou que ce travail n’est pas agréé ; car dans ce cas le travailleur a perdu son temps et sa peine, sans préjuger aucunement la valeur de son travail, qui peut d’ailleurs être fort bon. »  Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, avril 1988

34 - Premières remarques sur la crise ouverte par la pandémie, 4 – La réorganisation économique et géopolitique, Lieux Communs, 16 avril
signalé puisque j'avais commencé, mais confirmation, pas de quoi fouetter le virus, le capital moins encore. Ce texte comprend La crise économique, Disponibilité de l’énergie pétrolière, Relocalisation à grande échelle ? Basculement des équilibres géopolitiques. Pis qu'en lieux communs, la chute s'effondre en platitudes : « la volonté et les désirs profonds des populations, en dernière analyse, orienteront le cours de l’histoire. »

33 - Déconfinement sélectif et expérimentations sanitaires : la colère et le dégoût, Blog Carbure 16 avril
ma réaction : Non, ce ne sont pas les seuls prolos qui doivent retourner au boulot, même s'ils en subiront davantage les conséquences :  50 millions de personnes (chiffres du président du Conseil scientifique devant le Sénat), voilà qui n'a rien de très "sélectif", même si c'est annoncé comme "progressif"...

32 - Qu'est-ce qui nous arrive ?, Jérôme Baschet, lundimatin, 13 avril : « Il n’est sans doute pas faux de dire que le Covid-19 est une maladie du Capitalocène et qu’il nous fait entrer de plain-pied dans le XXIe siècle. Pour la première fois sans doute, il nous fait éprouver de façon tangible la véritable ampleur des catastrophes globales des temps à venir. »

31 - Armées confucéennes et hordes européennes. Je vous écris de la chambre 541 de l'hôpital de Hanoï... Jean-Noël Poirier, ancien ambassadeur de France au Vietnam, guéri du COVID-19, Causeur, 15 avril. Pour méditer sur la liberté assimilée à l'individualisme

30 - La crise post-pandémique, Michael Roberts, 13 avril via Anti-K

Peut-être que la profondeur et la portée même de cette crise pandémique créeront des conditions où les valeurs du capital seront tellement dévaluées par les faillites, les fermetures et les licenciements que les sociétés capitalistes faibles seront liquidées et que les entreprises technologiquement plus performantes prendront le relais dans un environnement de rentabilité plus élevée. Ce serait le cycle classique de boom, de marasme et de boom que la théorie marxiste suggère.
L’ancien chef du FMI et aspirant à la présidence française, l’infâme Dominique Strauss-Kahn, fait allusion à ceci : « La crise économique, en détruisant le capital, peut fournir une issue. Les opportunités d’investissement créées par l’effondrement d’une partie de l’appareil de production, comme l’effet sur les prix des mesures de soutien, peuvent relancer le processus de destruction créatrice décrit par Schumpeter. »
Malgré l’ampleur de cette crise pandémique, je ne suis pas sûr qu’une destruction suffisante du capital aura lieu, d’autant plus qu’une grande partie du financement du sauvetage va permettre aux entreprises, pas aux ménages, de continuer. Pour cette raison, je m’attends à ce que la fin des blocages n’entraîne pas de reprise en V [forte baisse suivie d'un gros rebond derrière, la courbe des cours formant un "V"] ni même de retour à la «normale» (des dix dernières années).

29 - Covid-19 and the crisis of informal labour in India. CLB, China Labour Bulletin, 13 Avril

28 - El Covid-19 ha generado mucho “tiempo libre” para los trabajadores, ¿pero es éste un “tiempo libre” pleno, humano? ¿Cómo podríamos crear éste? J.G.F. Héctor, Praxis in América Latina, via Ana C. Dinerstein
Covid-19 a généré beaucoup de «temps libre» pour les travailleurs, mais est-ce un plein, humain « temps libre » ? Comment pourrions-nous créer celui-ci ?. Sous-titres :

- Dans le capitalisme, les travailleurs sont toujours en danger
- le Capital vs l'Humanité
- "La mesure de la richesse, c’est le temps libre", Marx, Grundrisse

