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LA CRISE QUI VIENT

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LA CRISE QUI VIENT

Message par Patlotch le Lun 22 Oct - 16:53

la crise vient toujours à point pour qui sait attendre. Le meilleur moyen de passer pour un voyant est de l'annoncer tous les jours. Nan,  j'déconne... Mais n'oubliez pas : la crise du capital ne produit pas nécessairement la révolution (cf la contemplation marxiste de la crise)

« C’est la pire bulle spéculative sur les marchés depuis 1929 et elle va exploser »
Fabien Buzzanca Sputnik 19 septembre 2018


©️ AP Photo / Richard Drew
(les Ruskofs nous refilent une photo de la tragédie pour les Amerloques,
c'est de bonne guerre, mais je ne vois ce qui les en préserverait)

De nombreux observateurs, dont le célèbre économiste Nouriel Roubini pointent les risques de plus en plus importants d’une nouvelle crise économique majeure. Sylvie Matelly, directrice adjointe de l’IRIS et Philippe Béchade, président des Éconoclastes, nous ont aidés à analyser les nuages noirs qui s’amoncellent au-dessus de l’économie mondiale.

« Il y a un certain nombre de facteurs aujourd'hui qui fragilisent le système financier et qui peuvent laisser penser qu'une nouvelle crise va arriver. »

Sylvie Matelly, économiste et directrice adjointe de l'IRIS, n'est pas rassurée par les indicateurs économiques mondiaux. Comme elle, une multitude d'experts soulignent les similitudes entre le contexte actuel et celui qui a précédé la crise financière majeure de 2008. C'est cette année-là, dans la ville de New York, que le 15 septembre à 01 h 45 la banque Lehman Brothers déposait le bilan en laissant une dette de 691 milliards de dollars et 25.000 employés sur le carreau. Cet événement mettait un point d'orgue à la crise des Subprimes et plongeait le monde dans la pire tempête économique depuis les années 30.

Début 2007, la multiplication des défauts de paiement sur des prêts hypothécaires à risque n'était que le commencement d'un gigantesque effondrement, qui a mené tout droit vers la faillite de la grande banque new-yorkaise. « On n'a rien vu venir ! », lançait alors un employé du groupe à Londres.

Pourtant, certains l'avaient anticipé, Nouriel Roubini en tête. Cet économiste réputé pour ses analyses et président de Roubini global economics avait prédit la crise des Subprimes dès 2006. «Il avait expliqué tout le déroulé des événements. Depuis cette date, on l'écoute avec attention. Quand il prévoit une crise, on s'inquiète et on a un petit peur», explique Sylvie Matelly.

Des gouvernements sans marge de manœuvre

Nouriel Roubini a récemment publié un article au titre évocateur chez nos confrères des Échos : « Les cinq ingrédients qui préparent la crise de 2020 ». Le docteur en économie voit un cocktail composé d'une note de récession globale, d'une touche de hausse des taux d'intérêt, d'un parfum de valorisations boursières excessives, d'un zeste de difficulté politique et d'impuissance des banques centrales en guise de rondelle de citron. Un cocktail dur à avaler, vous l'aurez compris. Sommes-nous vraiment dans la même situation qu'en 2007-2008, voire pire?

​Sylvie Matelly note des points communs et de nouveaux risques:

« Je pense au haut niveau d'endettement des États qui s'est renforcé après la crise de 2008, mais également à l'endettement des ménages qui est de plus en plus inquiétant. On a aussi des bulles spéculatives qui se sont formées, comme celle sur l'immobilier en Chine, la survalorisation des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et plus globalement sur certains marchés actions comme aux États-Unis. Ces risques d'éclatement fragilisent l'économie mondiale. De plus, les régulations de la finance mises en place après la crise de 2008 ont été insuffisantes pour limiter les risques. »

Infographie :  La dette des ménages, à chaque pays son style

Commençons par la remontée des taux. Pendant des années, plusieurs Banques centrales, celles des États-Unis, du Japon et la Banque Centrale Européenne (BCE) en tête, ont mené des politiques ultra-accommodantes afin de soutenir l'économie. Des taux très bas conjugués à des programmes de rachat d'actifs ont permis l'afflux de liquidité dans le système financier. Puis, la Réserve fédérale américaine a commencé a relever progressivement ses taux d'intérêts. Le 26 septembre, elle l'a fait pour la troisième fois de l'année avec une hausse d'un quart de point, pour les porter à une fourchette située en 2 et 2,25%. Avec une croissance de 4,1% au deuxième trimestre, l'économie américaine surchauffe. Et la Fed craint que l'inflation, toujours officiellement autour des 2%, ne dérape.

