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MÉSAVENTURIERS DE LA CLASSE PERDUE

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MÉSAVENTURIERS DE LA CLASSE PERDUE

Message par Patlotch le Mer 17 Oct - 16:05

lu dans une présentation de

Classe et espèce humaine


2016

Flore d’Ambrosio-Boudet, dans « Classe et espèce humaine : pour une contribution à la critique du capitalisme » entend proposer une acception de l’idée « d’espèce humaine » qui puisse être un prolongement de la pensée marxiste, et qui offrirait une critique renouvelée du capitalisme. Le capitalisme, en tant qu’il clive et divise les sociétés en classe ainsi qu’en tant qu’il fonde l’accumulation de la plus-value sur l’exploitation illimitée des ressources naturelles, peut en effet se trouver dépassé dans ces deux dimensions par le concept d’espèce humaine. L’exploitation capitaliste, malmenant à la fois l’environnement et la force vitale individuelle des exploités, pourrait donc être dépassée par une critique écologiste qui ferait de « l’espèce humaine » à la fois le moyen de dépasser le monde des classes et d’émanciper les classes aliénées. Ce concept fournit alors un outil qui, loin d’être abstrait, replonge l’humanité dans son ancrage naturel et historique, en tant que vivant dans l’interdépendance avec son milieu.
dès 2006, je refusais l'opposition entre révolution à titre prolétarien de Théorie Communiste, et révolution à titre humain de Temps Critiques, leur reprochant entre autre leur anthropocentrisme commun

pour le premier, envisager que la révolution ne soit pas le fait du prolétariat revenait à la concevoir comme extérieure à l'implication réciproque capital-prolétariat, ce qui même d'un point de vue marxien relève d'un réductionnisme, si l'on comprend avec Bertell Ollman que le capital n'est chez Marx que le troisième des "niveaux de généralité". Envisager le dépassement du capitalisme autrement que par la stricte lutte de classe (ouvrière) n'a rien d'une extériorité. Nous y reviendrons avec le futur sujet JACQUES CAMATTE ET NOUS

il est toutefois difficile d'admettre que « L’exploitation capitaliste, malmenant à la fois l’environnement et la force vitale individuelle des exploités, pourrait donc être dépassée par une critique écologiste qui ferait de « l’espèce humaine » à la fois le moyen de dépasser le monde des classes et d’émanciper les classes aliénées. »

d'abord, une telle critique, par son objet, l'espèce humaine, n'aurait d'écologique que le nom. En d'autres termes, une critique écologique centrée sur l'espèce humaine est un oxymore. Ensuite le terme d'écologie est trop galvaudé, et rapporté aux luttes des écologistes, pour recouvrir ce qu'il nomme en fait, une science étudiant les êtres vivants dans leur milieu et les interactions entre eux. Autrement dit, il s'agit toujours de rapports en mouvements dans l'espace et le temps. Le capitalisme lui-même évolue dans des déterminations qui le dépassent, mais il n'est pas étonnant qu'elles dépassent les marxistes qui prétendent au tout de la critique du capital par la lutte des classes, a fortiori à une époque où seule la grande bourgeoisie est constituée en classe

je soutiens, avec ce nouveau forum, que nous sommes entrés dans un nouveau paradigme du dépassement du capitalisme, et que les luttes qui en rendent compte aujourd'hui ne sont pas des luttes prolétariennes, sauf chez les paysans contre l'extractivisme

et tant pis pour qui comprendrait que je pense à une révolution à titre animal





Dernière édition par Patlotch le Mer 7 Nov - 14:45, édité 2 fois

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Re: MÉSAVENTURIERS DE LA CLASSE PERDUE

Message par Patlotch le Jeu 18 Oct - 5:29


le règne de la confusion théorique

commentaire dessous

Classes sociales : un concept en voie de disparition
Chloé Leprince France Culture 17/10/2018

Depuis 1984, les ouvrages contenant les termes "classes sociales" ou "classes populaires" sont de moins en moins nombreux au catalogue de la Bibliothèque Nationale. Derrière le mot, c'est un outil pour penser les inégalités qui s'efface.


"La lutte des classes"• Crédits : JVarlin via Wikicommons

Alors que le Conseil supérieur des programmes se réunit depuis le 11 octobre pour discuter et voter les programmes destinés aux classes de seconde et de première au lycée, plusieurs associations de profs ou d’enseignants-chercheurs sonnent l’alerte. L’ASES (association des sociologues du supérieur) comme l'APSES (association des professeurs de sciences économiques et sociales) dénoncent ainsi “la disparition programmée des classes sociales, des professions et catégories socio-professionnelles (anciennes CSP)”. Comprenez : leur disparition comme notions étudiées à l’école et donc comme outils pour “décrypter et comprendre les sociétés dans lesquelles nous vivons”.

Les programmes officiels doivent être votés d’ici le 2 novembre, date à laquelle on saura si les jours des classes sociales sont comptés pour de bon. Mais en réalité, leur disparition prolongerait un effacement déjà largement amorcé depuis plusieurs décennies en France.

Est-on toujours renvoyé à sa classe d'origine ?

Cet effacement est le fruit d’un changement de paradigme. Et, dans le champ des sciences sociales, d’une bataille qui n’est pas seulement lexicale mais aussi épistémologique, et politique. Car ceux qui font la moue face à une lecture du monde social au prisme des "classes" dénoncent bien souvent, derrière les termes "classes sociales", l’ombre de deux empereurs cachés : Pierre Bourdieu, depuis 50 ans, mais, avant lui, Karl Marx.

Aucun des deux n’a pourtant la paternité des termes “classes sociales”, dont l'usage est antérieur à Marx : François Guizot, Augustin Thierry ou encore Adolphe Thiers, tous historiens au début du XIXe siècle, s’étaient saisis avant Marx de la notion de “classe”. Guizot par exemple, voyait déjà en 1828 dans la Révolution française une lutte des classes.

Chez Marx, entre 3 et 7 classes

Karl Marx se révélera toutefois prépondérant pour théoriser la lutte des classes et reprendra à son compte la notion de classes sociales, pensées comme des groupes sociaux pris dans la hiérarchie sociale. Il s’en saisira pour réfléchir la société industrielle à l’heure du capitalisme, opposant tout particulièrement deux classes : le prolétariat d'une part, et la bourgeoisie capitaliste d'autre part.

Au cœur de l’approche de Marx, l’idée qu’il existe dans une société capitaliste une classe qui vit du travail d’une autre classe - même si le nombre de classes sociales se révélera finalement varier dans ses écrits, passant parfois de trois à sept (par exemple selon qu'il distingue "prolétariat" et "sous-prolétariat").