- En quoi aujourd'hui diffère d'hier, Patrick Boucheron, historien, interview par Joseph Confavreux, Médiapart, 12 avril

27 - Les humains doivent cesser de "mépriser" la nature, avertit Jane Goodall, AFP, 11 avril

26 - Governance and Social Conflict in a Time of Pandemic, Cinzia Arruzza and Felice Mometti, Viewpoint, 10 avril

25 - Corona-crise : le krach à venir
Tomasz Konicz, 26 mars, via Palim Psao, Critique de la valeur, 9 Avril

24 - Distanciation sociale, à partir d'Elias Canetti, Giorgio Agamben, 6 avril, lundimatin, 13 avril

23 - Espérons de garder ce que cette crise a de positif !, Anselm Jappe, France Culture, 6 avril

22 - Le COVID-19 et les circuits du capital, Rob Wallace et Collectif 1er avril, traduction Agitations, 4 avril

- Hors de contrôle : crise, Covid-19 et capitalisme en Afrique
Femi Aborisade, Heike Becker, Didier Kiendrebeogo, Gacheke Gachihi, Lena Anyuolo et Tafadzwa Choto
Traduit par Thierry Labica. Contretemps, 3 avril


21 - Coronavirus, croissance de l’Etat, crise de reproduction, lacanaille, fin mars, discussion chez dndf

20 - Le coronavirus et l'effondrement de la modernisation, Roswitha Scholz et Herbert Böttcher, fin mars via Palim Psao, Critique de la valeur

19 - Brèves observations sur les revenus sociaux de quarantaine, Bruno Lamas, 31 mars, Palim Psao 1er avril. Traduction du portugais par Hasdrubal Barca

17 - Coronavirus, un saut de l’ange existentiel et politique, Quentin Hardy, Terrestres, 31 mars

16 - Economie. Le néo-libéralisme contaminé. Michel Husson, Alencontre, 31 mars

La nouveauté de la situation actuelle réside dans la mécanique infernale qui s’est enclenchée. En 2008, c’est la sphère financière qui avait allumé la mèche, en se transmettant à la sphère productive. Aujourd’hui, c’est l’inverse : l’activité économique est en partie à l’arrêt et ce freinage brutal revient, tel un boomerang, impacter la finance; et cette implosion de la finance va venir en retour aggraver la récession.
- L’effondrement de la pyramide financière
- Le massacre de l’appareil productif
- La zone euro «éparpillée façon puzzle» ?
- Les émergents dans l’œil du cyclone ?

15 - Compilation de textes communistes dans une perspective communiste non autoritaire,
Max Haiven, David Harvey, Abahlali base Mjondolo Press Statement, Raoul Vaneigem, Luis M. Bardamu, lundimatin, Pierre Dardot y Christian Laval, Anastasia Berg, Evade Chile, Santiago López Petit, Comité Clandestino Revolucionario Indígena-Comandancia General del Ejército Zapatista de Liberación Nacional

14 - A war economy? Michael Roberts, 30 mars

13 - Le COVID-19 met en lumière la crise du capitalisme et montre l’urgence d’une nouvelle société humaine, J.G.F. Héctor, traduction Adé

12 - Coronavirus, Capitalisme & Crise économique (VOSTFR) - Michael Roberts et Joseph Choonara, auteur de "A Reader's guide to Capital", vidéo, le 29 mars 2020

11 - Premières remarques sur la crise ouverte par la pandémie, Lieux Communs, 27 mars

10 - Sur la situation épidémique, Alain Badiou, Quartier Général, 26 mars. Badiou dit ici bien des choses que je partage, notamment sur le tremblement surtout occidental, ou la jouissance malsaine des gauchistes, mais il sous-estime comme d'hab' les conséquences économiques et sociales, et par suite politiques dans l'après

9 - TPTG : “Rapport sur la réalité dystopique du corona-virus en Grèce” (milieu communisateur), traduction dndf, 23 mars