« La politique extrêmement favorable pour l'économie américaine mise en place par Donald Trump, notamment au niveau des allégements d'impôts, a créé un emballement qui appellera inévitablement à une réaction de la Réserve fédérale américaine. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il la critique si fortement. Si la FED durcit sa politique monétaire, c'est l'ensemble du secteur financier qui s'en trouvera fragilisée », note Sylvie Matelly.

Le locataire de la Maison-Blanche avait en effet peu goûté la décision du 26 septembre: « Malheureusement, ils viennent juste d'augmenter un peu les taux d'intérêt parce que nous (l'économie) nous portons bien. Je ne suis pas content. » Hausse des taux signifie augmentation du coût du crédit, moins de liquidités, dollar plus fort et donc exportations américaines plus chères. Mais ce n'est pas forcément le pire pour la directrice adjointe de l'Iris:

« Aux États-Unis, une augmentation des taux d'intérêt aura pour conséquence un ralentissement de la croissance économique. Mais ce n'est pas sûr que ce soit le plus inquiétant. Dans le contexte actuel, une telle décision rapatrierait un certain nombre de capitaux aux États-Unis du fait des risques limités. Il faut rappeler que les taux d'intérêts sont le loyer de l'argent. Vous allez où cela rapporte le plus avec le minimum de risques. Le problème, c'est que ces capitaux vont venir de pays très endettés. Dans le cas de l'Europe, cela pourrait créer des crises, mais la Banque centrale européenne et le mécanisme européen de stabilité pourrait intervenir. Mais dans des pays émergents comme le Brésil ou l'Argentine, la fuite de capitaux vers les États-Unis pourrait avoir des conséquences désastreuses pour leurs économies. »


Pour Philippe Béchade, président des Éconoclastes, la hausse des taux que l'on voit aux États-Unis est naturelle et fait partie d'une stratégie qui vise à se dégager des marges de manœuvre:

« On n'est pas encore dans des politiques de hausse des taux restrictives. La hausse des taux actuelle aux États-Unis est juste une normalisation. On se situe encore entre 2 et 2,25% face à une croissance de 4%. Et en Europe, la croissance est autour de 2% avec des taux proches de 0. Je pense que les banques centrales sont convaincues que l'on se dirige vers un ralentissement du cycle économique, avec ou sans hausse de taux. Elles souhaitent se ménager des marges de manœuvre, mais la situation risque fort d'être critique.

La Fed, même avec des taux à 2,25%, n'a pas de latitude suffisante pour qu'une baisse de ce taux ait un impact significatif sur l'économie. En Europe, c'est encore pire. La BCE ne les a pas encore montés et elle ne le fera probablement pas avant l'automne 2019. Si le cycle se retourne et que le marché se met à corriger, la BCE n'aura aucun instrument pour soutenir l'économie en cas de crise. »


C'est en substance l'avis de Nouriel Roubini qui, dans son article publié par Les Échos, décrit des gouvernements pieds et poings liés: « à la différence de 2008, époque à laquelle les gouvernements disposaient des outils politiques permettant d'empêcher une chute libre, les dirigeants qui affronteront la prochaine récession auront les mains liées, sachant par ailleurs que les niveaux globaux de dette sont supérieurs à ceux d'avant-crise. »

Tensions commerciales et trading à haute fréquence

Car comme le souligne Philippe Béchade, « l'éléphant dans le corridor reste la taille des dettes, qui sont à des niveaux bien au-delà de ceux qui étaient déjà jugés insupportables en 2008 ». La crise économique a vu l'endettement de nombreux États augmenter à vitesse grand V, de même que celui des ménages et du secteur privé. D'après le FMI, la dette mondiale a atteint un record de 164.000 milliards de dollars en 2016. Cela représente 225% du PIB de la planète.  