Après Marx, partis et organisations politiques à gauche penseront les rapports de forces politiques depuis cette lutte des classes. En 1900, lorsqu’il rédige Les Deux méthodes, Jean Jaurès s’inscrit par exemple pleinement dans son sillage et écrit : “Entre les deux classes, entre les deux groupes d'intérêts, c'est une lutte incessante du salarié qui veut élever son salaire, et du capitaliste qui veut le réduire ; du salarié qui veut affirmer sa liberté, et du capitaliste qui veut le tenir dans la dépendance.”

Dans le champ académique en Europe, les classes sociales demeureront une clé de lecture fondamentale jusque dans les années 70, même si certaines approches chercheront à nuancer le motif de Marx : début XXe par exemple, Max Weber introduira l’idée que la société est stratifiée au-delà des appartenances économiques et de la façon dont l’individu peut s’insérer dans le processus de production. Maurice Halbwachs, un des pères fondateurs de la sociologie en France (mort en 1945), partira quant à lui de Marx pour envisager la stratification sociale aussi depuis la manière dont chacun peut percevoir comment il se situe dans la société. Halbwachs, qui échafaude l'idée d'une identité sociale de classe, publiera par exemple Esquisse d’une psychologie des classes sociales (en 1938).

Ainsi, même une fois raffinées ou repensées, les classes sociales auront la vie longue, des travaux sociologiques les plus théoriques jusqu’aux programmes d’initiation aux sciences économiques et sociales en seconde au lycée. S'il s'éloignera en partie de Marx en se distanciant d'une analyse trop intellectualiste et finalement abstraite de la grille de lecture par classes, Pierre Bourdieu revitalisera à son tour la pensée en termes de classes. Sa théorie de la domination oppose plus volontiers “dominants” et “dominés” que "prolétaires" et "bourgeois détenteurs des moyens de production". Chez Bourdieu, il est certes question de capital économique (un revenu, mais aussi un patrimoine), mais aussi de modes de vie, d’inclinations, de loisirs, et finalement de tout un tas de choix ou d'actes que l’individu pose depuis là où il se trouve dans la société. Des choix ou des actes situés socialement, depuis la classe ou l'espace social auxquels il appartient.

S'il raffine la notion de "classes" de Marx, chez Bourdieu, les rapports de classes permettent bien de regarder et de comprendre les inégalités. Ce sera le cas dès 1964 avec la parution avec Jean-Claude Passeron de Les Héritiers pour penser les inégalités scolaires, en soulignant par exemple combien l'institution scolaire légitime une certaine culture qui est le propre d'une certaine classe : cette culture, écrivent Bourdieu et Passeron, "présuppose implicitement un corps de savoirs, savoir-faire et surtout de savoir-dire qui constitue le patrimoine des classes cultivées". Les Héritiers, publié alors que Bourdieu n'a que 34 ans, s'imposera très vite comme un classique de la sociologie des inégalités et des classes sociales.

Le 26 septembre 1977, Pierre Bourdieu répondait aux auditeurs de France Culture sur les inégalités en matière d'éducation et disait notamment ceci : « La sociologie ne conduit pas au fatalisme du tout, elle donne des armes pour une action rationnelle sur le monde social, [...] elle donne plus de chances d'agir avec une prévision raisonnable des conséquences de ce qu'on fait... et avec moins de chances, par conséquent, d'être récupéré par le système. »

Partis et travaux académiques "social blind"

Statistiquement, ces inégalités sont toujours valables cinquante ans plus tard. Pourtant, depuis plus de dix ans déjà, plusieurs sociologues ont mis en garde contre l’effacement progressif de la notion de "classes sociales". L'âge d'or des années 70 est révolu, et la société se lit de moins en moins au prisme d'une lecture de classe.

Dans le discours politique, c’est flagrant - à commencer par le Parti socialiste qui, dès les années Mitterrand, avait cessé de mobiliser le vocabulaire de classes. Dans le champ académique, ce floutage sera d'abord passé un peu inaperçu. Mais en 2008, dix ans déjà avant que les associations d’enseignants en sciences économiques et sociales ne brocardent les nouveaux programmes au lycée, Alexis Spire et Emmanuel Pierru soulignaient ceci dans un article intitulé Le Crépuscule des catégories socio-professionnelles (publié dans La Revue Française de Science Politique) : « Depuis le milieu des années 1980, le langage des classes a très nettement reflué dans les productions scientifiques, et plus particulièrement sociologiques parallèlement, la plupart des acteurs politiques (à l’exception d’une extrême-gauche toujours minoritaire) ont également abandonné toute référence au thème des classes sociales. L’avènement de cette vision “social blind” (indifférente au social), qui consiste à dé-faire les représentations “collectives” fondées sur le critère de l’appartenance socioprofessionnelle, conforte en retour les agents du système statistique dans leur propre conversion et contribue à rendre de moins en moins visibles les processus de domination tels que les statisticiens pouvaient les faire apparaître lorsqu’ils en avaient encore l’ambition. »

Les deux auteurs étayent leur regard de données chiffrées et datent précisément à 1984 le recul (ils disent “déclin très net”) des termes “classe sociale” ou “classe ouvrière” dans la totalité des ouvrages référencés dans le catalogue de la Bibliothèque nationale.

Pierru et Spire ne seront pas les seuls à pointer les enjeux d'un effacement de la lecture de la société au prisme des classes sociales. Dans l’article De "l’homme de marbre" au "beauf", sous-titré, les sociologues et "la cause des classes populaires", Gérard Mauger montrait en 2013 combien les travaux des sociologues en France avaient pu glisser d’une vision positive (voire idéalisée) des "classes populaires", dans le sillage d’une forme d’ouvriérisme plutôt enchanteur, à une lecture beaucoup plus négative. Par exemple lorsqu’il s’agissait de regarder les choix politiques d’une classe populaire qui se serait mise à voter Front national : « L’intérêt des sociologues pour les classes populaires, qu’ils en soient proches ou éloignés, dépend aussi de la place qu’elles occupent dans la hiérarchie sociale des objets de recherche et, en définitive, de la valeur accordée à "la cause des classes populaires" dans le champ politique. Schématiquement, l’histoire contemporaine des fluctuations du cours de "la cause" des classes populaires dans le champ politique et, de ce fait, dans celui de la sociologie, est celle du renversement d’”un populaire positif” (celui de “l’enchantement ouvriériste”) à “un populaire négatif” (supposé particulièrement réceptif aux sirènes du Front national), de la célébration de “l’homme de marbre” à la stigmatisation du “beauf” : inversion de signe corollaire de la disqualification brutale du marxisme au cours des années 1970.»