8 - Quelle politique anticapitaliste à l'ère du coronavirus ?, David Harvey, géographe, jacobinmag.com 20 mars

7 - Covid-19 et au-delà, Il Lato Cattivo, traduction via dndf, mars 2020

6 - Face au coronavirus, les femmes davantage en première ligne que les hommes, Rachel Knaebel, Bastamag, 16 mars

5 - Philosophie des sciences, Aurélien Barrau, série de vidéos, depuis le 18 mars

4 - Lettre au sujet de la pandémie et du risque d 'extinction, Jacques Camatte, Invariance, 14 mars

3 - Capitalisme et coronavirus. Notes à propos de l'épidémie économique, Maurilio Lima Botelho, 7 mars, traduction Critique de la valeur

2 - Contagion sociale Guerre de classe microbiologique en Chine, Revue Chuang, 1er mars

1 - Nous sommes tous sur le même bateau, et son nom est Diamond Princess, Slavoj Žižek, 14 février


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Message par Florage le Ven 29 Mai - 8:54

suite, le message précédent, au-delà des 67 textes et articles recensés, dépassait le nombre de caractères autorisés. Je n'ai repris ou ajouté que les plus féconds, dans l'esprit d'une ample vue de la conjoncture épidémique, du point de vue de l'analyse historique, scientifique des rapports humanité-capital-vivant (nature). J'ai écarté les textes gauchistes, ultra-gauchistes et communisateurs, qui n'apportent strictement rien à cette réflexion, que leurs présupposés idéologiques et leur attente fossilisée de la révolution prolétarienne mondiale
TEXTES EN LIENS, 2
ces textes critiques n'engagent que leurs auteurs. Mon analyse suppose d'en lire le feuilleton, je ne peux en permanence la résumer :
I. THÉORIE RADICALE PAR TEMPS DE CORONAVIRUS
II. LES RAPPORTS HUMANITÉ-CAPITAL-NATURE et LA CONJONCTURE PANDÉMIQUE
III. CRITIQUE DE L'ÉCOLOGIE POLITIQUE
pour en accompagner la compréhension : ÉCOLOGIE, TEXTES UTILES, sciences, politiques, critiques...
- Penser et agir par temps de pandémie, Miguel Benasayag, UP Magazine, 10 avril 2020, particulièrement L’émergence d’une image partagée

- Crisis of a New Type, Salar Mohandesi, Viewpoint, 13 mai

The future looks bleak / L'avenir s'annonce sombre
- First Circle: Conjunctural Crisis of Coronavirus
- Second Circle: Organic Crisis of Neoliberalism
- Third Circle: Structural Crisis of Capitalist Social Reproduction
- Fourth Circle: Epochal Crisis of Planetary Life
- The Articulated Crisis
- Our Response

- l'abondance de textes en circulation risquant de noyer le bébé de notre réflexion actuelle dans les eaux troubles de la confusion, je renvoie aux textes sélectionnés dans CONTRE L'ANTHROPOCENTRISME... CAPITALISME & HUMANISME... Anthropocène vs Capitalocène ?

- MACRON II ÉCOLOGISTE, Jacques Fradin,  lundimatin#243, le 18 mai 2020
Notre meilleur économiste prévoit le tournant (sans changement et à venir) écologiste de Macron.

- Anthropologie du présent, avec Philippe Descola, Virginie Maris, Jacques Camatte...
les textes des autres ne valent que dans leur confrontation pour valider nos propres options théoriques

- « Le monde que nous avons créé est fortement menacé de destruction » alerte Glenn Albrecht, philosophe de l’environnement, 20 minutes, 12 mai
« Pour moi, le capitalisme est la pure représentation de cette domination de l’homme sur le reste de la nature. »

- Instauration du risque d'extinction, Jacques Camatte, Invariance, 30 avril 2020

un des textes les plus importants de la séquence historique "coronavirus", aboutissement d'un travail d'au moins 40 ans, pour ne parler que de la période totalement ignorée mais néanmoins conchiée par les infatués idéologues de la communisation. Y sont abordés pratiquement tous les thèmes sur lesquels se focalisent les critiques théoriques recensées ici, avec une rare et cohérente mise en perspective historique et scientifique depuis l'origine de l'humanité et de sa séparation d'avec la nature