« Aujourd'hui, la seule raison pour laquelle on juge que la dette est tolérable est à chercher du côté de raisonnement du type : "Il y a 4% de croissance aux États-Unis, donc ils peuvent faire face à un déficit de 3%". C'est un calcul totalement basique. Le problème c'est que l'accroissement de la dette américaine est en fait beaucoup plus rapide que ces 3%. En Europe, on n'a pas non plus réussi à se désendetter, hormis l'Allemagne. Si les taux montent et qu'il n'y a pas de croissance pour compenser cela, on va droit dans le mur », avertit Philippe Béchade.

Le fait que les Banques centrales coupent progressivement les vivres pourrait avoir un autre effet désastreux: un krach des marchés actions. Les politiques ultra-accommodantes ont eu pour conséquence de faire grimper les marchés financiers à des niveaux prodigieux. À New York, les indices Dow Jones et S&P 500 battent record sur record depuis l'élection de Donald Trump. Privés de leur carburant, ils pourraient sérieusement dévisser… et la bulle imploser.

« C'est la plus phénoménale bulle spéculative qu'on a connue depuis 1929. Et elle va forcément exploser. Comme le souligne l'économiste en chef d'Allianz, Mohamed Aly El-Erian, la question est de savoir comment la correction ne s'est encore produite. Cela fait depuis 2015 que les niveaux atteints par les marchés sont délirants. Arrive là-dessus Donald Trump qui crée un nouvel emballement de la croissance avec un choc fiscal et qui tend encore plus le ressort », s'alarme Philippe Béchade.

Autre avis de tempête sur l'économie mondiale: la guerre commerciale. La rhétorique protectionniste de Donald Trump l'a mis en position de confrontation avec l'Union européenne, mais surtout avec la Chine.

« Les tensions commerciales peuvent impacter la croissance mondiale, car elles vont ralentir le commerce international. À partir du moment où vous imposez des droits de douane sur des produits, vous les rendez plus chers et donc vous en limitez les échanges. Or le commerce international est un élément clef de la croissance économique partout dans le monde », souligne Sylvie Matelly.

Encore plus quand les deux premières économiques mondiales s'affrontent. Les milliards de dollars d'augmentation des tarifs douaniers que s'imposent réciproquement les États-Unis et la Chine ont tout de la dangereuse escalade. Les invectives sortent du domaine du commerce. Le vice-président américain Mike Pence a récemment accusé Pékin d'ingérence dans les élections américaines. Des déclarations qualifiées d'«injustifiées» et de «ridicules» par l'Empire du Milieu. « Cette guerre commerciale devient un enjeu plus politique qu'économique et cela va peser sur la croissance économique », s'inquiète l'économiste de l'Iris.

​Un tableau d'ensemble que Nouriel Roubini saupoudre d'un peu d'inquiétude politique. D'après lui, la montée de partis à la rhétorique anti-finance compliquera davantage la tâche des gouvernements en cas de crise économique. « Par ailleurs, les sauvetages dans le secteur financier seront intolérables pour des pays marqués par la résurgence de mouvements populistes et dirigés par des gouvernements quasi insolvables », prévient-il.

« Sur le sauvetage des banques et le populisme, la question à se poser est la suivante : "Comment vont réagir les opinions publiques ? " Je pense qu'elles l'accepteront, car les politiques qui sont mises en place pour accompagner le secteur financier dans la perspective d'une telle crise sont des politiques de responsabilité. Ce qui n'a pas forcément été le cas en 2008. L'essentiel est d'expliquer les démarches. Ne pas sauver le secteur financier, c'est pousser à la faillite un certain nombre d'entreprises en premier lieu desquels les plus fragiles. C'est également ruiner des citoyens. Nous sommes prisonniers de ce système financier. Par définition, il finance l'économie. Il n'est pas totalement déconnecté même s'il l'est en partie », anticipe Sylvie Matelly.