Le regard de classes, comme des lunettes abandonnées


Cinq ans plus tard, c’est carrément la notion de classe elle-même, à commencer par les classes populaires, qui disparaît dans l'espace public. Comme des lunettes qu'on ne chausserait plus pour penser le monde social. L’individu n’apparaît plus aussi déterminé par son appartenance à un groupe, et, lorsqu’elles sont regardées ou pensées, les inégalités sont davantage vues comme le fruit de trajectoires individuelles. Qui, au mieux, laisseraient la main au mérite personnel. Et, au pire, feraient son malheur.

Alors que ce paradigme des classes s'efface, trois sociologues (Cédric Hugrée, Etienne Penissat et Alexis Spire) répliquaient en publiant fin 2017, chez Agone, Les Classes sociales en Europe - Tableau des nouvelles inégalités sur le vieux continent, pour justement tenter de réactiver la notion de classe et penser l'Europe en termes de classes sociales. Et montrer que "la position de classe reste un outil pertinent pour penser et décrire les inégalités et les frontières sociales à l'échelle internationale". Leur ouvrage est en partie technique puisque les auteurs cherchent à dépasser les clichés sur les différences nationales en fondant une répartition par classes opérationnelle à l'échelle de tout le continent. Mais il est aussi une réponse politique à l'effacement d'une notion qui peine à survivre après le crépuscule du marxisme. Ils concluent ainsi : « Trente ans après la chute du Mur de Berlin, rares sont les pays européens où les classes sociales sont au centre des débats publics et politiques. Pourtant, la position de classe demeure incontournable pour comprendre les inégalités en matière d'emploi, de conditions de travail, de ressources économiques, de pratiques culturelles ou encore de consommation et d'accès aux soins. [...] Au-delà des débats stratégiques sur le positionnement vis-à-vis de l'Union européenne, il paraît indispensable de nommer et de faire exister, à défaut d'une classe en acte, une représentation en acte des classes. Ce n'est sans doute que la première étape d'un long processus de (re)construction d'une gauche syndicale et politique capable de se déployer à la même échelle que celle des firmes capitalistes, c'est-à-dire au niveau européen. »

aucune sociologie ne peut rendre compte de la lutte des classes dont relève chez Marx le concept de classe. Toute sa conception du prolétariat comme classe révolutionnaire hérite de celle de la constitution en classe de la bourgeoisie notamment dans la Révolution française*, et ce n'est pas pour lui un problème de composition, ou de description comme ci-dessus en termes d'inégalités, mais comme on le sait de place dans les rapports de production. Cette question est aujourd'hui insoluble en raison même de la domination réelle du capital qui dilue le rapport d'exploitation bien au-delà de la seule "classe ouvrière, classe productrice de plus-value"

* ce qui est logique puisqu'il pose le problème de la révolution communiste comme prise du pouvoir économique et politique par le prolétariat, définissant ainsi le programmatisme ouvrier. Mais ce concept de révolution devient caduque dès lors qu'il s'agirait pour le prolétariat de s'auto-abolir en abolissant les classes, thèse de la communisation mondiale immédiate

les marxistes d'aujourd'hui ne savent même plus poser le problème de la constitution en classe du prolétariat par des luttes où il remettrait en cause le capitalisme, et pour cause : ces luttes n'existent pas*. Elles n'existent plus précisément depuis l'effondrement du mouvement ouvrier et de ses organisations dans la restructuration mondiale du capitalisme à partir des années 70, et si le concept de classe disparaît depuis dans les idées et donc les livres, c'est sur la base de cette réalité des rapports sociaux de luttes, non par le glissement idéologique dont se lamente l'émission ci-dessus. On peut effectivement faire une partition en classes sur ce critère, grosso-modo entres pauvres et riches, et faire des luttes contre les inégalités des luttes de classe revendicatives, mais on n'atteint alors pas au Marx distinguant classe en soi et classe pour soi : cette émission ne pose pas même la question du passage de l'une à l'autre

* n'en déplaise au camarade chinois de dndf (ici) affirmant que « Toute lutte, aussi limitée qu’elle puisse être, contient en elle quelques éléments fondamentaux de la révolution », ce qui est d'ailleurs totalement contradictoire avec les thèses de Théorie Communiste et sa "théorie de l'écart"

le comble de l'idéologie classiste de la révolution à venir est atteint par la revue Théorie Communiste dans son numéro 26, avec "le kaléidoscope du prolétariat", qui fait mine d'avoir sous les yeux un objet déjà constitué comme sujet en devenir potentiel quand il aura dépassé ses "fragmentations", ou par Bruno Astarian, autre théoricien de la communisation, construisant la classe moyenne salariée (CMS) comme contre-révolutionnaire sans montrer un instant en quoi le prolétariat pourrait devenir révolutionnaire : la théorie de la communisation étant vide de fondement social actuel, elle fait du remplissage à côté de sa propre problématique

cette émission noie le poisson dans les eaux de la sociologie, et les marxistes n'ont plus qu'un poisson rouge dans leur bocal

en relation, LE CONCEPT DE RÉVOLUTION : la révolution à venir étant présupposée sans être démontrée, toute la théorie révolutionnaire devient tautologique. C'est le prolongement du syllogisme marxien du prolétariat démonté par Christian Charrier dans ses écrits réédités


en librairie le 25 octobre 2018


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Re: MÉSAVENTURIERS DE LA CLASSE PERDUE

Message par Patlotch le Dim 4 Nov - 21:36

il y a longtemps que je n'ai pas écrit de vraies vacheries, ça me manquait

extrait de FAQ…, DDT21
Tristan Leoni a écrit:Que veut dire DDT21 ?

Ce n’est pas très compliqué puisque « c’est écrit dessus, comme le Port-Salut ». DDT c’est « Douter De Tout » ; 21 pour le XXIe siècle. Cela donne quelque chose comme « Douter de tout au XXIe siècle… pour tenir l’essentiel ». C’est une référence à de omnibus dubitandum (doute de tout), la formule préférée de Marx (voir La Confession de Karl Marx) .

Et « l’essentiel » à tenir, qu’est-ce donc ?

Dans notre « essentiel » il y a évidemment l’antagonisme capital/travail qui structure le monde, en particulier comme moteur de l’histoire et, dans ce cadre, la centralité du prolétariat, également dans le déclenchement d’un processus révolutionnaire. Croire à cette centralité ce n’est pourtant pas croire que tout le reste est « secondaire ».
en gras ce qui motive la présence ici de DDT21 (Gilles Dauvé, Tristan Leoni...), à quoi j'ajouterais la liste des conseils de lectures, pour ce qu'elle témoigne de l'actualité de leurs références, un peu comme leurs photos


sur l'ancien forum, un sujet était intitulé trop loin, ou trop vieux ?, allusion au groupe de Dauvé et Nesic troploin

Et pourquoi cette maxime qui figure en exergue de votre blog ? « Chaque fois qu’à la place de prolétariat, je lis « peuple », je me demande quel mauvais coup on prépare contre le prolétariat ».