- Marc Halévy : “Un monde en pleine mutation, Marc Halévy, L'inactuelle, Revue d'un monde qui vient, 9 janvier 2019. « Marc Halévy est physicien et philosophe, spécialisé dans les sciences de la complexité tant du point de vue théorique fondamental que du point de vue de leurs applications à l'économie et à la prospective. » (Wikipédia)
un texte de plus d'un an, publié sur un blog très loin de mes idées, mais utile pour se repérer à travers quelques idéologies en vogue. Prospective intéressante

Les crises politiques du monde occidental s’expliquent sans doute en partie par le changement de paradigme que nous sommes en train de traverser. Selon la belle formule de Gramsci, « le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». La modernité s’était érigée autour du culte du progrès, porté par l’essor impressionnant de la technique industrielle. Mais les ressources se raréfient et nous nous dirigeons peut-être vers une économie de la pauvreté. L’Etat-providence peine à exaucer les promesses de paradis terrestre qui avaient assuré son aura, lors des trente glorieuses notamment. Marc Halévy s’interroge sur les implications du nouveau paradigme en émergence et réfute quelques faux scénarios de sortie de crise, qui risquent selon lui d’aggraver le mal au lieu de l’atténuer.

- De quelques enseignements à ne pas oublier à l’heure d’un possible retour à l’anormal, Alain Bihr, Alencontre, 20mai
Dans ces conditions, le mouvement révolutionnaire doit désormais se présenter comme défendant non pas seulement les intérêts du prolétariat (qui constitue cependant d’ores et déjà la majeure partie de l’humanité contemporaine) mais, plus largement et plus radicalement, ceux de l’humanité tout entière, entendue à la fois en extension et en compréhension.

Mais une humanité dont la présente crise nous aura rappelé qu’elle n’est pas dans la nature comme « un empire dans un empire » (comme l’énonçait déjà Spinoza) mais qu’elle en est une partie intégrante et par conséquent dépendante, si bien que l’humanisme révolutionnaire doit aussi être un naturalisme accompli. Où l’on retrouve l’une des intuitions du jeune Marx :

Le communisme, abolition positive de la propriété privée (elle-même aliénation humaine de soi) et par conséquent appropriation réelle de l’essence humaine par l’homme et pour l’homme; donc retour total de l’homme pour soi en tant qu’homme social, c’est-à-dire humain, retour conscient et qui s’est opéré en conservant toute la richesse du développement antérieur. Ce communisme en tant que naturalisme achevé = humanisme, en tant qu’humanisme achevé = naturalisme; il est la vraie solution de l’antagonisme entre l’homme et la nature, entre l’homme et l’homme, la vraie solution de la lutte entre existence et essence, entre objectivation et affirmation de soi, entre liberté et nécessité, entre individu et genre. Il est l’énigme résolue de l’histoire et il se connaît comme cette solution.

- Validisme et darwinisme social à l’ère du coronavirus, Sortir du capitalisme. Audio 50 mn avec Benoit Bohy-Bunel
Une analyse matérialiste multidimensionnelle du validisme et du darwinisme social à l’ère du coronavirus et de sa gestion discriminatoire vis-à-vis des personnes ayant un handicap, des personnes âgées, des racisé-e-s et des prolétaires – avec Benoit Bohy-Bunel, professeur de philosophie, théoricien critique et militant de l’Union Communiste Libertaire (UCL), et auteur sur ce sujet de plusieurs articles.