C'est justement ce manque de lien avec la réalité que dénonce Philippe Béchade, notamment par rapport à ce qu'il se passe sur les marchés actions: « Le pire dans tout cela, c'est que les réflexes sont toujours les mêmes. Les gérants ne croient pas vraiment à la hausse. Ils sont parfaitement conscients que les valorisations sont tendues. Et en même temps, ils sont pris dans une logique de réplication des performances indicielles qui les contraint à acheter toujours les mêmes valeurs et qui de fait progressent plus vite que la moyenne. On est donc obligé de les surpondérer ce qui a pour effet de les faire monter encore plus vite. C'est un système de spirale complètement imbécile. » Avant de poursuivre : « Aujourd'hui, que ce soit sur les marchés actions américains ou européens, je défie quiconque de me donner la vraie valeur d'une entreprise. Leurs valorisations sont ce que les gens sont prêts à payer. Qui sait ce que vaut vraiment Amazon qui a gagné plus de 50% cette année? En cas de correction, qu'est-ce que ça vaut ? »

Il réfute pourtant le terme de «finance folle» et souligne au contraire l'excès de rationalité qui frappe les marchés et qui se matérialise dans l'utilisation du trading à haute fréquence ou «high-frequency trading» dans la langue de Shakespeare. Il permet l'exécution de transactions financières à une vitesse hallucinante grâce à des algorithmes informatiques. Les grandes banques de Wall Street se sont fait une spécialité de recruter de brillants mathématiciens, souvent en France, afin d'élaborer les équations les plus sophistiquées pour augmenter les rendements. Déjà en 2011, des opérations pouvaient être effectuées en 113 microsecondes. Des pratiques que dénonce Philippe Béchade:

« De l'extérieur, cela peut paraître fou de voir des titres valorisés 150 fois leurs bénéfices. On se dit qu'on est en train de faire les mêmes erreurs que lors de l'explosion de la bulle internet en 2000. Mais en fait, paradoxalement, la finance est une addition de comportements ultras-rationnels. Quand on est dans la logique mathématique pure et l'addition de décisions rationnellement justifiées au niveau de l'augmentation des profits, on aboutit effectivement à une situation folle.

Là on touche aux programmes informatiques qui fonctionnent avec des algorithmes trèsperfectionnés, qui achètent toujours les mêmes titres. Ils prennent des décisions qui ont l'apparence de la rationalité pour le gestionnaire d'actifs. Mais ils ne situent pas dans un contexte global. Ils sont coupés des réalités. »

Plus de dettes, pas vraiment plus de régulation, tensions commerciales et géopolitiques… Le contexte pousse à l'inquiétude. Sur certains points, il est pire qu'avant la crise de 2008. Et Nouriel Roubini ne dit pas autre chose:

« Lorsqu'elles surviendront, la crise et la récession de demain pourraient se révéler encore plus sévères et prolongées que celles d'hier. »


Dernière édition par Patlotch le Sam 17 Nov - 20:48, édité 2 fois

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Re: LA CRISE QUI VIENT

Message par Patlotch le Sam 17 Nov - 20:13


Gilets jaunes : le prix de l'essence a mis le peu aux foudres, mais...

Il y a sept ans, les carburants étaient au même prix
Clémentine Maligorne  Le Figaro  17/11/2018

Patlotch : à l'heure du mouvement des Gilets jaunes (voir le sujet) qui est parti sur le prix des carburants, une analyse intéressante qui tend à montrer que ce n'est pas ce coût en soi qui a provoqué cette colère, ni sa part relative au salaire minimum (graphique en bas). Il n'est que la goutte qui a fait débordé le vase

INFOGRAPHIES - Début 2012, les prix des carburants avaient déjà atteint des records, avec notamment le litre de Sans-plomb 95 qui avait dépassé pour la première fois 1,60 euro en moyenne en France.

Très hauts, les prix des carburants, à l'origine de la grogne des «gilets jaunes» qui menacent de bloquer le pays samedi, n'ont pourtant pas atteint leur niveau record. S'il est vrai que depuis le début de l'année, ils ont augmenté de 2 à 3 centimes pour atteindre en octobre plus d'1,5 euros en moyenne en France les litres d'essence et de gasoil, ce n'est pourtant pas la première fois que les prix à la pompe sont si élevés.

En 2012 le litre d'essence atteignait en moyenne 1,60 euro et celui de gasoil plus de 1,40 euro, selon les chiffres de l'Union française des industries pétrolières (Ufip). À l'époque, cette hausse s'expliquait en premier lieu par le coût de l'or noir sur les marchés mondiaux qui avait atteint des sommets. « Entre 2011-2014, le prix du pétrole est monté à plus de 110 dollars le baril de Brent», la référence européenne du brut, rappelle l'économiste Philippe Chalmin, spécialiste des matières premières. Les raisons de cette flambée? L'augmentation de la demande mondiale des produits pétroliers tirée par la Chine et l'Inde. Mais aussi le printemps arabe, et de manière plus générale toutes les tensions géopolitiques au Moyen-Orient.