Nous avons trouvé cette citation dans un vieux carnet, notée comme attribuée à Marx mais nous ne retrouvons pas la source originelle (issue de ses correspondances ? Quelle traduction ?) Si quelqu’un peut nous aider…
je ne peux pas les aider, mais je me suis posé la question de la source, et d'une attribution à Marx par des JC (~PCF) de Paris-Sud, que je trouve improbable car anachronique, les acceptions de "peuple" dans son œuvre n'ayant pas ce sens-là, opposé à prolétariat, comme le dit Isabelle Garo dans Le peuple chez Marx, entre prolétariat et nation, 16 juin 2016
dès l’Introduction de la contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, rédigée à partir de la fin 1843, Marx développe sa thèse concernant le rôle historique du prolétariat moderne, et plus particulièrement du prolétariat allemand. Or, loin de proposer de substituer le prolétariat au peuple, on y rencontre précisément la mise en relation dialectique des notions de prolétariat et de peuple. D’une part, Marx distingue deux histoires nationales et deux scénarios d’émancipation : « nous avons en effet partagé les restaurations des peuples modernes (die modernen Völker) sans partager leurs révolutions. Nous avons connu des restaurations, premièrement parce que d’autres peuples ont osé faire une révolution, et deuxièmement parce que d’autres peuples ont subi une contre-révolution. »

Ici, les notions de peuple et de révolution (ou de contre-révolutions) se font immédiatement écho. Il existe des cultures politiques populaires, et ces cultures politiques conduisent à se déterminer pour ou contre la révolution, cette dernière ayant avant tout pour modèle la « grande » révolution anti-féodale française. En rapport avec cet horizon, qui lie peuple et révolution anti-féodale comme des entités politiques associées, indissociables même, Marx va utiliser la notion de prolétariat pour la relier à un nouveau type de révolution, plus avancée, qu’on peut qualifier d’anti-capitaliste ou de communiste, radicalisant la révolution précédente. Il en résulte, d’une part, que les luttes allemandes, aussi arriérées soient-elles, présentent pourtant une portée universelle, au même titre qu’en son temps la Révolution française.

On retrouvera par la suite, bien plus développée, l’idée que les luttes émancipatrices d’un peuple importent au sort de tous les autres. De ce point de vue, la solidarité avec les peuples opprimés est bien plus que de la philanthropie. Pour le dire autrement, elle n’est pas seulement de nature morale, elle est d’ordre fondamentalement politique : « Et même pour les peuples modernes, cette lutte contre le contenu borné du statu quo allemand ne peut être sans intérêt, car le statu quo allemand est l’accomplissement avoué de l’ancien régime et l’ancien régime est le défaut caché de l’Etat moderne. »

Ainsi, la notion de peuple conserve-t-elle sa validité, en dépit de ses limites, du fait du maintien de l’Ancien Régime, y compris au sein des nations qui ont réalisé leur révolution anti-féodale. En d’autres termes, cette révolution partielle et inachevée se fait matrice de révolutions plus radicales, de la même manière que les peuples se déterminent comme classes populaires elles-mêmes plus ou moins radicales, le prolétariat étant le nom de cette radicalisation populaire, à la fois sociale et politique.

C’est en ce point, qu’on rencontre une définition du prolétariat très originale : à la fois fraction du peuple, elle représente le peuple tout entier et tendanciellement l’humanité même, du fait de la condition qu’elle subit en même temps que des exigences politiques et sociales dont elle est porteuse.
"peuple" est donc effectivement lié chez Marx à l'État-nation, mais pas nécessairement de façon nationaliste, ou populiste, « à la place de prolétariat » comme prend soin de préciser la citation de DDT21. C'est d'ailleurs le cas du sens commun, certes avant le populisme, quand il parle de classes populaires en un sens assez proche de prolétariat voire de son internationalisme supposé, prolétariat que les marxistes eux-mêmes ont mis à toutes les sauces, à commencer par les mêmes que Marx, entre ouvriers producteurs de plus-value (classe ouvrière en soi) et "sans réserves" en devenir de classe sujet révolutionnaire

il est intéressant de relever que si prolétariat a un équivalent individuel, le prolétaire, peuple n'en a pas, qui désigne directement et conceptuellement un collectif, le plus souvent national, mais parfois religieux ou ethnique : le peuple de Dieu, le peuple noir, etc.

quoi qu'il en soit, de ce passé, faisons table rase, y compris de l'usage sectaire de mots-concrets enfermés dans la seule idée que l'on s'en fait, la sienne. Ce qui me fait dire que dans ce milieu, trop souvent l'on ne doute de rien
« Il y a deux espèces de sots : ceux qui ne doutent de rien, et ceux qui doutent de tout. Les premiers sont dangereux, car ils se chargent de tout ; les autres ne le sont pas, car ils n'encouragent personne à les charger de quelque chose. »

Charles-Joseph de Ligne, Mes Écarts ou Ma tête en liberté, dans les Œuvres choisies, littéraires, historiques et militaires du Maréchal Prince de Ligne, publiées par un de ses amis, Genève : chez J.J. Paschoud & Paris : chez F. Buisson, 1809, vol. 2, p. 101

PS : tout est relatif, car en la matière, il y a un must, et son condensé sur le blog des 7duQuébec, commentaires compris que pour rien au monde je ne qualifierais de "surréalistes". J'en conseille la lecture, pour rigoler : Partis et mouvement prolétariens vs révolution prolétarienne, Robert Bibeau, 24 octobre 2018. C'est à comprendre en poupées russes : Bibeau donne son point de vue sur un texte de Nuevo Curso portant sur le « Parti communiste en devenir », traduit et commenté par le Groupe International de la Gauche Communiste, avec ces sous-titres :
- Le ou les Partis de la classe prolétarienne surgiront de la révolution
- Ce sont les classes sociales qui génèrent leurs organisations de lutte de classe
- Le programme de la classe prolétarienne révolutionnaire
- Principes et acquis historiques
[morceaux d'anthologie]
9. Le rôle et la mission des organisations révolutionnaires de la classe prolétarienne sont de « révéler » (porter à la connaissance) et de formaliser la conscience de classe spontanée « en soi » pour l’aider à se constituer en conscience « pour soi », consciente de ses intérêts de classe. La classe prolétarienne est la seule classe sociale qui porte le projet de créer un mode de production sans classes sociales antagonistes.
- Historicité révolutionnaire moderne