- Une définition du validisme au sens strict comme système d’oppression et de discrimination des personnes en situation de handicap, du validisme au sens large comme pathologisation des personnes opprimées et du darwinisme social comme légitimation de l’élimination structurelle (laissez-faire libéral) ou même active (eugénisme négatif : stérilisations forcées et/ou élimination physique) de ces deux catégories ;

- Une critique du darwinisme social de l’actuelle gestion de crise sanitaire, qui laisse s’exposer au coronavirus principalement des prolétaires (en-dehors du personnel médical) et qui est prêt au sacrifice des personnes âgées, migrantes, prisonnières, psychiatrisées ou sans abri, après avoir une prise des mesures de confinement uniquement au dernier moment pour des raisons économiques ;

- Une analyse critique du discours validiste des promoteurs de l’ « immunité collective » comme seule réponse au coronavirus au nom de l’économie et sa « santé » ;

- Une critique du confinement à deux vitesses, entre des prolétaires sur-exploité-es en télétravail et/ou confiné-e-s dans des espaces très restreints (donc davantage favorables à une contagion) et des cadres faisant du télé-travail depuis leur confortable domicile (sans parler d’une gestion policière très différenciée des autorisations de sortie des un-e-s et des autres) ;

- Un rappel de l’impératif de solidarité vis-à-vis des prolétaires du monde entier et des plus fragiles d’entre nous, contre l’impératif de croissance capitaliste et son darwinisme social et contre l’individualisme validiste d’une certaine extrême-gauche, et pour une "biopolitique" communiste libertaire et non un retour au keynésianisme et à son paternalisme autoritaire.

- Free to move, forced to move: The present state of the hukou system. Chuang, May 18. Libre de se déplacer, forcé de se déplacer : l’état actuel du système hukou. Transmis par @endnotesjournal. Texte important pour faire le point sur la capacité du capitalisme chinois de se développer de façon endogène, question qui était posée notamment par Bruno Astarian dans son livre Luttes de classes dans la Chine des réformes, 2009
- Histories and Trajectories
- Contemporary Hukou Policy
- Analysis

- Life Against Nature. The Goldberg Circle and the Search for a Non-Catastrophic Politics.
Mårten Björk,  Endnotes 5, 2019
La vie contre la nature. Le Cercle Goldberg et la recherche d’une politique non catastrophique. Endnotes annonce que les textes du n°5 sont maintenant accessibles en cliquant sur le titre. Bien qu'antérieur à la pandémie, je retiens celui-ci en raison de son sujet

Dans une première approche, l'importance exceptionnelle accordée aux effets pathologiques liés à l'infection par le coronavirus, apparaît comme un bon moyen pour masquer le phénomène essentiel en acte : la destruction de la nature et la remise en question du procès de vie organique sur terre. Il s'agit de la disparition de milliers d'espèces et de l'enraiement de ce dernier en acte depuis prés de quatre milliards d'années, conduisant à une immense extinction. Or la terre est un corps céleste exceptionnel et aucun autre semblable n'a été découvert à des milliers d'années-lumière. Comment l'espèce peut-elle escamoter un tel événement, si ce n'est à cause de sa folie, enfermement dans un devenir, une errance, devenant incapable d'imaginer autre chose, particulièrement une issue. Elle ne se préoccupe que d'elle-même ignorant que ce qu'elle subit est une conséquence de sa dynamique de séparation de la nature et de son inimitié1 tant interspécifique, qu’infraspécifique.

- Les évidences incomprises de la pandémie. Entretien avec Michalis Lianos lundimatin#240, 27 avril. Plus intéressant selon moi que la série de textes d'Agamben que publie lundimatin, tous sur le même registre un peu étroit
S’il s’agit d’aborder de façon prédictive la question de l’« après-pandémie », la plus grande probabilité est que nos sociétés continuent comme avant en absorbant progressivement les effets socioéconomiques de la période actuelle. Comme pour toute fluctuation conjoncturelle qui affecte des grands nombres, il y aura des ajustements, des opportunités et des effondrements, des gagnants et des perdants. L’impact sera probablement moins brutal pour les perdants des sociétés post-industrielles que pour ceux d’autres sociétés. Cependant, celles et ceux qui ne bénéficient pas d’un rapport structuré avec les protections sociales (ou du soutien bancaire pour les entrepreneurs et les artisans) se trouvent en grande difficulté et seront pour une partie importante très déstabilisé.e.s. Mais soyons sans illusions, ces personnes devront comme d’habitude survivre par leur propre force.