Après avoir été stable pendant plus de trois ans, autour des 110 dollars, le pétrole a ensuite entamé une chute vertigineuse en juin 2014, pour redescendre à 30 dollars le baril en janvier 2016. Cette baisse s'inscrivait dans un contexte marqué par une baisse de la demande mondiale, notamment chinoise, une rivalité entre les États-Unis et l'Arabie Saoudite pour le contrôle des marchés, ou encore le retour de l'Iran sur le marché du pétrole. À la pompe, quelques mois plus tard, les automobilistes ont vu leur facture de carburant baisser. Mais dans une moindre mesure que le cours du pétrole brut sur les marchés mondiaux, car les prix des carburants dépendent pour beaucoup de variables indépendantes des fluctuations du brut sur les marchés mondiaux, comme le coût du produit raffiné. Mais surtout des taxes prélevées par l'État qui pèsent dans le prix final à la pompe, notamment la TVA (19,6% à l'époque) et la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), quatrième recette de l'État et dont le montant est fixe. Depuis deux ans, les automobilistes s'étaient toutefois réhabitués à des pleins entre 1, 1 ou 1,3 euro en moyenne le litre selon le carburant.

Mais depuis le début de l'année, les prix des carburants sont repartis à la hausse, atteignant à la pompe des prix comparables à ceux de 2012. Plusieurs facteurs expliquent ce rebond. L'augmentation des taxes sur les carburants, pointée du doigt par les «gilets jaunes», qui a joué plus pour le diesel que pour l'essence, mais aussi, d'autres raisons indépendantes des actions du gouvernement l'expliquent. «Le prix du baril a fortement augmenté sur les dix-huit derniers mois. On est loin des sommets de 2008, mais il était remonté jusqu'à 86 dollars le baril début octobre 2018», rappelle Philippe Chalmin. Une hausse qui résulte notamment d'inquiétudes quant à la production de l'Iran, les États-Unis ayant décidé de se retirer de l'accord sur le nucléaire. À cela, il faut ajouter que la valeur du dollar par rapport à l'euro a rarement été aussi élevée. Ce qui fait que nous achetons le pétrole relativement cher », ajoute le spécialiste des matières premières. En tout cas, en 2018, le budget carburant pèse lourd sur le portefeuille des Français. Presque autant qu'en 2012.




« presque autant », donc pas plus, ce qui confirme le caractère de revendication sur le salaire pour nombre de ceux qui l'ont exprimé avec un gilet jaune (voir aujourd'hui : une lutte massive sur le salaire)

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Re: LA CRISE QUI VIENT

Message par Patlotch le Mer 5 Déc - 12:17

l'épée de Damoclès de la crise économique est toujours suspendue sur nos têtes fragiles, quand elles essayent de comprendre le présent hors de cette menace imminente selon certains experts économistes. Cette fois, contrairement à 2008, on ne pourra pas dire qu'on n'était pas prévenu, et si leurs prévisions se confirment, comment parier sur le devenir de luttes foncièrement revendicatives comme celles que nous avons en France sous les yeux ? > avec ou sans GILETS JAUNES, couleurs d'une colère sociale


La prochaine crise pourrait être dévastatrice !

La prochaine crise pourrait être un véritable tsunami, selon l’économiste Georges Nurdin, consultant et écrivain.


Le ciel s’obscurcit, l’horizon se rétrécit, les première gouttes arrivent... La prochaine crise qui s’annonce sera probablement “plus proche du typhon dévastateur que de l’averse passagère de printemps”, juge l’économiste et consultant Georges Nurdin, ex-directeur d'une Grande École de Management et écrivain (Les multinationales émergentes, Le temps des turbulences, Wanamatcha !). Elle risque d’être d’envergure car qu’elle devrait être “à la fois financière, économique et sociétale - l’ordre d’occurrence des facteurs étant indifférent”, estime l’expert.