- La révolution en devenir

à la fin, on ne sait plus qui affirme quoi, mais ça n'a aucune espèce d'importance, ils sont entre eux


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Re: MÉSAVENTURIERS DE LA CLASSE PERDUE

Message par Patlotch le Jeu 8 Nov - 12:48

d'avant-hier, un ajout en bas

dans le débat interne aux tenants de la révolution prolétarienne :

une critique de TC 26
ISSN WALOU, octobre 2018

ce texte a d'abord été diffusé par son auteur le 2 novembre sur Indymédia Nantes, entraînant quelques réactions et la modération, puis hier par dndf



« Ceci n’est pas une réponse à Théorie communiste (TC).
D’ailleurs, personne ne répond à TC, car personne ne lit TC, en tous cas pas dans cette optique.
Ceux qui se plient à l’exercice, pénible ô combien, le font par fétichisme. »



il s'agit d'une controverse entre tenants du prolétariat universel dans son devenir sujet révolutionnaire à travers la lutte de classes conduisant à la révolution comme communisation, auto-abolition du prolétariat et par lui de toutes classes et du mode de production capitaliste. En tant que telle, elle ne nous concerne pas, mais il est intéressant de suivre les tenants et aboutissants de cette critique de TC26

autant dire que des lecteurs de Théorie Communiste, bien peu sont satisfaits. À cet égard je peux reconnaître dans ce texte les griefs que n'ont pas manqué de lui porter, depuis 1979 que ce groupe existe, ceux et celles qu'il a mis en cause par des méthodes malhonnêtes (Camatte et Invariance, Temps Critiques, Dauvé et Nesic de troploin, Charrier de La Matérielle, Astarian de Hic Salta... et moi-même), et donc selon eux les auteurs de Telenovela confusionniste et leurs amis anti-racialisateurs. Ces extraits pourraient être pertinents, si le contenu l'était, ce que je conteste ensuite, car bien que ni « fétichiste » ni « naïf », j'ai lu TC26
p.2 : On ne sait jamais si on est dans le champ du concret ou de l’abstraction, d’une vision globale schématique ou du terre à terre. En fait, on passe de l’un à l’autre sans logique. Les concepts sont interchangeables, tantôt précis, tantôt flous [Patlotch : comme déjà dit, c'est le concept de prolétariat révolutionnaire qui devient de plus en plus flou et extensible, justement pour en garantir la validité théorique, ou plutôt abstraite, sans base concrète, pratique de classe comme dans le programmatisme], on se perd dans la chronologie, on périodise à la louche (ou pas, en fonction de ce qui arrange), on se contredit d’un chapitre à l’autre. [c'est particulièrement le cas, dans la première partie, entre tout ce qui concernent la segmentation raciale et la critique mesurée des "entrepreneurs en racialisation", et le chapitre Le grand récit décolonial qui a pour fonction d'invalider en bloc cette pensée]
[...]
Dialectique de dialectique et stratagème de stratagème : l’organisation en strates racialisées du prolétariat serait l’étape nécessaire pour parvenir à la communisation. Pour arriver à une conclusion définie à l’avance pour des raisons qui sont totalement internes à la survie de leur groupuscule [il s'agit de sauver l'universalisme prolétarien, mais c'est aussi le cas de ce texte], ils sont donc obligés — leur fonctionnement étant de cibler une aire qu’ils estiment perméable à leurs travaux et jetant actuellement leur dévolu sur les universitaires [le milieu qu'ils visent n'est pas d'abord ni uniquement universitaire], ils sont contraints de patauger dans la mélasse de la postmodernité — de remettre en cause les fondements mêmes de ce qui faisait la substance de la (leur ?) théorie de la communisation ["leur" oui, parce que non partagée par les autres théoriciens, Astarian et Dauvé, mais non, ils ne remettent pas en cause cette "substance"]: l’absence d’étapes intermédiaires dans la production du communisme, le dépassement produit (l’exact inverse de la « convergence des luttes »), la négation de l’identité assignée par le Capital. Selon eux, dorénavant, l’organisation raciale du prolétariat serait donc la seule étape intermédiaire au sein de la théorie de la communisation, puisqu’elle est censée en exclure toutes les autres.[confusionnisme de leur part, car il n'y a pas ici chez TC de contradiction, la segmentation raciale qu'ils décrivent n'étant en rien une « étape intermédiaire nécessaire » vers la communisation au sens d'une étape dans le processus de celle-ci une fois engagée, "immédiateté" qui caractérise la théorie de la communisation relativement aux autres marxismes]

p.4 : Quand on est obligé d’utiliser des sources qui ne cadrent pas avec ses a priori, on s’en sort par une pirouette qui est censée valoir argument. [...] Des comme ça il y en a régulièrement, mais il faudrait citer des pages et des pages pour les décrire. [hé bien ce n'est pas d'une « évidence aveuglante ». Le passage du « travailleur immigré » au « Musulman » est assez bien démontré par TC, y compris contre La fabrique du Musulman de Nedjib Sidi Moussa. Et il arrive à tout théoricien d'emprunter à d'autres des éléments même quand il ne partage pas l'usage qu'ils en font ; on l'a vu chez TC avec Silvia Federici, chez moi avec Stuart Hall ou les théoriciens décoloniaux]

p.6 : Chez TC, taxer quelqu’un de programmatisme équivaut pour d’autres, fût un temps, à traiter tout adversaire politique d’hitléro-trotskiste. La manœuvre est grossière : créer une chimère uniquement pour consolider une position et dérouler tranquillement un propos qui, dès lors, n’a pas besoin de s’appuyer sur une quelconque démonstration. Car on fait dire ce que l’on veut au monstre que l’on a créé. [si le programmatisme n'a rien d'une « chimère », il n'est pas complètement absent ni de l'idéologie de la communisation quand elle décrit « les mesures communistes », ni de l'activisme de ces contradicteurs. Cela dit, on reconnaît là un procédé que d'autres, dont moi, ont relevé chez TC] [...] Il ne s’agit plus alors de démontrer que son raisonnement est juste, mais de faire valoir sa supériorité face à une position qu’on a prêtée à l’autre d’une façon si arbitraire qu’elle frise le ridicule. [il faut croire que c'est en partie vrai, sinon cette réplique ne s'imposerait pas] TC se contente d’ânonner que les choses sont ce qu’elles sont [non !], sous prétexte de dénoncer ceux dont elle pense qu’ils se crispent sur ce que les choses devraient être, uniquement à l’encontre de ce que TC a décidé comme étant le réel. Nous sommes dans la pure tautologie. [la tautologie essentielle de TC est ailleurs, inhérente à son « structuralisme prolétarien » (Camatte 1978)] [...] TC opère comme une «  police théorique  », pour reprendre l’expression de Rancière à propos de l’althussérisme. On neutralise le lieu de son discours, on antagonise des positions théorico-politiques artificielles [?] et on construit une figure de l’adversaire pour mieux le disqualifier et conforter ses propres allégations. Pour bien enfoncer ce dualisme construit de toutes pièces, TC manie la citation aussi malhonnêtement qu’elle produit sa théorie : en autocitant ceux de ses propres textes datant de dix ans afin de prouver la pertinence de ce que l’on affirme aujourd’hui. [le dualisme est celui de cette critique accusant TC de racialisme. En fait tout se passe comme s'il n'y avait que deux camps, dont TC essayait pourtant de sortir, entre deux... C'est raté, mais pour des raisons inverses développées plus bas]