La probabilité d’un effondrement systémique par la voie de la violence est très faible, ne serait-ce que parce que les sociétés du ‘capitalisme démocratique’ n’engagent pas de guerres entre elles et ne génèrent pas de guerres civiles. Il nous faudrait donc une étape autoritaire assez marquée pour aboutir à une restructuration radicale par cette voie.

Reste la probabilité d’un changement important par une prise de conscience proprement politique, qui ira à la fois au-delà des strates les moins puissantes et au-delà de la palette de représentation électorale actuelle. Pour cela, il faudrait que les aspects sociopolitiques de notre monde – rendus aujourd’hui encore plus observables par la pandémie – puissent être intériorisés par une grande partie de la population, chose, encore une fois, improbable.
[...]
Je ne vois pas actuellement des discours critiques laissant penser qu’un éclaircissement émerge vers un changement systémique.

- Étienne Balibar : 3 entretiens
. La philosophie à l’épreuve de la pandémie, France Culture

- Une crise spirituelle
À l’intérieur de la crise sanitaire, il y a une crise économique et sociale en germe, déjà en train de se développer, sauf que ses effets les plus graves sont pour le moment suspendus. À l’intérieur de cette deuxième poupée russe s’en loge une troisième : je cherche le bon mot, j’hésite. Une crise des valeurs, morale, très profonde, une crise de civilisation. Parfois je me dis que c’est une crise spirituelle, dans le choix qui va se présenter dans des termes radicaux, peut-être violents, entre plusieurs systèmes de valeurs, qui impliquent une représentation de la communauté, une conception de la mort dans la vie, et finalement une conception de ce qu’est l’humanité.
- La pandémie révèle les exclusions et même, à la marge, des processus d’élimination sociale
- L'urgence : réinventer la conception de l'Etat

celle de Gramsci : celle qui n’est pas centrée sur la souveraineté mais sur toutes les fonctions d’organisation et de hiérarchisation à l’intérieur de la société. Et il faut savoir si toute la vie sociale doit être quadrillée par des administrations de type étatiques, même quand il s’agit de remplir des fonctions d’intérêt public indispensables... J’appartiens non pas à l’idée que nous pourrions nous passer d’Etat du jour au lendemain comme par enchantement, mais à l’idée qu’il y a d’autres capacités d’initiatives, de solidarités, d’interactions collectives que celles qui sont encadrées par la machine de l’Etat.  
. Nous ne sommes égaux ni devant le risque ni devant les mesures prises pour le conjurer. Le Monde, 23 avril
. Les choses ne font peut-être que commencer, Les Inrocks, 10 avril

- Le «Sud» négligé. Mensonges, pauvreté et répression. Alencontre, 19 avril pour rééquilibrer une vision qui pourrait être trop occidentalo-centrée, le point de vue de l'Iranienne Yassamine Mather, auteure en 2017 de Women And The Social Revolution

- Covid-19. Trois scénarios pour explorer le champ des possibles à l’horizon de la sortie de crise (I) et scénarios 2 et 3, Alain Bihr, Alencontre, 18 avril

comme un écho à XX. CETTE CRISE EST BIEN PLUS "MONDIALE" ET PROFONDE, et MULTIDIMENSIONNELLE..., 4 avril
La crise déclenchée par la pandémie de Covid-19 présente un caractère doublement global : elle est à la fois mondiale et multidimensionnelle (non seulement sanitaire mais aussi économique, sociale, politique, idéologique, psychique, etc.).
la reproduction de la force sociale de travail (indispensable à la valorisation du capital) reste toujours et encore l’affaire des États-nations, tant dans leurs instances centrales que dans leurs instances décentralisées (régions, métropoles, communes, etc.). C’est ce qui justifie de parler non pas de « mondialisation » ou de « globalisation » mais plus justement de transnationalisation du capitalisme.
Cette division du travail reproductif du capital, qui semble fonctionnelle et qui l’est dans le cours ordinaire de la reproduction, manifeste au contraire dans les conditions actuelles la contradiction potentielle sur laquelle elle repose : celle entre un espace de reproduction immédiate du capital aux dimensions planétaires tandis que les appareils assurant la (re)production de ses conditions sociales générales restent dimensionnés et normés à l’échelle nationale
- Scénario 1 : la reprise et la poursuite du business as usual néolibéral
- Scénario 2 : un tournant néo-social-démocrate