Il faut dire que la volatilité des Bourses de la planète tend à s’accentuer - elle s’est d’ailleurs littéralement envolée en octobre. Et l’essor du trading algorithmique (transactions effectuées par des robots) n’arrange rien. Du côté de l’économie, un long cycle d’expansion pourrait bientôt prendre fin, tandis que la dette mondiale n’a jamais été aussi élevée. Quant aux niveaux de valorisation des actions et des obligations, ils sont historiquement élevés - et cette bulle monumentale devrait finir par éclater. Et, contrairement à la crise de 2008-2009, nous n’avons plus d’amortisseurs pour encaisser un nouveau choc…

Crise financière


“La volatilité des marchés est prégnante, augmentée de singularités massives, presqu’au sens de trous noirs, que pourtant personne ne voit venir”, relève Georges Nurdin, citant la banque danoise Danske Bank (blanchiment potentiel de l’ordre de la moitié du PIB danois, qui se serait évanouie via les pays baltes, égratignant ainsi le modèle danois), le dieselgate qui a affecté le groupe Volkswagen et ébranlé toute l’industrie automobile mondiale, l’affaire Nissan-Renault qui secoue jusqu’aux sommets des Etats...

La résilience systémique ainsi que la cybersécurité sont loin d’être établies, relève l’expert. “Au mieux, ce sont des work in progress, un peu comme l’était la ligne Maginot en 1940. Aujourd’hui, la moitié des transactions en Bourse aux Etats-Unis (et un tiers en Europe) est effectuée par des robots - le trading à haute fréquence -, effectuant plusieurs centaines de millions de transactions par seconde”, souligne-t-il. Une algorithmique de nature à amplifier les micro-variations naturelles des marchés. “Schématiquement, dès que ça baisse un peu, le robot vend, mécaniquement - sans lien avec les fondamentaux, précise Marko Kolanovic, de New York University, le célèbre patron des produits dérivés chez JP Morgan - … et la baisse s’accentue. Ainsi démarre l’effet domino… qui se poursuit à la vitesse de l’éclair : c’est le krach éclair”, explique l’économiste.

Crise économique

L'enchaînement des cycles économiques est à l’image des marées : à une marée haute succède toujours une marée basse. “Nous venons de vivre dix ans de cycle haussier : un record. Il faut donc se préparer au retournement de ce Juglar (cycle des affaires, NDLR), entrant en résonance avec la fin d’un Kondratiev (cycle puissant de 50 ans - “grande marée séculaire”). Mécaniquement, en butée de cycle, ça va “percuter” très fort”, met en garde Georges Nurdin.

Le poids de la dette - 164.000 milliards de dollars (225% du PIB mondial !) en 2018 - n’a jamais été aussi élevé : il dépasse celui du début de la dernière crise financière… “Vertigineux… et insoutenable. La croissance est atone, du moins en Europe, quant à celle des Etats-Unis, elle est obtenue justement au prix de déficits budgétaires abyssaux : 1.000 milliards de dollars, afin de financer les réductions d’impôts de l’administration Trump, destinées à donner un coup de fouet temporaire - jusqu’à sa réélection ? - à la croissance”, souligne l’économiste. Selon lui, ceci donne sérieusement corps au spectre de la “stagnation séculaire”, scénario porté par des économistes tels que Larry Summers (ex-président de Harvard University) et Paul Krugman (Prix Nobel d'économie).

Le temps des bulles est de retour. D’après Alan Greenspan, l’ancien président de la banque centrale américaine, il y a deux bulles prêtes à éclater au nez du marché : celles des actions et celles des obligations. Les actions américaines sont historiquement chères, leur PER de Shiller (valeur boursière des entreprises rapportée à la moyenne des bénéfices des 10 dernières années) ressortant à 30 - exactement le même niveau que celui du fameux “jeudi noir” (krach) de 1929… “Il faut avoir une foi aveugle en la croissance pour justifier de tels niveaux de manière soutenable. Une croissance qui est malheureusement aux abonnés absents. Autre bulle, immense : celle provoquée par la “généreuse” politique dite de Quantitative Easing - la planche à billets à plein régime -, décidée par les banques centrales dans la panique après 2008 pour éviter une crise de liquidité. Un peu comme si on tentait d’enfouir le réacteur fondant de Tchernobyl sous des pelletées de sable”, décrypte Georges Nurdin.