p.7 : Avec presque cinquante ans de retard, TC se pose une question qui n’a lieu d’être que pour son microcosme fossilisé — comme il l’avait fait pour la question féministe, mais seulement avec quarante ans de décalage. [cette question, du rapport entre classe et "race", se pose pourtant dans toute la production théorique et politique d'où qu'elle vienne, et au-delà dans toutes les idéologies actuelles à travers la politique et sa médiatisation de masse. Il suffit d'ouvrir un journal ou d'allumer la télévision. Derniers exemples en date, les élections au Brésil et le vote des afro-descendants, le référendum en Nouvelle-Calédonie... Bref, rien d'un « microcosme fossilisé »]
quant à son contenu, ce texte m'apparaît plus encore que celui qu'il critique chargé d'incompréhensions, de déformations, de contre-vérités et de mauvaise foi, qu'il serait fastidieux de relever toutes, l'essentiel étant de comprendre le mouvement des deux et ce qui les oppose au sein de leur vision idéologique commune d'une révolution par le prolétariat comme classe-sujet, qui ne repose plus sur aucune base vérifiable empiriquement dans le capitalisme actuel. C'est au demeurant la fonction de ces textes que de combler ce manque pour alimenter la foi de ces camarades en leurs croyances. C'est pourquoi je parle maintenant d'idéologie de la communisation et de l'universalisme prolétarien comme idéologie eurocentriste : ce débat est inconcevable aux États-Unis, et s'il existe en Amérique latine, c'est un front entre luttes décoloniales prolétariennes et marxistes programmatistes ou nationales-populistes, la théorie de la communisation y étant inconnue

selon cette critique, TC ferait « passer en fraude les idées » des "entrepreneurs en racialisation" qu'il ferait donc mine de critiquer en frayant avec leur "racialisme". Comme Jacques Guigou dans Quand des communisateurs colmatent leur barque avec du racialisme, ils confondent l'idéologie (antiraciste) du racialisme et la racialisation ou racisation produite objectivement par le capitalisme, ne voyant dans « Le triptyque "classe, genre, race" » que « pensée officielle, enseignée à l’université et diffusée à travers les mass-média dans les États du capitalisme le plus avancé. » (p.3). Ainsi, « TC n'échappe pas à la règle » : « de s’approprier les nouveaux paradigmes des sciences sociales, de se vautrer dans les grilles de lecture universitaires pour faire trôner la race aux côtés du genre et du Capital. » (p.2). L'intersectionnalité a certes bien des limites et des défauts, un manque de dialectique de ces rapports au capital, mais de là à n'y voir qu'idéologie dominante postmoderne, c'est oublier que le capitalisme est conduit par une classe économique et politique peu portée à user des concepts d'exploitation, de dominations masculine et raciste

ayant lu TC26, j'ai beau me gratter la tête, je n'y ai pas trouvé tout ça. La critique des « entrepreneurs en racialisation » y est sans concession en tant qu'elle en rajoute à la « segmentation du prolétariat » produite par les rapports capitalistes, et celle de l'« ouvrier conceptuel » est plutôt pertinente, bien qu'au sein de l'universalisme prolétarien révolutionnaire qu'il s'agit justement pour TC de sauver

prétendre qu'il n'y aurait pas d'analyse dans TC26 (Une analyse ? Où ça ? p.4), ou que son texte ne serait que « pure rhétorique » (p.2), n'est pas sérieux

il est assez juste de considérer que « TC et certains autres courants fossilisés de l’ultragauche utilisent indifféremment le terme « prolétariat » et « classe ouvrière » » et tendent à ne prendre en compte que les « ouvriers de la production industrielle », négligeant donc le prolétariat paysan, et surtout les effets sur le « travail productif » de la domination réelle du capital, mais faux de considérer que TC imputerait à ces militants radicaux une « vision homogène de la classe centrée sur l’"ouvrier-mâle-blanc" », en miroir des Indigènes de la République évacuant la classe pour n'y voir au nom de la race qu'idéologie marxiste blanche. Ici, les amalgames (TC = PIR = Tevanian = décoloniaux, etc.) relèvent d'un campisme binaire caricatural qui fonctionne à fond la caisse entre rackets théoriques concurrentiels, bien que ni les uns ni les autres ne produisent le moindre effet sur des luttes concrètes et massives, dont ils ne parlent pas tant elles dérangent leurs conceptions

à propos de segmentation, il est affirmé que « La classe est tellement peu homogène qu’elle ne contient même pas de segments, pour le dire simplement. [...] TC réussit le tour de force de théoriser que la racisation d’une partie du prolétariat constituerait celle-ci en une entité homogène (un segment) où tous partageraient une condition commune et donc développeraient mécaniquement des formes d’organisation propres et séparées. » TC a reconnu que son n°26 pêchait par un « côté franco-français » (RS, ici), mais n'a pas fait des "racisés" un segment homogène. Le problème est bien plutôt que la segmentation y soit présentée comme celle d'un « ensemble » déjà constitué en classe : ne peut être segmenté que ce qui existe déjà comme un tout

tout ça pour conclure, contre toute évidence : « Au final, on comprendra que TC applaudit à la racialisation, mais en ayant pris soin de l’avoir vidé de son contenu, de toutes ses conséquences et implications, ce dans quoi elle s’inscrit comme vision du monde. » (p.9) « À trop penser la classe par sa segmentation on en arrive à ne voir et à ne désirer que sa séparation. », mais encore faudrait-il pour être "segmentée" que "la classe" existe pour soi, comme sujet révolutionnaire déjà là. On voit donc que de ce point de vue, leur vision est commune, au cheminement près d'ici à la révolution pour que le prolétariat trouve son unité comme sujet face au capital : il y a plus ou moins d'immédiatisme* chez les uns et les autres, une opposition classique depuis la mise en cause par TC des « activistes », leurs partenaires dans Meeting et Sic