si un Green New Deal est en mesure d’atténuer les effets écologiquement désastreux de la poursuite d’une accumulation du capital débridée, de freiner par conséquent la dynamique de la catastrophe écologique globale engendrée par cette dernière, il est parfaitement incapable de résoudre la contradiction entre la nécessaire reproduction élargie du capital (son accumulation), qui ne connaît pas de limite, et les limites de l’écosystème planétaire. Pour le dire autrement et plus simplement, il peut y avoir des capitaux verts mais pas de capitalisme vert [42]. Sous ce rapport aussi, le capitalisme a sans doute atteint ses limites et le réformisme avec lui. Et, s’il devait se produire, le tournant néo-social-démocrate aurait de ce fait toute chance de nous engager dans une impasse à moyen terme.
- Scénario 3: ouvrir des brèches en vue d’une rupture révolutionnaire... a priori plus improbable encore que le précédent

-  Quoi qu’il en coûte Le virus, l’État et nous, DDT21, Tristan Leoni & Céline Alkamar, 17 avril
bien que limité à la France, un texte plutôt bon à usage immédiat, pour "ne pas perdre la tête"

- État stratège ou débordé ?
- Vers la dictature ?
- Viva la muerte !… y la libertad
- S’auto-organiser est-ce aider l’État ?
un certain nombre de [bonnes] questions, notamment relatives à l’intervention, par exemple : toutes les situations sont-elles propices à l’insurrection ? toutes les périodes de crise ou, du moins, de crise de l’État, favorisent-elles l’auto-organisation des prolétaires ? Mais, surtout, le sort du prolétariat, de l’humanité ou de la planète dépend-il réellement de ce genre de questions ?
À l’heure où nous écrivons ces lignes, au-delà de leur faiblesse, et contrairement à la période des Gilets jaunes, le principal obstacle à l’action des militants est qu’il n’y a aucun mouvement de révolte ou de résistance à rallier.

- De la résistance des prolétaires
- Fantasmes autour des « banlieues »
- Et demain ?

- Armées confucéennes et hordes européennes. Je vous écris de la chambre 541 de l'hôpital de Hanoï... Jean-Noël Poirier, ancien ambassadeur de France au Vietnam, guéri du COVID-19, Causeur, 15 avril. Pour méditer sur la liberté assimilée à l'individualisme

- Distanciation sociale, à partir d'Elias Canetti, Giorgio Agamben, 6 avril, lundimatin, 13 avril. Est-ce du fait de sa référence, cet article me semble échapper plus que les autres relayés par lundimatin à l'obsession de l'État d'exception, qui dirait tout sur le virus et surtout le mensonge qu'il cache selon Agamben

- En quoi aujourd'hui diffère d'hier, Patrick Boucheron, historien, interview par Joseph Confavreux, Médiapart, 12 avril

- Coronavirus, un saut de l’ange existentiel et politique, Quentin Hardy, Terrestres, 31 mars

- Sur la situation épidémique, Alain Badiou, Quartier Général, 26 mars. Badiou dit ici bien des choses que je partage, notamment sur le tremblement surtout occidental, ou la jouissance malsaine des gauchistes, mais il sous-estime comme d'hab' les conséquences économiques et sociales, et par suite politiques dans l'après

- Philosophie des sciences, Aurélien Barrau, série de vidéos, depuis le 18 mars

- Lettre au sujet de la pandémie et du risque d 'extinction, Jacques Camatte, Invariance, 14 mars

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