“L’effet pervers est que cette politique de QE a généré une bulle géante sous forme de crédit à taux historiquement bas, voire nuls ou négatifs, ce qui, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises, a poussé à l’endettement et au surendettement”, dénonce-t-il. “Les fonds d’investissement ont surfé sur cette vague de cash gratuit et réalisé de nombreuses acquisitions par de la dette. Or, comme la plupart de ces fonds ne sont (toujours) pas obligés de publier leurs comptes, ni la composition de leur actionnariat, il est impossible de mesurer l’ampleur réelle de ce phénomène. Effet de ciseaux garanti en cas de baisse de croissance ou de retour de l’inflation (qui pousse les taux à la hausse, NDLR)”, met-il en garde. Or, nous ressentons déjà les prémisses des deux à la fois : la stagnation et l’inflation (ou stagflation), “un mal que l’on croyait éradiqué à jamais depuis les années 70. Un peu comme un retour de grippe espagnole et de la variole”, relève-t-il. Il y a aussi la bulle des prêts étudiants - 1.400 milliards de dollars rien qu’aux Etats-Unis en 2017, 6 fois plus qu’en 2004 -, “dont la capacité à rembourser est directement liée à la capacité de trouver un emploi rémunérateur. Or, le taux de chômage des jeunes est actuellement des plus élevés”, souligne l’expert.

Enfin, les tensions géopolitiques virent au rouge, voire à l’écarlate. “Exit la “mondialisation heureuse” (Minc), “la terre est plate” (Friedman) ou encore la “fin de l’histoire” (Fukuyama). C’est Hutchington (“Le choc des civilisations”) qui avait vu juste dès 1992”, relève Georges Nurdin. “Les Etats-Unis viennent de déclarer une guerre économique sans merci à la première puissance économique de demain : la Chine. La Turquie rebâtit l’Empire Ottoman, les Chinois et l’Asie centrale ouvrent la nouvelle Route de la soie, dernière étape sur l’autoroute avant l’Europe. La Russie s’arme, domine le cyberespace et affirme ses ambitions territoriales”, met-il en garde. “L’Europe catatonique, devenue le terrain d’expression et d’expansion du terrorisme international, sur fond de dislocation sociétale (voir ci-après) et d’atonie économique, est quant à elle toute occupée à discuter du “sexe des anges”, exactement comme l’était Constantinople en 1453, la veille de sa chute aux mains de Mehmed II”, dénonce l’expert.

Crise sociétale

Au niveau sociétal, les inégalités n’ont cessé d’augmenter comme le démontre le rapport s'appuyant sur le travail d'une centaine de chercheurs de renom, dont Thomas Piketty. “Le coefficient de Gini (qui mesure les disparités dans une population, NDLR) s’aggrave au sein même des Nations. Et ce, même si au niveau mondial la “pauvreté” recule - au sens où il y a moins de gens qui vivent avec moins d’un dollar par jour et un peu plus qui vivent avec moins de deux dollars par jour”, ironise Georges Nurdin.

L’accroissement des inégalités a été l’un des éléments majeurs de la fragmentation des sociétés et nations européennes, au point qu’il existe aujourd’hui “une grande incertitude quant à la survie de l’Union Européenne telle que nous la connaissons”, met-il en garde. “Les Britanniques ont déjà décidé de larguer les amarres. L’Italie, membre fondateur de l’UE, prend en main la vision du déficit qui lui convient. Les pays d’Europe centrale ne partagent plus totalement certains dogmes. Les Hollandais, qui avaient déjà dit non à la Constitution Européenne - tout comme les Français - en 2005 montrent des signes de fractionnement dans leur opinion. Idem pour l’Espagne, dont la province économiquement la plus efficace a vu son vote pour l’indépendance refusé par Madrid”, souligne l’expert. “L’Autriche affirme son sens de la nation. L’Ecosse a failli gagner son indépendance d’un cheveu. Sans parler de la Belgique, capitale de l’Europe Unie, dont la partition entre Wallons et Flamands n’a jamais été aussi vive. La Grèce, dont le PIB ne représente que 1,2% de celui de l’UE, a pu faire trembler l’euro sur ses bases”, ajoute-t-il.