* au sens de Jacques Camatte, la révolution relevant pour lui de cet immédiatisme aveugle à ce qu'il produit, la dialectique toujours perdante révolution-contrerévolution

p.10 : « Puisque les prolétaires doivent entrer en lutte contre leur être de prolétaire, dans la mesure où leur existence de classe est la limite interne à leur action de classe, la lutte vise à attaquer ce qui constitue cet être, sous toutes ses formes, telles qu’elles sont façonnées par le Capital, dont ces segmentations et assignations. Il ne s’agit donc pas comme préalable à la lutte de concéder à ces segmentations, mais de les combattre sans autre forme de reconnaissance. C’est ce qui fait toute la différence entre les opportunistes de TC, leurs nouveaux copains décoloniaux et identitaires, et nous. Car l’effet invariable de la reconnaissance de la segmentation raciale est un fait objectif « segmentation raciale » comme préalable à la lutte est de faire s’appuyer la lutte sur elle. Pour le pire. » Si je vois un opportunisme chez TC, je ne le situe pas ici. Quant à parler de ses « nouveaux copains décoloniaux », il faut n'avoir pas lu TC26, Le grand récit décolonial p. 161-202, dont la construction théorique relève de la manipulation de textes propres à TC, justement dénoncée par cette critique (construire un adversaire adéquat à sa démonstration). C'est ici qu'il leur aurait fallu montrer chez TC l'absence des luttes concrètes alimentant la pensée décoloniale, leur caractère pour certaines d'antagonisme au capital (paysans, extractivisme...), mais pour cela reconnaître qu'elles ne se produisent pas, ou pas seulement, sur une base de classe prolétarienne, ce qui évidemment serait sortir de la démonstration qu'ils entendent faire. En quoi ils sont bien sur le même terrain que Théorie Communiste, celui que nous avons quitté

la tirade de fin est puérile, après 12 pages consacrées à faire ce qu'elle dénie :
p.12 : Ceci n’est pas une réponse à Théorie communiste (TC). Nous avons mieux à faire et, pour tout dire, on s’en bat la race. D’ailleurs, personne ne répond à TC, car personne ne lit TC, en tous cas pas dans cette optique. Ceux qui se plient à l’exercice, pénible ô combien, le font par fétichisme. [...] Ceci n’est pas une réponse à TC, dans le sens où nous n’inaugurons pas d’échanges épistolaires contradictoires avec des idéologues qui n’ont plus rien de camarades. Ce texte s’adresse donc d’une part aux naïfs susceptibles de se laisser endormir par ce discours ronflant et d’autre part à ceux que la prise de position racialiste de TC sidère et qui cherchent des arguments pour la combattre. En tout cas, il n’est pas destiné à ceux qui partagent et véhiculent ce type de proposition : ils sont nos ennemis…
voilà donc TC excommunié... Ont-ils eux lu TC26 par « fétichisme » ? Non. Alors, pourquoi prendre tous les autres lecteurs pour des imbéciles, des « naïfs » incapables de juger par eux-mêmes ? Si la position de TC me « sidère », ce n'est pas parce qu'elle serait racialiste, car c'est faux, mais pour les mêmes raisons que me sidère la leur

sans doute TC a-t-il provoqué cet enfermement réciproque, en publiant “un avertissement en forme d’éditorial”, qui présente son n°26 comme réponse à « Où t’es TC où t’es ? », limitant ainsi sa cible au milieu radical et par là présentant son contenu théorique de telle façon qu'il ne peut intéresser que celui-ci. Sa sortie en 2019 comme livre dans Entremonde/Senonevero ne manquera pas d'en pâtir ; mais il n'empêche, cette approche est symptomatique de leurs préoccupations et donc de leur opportunisme éditorial (déjà relevé avec la traduction de Riot-Strike-Riot de Joshua Clover). Leur problème est de n'exister qu'entre eux, et de n'avoir que cette réciprocité pour se faire valoir. Ils ne sont pas prêts d'en sortir

cela fait des années qu'ils échangent, même si ce n'est pas directement et de la part de TC pas toujours aussi explicite que dans TC26. Je l'ai fait moi-même, cela s'appelle le débat critique nécessaire. Celui de texte à texte et de revue à revue est une tradition dans ce milieu, et il est vrai qu'elle ne favorise pas les échanges vivants en temps réel, malgré les potentialités d'internet

que dire en résumé ?

d'abord que cette critique, ou plutôt ce mauvais procès, est si peu crédible qu'elle manque son objet, s'il s'agissait de faire preuve de sérieux théorique et d'honnêteté dans le débat, dont elle me semble manquer plus encore que TC même. Elle conforte plutôt ce que TC leur reproche puisqu'ils réagissent dans les clous de leurs normes, comme si TC26 n'avait pas été écrit et ne présentait pas une reformulation certaine de la thèse fondatrice de Théorie Communiste, qui n'a pas changé depuis 40 ans, puisqu'elle serait « suffisamment forte et cohérente pour produire son propre "colmatage". » (TC26, p.322). Cette reformulation, ne leur en déplaise, ne relève pas du "racialisme", bien au contraire. Et ce texte étant d'un anonyme, il me rappelle quelque chose :
Jacques Camatte a écrit:Venons-en maintenant aux diffamations, déformations, etc., qui nous concernent. D'entrée l'anonyme veut jeter le discrédit [...] À la déformation, l'anonyme ajoute la malhonnêteté. [...] Malhonnêteté, calomnie, bassesse vont ensemble. [...] J'ai discerné la mauvaise foi des erreurs théoriques. En fait elles sont intimement mêlées; seulement dans certains cas c'est surtout la première manifestation qui l'emporte. De même je fais aussi abstraction de la stupidité découlant d'une volonté profonde de banaliser. C'est la pire démagogie, manifestant le plus grand mépris des autres. L'anonyme doit toujours se mettre à la portée des lecteurs. [...] Les autres sont toujours débiles et incapables... La dépréciation que ce terme implique est nécessaire à l'anonyme. Il se doit de toujours l'affirmer sinon sa raison d'être s'évanouit. La condition de son existence est une indéfinie débilité des autres. [...] Il est évident que par moments l'anonyme n'est pas sérieux. [...] Ainsi en voulant me contredire l'anonyme est obligé de réduire l'œuvre [], d'en escamoter les parties essentielles. [...] L'anonyme escamote tout, biffe (les staliniens n'ont pas le monopole de l'art de reconstruire l'histoire : tout ce qui gène est éliminé et on fait en sorte que tout se passe comme si l'élément perturbateur n'avait jamais existé). [...] L'incompréhension appelle l'ignorance et réciproquement. [...]

l'infernale bêtise qui vous marque, l'étroitesse manichéenne qui vous sclérose, la rage terroriste qui vous tourmente périodiquement ainsi que l'impuissance à être sans diffamer, vilipender les autres.