La crise de 2008, dont la faillite de Lehman Brothers a été le révélateur, a entraîné une augmentation massive des déficits et des dettes. La contamination s’est très rapidement répandue de la sphère financière à la sphère économique réelle, avec la faillite d’entreprises industrielles que l’on croyait indéboulonnables, comme General Motors ! “Les gouvernements, surpris dans la panique la plus totale et au nom de l’axiome du too big to fail (entreprises trop importantes pour qu’on puisse se permettre de les laisser faire faillite, NDLR), ont repris à leur compte ces dettes immenses et les ont transférées au contribuable via des impôts, des taxes et une envolée de 72.000 milliards de dollars de l’endettement mondial depuis 2007. Or, après 1929, les taxes avaient baissé…”, relève Georges Nurdin

Ainsi, contrairement à 2007-2008, la société n’a actuellement plus d’amortisseurs pour encaisser un nouveau choc. “Elle est sur les rotules, entre le chômage de masse, les taux des prélèvements obligatoires - la France est championne dans cette discipline, avec 48% de prélèvements, contre 34% en moyenne dans l’OCDE - qui filent vers le maximum de la courbe Laffer (“trop d'impôt tue l'impôt”, en détruisant la base sur laquelle il porte, NDLR) et la croissance plate, voire la stagflation”, souligne l’expert. “En même temps, et comme expédient à l’atonie des innovations technologiques et des percées commerciales (par exemple, la part de la France dans le commerce International a fondu de 17 à 12% entre 2000 et 2017), on a vu la flexibilisation du travail faire son entrée, qui a entraîné à sa suite son lot d’uberisation, de précarité (87% des embauches en France en 2017 ont été des CDD, dont 88% l’ont été pour une durée inférieure à un mois), d’auto-entreprenariat (en majorité des “petits boulots”). Une véritable spirale de paupérisation”, dénonce Georges Nurdin.

Rien qu’en France, de 2007 à 2017 - après la crise financière, donc -, le pouvoir d’achat des Français a diminué en moyenne de 500 euros, avec une intensité particulière pour les classes dites moyennes, vient de rapporter l’Insee. Un peu plus tôt, Oxfam et Basic nous apprenaient que la France était en 2017 la championne d’Europe de la distribution de dividendes : 67% des bénéfices sous forme de dividendes et de rachats d'actions. “Les réinvestissements n’ont représenté quant à eux que 27% des bénéfices - ce qui, en soi, est faible et ne participe pas suffisamment au renforcement des fonds propres, nécessaire pourtant pour l’investissement de conquête technologique et commercial”, relève l’économiste.

“Ces signaux pour le moins contradictoires ont fortement contribué à non seulement générer et amplifier un puissant sentiment d’injustice chez ceux qui ont essuyé au bout du compte les débordements de la crise financière. D’où une lente mais inexorable dislocation de l’unité nationale, un délitement sociétal profond, avec à la clé un grand désenchantement, ou plutôt une véritable défiance, voire un sourd ressentiment à l’égard des dirigeants économiques et politiques”, met en garde l’expert. Ceci est vrai en France, mais aussi à l’échelle européenne et internationale. “C’est probablement un des ressorts qui a propulsé au pouvoir Donald Trump ou Jair Bolsorano. La résilience sociétale ainsi que le réservoir du capital confiance ont donc été quasiment entièrement consommés, brûlés, évaporés au cours de ces dix dernières années : on roule désormais sur la réserve… et encore”, avertit-il.

Quand éclatera la crise ?

Pour un économiste, c’est la question la plus difficile. L’économie, même si elle utilise beaucoup de modèles mathématiques “est avant tout une science d’essence sociale, comme l’a rappelé Richard Thaler, le Prix Nobel 2017. Richard Thaler, le premier professeur d’école de commerce (Chicago Booth) à recevoir un Prix Nobel, insiste à raison sur les dimensions “fondamentalement psychosociologiques qui commandent l’économie”, à l’opposé de la vue purement mécanique, monétariste, simplificatrice voire simpliste d’un Hayek (Nobel 74) ou d’un Friedman (Nobel 76), qui continue pourtant d’inspirer la politique “de ruissellement” (qui veut que l’enrichissement des plus aisés finit par profiter au reste de la population, NDLR) de certains Présidents européens actuels”, souligne Georges Nurdin.

Et pourtant, les théories ont évolué en un demi-siècle. Il faut donc s’ajuster au vrai (nouveau) monde. “La dimension psychosociologique nous intéresse particulièrement ici, dans l’exercice de la prévision, car elle induit un élément fortement aléatoire et subjectif à tout niveau : financier, économique et sociétal. Bref, 2019 est une échéance assez probable pour une telle convergence des occurrences…”, met en garde l’expert.

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