Scatologie et résurrection, octobre 1975

ensuite répéter que cette controverse et ces polémiques ne nous concernent plus, et si j'en parle encore, c'est pour proposer à ma lectorate un décryptage de ces controverses et des confusions qu'ils se jettent à la face en noyant le poisson de leur commune idéologie prolétarienne. De plus, elles abondent notre critique de l'idéologie du prolétariat en devenir révolutionnaire, et de toutes les impasses théoriques qui l'aveuglent sur le moment présent du capitalisme et des luttes face à lui, celles surtout dont ils ne parlent jamais, caractéristique commune à TC comme à cette critique

il est affirmé en note 3 p.3 que « TC rejette officiellement le terme de « privilège » — pensant sans doute que ses lecteurs ne sont pas encore prêts, il faudra attendre le TC 27 pour voir ce concept validé. ». M'est avis que la séquence particulière et tardive de TC sur "la race" sera alors refermée, et comme je le prédis depuis un an, que si Théorie Communiste ne veut pas achever sa sclérosisation prolétariste, TC27 devra combler le plus énorme vide de sa conception et son plus évident retard d'un demi-siècle, les rapports à la nature et la question "écologique", ce qui est une toute autre paire de manche que de faire rentrer genre et race dans la structure de l'antagonisme de classe, puisque le capital ne s'y limitant pas, cette question la dépasse et la subsume aujourd'hui

enfin, qu'il s'agit précisément aujourd'hui de montrer que ces luttes changent le paradigme de la compréhension du monde et de sa transformation, raison qui m'a conduit à ouvrir ce nouveau forum

ajout

rien (niente) de tout cela n'est démenti mais au contraire confirmé par l'intervention de Bernard Lyon quant à la motivation de cette critique d'ISSN WALOU. C'est avant de la lire que j'avais posé ma « Question pour un champion : pourquoi ont-ils tant de choses à se dire ? » Quand on ne répond qu'à ses mauvais contradicteurs, on ne risque pas de montrer ses faiblesses, et donc « cette critique est tellement bonne qu’elle est promise à un grand avenir pour mettre en valeur TC26 », bien que « dans un infime milieu »

mon renvoi chez dndf à la présente intervention n'a pas été publié

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Re: MÉSAVENTURIERS DE LA CLASSE PERDUE

Message par Patlotch le Sam 10 Nov - 19:49

des mésaventures théoriques arrivent aux "marxistes orthodoxes", label non déposé, et qui dans certains cas renvoie à des marxistes connaissant Marx comme les Islamistes le Coran

je place ici une réponse à Prolétariat vs écosocialistes, environnementalistes et altermondialistes réformistes de Robert Bibeau (les 7duQuébec) que j'ai déjà épinglé ailleurs. Son texte publié par AgoraVox y fait l'objet de commentaires. J'ai trouvé celui-ci intéressant

gras dans le texte, j'ajoute un lien, quelques remarques, et une correction en note
Aéroclette a écrit:10 novembre

L’auteur reste dans un marxisme orthodoxe : baisse tendancielle du taux de profit, socialisation de la plus-value, suppose la concurrence libre (alors que même Marx voit une concentration), ne tenant pas compte de :

pyramide de Ponzi capitaliste de l’explosion démographique
— ingénierie sociale de l’écologisme, de la métaphysique consumériste à la métaphysique de l’abstinence verte. Le foutage de gueule du diesel bagnole...
— concentration mondialiste devenant non concurrentielle car sectorielle [Patlotch : sauf erreur l'auteur fait allusion au fait qu'il est quasi impossible de calculer le taux de profit moyen mondial, et que la concurrence se fait entre multinationales qui peuvent au demeurant regrouper plusieurs secteurs et branches]
— conscience de soi fortement altérée par la modernité, crétinisation du réseau, promesses scientifiques, narcissisme débridé.

Au XXIe siècle, la force du capital n’est plus de dominer la production, mais de dominer la consommation, les modes de vie. [c'est une définition grossière mais pas fausse des effets du capital en domination réelle]Le transhumanisme est un bel exemple de tentative d’établir un nouveau code quasi religieux, une espérance en un paradis artificiel. Si on compare à la vision de Marx qui voyait déjà cette ingénierie sociale (les « arguties théologiques » du fétichisme de la marchandise), la fausse conscience proprement capitaliste, du capitalisme totalisé, il voyait à son époque la classe du prolétariat comme avant la conscience de l’avenir possible autre. Ce n’est plus le cas. Aucun philosophe ne dépasse son temps. On est plus proche de Charles Martel et des guerres de religions, raciales, des espérances millénaristes, de l’espace vital, du malthusianisme, que de la révolution industrielle dorénavant, où de 1789.

Si vous connaissez bien le marxisme, vous devez savoir que Marx reconnaissait lui-même que sa théorie supposait en quelque sorte une totale interchangeabilité du salariat entre secteurs, une sorte d’omni-employabilité, et une totale reconversion possible du capitaliste d’un secteur à l’autre. Une sorte d’artisanat du trust capitaliste...

L’employabilité très bonne des bac+5 et la dégradation de celle des non-qualifiés, le couplage à un RU [revenu universel] d’asservissement au système (vu par Marx qui parle des politiques sociales anesthésiante de l’église anglicane) montre que l’avenir va vers une société à 3 classes. Le gueux nourri pour consommer, le super cerveau qui programme l’IA et le consentement social, le féodal capitaliste mondialisé. Ce qui est en contradiction avec le marxisme orthodoxe.

On connaît la fameuse prédiction de Marx conforma à son modèle : A la fin des temps la ménagère peut diriger l’état*... car ultra qualifiée par le socius... pas l’Idiotcracy vers laquelle on va.

* Patlotch : cette citation est de Lénine : « Chaque cuisinière doit apprendre à gouverner l'Etat. » et Souvarine disait dans "Sur Lénine, Trotsky et Staline" qu'elle était retournée en « Combien y a-t-il de cuisinières au Comité Central ? »

le fond de cette question est abordé entre autres dans LE MONDE BRÛLE-T-IL ? CAPITALISME et CHANGEMENT CLIMATIQUE


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Re: MÉSAVENTURIERS DE LA CLASSE PERDUE

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